Gédéon est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le juge qui vainquit Madian avec trois cents hommes : le plus petit du plus faible clan de Manassé, appelé sous un térébinthe pendant qu'il battait le blé en cachette, et devenu le libérateur de tout Israël. Son histoire occupe trois chapitres entiers du livre des Juges (Jg 6 à 8), le plus long portrait individuel du livre, et elle concentre toute la théologie des Juges : l'oppression qui suit l'idolâtrie, le cri vers Dieu, le sauveur inattendu, le repos, puis la rechute.
L'Église le tient pour une personne réelle, rangée par l'épître aux Hébreux parmi les témoins de la foi, fêtée au Martyrologe romain, et lue depuis les Pères comme une figure de la maternité virginale de Marie : la toison de Gédéon, couverte de rosée pendant que le sol reste sec, annonce le Verbe qui descend dans le sein de la Vierge. L'article présente d'abord le récit tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis sa théologie, son accomplissement chrétien, sa présence liturgique, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.
Gédéon dans le canon des Écritures
Le livre des Juges, entre Josué et Samuel
Le récit de Gédéon se trouve dans le livre des Juges, septième livre de la Bible et deuxième des livres historiques, entre le livre de Josué et les livres de Samuel[1]. Le livre couvre les deux siècles sans roi qui séparent la conquête de Canaan de l'avènement de la royauté : douze tribus installées, pas de capitale, pas d'unité politique, et un refrain qui revient comme une loi spirituelle, relevé par l'encyclopédie catholique elle-même : quand Israël quitte le Seigneur, le Seigneur quitte Israël, au moins pour un temps[2]. Gédéon est le cinquième des grands juges et le seul dont le cycle occupe trois chapitres complets, signe de sa place unique dans l'économie du livre[3].
Le nom hébreu du livre, Shophetim, ne désigne pas des magistrats de tribunal mais des libérateurs charismatiques suscités par Dieu pour arracher son peuple à l'oppression[4]. Gédéon correspond exactement à ce portrait : aucun titre, aucune armée, aucune légitimité politique au départ, seulement un appel et l'Esprit qui le revêt.
Juges 6 à 8, le plus long portrait du livre
Le cycle de Gédéon couvre Juges 6, 1 à 8, 32 : l'oppression de Madian, l'appel, la nuit contre Baal, la toison, la réduction de l'armée, la nuit des cruches, la poursuite au-delà du Jourdain, le refus de la royauté, la mort du juge[5]. Aucun autre juge ne reçoit un tel développement : Débora et Baraq tiennent deux chapitres, Jephté deux, Samson quatre mais coupés de digressions, tandis que Gédéon occupe trois chapitres d'un seul tenant, sans interruption[6]. L'épilogue sanglant d'Abimélek, son fils, occupe le chapitre 9 et se lit comme le contre-exemple : ce que devient Israël quand il veut un roi autre que le Seigneur[7].
Le texte donne au héros deux noms. Gédéon d'abord, dont le sens discuté tourne autour de l'idée de briser ou de trancher, comme un bûcheron qui abat[8]. Yeroubbaal ensuite, reçu après la destruction nocturne de l'autel de Baal : « Que Baal s'en prenne à lui », un surnom de défi que le récit retourne en titre de gloire[9]. Les deux noms circulent dans la suite du récit, et le fils né à Sichem, Abimélek, rappellera par son crime que la gloire du père n'a pas prémuni la maison contre l'orgueil[10].
Les autres mentions de Gédéon dans la Bible
Gédéon n'est pas cantonné aux chapitres 6 à 8 : le reste de l'Écriture le nomme ou suppose son exploit, ce qui interdit de traiter son cycle comme une pièce rapportée tardive. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors Juges 6 à 8.
| Livre biblique | Passage | Ce que le texte apporte sur Gédéon |
|---|---|---|
| Premier livre de Samuel | 1 S 12, 9-11 | Samuel range Yeroubbaal parmi les sauveurs envoyés après Moïse et Aaron |
| Psaumes | Ps 83, 10-12 | Imprecation contre les ennemis : qu'ils finissent comme Madian, Oreb et Zéeb |
| Isaïe | Is 9, 3 | Le « jour de Madiane » comme type de la délivrance promise |
| Isaïe | Is 10, 26 | La défaite de Madiane « au rocher d'Oreb » invoquée contre l'Assyrie |
| Hébreux | He 11, 32-34 | Gédéon nommé en tête des juges témoins de la foi |
Deux traits frappent dans cette traversée. D'abord, les prophètes utilisent la victoire de Gédéon comme l'étalon des délivrances : quand Isaïe veut dire ce que sera le salut, il dit « le jour de Madiane »[11]. Ensuite, Samuel et l'auteur des Psaumes le citent comme un fait connu de tous, sans l'expliquer : la preuve que le récit circulait comme histoire commune, non comme légende à démontrer[12].
Le récit des Juges 6 à 8, étape par étape
Madian, sept ans d'oppression
« Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur, et le Seigneur les abandonna à Madiane pendant sept ans »[13]. Les Madianites, descendants d'Abraham par Qetoura, montent chaque année avec Amalec et les fils de l'Orient au temps des semailles : ils campent, dévastent les récoltes jusqu'aux abords de Gaza, ne laissent ni vivres, ni brebis, ni boeufs, ni ânes, et repartent avec leurs troupeaux et leurs tentes, « comme une multitude de sauterelles », avec des chameaux innombrables[14]. Israël, réduit à la misère, s'aménage des refuges dans les montagnes et crie vers le Seigneur[15].
Avant d'envoyer un sauveur, Dieu envoie un prophète sans nom qui rappelle l'Exode et formule l'accusation : « Je vous ai dit : Je suis le Seigneur, votre Dieu. Vous ne craindrez pas les dieux des Amorites. Mais vous n'avez pas écouté ma voix »[16]. La délivrance ne commencera donc pas par une bataille mais par un rappel : le malheur a une cause, et cette cause est l'oubli de l'alliance. C'est la pédagogie constante du livre des Juges, et Gédéon en sera l'élève avant d'en être l'instrument[17].
L'appel sous le térébinthe d'Ofra
L'ange du Seigneur vient s'asseoir sous le térébinthe d'Ofra, propriété de Joas, du clan d'Abiézer. Gédéon, son fils, bat le blé dans le pressoir, un geste absurde aux yeux du monde : on bat le blé sur une aire ouverte au vent, pas dans une cuve à raisin, mais le pressoir creux cache la récolte au pillage des Madianites[18]. C'est là, dans la peur et la dissimulation, que retentit la salutation la plus ironique et la plus vraie de tout l'Ancien Testament :
« Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier ! »
- L'ange du Seigneur à Gédéon, Livre des Juges 6, 12, traduction liturgique[19]
Gédéon ne se laisse pas flatter : il répond par une objection qui est déjà une théologie. Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tout ceci nous est-il arrivé ? Que sont devenus les prodiges racontés par nos pères, la montée d'Égypte ? Aujourd'hui, le Seigneur nous a abandonnés en nous livrant à Madiane[20]. Loin d'être puni pour son audace, il reçoit sa mission dans la foulée : « Avec la force qui est en toi, va sauver Israël du pouvoir de Madiane. N'est-ce pas moi qui t'envoie ? »[21]. Dieu ne commence pas par consoler Gédéon : il l'envoie, et l'envoi contient déjà la consolation.
Vient alors la seconde objection, celle de la petitesse : « Mon clan est le plus faible dans la tribu de Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père ! »[22]. La réponse divine tient en quatre mots qui portent tout le cycle : « Je serai avec toi »[23]. Moïse au buisson ardent n'avait pas reçu d'autre viatique, et l'Église y reconnaît la signature des vocations authentiques : Dieu ne choisit pas les capables, il rend capables ceux qu'il choisit[24].
Le feu sur le rocher et l'autel Seigneur-de-la-paix
Gédéon demande un signe que c'est bien le Seigneur qui lui parle, prépare un chevreau et des pains sans levain, et l'ange touche l'offrande de son bâton : le feu jaillit de la roche, consume la viande et les pains, et l'ange disparaît[25]. Gédéon comprend qu'il a vu l'ange face à face et s'écrie sa frayeur de mourir, car nul ne voit Dieu sans mourir. La réponse tombe comme une absolution :
« Que la paix soit avec toi ! Sois sans crainte ; tu ne mourras pas. »
- Le Seigneur à Gédéon, Livre des Juges 6, 23, traduction liturgique[26]
À cet endroit, Gédéon bâtit un autel sous le vocable de Seigneur-de-la-paix, que le texte note encore présent à Ofra d'Abiézer au moment de la rédaction[27]. Ce détail compte pour l'historicité : le récit ancre le sanctuaire dans un lieu vérifiable par ses premiers lecteurs, comme on indique une adresse, non comme on situe un conte[28].
La nuit contre Baal et le nom de Yeroubbaal
Avant de combattre Madian, Gédéon doit purifier sa propre maison : son père Joas entretient un autel de Baal et un Poteau sacré. Ordre reçu dans la nuit : prendre le taureau de son père et un second taureau de sept ans, démolir l'autel, couper le Poteau, rebâtir un autel selon les règles et offrir l'holocauste sur le bois du Poteau coupé[29]. Gédéon obéit de nuit, avec dix serviteurs, parce qu'il craint sa famille et les gens de la ville : la peur n'a pas disparu, elle accompagne désormais l'obéissance[30].
Au matin, la ville exige la mort du coupable. Joas, réveillé en père et en chef, retourne l'accusation avec une logique imparable :
« Est-ce à vous de défendre Baal ? Est-ce à vous de le sauver ? Si Baal est dieu, qu'il se défende lui-même, puisqu'on a renversé son autel ! »
- Joas aux gens d'Ofra, Livre des Juges 6, 31, traduction liturgique[31]
Ce jour-là, on donna à Gédéon le nom de Yeroubbaal, « Que Baal s'en prenne à lui »[32]. Le défi lancé au faux dieu devient le nom de guerre du libérateur, et le récit souligne que l'Esprit du Seigneur « revêtit » Gédéon comme un vêtement : l'homme peureux de la nuit précédente sonne du cor, et tout son clan se regroupe derrière lui[33].
Le double signe de la toison
Alors que Madian, Amalec et les fils de l'Orient campent dans la plaine de Yizréel, Gédéon demande à Dieu un double signe avec une toison de laine étendue sur l'aire : d'abord la rosée sur la seule toison, le sol restant sec, puis l'inverse, la toison seule sèche et la rosée sur tout le sol[34]. Les deux fois, Dieu exauce : la première toison pressée donne une pleine coupe de rosée[35].
« Je vais étendre une toison de laine sur l'aire de battage et, s'il n'y a de rosée que sur la toison et si tout le sol est sec, je saurai que c'est par moi que tu veux sauver Israël, comme tu l'as dit. »
- Gédéon à Dieu, Livre des Juges 6, 37, traduction liturgique[36]
Faut-il y voir une foi chancelante qui marchande ? L'Église lit plutôt une prudence obéissante : Gédéon a déjà reçu l'ordre, il demande une confirmation avant d'engager tout un peuple, et il le fait avec un respect explicite, « que ta colère ne s'enflamme pas contre moi »[37]. Dieu, qui aurait le droit de se lasser, répond deux fois : la condescendance divine envers la faiblesse qui cherche à obéir, non envers l'incrédulité qui cherche un prétexte, est une constante de l'Écriture[38].
De trente-deux mille à trois cents
Yeroubbaal et tout son peuple campent près d'Ein-Harod, face au camp de Madiane au pied de la colline de Moré[39]. Trente-deux mille hommes : une armée déjà dérisoire contre une coalition « aussi nombreuse que des sauterelles ». Dieu la juge encore trop nombreuse, et le motif est solennel :
« Le peuple qui est avec toi est trop nombreux pour que je livre Madiane entre ses mains. Israël pourrait s'en glorifier et dire : C'est ma main qui m'a sauvée. »
- Le Seigneur à Gédéon, Livre des Juges 7, 2, traduction liturgique[40]
La réduction se fait en deux criblages que le tableau ci-dessous résume.
| Criblage | Épreuve | Partent | Restent |
|---|---|---|---|
| La peur | « Ceux qui ont peur, qu'ils s'en retournent » | 22 000 | 10 000[41] |
| L'eau | Ceux qui lapent en portant la main à la bouche, mis à part | 9 700 | 300[42] |
Le premier tri applique la Loi elle-même : le Deutéronome dispense du combat l'homme qui a peur, de peur qu'il ne communique sa crainte à ses frères[43]. Le second tri, au bord de l'eau, sépare ceux qui lapent comme des chiens, la main à la bouche, de ceux qui s'agenouillent pour boire : trois cents hommes restent, vigilants jusque dans le geste de boire, et Dieu déclare : « C'est avec les trois cents hommes que je vous sauverai »[44]. Le rapport de forces final défie toute lecture militaire : trois cents contre une armée dont les seuls survivants compteront encore quinze mille hommes[45].
La nuit des cruches, des cors et des flambeaux
Cette nuit-là, Dieu renforce encore le courage de son juge : si tu as peur de descendre, va d'abord écouter avec Poura, ton serviteur[46]. Aux avant-postes ennemis, Gédéon entend un Madianite raconter son songe, une galette d'orge qui dévale et effondre la tente, et son camarade l'interpréter : « Ce ne peut être que l'épée de Gédéon, fils de Joas, l'Israélite. Dieu livre entre ses mains Madiane et tout son camp »[47]. L'ennemi prophétise sans le savoir : Gédéon se prosterne sur place, remonte et lance l'assaut.
« Levez-vous, car le Seigneur livre entre vos mains le camp de Madiane. »
- Gédéon aux trois cents, Livre des Juges 7, 15, traduction liturgique[48]
La tactique est une mise en scène de la terreur : trois groupes de cent hommes, à chacun un cor, une cruche vide et une torche cachée dedans, le cri « Pour le Seigneur et pour Gédéon », les cruches brisées, les flambeaux brandis de la main gauche au milieu de la nuit[49]. Le camp ennemi, réveillé en sursaut au changement de garde, s'enfuit en se taillant en pièces : « le Seigneur fit que, dans tout le camp, chacun tourna l'épée contre son compagnon »[50]. Les tribus du nord, Nephtali, Asher et Manassé, se regroupent pour la poursuite, et Éphraïm, appelé en renfort, occupe les points d'eau et capture les deux chefs Oreb et Zéeb[51].
La poursuite au-delà du Jourdain
La victoire ne s'arrête pas au Jourdain : Gédéon le passe avec ses trois cents hommes, épuisés par la poursuite, et réclame du pain à Souccoth puis à Penouël pour sa troupe[52]. Les deux villes refusent, leurs chefs raillent un vainqueur encore incertain, et Gédéon promet le châtiment au retour[53]. À Qarqor, il surprend l'armée des fils de l'Orient qui se croyait en sécurité, s'empare des deux rois Zéba et Salmounna et sème la panique[54]. Le texte compte : cent vingt mille guerriers tombés, quinze mille survivants, soit une coalition initiale d'environ cent trente-cinq mille hommes contre trois cents[55].
Au retour, Gédéon exécute sa sentence : les anciens de Souccoth sont corrigés avec des épines du désert, la tour de Penouël est renversée[56]. Puis il juge les deux rois : ils ont tué ses frères au Tabor, des hommes qui avaient « chacun l'air d'un fils de roi », et la vengeance du sang lui incombe[57]. Il ordonne à Yéter, son fils aîné, de les exécuter, mais l'adolescent n'ose tirer l'épée ; les rois demandent alors à mourir de sa main, « car la bravoure, c'est l'homme », et Gédéon les tue[58]. La sévérité du récit déconcerte, mais elle appartient au droit de la guerre du temps, et le texte la rapporte sans l'ériger en modèle universel : la leçon qu'il veut graver n'est pas la vengeance, c'est le refus qui suit[59].
La royauté refusée et l'éphod d'Ofra
Devant le libérateur, Israël propose ce qu'il croit être la conclusion politique : « Sois notre maître, toi, puis ton fils, puis ton petit-fils, car tu nous as sauvés de Madiane »[60]. La réponse de Gédéon est l'un des sommets théologiques du livre :
« Moi, je ne serai pas votre maître, pas plus que mon fils. C'est le Seigneur qui sera votre maître. »
- Gédéon aux gens d'Israël, Livre des Juges 8, 23, traduction liturgique[61]
Le refus est d'autant plus grand que Gédéon vivra ensuite comme un prince : soixante-dix fils de ses nombreuses femmes, une concubine à Sichem qui lui donne Abimélek, et mille sept cents sicles d'or prélevés sur le butin[62]. Avec cet or, il fabrique un éphod installé à Ofra, et « tout Israël vint s'y prostituer, et cet éphod devint un piège pour Gédéon et pour sa maison »[63]. Le héros qui a renversé l'autel de Baal laisse derrière lui un objet de culte illégitime : le livre ne canonise pas ses héros, il montre que même le meilleur des juges reste un pécheur dont l'oeuvre a besoin d'être dépassée[64].
La mort du juge et l'épilogue d'Abimélek
« Madiane fut soumis et ne releva plus la tête. Au temps de Gédéon, le pays fut en repos pendant quarante ans »[65]. Gédéon meurt après une heureuse vieillesse et il est enseveli dans le tombeau de Joas, son père, à Ofra[66]. Aussitôt, les fils d'Israël recommencent à se prostituer aux Baals, adoptent Baal-Berith pour dieu, oublient le Seigneur et « ne firent preuve d'aucune fidélité envers la maison de Yeroubbaal »[67]. Le cycle recommence, plus bas : Abimélek, le fils de la concubine de Sichem, massacre ses soixante-dix frères et se fait proclamer roi, inaugurant le chapitre 9, le plus sombre du livre, qui se lit comme le prix du refus oublié de Gédéon[68]. Pour le détail de cet épisode, on se reportera à l'article consacré au livre des Juges.
L'auteur et la datation traditionnels
Ce que tient la tradition juive et ecclésiale
La tradition juive, consignée dans le Talmud de Babylone, attribue le livre des Juges à Samuel : « Samuel a écrit son livre, le livre des Juges et le livre de Ruth »[69]. Les Pères reçoivent cette attribution sans débat, et l'encyclopédie catholique la reprend à son compte : il n'existe pas d'auteur plus probable que Samuel, et la rédaction se situe dans les premières années de la royauté, quand Jérusalem s'appelle encore Jébus et reste aux mains des Jébuséens[70]. Gédéon appartient donc, dans la lecture reçue, à un livre écrit par le dernier des juges à l'aube de la monarchie, soit environ un siècle après les faits racontés.
Le magistère moderne n'a jamais tranché la question d'auteur au sens critique du terme, mais il a toujours supposé l'origine ancienne du livre, y compris quand il a ouvert la porte, avec Divino Afflante Spiritu (1943), à l'étude des genres littéraires[71]. La datation traditionnelle place le cycle de Gédéon au XIIe siècle av. J.-C., dans la seconde moitié de l'époque des Juges, entre Débora et Jephté[72].
Les arguments internes du texte
Le récit porte les marques d'une proximité avec les faits, non d'une fiction tardive. D'abord la topographie exacte : Ofra d'Abiézer, le térébinthe, la plaine de Yizréel, Ein-Harod, la colline de Moré, Beth-Bara, le gué du Jourdain, Souccoth, Penouël, la route des nomades à l'est de Nobah et de Yogboha, la montée de Hèrès, Qarqor. Une légende inventée à Babylone six siècles plus tard n'aurait ni le besoin ni le moyen d'un tel semis de lieux secondaires, dont plusieurs ne réapparaissent jamais ailleurs dans la Bible[73].
Ensuite les nombres encombrants : un auteur qui fabrique une épopée ne fait pas partir vingt-deux mille hommes par peur, ne retient pas trois cents buveurs triés sur un geste, ne compte pas cent vingt mille morts ennemis ni mille sept cents sicles d'or. Ces chiffres précis, parfois gênants pour l'apologétique facile, sont la signature d'une chronique qui rapporte ce qu'elle a reçu[74]. Enfin la dureté du portrait : l'éphod d'Ofra, la polygamie, les exécutions de Souccoth, l'ingratitude finale d'Israël. Comme le note l'encyclopédie catholique pour l'ensemble du livre, l'auteur accable tellement Israël d'idolâtrie et de divisions qu'on ne peut l'accuser de flatter l'orgueil national : un faussaire écrit pour glorifier, pas pour accuser[75].
La chronologie reçue : sept ans, quarante ans, quatre cent quatre-vingts ans
Le livre des Rois situe la sortie d'Égypte quatre cent quatre-vingts ans avant la construction du Temple de Salomon[76]. Le discours de Paul à Antioche de Pisidie compte environ quatre cent cinquante ans pour l'époque des Juges jusqu'à Samuel[77]. À l'intérieur de ce cadre, le cycle de Gédéon donne ses propres durées : sept ans d'oppression madianite, quarante ans de repos après la victoire[78]. Le tableau ci-dessous les replace dans la séquence du livre.
| Phase du cycle de Gédéon | Durée | Référence |
|---|---|---|
| Oppression de Madian | 7 ans | Jg 6, 1[79] |
| Repos du pays après la victoire | 40 ans | Jg 8, 28[80] |
| Époque des Juges jusqu'à Samuel (Paul) | environ 450 ans | Ac 13, 20[81] |
| Sortie d'Égypte au Temple (les Rois) | 480 ans | 1 R 6, 1[82] |
Ces chiffres ont nourri les computations classiques, du Seder Olam aux chronologistes chrétiens, qui placent Gédéon dans la seconde moitié du XIIe siècle[83]. L'Église ne définit pas ces dates au sens dogmatique, mais elle les reçoit comme le cadre naturel du récit, et c'est à la critique de prouver qu'elles sont impossibles, non à la tradition de prouver qu'elles sont certaines[84].
Les témoins anciens du récit
La Septante : Gédéon en grec trois siècles avant le Christ
Le livre des Juges figure dans la Septante, la traduction grecque réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle av. J.-C., où le juge s'appelle Gedeôn[85]. Ce témoin interdit de faire naître le cycle à l'époque maccabéenne ou plus tard : au temps où les traducteurs alexandrins travaillent, l'histoire de Gédéon est déjà Écriture, lue en hébreu et rendue en grec pour la diaspora[86].
Josèphe au premier siècle : Gédéon comme histoire
Flavius Josèphe, dans ses Antiquités judaïques rédigées à Rome vers 93-94 apr. J.-C., reprend longuement l'épisode : l'oppression des Madianites et des nations voisines pendant sept ans, la délivrance par Gédéon, qui gouverna ensuite la multitude pendant quarante ans[87]. Josèphe écrit pour des lecteurs grecs et romains cultivés, avec le souci d'un historien qui veut rendre son peuple respectable : il n'aurait aucun intérêt à mettre au centre de son récit un personnage que ses propres sources juives tiendraient pour fictif[88]. Son témoignage prouve au minimum que le judaïsme du premier siècle recevait Gédéon comme un ancêtre réel, non comme un mythe.
Le Nouveau Testament, premier témoin de l'historicité
Bien avant Josèphe, le Nouveau Testament traite Gédéon comme un homme qui a vécu. Samuel, dans son discours d'adieu, range Yeroubbaal parmi les sauveurs que le Seigneur a envoyés après Moïse et Aaron, au même titre que Baraq et Jephté[89]. Surtout, l'épître aux Hébreux le nomme en tête des juges témoins de la foi, avant Baraq, Samson, Jephté, David et Samuel[90]. L'argument est décisif pour la lecture catholique : l'auteur inspiré ne range pas des symboles littéraires parmi les modèles de la foi, et le Christ lui-même raisonnera plus tard de la même façon sur Jonas[91].
Les Pères : Augustin et la toison de Marie
Saint Augustin résume toute la théologie du livre en une formule que l'encyclopédie catholique reprend : quand Israël quitte le Seigneur, le Seigneur quitte Israël, au moins pour un temps, avec renvoi à la Cité de Dieu[92]. Quant à la toison, la tradition patristique et médiévale y lit unanimement une figure de la maternité virginale de Marie : comme la rosée descend sur la toison sans troubler le sol alentour, le Verbe est descendu dans le sein de la Vierge sans atteinte à sa virginité. Saint Antoine de Padoue range la toison parmi les figures scripturaires de la virginité perpétuelle, avec le buisson ardent et la porte fermée d'Ézéchiel[93]. Cette lecture, constante dans la prédication et l'art sacré, suppose elle aussi un récit reçu comme vrai : on ne tire pas une figure d'un conte qu'on croit inventé[94].
La théologie de Gédéon : la force dans la faiblesse
Dieu choisit le plus petit
Tout le cycle est construit sur des renversements que le tableau ci-dessous met en regard.
| La faiblesse apparente | La force donnée |
|---|---|
| Le plus petit du clan le plus faible | L'appel et la promesse « Je serai avec toi »[95] |
| Une armée dérisoire de 32 000 | Réduite à 300 pour que Dieu seul soit glorifié[96] |
| Des armes de paysans : cors, cruches, torches | La terreur nocturne qui disperse 135 000 hommes[97] |
| Un juge qui a peur et agit de nuit | L'obéissance qui renverse Baal avant Madian[98] |
La loi spirituelle du cycle est énoncée par Dieu lui-même : il fallait que l'armée fût petite pour qu'Israël ne puisse pas dire « c'est ma main qui m'a sauvée »[99]. L'Église y reconnaît la logique des Béatitudes et de Paul, « c'est quand je suis faible que je suis fort » : Gédéon est l'ancêtre vétérotestamentaire de cette sagesse, et c'est pourquoi l'épître aux Hébreux le retient, non pour sa stratégie, mais pour sa foi[100].
Demander un signe sans défier Dieu
La toison et le feu sur le rocher posent une question de vie spirituelle : peut-on demander des signes ? Le cycle répond par une distinction. Gédéon ne demande jamais un signe pour croire à l'existence de Dieu ni pour marchander l'obéissance : il a déjà reçu l'ordre, il vérifie l'heure et le moyen avant d'engager son peuple, et il le fait avec crainte et respect[101]. Dieu exauce trois fois sans reproche. La leçon vaut pour la prière de demande : le signe cherché dans l'humilité pour accomplir la volonté connue est reçu, le signe exigé dans l'orgueil pour se soustraire à l'obéissance est refusé, comme le Christ le montrera face à la génération qui réclame des prodiges[102].
Le petit nombre contre la multitude
Trois cents contre cent trente-cinq mille : le rapport de un à quatre cent cinquante reste le plus extrême de toute l'histoire militaire de la Bible[103]. Le récit insiste pourtant que la victoire ne vient ni du nombre ni de la ruse : les trois cents ne tirent pas une épée, ils sonnent, brisent, brandissent et crient, et c'est le Seigneur qui tourne les épées ennemies les unes contre les autres[104]. La théologie du petit reste, le « petit troupeau » à qui le Père se plaît à donner le Royaume, et toute l'histoire de l'Église où les minorités fidèles portent le salut des multitudes[105].
L'accomplissement chrétien
La toison, figure de la Vierge Marie
La lecture la plus constante que l'Église fait de Gédéon ne porte ni sur la stratégie ni sur le courage, mais sur la toison couverte de rosée. Les Pères et les prédicateurs y voient l'annonce de la maternité virginale : la rosée du ciel descend sur la toison posée sur l'aire sans que le sol alentour en soit mouillé, comme le Fils de Dieu est descendu dans le sein de Marie sans blesser sa virginité[106]. Saint Antoine de Padoue compte ce signe parmi les figures de la virginité perpétuelle, à côté du buisson ardent que le feu ne consume pas et de la porte fermée d'Ézéchiel que nul ne franchit[107].
Il faut tenir ici le degré d'autorité exact : cette lecture est une typologie traditionnelle, vénérable et constante, non un dogme défini. Elle n'ajoute rien à la foi en Marie, elle l'illustre par l'Ancien Testament, selon la pédagogie de l'Église qui relit toute l'Écriture à la lumière du Christ[108]. Mais elle suppose un récit vrai : une ombre ne porte que si le corps qui la projette existe, et les Pères n'auraient pas bâti une figure mariale sur un épisode qu'ils tenaient pour inventé[109].
Gédéon parmi les témoins de la foi
L'épître aux Hébreux tranche le débat sur la valeur spirituelle du juge : après les patriarches, Moïse, la chute de Jéricho et Rahab, elle ouvre la galerie des juges par Gédéon.
« Que dire encore ? Le temps me manquerait pour rappeler l'histoire de Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes. Par leur foi, ils ont conquis des royaumes, pratiqué la justice, obtenu la réalisation de certaines promesses. »
- Épître aux Hébreux 11, 32-33, traduction liturgique[110]
Ce qui est retenu de ces hommes, note la suite, ce ne sont pas leurs fautes, réelles et lourdes, mais leur foi : la confiance qui les a fait agir au-delà de leurs forces[111]. Gédéon entre ainsi dans le grand cortège des croyants avec son éphod, ses soixante-dix fils et ses peurs nocturnes : la sainteté de l'oeuvre ne dépend pas de la perfection de l'ouvrier, mais de la grâce qui l'anime[112].
Le vrai Libérateur, Jésus
Le Nouveau Testament ne développe pas de typologie détaillée Gédéon-Christ, et l'honnêteté oblige à le dire : aucun évangile ne cite la nuit des cruches comme figure de la Résurrection. Mais la trajectoire est claire. Gédéon refuse la royauté en confessant que seul le Seigneur sera maître[113] : il ouvre ainsi, sans la combler, l'attente du Roi selon le coeur de Dieu, que les chrétiens reconnaissent en Jésus, le Roi dont le royaume n'est pas de ce monde[114]. Sa victoire nocturne, remportée sans épée par la lumière des flambeaux, esquisse de loin la Pâque où la Lumière dissipe les ténèbres sans lever d'armée[115]. Et son histoire entière, celle d'un sauveur imparfait qui laisse un piège derrière lui, crie le besoin d'un Sauveur parfait qui ne laissera que la sainteté[116].
Gédéon dans la vie liturgique de l'Église
Le 26 septembre : saint Gédéon au Martyrologe
Le Martyrologe romain, dans son édition typique de 2004, commémore au 26 septembre saint Gédéon, de la tribu de Manassé[117]. L'inscription d'un juge de l'Ancien Testament au calendrier des saints dit tout du regard catholique : Gédéon n'est pas un héros national d'un passé révolu, c'est un saint, un ami de Dieu proposé à la vénération, au même titre que les patriarches et les prophètes que le Martyrologe commémore aux mêmes pages[118]. Le 26 septembre rassemble ainsi, autour de Côme et Damien, la mémoire du libérateur de Madian : la communion des saints ignore les millénaires[119].
La toison dans la prière de l'Église
La figure de la toison a nourri la prédication mariale bien au-delà des traités : catéchismes, vitraux, antiennes et cantiques y puisent l'image de la rosée qui descend sans bruit[120]. Quand l'Avent chante la venue du Sauveur comme une rosée sur la terre, c'est la même eau du ciel que Gédéon a vue perler sur sa toison, et les fidèles qui l'entendent reçoivent sans le savoir l'héritage du juge d'Ofra[121]. La liturgie ne cite pas Gédéon à chaque office, mais elle vit de sa toison chaque fois qu'elle contemple en Marie la terre intacte où Dieu s'est posé[122].
Le débat historico-critique : ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
Ce qu'une partie de l'exégèse contemporaine propose
Depuis l'étude fondatrice de Martin Noth sur l'histoire dite deutéronomiste, une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire le livre des Juges comme une oeuvre unifiée rédigée à l'époque de l'Exil, au VIe siècle av. J.-C., à partir de traditions héroïques anciennes mises au service d'une théologie de la faute et du châtiment[123]. Dans ce cadre, le cycle de Gédéon serait le plus développé de ces récits recomposés : on y distingue couramment deux campagnes primitivement distinctes, la victoire éclair de la nuit des cruches contre Madian et la poursuite orientale contre Zéba et Salmounna, soudées par un rédacteur tardif[124]. Les chiffres, les chameaux innombrables, l'or et les croissants de lune des bêtes sont parfois allégués comme des couleurs d'une époque plus récente que les faits racontés[125].
Ces hypothèses sont exposées ici loyalement : elles soulèvent de vraies questions de composition littéraire, et le catholique n'a pas à les ignorer. Mais elles appellent un examen critique aussi rigoureux que celui qu'elles appliquent au texte[126].
Les fragilités de ces reconstructions
Première fragilité : aucun manuscrit des sources supposées ni des rédactions successives n'existe. Les frontières entre traditions, leurs dates respectives et le profil de leurs rédacteurs varient selon les écoles, parfois du tout au tout : ce qui est donné comme résultat repose sur des reconstructions hypothétiques, non sur des documents[127]. Seconde fragilité : la circularité des datations. Les morceaux sont découpés selon des critères de style, datés selon des présupposés sur l'évolution religieuse d'Israël, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne sur lui-même[128].
Troisième fragilité, la plus décisive : le présupposé anti-surnaturel. Quand toute intervention divine, toute théophanie, tout songe accompli classe d'office un récit parmi les légendes tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée : on a décidé d'avance que Dieu n'agit pas dans l'histoire, puis on date après l'Exil tout texte où il agit[129]. Quatrième fragilité : l'argument du silence. L'absence de trace archéologique d'Ofra d'Abiézer ou d'Ein-Harod au XIIe siècle ne prouve pas l'inexistence du récit, car l'archéologie du bronze récent levantin repose sur des indices incomplets, et l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence[130]. Enfin, la distinction des deux campagnes en deux sources oublie que le texte lui-même les articule : la poursuite au-delà du Jourdain est la suite militaire normale d'une déroute, non la couture de deux légendes[131].
Ce que tient le magistère
L'Église n'a jamais demandé aux fidèles de choisir entre la science et la foi, mais elle a fixé le cadre : Léon XIII (Providentissimus Deus, 1893) a défini l'inerrance de l'Écriture, Pie XII (Divino Afflante Spiritu, 1943) a ouvert l'étude des genres littéraires sans dissoudre l'histoire, et le concile Vatican II (Dei Verbum, 1965) a rappelé que les livres de l'Ancien Testament gardent une valeur impérissable et préparent l'Évangile[132]. Benoît XVI (Verbum Domini, 2010) a mis en garde contre une lecture qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes[133].
Appliqué à Gédéon, ce cadre donne une position nette : on peut discuter des procédés littéraires du récit, de ses genres et de ses accents rédactionnels, mais on ne peut pas traiter comme une fiction pieuse un homme que le Nouveau Testament range parmi les témoins de la foi et que la liturgie vénère comme un saint[134]. La chaîne des témoins, Talmud, Septante, Josèphe, Nouveau Testament, Pères, Martyrologe, jointe aux indices internes du texte, rend la lecture traditionnelle non seulement permise, mais défendable avec des raisons : c'est tout ce que demande une encyclopédie catholique, et c'est beaucoup[135].
Pour aller plus loin
- Le livre des Juges : le plan du livre, les douze juges, le cycle du péché et du pardon.
- Abraham (vers 2000-1825 av. J.-C.) : le père des croyants, dont Gédéon descend par Qetoura.
- Moïse : le libérateur de l'Exode, modèle de tout appel, dont Gédéon reçoit le même viatique.
- Samson : l'autre grand juge à la force paradoxale, lui aussi retenu parmi les témoins de la foi.
- La Bible : l'inspiration et l'autorité de l'Écriture.
- L'Ancien Testament : la place du cycle des Juges dans l'ensemble de la Première Alliance.
- Les quatre dogmes mariaux : la virginité perpétuelle dont la toison de Gédéon est une figure traditionnelle.
Notes et références
The Catholic Encyclopedia, vol. VI, Robert Appleton Company, New York, 1909, article Gedeon : le cycle occupe Juges 6 à 8. Sur la place du livre des Juges comme septième livre entre Josué et Samuel, cf. l'article Juges du même ouvrage, vol. VIII, 1910. Textes vérifiés sur : https://www.newadvent.org/cathen/06424a.htm et https://www.newadvent.org/cathen/08547a.htm
1The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910, article Judges : formule de l'encyclopédie elle-même, When Israel leaves Jahweh, Jahweh leaves Israel, at least for the while, donnée avec renvoi à saint Augustin, Cité de Dieu, XVI, 43 (cité en référence, non comme citation verbatim d'Augustin).
2The Catholic Encyclopedia, vol. VI, 1909, article Gedeon : Gédéon reçoit le développement le plus ample parmi les juges avec trois chapitres, aux côtés de Samson ; texte vérifié sur https://www.newadvent.org/cathen/06424a.htm
3The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910, article Judges : sur le sens du mot shophetim, juges-libérateurs et non magistrats de tribunal ; texte vérifié sur https://www.newadvent.org/cathen/08547a.htm
4Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 1 à 8, 32 : bornes du cycle de Gédéon, vérifiées sur https://www.aelf.org/bible/Jg/6, https://www.aelf.org/bible/Jg/7 et https://www.aelf.org/bible/Jg/8
5Débora et Baraq (Jg 4 à 5), Jephté (Jg 11 à 12), Samson (Jg 13 à 16) : comparaison interne au texte biblique lui-même.
6Livre des Juges 9 : règne d'Abimélek à Sichem après le meurtre de ses frères ; contrepoint du refus de la royauté en Jg 8, 23.
7Nom discuté, rattaché à l'idée de briser ou trancher ; cf. The Catholic Encyclopedia, article Gedeon, et les lexiques de l'hébreu biblique sur la racine du nom propre Gidhôn.
8Bible, traduction liturgique (AELF), Livre des Juges 6, 32 : « on donna à Gédéon le nom de Yeroubbaal, c'est-à-dire : Que Baal s'en prenne à lui ».
9Bible, traduction liturgique (AELF), Livre des Juges 8, 31 : la concubine de Sichem enfante Abimélek, « mon père est roi ».
10Bible, traduction liturgique (AELF), Livre d'Isaïe 9, 3 : « le joug qui pesait sur lui, tu l'as brisé comme au jour de Madiane ».
11Premier livre de Samuel 12, 9-11 et Psaume 83, 10-12 : citations sans explication, supposant le récit connu.
12Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 1.
13 79Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 3-5.
14Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 6.
15Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 8-10.
16Le prophète anonyme de Jg 6, 8-10 applique la pédagogie du Deutéronome : rappeler les bienfaits avant de dénoncer l'ingratitude ; cf. le cycle des Juges en Jg 2, 11-19.
17Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 11.
18Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 12.
19Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 13.
20Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 14.
21Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 15.
22 95Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 16.
23Même viatique adressé à Moïse en Ex 3, 12 (« Je suis avec toi ») ; cf. 1 Co 1, 27-29 sur le choix divin des petits.
24Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 19-21.
25Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 23.
26Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 24.
27La notation « jusqu'à ce jour » en Jg 6, 24 suppose des lecteurs capables de vérifier le sanctuaire d'Ofra.
28Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 25-26.
29Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 27.
30 98Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 31.
31Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 32.
32Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 34 : « l'Esprit du Seigneur revêtit Gédéon ».
33Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 36-40.
34Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 38.
35Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 37.
36Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 6, 39.
37Distinction entre le signe demandé pour obéir (Jg 6) et le signe exigé pour se soustraire (Mt 12, 38-39) ; cf. la section théologique ci-dessous.
38Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 1.
39Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 2.
40 96 99Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 3.
41Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 5-7.
42Livre du Deutéronome 20, 8 : dispense du combat pour l'homme qui a peur, afin qu'il ne communique pas sa crainte.
43Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 7.
44Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 10.
45 55Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 9-11.
46Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 13-14.
47Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 15.
48Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 16-20.
49 97Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 22.
50 104Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 7, 23-25.
51Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 4-5.
52Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 6-9.
53Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 10-12.
54Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 16-17.
56Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 18-19.
57Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 20-21.
58Le récit rapporte la vengeance du sang selon le droit du temps sans l'ériger en norme ; la pointe théologique du chapitre reste le refus de la royauté en Jg 8, 23.
59Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 22.
60Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 23.
61 113Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 26-31.
62Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 27.
63L'éphod d'Ofra devient une occasion de culte illégitime ; le livre montre le héros faillible, contre toute lecture apologétique facile.
64Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 28.
65 80Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 32.
66Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Livre des Juges 8, 33-35.
67Livre des Juges 9 : Abimélek, fils de la concubine de Sichem, massacre ses soixante-dix frères ; cf. l'article sur le livre des Juges.
68Talmud de Babylone, traité Baba Batra 14b : « Samuel a écrit son livre, le livre des Juges et le livre de Ruth » ; texte vérifié sur https://www.sefaria.org/Bava_Batra.14b
69The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910, article Judges, section Sources : il n'existe pas d'auteur plus probable que Samuel, rédaction dans les premières années de la royauté ; texte vérifié sur https://www.newadvent.org/cathen/08547a.htm
70Pie XII, Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : étude des genres littéraires et des sources, sans dissoudre l'histoire.
71Datation traditionnelle dans la seconde moitié de l'époque des Juges, entre Débora et Jephté ; cf. la chronologie interne Jg 6, 1 et 8, 28.
72Lieux secondaires du cycle (Ein-Harod, Beth-Bara, Souccoth, Penouël, Qarqor, Nobah, Yogboha) : densité toponymique interne au texte de Jg 6 à 8.
73Chiffres précis et parfois gênants du cycle (22 000, 300, 120 000, 1 700) : marque d'une chronique qui rapporte, non d'une épopée qui arrange.
74The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910, article Judges, section Historicity : l'auteur montre tous les signes de la sincérité et accable Israël au point qu'on ne peut l'accuser de flatter l'orgueil national ; texte vérifié sur https://www.newadvent.org/cathen/08547a.htm
75Premier livre des Rois 6, 1 : quatre cent quatre-vingts ans entre la sortie d'Égypte et la construction du Temple.
76 82Actes des Apôtres 13, 20 : environ quatre cent cinquante ans pour l'époque des Juges jusqu'à Samuel, dans le discours de Paul à Antioche de Pisidie.
77 81Livre des Juges 6, 1 (sept ans) et 8, 28 (quarante ans) : durées internes au cycle de Gédéon.
78Seder Olam Rabba et chronologistes chrétiens : computations classiques plaçant le cycle dans la seconde moitié du XIIe siècle av. J.-C.
83L'Église reçoit ces dates comme le cadre naturel du récit sans les définir dogmatiquement ; cf. Dei Verbum ci-dessous.
84Le livre des Juges figure dans la Septante d'Alexandrie (IIIe siècle av. J.-C.), où le juge est nommé Gedeôn.
85La présence du cycle en grec dès le IIIe siècle av. J.-C. exclut une composition à l'époque maccabéenne ou plus tardive.
86Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre V, chapitre 6 : oppression de sept ans, délivrance par Gédéon, gouvernement de quarante ans ; texte vérifié sur https://www.perseus.tufts.edu (Perseus, Tufts University).
87Josèphe écrit à Rome pour un public cultivé païen : il ne mettrait pas au centre de son apologie un ancêtre tenu pour fictif par ses propres sources.
88Premier livre de Samuel 12, 9-11 : Samuel cite Yeroubbaal parmi les sauveurs envoyés après Moïse et Aaron.
89Épître aux Hébreux 11, 32 : Gédéon nommé en tête des juges témoins de la foi.
90L'auteur inspiré range des personnes réelles parmi les modèles de la foi ; même logique du Christ sur Jonas en Mt 12, 40.
91Saint Augustin, Cité de Dieu, XVI, 43 (cité en référence, non comme citation verbatim) ; formule reprise par The Catholic Encyclopedia, article Judges.
92Saint Antoine de Padoue (1195-1231) range la toison de Gédéon (Jg 6, 37-38) parmi les figures scripturaires de la virginité perpétuelle de Marie, avec le buisson ardent (Ex 3, 2) et la porte fermée d'Ézéchiel (Ez 44, 2) ; cf. Christian History Institute, Christian History n° 83.
93 107Une figure typologique suppose un récit reçu comme vrai par ceux qui la proposent.
94 109Première épître aux Corinthiens 1, 27-29 et Deuxième aux Corinthiens 12, 9 : Dieu choisit les petits, la force s'accomplit dans la faiblesse.
100Gédéon demande le signe après l'ordre reçu (Jg 6, 36), avec crainte et respect (Jg 6, 39) : vérification obéissante, non marchandage.
101Évangile selon saint Matthieu 12, 38-39 : le signe refusé à la génération qui exige au lieu d'obéir.
102Trois cents contre environ cent trente-cinq mille (Jg 7, 7 et 8, 10) : rapport de un à quatre cent cinquante, le plus extrême de l'histoire militaire biblique.
103Évangile selon saint Luc 12, 32 : le petit troupeau à qui le Père se plaît à donner le Royaume.
105Lecture traditionnelle : comme la rosée descend sur la toison sans troubler le sol alentour, le Verbe est descendu dans le sein de la Vierge sans atteinte à sa virginité.
106La typologie mariale de la toison relève de la lecture traditionnelle constante, non d'une définition dogmatique ; cf. les degrés d'autorité de la ligne Ignis.
108Bible, traduction liturgique officielle (AELF), Épître aux Hébreux 11, 32-33.
110Épître aux Hébreux 11, 33-34 : par leur foi, ils ont conquis des royaumes, pratiqué la justice, retrouvé leurs forces, montré du courage à la guerre.
111La sainteté de l'oeuvre dépend de la grâce, non de la perfection de l'ouvrier ; cf. le chapitre 8 et l'éphod d'Ofra.
112Le refus de Jg 8, 23 ouvre l'attente du Roi selon le coeur de Dieu, comblée en Jésus, Roi dont le royaume n'est pas de ce monde (Jn 18, 36).
114Victoire nocturne sans épée, par la lumière : esquisse lointaine de la Pâque, proposée comme lecture, non comme citation du Nouveau Testament.
115Un sauveur imparfait qui laisse un piège appelle un Sauveur parfait ; logique de l'attente vétérotestamentaire.
116Martyrologium Romanum, édition typique de 2004, au 26 septembre : commémoration de saint Gédéon, de la tribu de Manassé ; cf. la traduction anglaise du Boston Catholic Journal.
117L'inscription au Martyrologe vaut reconnaissance de sainteté et d'historicité reçue par l'Église.
118Le 26 septembre joint la mémoire de Gédéon à celle des saints Côme et Damien.
119La toison nourrit la prédication mariale, les vitraux et les cantiques ; image constante de l'art sacré occidental.
120L'Avent chante la venue du Sauveur comme une rosée (Is 45, 8), même eau du ciel que celle de la toison de Gédéon.
121Marie contemplée comme la terre intacte où Dieu s'est posé : prolongement liturgique de la figure de la toison.
122Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, Max Niemeyer Verlag, Halle, 1943 : thèse de l'histoire deutéronomiste, oeuvre unifiée datée de l'Exil (VIe siècle av. J.-C.).
123Hypothèse courante : la victoire de la nuit des cruches (Jg 7) et la poursuite orientale contre Zéba et Salmounna (Jg 8) seraient deux traditions primitivement distinctes.
124Chameaux innombrables, or, croissants de lune : détails parfois allégués comme des couleurs d'époque récente.
125Les hypothèses de composition sont exposées loyalement, puis examinées avec la même rigueur qu'elles appliquent au texte.
126Aucun manuscrit des sources supposées ni des rédactions successives n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles.
127Les morceaux découpés selon des critères stylistiques sont datés selon des présupposés d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.
128Quand toute intervention divine classe d'office un récit parmi les légendes tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée.
129L'absence de trace archéologique d'Ofra ou d'Ein-Harod au XIIe siècle ne prouve pas l'inexistence du récit : l'archéologie du Levant repose sur des indices incomplets.
130La poursuite au-delà du Jourdain (Jg 8) est la suite militaire normale d'une déroute (Jg 7), non la couture visible de deux légendes.
131Léon XIII, Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 ; Pie XII, Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 ; concile Vatican II, Dei Verbum, 18 novembre 1965.
132Benoît XVI, Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une lecture qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.
133Gédéon rangé parmi les témoins de la foi (He 11, 32) et vénéré comme saint (Martyrologe, 26 septembre) : la fiction pieuse est exclue par ces deux témoins.
134Chaîne des témoins (Talmud, Septante, Josèphe, Nouveau Testament, Pères, Martyrologe) et indices internes : la lecture traditionnelle reste défendable avec des raisons.
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