Samuel est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le dernier juge d'Israël et le premier prophète de sa royauté : l'enfant donné à Silo qui entend Dieu l'appeler la nuit, le voyant qui oint tour à tour Saül puis David, et l'homme dont le Nouveau Testament fait le premier anneau de la chaîne prophétique conduisant au Christ. Sa vie tient dans les vingt-cinq premiers chapitres du livre qui porte son nom, au tournant du XIe siècle avant Jésus-Christ, entre le temps des juges qui s'achève et celui des rois qui commence.
Son nom traverse toute la Bible : les Chroniques citent les livres de Samuel le voyant, les Psaumes et Jérémie le rangent avec Moïse parmi les grands intercesseurs, Ben Sira lui consacre l'un des plus beaux éloges de son panthéon, et l'épître aux Hébreux le nomme entre David et les prophètes. L'article présente d'abord le récit tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.
Samuel dans le canon des Écritures
Le premier livre de Samuel, son livre propre
La vie de Samuel occupe les chapitres 1 à 25 du premier livre de Samuel, de la prière d'Anne sa mère jusqu'à sa mort et sa sépulture à Rama[1]. Il reparaît une dernière fois au chapitre 28, dans l'épisode de la nécromancienne d'En-Dor, qui suppose sa mort déjà racontée et referme symboliquement son dossier[2]. Tout ce qui suit dans le livre, la fin du règne de Saül puis l'avènement de David, se déroule après lui, comme l'après-midi d'une journée dont il a été le matin[3].
En hébreu, ce livre s'appelle Shemouel, du nom du prophète, et ne forme qu'un seul rouleau avec ce que nos Bibles appellent le deuxième livre de Samuel[4]. La division en deux livres vient de la Septante grecque, qui les intitule livres des Règnes (premier et deuxième), puis de la Vulgate latine, qui les appelle premier et second livres de Samuel : nos Bibles chrétiennes ont gardé ce découpage[5]. Pour l'histoire détaillée de ces deux livres, leur plan, leur texte et leur théologie d'ensemble, voir l'article dédié aux livres de Samuel : le présent article traite de l'homme, non du dossier littéraire[6].
Les autres mentions de Samuel dans la Bible
Samuel n'est pas enfermé dans son livre : une douzaine de passages, des Chroniques à l'Apocalypse en passant par les prophètes et les Psaumes, le nomment ou supposent son œuvre, ce qui interdit de traiter son histoire comme une pièce rapportée tardive. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors du premier livre de Samuel.
| Livre biblique | Passage | Ce que le texte apporte sur Samuel |
|---|---|---|
| 1 Chroniques | 1 Ch 29, 29 | Les « livres » (paroles) de Samuel le voyant, avec Nathan et Gad, sources de l'histoire de David |
| 2 Chroniques | 2 Ch 35, 18 | Une Pâque « comme on n'en avait pas célébré depuis les jours de Samuel » sous Josias |
| Psaumes | Ps 99, 6 | « Samuel [...] parmi ceux qui invoquaient son nom » : rangé avec Moïse et Aaron |
| Jérémie | Jr 15, 1 | « Quand Moïse et Samuel se tiendraient devant moi » : l'intercesseur par excellence |
| Ben Sira | Si 46, 13-20 | Le grand éloge : royauté établie, onctions, tonnerre de Mispah, intégrité, prophétie après la mort |
| Actes | Ac 3, 24 | « Tous les prophètes depuis Samuel » ont annoncé les jours du Christ |
| Actes | Ac 13, 20-21 | Les juges « jusqu'au prophète Samuel », puis Saül roi pendant quarante ans |
| Hébreux | He 11, 32 | « Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes » dans la foi |
Deux traits frappent dans cette traversée. D'abord, les livres historiques tardifs parlent de Samuel comme d'une référence datée et archivistique : on conserve ses écrits (Chroniques), on date les fêtes d'après son temps (Josias), on le cite comme modèle de prière (Psaumes, Jérémie)[7]. Ensuite, le Nouveau Testament fait de lui le seuil de la prophétie messianique : Pierre ouvre avec lui la liste des prophètes qui annonçaient le Christ, et Paul l'articule exactement à la charnière des juges et des rois[8].
Le récit biblique, étape par étape
- Vers le milieu du XIe siècle av. J.-C.Naissance à Rama
Anne la stérile obtient un fils par sa prière à Silo et le consacre au Seigneur.
- Enfance à SiloLe petit servant d'Éli
Samuel grandit au sanctuaire auprès du vieux prêtre Éli, entre l'arche et le chandelier.
- Une nuit à SiloLa vocation
Le Seigneur appelle l'enfant par son nom ; Éli discerne et transmet la réponse : écouter.
- Vers 1050 av. J.-C.Afek, l'arche captive, puis Mispah
Défaite d'Afek et mort d'Éli, captivité puis retour de l'arche, victoire de Mispah : Samuel juge.
- Vieillesse de SamuelLe roi demandé
- Règne de SaülLe rejet et l'onction secrète
Saül désobéit à Guilgal puis contre Amalec ; Samuel oint David à Bethléem.
- Fin du XIe siècle av. J.-C.Mort à Rama, apparition à En-Dor
Tout Israël pleure Samuel ; peu après, son ombre annonce à Saül sa fin prochaine.
L'enfant demandé et donné : Anne, Éli et Silo
Tout commence à Silo, le sanctuaire où réside l'arche avant Jérusalem, desservi par le vieux prêtre Éli et ses deux fils Hofni et Pinhas[9]. Un homme de Rama, Elqana, monte chaque année y sacrifier avec ses deux femmes : Peninna, qui a des enfants et nargue sa rivale, et Anne, stérile et humiliée, que son mari aime et ne parvient pas à consoler[10]. La stérilité d'Anne n'est pas un détail sentimental : dans tout l'Ancien Testament, de Sara à Élisabeth, elle annonce que l'enfant à naître appartiendra à un dessein de Dieu, non au simple cours de la nature[11].
La prière d'Anne, lèvres remuantes et voix inaudible, est si intérieure qu'Éli la croit ivre ; elle le détrompe et fait un vœu solennel : si Dieu lui donne un fils, elle le lui consacrera pour tous les jours de sa vie, en nazir dont le rasoir ne touchera pas la tête[12]. Exaucée, elle appelle l'enfant Shemouel, nom que le récit rattache lui-même au verbe demander : l'enfant est le demandé, et son nom racontera toute sa vie d'écoute et de réponse[13]. Dès son sevrage, elle le conduit à Silo avec une offrande et le confie à Éli : l'enfant « demeurait au service du Seigneur » tandis que, chaque année, sa mère lui apportait une petite tunique cousue de ses mains[14].
« Mon cœur exulte à cause du Seigneur ; mon front s'est relevé grâce à mon Dieu ! Face à mes ennemis, s'ouvre ma bouche : oui, je me réjouis de ton salut ! »
- Cantique d'Anne, premier livre de Samuel 2, 1, traduction liturgique[15]
Le cantique qu'Anne chante alors, ouvrant le livre comme celui de Marie ouvrira l'Évangile de l'enfance, renverse déjà tous les puissants : les repus peinent pour du pain, la stérile enfante sept fois, le Seigneur « rend pauvre et riche, il abaisse et il élève », et le poème s'achève sur une pointe inouïe pour son époque, l'annonce d'un roi et d'un messie à qui Dieu « donnera la puissance »[16]. L'Église lira dans ce chant la matrice du Magnificat, et la liturgie comme l'exégèse n'ont jamais séparé les deux mères exaucées[17].
La nuit de la vocation : apprendre à écouter
L'enfant grandit entre un sanctuaire corrompu et un vieux prêtre aveugle en esprit comme en corps : les fils d'Éli rackettent les sacrifices et déshonorent le lieu saint, et « la parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision peu répandue »[18]. C'est dans cette nuit sans prophétie que tout bascule, en trois appels. Couché près de l'arche, Samuel entend une voix qui l'appelle par son nom ; il court vers Éli, qui ne l'a pas appelé et le renvoie dormir ; à la troisième fois, le vieillard comprend et donne à l'enfant la phrase qui fera de lui un prophète : dire, quand la voix reviendra, qu'on écoute[19].
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »
- Éli à Samuel, premier livre de Samuel 3, 9, traduction liturgique[20]
« Parle, ton serviteur écoute. »
- Samuel au Seigneur, premier livre de Samuel 3, 10, traduction liturgique[21]
La réponse divine est terrible : l'annonce de la chute de la maison d'Éli, dont les fils mourront le même jour. Au matin, Éli exige toute la vérité, et Samuel, après hésitation, ne lui cache rien : le vieux prêtre s'incline, et « Samuel grandit, le Seigneur était avec lui, et il ne laissa tomber à terre aucune de ses paroles »[22]. La formule dit tout le personnage à venir : un homme dont aucune parole ne tombe, parce que chacune vient d'une écoute. Et « tout Israël sut que Samuel était accrédité comme prophète du Seigneur »[23].
L'arche captive et le Dieu qui se défend seul
À peine la vocation racontée, le récit précipite Israël dans sa pire humiliation : montée contre les Philistins à Afek, l'armée s'empare de l'arche comme d'un talisman, les deux fils d'Éli l'accompagnent, et tout s'effondre, trente mille morts, l'arche prise, Hofni et Pinhas tués le même jour comme annoncé, Éli foudroyé sur sa chaise à la nouvelle, et sa bru expirant en couches en nommant l'enfant Ikabod, « plus de gloire », car « la gloire est bannie d'Israël »[24]. Le sanctuaire de Silo ne s'en relèvera pas, et l'archéologie comme le texte s'accordent à dater de cette génération la ruine du lieu[25].
Mais le livre retourne aussitôt la défaite en démonstration : l'arche captive humilie elle-même ses capteurs, renversant l'idole de Dagôn face contre terre puis brisée, frappant les villes philistines de tumeurs, si bien qu'après sept mois les princes la renvoient sur un chariot neuf tiré par deux vaches, avec des offrandes de réparation en or[26]. Le Dieu d'Israël n'a besoin d'aucune armée pour se défendre : il agit seul, en territoire ennemi, par sa seule présence. L'arche stationne ensuite vingt ans à Qiryat-Yearim, et « toute la maison d'Israël soupira après le Seigneur »[27].
Juge à Mispah : la pierre du secours
C'est alors que Samuel rassemble Israël à Mispah pour le jeûne et l'aveu : on verse l'eau devant le Seigneur, on écarte les Baals, et Samuel offre un agneau en holocauste pendant que les Philistins montent attaquer[28]. Le Seigneur répond par un immense tonnerre qui jette la panique chez l'ennemi, et Israël, qui n'avait fait que prier et regarder, poursuit les fuyards : Samuel dresse entre Mispah et Shen une pierre qu'il appelle Ében-Ézer, la pierre du secours, « car, dit-il, jusqu'ici le Seigneur nous a secourus »[29]. Ben Sira, deux siècles avant notre ère, chantera encore ce jour où « le Seigneur tonna du haut du ciel et, dans un grand fracas, fit entendre sa voix », joignant l'agneau offert et les princes philistins exterminés[30].
« Samuel fut aimé de son Seigneur. Comme prophète du Seigneur, il établit la royauté et donna l'onction aux chefs de son peuple. Il fut juge dans l'assemblée selon la loi du Très-Haut. »
- Ben Sira le Sage, Siracide 46, 13-14, traduction liturgique[31]
Devenu juge, Samuel parcourt chaque année le même circuit, Béthel, Guilgal, Mispah, puis revient à Rama où se trouvent sa maison et son autel : une tournée de justice sédentaire, aux antipodes des expéditions des juges d'avant lui, et le texte note avec insistance que « la main du Seigneur s'appesantit sur les Philistins pendant toute la vie de Samuel »[32]. Le dernier des juges est déjà un autre régime : non plus le sauveur occasionnel suscité pour une bataille, mais le pasteur permanent qui enseigne, juge et intercède[33].
Le roi demandé comme les nations
Vieux, Samuel a établi juges sur Israël ses deux fils, Joël et Abiya, qui siègent à Bersabée mais « s'adonnent au profit, acceptent des cadeaux et font dévier le droit »[34]. Les anciens en prennent prétexte pour exiger ce qu'ils veulent depuis longtemps : « Donne-nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations. » La demande déplaît à Samuel, qui prie ; et le Seigneur lui répond une phrase que toute la suite du livre ne cessera de vérifier : « Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, pour que je ne règne plus sur eux »[35]. Le refus du juge corrompu servait de masque au refus du Roi véritable.
Samuel s'exécute loyalement et peint d'avance, sur l'ordre de Dieu, le « droit du roi » : fils enrôlés, filles réquisitionnées, champs confisqués, dîme prélevée, et pour finir « vous deviendrez vous-mêmes ses esclaves », sans que le Seigneur réponde au jour où l'on criera[36]. Le peuple s'entête, le Seigneur ordonne d'écouter sa voix, et Samuel congédie l'assemblée en promettant l'onction : la royauté d'Israël naîtra ainsi, voulue par le peuple, permise par Dieu, encadrée par le prophète[37].
L'onction de Saül, puis son rejet
Le premier oint est un beau jeune homme de la tribu de Benjamin, Saül, parti chercher des ânesses égarées avec son serviteur : c'est en consultant le « voyant » pour une bagatelle perdue qu'il trouve une couronne, car le Seigneur a prévenu Samuel la veille[38]. L'onction se fait dans le secret, avec le baiser rituel, puis Samuel convoque Mispah, tire au sort la tribu, le clan, la famille, et Saül, caché parmi les bagages tant il est grand et craintif, est proclamé dans l'acclamation[39]. Il lui faudra encore la victoire sur les Ammonites de Yabesh pour que tout Israël le reconnaisse à Guilgal[40].
À Guilgal, Samuel prononce alors ses adieux solennels : sommation de témoigner contre lui s'il a pris le bœuf ou l'âne de quiconque, s'il a exercé une pression ou accepté un présent, et le peuple à l'unisson atteste son intégrité[41]. Ben Sira reprendra la scène presque mot pour mot : « Je n'ai jamais pris le bien de qui que ce soit, pas même une paire de sandales, et personne ne l'accusa »[42]. Puis viennent le tonnerre de la moisson, signe que demander un roi fut une faute, et la promesse du vieux juge : « Loin de moi de pécher contre le Seigneur en cessant de prier pour vous », avec l'engagement d'enseigner encore « le bon et droit chemin »[43].
Mais Saül, deux fois, force la main de Dieu : à Guilgal il offre lui-même l'holocauste sans attendre Samuel, et entend que sa royauté ne subsistera pas ; contre Amalec il épargne le roi Agag et le meilleur du butin sous prétexte de sacrifice, et Samuel, après une nuit de plainte devant le Seigneur, prononce la sentence qui fera de lui pour toujours le docteur de l'obéissance[44].
« Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l'obéissance à sa parole ? Oui, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers. »
- Samuel à Saül, premier livre de Samuel 15, 22, traduction liturgique[45]
Le manteau déchiré dans la dispute devient parabole du royaume arraché, Agag est exécuté, et « Samuel ne revit plus Saül jusqu'au jour de sa mort », tout en le pleurant : le prophète qui a oint le roi est aussi celui qui l'a déposé, et la tension des deux gestes dit le statut du roi en Israël, oint donc sacré, mais jugé donc subordonné[46].
L'onction secrète de David à Bethléem
Sur l'ordre du Seigneur, qui lui reproche de pleurer encore Saül, Samuel gagne Bethléem avec une génisse de sacrifice pour couvrir sa mission, chez Jessé : sept fils défilent, beaux et grands, et à chaque fois le discernement tombe, jusqu'au plus jeune, roux, qui garde les moutons et qu'on n'avait même pas convoqué[47]. La leçon, donnée au prophète lui-même qui s'était d'abord trompé sur l'aîné, est l'une des plus citées de l'Ancien Testament : Dieu ne regarde pas l'apparence, il regarde le cœur[48]. David est oint « au milieu de ses frères », l'esprit du Seigneur fond sur lui, et Samuel s'en retourne à Rama : les deux rois coexisteront désormais, l'un réprouvé qui garde le trône, l'autre élu qui attend dans la persécution[49].
Samuel protège encore une fois l'élu : poursuivi par Saül, David se réfugie auprès de lui à Nayot, et par trois fois les messagers du roi, puis Saül lui-même, sont saisis par l'esprit prophétique au contact des prophètes en transe, au point que Saül se dépouille de ses vêtements et que renaît le proverbe : « Saül est-il, lui aussi, parmi les prophètes ? »[50]. Le persécuteur désarmé par l'Esprit, sans qu'une épée soit tirée : toute la théologie du livre en une scène.
La mort à Rama et la nuit d'En-Dor
« Samuel mourut, et tout Israël s'assembla pour se lamenter sur lui, et on l'ensevelit dans sa maison, à Rama » : une seule phrase, un deuil national, et le livre bascule vers la fin de Saül[51]. Car le roi abandonné, à la veille de la bataille du Gelboé, tente l'irréparable : Dieu ne répondant « ni par les songes, ni par les Ourim, ni par les prophètes », il se déguise pour consulter à En-Dor une femme qui évoque les morts[52]. Ce qui monte alors, Samuel reconnaissable à son manteau, annonce au roi sa mort et celle de ses fils pour le lendemain, et la défaite d'Israël : la dernière prophétie de Samuel est posthume, et Ben Sira l'a retenue comme son sceau : « Même après s'être endormi, il prophétisa encore pour annoncer au roi sa fin prochaine »[53].
« Même après s'être endormi, il prophétisa encore pour annoncer au roi sa fin prochaine ; du sein de la terre, il éleva une voix prophétique afin que soit effacée la faute du peuple. »
- Ben Sira le Sage, Siracide 46, 20, traduction liturgique[54]
L'auteur du livre et la datation traditionnelle
Ce que dit la tradition juive : Samuel, Gad et Nathan
La tradition juive, fixée dans le Talmud de Babylone, attribue à Samuel lui-même la composition du livre qui porte son nom, avec le livre des Juges et celui de Ruth, et précise que Gad le voyant et Nathan le prophète l'ont achevé après sa mort[55]. La notice s'explique d'elle-même : Samuel meurt au chapitre 25, et le récit continue jusqu'à la fin du deuxième livre ; il fallait des continuateurs contemporains des événements, et les Chroniques nomment exactement ces deux-là parmi les sources de l'histoire de David[56]. Loin d'être une pieuse légende tardive, l'attribution place donc la rédaction au cœur même des événements, par les prophètes de la cour de David[57].
Le Nouveau Testament confirme l'ancienneté du dossier sans spéculer sur la plume : Paul, à Antioche de Pisidie, résume « environ quatre cent cinquante ans » de juges « jusqu'au prophète Samuel », puis « Saül [...] pendant quarante ans »[58]. Étienne, devant le Sanhédrin, traverse toute l'histoire sainte dans le même ordre reçu[59]. Nul ne songe, dans l'Église apostolique, que Samuel serait une figure de brume ou son livre une compilation tardive : c'est un repère de chronologie, comme Moïse avant lui[60].
La chronologie interne : le XIe siècle avant Jésus-Christ
Le livre ne donne ni l'âge de Samuel ni les années de son ministère, mais il s'insère dans une chronologie d'ensemble que la tradition reçoit comme un tout cohérent. Le premier livre des Rois date la quatrième année de Salomon, celle de la fondation du Temple, à la quatre cent quatre-vingtième année après la sortie d'Égypte[61]. Avec un Temple fondé vers 966, l'Exode tombe vers 1446, les quarante ans du désert puis la conquête de Josué occupent le XIVe siècle finissant, et les trois siècles des juges, jalonnés par Jephté lui-même qui compte « trois cents ans » d'occupation amorrite, conduisent au XIe siècle, celui de Samuel, de Saül et des débuts de David[62].
| Repère biblique | Passage | Portée chronologique |
|---|---|---|
| Sortie d'Égypte et fondation du Temple | 1 R 6, 1 | 480 ans entre l'Exode (vers 1446) et Salomon (vers 966) |
| Occupation amorrite | Jg 11, 26 | Jephté compte 300 ans depuis la conquête |
| Temps des juges | Ac 13, 20 | « Environ 450 ans » jusqu'au prophète Samuel |
| Règne de Saül | Ac 13, 21 | Saül roi « pendant quarante ans » |
| Ministère de Samuel | 1 S 1 à 25 | Entre la fin des juges et l'onction de David, XIe siècle |
Ce cadre place la naissance de Samuel vers le milieu du XIe siècle, son ministère de juge dans la seconde moitié du siècle, et sa mort peu avant la chute de Saül au Gelboé, au tournant du Xe siècle[63]. Les dates restent approximatives, comme pour Gédéon ou Samson, et l'article les donne comme telles : « vers le XIe siècle », sans la fausse précision d'années inventées[64].
Les indices d'ancienneté dans le texte lui-même
Le récit porte des marques d'ancienneté que les rédactions tardives n'auraient ni inventées ni conservées. La plus célèbre est la glose du chapitre 9 : quand Saül part consulter le voyant, le narrateur interrompt son récit pour expliquer que « celui qu'on appelle aujourd'hui prophète, on l'appelait autrefois voyant »[65]. Une œuvre forgée à l'époque perse n'aurait pas à expliquer un mot de son propre vocabulaire : la glose prouve que le rédacteur transmet un récit plus vieux que son langage, et le conserve tel quel au lieu de le moderniser[66].
D'autres détails sentent l'époque : le quart de sicle d'argent offert au voyant comme honoraires, dans une économie encore sans monnaie frappée ; l'éphod de lin du petit servant ; les chars et les forgerons philistins dont le monopole du fer écrase Israël ; la pierre dressée en mémoire, à la manière des patriarches[67]. Pris un par un, ces traits ne prouvent rien ; ensemble, ils composent un décor cohérent avec la fin de l'âge du bronze et le début de l'âge du fer au Levant, et non avec la Judée perse ou hellénistique[68].
Les témoins anciens du récit
Le texte hébreu, la Septante et les manuscrits de Qumrân
Samuel est l'un des livres bibliques les mieux attestés dans l'Antiquité, avec trois grands témoins qui se contrôlent mutuellement : le texte massorétique hébreu, la Septante grecque traduite à Alexandrie aux IIIe et IIe siècles avant notre ère, et les manuscrits de la mer Morte[69]. Les grottes de Qumrân ont livré trois rouleaux de Samuel, dont l'un, daté du IIIe siècle avant Jésus-Christ, compte parmi les plus anciens manuscrits bibliques conservés : le texte circulait donc déjà, fixé pour l'essentiel, des siècles avant notre ère[70].
| Témoin | Date approximative | Apport pour Samuel |
|---|---|---|
| Texte massorétique | Fixé par les massorètes, Ier millénaire apr. J.-C. | Texte hébreu reçu, base de nos traductions |
| Septante (Règnes I-II) | Alexandrie, IIIe-IIe s. av. J.-C. | Traduction grecque d'un hébreu parfois plus ancien que le massorétique |
| 4QSam (Qumrân) | IIIe-Ier s. av. J.-C. | Fragments hébreux antérieurs de cinq siècles aux massorètes |
| Vulgate (1-2 Samuel) | Bethléem, fin IVe s. apr. J.-C. | Traduction latine de Jérôme sur l'hébreu |
La comparaison des témoins est instructive dans les deux sens. En 1 S 9, les manuscrits de Qumrân appellent Samuel « le voyant » avec la Septante, là où le massorétique a nivelé en « prophète » : l'accord des deux plus anciens témoins contre le plus récent montre que la glose sur le voyant repose sur une tradition textuelle solide[71]. Pour la taille de Goliath, Qumrân et la Septante lisent « quatre coudées et un empan » quand le massorétique donne « six coudées » : les proportions du géant varient selon les copies, mais l'affrontement lui-même est attesté par tous les témoins sans exception[72]. Autrement dit, la critique textuelle discute des mesures, jamais de l'existence du dossier[73].
Josèphe, Ben Sira et le Nouveau Testament
Dès le IIe siècle avant notre ère, Ben Sira résume toute la carrière de Samuel en huit versets qui supposent notre livre déjà connu : la royauté établie, les onctions, le tonnerre de Mispah, le discours d'adieu, et même l'épisode d'En-Dor[74]. Au Ier siècle de notre ère, Flavius Josèphe paraphrase longuement l'histoire de Samuel, de Saül et de David au livre VI de ses Antiquités judaïques, sans la traiter autrement que comme de l'histoire nationale : Anne, Éli, l'arche, Mispah, les onctions, En-Dor, tout y passe dans l'ordre reçu[75]. Contre Apion, le même Josèphe compte les livres des Juifs en un canon fermé de vingt-deux ouvrages, dont ceux des prophètes qui racontent « ce qui s'est passé de Moïse à Artaxerxès » : Samuel y figure parmi les prophètes, et nul contemporain ne conteste le découpage[76].
Le Nouveau Testament, on l'a vu, fait de Samuel un repère de chronologie et le seuil de la prophétie (Ac 3, 24 ; Ac 13, 20 ; He 11, 32)[77]. Ajoutons que Paul, en citant le « homme selon mon cœur » à propos de David, reprend le verdict même prononcé par Samuel sur Saül (1 S 13, 14), preuve que l'apôtre connaît le livre dans le détail et l'utilise comme Écriture[78].
Jérôme, la Vulgate et la réception ecclésiale
C'est à propos des livres de Samuel et des Rois que Jérôme, vers 391-392, place sa fameuse préface dite « casquée », le Prologus Galeatus, où il énumère les vingt-deux livres de la Bible hébraïque : Samuel et les Rois y tiennent leur rang parmi les Prophètes, et le Docteur de Bethléem traduit ensuite l'ensemble sur l'hébreu pour sa Vulgate[79]. Le concile de Trente, en 1546, confirmera le canon catholique de quarante-six livres de l'Ancien Testament, dont les deux livres de Samuel dans la forme reçue[80]. La chaîne est donc sans rupture : rouleaux de Qumrân, Septante, Nouveau Testament, Josèphe, Jérôme, liturgie, magistère, aucun maillon ne soupçonne une fabrication tardive[81].
La théologie de Samuel : l'écoute, l'obéissance, le roi sous Dieu
L'écoute avant la parole
Tout le personnage tient dans la nuit de Silo : avant de parler au nom de Dieu, Samuel a appris à se taire devant lui. La vocation ne lui donne ni un message à débiter ni un pouvoir à exercer, mais une posture, celle du serviteur qui écoute, et c'est cette posture qui accrédite ensuite chacune de ses paroles[82]. Les Pères y ont vu le modèle de toute prière : Dieu appelle par le nom, trois fois, avec patience, et attend la réponse libre d'un enfant qui ne comprend pas encore mais se rend disponible[83]. Le Catéchisme ne cite pas Samuel nommément dans ses pages sur la prière, mais la figure illustre exactement ce qu'il enseigne : la prière comme écoute du Dieu vivant avant d'être demande ou discours[84].
« Par sa fidélité il s'est montré vrai prophète et, par ses oracles, il fut reconnu digne de foi dans ses visions. »
- Ben Sira le Sage, Siracide 46, 15, traduction liturgique[85]
L'obéissance vaut mieux que le sacrifice
La sentence prononcée sur Saül après l'affaire d'Amalec est devenue l'un des versets les plus cités de l'Ancien Testament, repris par les prophètes, les psaumes et les Pères : le culte sans obéissance est une coquille vide[86]. Samuel ne méprise pas le sacrifice, lui qui offre l'agneau à Mispah et préside aux fêtes : il hiérarchise, et rappelle que l'offrande ne rachète pas la désobéissance, elle l'exprime quand elle est obéissante[87]. Osée dira « c'est l'amour que je veux, non les sacrifices », les Psaumes « tu ne voulais ni sacrifice ni offrande », et le Christ scellera la leçon en l'appliquant aux pharisiens : la miséricorde, non les rites, est le cœur de la Loi[88].
Le roi sous Dieu, jamais à la place de Dieu
La théologie politique du livre est d'une netteté redoutable : Israël a voulu un roi « comme les nations », Dieu le lui a permis en avertissant, et le roi oint reste un serviteur jugé, non un souverain absolu[89]. Samuel oint, conseille, reprend et dépose : Saül apprend à ses dépens qu'on ne force pas la main de Dieu, ni en offrant soi-même le sacrifice réservé, ni en gardant le butin interdit sous couleur de piété[90]. La loi du roi donnée dès le Deutéronome encadrait déjà la fonction : pas de chevaux accumulés, pas de femmes multipliées, pas d'or entassé, et une copie de la Loi à lire « tous les jours de sa vie »[91]. David, le second oint, comprendra la leçon autrement : quand Nathan le reprendra après Bethsabée, il se repentira là où Saül s'était justifié, et c'est cette différence qui fonde la promesse dynastique[92].
L'intercesseur que Dieu lui-même cite en exemple
Psaumes et prophètes s'accordent à faire de Samuel, avec Moïse, le type de l'intercesseur exaucé : « Moïse et Aaron parmi ses prêtres, et Samuel parmi ceux qui invoquaient son nom : ils invoquaient le Seigneur, et lui leur répondait »[93]. Jérémie va plus loin encore : même si Moïse et Samuel se tenaient devant lui, Dieu n'épargnerait pas le peuple apostat, ce qui suppose que leur intercession conjointe représente le maximum imaginable de crédit auprès de Dieu[94]. Samuel intercède pour le peuple à Mispah, à Guilgal, et jusque dans sa vieillesse il fait de la prière pour Israël un devoir dont l'abandon serait un péché : « Loin de moi de pécher contre le Seigneur en cessant de prier pour vous »[95]. L'Église y reconnaît la figure du Christ intercesseur, et celle des saints dont la prière, sans remplacer celle du Sauveur, y participe réellement[96].
Le cantique d'Anne, matrice du Magnificat
Le parallèle entre le cantique d'Anne (1 S 2, 1-10) et celui de Marie (Lc 1, 46-55) est l'un des plus fermes de toute l'Écriture : même exultation d'une mère exaucée, même renversement des puissants, même Dieu qui élève les humbles[97]. Le tableau ci-dessous aligne les correspondances les plus nettes.
| Cantique d'Anne (1 S 2) | Magnificat (Lc 1) | Le renversement commun |
|---|---|---|
| « Mon cœur exulte à cause du Seigneur » (2, 1) | « Mon âme exalte le Seigneur » (Lc 1, 46) | La joie de la mère exaucée ouvre les deux chants |
| « L'arc des forts est brisé » (2, 4) | « Il disperse les superbes » (Lc 1, 51) | Les puissants désarmés |
| « Les affamés se reposent », la stérile enfante (2, 5) | « Il comble de biens les affamés » (Lc 1, 53) | Les pauvres comblés, les riches renvoyés |
| « Il relève le faible de la poussière » (2, 8) | « Il relève Israël son serviteur » (Lc 1, 54) | L'élévation des humbles |
| « Il donnera la puissance à son roi » (2, 10) | « Le règne » du Fils à venir (Lc 1, 32-33) | L'horizon royal et messianique |
Marie ne copie pas Anne par artifice littéraire : elle prie avec les mots de l'Écriture qu'elle a reçus, comme toute fille d'Israël, et l'Église a toujours lu dans cette continuité la preuve que le Nouveau Testament accomplit l'Ancien au lieu de le remplacer[98]. Le cantique d'Anne annonce déjà, en toutes lettres, « son messie » : dix siècles avant Bethléem, la mère de Samuel nomme l'espérance que la mère de Jésus portera[99].
L'accomplissement dans le Christ
David, le roi selon le cœur, et sa descendance promise
Samuel n'a pas connu le règne de David, mort avant son avènement, mais tout son ministère l'a préparé : en rejetant Saül le roi charnel, en oignant en secret l'enfant oublié de Bethléem, en protégeant le fugitif à Nayot[100]. Le verdict qui fonde la dynastie, « le Seigneur s'est cherché un homme selon son cœur » (1 S 13, 14), est prononcé par Samuel lui-même, et Paul le reprendra à Antioche en l'appliquant à David face à Saül écarté[101]. L'alliance promise ensuite à David, une maison stable et un trône affermi pour toujours, appartient au dossier des livres de Samuel : l'article s'y renvoie pour le détail, et retient ici l'essentiel, c'est de l'onction samuélienne que procède la lignée qui mènera à Joseph de Nazareth[102].
Tous les prophètes depuis Samuel
Le discours de Pierre au Temple donne à Samuel une place unique dans l'histoire du salut : « Tous les prophètes depuis Samuel et ses successeurs, tous, autant qu'ils ont parlé, ont annoncé ces jours-là », ceux du Christ souffrant puis glorifié[103]. Samuel ouvre donc la procession prophétique qui conduit à Jésus, non comme un ancêtre lointain, mais comme le premier témoin d'une chaîne ininterrompue[104]. L'épître aux Hébreux le confirme en le nommant, seul juge cité, au cœur de la nuée des témoins de la foi, entre David et les prophètes[105].
Le Dieu qui regarde le cœur
La parole adressée à Samuel devant les fils de Jessé, Dieu regarde le cœur quand les hommes regardent l'apparence, traverse tout le Nouveau Testament comme un fil rouge : les Béatitudes proclament heureux les cœurs purs, le Seigneur dénonce les tombeaux blanchis, et l'Apôtre rappelle que Dieu « éprouve les cœurs »[106]. Samuel, qui s'était lui-même trompé sur l'aîné avant d'être corrigé, est le premier bénéficiaire de la leçon qu'il transmet : le discernement des apparences s'apprend, même pour un prophète, et il commence par l'écoute[107]. En ce sens, le voyant aveuglé un instant devant la haute taille d'Éliab, puis éclairé devant le petit berger, est la figure de tout lecteur de l'Évangile appelé à reconnaître le Roi sous les traits du serviteur[108].
Samuel dans la vie liturgique de l'Église
Le lectionnaire : Samuel au début du temps ordinaire
Chaque année, dans les premières semaines du temps ordinaire, le lectionnaire de la messe fait entendre la vocation de l'enfant de Silo, l'onction de Saül puis celle de David : janvier est, pour les fidèles assidus à la messe quotidienne, le mois de Samuel[109]. La nuit où le Seigneur appelle trois fois l'enfant est l'une des lectures les plus aimées de ce cycle, souvent choisie pour les ordinations, les professions religieuses et les veillées de prière pour les vocations, tant elle dit la disponibilité requise de tout appelé[110]. Le cantique d'Anne, lui, irrigue la prière des Heures et les chants d'action de grâce, en pendant de celui de Marie[111].
La fête du 20 août et le témoignage du Martyrologe
Les Églises d'Orient fêtent le saint prophète Samuel le 20 août, date attestée dès les anciens calendriers palestiniens et constantinopolitains, et toujours inscrite aux calendriers orthodoxe et gréco-catholique[112]. L'Occident l'honore au Martyrologe romain, qui commémore en Judée « le saint prophète Samuel », rappelant au témoignage de saint Jérôme la translation de ses saintes reliques à Constantinople sous l'empereur Arcadius[113]. La mention impériale n'est pas décorative : transférer les restes d'un prophète dans la capitale, c'est professer que l'Ancien Testament tout entier marche vers le Christ, et que ses saints appartiennent déjà à l'Église[114].
Le pèlerinage de Nebi Samwil, la Rama de la tradition
Depuis l'époque byzantine, la tradition chrétienne identifie le village de Nebi Samwil, sur les hauteurs au nord-ouest de Jérusalem, à Rama, la patrie et le tombeau de Samuel : un monastère Saint-Samuel y est attesté dès le IVe siècle, et les croisés en firent au XIIe siècle une étape majeure du pèlerinage, y relevant l'église et la forteresse dont les ruines dominent encore le site[115]. Le voyageur juif Benjamin de Tudèle, en 1173, raconte que les croisés y avaient rapporté les ossements du prophète retrouvés dans une sépulture de la plaine côtière[116]. Aujourd'hui comme au temps du voyageur américain Edward Robinson en 1838, juifs, chrétiens et musulmans vénèrent ensemble le tombeau sous la coupole, dans un partage aussi fragile que tenace[117]. Les archéologues discutent de l'identification, beaucoup proposant d'y voir plutôt l'antique Mispah, mais la continuité du culte depuis seize siècles fait du lieu, à défaut d'une certitude topographique, un témoignage vivant de la mémoire samuélienne[118].
Samuel hors de la Bible : judaïsme, islam et arts
Le judaïsme : Anne modèle de la prière, Samuel auteur
La tradition rabbinique fait de la prière d'Anne la charte de toute prière juive : le Talmud tire du récit de Silo les lois de l'oraison, prier du cœur même sans voix, articuler des lèvres, ne pas élever la voix, ne pas prier en état d'ébriété, exposer sa peine devant Dieu comme Anne « répandant son âme »[119]. Chaque office quotidien porte ainsi, sans le savoir, la trace de la mère de Samuel. Le même Talmud, on l'a vu, fait de Samuel l'auteur de son livre, des Juges et de Ruth, et le Midrash comme les commentateurs médiévaux (Rachi, Radak) lisent sa vie comme celle du prophète-juge par excellence, supérieur aux rois qu'il oint puisqu'il les juge[120].
L'islam : le prophète sans nom de la sourate 2
Le Coran ne nomme jamais Samuel, mais il raconte son histoire : après Moïse, les notables d'Israël demandent à « leur prophète » de leur susciter un roi pour combattre dans le sentier de Dieu ; le prophète leur désigne Talut (Saül), contesté pour sa pauvreté puis confirmé par le signe de l'arche ; Talut éprouve son armée au ruisseau, et le jeune Dawud (David) terrasse Jalut (Goliath)[121]. La trame suit d'évidence les chapitres 8 à 17 du premier livre de Samuel, et les grands commentateurs musulmans, at-Tabari puis Ibn Kathir, identifient explicitement ce prophète anonyme à Samuel[122]. La divergence porte sur le sens, non sur les faits : là où la Bible fait du roi demandé un premier rejet de Dieu pardonné puis relevé, le Coran y lit une épreuve de l'obéissance militaire, et la tradition musulmane ignore l'onction davidique comme alliance[123].
Les arts : de Haendel aux peintres de l'onction
La nuit d'En-Dor a frappé les imaginations plus qu'aucune autre scène du livre : Haendel en fait le sommet terrifiant de son oratorio Saul (1739), sur un livret de Charles Jennens tiré du texte biblique, quand la pythonisse fait monter l'ombre du prophète devant le roi condamné[124]. Les peintres, eux, ont préféré les deux onctions : Saül cherchant ses ânesses et trouvé par Samuel, David l'oublié appelé du pâturage, scènes de vocations manquées puis réussies qui offrent aux artistes le contraste des âges et des attitudes[125]. Le cinéma biblique du XXe siècle a souvent fondu Samuel en silhouette, voix off de la conscience de Saül, tant le personnage résiste au premier plan : il est celui qui désigne, pas celui qui règne, et les artistes l'ont compris[126].
Le débat historico-critique : ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'hypothèse deutéronomiste et ses variantes
Depuis Martin Noth et ses études sur l'histoire des traditions (1943), une large partie de l'exégèse contemporaine range les livres de Samuel dans une grande « histoire deutéronomiste » rédigée à l'époque de l'exil, qui relirait le passé monarchique à la lumière du Deutéronome pour expliquer la catastrophe de 587[127]. Frank Moore Cross a proposé d'y distinguer deux couches, une première édition josianique optimiste et une retouche exilique assombrie, tandis que Leonhard Rost isolait dès 1926, dans le second livre, un « récit de succession » favorable à Salomon[128]. Présentées loyalement, ces reconstructions offrent des lectures fines de la composition littéraire : elles repèrent des coutures, des reprises, des perspectives pastorales successives[129].
Mais il faut dire nettement leur statut : ce sont des hypothèses sur des documents perdus, dont aucun manuscrit n'existe, dont les frontières varient selon les écoles, et dont les datations reposent souvent sur le postulat que tout récit précis du passé est une projection tardive[130]. Le présent article les expose sans les caricaturer, puis montre pourquoi la datation et l'attribution traditionnelles restent défendables : non par ignorance de la critique, mais après l'avoir pesée[131].
Les doubles récits : contradiction ou complément ?
L'objection la plus courante porte sur les passages répétés : Saül devient roi à Mispah par le sort puis à Guilgal par l'acclamation ; il est rejeté au chapitre 13 puis de nouveau au chapitre 15 ; David entre à la cour comme musicien au chapitre 16 puis comme vainqueur de Goliath au chapitre 17 ; le proverbe « Saül est-il parmi les prophètes ? » apparaît deux fois[132]. Pour une partie de l'exégèse, ce sont des traditions concurrentes maladroitement cousues, preuve d'une compilation tardive[133].
| Doublet allégué | Lecture critique courante | Réponse de la lecture traditionnelle |
|---|---|---|
| Deux avènements de Saül (1 S 10 et 11) | Deux sources politiques opposées | Désignation privée, proclamation publique, puis confirmation militaire : trois temps d'une seule accession |
| Deux rejets de Saül (1 S 13 et 15) | Redondance de compilateur | Deux fautes distinctes (sacrifice usurpé, butin épargné), second rejet définitif après le premier avertissement |
| Deux entrées de David à la cour (1 S 16 et 17) | Deux traditions d'origine | Musicien occasionnel appelé par crises, puis héros national après Goliath : la cour oublie vite un joueur de lyre |
| « Saül parmi les prophètes » (1 S 10 et 19) | Dicton flottant réutilisé | Le proverbe naît d'un premier événement puis renaît, enrichi, lors du second : c'est sa fonction proverbiale |
| Taille de Goliath (6 ou 4 coudées) | Exagération légendaire | Variante de copie entre témoins (TM contre LXX et Qumrân), l'affrontement étant attesté par tous |
La règle de lecture traditionnelle est celle du complément plutôt que de la contradiction : la Bible raconte volontiers deux fois, sous deux angles, ce que la vie fait arriver deux fois, et les Chroniques confirment la méthode en citant trois sources prophétiques distinctes pour un même règne[134]. Ajoutons que les prétendus « doublets » supposent souvent ce qu'ils veulent prouver : on découpe le texte en sources selon des critères stylistiques, on date ces sources selon une théorie de l'évolution religieuse, puis on invoque le découpage comme preuve de la théorie[135].
En-Dor, les esprits et le présupposé anti-surnaturel
L'épisode de la nécromancienne concentre tous les soupçons : une évocation de mort serait une concession au paganisme, et la prédiction exaucée, une retouche après coup[136]. Les Pères eux-mêmes ont débattu de l'identité de l'apparition : Augustin s'est demandé si c'était vraiment l'âme de Samuel ou un esprit qui en avait pris la ressemblance, preuve que l'Église n'a jamais lu le passage les yeux fermés[137]. Mais le texte, lui, ne doute pas : c'est Samuel qui parle, qui prophétise, et dont Ben Sira confirme la prophétie posthume[138]. Écarter le récit au motif qu'une évocation ne peut pas prédire l'avenir, c'est appliquer au texte un présupposé philosophique, le naturalisme, et non un argument historique : la méthode exclut le surnaturel avant l'enquête, puis conclut de l'enquête que le surnaturel est absent[139].
Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable
Rassemblons les pièces : une attribution ancienne et précise (Baba Batra, Gad, Nathan, Chroniques), une glose interne qui avoue l'ancienneté du récit (le voyant du chapitre 9), des manuscrits antérieurs de cinq siècles aux massorètes (Qumrân), une traduction grecque du IIIe siècle qui suppose un hébreu déjà fixé, des témoins du IIe siècle avant notre ère (Ben Sira) et du Ier après (Josèphe, apôtres) qui citent le livre comme Écriture, et une réception ecclésiale sans solution de continuité[140]. Face à ce faisceau, les reconstructions tardives offrent des possibilités littéraires, jamais des preuves : aucun manuscrit de leurs sources supposées, aucune trace d'une fraude, aucune communauté qui aurait accepté comme Moïse un livre fabriqué sous les Perses[141]. Comme le rappelle le concile Vatican II, l'Écriture « enseigne solidement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées » en vue du salut : la foi en l'inerrance n'interdit pas la critique des copies, elle interdit de faire dire au texte le contraire de ce qu'il affirme[142].
Pour aller plus loin
- Les livres de Samuel : l'article jumeau sur les deux livres, leur plan, leur texte et leur théologie d'ensemble
- Saül, le premier roi oint puis rejeté, dont Samuel fit et défit le règne
- David, le berger de Bethléem oint en secret, dont la lignée mène au Christ
- Moïse, le libérateur et médiateur de l'Alliance, cité avec Samuel parmi les intercesseurs
- Aaron, frère et porte-parole de Moïse, premier grand prêtre
- Josué, qui fit entrer Israël en Canaan avant le temps des juges
- Gédéon, juge suscité contre Madian au temps des oppressions
- Samson, le nazir dont la force jugea les Philistins
- Élie, le prophète du Carmel, héritier du manteau samuélien
Notes et références
1 S 1, 1 (Elqana de Rama) à 1 S 25, 1 (mort et sépulture à Rama) : l'inclusion géographique ouvre et referme la vie du prophète.
11 S 28, 3 rappelle d'abord la mort de Samuel avant de raconter la consultation d'En-Dor : le narrateur suppose le chapitre 25 connu.
2Découpage reçu : 1 S 1-7 (enfance, arche, Mispah), 1 S 8-15 (Saül), 1 S 16-31 (David et fin de Saül) ; voir l'article livres de Samuel.
3En hébreu, Shemouel forme un seul livre, classé parmi les Prophètes antérieurs (avec Josué, les Juges et les Rois).
4Septante : Basileiôn I-II (Règnes) ; Vulgate : Samuhelis I-II. La division coupe en deux le règne de Saül, au milieu de 1 S 31 et 2 S 1.
5L'article livres de Samuel traite le plan des deux livres, la critique textuelle et l'alliance davidique : on ne redouble pas ici ce dossier.
61 Ch 29, 29 (archives) ; 2 Ch 35, 18 (datation) ; Ps 99, 6 et Jr 15, 1 (intercession) : trois usages distincts, tous anciens.
7Ac 3, 24 (seuil prophétique) ; Ac 13, 20 (charnière chronologique) ; He 11, 32 (nuée des témoins).
81 S 1, 3 : Éli et ses fils Hofni et Pinhas, prêtres à Silo ; 1 S 1, 9 : Éli sur son siège près du montant du temple.
91 S 1, 1-2 : Elqana, Anne et Peninna ; 1 S 1, 5-8 : la part double d'Anne et les larmes que l'amour de son mari ne console pas.
10Sara (Gn 18), Rébecca (Gn 25, 21), Rachel (Gn 30), la femme de Manoah (Jg 13), la Sunamite (2 R 4), Élisabeth (Lc 1) : la stérilité féconde est un motif constant de l'histoire sainte.
111 S 1, 10-11 : la prière des lèvres sans voix et le vœu du nazirat perpétuel pour l'enfant à naître.
121 S 1, 20 : Anne « l'appela Samuel, car, disait-elle : Je l'ai demandé au Seigneur » ; le nom condense toute la vocation d'écoute.
131 S 1, 24-28 : le sevrage, l'offrande et la parole d'Anne à Éli ; 1 S 2, 19 : la petite tunique apportée chaque année.
141 S 2, 1, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : « Mon cœur exulte à cause du Seigneur... ».
151 S 2, 4-5 (forts et affamés) ; 1 S 2, 7-8 (pauvreté et élévation) ; 1 S 2, 10 (le roi et le messie), traduction liturgique.
16Lc 1, 46-55 reprend le vocabulaire et la structure du chant d'Anne ; voir la section sur le Magnificat.
171 S 2, 12-17 (rapines sur les sacrifices) ; 1 S 2, 22-25 (désordres et avertissement méprisé) ; 1 S 3, 1 (parole rare).
181 S 3, 2-9 : les trois appels, la méprise et le discernement final d'Éli.
191 S 3, 9, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : la consigne d'Éli à l'enfant.
201 S 3, 10, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : la réponse de Samuel au quatrième appel.
211 S 3, 11-18 : l'oracle contre la maison d'Éli et sa transmission intégrale au matin.
221 S 3, 19-21 : aucune parole ne tombe à terre, et « tout Israël sut » que Samuel est prophète.
231 S 4, 1-11 (Afek et la prise de l'arche) ; 1 S 4, 12-22 (mort d'Éli, de ses fils et d'Ikabod).
24La destruction de Silo au XIe siècle est admise par l'archéologie comme par le texte (Jr 7, 12-14 ; Ps 78, 60 rappellent l'abandon du sanctuaire).
251 S 5 (Dagôn et les tumeurs) ; 1 S 6, 1 (sept mois) ; 1 S 6, 7-12 (le chariot et les vaches de Beth-Shémesh).
261 S 7, 1-2 : l'arche à Qiryat-Yearim pendant « vingt ans », et le soupir de tout Israël.
271 S 7, 3-9 : l'exhortation, le jeûne, l'eau répandue et l'holocauste de l'agneau de lait.
281 S 7, 10-12 : le tonnerre, la poursuite et la pierre du secours entre Mispah et Shen.
29Si 46, 16-18, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : l'agneau offert et le tonnerre qui extermine les chefs ennemis.
30Si 46, 13-14, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : aimé du Seigneur, royauté établie, onctions, judicature.
311 S 7, 15-17 : Béthel, Guilgal, Mispah et le retour à Rama, avec l'autel bâti au Seigneur.
32À la différence de Gédéon ou de Samson, suscités pour une délivrance, Samuel exerce une charge permanente de juge, de prophète et d'intercesseur.
331 S 8, 1-3 : Joël et Abiya juges à Bersabée, détournés par le profit.
341 S 8, 4-8 : la demande des anciens et la réponse divine, « ce n'est pas toi qu'ils rejettent ».
351 S 8, 10-18 : le tableau du « droit du roi », réquisitions et servitude annoncées.
361 S 8, 19-22 : l'entêtement du peuple et l'ordre divin d'écouter sa voix.
371 S 9, 1-14 : Saül et les ânesses, le quart de sicle et la montée vers le voyant ; 1 S 9, 15-17 : l'avertissement divin à Samuel.
381 S 10, 1 (onction secrète) ; 1 S 10, 20-24 (sort et proclamation à Mispah).
391 S 11 (Yabesh assiégée puis délivrée) ; 1 S 11, 14-15 (renouvellement de la royauté à Guilgal).
401 S 12, 1-5 : la sommation d'accusation et l'acquittement unanime du juge.
41Si 46, 19, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : « pas même une paire de sandales, et personne ne l'accusa ».
421 S 12, 16-25 : le tonnerre de la moisson, la faute avouée et la promesse d'intercession.
431 S 13, 8-14 (Guilgal) ; 1 S 15, 1-23 (Amalec) : les deux désobéissances et leurs sentences.
441 S 15, 22, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : l'obéissance et la docilité contre les holocaustes.
451 S 15, 24-31 (confession et refus) ; 1 S 15, 27-28 (le pan déchiré, parabole du royaume) ; 1 S 15, 35 (Samuel pleure Saül).
461 S 16, 1-5 (l'envoi et la génisse) ; 1 S 16, 6-11 (les sept fils refusés).
471 S 16, 7 : Dieu ne regarde pas comme les hommes, les hommes voient l'apparence et le Seigneur voit le cœur (paraphrase du verset fameux).
481 S 16, 12-13 : l'onction au milieu des frères et l'esprit du Seigneur qui fond sur David.
491 S 19, 18-24 : les trois vagues de messagers puis Saül lui-même saisis à Nayot, et le proverbe renouvelé.
501 S 25, 1 : la mort, le deuil de tout Israël et la sépulture à Rama.
511 S 28, 3-7 : le silence de Dieu (songes, Ourim, prophètes) et le recours déguisé à la femme d'En-Dor.
52Si 46, 20, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : la prophétie posthume annonçant au roi sa fin.
53Si 46, 20, même verset : « du sein de la terre, il éleva une voix prophétique ».
54Talmud de Babylone, Baba Batra 14b-15a : Samuel a écrit son livre, les Juges et Ruth ; Gad et Nathan l'ont achevé.
551 Ch 29, 29 : les actes de David consignés dans les « livres » de Samuel le voyant, de Nathan et de Gad.
56Une rédaction par les prophètes contemporains explique la précision des scènes (cours, batailles, dialogues) mieux qu'une compilation lointaine.
57Ac 13, 20-21 : environ 450 ans de juges jusqu'à Samuel, puis quarante ans de Saül.
58Ac 7, 2-53 : Étienne suit l'ordre reçu de l'histoire sainte, d'Abraham à Salomon.
59Nulle part le Nouveau Testament ne traite Samuel en symbole : il le compte, le date et le cite comme témoin.
601 R 6, 1 : la 480e année après la sortie d'Égypte, 4e année de Salomon, mois de Ziv.
61Exode vers 1446, désert et conquête au XIVe siècle finissant, juges du XIIIe au XIe siècle : voir les articles Moïse et Josué pour le détail du cadre.
62Naissance vers le milieu du XIe siècle, ministère dans sa seconde moitié, mort au tournant du Xe : fourchette reçue, sans précision artificielle.
63Comme pour Gédéon ou Samson, le titre porte « vers le XIe siècle » : l'approximation affichée vaut mieux que la fausse exactitude.
641 S 9, 9 : « celui qu'on appelle aujourd'hui prophète, on l'appelait autrefois voyant » (paraphrase de la glose du narrateur).
65Un faussaire tardif modernise le vocabulaire au lieu d'en expliquer l'archaïsme : la glose est la signature d'un transmetteur fidèle.
661 S 9, 8 (quart de sicle) ; 1 S 2, 18 (éphod de lin) ; 1 S 13, 19-22 (monopole philistin du fer) ; 1 S 7, 12 (pierre dressée).
67Fin de l'âge du bronze et début du fer au Levant (Philistins, chars, forges) : le décor convient au IIe millénaire finissant, non à l'époque perse.
68Massorétique, Septante et Qumrân : trois lignées indépendantes qui permettent de contrôler les variantes au lieu de les subir.
694QSam^a, 4QSam^b et 4QSam^c (IIIe-Ier s. av. J.-C.) : le deuxième compte parmi les plus anciens manuscrits bibliques conservés.
701 S 9, 18-19 : Qumrân et la Septante lisent « le voyant » là où le massorétique a nivelé, confirmant l'ancienneté de la glose.
711 S 17, 4 : six coudées et un empan (TM) contre quatre coudées et un empan (LXX et 4QSam^a) ; le duel lui-même est unanimement attesté.
72La critique textuelle arbitre entre des mesures, non entre l'existence et la légende : aucun témoin ne connaît un Samuel sans Goliath.
73Si 46, 13-20 : royauté, onctions, Mispah, adieux, En-Dor, tout le livre est supposé connu deux siècles avant notre ère.
74Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre VI : paraphrase suivie d'Anne à la mort de Saül, traitée en histoire nationale.
75Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 38-40 : vingt-deux livres, dont les prophètes depuis Moïse jusqu'à Artaxerxès.
76Ac 3, 24 ; Ac 13, 20 ; He 11, 32 : seuil prophétique, charnière chronologique, nuée des témoins.
77Ac 13, 22 reprend 1 S 13, 14 (« un homme selon mon cœur ») : Paul connaît le livre jusque dans ses sentences.
78Jérôme, Prologus Galeatus (préface aux livres de Samuel et des Rois, vers 391-392) : dénombrement des vingt-deux livres hébreux.
79Concile de Trente, IVe session, décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546 : quarante-six livres pour l'Ancien Testament catholique.
80Qumrân, Septante, Ben Sira, Nouveau Testament, Josèphe, Jérôme, liturgie, magistère : la chaîne des témoins ne connaît aucune rupture.
811 S 3, 9-10 : la réponse apprise d'Éli devient le programme de toute la vie du prophète.
82Les Pères lisent dans les trois appels la patience de Dieu avec les commençants : Dieu répète, explique par un maître, puis parle directement.
83La prière comme écoute avant la demande : Samuel illustre la doctrine commune de l'oraison, de l'Ancien Testament aux maîtres du Carmel.
84Si 46, 15, traduction liturgique (AELF, vérifiée mot pour mot) : la fidélité éprouvée et les visions dignes de foi.
85Os 6, 6 ; Ps 40, 7-9 ; Ps 50, 8-15 ; Is 1, 11-17 ; Mi 6, 6-8 : toute la prophétie reprend la sentence de Samuel.
86Samuel offre lui-même (Mispah, Guilgal, Bethléem) : il subordonne le sacrifice, il ne l'abolit pas.
87Os 6, 6 (« l'amour, non les sacrifices ») ; Mt 9, 13 et Mt 12, 7 (le Christ citant Osée face aux pharisiens).
881 S 8, 7 (le rejet de Dieu) ; 1 S 10, 25 (le « droit de la royauté » consigné) ; 1 S 15 (le jugement du roi).
891 S 13, 13-14 (Guilgal) ; 1 S 15, 22-23 (Amalec) : deux fautes, une leçon, le royaume arraché.
90Dt 17, 14-20 : chevaux, femmes, or limités, et la copie de la Loi à lire chaque jour.
912 S 12, 1-14 : repris par Nathan, David confesse (« J'ai péché contre le Seigneur ») là où Saül s'était justifié (1 S 15, 20-21).
92Ps 99, 6 : Moïse, Aaron et Samuel parmi ceux qui invoquent, et Dieu qui répond.
93Jr 15, 1 : même Moïse et Samuel intercédant n'obtiendraient plus rien, tant le crédit supposé est grand.
941 S 12, 23 : cesser de prier pour le peuple serait pécher contre le Seigneur.
95Le Christ « intercède pour nous » (Rm 8, 34) et les saints participent à son intercession : Samuel en est le type vétérotestamentaire avec Moïse.
96Structure, vocabulaire et théologie communs aux deux cantiques : exultation, renversement, élévation des humbles, horizon royal.
97Lc 1, 46-55 tisse au moins une dizaine d'allusions vétérotestamentaires : Marie prie en fille de l'Écriture, non en improvisatrice.
981 S 2, 10 : « il relèvera le front de son messie », pointe finale du cantique, dix siècles avant Bethléem.
99Rejet de Saül (1 S 13 et 15), onction de Bethléem (1 S 16), protection de Nayot (1 S 19) : trois actes pour un seul avènement.
1001 S 13, 14 : « le Seigneur s'est cherché un homme selon son cœur » ; Ac 13, 22 : Paul applique la sentence à David.
1012 S 7 (promesse à David) et Mt 1 (généalogie jusqu'à Joseph) : de l'onction samuélienne à la naissance du Christ, la chaîne est continue.
102Ac 3, 24 : « tous les prophètes depuis Samuel » ont annoncé les jours du Christ souffrant et glorifié.
103Samuel ouvre la liste, ses « successeurs » la continuent : la prophétie est une chaîne, non une série d'oracles isolés.
104He 11, 32 : Samuel, seul juge nommé dans la liste des témoins de la foi, entre David et les prophètes.
105Mt 5, 8 (cœurs purs) ; Mt 23, 27 (tombeaux blanchis) ; 1 Th 2, 4 (Dieu éprouve les cœurs) : le discernement samuélien traverse l'Évangile.
1061 S 16, 6-7 : trompé par la taille d'Éliab, Samuel reçoit la leçon avant de la transmettre.
107Comme Samuel devant les fils de Jessé, le lecteur de l'Évangile doit reconnaître le Roi sous l'apparence du serviteur souffrant.
108Lectionnaire romain, férie du temps ordinaire, premières semaines : le premier livre de Samuel (vocation, Saül, David) ouvre l'année liturgique ordinaire.
1091 S 3, 3-10 : lecture classique des célébrations de vocations, ordinations et professions.
110Le cantique d'Anne (1 S 2) figure au répertoire des cantiques de la prière des Heures et des actions de grâce, en pendant du Magnificat.
11120 août : Église grecque-orthodoxe, calendriers slaves et orientaux, et anciens calendriers palestiniens (calendrier géorgien de Ioane Zosime, Xe siècle).
112Martyrologe romain, éloge du saint prophète Samuel en Judée : reliques transférées à Constantinople sous l'empereur Arcadius, au témoignage de saint Jérôme.
113La translation des reliques vétérotestamentaires dans la capitale chrétienne professe l'unité des deux Testaments et la sainteté des justes d'avant le Christ.
114Nebi Samwil, au nord-ouest de Jérusalem : monastère Saint-Samuel dès le IVe siècle, apogée aux XIIe-XIIIe siècles croisés.
115Benjamin de Tudèle, récit de voyage (vers 1173) : les croisés auraient rapporté à Nebi Samwil les ossements du prophète.
116Edward Robinson, Biblical Researches (1838) : mosquée regardée par juifs, chrétiens et musulmans comme couvrant le tombeau de Samuel.
117L'identification à Rama reste discutée (beaucoup proposent Mispah) : la tradition cultuelle, elle, est continue depuis l'époque byzantine.
118Talmud de Babylone, Berakhot 31a : de la prière d'Anne (1 S 1, 10-13) sont tirées les règles de l'oraison, à voix basse et du fond du cœur.
119Rachi et David Qimhi (Radak) sur 1 S : Samuel prophète-juge supérieur aux rois, puisqu'il les oint et les juge.
120Coran, sourate 2, versets 246-251 : le prophète anonyme, Talut, l'arche en signe, l'épreuve du ruisseau, Dawud contre Jalut.
121At-Tabari (m. 923) puis Ibn Kathir (m. 1373) dans leurs commentaires : le prophète de la sourate 2 est Samuel.
122La tradition musulmane retient l'épreuve et la victoire, non l'onction comme alliance ni la dynastie davidique comme promesse.
123G. F. Haendel, Saul, HWV 53 (1739), livret de Charles Jennens d'après le premier livre de Samuel : l'acte III culmine avec la pythonisse d'En-Dor.
124L'onction de Saül et celle de David, scènes jumelles de vocation, comptent parmi les sujets samuéliens favoris de la peinture classique.
125Prophète qui désigne sans régner, Samuel inspire les artistes comme conscience du roi plutôt que comme héros : voir les visuels préparés en phase 2.
126M. Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, t. I, Halle, Niemeyer, 1943 : l'histoire deutéronomiste, du Deutéronome aux Rois, rédigée à l'exil.
127F. M. Cross, Canaanite Myth and Hebrew Epic, Harvard UP, 1973 (double rédaction) ; L. Rost, Die Überlieferung von der Thronnachfolge Davids, 1926 (récit de succession).
128Repérage des coutures et des perspectives : l'apport descriptif de la critique littéraire reste précieux pour lire la composition.
129Sources supposées sans manuscrit, frontières mouvantes selon les écoles, datations dépendant du postulat : le statut reste hypothétique.
130Exposer loyalement les thèses modernes puis montrer leurs limites : la méthode catholique de l'article, suivant la boussole Ignispedia.
1311 S 10 et 11 (avènement) ; 1 S 13 et 15 (rejet) ; 1 S 16 et 17 (David à la cour) ; 1 S 10, 11-12 et 19, 24 (proverbe) ; 1 S 17, 4 (taille).
132Pour une partie de l'exégèse, ces reprises trahissent des traditions concurrentes assemblées tardivement.
1331 Ch 29, 29 (trois sources pour un règne) : la méthode biblique elle-même admet plusieurs récits d'un même fait sans y voir contradiction.
134Découpage stylistique, datation par théorie de l'évolution religieuse, puis preuve par le découpage : le cercle doit être nommé.
135Évocation condamnée par la Loi (Dt 18, 10-12) et prédiction exaucée : deux scandales pour la lecture naturaliste.
136Augustin, De la sollicitude pour les morts (De cura pro mortuis gerenda), ch. 15-18 : doute sur l'identité de l'apparition, esprit empruntant les traits de Samuel.
1371 S 28, 12-19 : la femme voit, Saül reconnaît, « Samuel » parle et prophétise ; Si 46, 20 confirme la lecture traditionnelle.
138Exclure par principe toute intervention d'outre-tombe, puis conclure que le récit est légendaire : le verdict est contenu dans le présupposé.
139Attribution talmudique, glose du voyant, Qumrân, Septante, Ben Sira, Josèphe, apôtres, Jérôme : huit maillons convergents vers l'ancienneté.
140Aucun manuscrit des sources supposées, aucune trace de fabrication, aucune communauté destinataire d'une fraude : l'hypothèse tardive reste sans corps.
141Vatican II, Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 11 : l'Écriture enseigne solidement, fidèlement et sans erreur la vérité en vue du salut.
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