Ramanuja (1017-1137)

Ramanuja (1017-1137), théologien tamoul, fonde le Vishishtadvaita : contre le monisme impersonnel de Shankara, il défend un Dieu personnel, une grâce reçue par abandon confiant et une réforme sociale qui ouvre la dévotion au-delà des castes.

Ignispedia

Ramanuja (traditionnellement 1017-1137) est le théologien tamoul qui a donné à l'hindouisme védantique sa formulation la plus proche d'un théisme personnaliste. Prêtre du temple de Kāñchipuram devenu chef spirituel du grand sanctuaire de Śrīraṅgam, il rompt avec son premier maître, adepte de l'Advaita moniste de Shankara, pour élaborer le Viśiṣṭādvaita (« non-dualisme qualifié ») : Dieu — identifié à Vishnu-Nārāyaṇa — y demeure un et personnel, mais les âmes et le monde, tout en étant réellement distincts de lui, en constituent le corps, comme les membres appartiennent à l'âme qui les anime. Cette doctrine fonde philosophiquement le grand mouvement dévotionnel indien, la bhakti, et fait de Ramanuja l'architecte intellectuel du Śrī Vaiṣṇavisme, l'une des plus importantes traditions vishnouites de l'Inde du Sud.

Sa vie, largement transmise par une tradition hagiographique élaborée plusieurs générations après sa mort, mêle érudition scolastique, réforme sociale — il ouvre l'initiation sacrée aux castes considérées intouchables — et persécution : contraint à l'exil pendant une quinzaine d'années dans le royaume Hoysala du Karnataka, il y convertit un roi jaïn au vishnouisme avant de revenir finir ses jours à Śrīraṅgam. L'historienne des religions Wendy Doniger le présenterait, selon une formule souvent reprise, comme le penseur le plus influent de l'hindouisme dévotionnel[1], et plusieurs chercheurs modernes ont rapproché sa place dans la théologie indienne de celle de Thomas d'Aquin en Occident chrétien[2].

Pour un lecteur catholique, Ramanuja offre l'un des cas les plus intéressants de rencontre partielle entre une pensée non chrétienne et des catégories que la théologie occidentale reconnaît comme siennes : un Dieu personnel doté d'attributs, une doctrine de la grâce et de l'abandon (prapatti), un débat interne, entre ses propres héritiers, sur la part respective de l'effort humain et du don gratuit — débat qui n'est pas sans écho, toutes proportions gardées, avec les controverses chrétiennes sur la grâce et le mérite. Mais cette proximité de structure s'arrête net sur des points décisifs : l'absence d'une Trinité de Personnes, l'idée d'incarnations multiples et récurrentes (avatāra) au lieu d'une Incarnation unique et définitive, et une libération finale conçue comme sortie du cycle des renaissances plutôt que comme résurrection des corps dans la communion des saints.

Une vie tamoule entre Kāñchipuram, Śrīraṅgam et l'exil karnatique

En quelques dates

  1. Traditionnellement 1017 (ou v. 1077 selon Carman)
    Naissance à Sriperumbudur
    famille brahmane tamoule

    Naissance dans une famille brahmane cultivée, bilingue tamoul-sanskrit, près de l'actuelle Chennai[3].

  2. Jeunesse
    Études à Kāñchipuram
    sous Yādava Prakāśa

    Formation védantique auprès de Yādava Prakāśa ; désaccords répétés sur l'interprétation non-dualiste des Upaniṣad, jusqu'à la rupture[4].

  3. Avant l'initiation formelle
    Kāñcīpūrṇa et la dévotion vishnouite
    un maître de basse caste

    Premier apprentissage de la dévotion à Vishnu auprès de Kāñcīpūrṇa, dévot de basse caste, qui refusera plus tard de devenir formellement son guru en raison des barrières de caste[5].

  4. Après la mort de Yamunācārya
    Succession spirituelle
    désigné par Mahāpūrṇa

    Yamunācārya, chef de la communauté Śrī Vaiṣṇava naissante, meurt avant de rencontrer Ramanuja mais le désigne comme successeur ; Mahāpūrṇa supervise son initiation dans l'ordre des renonçants (saṃnyāsin)[6].

  5. Sannyāsa
    Le mantra crié du haut du temple
    le titre d'Emperumānār

    Reçoit le mantra sacré de Goṣṭhīpūrṇa sous serment de secret, puis le proclame publiquement du haut du temple pour le salut du plus grand nombre, quitte à en payer le prix par sa propre damnation[7].

  6. Persécution chola
    Kūreśa aveuglé, exil au Karnataka
    quatorze années hors du pays tamoul

    Un souverain chola persécuteur fait aveugler son disciple Kūreśa ; Ramanuja se réfugie une quinzaine d'années dans le royaume Hoysala[8] [9].

  7. Exil karnatique
    Conversion du roi Bitti Deva
    fondation du temple de Melukote

    Le roi jaïn Bitti Deva se convertit au vishnouisme sous le nom de Vishnuvardhana et finance, avec Ramanuja, le grand temple de Thirunarayanaswamy à Melukote[10].

  8. Après la mort du persécuteur
    Retour à Śrīraṅgam
    réforme du grand temple vishnouite

    Retour en pays tamoul ; réorganisation durable du culte et de l'accès au temple de Śrīraṅgam, incluant les castes auparavant exclues[11].

  9. Traditionnellement 1137 (ou v. 1157 selon Carman)
    Mort à Śrīraṅgam
    120 ans selon la tradition

    Mort entourée de ses disciples, la tête sur les genoux d'Embar, en méditation sur les sandales de son maître Yamunācārya, selon les textes de la lignée du temple[12].

L'enfance à Sriperumbudur et la rupture avec Yādava Prakāśa

Itinéraire schématique — illustration originale IA. Dates traditionnelles discutées ; temples évoqués librement. D’après les repères biographiques de cet article.

Ramanuja naît dans une famille brahmane tamoule à Sriperumbudur, localité proche de l'actuelle Chennai, à une date que la tradition Śrī Vaiṣṇava fixe en 1017 mais que la recherche académique moderne discute sérieusement[13]. Sa formation védantique le conduit à Kāñchipuram, où il étudie sous Yādava Prakāśa, tenant d'une lecture proche de l'Advaita (non-dualisme moniste) ou du bhedābheda (différence-et-non-différence), déjà systématisé un siècle et demi plus tôt par Shankara. Les désaccords entre le maître et l'élève sur l'interprétation exacte des Upaniṣad se répètent jusqu'à provoquer une rupture ouverte, documentée par les biographies traditionnelles comme par la recherche académique contemporaine, qui note toutefois la difficulté de démêler, dans ces récits tardifs, le noyau historique de l'élaboration légendaire[14].

C'est dans ce contexte que Ramanuja reçoit sa première initiation véritablement dévotionnelle, non de son maître savant, mais de Kāñcīpūrṇa, dévot de basse caste dont la sainteté de vie impressionne le jeune érudit au point que celui-ci souhaite en faire formellement son guru — une demande que Kāñcīpūrṇa décline, en raison précisément des distinctions de caste qui, pense-t-il, rendent la chose socialement inconvenante[15]. Cet épisode, rapporté avec constance par la tradition, préfigure un trait central de toute l'œuvre ultérieure de Ramanuja : la conviction que la dévotion authentique traverse les hiérarchies sociales plutôt qu'elle ne s'y soumet.

Les maîtres de la dévotion : Yamunācārya et la succession spirituelle

Pilier sculpté du temple Varadharaja Perumal, à Kanchipuram : aspect actuel du décor. Photographie : Vinayaraj, 2022. Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0. Fichier original.

À la fin de sa vie, Yamunācārya, chef de la communauté Śrī Vaiṣṇava naissante à Śrīraṅgam et petit-fils du réformateur Nāthamuni, désigne Ramanuja comme son successeur — bien que les deux hommes, selon la tradition, ne se soient jamais rencontrés en personne, Yamunācārya mourant avant que Ramanuja ne parvienne jusqu'à lui[16]. C'est Mahāpūrṇa, disciple direct de Yamunācārya, qui supervise ensuite l'initiation formelle de Ramanuja dans l'ordre monastique des renonçants (saṃnyāsin). Cette filiation spirituelle par relais successifs, plutôt que par transmission directe d'un maître unique, structure durablement l'identité du Śrī Vaiṣṇavisme comme lignée (guru-paramparā) plutôt que comme école fondée par un seul homme.

Le mantra crié du haut du temple

L'épisode le plus souvent raconté de la formation spirituelle de Ramanuja concerne son second maître de dévotion, Goṣṭhīpūrṇa (aussi appelé Tirukkoṭṭiyūr Nambi), gardien du mantra sacré aux huit syllabes (Aṣṭākṣara, invocation à Nārāyaṇa). La tradition rapporte que Goṣṭhīpūrṇa ne consent à transmettre ce mantra à Ramanuja qu'après dix-huit refus, non par cruauté mais pour éprouver la sincérité de sa demande ; il finit par le lui confier, mais assorti d'un interdit formel : ne jamais le divulguer à quiconque, sous peine d'aller lui-même en enfer[17]. Selon le récit traditionnel, Ramanuja, estimant qu'accepter sa propre damnation valait le prix de la libération de multitudes d'âmes, réunit aussitôt la foule sans distinction de rang et proclama le mantra du haut de la tour du temple pour que tous puissent l'entendre et le répéter ensemble[18]. Goṣṭhīpūrṇa, d'abord irrité par cette désobéissance, se serait finalement laissé toucher par la compassion de son disciple et lui aurait donné le titre par lequel la tradition le désigne encore aujourd'hui : Emperumānār, « notre maître »[19].

Cet épisode, transmis par une hagiographie composée des générations après les faits et donc invérifiable dans son détail précis, n'en demeure pas moins significatif sur le plan doctrinal : il condense, dans le registre du récit édifiant propre à la tradition indienne, la conviction de Ramanuja que le salut ne saurait être la propriété réservée d'une élite savante ou sociale — conviction qu'il traduira plus tard, de façon institutionnelle et documentée, dans sa réforme du pañcasaṃskāra.

Persécution, exil karnatique et retour à Śrīraṅgam

Kūreśa et le prix de la fidélité

Gopuram du temple de Ranganathaswamy à Srirangam, photographié dans son état contemporain. Photographie : Jayarajan P M, 2007. Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0. Fichier original.

Les hagiographies Śrī Vaiṣṇava situent, dans la seconde partie de la vie de Ramanuja, un épisode de persécution attribué à un souverain chola shivaïte, désigné dans la tradition par le surnom péjoratif de Krimikaṇṭha (« gorge de vers »)[20]. La recherche académique moderne se montre prudente sur l'identification historique exacte de ce roi — l'historien K. A. Nilakanta Sastri propose de l'identifier à Adhirājendra Chola ou à Vīrarājendra Chola plutôt qu'à la figure globalement désignée par la légende[21]. Le récit traditionnel veut que le roi ait exigé de Ramanuja une reconnaissance doctrinale que celui-ci refusait de lui accorder ; son disciple Kūreśa, réputé pour sa mémoire prodigieuse, se serait présenté à sa place revêtu des habits de son maître pour le protéger, et aurait payé cette substitution du prix de ses propres yeux, brûlés sur ordre royal[22]. La tradition rapporte que Ramanuja, de retour à Śrīraṅgam, aurait imploré la divinité du temple de lui rendre la vue — une guérison que le récit hagiographique présente comme miraculeuse[23].

Quelle que soit la part exacte d'élaboration légendaire dans ce récit composé plusieurs générations après les faits, l'historien Paul Sydnor résume avec justesse la difficulté documentaire propre à toute reconstitution biographique de Ramanuja : « reconstruire sa "vie historique" est quasiment impossible »[24], les sources dont on dispose — les guru-paramparā de Śrīraṅgam (Koil Olugu) et les hagiographies des écoles Vadakalai et Tenkalai — ayant été rédigées des siècles après sa mort et poursuivant, chacune, des intérêts théologiques et institutionnels distincts.

L'exil karnatique et la conversion du roi Bitti Deva

Face à cette pression, Ramanuja et une partie de ses disciples quittent le pays tamoul pour se réfugier dans le royaume Hoysala du Karnataka, où ils demeurent, selon les récits traditionnels, une douzaine à une quinzaine d'années[25]. C'est là que se produit l'événement le plus conséquent de cet exil sur le plan politique et religieux : le roi du lieu, Bitti Deva, de confession jaïne, se convertit au vishnouisme sous l'influence de Ramanuja et prend le nom de Vishnuvardhana[26]. La tradition situe l'origine de cette conversion dans la guérison d'une affliction touchant la fille du roi, interprétée comme un signe de la puissance de la dévotion vishnouite[27] — récit dont l'historicité, comme pour l'épisode de Kūreśa, appartient au registre de l'hagiographie plutôt qu'à celui de l'histoire documentée, mais dont la conséquence politique, elle, est attestée : avec l'appui du roi converti, Ramanuja fait édifier le grand temple de Thirunarayanaswamy à Melukote, aujourd'hui dans le district de Mandya[28]. Ramanuja gardera pour ce lieu un attachement si profond que la tradition rapporte qu'il aurait souhaité que son propre esprit demeure attaché à l'image processionnelle du temple sculptée à sa ressemblance[29].

Le retour, la mort et le débat sur les dates

Temple Cheluvanarayana Swamy, également appelé Thirunarayanaswamy, à Melukote : vue contemporaine. Photographie : Vedamurthy.j, 2009. Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0. Fichier original.

Après la mort du souverain persécuteur, Ramanuja revient en pays tamoul et reprend la direction spirituelle du grand temple de Śrīraṅgam, dont il réorganise durablement le culte — notamment en y admettant, contre les réticences de certains milieux brahmaniques, les castes traditionnellement tenues à l'écart de l'enceinte sacrée[30]. Les textes de la lignée du temple (Koil Olugu) et les hagiographies tardives (Guru-paramparā-prabhāva, vadakalai et tenkalai) décrivent sa mort comme un départ serein et délibéré : averti de sa fin prochaine, Ramanuja aurait accepté, à la demande de ses disciples, de demeurer trois jours supplémentaires, durant lesquels il aurait consacré une statue destinée à recevoir son essence spirituelle, avant de mourir la tête posée sur les genoux de son disciple Embar et les pieds sur ceux de Vaduga Nambi, en écoutant réciter les hymnes tamouls du Divya Prabandham et en méditant sur les sandales de son maître Yamunācārya[31].

La tradition fixe cette mort en 1137, ce qui, rapportée à une naissance traditionnellement datée de 1017, donnerait à Ramanuja une vie de cent vingt ans — chiffre que les sources traditionnelles assument sans en tirer de gêne particulière, mais que la recherche historique moderne reçoit avec prudence. À partir des registres de temples des XIᵉ-XIIᵉ siècles et de la littérature régionale extérieure à la tradition Śrī Vaiṣṇava, l'historien John Carman propose une chronologie alternative : naissance vers 1077, mort vers 1157, ce qui ramène sa vie à environ quatre-vingts ans, durée nettement plus compatible avec les données démographiques connues de l'Inde médiévale[32]. Cette datation reste toutefois elle-même hypothétique — d'où la remarque, déjà citée, de Sydnor sur le caractère « quasiment impossible » de toute reconstitution biographique certaine[33]. Ignispedia retient ici les deux datations, traditionnelle et académique, sans trancher artificiellement entre elles.

Le Viśiṣṭādvaita : un théisme du non-dualisme qualifié

Contre l'Advaita : la logique du bon sens contre le monisme pur

Schéma explicatif — illustration originale IA. Les trois réalités et leur dépendance selon Ramanuja ; d’après l’Internet Encyclopedia of Philosophy, source utilisée dans cette section.

Le cœur de l'apport philosophique de Ramanuja tient dans sa réfutation systématique de l'Advaita Vedānta défendue, un siècle et demi avant lui, par Shankara — la position selon laquelle Brahman serait, en dernière analyse, strictement un et sans second (advaita), toute pluralité perçue — âmes, monde, dieux — relevant d'une illusion cosmique (māyā) à dissiper par la seule connaissance. Ramanuja, dans son Śrī Bhāṣya et son Vedārthasaṃgraha, s'attaque à cette thèse par une double stratégie argumentative. D'une part, une critique proprement logique : il reproche à ses adversaires de traiter la différence perçue entre les choses comme foncièrement inintelligible, alors que cette conclusion contredit le bon sens commun le plus élémentaire — position qu'il illustre par une formule restée célèbre :

« [Celui qui nie ainsi la réalité de la différence] n'est pas meilleur qu'un homme qui prétendrait que sa propre mère n'a jamais eu d'enfant. » — Ramanuja, Śrī Bhāṣya, I.1.1[34]

D'autre part, une critique épistémologique : si, comme le prétendent les tenants de l'Advaita, toute connaissance ordinaire est par nature entachée d'erreur, alors cette affirmation elle-même, étant une connaissance, devrait être également erronée — ce qui contredit sa propre prétention à la vérité[35]. Ramanuja insiste enfin sur l'unité doctrinale des Veda : ses adversaires, selon lui, privilégient arbitrairement les passages upaniṣadiques qu'ils jugent porteurs d'un enseignement ésotérique sur la non-dualité, en négligeant les nombreux passages qui affirment sans ambiguïté la pluralité réelle des âmes et du monde[36].

Les trois réalités : Īśvara, cit et acit

À cette critique négative, Ramanuja oppose une métaphysique positive, structurée autour de trois réalités fondamentales (tattva-traya) : Īśvara, le Seigneur suprême, identifié à Vishnu-Nārāyaṇa, uni essentiellement à son épouse Śrī-Lakṣmī ; cit, la multitude des âmes conscientes individuelles (jīva), éternelles et réellement distinctes les unes des autres ; et acit, la matière insentiente qui compose le monde[37]. Contrairement à l'Advaita, pour qui cette pluralité n'a de réalité qu'au niveau provisoire de l'expérience ordinaire, Ramanuja soutient que ces trois réalités sont également et pleinement réelles, sans qu'aucune d'elles ne se réduise, au niveau ultime, à une simple apparence des deux autres.

La doctrine du corps de Dieu (śarīra-śarīrī-bhāva)

Le concept le plus original de Ramanuja pour concilier cette pluralité réelle avec l'unité affirmée par les Upaniṣad est la doctrine du corps et de l'âme (śarīra-śarīrī-bhāva) : l'univers tout entier — âmes individuelles et matière — sert de corps à Dieu, qui en est l'âme, exactement comme le corps humain, avec toute sa diversité de membres et d'organes, est animé et unifié par une seule âme qui l'habite sans se confondre avec lui[38]. Cette image, fondée sur un passage de la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad (« celui qui, demeurant dans toutes les choses, est distinct de toutes les choses, que toutes les choses ne connaissent pas, dont le corps est constitué de toutes les choses, qui contrôle toutes les choses de l'intérieur, [est] ton propre Soi immortel, le contrôleur intérieur »)[39], permet à Ramanuja d'affirmer à la fois que « Brahman est le Soi de tous » — sans que cela signifie que la personnalité individuelle de chacun soit numériquement identique à celle de Brahman[40]. C'est, sur ce point précis, la solution que Ramanuja apporte à la fameuse formule upaniṣadique « Tat tvam asi » (« Tu es Cela ») : là où Shankara y lit une identité stricte entre l'âme individuelle et l'Absolu, Ramanuja y voit une relation de dépendance organique, comparable à celle du membre envers le corps qu'il constitue sans épuiser.

Karma, ignorance et pluralité réelle des âmes

Pour Ramanuja, les âmes individuelles sont, comme Dieu et la matière, éternelles — elles ne sont ni créées ni détruites — mais elles demeurent recouvertes d'une ignorance (avidyā) produite par les résidus de leurs actions passées (karma), qui obscurcit leur nature véritable de créatures connaissantes et dépendantes de Dieu[41]. À la différence de l'Advaita, pour qui l'ignorance produit en quelque sorte l'illusion même de l'individualité, Ramanuja objecte que l'ignorance suppose logiquement un sujet déjà distinct qui en est affecté : Brahman, étant par nature parfaite connaissance, ne saurait lui-même être le siège de cette ignorance, laquelle doit donc affecter des âmes individuelles réellement distinctes de lui et logiquement antérieures à leur propre méconnaissance d'elles-mêmes[42].

La bhakti comme connaissance vécue

Infographie — illustration originale IA. Articulation du karma-yoga, de la bhakti et de la parabhakti, d’après les passages de l’IEP cités dans cette section.

L'apport le plus original de Ramanuja à l'épistémologie indienne est sa doctrine selon laquelle la dévotion (bhakti) est elle-même un état de connaissance. Pour lui, la connaissance véritable de Brahman n'est pas de l'ordre de la simple croyance en une proposition abstraite, mais d'une relation perceptuelle directe entre le connaissant et l'objet connu[43]. Or, selon la synthèse de l'IEP d'après le Vedārthasaṃgraha et le Śrī Bhāṣya, une telle connaissance demeure insuffisante si elle reste purement théorique : la connaissance théorique seule de la nature de Brahman ne suffit pas à procurer la libération[44].

Le remède qu'il propose, en s'inspirant directement de la Bhagavad-Gītā, est ce qu'il nomme le bhakti-yoga, discipline de la dévotion qui comprend à la fois l'accomplissement désintéressé de ses devoirs (karma-yoga) et une offrande constante à Dieu des fruits de son action[45]. Quand cette dévotion s'enracine profondément, elle devient parabhakti, dévotion de l'ordre le plus élevé, qui constitue selon Ramanuja une connaissance directe et consciente de la nature de Brahman, une véritable forme de perception (jñāna) et non une simple méditation abstraite[46].

Prapatti et Śaraṇāgati : l'abandon total à Dieu

Tableau de repérage — illustration originale IA. Synthèse des distinctions exposées dans le tableau comparatif de cet article ; évocations artistiques des trois penseurs.

À côté — ou peut-être au-delà — du chemin dévotionnel long du bhakti-yoga, la tradition attribue à Ramanuja la doctrine du prapatti ou śaraṇāgati : l'abandon total de l'âme à Dieu, fondé sur la reconnaissance qu'elle n'a « aucun autre refuge »[47]. Cette doctrine trouve son expression la plus intense dans le Gadya Traya, les trois poèmes en prose attribués à Ramanuja, où le locuteur s'adresse directement à Śrī-Lakṣmī et à Nārāyaṇa dans un mouvement de supplication et de remise de soi :

« Je suis Ton serviteur ; je me suis remis entièrement entre Tes mains ; secours-moi, moi Ton serviteur, ô Seigneur ! » — Traduction diffusée d'après l'édition de M. R. Rajagopala Ayyangar, The Gadya-Traya of Sri Ramanujacharya, Madras[48]

Les commentateurs académiques notent que cette insistance sur l'abandon comme voie unique et suffisante de libération, propre au Gadya Traya, tranche quelque peu avec l'accent placé, dans les trois œuvres philosophiques majeures (Śrī Bhāṣya, Vedārthasaṃgraha, Gītā Bhāṣya), sur le bhakti-yoga comme discipline de longue haleine — au point que le chercheur Robert C. Lester a soutenu que la doctrine du prapatti comme moyen unique et immédiat de salut serait, en réalité, absente des œuvres philosophiques certaines et propre aux seuls Gadya, dont l'authenticité même serait alors sujette à caution[49]. Une lecture plus unitive, majoritaire dans la tradition Śrī Vaiṣṇava elle-même, tient au contraire que bhakti et prapatti désignent un seul et même chemin sous deux aspects complémentaires, plutôt que deux doctrines distinctes et concurrentes[50].

Tableau comparatif : les trois grandes lectures du Vedānta

Ramanuja n'est ni le premier ni le dernier grand commentateur des Brahma-sūtra. Le tableau suivant situe sa doctrine entre celle de son prédécesseur Shankara et celle de son successeur, deux siècles plus tard, Madhva :

QuestionAdvaita (Shankara)Viśiṣṭādvaita (Ramanuja)Dvaita (Madhva)
Nature de BrahmanAbsolu impersonnel, sans attributs (nirguṇa), au-delà de toute qualificationDieu personnel (Vishnu-Nārāyaṇa), doté d'innombrables qualités excellentes (saguṇa)Dieu personnel, transcendant, strictement distinct de tout le reste
Relation âmes-BrahmanIdentité stricte et finale ; la distinction n'est qu'apparenteLes âmes constituent le « corps » de Dieu ; distinctes de lui sans lui être extérieuresDistinction réelle et éternelle, jamais résorbée, même dans la libération
Statut du mondeApparence (māyā), sans réalité ultime propreRéel, mode du corps de Dieu, non illusoireRéel et éternellement distinct de Dieu
Voie de libérationConnaissance non-duelle seule (jñāna)Bhakti-yoga et/ou abandon total (prapatti)Dévotion et grâce divine, distinction subsistant après la libération
Nature de la libérationDissolution de l'individualité dans l'Un impersonnelCommunion d'amour éternelle avec Dieu, l'âme conservant son individualitéCommunion avec Dieu dans une distinction perpétuelle ; certaines âmes jugées irrémédiablement liées au cycle

Les œuvres écrites de Ramanuja

Le Śrī Bhāṣya, somme sur les Brahma-sūtra

Infographie bibliographique — illustration originale IA, d’après les références de cette section. Manuscrits évoqués librement ; attribution du Gadya Traya discutée.

L'œuvre majeure de Ramanuja est le Śrī Bhāṣya, commentaire complet des Brahma-sūtra attribués à Bādarāyaṇa, qui constitue son magnum opus et le fondement scripturaire du Viśiṣṭādvaita[51]. Traduit en anglais dès 1904 par l'indianiste George Thibaut pour la collection Sacred Books of the East d'Oxford, ce texte demeure la référence philosophique par laquelle la recherche académique occidentale a longtemps découvert la pensée de Ramanuja[52].

Le Vedārthasaṃgraha et le commentaire de la Bhagavad-Gītā

Le Vedārthasaṃgraha (« Résumé du sens des Veda »), considéré comme sa première grande œuvre, expose de façon systématique les principes de sa doctrine et tient lieu, pour l'essentiel, de commentaire d'ensemble sur les passages upaniṣadiques les plus disputés entre écoles védantiques[53]. Le Gītā Bhāṣya, commentaire de la Bhagavad-Gītā, développe pour sa part la doctrine du bhakti-yoga qui irrigue toute la théologie dévotionnelle ultérieure du Śrī Vaiṣṇavisme[54].

Le Gadya Traya, les trois poèmes d'abandon

Le Gadya Traya (« trilogie en prose ») rassemble trois textes dévotionnels courts, d'une tonalité très différente des œuvres proprement philosophiques : le Śaraṇāgati Gadya, dialogue de supplication adressé à Śrī et à Nārāyaṇa ; le Śrīraṅga Gadya, prière de soumission aux pieds de la divinité de Śrīraṅgam ; et le Vaikuṇṭha Gadya, description contemplative du royaume céleste de Vishnu[55].

Authenticité disputée des textes mineurs

La tradition Śrī Vaiṣṇava attribue en tout neuf ouvrages sanskrits à Ramanuja, mais la recherche académique moderne ne reconnaît une authenticité assurée qu'au Śrī Bhāṣya, au Vedārthasaṃgraha, au Gītā Bhāṣya et, avec quelques réserves méthodologiques déjà mentionnées, au Gadya Traya ; trois textes plus brefs — le Vedāntadīpa, le Vedāntasāra et le Nityagrantha, manuel de culte quotidien — restent d'attribution discutée parmi les spécialistes[56].

ŒuvreTypeContenu principalAuthenticité académique
Śrī BhāṣyaCommentaire des Brahma-sūtraExposé complet du ViśiṣṭādvaitaReconnue sans réserve
VedārthasaṃgrahaTraité doctrinalRésumé et défense de la doctrine théisteReconnue sans réserve
Gītā BhāṣyaCommentaire de la Bhagavad-GītāBhakti-yoga et devoir désintéresséReconnue sans réserve
Gadya TrayaTrois poèmes en proseAbandon total à Dieu (prapatti)Généralement admise ; débattue par Lester
Vedāntadīpa, Vedāntasāra, NityagranthaAbrégés et manuel de culteRésumés du Śrī Bhāṣya et rituel quotidienDiscutée

Un réformateur social et liturgique

Le pañcasaṃskāra : une initiation par-delà les castes

Au-delà de son apport strictement philosophique, Ramanuja engage une réforme liturgique et sociale dont la portée dépasse le cercle savant : il institue le pañcasaṃskāra, rite d'initiation en cinq étapes ouvert non seulement aux brahmanes mais aussi aux fidèles non-brahmanes, permettant ainsi à des populations traditionnellement exclues des cercles savants de recevoir une initiation formelle dans le Śrī Vaiṣṇavisme[57]. Cette ouverture institutionnelle, documentée par la tradition comme une innovation durable, prolonge sur le plan rituel la conviction déjà exprimée dans l'épisode du mantra crié du haut du temple : la dévotion à Dieu ne saurait être la propriété exclusive d'une élite de naissance.

Les soixante-quatorze successeurs

Pour assurer la diffusion durable de son enseignement, la tradition rapporte que Ramanuja institue soixante-quatorze simhāsanādhipati (« détenteurs de trône »), chargés de propager le Śrī Vaiṣṇavisme dans différentes régions de l'Inde, parmi lesquels figurent en premier lieu son neveu Mudaliandan et le brahmane érudit Kūreśa, réputé pour sa mémoire prodigieuse[58]. Le chiffre de soixante-quatorze est expliqué par la tradition en référence à une image attribuée à Nāthamuni, qui aurait comparé Ramanuja à un lac immense alimenté par soixante-quatorze embouchures — signe, dans le registre symbolique propre à cette littérature, de la fécondité durable de son enseignement[59].

L'héritage : la scission entre Vadakalai et Tenkalai

Le chat et le singe : deux théologies de la grâce

Schéma comparatif — illustration originale IA. Analogies pédagogiques Vadakalai et Tenkalai présentées dans cette section ; elles ne résument pas l’ensemble de leurs doctrines.

Deux siècles environ après la mort de Ramanuja, la communauté Śrī Vaiṣṇava qu'il a fondée se divise en deux grandes écoles, dont le désaccord porte précisément sur la juste interprétation de la doctrine de la grâce et de l'abandon (prapatti) qu'on vient d'exposer[60]. L'école du Nord, ou Vadakalai, qui prend pour référence le théologien Vedānta Deśika, soutient que la grâce divine demeure conditionnée par un effort réel de la part du fidèle — image du petit singe qui doit lui-même s'agripper activement au dos de sa mère pour être transporté ; l'école du Sud, ou Tenkalai, qui se réclame de Manavāḷa Māmuni, tient au contraire que la grâce est dispensée librement par Dieu, sans condition d'effort préalable — image de la chatte qui saisit elle-même son petit par la peau du cou, sans que celui-ci n'ait à faire quoi que ce soit pour être sauvé[61]. Ce débat, connu sous les noms savants de markata-nyāya (« logique du singe ») et marjāra-nyāya (« logique du chat »), continue de structurer, aujourd'hui encore, la vie communautaire et rituelle du Śrī Vaiṣṇavisme[62].

Le Śrī Vaiṣṇavisme aujourd'hui

Selon Karl Potter, spécialiste reconnu de la philosophie indienne, la tradition issue de Ramanuja représente « l'une des artères principales par lesquelles la philosophie [védantique] a atteint les masses »[63], au point que le Viśiṣṭādvaita pourrait bien être, en nombre de fidèles réels sinon en étiquette revendiquée, l'une des philosophies les plus vivantes de l'Inde contemporaine. Harold Coward qualifie de son côté Ramanuja de « fondateur-interprète de l'écriture Śrī Vaiṣṇava »[64]. Sa mémoire demeure vivante bien au-delà des cercles savants : le 5 février 2022, une « Statue de l'Égalité » (Statue of Equality) de deux cent seize pieds de hauteur, commémorant sa réforme des castes, a été inaugurée près de Hyderabad en présence du Premier ministre indien Narendra Modi[65].

Un regard catholique sur Ramanuja

Ce que l'Église peut reconnaître

Infographie de synthèse — illustration originale IA, d’après l’analyse de cette section et Nostra Aetate, § 2. Les rapprochements n’impliquent pas une identité doctrinale.

Un catholique peut reconnaître, sans réserve excessive, la grandeur réelle de plusieurs intuitions de Ramanuja. Contre l'absolu impersonnel de l'Advaita, il défend un Dieu personnel, doté d'attributs moraux et relationnels, à qui l'on peut s'adresser, dont on peut recevoir un secours et une grâce, et qui aime en retour ceux qui se tournent vers lui — position théologiquement bien plus proche du théisme classique que le monisme de son prédécesseur. Le concile Vatican II, dans sa déclaration Nostra Aetate, offre le cadre par lequel l'Église catholique regarde cette recherche religieuse authentique : « Ainsi, dans l'hindouisme, les hommes scrutent le mystère divin et l'expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie ; ils cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde, soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance. »[66]. Cette dernière formule — « le refuge en Dieu avec amour et confiance » — décrit avec une justesse remarquable ce que Ramanuja nomme lui-même prapatti, l'abandon confiant à un Seigneur personnel. Le même document ajoute un principe général qui vaut aussi pour l'œuvre de Ramanuja : « L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu'elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. »[67]

Un catholique peut également saluer la réforme sociale de Ramanuja, l'ouverture de l'initiation sacrée aux castes tenues à l'écart : elle rejoint, sur le terrain concret des pratiques religieuses indiennes, une conviction que l'Évangile porte avec une radicalité propre — celle de la dignité égale de toute personne humaine devant Dieu, quelle que soit sa naissance sociale.

Ramanuja et Thomas d'Aquin : une comparaison académique réelle, mais limitée

Plusieurs chercheurs modernes ont noté la parenté structurelle entre l'entreprise théologique de Ramanuja et celle de Thomas d'Aquin en Occident chrétien : deux systèmes qui, chacun dans son univers scripturaire propre, entreprennent de concilier un Dieu personnel et transcendant avec une réflexion rationnelle rigoureuse sur la nature, la connaissance et la grâce[68]. Le théologien anglican John B. Carman, dans son ouvrage de référence The Theology of Ramanuja: An Essay in Interreligious Understanding (Yale University Press, 1974), a le premier proposé une étude comparative approfondie entre les deux penseurs[69]. Plus récemment, le dominicain Martin Ganeri a consacré à cette comparaison un article savant, « Knowledge and Love of God in Ramanuja and Aquinas » (Journal of Hindu-Christian Studies, vol. 20, 2007), examinant précisément les points de convergence et de divergence entre la doctrine de la vision directe de Brahman par la bhakti chez Ramanuja et la doctrine thomiste de la vision béatifique reçue par grâce[70].

Cette comparaison académique est réelle et féconde : elle montre qu'un système théologique rigoureux, fondé sur des prémisses scripturaires totalement étrangères à la Révélation biblique, peut néanmoins aboutir à des catégories formellement analogues — Dieu personnel, grâce nécessaire au salut, insuffisance de la seule connaissance théorique, nécessité d'un amour effectif. Mais l'analogie de structure ne doit jamais faire oublier la différence de contenu, qui reste, sur les points suivants, absolument décisive.

Ce qui sépare radicalement : avatâra et Incarnation, cycle et résurrection

Le premier point de rupture concerne la nature même de la venue de Dieu auprès des hommes. La tradition vishnouite, dont Ramanuja hérite et qu'il systématise théologiquement, professe la doctrine de l'avatâra : Vishnu se manifeste à travers l'histoire en une multiplicité de descentes successives — Rāma, Kṛṣṇa et bien d'autres —, chacune répondant à une crise particulière du monde, sans qu'aucune ne soit jamais définitive ni exclusive des autres. Le christianisme confesse au contraire une Incarnation unique et irrépétable : le Verbe s'est fait chair une seule fois, en un point précis et non-recommençable de l'histoire, dans la personne concrète de Jésus de Nazareth, né d'une femme, mort et ressuscité pour toujours (Rm 6, 9-10). Là où l'avatâra se répète à volonté selon les besoins cycliques du monde, l'Incarnation chrétienne engage Dieu une fois pour toutes dans l'histoire humaine, sans retour en arrière ni répétition possible.

Le second point de rupture touche à la finalité même de la vie religieuse. Pour Ramanuja, la libération (mokṣa) demeure la sortie définitive du cycle des renaissances (saṃsāra) : l'âme, délivrée de la matière, jouit pour toujours d'une communion contemplative avec Dieu, sans jamais reprendre corps. Pour le catholicisme, l'espérance ultime n'est pas la sortie hors de la matière mais la résurrection des corps : à la fin des temps, chaque personne humaine retrouvera, glorifié, le corps même qui fut le sien — non une dissolution ni une évasion hors de la condition corporelle, mais son accomplissement définitif dans la gloire. La distinction est décisive : le Vishishtadvaita conserve, contre l'Advaita, une pluralité éternelle des âmes et une communion réelle avec Dieu, ce qui le rapproche sensiblement du théisme classique ; mais il demeure prisonnier, comme toute la pensée védantique, du cadre cosmologique cyclique du saṃsāra, auquel le christianisme substitue une histoire linéaire orientée vers un accomplissement définitif et non-répétitif : la Parousie et la résurrection générale.

Pourquoi la prapatti ne peut se substituer à la grâce du Christ

Le débat interne au Śrī Vaiṣṇavisme entre l'école Vadakalai (grâce conditionnée par l'effort, image du petit singe) et l'école Tenkalai (grâce inconditionnée, image du petit chat) présente une analogie frappante, quoique lointaine, avec les grandes controverses chrétiennes sur la part respective du mérite et du don gratuit dans le salut. Cette convergence structurelle mérite d'être notée avec honnêteté intellectuelle : elle montre qu'une tradition religieuse peut, par ses propres ressources, poser avec sérieux la question de la gratuité du salut. Mais la prapatti, aussi radicale soit-elle dans son vocabulaire d'abandon et de remise de soi, demeure un acte que l'âme individuelle pose elle-même devant un Seigneur qui reste, dans la structure même du système et en dépit de la doctrine des avatāra, un Dieu personnel qui n'est ni venu dans la chair une fois pour toutes, ni crucifié, ni ressuscité pour elle. La grâce chrétienne, elle, n'est jamais seulement une disposition intérieure d'abandon : elle est la communication réelle, sacramentelle et historique, de la vie même du Christ mort et ressuscité, seul médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2, 5) — un don qui ne demande pas seulement d'être reçu par la confiance du cœur, mais qui a été concrètement versé, une fois pour toutes, sur la Croix.

C'est pourquoi l'admiration légitime que peut susciter la figure de Ramanuja — sa rigueur intellectuelle, sa réforme sociale, sa doctrine sincère de l'abandon à un Dieu personnel — ne dispense jamais de reconnaître ce que son système, aussi noble soit-il, ne pouvait par construction ni contenir ni anticiper : un Dieu qui ne se contente pas de recevoir l'abandon confiant de ses créatures, mais qui s'est lui-même abaissé jusqu'à elles, une fois, dans la chair, pour les relever avec lui à jamais.

Pour aller plus loin

  • John B. Carman, The Theology of Ramanuja: An Essay in Interreligious Understanding, New Haven, Yale University Press, 1974 — l'étude comparative de référence entre Ramanuja et la théologie occidentale, notamment thomiste.
  • Martin Ganeri, « Knowledge and Love of God in Ramanuja and Aquinas », Journal of Hindu-Christian Studies, vol. 20, 2007, article 6.
  • Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » — synthèse académique de référence sur la doctrine, l'épistémologie et l'éthique du Viśiṣṭādvaita.
  • George Thibaut (trad.), The Vedanta-Sutras with the Commentary by Ramanuja, Oxford, Clarendon Press, 1904 (« Sacred Books of the East », vol. 48).
  • Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 2.
  • Voir aussi, dans Ignispedia, les articles L'hindouisme, Adi Shankara et Madhva, qui présentent les deux autres grandes lectures classiques des Brahma-sūtra.

Notes et références

  1. Formule attribuée à Wendy Doniger et rapportée par Wikipédia (anglais), article « Ramanuja », qui renvoie de façon générique à W. Doniger (dir.), Merriam-Webster's Encyclopedia of World Religions, Springfield, Merriam-Webster, 1999, sans entrée ni page précises ; l'original anglais tel que rapporté — « probably the single most influential thinker of devotional Hinduism » — n'ayant pu être collationné à la source, le corps de l'article en donne une paraphrase, non une citation textuelle.

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  2. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja », édition consultée en 2026 : plusieurs chercheurs modernes comparent l'importance de Ramanuja dans l'hindouisme à celle de Thomas d'Aquin dans le christianisme occidental ; une part significative de la rencontre catholique du XXe siècle avec l'hindouisme s'est faite par la rencontre du thomisme et du Vedanta de Ramanuja.

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  3. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja », édition consultée en 2026 : naissance à Sriperumbudur, Tamil Nadu, sous l'empire Chola ; parents Keshavasomayaji et Kanthimathi Devi ; date traditionnelle 1017, chronologie académique alternative 1077.

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  4. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : études auprès de Yadava Prakasha à Kanchipuram ; désaccords répétés sur l'interprétation des Upanishad, menant à une rupture entre maître et élève.

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  5. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja », édition consultée en 2026 (iep.utm.edu/ramanuja/) : premier mentor dévotionnel de Ramanuja, le saint de basse caste (sudra) Kanchipurna, qui refusa de devenir formellement son guru en raison des barrières de caste.

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  6. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : Yamunacharya, chef de la communauté Sri Vaishnava naissante, désigne Ramanuja comme successeur avant de mourir sans l'avoir rencontré en personne ; Mahapurna, disciple de Yamunacharya, supervise l'initiation formelle de Ramanuja comme samnyasin.

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  7. Épisode hagiographique transmis par la tradition Sri Vaishnava, rapporté notamment sur bhaktistories.com (« Ramanuja's Gift to Mankind ») et stories.shabda.co (« Ramanuja and the Story of the Secret Mantra ») : réception du mantra sacré aux huit syllabes après dix-neuf demandes auprès de Goshthipurna (Tirukkottiyur Nambi), sous serment de secret et menace d'enfer en cas de divulgation ; proclamation publique du mantra du haut du temple par compassion pour le salut du plus grand nombre ; attribution du titre « Emperumanar » par Goshthipurna, ému par cette compassion. Récit propre à l'hagiographie tardive de la tradition Śrī Vaiṣṇava.

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  8. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja », rapportant les hagiographies traditionnelles : le roi chola désigné dans la tradition par le surnom « Krimikantha » aurait fait aveugler le disciple Kuresha, envoyé à sa place auprès du roi ; guérison rapportée comme miraculeuse au retour à Srirangam.

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  9. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : exil dans le royaume Hoysala du Karnataka pendant environ quatorze années, selon la tradition.

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  10. Synthèse convergente de sources sur l'histoire du royaume Hoysala (acharya.org, « Thirunarayanapuram (Melukote) — Ramanuja's favorite place » ; kazhiyurvaradanblog.in) : conversion traditionnelle du roi jaïn Bitti Deva au vishnouisme sous le nom de Vishnuvardhana, rapportée par la tradition à une guérison attribuée à Ramanuja ; financement royal conjoint du temple de Thirunarayanaswamy à Melukote.

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  11. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : retour en pays tamoul après la mort du souverain persécuteur ; réforme durable du culte du temple de Ranganathaswamy à Srirangam, incluant l'admission de castes auparavant exclues des rituels.

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  12. Synthèse des textes traditionnels de la lignée du temple de Srirangam (Koil Olugu) et des hagiographies Guru-paramparā-prabhāva (vadakalai et tenkalai), rapportée par plusieurs sources convergentes en ligne sur la tradition Sri Vaishnava : mort de Ramanuja la tête sur les genoux de son disciple Embar et les pieds sur ceux de Vaduga Nambi, en écoutant réciter le Divya Prabandham et en méditant sur les sandales de Yamunacharya.

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  13. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : l'historien K. A. Nilakanta Sastri propose d'identifier le persécuteur chola des hagiographies à Adhirajendra Chola ou à Virarajendra Chola, plutôt qu'à la figure globale désignée par la tradition légendaire.

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  14. Paul Sydnor, cité dans Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : reconstruire la « vie historique » de Ramanuja est « quasiment impossible » ; les datations proposées, y compris celle de Carman, bien que « bien raisonnées », restent « en définitive invérifiables ». Texte original anglais : « reconstructing his "historical life" is nearly impossible », et la datation de Carman qualifiée de « well-reasoned » mais « ultimately unverifiable ».

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  15. acharya.org, « Thirunarayanapuram (Melukote) — Ramanuja's favorite place », consulté en 2026 : construction du temple de Thirunarayanaswamy à Melukote (actuel district de Mandya, Karnataka) avec l'assistance du roi Vishnuvardhana.

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  16. backtogodhead.in, « Melukote – Dear to Ramanuja's Heart » par Adbhuta Hari Dasa, consulté en 2026 : tradition selon laquelle Ramanuja aurait souhaité que son esprit demeure attaché à l'image processionnelle sculptée à sa ressemblance à Melukote.

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  17. John B. Carman, The Theology of Ramanuja: An Essay in Interreligious Understanding, New Haven, Yale University Press, 1974, cité dans Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : à partir des registres de temples des XIe-XIIe siècles et de la littérature régionale extérieure à la tradition Sri Vaishnava, chronologie alternative proposée — naissance v. 1077, mort v. 1157.

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  18. Ramanuja, Śrī Bhāṣya, I.1.1, cité et traduit dans la littérature académique sur le débat Advaita-Vishishtadvaita (notamment C. J. Bartley, The Theology of Ramanuja: Realism and Religion, Londres, RoutledgeCurzon, 2002). Texte original anglais couramment cité : « no better than a man who would claim that his own mother never had any children ».

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  19. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : critique épistémologique de Ramanuja contre l'Advaita — si toute connaissance est erronée, cette affirmation elle-même, étant une connaissance, se contredit ; critique herméneutique de la sélectivité advaitine dans la lecture des Upanishad, qui privilégierait les passages non-dualistes en négligeant les passages affirmant la pluralité.

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  20. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : doctrine des trois réalités (tattva-traya) — Ishvara (le Seigneur suprême, Vishnu-Narayana uni à Sri-Lakshmi), cit (la multitude des âmes individuelles, jiva, éternelles et connaissantes) et acit (la matière insentiente) ; les âmes demeurent recouvertes d'ignorance (avidya) produite par le karma passé.

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  21. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : doctrine du corps et de l'âme (sarira-sariri-bhava), fondée sur la Brihadaranyaka Upanishad 3.7.14 ; « Brahman est le Soi de tous » sans identité numérique des personnalités individuelles ; l'univers entier, âmes et matière, sert de corps à Dieu qui en est l'âme, à la manière dont l'esprit anime le corps sans s'y réduire.

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  22. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : contribution épistémologique originale de Ramanuja — la bhakti (dévotion) est elle-même un état de connaissance (jnana), une perception directe de la nature de Brahman ; le bhakti-yoga comprend le karma-yoga (accomplissement désintéressé du devoir) et le culte constant ; la parabhakti, dévotion de l'ordre le plus élevé, constitue une connaissance directe et consciente de Brahman.

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  23. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : synthèse de la doctrine sotériologique exposée dans le Vedarthasamgraha et le Sri Bhashya — selon cette doctrine, la connaissance théorique de la nature de Brahman ne suffit pas, à elle seule, à procurer la libération.

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  24. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : débat académique sur l'authenticité et la place de la doctrine du prapatti/sharanagati (abandon total) — argument de Robert C. Lester selon lequel cette doctrine, présente uniquement dans le Sharanagati Gadya et le Sriranga Gadya, serait absente des trois œuvres philosophiques majeures et propre aux seuls Gadya, dont l'authenticité serait alors sujette à caution ; lecture unitive alternative, majoritaire dans la tradition, tenant bhakti et prapatti pour un seul chemin sous deux aspects.

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  25. Traduction anglaise diffusée notamment sur stotranidhi.com et sadagopan.org, d'après l'édition de M. R. Rajagopala Ayyangar, The Gadya-Traya of Sri Ramanujacharya, Madras, s. d. Texte original anglais couramment cité : « I am Thy servant; I have surrendered myself unto Thee; help me, Thy servant, O Lord! »

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  26. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : le Sri Bhashya, commentaire des Brahma-sutra, constitue le magnum opus philosophique de Ramanuja et le fondement scripturaire du Vishishtadvaita.

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  27. George Thibaut (trad.), The Vedanta-Sutras with the Commentary by Ramanuja, Oxford, Clarendon Press, 1904, « Sacred Books of the East », vol. 48 — traduction anglaise de référence par laquelle la recherche académique occidentale a longtemps découvert le Sri Bhashya de Ramanuja.

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  28. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : le Vedarthasamgraha, considéré comme la première grande œuvre de Ramanuja, expose systématiquement les principes de sa doctrine théiste et réaliste.

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  29. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : le Gita Bhashya, commentaire de la Bhagavad-Gita, développe la doctrine du bhakti-yoga.

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  30. srivaishnavism.redzambala.com, « Gadya Traya : 3 Poems of Sri Ramanuja », consulté en 2026 : le Gadya Traya rassemble le Sharanagati Gadya (dialogue de supplication avec Sri et Narayana), le Sriranga Gadya (prière de soumission à la divinité de Srirangam) et le Vaikuntha Gadya (description contemplative du royaume céleste de Vishnu).

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  31. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : sur les neuf ouvrages sanskrits traditionnellement attribués à Ramanuja, seuls le Sri Bhashya, le Vedarthasamgraha et le Gita Bhashya sont universellement reconnus comme authentiques par la recherche académique ; l'authenticité du Vedantadipa, du Vedantasara et du Nityagrantha demeure débattue.

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  32. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : institution du pancharatra/panchasamskara, rite d'initiation en cinq étapes pratiqué par les brahmanes et les non-brahmanes, innovation majeure d'inclusion sociale dans le Sri Vaishnavisme.

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  33. ramanuja.org, archives « 74 simhasanadhipatis appointed by Sri Ramanuja » et « Re: 74 simhasanAdhipathis of Sri Ramanujacharya » (compilation Anbil Ramaswamy), consultées en 2026 : Ramanuja institue soixante-quatorze simhasanadhipati chargés de propager le Sri Vaishnavisme ; parmi eux, son neveu Mudaliandan (Dasarathi) et le brahmane Kuresha (Kurattalvan), réputé pour sa mémoire prodigieuse ; le chiffre de soixante-quatorze est rattaché par la tradition à une image du lac Veeranam et de ses soixante-quatorze embouchures, attribuée à Nathamuni.

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  34. Wikipédia (anglais), articles « Vadakalai » et « Iyengar » ; bhagavadgitausa.com, « Vadakalai/Tenkalai », consultés en 2026 : scission de la communauté Sri Vaishnava autour du XVIe siècle en deux écoles — Vadakalai (Nord, référence Vedanta Desika, grâce conditionnée par l'effort, image du petit singe markata-nyaya) et Tenkalai (Sud, référence Manavala Mamuni, grâce inconditionnée, image du petit chat marjara-nyaya).

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  35. Karl H. Potter, cité dans l'Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : la tradition de Ramanuja représente l'une des artères principales par lesquelles la philosophie védantique a atteint les masses ; le Vishishtadvaita pourrait être aujourd'hui la philosophie la plus vivante de l'Inde en nombre d'adhérents réels. Texte original anglais : « The tradition of Ramanuja may be regarded as representing one of the principal arteries by which philosophy reached the masses. »

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  36. Harold Coward, cité dans l'Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Ramanuja » : Ramanuja qualifié de « fondateur-interprète de l'écriture Sri Vaishnava ». Texte original anglais : « founder-interpreter of Sri Vaishnava scripture ».

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  37. Wikipédia (anglais), article « Ramanuja » : inauguration le 5 février 2022 de la « Statue of Equality » (Statue de l'Égalité), de deux cent seize pieds de hauteur, à Hyderabad, en présence du Premier ministre Narendra Modi, commémorant la réforme sociale de Ramanuja.

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  38. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 2, texte français officiel (vatican.va), collationné en séance : « Ainsi, dans l'hindouisme, les hommes scrutent le mystère divin et l'expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie ; ils cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde, soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance. »

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  39. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 2, texte français officiel (vatican.va), collationné en séance : « L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu'elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. »

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  40. John B. Carman, The Theology of Ramanuja: An Essay in Interreligious Understanding, New Haven, Yale University Press, 1974 — première étude comparative approfondie entre la théologie de Ramanuja et la théologie chrétienne occidentale.

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  41. Martin Ganeri, « Knowledge and Love of God in Ramanuja and Aquinas », Journal of Hindu-Christian Studies, vol. 20, 2007, article 6, digitalcommons.butler.edu/jhcs/vol20/iss1/6/ — étude comparative académique sur la connaissance et l'amour de Dieu chez Ramanuja et chez Thomas d'Aquin.

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