Rachi (1040-1105)

Rachi, rabbin vigneron de Troyes, est l'un des commentateurs juifs les plus diffusés de l'histoire. Son exégèse de la Bible et du Talmud, transmise par Nicolas de Lyre, a nourri jusqu'à la traduction de la Bible par Luther.

Ignispedia

Rachi — acronyme de Rabbi Shlomo Yits'haki, en français Salomon ben Isaac — naît vers 1040 à Troyes, en Champagne, et y meurt le 13 juillet 1105[1]. Vigneron de métier, formé dans les académies rhénanes de Worms et de Mayence, il fonde à Troyes une yeshiva qui devient l'un des foyers majeurs de l'érudition juive médiévale[2]. Son œuvre — un commentaire suivi sur la quasi-totalité du Talmud de Babylone et sur presque tous les livres du Tanakh — lui vaut une fortune éditoriale sans équivalent : premier livre hébreu imprimé à date certaine (son commentaire sur le Pentateuque, Reggio de Calabre, février 1475), commentaire présent en marge intérieure de chaque page du Talmud imprimé depuis l'édition de Venise (1520-1523) — ce qui en fait l'un des commentateurs juifs les plus diffusés de l'histoire[3][4].

Rachi n'est pas seulement une autorité interne au judaïsme rabbinique. Son exégèse, transmise en latin par le franciscain Nicolas de Lyre au XIVᵉ siècle, a nourri l'étude chrétienne de la Bible hébraïque jusqu'à influencer, par ce relais, la traduction allemande de Martin Luther — au point qu'un dicton latin resté célèbre fait de Luther le danseur dont Lyre aurait joué la musique[5]. Il occupe ainsi une place singulière dans l'histoire de l'exégèse occidentale : lu et discuté aussi bien dans les yeshivot que dans les studia dominicains et franciscains du Moyen Âge latin.

Contemporain immédiat de la première croisade (1096) et des massacres qui frappèrent les communautés juives de la vallée du Rhin, Rachi vécut dans une France féodale où la coexistence entre juifs et chrétiens, réelle et documentée à Troyes, se doublait ailleurs d'une violence naissante. Son commentaire du chapitre 53 d'Isaïe, où il lit le « Serviteur souffrant » comme une figure collective d'Israël, s'inscrit dans ce contexte de polémique et de souffrance — un point de désaccord ancien et documenté avec la lecture chrétienne, qu'un article encyclopédique catholique se doit d'exposer avec exactitude et sans caricature.

Cet article présente sa vie, sa méthode d'exégèse, son rôle dans la transmission du texte hébreu à l'Occident chrétien, et la façon dont son œuvre a été reçue — jusqu'à aujourd'hui, où la Maison Rachi et l'Institut universitaire européen Rachi perpétuent sa mémoire dans la ville de Troyes[6].

Une jeunesse dans la Champagne du XIᵉ siècle

Rachi en quelques dates

  1. Vers 1040
    Naissance à Troyes

    Naissance de Shlomo, fils d'Yitzhak, dans une famille de vignerons de Troyes, en Champagne[7].

  2. Vers 1055-1065
    Formation à Worms puis Mayence

    Étude auprès de Yaakov ben Yakar et Isaac ben Eliézer HaLévi, disciples de Rabbenou Guershom[8].

  3. Vers 1065
    Retour à Troyes

    Entrée au tribunal rabbinique de Troyes ; reprise du métier de vigneron-négociant[9].

  4. Vers 1070
    École talmudique de Troyes

    Rachi ouvre à Troyes sa propre école talmudique, foyer de son enseignement et matrice de son commentaire écrit[10].

  5. Mai-juillet 1096
    Massacres de la vallée du Rhin

    Les communautés juives de Spire, Worms, Mayence et Cologne sont ravagées par la « croisade populaire »[11].

  6. 13 juillet 1105
    Mort de Rachi à Troyes

    Décès à environ 65 ans, laissant inachevé son commentaire sur le Talmud : la fin du traité Makkot (depuis 19b) est l'œuvre de son gendre Yehouda ben Nathan, et Baba Batra est achevé par son petit-fils Rachbam (à partir d'environ 29a)[12]. Son commentaire couvre néanmoins la quasi-totalité du Talmud et presque tout le Tanakh[13].

  7. 1322-1331
    La Postille de Nicolas de Lyre

    Le franciscain rédige son commentaire biblique nourri des gloses de Rachi, plus tard lu par Luther[14].

  8. Février 1475
    Premier livre hébreu imprimé à date certaine

    Abraham ben Garton achève à Reggio de Calabre l'impression du commentaire de Rachi sur le Pentateuque (colophon daté du 10 Adar 5235)[15].

  9. 2005
    Neuf-centième anniversaire

    Commémorations du neuf-centième anniversaire de sa mort à Troyes, autour du monument dédié à sa mémoire[16].

Troyes, une petite communauté juive dans la France féodale

Troyes, rue de la République, carte postale ancienne. Image patrimoniale Wikimedia Commons, domaine public.

Au milieu du XIᵉ siècle, Troyes est déjà une cité active de la Champagne, dont les foires commerciales draineront bientôt des marchands de toute l'Europe. Sa communauté juive, installée depuis au moins le début du siècle, y vit de l'artisanat, du commerce et de la viticulture — une activité économique alors ouverte aux juifs dans cette région productrice de vin[17]. C'est dans ce milieu que naît, vers 1040, Shlomo, fils d'Yitzhak, lui-même décrit par la tradition comme un homme pieux tirant sa subsistance du commerce du vin[18].

Selon une tradition rapportée par plusieurs biographes, Rachi serait né la même année que la mort de Rabbenou Guershom ben Yehouda, dit Meor haGola (« la Lumière de l'Exil », v. 960-1040), le grand codificateur rhénan dont l'autorité structure alors tout le judaïsme ashkénaze naissant. Cette coïncidence chronologique a nourri un dicton traditionnel — « un soleil se lève quand l'autre se couche » — qu'il convient de recevoir comme une légende édifiante plutôt que comme un fait établi, la datation exacte de la naissance de Rachi restant elle-même incertaine au sein des sources[19].

La formation à Worms et à Mayence

Encore jeune, Rachi quitte la Champagne pour la vallée du Rhin, alors le grand centre de l'érudition talmudique ashkénaze. Il étudie à Worms sous la direction de Rabbi Yaakov ben Yakar, chef de la yeshiva locale, puis complète sa formation auprès de Rabbi Isaac ben Eliézer HaLévi — les deux étant des disciples directs de Rabbenou Guershom, dont ils transmettent l'enseignement et les décisions halakhiques[20]. Il passe également du temps à Mayence, autre pôle savant de la région, avant de rentrer en Champagne[21].

Cette formation rhénane est décisive : elle relie Rachi à la tradition de Rabbenou Guershom, connu pour ses décrets protégeant la dignité des femmes dans le mariage et pour avoir, le premier, systématisé une partie de la jurisprudence talmudique ashkénaze. Rachi en hérite une méthode fondée sur l'étude minutieuse du texte, la clarté pédagogique et le souci de transmettre — non d'innover pour innover.

Le retour à Troyes et le métier de vigneron

Rachi rentre à Troyes vers 1065. Il rejoint le tribunal rabbinique (beth din) local, où il commence à répondre à des questions de droit religieux, puis en devient l'une des autorités après la mort de Zérah ben Abraham, selon la tradition rapportée par la Jewish Virtual Library — point transmis par cette seule notice et donné ici avec cette réserve[22]. Comme son père, il gagne sa vie de la viticulture et du négoce du vin — un fait attesté par plusieurs sources et qui vaut à Rachi, dans la tradition française, le surnom de « Rachi le vigneron »[23]. Cette activité manuelle, loin d'être un détail anecdotique, situe Rachi dans la longue tradition rabbinique qui refuse de faire de l'enseignement de la Torah un métier rémunéré en soi : le maître doit, comme les Pères de la Mishna avant lui, subvenir à ses besoins par un travail profane.

Vers 1070, à l'âge d'environ trente ans, Rachi ouvre à Troyes sa propre école talmudique (yeshiva), selon la Jewish Virtual Library[24]. Des disciples y affluent rapidement, venus de toute la France du Nord et parfois de plus loin. C'est dans le cadre de cet enseignement oral, semaine après semaine, que Rachi élabore ce qui deviendra son commentaire écrit — la tradition rapporte que l'essentiel de son œuvre exégétique est né des leçons données à ses étudiants avant d'être mis par écrit et révisé au fil des années[25].

L'œuvre : un commentaire pour comprendre, pas pour vaticiner

La méthode du peshat face au midrash

Peshat et derash chez Rachi : le sens simple du texte et son élargissement midrashique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Rachi est le premier exégète juif à distinguer clairement, de façon systématique, le peshat (le sens simple, littéral, contextuel du texte) et le derash (le sens homilétique ou midrashique, souvent allégorique)[26]. Sa méthode ne consiste pourtant pas à rejeter le midrash : il l'intègre largement, mais seulement lorsque le sens littéral du verset lui paraît insuffisant ou ambigu — le midrash venant alors « ajuster » (meyashevet) les paroles à leur juste place[27]. Rachi formule lui-même ce principe méthodologique dans son commentaire sur Genèse 3, 8 :

« Je ne suis venu que pour le sens simple de l'Écriture (peshuto shel miqra), et pour l'aggada qui explique les paroles de l'Écriture d'une manière qui s'y ajuste. » — Rachi, commentaire sur Genèse 3, 8[28]

Cette phrase, l'une des plus citées de toute l'histoire de l'exégèse juive médiévale, marque une rupture méthodologique : avant Rachi, les commentaires bibliques juifs procédaient presque exclusivement par accumulation midrashique, sans souci constant de distinguer ce niveau du sens contextuel immédiat du texte[29]. Benjamin J. Gelles nuance néanmoins la portée de cette rupture : le commentaire de Rachi demeure, dans son économie générale, largement nourri de matériaux midrashiques, choisis et resserrés autour du fil du texte plutôt qu'abandonnés[30].

Un exemple fameux illustre cette méthode dès le premier verset de la Genèse. À la question de savoir pourquoi la Torah commence par le récit de la création plutôt que par le premier commandement donné à Israël (la fixation du calendrier, en Exode 12, 2), Rachi répond en reprenant une tradition attribuée à Rabbi Yits'hak :

« Si les nations du monde disaient à Israël : "Vous êtes des voleurs, car vous avez conquis par la force les terres des sept nations [de Canaan]", Israël pourrait leur répondre : "Toute la terre appartient au Saint, béni soit-Il ; c'est Lui qui l'a créée et qui l'a donnée à qui bon Lui semblait. C'est par Sa volonté qu'Il la leur a donnée, et c'est par Sa volonté qu'Il la leur a reprise pour nous la donner." » » — Rachi, commentaire sur Genèse 1, 1[31]

Ce commentaire, l'un des plus célèbres de tout le corpus rachien, montre bien l'ambition de son exégèse : elle ne s'arrête jamais à la seule glose linguistique, mais cherche systématiquement la portée théologique et existentielle du texte pour son lecteur.

Le commentaire sur la Torah : le premier livre hébreu imprimé à date certaine

L'écriture Rachi : une police d'imprimeur issue de l'édition de 1475, non l'écriture manuscrite de Rachi. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le commentaire de Rachi sur les cinq livres de la Torah devient, dès le Moyen Âge, le texte d'accompagnement obligé de toute étude biblique juive. Sa fortune éditoriale est unique : en février 1475, l'imprimeur Abraham ben Garton achève à Reggio de Calabre, en Italie du Sud, l'impression du commentaire de Rachi sur le Pentateuque (colophon daté du 10 Adar 5235) — le premier livre en caractères hébreux portant une date certaine dans l'histoire de l'imprimerie[32]. Pour cette édition, Garton crée une police typographique semi-cursive, inspirée de l'écriture manuscrite séfarade, destinée à distinguer visuellement le commentaire du texte biblique sacré imprimé en caractères carrés[33]. Cette police, généralisée ensuite par les imprimeurs italiens (notamment la famille Soncino), est restée connue sous le nom d'« écriture Rachi » — bien qu'elle n'ait, en réalité, aucun rapport avec l'écriture manuscrite de Rachi lui-même, mort près de quatre siècles avant sa création[34].

Rachi commente presque tous les livres du Tanakh, à l'exception des livres des Chroniques (I et II) et d'Esdras-Néhémie ; son commentaire sur Job, resté inachevé, s'arrête au chapitre 40, verset 25[35]. Les commentaires parvenus sous son nom sur ces livres manquants sont l'œuvre de disciples de son école, qui y ont incorporé des matériaux issus de la yeshiva de Troyes[36]. Ses élèves Rabbi Shemaya et Rabbi Yossef ont par ailleurs révisé et complété le texte final du commentaire sur la Torah, y ajoutant certaines de leurs propres notes[37].

Le commentaire sur le Talmud : l'œuvre majeure

Lire une page de Talmud : texte central, commentaire de Rachi et discussion des Tossafistes. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Plus encore que son commentaire biblique, c'est son commentaire sur le Talmud de Babylone qui assure à Rachi une autorité sans équivalent dans l'histoire du judaïsme rabbinique. Couvrant la quasi-totalité des traités talmudiques, il vise un objectif pédagogique précis : rendre accessible, phrase par phrase, un texte d'une extrême densité argumentative, écrit dans un araméen technique parsemé de références elliptiques. Depuis la première édition complète imprimée du Talmud de Babylone, réalisée par Daniel Bomberg à Venise entre 1520 et 1523, le commentaire de Rachi figure invariablement dans la marge intérieure de chaque page imprimée du Talmud — une convention typographique reprise sans exception par toutes les éditions ultérieures jusqu'à aujourd'hui[38].

Cette omniprésence éditoriale a une conséquence directe sur la pédagogie juive : depuis près de cinq siècles, apprendre à lire une page de Talmud signifie, concrètement, apprendre à lire simultanément le texte et le commentaire de Rachi qui l'encadre. Aucun autre commentateur, dans l'histoire du judaïsme rabbinique, n'a occupé une position éditoriale comparable.

Les gloses en ancien français : une fenêtre sur la langue médiévale

Un trait singulier du commentaire de Rachi retient l'attention des linguistes et des médiévistes bien au-delà du cercle des études juives : le recours systématique aux la'azim, des gloses en ancien français transcrites en caractères hébreux, destinées à traduire un mot hébreu ou araméen difficile par son équivalent vernaculaire[39]. Le corpus rachien en comporte plus de 3 000 occurrences, ce qui en fait l'une des sources les plus précieuses pour l'étude du français du XIᵉ siècle — une langue par ailleurs très peu attestée par écrit à cette époque, puisque le français n'était pas encore une langue d'écriture savante courante[40]. Quand un élève de la yeshiva de Troyes butait sur un terme technique, Rachi lui répondait dans la langue vernaculaire qu'ils partageaient tous deux — une pratique pédagogique dont l'écrit garde ainsi la trace fossile[41].

Rachi et la première croisade (1096)

Les massacres de la vallée du Rhin

1096, les communautés rhénanes : Spire, Worms, Mayence et Cologne dans le contexte de la croisade populaire. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au printemps et à l'été 1096, tandis que se met en marche la première croisade appelée par le pape Urbain II au concile de Clermont, des bandes de croisés populaires, mal encadrées et animées d'une fureur antijuive que la prédication officielle n'avait pas prévue, s'en prennent aux communautés juives de la vallée du Rhin. Entre mai et juillet 1096, les communautés de Spire, Worms, Mayence et Cologne — précisément les villes où Rachi avait étudié quelques décennies plus tôt — sont ravagées ; des centaines de juifs y sont massacrés ou se donnent la mort plutôt que d'accepter une conversion forcée[42]. Ces événements, connus sous le nom de massacres de la vallée du Rhin, laissent une empreinte durable dans la mémoire et la liturgie juives ashkénazes.

Il importe ici d'établir une distinction historique claire, attestée par les actes épiscopaux de l'époque et par la législation pontificale qui suivit : ces violences ne furent en rien un acte de l'Église en tant que telle, ni approuvées par sa hiérarchie. Elles furent le fait de bandes populaires indisciplinées — la « croisade des gueux » menée notamment par Pierre l'Ermite et le comte Émich de Flonheim — agissant hors du cadre fixé par Urbain II et réprouvées par l'autorité épiscopale locale, qui chercha en plusieurs endroits (Spire, Mayence) à protéger les communautés juives, sans toujours y parvenir face à la foule[43]. Un quart de siècle plus tard, la bulle Sicut Judaeis de Calixte II (vers 1120), bulle de protection des juifs réaffirmée ensuite par de nombreux papes, interdit aux chrétiens, sous peine d'excommunication, de contraindre les juifs au baptême, de les blesser ou de piller leurs biens[44]. Reconnaître la réalité et la gravité de ces massacres n'implique donc aucunement de les imputer à la doctrine catholique elle-même.

L'écho dans l'œuvre de Rachi

Troyes, en Champagne, ne fut pas directement frappée par les violences de 1096 comme le furent les villes rhénanes. Mais Rachi, qui y avait vécu, étudié et gardé des liens avec les érudits de la région, ne resta pas étranger à ce traumatisme collectif. Les spécialistes de son œuvre relèvent des échos de la persécution aussi bien dans certains de ses commentaires bibliques que dans la poésie liturgique de pénitence (les selihot) composée dans les décennies suivant les massacres[45]. Le désastre de 1096 marque durablement la mémoire liturgique ashkénaze : le rite ashkénaze conserve encore aujourd'hui plusieurs qinot (complaintes funèbres) composées en écho direct à ces événements, récitées lors du jeûne du 9 av, qui commémore la destruction du Temple de Jérusalem[46].

Rachi et la question du chapitre 53 d'Isaïe

Une tradition rabbinique plus ouverte avant Rachi

Isaïe 53 avant et après Rachi : principales lectures rabbiniques du Serviteur souffrant. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'un des points où l'exégèse de Rachi entre le plus directement en débat avec la lecture chrétienne concerne le chapitre 53 du livre d'Isaïe, où le prophète décrit un « Serviteur » souffrant, méprisé, « transpercé à cause de nos péchés » — un texte que les chrétiens lisent depuis les origines comme une prophétie de la Passion du Christ. Rachi, dans son commentaire sur Isaïe, identifie ce Serviteur souffrant non à une figure individuelle, mais au peuple d'Israël tout entier, humilié parmi les nations avant de connaître une glorification future[47].

Cette lecture collective, que Rachi contribue puissamment à installer comme position dominante dans l'exégèse juive médiévale et moderne, n'est cependant pas la plus ancienne attestée. Une honnêteté encyclopédique exige de le rappeler avec précision, en s'appuyant sur des sources internes à la tradition rabbinique elle-même — non sur une autorité chrétienne que Rachi n'aurait aucune raison de reconnaître.

Le Targoum de Jonathan ben Ouzziel, la paraphrase araméenne du livre d'Isaïe utilisée dans la liturgie synagogale et dont la rédaction, bien qu'elle intègre des couches tardives, remonte pour l'essentiel aux premiers siècles de notre ère, ouvre son commentaire du chapitre 53 par ces mots, identifiant explicitement le Serviteur au Messie tout en répartissant les souffrances décrites dans le chapitre entre la nation et la victoire finale au Messie lui-même :

« Voici que mon serviteur le Messie prospérera. » — Targoum de Jonathan ben Ouzziel, sur Isaïe 52, 13[48]

De même, le Talmud de Babylone, dans le traité Sanhédrin (98b), rapporte, parmi les noms donnés au Messie par différents maîtres, celui de « lépreux de l'école du Rabbi », en s'appuyant explicitement sur un verset d'Isaïe 53 :

« Ce sont nos maladies qu'il a portées, ce sont nos souffrances qu'il a supportées ; et nous, nous l'avons considéré comme frappé, battu par Dieu et humilié. » — Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, 98b, citant Isaïe 53, 4[49]

Des passages messianiques comparables se retrouvent dans le midrash Ruth Rabba et dans le Tanhouma, deux recueils dont la rédaction finale est tardive mais qui conservent des traditions plus anciennes[50].

Source rabbiniqueDatation approximativeIdentification du « Serviteur » d'Isaïe 53
Targoum de Jonathan ben Ouzziel (Isaïe 52, 13)Ier-IVe siècle (couche ancienne)Le Messie ; souffrances réparties sur la nation, victoire au Messie
Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 98bRédaction talmudique, avant le Xe siècleUn nom du Messie, associé explicitement à Isaïe 53, 4
Midrash Ruth Rabba et Tanhouma (passages messianiques)Traditions anciennes, compilation médiévaleLe Roi-Messie
Rachi, commentaire sur Isaïe 53Vers 1080-1105Le peuple d'Israël, serviteur souffrant collectif des nations
Rachi, glose sur le traité Sanhédrin 98bVers 1080-1105 (même auteur)Sa glose se borne à expliquer l'épithète (« lépreux de l'école du Rabbi ») sans citer de verset ; l'application d'Isaïe 53, 4 au Messie est celle du Talmud lui-même (voir ci-dessous)

La lecture collective de Rachi et son contexte polémique

La lecture collective de Rachi prend sens dans le contexte des controverses judéo-chrétiennes de son temps : les chrétiens faisant d'Isaïe 53 l'un de leurs arguments majeurs pour la messianité de Jésus, une partie de l'exégèse juive s'est trouvée conduite à reformuler l'identification du Serviteur de façon à priver cet argument de sa force, tout en offrant à un peuple juif éprouvé — notamment par les persécutions de 1096 — une lecture consolante de ses propres souffrances collectives comme rachat expiatoire pour les nations[51]. Cette lecture, minoritaire avant Rachi, devient nettement majoritaire après lui : David Kimhi (Radak, v. 1160-1235) l'adopte dans son commentaire d'Isaïe[52]. Le cas d'Abraham ibn Ezra (1089-v. 1164), quasi contemporain de Rachi, est plus complexe : son commentaire d'Isaïe 53, qui s'ouvre sur la « grande difficulté » du passage, discute plusieurs opinions concurrentes — dont une lecture messianique qu'Ibn Ezra lui-même attribue à « beaucoup » d'interprètes — sans pouvoir être rangé sans nuance parmi les simples continuateurs de Rachi[53].

Sanhédrin 98b : l'application messianique est celle du Talmud

Le Talmud de Babylone lui-même, on l'a vu, rattache explicitement Isaïe 53, 4 à l'un des noms du Messie — le « lépreux de l'école du Rabbi »[54]. Quant à la glose de Rachi à cet endroit précis, elle se borne à expliquer l'épithète talmudique — « lépreux de l'école du Rabbi » — sans citer ni appliquer elle-même aucun verset[55]. Il n'y a donc, sur ce point, aucune tension interne à l'œuvre de Rachi : sa lecture collective du Serviteur dans son commentaire d'Isaïe demeure sa position établie, et l'application messianique d'Isaïe 53, 4 dans Sanhédrin 98b est le fait du Talmud lui-même, non une glose messianique de Rachi.

Un chrétien qui lit Rachi n'a donc pas à opposer à son exégèse une autorité que Rachi ne reconnaît pas — citer saint Paul ou l'Évangile à un maître talmudiste pour le convaincre serait un argument sans prise, puisque c'est précisément l'autorité de ces textes qui fait l'objet du désaccord. L'honnêteté intellectuelle consiste plutôt à montrer, à partir des sources mêmes que Rachi tient pour autoritatives — le Targoum, le Talmud, les midrashim anciens —, que la lecture messianique individuelle d'Isaïe 53 n'était ni étrangère ni marginale dans la tradition rabbinique avant que la controverse avec le christianisme n'en déplace le centre de gravité vers une lecture collective. C'est un dossier disputé, dont la tradition catholique tient depuis toujours la lecture christologique pour la clé de lecture véritable et pleinement accomplie du texte — sans que cela oblige à disqualifier la rigueur ni la bonne foi de l'exégète de Troyes, dont l'objectif premier demeurait pastoral : consoler et éclairer sa propre communauté.

La famille et la postérité savante : les Tossafistes

Trois filles, pas de fils

La descendance savante de Rachi : ses trois filles et les principaux Tossafistes issus de sa famille. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Rachi n'eut pas de fils, mais trois filles — Yocheved, Myriam et Rachel — toutes mariées à des érudits talmudistes de renom[56]. Cette absence de descendance masculine directe n'empêcha nullement la formation d'une authentique dynastie savante : la quasi-totalité des grandes lignées rabbiniques ashkénazes ultérieures se rattachent, par une filiation documentée, à l'une ou l'autre de ses trois filles[57].

Fille de RachiÉpouxDescendance notable
YochevedMeïr ben Samuel de RameruptRachbam (Samuel ben Meïr), Rabbenou Tam (Jacob ben Meïr), Yits'hak ben Meïr (Rivam)
MyriamYehouda ben Nathan (Riban)Yom Tov ben Yehouda
RachelÉphraïmLignée moins documentée dans les sources

Rachbam et Rabbenou Tam : les petits-fils qui discutent leur grand-père

Deux de ses petits-fils occupent une place de tout premier plan dans l'histoire de l'exégèse et du droit rabbinique médiéval. Samuel ben Meïr, dit Rachbam (v. 1085-v. 1158), rédige lui-même un commentaire biblique qui pousse le principe du peshat plus loin encore que celui de son grand-père, jusqu'à s'écarter parfois explicitement de son interprétation lorsque le sens contextuel du texte le lui impose[58]. Son frère cadet Jacob ben Meïr, dit Rabbenou Tam (v. 1100-1171), devient l'une des plus hautes autorités halakhiques de son siècle et l'initiateur, avec ses propres élèves, du mouvement des Tossafistes — ces commentateurs qui, sur les marges extérieures de la page talmudique, en regard du commentaire de Rachi placé en marge intérieure, discutent, complètent et parfois contredisent l'interprétation de leur aïeul[59]. Cette disposition typographique, conservée jusque dans les éditions imprimées les plus récentes du Talmud, matérialise ainsi, page après page, un dialogue intergénérationnel entre Rachi et ses propres petits-fils — une situation sans équivalent dans l'histoire des commentaires religieux occidentaux.

Rachi chez les chrétiens : la Bible hébraïque au cœur du Moyen Âge latin

L'école de Saint-Victor et la redécouverte de l'hebraica veritas

L'intérêt chrétien pour l'exégèse rabbinique contemporaine, et pour Rachi en particulier, ne relève pas d'un phénomène isolé ni tardif. Dès le XIIᵉ siècle, l'abbaye parisienne de Saint-Victor devient un foyer de redécouverte de l'hebraica veritas — l'attention portée au texte hébreu original de l'Ancien Testament, dans la lignée méthodologique déjà tracée par saint Jérôme au IVᵉ siècle. Le chanoine victorin André de Saint-Victor (m. 1175) élabore des commentaires bibliques nourris d'un recours systématique aux interprétations juives de son temps, une démarche documentée et étudiée en détail par l'historienne britannique Beryl Smalley dans son ouvrage devenu classique sur l'étude de la Bible au Moyen Âge[60]. Peu après, Herbert de Bosham (m. après 1189), secrétaire de saint Thomas Becket, pousse la démarche plus loin encore : il apprend l'hébreu et consulte directement des maîtres juifs pour pouvoir lire le Psautier hébreu accompagné du commentaire de Rachi[61]. Cette filière d'échange savant entre clercs latins et maîtres juifs, documentée notamment par l'historien français Gilbert Dahan, spécialiste reconnu des relations intellectuelles entre chrétiens et juifs au Moyen Âge, constitue le terreau sur lequel s'enracine, un siècle plus tard, l'entreprise bien plus ample de Nicolas de Lyre[62].

Nicolas de Lyre : une Postille nourrie de Rachi

Le franciscain Nicolas de Lyre (v. 1270-1349), maître en théologie à l'université de Paris, rédige entre 1322 et 1331 sa Postille littérale sur toute la Bible (Postilla litteralis super totam Bibliam), le commentaire biblique le plus diffusé et le plus copié du Moyen Âge tardif. Pour la partie de l'Ancien Testament, Lyre s'appuie de façon systématique sur les commentaires juifs médiévaux, et principalement sur celui de Rachi, qu'il connaît en profondeur grâce à sa maîtrise de l'hébreu — un cas rare parmi les théologiens chrétiens de son temps. Les spécialistes de son œuvre notent que, sur de nombreux passages, Lyre « transcrit presque mot pour mot » les gloses de Rachi, tout en défendant fermement, dans le prolongement de ces mêmes analyses, les lectures christologiques traditionnelles de l'Église[63]. Sa démarche n'est donc en rien un abandon de la foi catholique au profit de l'exégèse rabbinique : elle illustre au contraire la conviction, déjà présente chez saint Jérôme, qu'une connaissance rigoureuse du texte hébreu et de ses lecteurs juifs contemporains sert, et non fragilise, l'intelligence chrétienne de l'Écriture.

De Lyre jusqu'à Luther

De Rachi à Luther : une chaîne de transmission exégétique par Nicolas de Lyre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'influence de la Postille de Nicolas de Lyre traverse les deux siècles suivants et parvient jusqu'à Martin Luther, qui la consulte assidûment lors de son propre travail de traduction biblique. L'estime de Luther pour Lyre est attestée : dans son exposition de 2 Samuel 23, il loue sa connaissance de l'hébreu, et contre les falsifications allégoriques de Genèse 2, il déclare goûter Lyre et le ranger parmi les meilleurs[64]. Une formule souvent reprise résume ce jugement en présentant Lyre comme un bon hébraïsant et un vrai chrétien ; son lieu exact chez Luther n'étant pas vérifié, elle est donnée ici comme formule rapportée, sans affirmation d'authenticité[65]. Un dicton latin resté célèbre résume avec esprit cette chaîne de transmission en jouant sur le nom de Lyre, faisant de Luther le danseur dont Lyre aurait joué la musique : la tradition l'attribue tantôt à l'humaniste Julius von Pflug (1499-1564), tantôt à un Peter of Pflug, sans qu'aucune attribution soit assurée ; il est donc donné ici comme dicton rapporté[66].

Par ce relais scolastique et franciscain, c'est bien une part de l'érudition hébraïque de Rachi — mort deux siècles avant la naissance de Lyre — qui se retrouve, indirectement mais réellement, à l'arrière-plan de la Réforme protestante et de sa traduction allemande de la Bible.

Ce fait, solidement établi par l'histoire de l'exégèse, mérite d'être médité pour ce qu'il est : non une preuve que le texte hébreu « appartiendrait » davantage à une tradition qu'à une autre, mais un exemple remarquable de la façon dont l'Église catholique médiévale, dans ses meilleurs représentants, a toujours cherché à approfondir sa connaissance du texte sacré en son état le plus proche de l'original — y compris en dialoguant, avec discernement critique, avec des maîtres juifs contemporains.

Héritage et mémoire à Troyes aujourd'hui

La synagogue et la Maison Rachi

Synagogue Rachi, rue Brunneval à Troyes, où se trouve la Maison Rachi. Photographie Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

À Troyes, la mémoire de Rachi demeure vivante bien au-delà du cercle des spécialistes. La synagogue Rachi, située rue Brunneval, abrite la Maison Rachi, un espace muséographique consacré à sa vie et à son œuvre, ainsi qu'une bibliothèque — aménagés dans les bâtiments restaurés au cours des années 2010 (bâtiment de 2 000 m² restauré en 2016 ; synagogue restaurée inaugurée en décembre 2019)[67]. Juste en face, l'Institut universitaire européen Rachi, établissement laïc d'enseignement supérieur partenaire de l'université de Reims-Champagne-Ardenne, a été inauguré en 1989 par l'écrivain Elie Wiesel et le grand-rabbin Samuel Sirat ; il se consacre aux études juives et sémitiques ainsi qu'à la recherche sur les monothéismes, indépendamment de toute tutelle synagogale[68].

Neuf cents ans après

L'année 2005, neuf-centième anniversaire de la mort de Rachi, donne lieu à Troyes à d'importantes commémorations autour du monument dédié à sa mémoire[69]. Ces célébrations rappellent, près de neuf siècles après sa mort, la place singulière qu'occupe ce vigneron devenu maître : commentateur de référence pour des générations d'étudiants juifs, source discrète mais réelle de l'exégèse chrétienne médiévale, et témoin, par son œuvre comme par sa vie, d'une France du XIᵉ siècle où l'étude patiente du texte biblique pouvait encore, malgré les tensions et les violences de l'époque, traverser les siècles et les confessions.

Pour aller plus loin

  • Le Concile de Trente (1545-1563) — sur la doctrine catholique de l'inspiration et de l'inerrance des Écritures que Rachi et les chrétiens médiévaux abordaient chacun depuis leur propre tradition.
  • Martin Luther (1483-1546) — sur le traducteur allemand de la Bible qui hérita, via Nicolas de Lyre, d'une part de l'érudition hébraïque de Rachi.
  • John Wycliffe (v. 1328-1384) — sur un autre grand jalon de l'histoire de la traduction biblique en Occident médiéval.

Notes et références

  1. « Rashi », Encyclopædia Britannica, édition en ligne, consultée en 2026 — biographie de référence (naissance vers 1040, mort le 13 juillet 1105 à Troyes).

    1 7 13 21
  2. Jewish Virtual Library, notice « Rabbi Shlomo Yitzchaki (Rashi) », jewishvirtuallibrary.org — biographie, formation à Worms, retour à Troyes, fondation de la yeshiva.

    2 17 18
  3. Abraham ben Garton, commentaire de Rachi sur le Pentateuque, Reggio de Calabre, février 1475 (colophon : 10 Adar 5235) — premier livre en caractères hébreux portant une date certaine : cf. Calabria on Web, « In the Giudecca di Reggio, in 1475, Rashi's Commentary on the Pentateuch was printed, the first Hebrew book with a certain date », et Iakerson (« 10 Adar 5235 (17 February 1475) »). Le quantième varie selon les bibliographies pour ce même colophon (5, 17 ou 26 février cités) — d'où la datation sans jour retenue ici. Description bibliographique complémentaire sur Internet Archive, item « Rashi's Commentary on the Torah, 1st dated edition (Reggio di Calabria, Italy, 1475) ».

    3 15 32
  4. Sur l'édition complète du Talmud de Babylone imprimée par Daniel Bomberg à Venise entre 1520 et 1523 et l'inclusion systématique du commentaire de Rachi en marge intérieure de toutes les éditions ultérieures — cf. la description bibliographique standard de cette édition, reprise par l'ensemble des histoires de l'imprimerie hébraïque.

    4 38
  5. Sur l'estime de Luther pour Lyre : A. Skevington Wood, « Nicolas of Lyra », The Evangelical Quarterly 33.4 (1961), p. 205, qui renvoie pour l'éloge de la connaissance de l'hébreu dans l'exposition de 2 Samuel 23 aux Werke de Luther, éd. de Weimar, vol. LIV, p. 30, et pour le jugement porté à propos de Genèse 2 au vol. XLII, p. 71. La formule résumée qui présente Lyre comme un bon hébraïsant et un vrai chrétien est le résumé de Wood lui-même (même article, n. 52), d'après C. Singer, The Legacy of Israel, p. 307 : aucun lieu exact chez Luther n'est vérifié pour cette formule, donnée ici comme rapportée. Sur le dicton latin : Wood (même article, p. 196, n. 1) l'attribue à un certain Peter of Pflug d'après la New Schaff-Herzog Encyclopedia of Religious Knowledge, éd. S. M. Jackson, vol. 7, p. 99, et indique que sa forme primitive visait les docteurs en général plutôt que Luther nommément ; une autre tradition, rapportée notamment par la notice descriptive Textmanuscripts / Les Enluminures d'un manuscrit de la Postilla litteralis super epistolam ad Hebraeos (reprise par la bibliothèque de Binghamton) comme par J. H. Merle d'Aubigné, Histoire de la Réformation, vol. 1, l'attribue à Julius von Pflug (1499-1564) — l'attribution exacte reste donc incertaine et le dicton est donné ici comme rapporté.

    5 64 65 66
  6. Comité d'histoire régionale Grand Est, notice « Maison Rachi », chr.grandest.fr ; Tribune Juive, « Rachi de Troyes, l'histoire d'une communauté », 18 janvier 2023 — sur la synagogue Rachi, la Maison Rachi (musée, bibliothèque) et l'Institut universitaire européen Rachi, inauguré en 1989 par Elie Wiesel et le grand-rabbin Samuel Sirat ; France 3 Grand Est, « Troyes : la synagogue restaurée a été inaugurée », décembre 2019 — sur l'inauguration de la synagogue restaurée ; Troyes Champagne Tourisme, notice « Maison Rachi » — bâtiment de 2 000 m² restauré en 2016, avec reconstitution d'un oratoire et d'une salle d'étude (beth hamidrash).

    6 67 68
  7. Jewish Virtual Library, notice « Rabbi Shlomo Yitzchaki (Rashi) » — sur ses maîtres à Worms, Yaakov ben Yakar et Isaac ben Eliézer HaLévi, disciples de Rabbenou Guershom ben Yehouda.

    8 20
  8. Jewish Virtual Library, notice « Rabbi Shlomo Yitzchaki (Rashi) » — qui le présente comme entrant au tribunal rabbinique de Troyes puis en devenant l'une des autorités après la mort de Zérah ben Abraham. Seule notice identifiée sur ce point : donné ici comme tradition rapportée, avec cette réserve.

    9 22
  9. Jewish Virtual Library, notice « Rabbi Shlomo Yitzchaki (Rashi) » — qui situe vers 1070 l'ouverture de son école talmudique de Troyes, ses disciples, et la révision de son commentaire par Rabbi Shemaya et Rabbi Yossef.

    10 24 25 37
  10. Sur les massacres de la vallée du Rhin (mai-juillet 1096), leur contexte (« croisade populaire » de Pierre l'Ermite et du comte Émich de Flonheim, hors du cadre fixé par le pape Urbain II), les villes touchées (Spire, Worms, Mayence, Cologne) et les tentatives de protection épiscopale locale — synthèse d'après les travaux de référence sur le sujet, notamment Robert Chazan, European Jewry and the First Crusade, University of California Press, Berkeley, 1987.

    11 42 43
  11. The Jewish Encyclopedia (1901-1906), art. « Tosafot » — Yehouda ben Nathan, gendre et élève de Rachi, « completed Rashi's commentary on Makkot (from 19b to the end) » ; art. « Baba Batra » — le commentaire de Rachi sur ce traité s'interrompt et est relayé par son petit-fils Samuel ben Meïr (Rachbam) ; Maurice Liber, Rashi, Jewish Publication Society of America, Philadelphie, 1906 (trad. Adele Szold), appendice sur l'authenticité des commentaires — Rachbam achève Baba Batra « from 29a on », Yehouda ben Nathan rédige Makkot « from 19b on ».

    12
  12. The Jewish Encyclopedia (1901-1906), art. « Lyra, Nicolas de », jewishencyclopedia.com — sur l'usage systématique par Nicolas de Lyre des commentaires juifs, principalement ceux de Rachi, dans sa Postilla litteralis super totam Bibliam (1322-1331).

    14 63
  13. Jewish Virtual Library, notice « Rabbi Shlomo Yitzchaki (Rashi) » — sur le monument dédié à Rachi à Troyes et les commémorations du neuf-centième anniversaire de sa mort (2005).

    16 69
  14. Chabad.org, « 12 Facts You Should Know About Rabbeinu Gershom Me'or Hagolah » — sur la tradition (à recevoir comme légende édifiante) associant l'année de la mort de Rabbenou Guershom (1040) à celle de la naissance de Rachi.

    19
  15. Tribune Juive, « Rachi de Troyes, l'histoire d'une communauté », 18 janvier 2023 ; Patrimoine de France, notice « L'Institut Rachi à Troyes » — sur son activité de vigneron et de négociant en vin, comme son père avant lui.

    23
  16. Benjamin J. Gelles, Peshat and Derash in the Exegesis of Rashi, E. J. Brill, Leiden, 1981 (« Études sur le judaïsme médiéval », t. IX, dir. Georges Vajda) — étude de référence sur la méthode exégétique de Rachi, distinction peshat/derash.

    26 29
  17. TheTorah.com, « Rashi's Revolutionary Commentary Deviates from Midrash, Why? » et « Rashi on the Torah: What Kind of Commentary Is It? » — sur la nature composite (peshat et midrash) du commentaire de Rachi et la réception de sa méthode par les supercommentateurs depuis le XVe siècle.

    27 30
  18. Rachi, commentaire sur Genèse 3, 8 : « Je ne suis venu que pour le sens simple de l'Écriture, et pour l'aggada qui explique les paroles de l'Écriture d'une manière qui s'y ajuste » — traduction française alignée sur M. Rosenbaum et A. M. Silbermann (trad.), Pentateuch with Rashi's Commentary, Londres, 1929-1934 (« I, however, am only concerned with the plain sense of Scripture and with such Agadoth that explain the words of Scripture in a manner that fits in with them », texte anglais repris par Sefaria). Texte hébreu collationné : « אני איני בא אלא לפשוטו של מקרא ולאגדה המיישבת דברי המקרא דבר דבור על אפניו » — le mot décisif se lit המיישבת (avec yod) dans l'édition de référence (texte hébreu consultable sur Sefaria, éd. Vilna), et אפניו suit la forme biblique (Pr 25, 11 : אָפְנָיו).

    28
  19. Rachi, commentaire sur Genèse 1, 1, traduit et cité d'après M. Rosenbaum et A. M. Silbermann (trad.), Rashi's Commentary on the Pentateuch, Shapiro, Vallentine & Co., Londres, 1929-1934 (traduction de référence utilisée par les éditions modernes en ligne du commentaire).

    31
  20. Chabad.org, « What Is Rashi Script and Where Did It Come From? » — sur l'origine typographique de l'« écriture Rachi », police semi-cursive séfarade créée par les imprimeurs (notamment la famille Soncino) pour distinguer visuellement le commentaire du texte biblique, sans lien avec l'écriture manuscrite réelle de Rachi.

    33 34
  21. My Jewish Learning, « Who Was Rashi? » et Jewish Virtual Library, notice « Rabbi Shlomo Yitzchaki (Rashi) » — sur l'étendue du commentaire biblique de Rachi (Chroniques I-II et Esdras-Néhémie non commentés par lui, commentaire sur Job inachevé, arrêté à 40, 25) ; les commentaires parvenus sous son nom sur ces livres sont l'œuvre de disciples de son école — cf. Avraham Grossman, Rashi, trad. angl. Joel Linsider, Littman Library, Oxford/Portland, 2012, biographie académique de référence. Le rattachement antérieur à une « école rhénane de Rabbi Saadia », anachronique et invérifiable, est retiré.

    35 36
  22. Jewish Review of Books, « Lost in Translation » — sur les plus de 3 000 gloses en ancien français (la'azim) transcrites en caractères hébreux dans le corpus exégétique de Rachi, source majeure pour l'étude du français du XIe siècle.

    39 40 41
  23. Bulle Sicut Judaeis du pape Calixte II, vers 1120 — première bulle pontificale de protection des juifs, édictée après les souffrances subies lors de la première croisade : interdiction, sous peine d'excommunication, de contraindre les juifs au baptême, de les blesser, de prendre leurs biens, de troubler leurs fêtes ou leurs cimetières ; formulation reprise par la plupart des papes du XIIᵉ au XVᵉ siècle — cf. Jewish Virtual Library, notice « Papal Bulls », jewishvirtuallibrary.org.

    44
  24. Sur les échos des massacres de 1096 dans le commentaire biblique et la poésie liturgique de pénitence (selihot) de Rachi, et sur la conservation, dans le rite ashkénaze, de plusieurs qinot composées en mémoire de 1096 et récitées le 9 av — synthèse d'après TheTorah.com, « To Explain the First Crusade, Jews and Christians Turned to the Bible », et le recueil de sources commenté par le Boston College Center for Christian-Jewish Learning, « Jewish Understandings of the Other: An Annotated Sourcebook ».

    45 46
  25. Sur l'identification par Rachi du Serviteur souffrant d'Isaïe 53 à la nation d'Israël, et sur le contexte polémique judéo-chrétien de cette lecture — synthèse d'après outreachjudaism.org, « Who is God's Suffering Servant? The Rabbinic Interpretation of Isaiah 53 », et l'adoption de cette lecture collective par David Kimhi (Radak) après Rachi.

    47 51 52
  26. Targoum de Jonathan ben Ouzziel sur Isaïe 52, 13 — traduction et commentaire d'après Bruce D. Chilton (éd.), The Isaiah Targum: Introduction, Translation, Apparatus and Notes, coll. « The Aramaic Bible », vol. 11, Michael Glazier / Liturgical Press, Wilmington/Collegeville, 1987.

    48
  27. Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, folio 98b — sur les noms donnés au Messie par les maîtres talmudiques, dont celui de « lépreux de l'école du Rabbi », rattaché explicitement à Isaïe 53, 4.

    49 54
  28. Adolf Neubauer et S. R. Driver (éd.), The Fifty-Third Chapter of Isaiah According to the Jewish Interpreters, Oxford, 1876-1877, 2 vol. — compilation de référence des sources rabbiniques anciennes (Targoum, Talmud, Midrash Ruth Rabba, Tanhouma) sur l'interprétation d'Isaïe 53.

    50
  29. Sur la complexité du commentaire d'Abraham ibn Ezra sur Isaïe 53 — qui s'ouvre sur la « grande difficulté » du passage (« The passage which follows presents great difficulties. The Christians refer it to Jesus… »), éd. M. Friedländer, cité et discuté dans « The Fourth Servant Song of Isaiah in the Theological Discourse of Medieval Jewish Spain », Religions, 2026 ; Ibn Ezra y rapporte lui-même que « beaucoup » (« Many, » au milieu du XIIᵉ siècle) expliquaient le passage du Messie, sur l'autorité d'un dire traditionnel des rabbins — cf. la compilation de Neubauer et Driver, The Fifty-Third Chapter of Isaiah According to the Jewish Interpreters, Oxford, 1876-1877.

    53
  30. Rachi, glose sur le Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, 98b, s.v. חיוורא דבי רבי : « מצורע של בית רבי » (« lépreux de l'école du Rabbi »), éd. Vilna, texte vérifié sur Sefaria — la glose explique l'épithète sans citer ni appliquer aucun verset ; l'application d'Isaïe 53, 4 au Messie est celle du Talmud lui-même (cf. [^sanhedrin-98b]). L'attribution à Rachi d'une application messianique propre, avancée sans glose citée verbatim (Michael L. Brown, Answering Jewish Objections to Jesus, vol. 3, Baker Books, Grand Rapids, 2003), n'est pas retenue.

    55
  31. Avraham Grossman, Rashi, trad. angl. Joel Linsider, The Littman Library of Jewish Civilization, Oxford/Portland, 2012 — biographie académique de référence, chapitre sur la famille de Rachi, ses trois filles (Yocheved, Myriam, Rachel) et leurs époux.

    56 57
  32. Sur Samuel ben Meïr (Rachbam, v. 1085-v. 1158), petit-fils de Rachi, son commentaire biblique et ses divergences assumées avec l'exégèse de son grand-père — synthèse d'après les notices biographiques de référence sur les Tossafistes.

    58
  33. The Jewish Encyclopedia (1901-1906), art. « Tosafot » — sur la formation du mouvement des Tossafistes autour de Rabbenou Tam (Jacob ben Meïr, v. 1100-1171), petit-fils de Rachi, et la disposition éditoriale de leurs gloses en marge extérieure des pages du Talmud imprimé, en regard du commentaire de Rachi placé en marge intérieure.

    59
  34. Beryl Smalley, The Study of the Bible in the Middle Ages, University of Notre Dame Press, Notre Dame (Indiana), 1941 (3e éd. 1983) — ouvrage de référence sur l'étude de la Bible hébraïque par les exégètes chrétiens médiévaux, notamment André de Saint-Victor et Herbert de Bosham.

    60 61
  35. Gilbert Dahan, Les intellectuels chrétiens et les juifs au Moyen Âge, Cerf, Paris, 1990 — étude de référence sur les échanges savants entre clercs latins et maîtres juifs au Moyen Âge occidental.

    62