Les anges traversent toute la Bible, de la Genèse à l'Apocalypse : ils ferment le paradis après la chute, accompagnent les patriarches, portent la Loi sur le Sinaï, annoncent la naissance du Christ, veillent au tombeau vide et combattent le dragon dans la vision finale. Loin d'être un décor merveilleux, ils sont des personnes créées, purement spirituelles, que Dieu envoie exécuter son dessein : adorer, annoncer, protéger, combattre.
L'Église reçoit ce témoignage comme Écriture Sainte, Parole de Dieu consignée par écrit sous l'inspiration de l'Esprit Saint[1]. Elle y reconnaît une vérité de foi : « L'existence des êtres spirituels, non corporels, que l'Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi »[2]. Cet article présente ce que les livres saints disent des anges, comment la Tradition les a reçus, quelle place la liturgie leur donne, et pourquoi les datations et lectures traditionnelles restent défendables face aux reconstructions de l'exégèse moderne.
Qui sont les anges selon la Bible
Le mot ange dans les langues bibliques
Le mot français ange vient du latin angelus, lui-même translittération du grec angelos, qui signifie simplement envoyé, messager. Dans l'Ancien Testament, l'hébreu mal'akh a exactement le même sens premier : un mal'akh peut être un messager humain (un envoyé du roi) ou un messager céleste, et seul le contexte indique lequel[3]. La Septante, traduction grecque réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle av. J.-C., rend systématiquement mal'akh céleste par angelos : c'est ce vocabulaire que reprend le Nouveau Testament[4].
Cette remarque de langue éclaire toute la doctrine : comme le note saint Augustin, repris mot pour mot par le Catéchisme :
« Ange désigne la fonction, non la nature. Si tu cherches le nom de cette nature, c'est esprit ; si tu cherches sa fonction, c'est ange. » — Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 103, cité au CEC 328[5]
Autrement dit, ange dit ce qu'ils font (être envoyés), esprit dit ce qu'ils sont (des créatures sans corps). La Bible ne spécule jamais sur leur physique : elle les montre à l'œuvre.
L'Ange du Seigneur, une figure à part
Dans plusieurs récits fondateurs, l'Ancien Testament parle de l'Ange du Seigneur (l'Ange de Yahvé) d'une manière qui dépasse le simple messager : il parle à la première personne comme Dieu lui-même, et ceux qui le rencontrent disent avoir vu Dieu[6]. Agar, chassée au désert, nomme le Seigneur qui lui a parlé « le Dieu qui me voit » (Gn 16, 13)[7]. Moïse, devant le buisson ardent, voit « l'ange du Seigneur » dans la flamme, puis c'est Dieu qui l'appelle « du milieu du buisson » (Ex 3, 2-4)[8]. Manoach, père de Samson, s'écrie après la visite : « Nous allons mourir, car nous avons vu Dieu » (Jg 13, 22)[9]. Jacob, après sa lutte nocturne au gué du Yabboq, nomme le lieu Pénouel, « face de Dieu », en disant : « J'ai vu Dieu face à face, et j'ai eu la vie sauve » (Gn 32, 31)[10].
La lecture reçue dans l'Église, constante chez les Pères, voit dans ces scènes des théophanies : Dieu se rend présent et parle par son Ange, sans que l'essence divine soit vue (nul ne peut voir Dieu et vivre, Ex 33, 20)[11]. Plusieurs Pères, dont saint Justin (vers 100-165) dans son Dialogue avec Tryphon, y reconnaissent en outre une manifestation du Verbe avant l'Incarnation, le Christ se préparant de loin[12]. Le Nouveau Testament confirme la continuité : Étienne, dans son discours devant le Sanhédrin, rappelle que c'est un ange qui parlait à Moïse « sur le mont Sinaï » (Ac 7, 30.38)[13].
Où la Bible parle des anges : panorama du canon
Les anges ne sont pas concentrés dans un seul livre : ils apparaissent dans presque tous les genres littéraires de l'Écriture, récits historiques, lois, psaumes, sagesse, prophéties et apocalypses. Ce tableau donne les points d'ancrage principaux, livre par livre[14].
| Section du canon | Livres et passages clés | Ce que les anges y font |
|---|---|---|
| Pentateuque | Gn 3 ; Gn 16 ; Gn 19 ; Gn 22 ; Gn 28 ; Gn 32 ; Ex 3 ; Ex 14 ; Ex 23 ; Nb 22 ; Dt 33 | Garder Éden, avertir, détruire Sodome, retenir Abraham, échelle de Jacob, lutte de Pénouel, buisson ardent, marche devant Israël, ânesse de Balaam |
| Livres historiques | Jos 5 ; Jg 6 ; Jg 13 ; 2 S 24 ; 1 R 19 ; 2 R 6 ; 2 R 19 ; 1 Ch 21 | Chef de l'armée du Seigneur, appels de Gédéon et Samson, peste de David, pain d'Élie, chars de feu de Dothan, nuit de Sennachérib |
| Psaumes et sagesse | Ps 8 ; Ps 34 ; Ps 91 ; Ps 103 ; Ps 148 ; Jb 1-2 ; Jb 38 | Armée du ciel en adoration, garde des justes, cour céleste, fils de Dieu devant le trône, question posée à Job |
| Prophètes | Is 6 ; Ez 1 ; Ez 9-10 ; Dn 7-12 ; Za 1-6 ; Ml 3 | Séraphins du Temple, char des chérubins, visions de Daniel, anges interprètes de Zacharie, ange de l'alliance |
| Deutérocanoniques | Tb 3-12 ; 2 M 3 ; 2 M 11 ; 2 M 15 | Raphaël guide et guérit, cavalier du Temple contre Héliodore, apparitions célestes, prière des saints |
| Évangiles et Ascension | Mt 1-2 ; Mt 4 ; Mt 26 ; Mt 28 ; Mc 16 ; Lc 1-2 ; Lc 22 ; Jn 1 ; Jn 20 ; Ac 1 | Annonces à Joseph, Marie, Zacharie et bergers, service au désert, agonie, tombeau vide, échelle du Fils de l'homme, promesse du retour |
| Actes des Apôtres | Ac 5 ; Ac 8 ; Ac 10 ; Ac 12 ; Ac 27 | Libérations de prison, détour de Philippe, Corneille, Pierre délivré, naufrage de Paul |
| Épîtres | Rm 8 ; 1 Co 6 ; Ga 1 ; Ga 3 ; Ep 1 ; Col 1-2 ; 1 Th 4 ; 1 Tm 5 ; He 1-2 ; 1 P 1 ; 2 P 2 ; Jude | Loi promulguée par anges, hiérarchies célestes, Christ supérieur, anges élus, anges déchus, mise en garde contre le culte des anges |
| Apocalypse | Ap 1-3 ; Ap 5 ; Ap 7-11 ; Ap 12 ; Ap 14 ; Ap 19 ; Ap 21-22 | Anges des sept Églises, liturgie des myriades, trompettes et coupes, combat de Michel, refus d'être adoré |
Pour l'histoire de la formation de ce canon en 73 livres, voir Comment la Bible a-t-elle été formée ?, Le canon de l'Ancien Testament et Le canon du Nouveau Testament. Sur les traductions anciennes qui portent ce vocabulaire, voir La Septante et La Vulgate ; sur les témoins manuscrits, Les manuscrits de la Bible et Les manuscrits de Qumrân.
Dans le Pentateuque et les livres historiques
La Tradition attribue le Pentateuque à Moïse, qui l'a écrit sous l'inspiration divine : c'est ce qu'affirment le texte lui-même (Ex 17, 14 ; Ex 24, 4 ; Dt 31, 9), les autres livres saints (Jos 1, 7-8 ; Ml 3, 22), le Nouveau Testament (Jn 5, 46-47, où le Christ dit : « Moïse a écrit de moi ») et la lecture constante de la synagogue puis de l'Église[15]. Dès ces premiers livres, les anges sont mêlés aux commencements : après la chute, Dieu « poste les chérubins à l'orient du jardin d'Éden, avec la flamme du glaive fulgurant, pour garder le chemin de l'arbre de vie » (Gn 3, 24)[16]. Le motif est capital : les chérubins ne sont pas un emprunt tardif, ils gardent le seuil du paradis dès la troisième page de la Bible.
L'Exode leur donne un rôle national : « Voici que j'envoie un ange devant toi pour te garder en chemin et te faire parvenir au lieu que je t'ai préparé. Respecte sa présence, écoute sa voix » (Ex 23, 20-21)[17]. Au Sinaï, la Loi elle-même est donnée dans un cortège angélique : Moïse chante que le Seigneur est venu « avec des myriades de saints » (Dt 33, 2), et le Nouveau Testament le confirme trois fois : la Loi a été « promulguée par des anges » (Ac 7, 53 ; Ga 3, 19 ; He 2, 2)[18]. L'époque des Juges et des Rois multiplie les interventions datées et circonstanciées : l'ange qui appelle Gédéon sous le térébinthe d'Ofra (Jg 6, 11-24)[19], celui qui monte dans la flamme de l'autel de Manoach (Jg 13, 20)[20], le pain cuit sur la braise qui porte Élie quarante jours jusqu'à l'Horeb (1 R 19, 5-8)[21], les chevaux et chars de feu qui entourent Élisée à Dothan, et la nuit où l'ange du Seigneur frappe 185 000 hommes dans le camp de Sennachérib devant Jérusalem (2 R 19, 35 ; Is 37, 36)[22].
« Ne crains pas, car ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. » Puis Élisée pria : « Seigneur, ouvre ses yeux, qu'il voie ! » Le Seigneur ouvrit les yeux du serviteur, et il vit la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d'Élisée. — Deuxième livre des Rois, 6, 16-17[23]
Dans les Psaumes et les livres sapientiaux
Les Psaumes chantent les anges comme l'armée du ciel prosternée devant Dieu : « Bénissez le Seigneur, vous ses anges, vaillants héros, artisans de sa parole » (Ps 103, 20)[24], et : « Louez-le, tous ses anges » (Ps 148, 2)[25]. Le Psaume 91, grande prière de protection d'Israël, promet : « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres » (Ps 91, 11-12)[26]. Le Psaume 34 affirme : « L'ange du Seigneur campe autour de ceux qui le craignent, et il les délivre » (Ps 34, 8)[27]. Le Psaume 8 s'émerveille que l'homme soit fait « à peine moindre qu'un être divin » (Ps 8, 6), verset que l'épître aux Hébreux applique au Christ « abaissé un peu au-dessous des anges » par son Incarnation (He 2, 7.9)[28].
Le livre de Job ouvre le rideau du ciel : les « fils de Dieu » se présentent devant le Seigneur (Jb 1, 6 ; Jb 2, 1)[29]. Et Dieu interroge Job : « Où étais-tu quand je fondais la terre ? Tandis que les étoiles du matin chantaient en chœur et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ? » (Jb 38, 4.7)[30]. Les Pères y lisent une preuve que les anges préexistent à l'homme et assistent à la Création en adorant[31].
Dans les prophètes et le livre de Daniel
Isaïe contemple les séraphins (« brûlants ») qui se tiennent au-dessus du trône : « Chacun avait six ailes : deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre : Saint, saint, saint, le Seigneur de l'univers ! » (Is 6, 2-3)[32]. C'est ce Trisagion que la liturgie chrétienne chante à chaque messe dans le Sanctus[33]. Ézéchiel décrit les chérubins du char divin, roues dans les roues, faces d'homme, de lion, de taureau et d'aigle (Ez 1 ; Ez 10)[34]. Zacharie montre des anges qui patrouillent la terre et interprètent les visions au prophète (Za 1, 8-17 ; Za 6, 1-8)[35], et Malachie annonce « l'ange de l'alliance » qui viendra en son Temple (Ml 3, 1), lu par la Tradition comme le Christ lui-même[36].
Le livre de Daniel, reçu par la Tradition comme l'œuvre du prophète Daniel déporté à Babylone au VIe siècle av. J.-C., est le livre de l'Ancien Testament où les anges portent un nom et une mission datée[37]. Gabriel y explique à Daniel la prophétie des soixante-dix semaines (Dn 9, 21-27), rapportée par la lecture chrétienne à la venue du Messie[38]. Michel y paraît comme « l'un des princes éminents » (Dn 10, 13) puis comme « le grand prince qui se tient auprès des fils de ton peuple » au temps de la fin (Dn 12, 1)[39]. L'ange ferme la gueule des lions (Dn 6, 23) et garde les trois jeunes gens dans la fournaise, où Nabuchodonosor voit un quatrième personnage « semblable à un fils des dieux » (Dn 3, 92)[40]. Le débat moderne sur la datation de Daniel est traité en fin d'article.
Dans les livres deutérocanoniques
Les sept livres que l'Église catholique reçoit dans son canon et que la Réforme a écartés au XVIe siècle apportent des pages décisives sur les anges (voir Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?)[41]. Le livre de Tobie est le plus lumineux : le jeune Tobie, parti recouvrer une dette, est accompagné sans le savoir par l'ange Raphaël déguisé en guide, qui le protège, lui fait épouser Sara délivrée du démon Asmodée, et rend la vue au vieux Tobit avec le fiel du poisson (Tb 3-12)[42]. Au moment de se révéler, Raphaël déclare : « Je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent devant la gloire du Seigneur et pénètrent en sa présence » (Tb 12, 15)[43]. Le deuxième livre des Maccabées montre un cavalier céleste chassant Héliodore du trésor du Temple (2 M 3, 25-27)[44] et rapporte les visions de Judas Maccabée, où le grand prêtre Onias et le prophète Jérémie prient pour le peuple et lui remettent une épée d'or, « don de Dieu » (2 M 15, 11-16)[45]. Ces textes fondent la doctrine de l'intercession des saints et de la prière pour les défunts (2 M 12, 38-46)[46].
Dans les Évangiles et les Actes des Apôtres
Les Évangiles, dont la Tradition attribue la rédaction à Matthieu, Marc, Luc et Jean, témoins directs ou compagnons des témoins, placent les anges aux deux sommets du mystère du Christ : son entrée dans le monde et sa sortie du tombeau[47]. L'ange annonce à Zacharie la naissance du Précurseur (Lc 1, 11-20), puis à Marie l'Incarnation : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu » (Lc 1, 19), « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28)[48]. Il éclaire Joseph en songe, à trois reprises : prendre Marie, fuir en Égypte, revenir d'exil (Mt 1, 20 ; Mt 2, 13.19)[49]. À Bethléem, « une troupe nombreuse de l'armée céleste » chante devant les bergers : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime » (Lc 2, 13-14)[50].
« L'ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière. L'ange leur dit : Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » — Évangile selon saint Luc, 2, 9-11[51]
Les anges servent le Christ au désert après la tentation (Mt 4, 11)[52], l'un d'eux le fortifie à Gethsémani (Lc 22, 43)[53], et il déclare à Pierre qu'il pourrait obtenir du Père « plus de douze légions d'anges » (Mt 26, 53)[54]. Au matin de Pâques, l'ange roule la pierre et annonce aux femmes : « Il n'est pas ici, il est ressuscité » (Mt 28, 2-7 ; Mc 16, 5-7 ; Lc 24, 4-7 ; Jn 20, 11-13)[55]. À l'Ascension, deux hommes en vêtements blancs promettent le retour glorieux (Ac 1, 10-11)[56].
Les Actes montrent la même assistance auprès de l'Église naissante : l'ange ouvre les portes de la prison aux apôtres (Ac 5, 19)[57], détourne Philippe vers le char de l'eunuque éthiopien (Ac 8, 26)[58], envoie Pierre chez le centurion Corneille (Ac 10, 3-7)[59], délivre Pierre de la prison d'Hérode Agrippa, chaînes tombées et porte de fer ouverte d'elle-même (Ac 12, 6-11)[60], et rassure Paul dans la tempête : « Sois sans crainte, Paul, il faut que tu comparaisses devant César » (Ac 27, 23-24)[61].
Dans les épîtres et l'Apocalypse
Les épîtres fixent la doctrine. La Loi a été promulguée « par des anges » (Ga 3, 19 ; He 2, 2)[62]. Saint Paul nomme les rangs du ciel : « Trônes, Seigneuries, Principautés, Souverainetés » créés en Christ et pour lui (Col 1, 16), exalté « au-dessus de toute Principauté, Souveraineté, Puissance et Seigneurie » (Ep 1, 21)[63]. Il met en garde contre le « culte des anges » qui détournerait du Christ (Col 2, 18)[64]. Le Seigneur lui-même descendra « à la voix de l'archange » (1 Th 4, 16)[65]. L'épître aux Hébreux, lue par la Tradition comme l'œuvre de l'entourage paulinien sinon de Paul lui-même, consacre ses deux premiers chapitres à démontrer que le Christ est « supérieur aux anges » (He 1, 4) : « Les anges ne sont-ils pas tous des esprits chargés d'une fonction, envoyés pour le service de ceux qui doivent avoir en héritage le salut ? » (He 1, 14)[66]. Et saint Pierre note que les anges eux-mêmes « désirent se pencher » sur le mystère de l'Évangile annoncé aux hommes (1 P 1, 12)[67]. Jude et Pierre rappellent le sort des anges qui ont péché, « réservés pour le jugement » (2 P 2, 4 ; Jude 6)[68], et Jude rapporte que l'archange Michel lui-même, disputant au diable le corps de Moïse, « n'osa pas porter contre lui un jugement insultant » mais dit : « Que le Seigneur te réprime ! » (Jude 9)[69].
L'Apocalypse, reçue par la Tradition comme l'œuvre de l'apôtre Jean exilé à Patmos sous Domitien (témoignage de saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, V, 30, 3, vers 180)[70], est le livre le plus peuplé d'anges du Nouveau Testament : lettres dictées aux « anges des sept Églises » (Ap 1-3)[71], liturgie des « myriades de myriades et milliers de milliers » autour du trône (Ap 5, 11)[72], sept anges aux sept trompettes (Ap 8, 2.6) et aux sept coupes (Ap 15-16)[73], grand combat où « Michel et ses anges » précipitent le dragon (Ap 12, 7-9)[74], et double refus d'adoration : Jean se prosterne, l'ange l'arrête : « Garde-toi de le faire ! Je suis un serviteur comme toi. C'est Dieu que tu dois adorer » (Ap 19, 10 ; Ap 22, 8-9)[75]. La Jérusalem céleste descend avec douze portes gardées par douze anges (Ap 21, 12)[76].
Les trois anges nommés et les chœurs célestes
Sur des centaines d'apparitions, l'Écriture ne révèle que trois noms d'anges : sobriété voulue, qui protège le peuple de Dieu de la curiosité divinatoire. L'Église n'admet aucun autre nom : donner aux anges des noms que l'Écriture ignore est réprouvé (voir plus bas)[77].
| Ange | Sens du nom | Livre et mission |
|---|---|---|
| Michel (« Qui est comme Dieu ? ») | Cri de guerre contre l'orgueil | Dn 10, 13.21 ; Dn 12, 1 ; Jude 9 ; Ap 12, 7 : prince du peuple, chef du combat final |
| Gabriel (« Dieu s'est montré fort ») | Force de Dieu dans l'annonce | Dn 8, 16 ; Dn 9, 21 ; Lc 1, 19.26 : explique les visions, annonce Jean-Baptiste puis Jésus |
| Raphaël (« Dieu a guéri ») | Médecine de Dieu | Tb 3-12 : guide Tobie, délivre Sara, rend la vue à Tobit, puis se révèle |
Michel, Gabriel et Raphaël
Michel est le prince guerrier : il assiste Gabriel contre le « prince de Perse » (Dn 10, 13), se lèvera au temps de la détresse finale (Dn 12, 1), dispute au diable le corps de Moïse (Jude 9), et mène dans l'Apocalypse l'armée qui précipite le dragon (Ap 12, 7-9)[78]. Son nom même est une profession de foi : « Qui est comme Dieu ? » La liturgie le fête le 29 septembre avec Gabriel et Raphaël, et la prière composée par Léon XIII en 1886 l'invoque comme défenseur dans le combat[79].
Gabriel est le messager des grandes annonces : envoyé expliquer à Daniel la vision du bélier et du bouc (Dn 8, 15-26), puis la prophétie des soixante-dix semaines (Dn 9, 21-27), il reparaît six siècles plus tard dans l'Évangile : à Zacharie pour Jean-Baptiste (Lc 1, 11-20), à Marie pour Jésus (Lc 1, 26-38)[80]. « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu » (Lc 1, 19) : la formule dit sa proximité du trône et son rang.
Raphaël n'apparaît que dans le livre de Tobie, mais son discours d'adieu est le plus beau traité biblique de l'angélologie : présent à Dieu, envoyé guérir et accompagner, il révèle que les bonnes œuvres (aumône, prière, sépulture des morts) montent devant Dieu par les anges (Tb 12, 12-15)[81].
« Car j'ai été envoyé pour te guérir, toi et ta belle-fille Sara. Je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent devant la gloire du Seigneur et pénètrent en sa présence. [...] Bénissez Dieu, célébrez-le devant tous les vivants pour le bien qu'il vous a fait. » — Livre de Tobie, 12, 14-15.17[82]
Chérubins et séraphins
Outre les trois nommés, deux ordres sont décrits avec précision. Les chérubins gardent Éden (Gn 3, 24), sont sculptés en or sur le propitiatoire de l'arche, ailes déployées au-dessus du lieu de la présence (Ex 25, 18-22), puis sculptés et brodés dans le Temple de Salomon (1 R 6, 23-35 ; 2 Ch 3, 7-14)[83]. Le Seigneur « siège sur les chérubins » (Ps 80, 2 ; Ps 99, 1 ; Is 37, 16)[84]. Les séraphins n'apparaissent qu'en Isaïe 6, brûlants d'amour, se voilant la face devant la sainteté : leur triple Sanctus est passé dans la messe[85].
Les neuf chœurs de la tradition
En croisant les noms semés dans l'Écriture (Col 1, 16 ; Ep 1, 21 ; 1 Th 4, 16), le pape saint Grégoire le Grand (vers 540-604) fixe dans son homélie 34 sur les Évangiles la liste des neuf ordres reçue par toute la Tradition latine, que le Pseudo-Denys avait déjà rangés en trois hiérarchies dans sa Hiérarchie céleste (VI-VII) et que saint Thomas d'Aquin reprend dans la Somme théologique (Ia, q. 108)[86].
| Hiérarchie | Ordres | Nourriture scripturaire |
|---|---|---|
| Première (contemplation) | Séraphins, Chérubins, Trônes | Is 6 ; Gn 3, 24 ; Ex 25 ; Col 1, 16 |
| Deuxième (gouvernement) | Dominations, Vertus, Puissances | Ep 1, 21 ; Col 1, 16 ; 1 P 3, 22 |
| Troisième (exécution) | Principautés, Archanges, Anges | Dn 10, 13 ; 1 Th 4, 16 ; He 1, 14 |
« Il y a neuf ordres d'anges, comme l'attestent les paroles de la sainte Écriture : anges, archanges, vertus, puissances, principautés, dominations, trônes, chérubins et séraphins. » — Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, homélie 34[87]
Précision de vocabulaire : le mot archange (1 Th 4, 16 ; Jude 9) désigne dans l'Écriture un rang éminent, tandis que la fête du 29 septembre honore Michel, Gabriel et Raphaël comme les trois archanges nommés. La Tradition n'y voit aucune contradiction : le nom dit la mission auprès des hommes, le rang dit la proximité de Dieu[88].
Ce que l'Écriture enseigne : nature et mission des anges
Des créatures purement spirituelles
La Bible ne présente jamais les anges comme des dieux, des émanations ou des forces aveugles : ce sont des créatures personnelles, douées d'intelligence et de volonté, qui parlent, choisissent et adorent[89]. Ils sont purement spirituels : « Les anges ne sont-ils pas tous des esprits ? » (He 1, 14). Quand ils apparaissent sous forme humaine (Gn 18-19 ; Tb 5 ; Ac 12), c'est une forme empruntée pour la mission, comme l'enseigne saint Thomas : l'ange « assume un corps » pour se rendre visible, sans cesser d'être esprit[90]. Ils ne se marient pas (Mt 22, 30) et ne meurent pas : « ils sont semblables aux anges » dit le Christ des ressuscités (Lc 20, 36)[91].
Ils ont été créés : « En lui ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Souverainetés » (Col 1, 16)[92]. Le IVe concile du Latran (1215) définit que Dieu « a produit ensemble, dès le commencement du temps, de rien, l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle, c'est-à-dire l'angélique et la mondaine » (Firmiter, DS 800)[93]. Le Catéchisme en tire la conséquence : l'existence des anges est une vérité de foi (CEC 328)[94].
Une multitude innombrable au service du dessein de Dieu
L'Écriture insiste sur leur nombre : Daniel voit « mille milliers qui le servaient, et une myriade de myriades qui se tenaient devant lui » (Dn 7, 10)[95] ; l'Apocalypse compte « des myriades de myriades et des milliers de milliers » (Ap 5, 11)[96] ; Jésus parle de « plus de douze légions » à sa disposition (Mt 26, 53)[97]. Élisée les montre en armée de feu (2 R 6, 17). Cette insistance n'est pas du merveilleux gratuit : elle dit que le gouvernement divin ne manque jamais de ministres, et que le peuple de Dieu, même assiégé, n'est jamais seul[98].
Gardiens, messagers et ministres
Le tableau suivant rassemble les missions que l'Écriture attribue explicitement aux anges[99].
| Mission | Exemples bibliques |
|---|---|
| Adorer et servir devant le trône | Is 6 ; Ps 103, 20-21 ; Dn 7, 10 ; Ap 4-5 ; Tb 12, 15 (« je me tiens devant la gloire ») |
| Annoncer et expliquer | Dn 8-9 ; Lc 1-2 ; Mt 1-2 ; Mt 28 ; Ac 8 ; Ac 10 ; Za 1-6 |
| Garder et protéger | Gn 19 ; Ex 23 ; Ps 34, 8 ; Ps 91, 11-12 ; Dn 3 ; Dn 6 ; Tb 3-12 ; Ac 5 ; Ac 12 ; He 1, 14 |
| Châtier et exécuter les jugements | Gn 19 (Sodome) ; 2 S 24 (peste) ; 2 R 19, 35 (Sennachérib) ; Ac 12, 23 (Hérode) ; Ap 15-16 (coupes) |
| Présenter les prières à Dieu | Tb 12, 12 (« je présentais vos prières ») ; Ap 8, 3-4 (l'encens et les prières des saints) ; Za 1, 12 |
| Accompagner les nations | Dn 10, 13.20-21 (princes des nations) ; Dt 32, 8 (Septante : selon le nombre des anges de Dieu) ; Si 17, 14 |
La garde personnelle de chaque homme, fondée sur le Psaume 91 et la parole du Christ (« leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père », Mt 18, 10), fait l'objet d'un article dédié : Que dit l'Église sur les anges gardiens ? Les anges déchus et leur chef relèvent de Les anges et les démons dans la doctrine catholique et de Satan dans la Bible.
Le Christ, supérieur aux anges
Le Nouveau Testament est formel : les anges sont grands, le Christ est infiniment au-dessus. L'épître aux Hébreux démontre qu'il est « d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage surpasse le leur » (He 1, 4), car « auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils ? » (He 1, 5)[100]. « Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui » (He 1, 6)[101]. Et saint Paul : Dieu l'a ressuscité et « fait siéger à sa droite dans les cieux, au-dessus de toute Principauté, Souveraineté, Puissance et Seigneurie » (Ep 1, 20-21)[102]. Conséquence lumineuse : si le Christ s'est fait « un peu inférieur aux anges » (He 2, 9, citant Ps 8), c'est par abaissement volontaire pour notre salut, non par nature[103].
« Dieu, dans ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les mondes. Resplendissement de sa gloire, expression de son être, ce Fils qui porte l'univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage surpasse le leur. » — Épître aux Hébreux, 1, 2-4[104]
Les anges dans l'histoire sainte
D'Abraham à Patmos, les anges jalonnent les tournants du dessein de Dieu : cette chronologie suit leurs interventions datées, dans l'ordre de l'histoire sainte[105].
- Vers le XIXe siècle av. J.-C.Abraham : trois visiteurs à Mambré
- Vers le XIIIe siècle av. J.-C.Moïse : le buisson et la marche au désert
- Vers 1220 av. J.-C.Josué : le chef de l'armée du Seigneur
- Époque des JugesGédéon, Samson : appels et délivrances
- Vers 1000-900 av. J.-C.David, Élie, Élisée : peste, pain et feu
L'ange arrête son glaive au-dessus de l'aire d'Ornân après la peste (2 S 24, 16 ; 1 Ch 21, 15), nourrit Élie pour l'Horeb (1 R 19, 5-8), entoure Élisée de chars de feu à Dothan (2 R 6, 17)[110].
- 701 av. J.-C.Jérusalem délivrée de Sennachérib
L'ange du Seigneur frappe 185 000 Assyriens en une nuit et sauve la ville d'Ézéchias (2 R 19, 35 ; Is 37, 36)[111].
- VIe siècle av. J.-C.Exil à Babylone : Daniel et ses compagnons
- Vers 6 av. J.-C.Annonciations : Jean-Baptiste et Jésus
Gabriel annonce Zacharie au Temple (Lc 1, 11-20), puis Marie à Nazareth (Lc 1, 26-38) ; l'ange éclaire Joseph en songe (Mt 1, 20)[113].
- Vers 4 av. J.-C.Bethléem : la gloire aux bergers
L'ange annonce la Nativité, puis la multitude céleste chante le Gloria (Lc 2, 8-14) ; les anges guident la fuite en Égypte et le retour (Mt 2, 13.19)[114].
- Vers 30 apr. J.-C.Pâque du Christ : agonie, tombeau, Ascension
- Vers 35-64 apr. J.-C.Église naissante : prisons ouvertes et missions
Libérations des apôtres (Ac 5, 19) puis de Pierre (Ac 12, 6-11), détour de Philippe (Ac 8, 26), Corneille (Ac 10, 3-7), ange auprès de Paul dans la tempête (Ac 27, 23-24)[116].
- Vers 95 apr. J.-C.Patmos : l'Apocalypse de Jean
Sous Domitien selon le témoignage d'Irénée de Lyon, Jean reçoit la grande vision : anges des Églises, trompettes, coupes, combat de Michel, liturgie céleste (Ap 1-22)[117].
Comment l'Église a reçu ce témoignage
Les Pères et les docteurs
Les Pères ne discutent pas l'existence des anges : ils la contemplent et l'enseignent. Saint Augustin (354-430) consacre les livres XI et XII de La Cité de Dieu à leur création, à leur illumination par le Verbe et à la chute d'une partie d'entre eux par orgueil[118]. Dans son Commentaire littéral de la Genèse, il médite les théophanies des patriarches[119]. Saint Jean Chrysostome (vers 349-407) prêche contre les dévotions dévoyées aux anges qui détourneraient du Christ, en écho à Col 2, 18[120]. Saint Grégoire de Nazianze et saint Basile célèbrent leur garde : « Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie » (Contre Eunome, III, 1), formule reprise par le Catéchisme (CEC 336)[121].
En Occident, saint Grégoire le Grand fixe les neuf ordres (homélie 34)[122]. Le Pseudo-Denys (Ve-VIe siècle), dans sa Hiérarchie céleste, ordonne toute la doctrine en trois hiérarchies de trois ordres, modèle que saint Thomas d'Aquin reprend et discute dans la Somme théologique (Ia, q. 108), après avoir traité en quinze questions l'existence, la substance, le langage, les missions et la faute des anges (Ia, q. 50-64)[123]. Cette chaîne ininterrompue, des apôtres aux scolastiques, montre que la doctrine des anges n'est pas une pièce rapportée : elle appartient au dépôt reçu.
« Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie. » — Saint Basile de Césarée, Contre Eunome, III, 1, cité au CEC 336[124]
Le magistère : Latran IV, Vatican I, Catéchisme
L'Église a défini solennellement ce que l'Écriture enseigne. Le IVe concile du Latran (1215), contre les cathares qui faisaient du monde matériel l'œuvre d'un mauvais principe, définit dans sa constitution Firmiter que le seul vrai Dieu est « créateur de toutes les choses visibles et invisibles, spirituelles et corporelles » et qu'il a produit « ensemble, dès le commencement du temps, de rien, l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle, c'est-à-dire l'angélique et la mondaine » (DS 800)[125]. Le Ier concile du Vatican (1869-1870) reprend cette définition dans Dei Filius (DS 3002)[126]. Le concile Vatican II rappelle que les livres saints « ont Dieu pour auteur » et enseignent « fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu consigner dans les saintes Lettres en vue de notre salut » (Dei Verbum, § 11)[127], fondement de toute lecture catholique de la Bible (voir L'interprétation catholique de la Bible et Comment lire la Bible catholiquement ?).
Le Catéchisme de l'Église catholique (1992) rassemble la doctrine en huit paragraphes (CEC 328-336) : existence comme vérité de foi, nature spirituelle et personnelle, Christ centre du monde angélique, missions dans l'histoire du salut, garde de chaque vie humaine[128]. Il ajoute la dimension liturgique : l'Église « se joint aux anges pour adorer » et « fête la mémoire de certains anges » (CEC 350-351)[129].
La liturgie et la prière
L'Église prie avec les anges plus qu'elle ne parle d'eux. Chaque messe chante le Sanctus d'Isaïe 6 avec les séraphins, le Gloria de Bethléem avec l'armée céleste ; le Confiteor supplie « tous les Anges et les Saints »[130]. Le calendrier romain honore les saints Michel, Gabriel et Raphaël, archanges, le 29 septembre, et les saints anges gardiens le 2 octobre[131]. Le pape Léon XIII composa en 1886 la prière à saint Michel Archange prescrite après chaque messe basse (prières dites léonines), toujours récitée en de nombreux lieux[132]. La prière traditionnelle de l'Ange de Dieu (Angele Dei) confie chaque journée au gardien personnel, et le Directoire sur la piété populaire (2001) encadre ces dévotions en rappelant leurs formes légitimes et leurs dérives possibles (nº 213-217)[133].
« Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu lui fasse sentir son empire, nous vous en supplions. Et vous, Prince de la milice céleste, par la vertu divine, refoulez en enfer Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes. » — Prière à saint Michel Archange, composée par Léon XIII, 1886[134]
Adorer Dieu seul : la juste place des anges
La Bible ordonne d'honorer les anges et interdit de les adorer : les deux attitudes sont distinctes, et leur confusion est condamnée dès les origines. Saint Paul dénonce le « culte des anges » pratiqué à Colosses comme une pièce d'une fausse humilité qui « s'enfle d'un vain orgueil » et détache du Christ, la Tête (Col 2, 18-19)[135]. L'Apocalypse montre l'exemple : par deux fois Jean se prosterne devant l'ange, par deux fois l'ange l'arrête : « C'est Dieu que tu dois adorer » (Ap 19, 10 ; Ap 22, 8-9)[136].
L'Église primitive trancha vite. Le synode de Laodicée (fin du IVe siècle) condamne dans son canon 35 ceux qui délaissent l'Église pour invoquer les anges, y voyant une idolâtrie déguisée[137]. Le synode de Rome de 745, sous le pape Zacharie, face aux huit anges invoqués par l'hérétique Adalbert, n'admet que les trois noms reçus de l'Écriture, Michel, Gabriel et Raphaël[138]. Le capitulaire d'Aix-la-Chapelle (789) reprend l'interdit : que des noms d'anges inconnus « ne soient ni inventés ni proférés »[139]. Le Directoire sur la piété populaire (2001) maintient la règle : « Il faut aussi réprouver l'usage de donner aux Anges des noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël » (nº 217)[140].
La juste attitude tient en trois mots, ceux de Raphaël : « Bénissez Dieu » (Tb 12, 17). On vénère les anges comme frères aînés et protecteurs, on invoque leur aide comme on demande la prière des saints, mais on n'adore que Dieu[141]. C'est exactement la ligne que tiennent les articles Que dit l'Église sur les anges gardiens ? et Les anges et les démons dans la doctrine catholique.
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de relire les anges de la Bible comme le produit d'une évolution religieuse tardive, voire comme des figures mythologiques à « démythologiser ». Ces hypothèses méritent examen loyal, puis réponse : elles reposent souvent sur des reconstructions fragiles, des datations circulaires et un présupposé anti-surnaturel qui fausse le jugement dès le départ[142].
L'hypothèse de l'emprunt perse
La thèse la plus répandue fait des anges post-exiliques un emprunt au mazdéisme perse : au contact de la religion de Cyrus, Israël aurait peuplé son ciel d'êtres intermédiaires (les Amesha Spenta perses) inconnus de la religion mosaïque primitive. Les noms d'anges datés (Gabriel, Michel sous l'exil) et les « princes » des nations en Daniel 10 seraient la trace de cet apport[143].
Les limites sont sérieuses. D'abord, les chérubins gardent Éden dès Genèse 3 et l'arche dès Exode 25 : pour soutenir la thèse, il faut dater tardivement ces textes eux-mêmes (attribution du Pentateuque à des rédacteurs post-exiliques selon l'hypothèse documentaire de Julius Wellhausen, 1878), puis utiliser les anges comme preuve de cette datation tardive : le raisonnement tourne en cercle[144]. Ensuite, la différence de nature est abyssale : les anges bibliques sont des créatures d'un Dieu unique, qui adorent et obéissent, là où les entités perses sont des hypostases quasi divines ; le monothéisme strict de Deutéronome 6, 4 (« Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique ») exclut tout panthéon déguisé[145]. Enfin, les manuscrits de la mer Morte (voir Les manuscrits de Qumrân) montrent une angélologie déjà foisonnante au IIIe-IIe siècle av. J.-C. en continuité avec Daniel, non une invention hellénistique[146].
L'Ange de Yahvé, stade rédactionnel ou théophanie ?
Une autre hypothèse lit les récits de « l'Ange du Seigneur » qui parle comme Dieu (buisson, Manoach, Pénouel) comme la trace d'une retouche rédactionnelle : un rédacteur tardif, gêné par l'anthropomorphisme d'un Dieu qui se promène et discute, aurait intercalé un ange écran entre Dieu et les hommes[147]. La rencontre directe deviendrait rencontre médiatisée, signe d'une religion qui s'épure.
Mais l'hypothèse suppose ce qu'elle doit prouver : que le texte primitif montrait Dieu sans médiateur. Or les mêmes récits conservent les deux aspects sans les confondre (l'ange apparaît, Dieu parle), et le Nouveau Testament cite ces passages comme des rencontres réelles avec le Dieu vivant (Ac 7, 30-38)[148]. La lecture patristique y voit au contraire une condescendance : Dieu se rend visible par son Ange sans cesser d'être invisible en son essence, et prépare ainsi l'Incarnation où le Verbe « sera vu » lui-même[149]. Entre une retouche invisible et indémontrable, et le témoignage unanime des lecteurs anciens, le dossier penche pour les témoins.
La démythologisation contemporaine
Dans la ligne de Rudolf Bultmann (Nouveau Testament et mythologie, 1941), une partie de l'exégèse propose de traduire le langage des anges en langage existentiel : l'ange ne serait qu'une manière imagée de dire la transcendance, la conscience, l'appel[150]. Le récit de l'Annonciation ou du tombeau vide resterait « vrai » comme appel à la décision, sans messager réel.
Le prix de cette lecture est l'amputation du texte : elle doit traiter comme naïfs ou mythiques les passages où l'Écriture insiste le plus sur le caractère événementiel des rencontres (noms, dates, lieux, témoins multiples, repas partagés en Gn 18-19, chaînes tombées en Ac 12)[151]. Elle contredit surtout la foi reçue : si les anges ne sont que des images, Latran IV a défini une métaphore, le Christ a promis une poésie (Mt 18, 10), et des siècles de liturgie chantent le vide. L'Église, qui lit l'Écriture « dans la Tradition vivante de toute l'Église » (Dei Verbum, § 12 ; voir Le sens spirituel de l'Écriture), refuse de dissoudre le texte au nom d'une philosophie[152].
Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable
Quatre faisceaux d'arguments portent la datation et l'attribution traditionnelles des livres où les anges paraissent[153].
Premièrement, les témoins anciens : Septante (IIIe-IIe s. av. J.-C.), Philon, Josèphe, le Nouveau Testament lui-même qui cite Moïse, Daniel (« le prophète Daniel », Mt 24, 15) et les Psaumes comme Écriture inspirée[154]. Deuxièmement, les arguments internes : Daniel connaît la cour babylonienne avec une précision d'initié (titres, usages, topographie) que les reconstructions maccabéennes tardives expliquent mal[155]. Troisièmement, la réception canonique et liturgique : les livres ont nourri sans interruption la prière d'Israël puis de l'Église, du Sanctus au Gloria, des fêtes du 29 septembre et du 2 octobre aux exorcismes[156]. Quatrièmement, la cohérence théologique : l'angélologie biblique forme un tout sans couture, des chérubins d'Éden aux anges de l'Apocalypse, gouverné par une même règle (créatures, messagers, adorateurs, jamais adorés), ce que des strates indépendantes et contradictoires produiraient difficilement[157].
« Pour découvrir l'intention exacte des hagiographes, on doit tenir compte des genres littéraires. Car la vérité est proposée et exprimée de manières diverses dans les textes historiques, prophétiques, poétiques. Il faut que l'interprète cherche le sens que l'hagiographe, dans des circonstances déterminées, a voulu exprimer et a exprimé. » — Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12[158]
Pour aller plus loin
Pour situer ces pages dans l'ensemble de l'Écriture : La Bible (présentation d'ensemble et doctrine de l'inspiration), Comment lire la Bible catholiquement ? et Quelle Bible acheter ? (traductions recommandées). Pour approfondir la garde personnelle : Que dit l'Église sur les anges gardiens ? ; pour les anges déchus : Les anges et les démons dans la doctrine catholique et Satan dans la Bible.
Notes et références
Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, 18 novembre 1965, § 11 : les livres de l'Écriture « ont Dieu pour auteur », texte sur vatican.va.
1Catéchisme de l'Église catholique, nº 328 : « L'existence des êtres spirituels, non corporels, que la Sainte Écriture nomme habituellement anges, est une vérité de foi. »
2Hébreu mal'akh : messager, envoyé ; le sens est déterminé par le contexte (envoyé humain en 1 S 19, 11-17 ; céleste en Gn 19, 1). Cf. toute grammaire de l'hébreu biblique et la Bible de Jérusalem, notes sur Gn 16, 7.
3La Septante rend mal'akh céleste par angelos ; le Nouveau Testament reprend ce vocabulaire (Mt 1, 20 ; Lc 1, 11). Voir l'article La Septante.
4CEC 329, citant saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 103, sermon 1, § 15 : « Angelus enim officii nomen est, non naturae. »
5Expression mal'akh Yahvé : Gn 16, 7-13 ; Gn 22, 11-18 ; Ex 3, 2-4 ; Nb 22, 22-35 ; Jg 6, 11-24 ; Jg 13 ; 2 S 24, 16 ; Za 1, 11-12 ; Za 3, 1-7.
6Gn 16, 13 : « Elle donna au Seigneur qui lui avait parlé le nom de : Tu es le Dieu qui me voit. »
7Ex 3, 2-6 : l'ange du Seigneur dans la flamme, puis Dieu appelant du milieu du buisson ; Moïse se voile la face « car il craignait de porter ses regards sur Dieu ».
8Jg 13, 21-22 : « Manoach comprit que c'était l'ange du Seigneur. Et Manoach dit à sa femme : Nous allons mourir, car nous avons vu Dieu. »
9Gn 32, 25-32 : lutte nocturne, nom changé en Israël, Pénouel (« face de Dieu ») : « J'ai vu Dieu face à face, et j'ai eu la vie sauve » (Gn 32, 31).
10Ex 33, 20 : « L'homme ne peut me voir et vivre. » Sur les théophanies, cf. CEC 707 (les théophanies et la promesse) et saint Thomas, Somme théologique, IIa-IIae, q. 174, a. 1 (la prophétie et la vision).
11Saint Justin de Naplouse (vers 100-165), Dialogue avec Tryphon, LVI-LX : celui qui apparut à Abraham, Jacob et Moïse est le Christ avant l'Incarnation (éd. Sources Chrétiennes, à partir du t. 446).
12Ac 7, 30 : « un ange lui apparut dans le désert du mont Sinaï, dans la flamme d'un buisson en feu » ; Ac 7, 38 : Moïse « avec l'ange qui lui parlait sur le mont Sinaï ».
13Le découpage suit le canon catholique de 73 livres (Trente, session IV, 8 avril 1546). Voir Le canon de l'Ancien Testament et Le canon du Nouveau Testament.
14Ex 17, 14 ; Ex 24, 4 ; Dt 31, 9 ; Jos 1, 7-8 ; Ml 3, 22 ; Jn 5, 46-47. Commission biblique pontificale, réponse De mosaica authentia Pentateuchi du 27 juin 1906 (DS 3394-3400) : Moïse est à affirmer comme auteur substantiel du Pentateuque.
15Gn 3, 24. Les chérubins (keroubim) : gardiens du sanctuaire, présents dès la protologie, avant toute influence étrangère concevable.
16Ex 23, 20-23 ; cf. Ex 14, 19 (l'ange passe de l'avant à l'arrière) et Ex 33, 2.
17Dt 33, 2 ; Ac 7, 53 : « vous qui avez reçu la Loi promulguée par des anges » ; Ga 3, 19 ; He 2, 2.
18Jg 6, 11-24 : l'autel de l'« Yahvé-Shalom » après la disparition de l'ange dans la flamme.
19Jg 13, 15-23 : l'holocauste consumé, l'ange montant dans la flamme, le sacrifice refusé (« si tu fais un holocauste, offre-le au Seigneur »).
201 R 19, 5-8 : le pain et la cruche, quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu.
212 R 19, 35 ; Is 37, 36 ; 2 Ch 32, 21. L'inscription de Sennachérib (prisme de Taylor, British Museum) confirme le siège de 701 av. J.-C. et le tribut d'Ézéchias, sans mentionner l'issue nocturne.
222 R 6, 15-17, trad. Bible de Jérusalem, Cerf.
23Ps 103 (104 hébreu), 20-21 : appel à la bénédiction par les anges « artisans de sa parole ».
24Ps 148, 2 : « Louez-le, tous ses anges, louez-le, toutes ses armées. »
25Ps 91, 11-12, trad. liturgique. Le diable cite ce psaume dans la tentation (Mt 4, 6), le Christ ne le récuse pas mais refuse de tenter Dieu.
26Ps 34, 8 : « L'ange du Seigneur campe autour de ceux qui le craignent. »
27Ps 8, 6 ; He 2, 7.9 : le minoratus est paulo minus ab angelis appliqué au Christ incarné.
28Jb 1, 6 ; Jb 2, 1 : les « fils de Dieu » (bené ha-Élohim) se présentent ; même expression en Gn 6, 2.4 et Ps 29, 1.
29Jb 38, 4-7 : les « fils de Dieu » présents à la fondation du monde, preuve patristique de la préexistence des anges.
30Cf. saint Grégoire le Grand, Morales sur Job, livre XXVIII-XXXII, et saint Thomas, Somme théologique, Ia, q. 61 (la production des anges dans l'ordre corporel).
31Is 6, 1-8 : vocation d'Isaïe « l'année de la mort du roi Ozias » (vers 740 av. J.-C. selon la chronologie reçue).
32Missel romain, Ordinaire de la messe : le Sanctus suit chaque préface et reprend Is 6, 3 avec l'Hosanna des Rameaux (Mt 21, 9).
33Ez 1, 4-28 ; Ez 10 : le char (merkabah), les quatre faces, les roues ; Ez 41, 17-20 : chérubins sculptés dans le Temple visionnaire.
34Za 1, 8-17 ; Za 3, 1-7 (Josué le grand prêtre et Satan) ; Za 6, 1-8 (les quatre chars).
35Ml 3, 1 : « Voici que j'envoie mon messager... et soudain il entrera dans son Temple, le Seigneur que vous cherchez, et l'ange de l'alliance que vous désirez. » Lecture christologique constante des Pères.
36Le Christ cite « le prophète Daniel » (Mt 24, 15) ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, X, 11, loue Daniel comme le plus grand des prophètes.
37Dn 9, 24-27 : les soixante-dix semaines d'années ; Dn 9, 21 : Gabriel « volant d'un vol rapide » rejoint Daniel à l'heure de l'offrande du soir.
38Dn 10, 13.21 ; Dn 12, 1 : « En ce temps-là se lèvera Michel, le grand prince. »
39Dn 3, 91-92 (numérotation de la Bible de Jérusalem et de la Vulgate) : « l'aspect du quatrième ressemble à un fils des dieux ».
40Concile de Trente, session IV, décret Sacrosancta (8 avril 1546) : liste des 73 livres. Voir Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?.
41Tb 3-12 : les deux prières exaucées (Sara et Tobit), le voyage, le poisson, le mariage, la guérison, la révélation.
42Tb 12, 15 ; cf. Ap 8, 2 : « les sept anges qui se tiennent devant Dieu ».
432 M 3, 24-27 : le cavalier à l'armure d'or et les deux jeunes gens flagellent Héliodore venu piller le trésor, sous Séleucos IV (187-175 av. J.-C.).
442 M 15, 11-16 : Onias et Jérémie priant pour le peuple ; l'épée d'or remise à Judas Maccabée avant la bataille contre Nicanor (161 av. J.-C.).
452 M 12, 38-46 : le sacrifice pour les morts « afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés » (2 M 12, 45), fondement scripturaire de la prière pour les défunts.
46Attribution traditionnelle : Matthieu l'apôtre, Marc compagnon de Pierre, Luc compagnon de Paul, Jean l'apôtre. Témoins anciens : Papias (cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39), saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1 (vers 180).
47Lc 1, 11-20 (Zacharie) ; Lc 1, 26-38 (Marie, au sixième mois, à Nazareth).
48Mt 1, 20-24 ; Mt 2, 13-15 ; Mt 2, 19-21 : trois songes, trois obéissances dans la nuit.
49Lc 2, 8-20 : les bergers « dans la même contrée », premiers adorateurs avertis par le ciel.
50Lc 2, 9-11, trad. liturgique AELF.
51Mt 4, 11 : « Alors le diable le quitte, et voici que des anges s'approchèrent, et ils le servaient » ; cf. Mc 1, 13.
52Lc 22, 43 : « Alors, du ciel, un ange lui apparut qui le fortifiait. »
53Mt 26, 53 : « plus de douze légions d'anges » ; la légion romaine comptant environ 6 000 hommes, l'image dit une armée irrésistible.
54Mt 28, 2-7 ; Mc 16, 5-7 ; Lc 24, 4-7 ; Jn 20, 11-13 : convergence des quatre récits sur l'annonce angélique avant toute apparition du Ressuscité.
55Ac 1, 10-11 : « deux hommes en vêtements blancs », lus unanimement comme des anges.
56Ac 5, 17-21 : l'ange ouvre les portes de nuit et ordonne d'enseigner au Temple.
57Ac 8, 26-40 : l'ange envoie Philippe sur la route de Gaza vers l'eunuque de la reine Candace.
58Ac 10, 3-8 : l'ange ordonne au centurion de faire venir Pierre ; Ac 10, 22 ; Ac 11, 13-14.
59Ac 12, 6-11 : sous Hérode Agrippa Ier (41-44 apr. J.-C.), la nuit précédant le procès, lumière, chaînes, porte de fer « qui s'ouvrit d'elle-même ».
60Ac 27, 23-24 : l'ange du Dieu « à qui j'appartiens et que je sers » promet à Paul la vie de l'équipage.
61Ga 3, 19 : « promulguée par des anges » ; He 2, 2 : « la parole annoncée par des anges ».
62Col 1, 16 ; Ep 1, 21 ; cf. Rm 8, 38 (« ni anges ni principautés ») et 1 P 3, 22 (« anges, souverainetés et puissances lui étant soumis »).
63Col 2, 18-19 : « Qu'on ne vous frustre pas du prix par une affectation d'humilité et par le culte des anges. »
641 Th 4, 16 : « au signal donné, à la voix de l'archange et au son de la trompette de Dieu ».
65He 1, 4-14 : catéchèse scripturaire (Ps 2, 7 ; 2 S 7, 14 ; Ps 97, 7 ; Ps 104, 4) conclue par He 1, 14.
661 P 1, 12 : « ce sont des choses que les anges désirent contempler en se penchant ».
672 P 2, 4 : anges pécheurs « livrés aux chaînes des ténèbres » ; Jude 6 : anges « qui n'ont pas gardé leur principauté ». Voir Les anges et les démons dans la doctrine catholique.
68Jude 9 ; cf. Dt 34, 6 (la sépulture de Moïse, que « nul n'a connue ») et Za 3, 2 (« Que le Seigneur te réprime, Satan ! »).
69Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, V, 30, 3 (vers 180) : la vision fut vue « vers la fin du règne de Domitien » (81-96 apr. J.-C.).
70Ap 1, 4.11.20 ; Ap 2-3 : les sept lettres aux Églises d'Asie (Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée).
71Ap 5, 11-12 : « des myriades de myriades et des milliers de milliers », acclamant l'Agneau immolé.
72Ap 8, 2.6 : « les sept anges qui se tiennent devant Dieu » reçoivent sept trompettes ; Ap 15-16 : les sept coupes de la colère.
73Ap 12, 7-12 : « Il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattirent le dragon » ; le dragon précipité, « l'accusateur de nos frères ».
74Ap 19, 10 ; Ap 22, 8-9 : le double refus, charte de toute angélologie catholique.
75Ap 21, 12 : douze portes et « douze anges » aux portes de la cité, avec les noms des douze tribus.
76Seuls Michel, Gabriel et Raphaël sont nommés dans le canon des 73 livres. Voir la section « Adorer Dieu seul » et le Directoire nº 217.
77Dn 10, 13.21 ; Dn 12, 1 ; Jude 9 ; Ap 12, 7 ; cf. 1 Th 4, 16 (la voix de l'archange).
78Fête des saints archanges le 29 septembre (Calendrier romain général) ; prière de Léon XIII (1886), voir plus bas.
79Dn 8, 15-26 ; Dn 9, 21-27 ; Lc 1, 11-38. Six siècles séparent Daniel de l'Annonciation dans la chronologie reçue.
80Tb 12, 6-22 : le discours d'adieu, somme de l'angélologie biblique (présence à Dieu, mission, intercession, louange).
81Tb 12, 14-15.17, trad. Bible de Jérusalem.
82Ex 25, 18-22 (l'arche) ; 1 R 6, 23-35 ; 2 Ch 3, 7-14 (le Temple) ; Ez 41, 17-20 (le Temple visionnaire).
83Ps 80, 2 ; Ps 99, 1 ; Is 37, 16 : « Seigneur de l'univers, Dieu d'Israël, qui sièges sur les chérubins. »
84Is 6, 2-7 : le charbon pris à l'autel purifiant les lèvres du prophète.
85Pseudo-Denys, Hiérarchie céleste, VI-VII (éd. Sources Chrétiennes 58) ; saint Grégoire le Grand, homélie 34 ; saint Thomas, Somme théologique, Ia, q. 108.
86Saint Grégoire le Grand (vers 540-604), Homélies sur les Évangiles, homélie 34, § 7 (PL 76, 1249-1250).
871 Th 4, 16 ; Jude 9 pour le rang ; fête du 29 septembre pour les trois nommés. Cf. saint Thomas, Ia, q. 108, a. 2 (les ordres et leurs noms).
88CEC 330 : « En tant que créatures purement spirituelles, ils ont intelligence et volonté : ce sont des créatures personnelles et immortelles. »
89Saint Thomas, Somme théologique, Ia, q. 51, a. 1-2 : les anges assument des corps pour manifester leur action invisible.
90Mt 22, 30 ; Mc 12, 25 ; Lc 20, 34-36 : « ils ne peuvent plus mourir, car ils sont semblables aux anges ».
91Col 1, 15-16 : « premier-né de toute créature », en qui tout fut créé, visibles et invisibles.
92IVe concile du Latran (1215), constitution Firmiter (DS 800) : « simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit creaturam, spiritualem et corporalem, angelicam videlicet et mundanam ».
93CEC 328-330 : vérité de foi, nature spirituelle, Christ centre du monde angélique (CEC 331).
94Dn 7, 9-10 : la vision du Vieillard et du tribunal, mille milliers et myriades.
95Ap 5, 11-12 (voir note ci-dessus sur les myriades).
96Mt 26, 53 (voir note ci-dessus sur les légions).
97Cf. He 1, 14 (envoyés « pour le service de ceux qui doivent avoir en héritage le salut ») et Ps 91, 11-12.
98Chaque ligne du tableau renvoie aux passages cités dans les sections précédentes ; les références complètes figurent dans leurs notes.
99He 1, 4-5 : supériorité du Fils, qui a reçu le Nom au-dessus de tout nom (Ph 2, 9-11).
100He 1, 6, citant Ps 97, 7 (Septante) : « Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui. »
101Ep 1, 20-23 : session à la droite, plénitude de l'Église « qui est son corps ».
102He 2, 9 : « abaissé un peu au-dessous des anges à cause de sa mort » ; He 2, 14-18 : partage de la chair pour détruire le diable.
103He 1, 2-4, trad. Bible de Jérusalem.
104Les dates suivent la chronologie reçue dans l'Église (Martyrologe romain, Bible de Jérusalem) ; elles situent les récits, elles ne tranchent pas les débats de datation traités en fin d'article.
105Gn 18, 1-15 ; Gn 19, 1-29 : les trois visiteurs, l'annonce à Sara, l'intercession d'Abraham, la fuite de Loth.
106Ex 3, 1-6 ; Ex 14, 19-20 ; Ex 23, 20-23 : buisson, passage de la mer, consigne de l'ange guide.
107Jos 5, 13-15 ; cf. Ex 3, 5 (l'ordre d'ôter ses sandales, signe du lieu saint).
108Jg 6, 11-24 ; Jg 13, 2-23 : Gédéon et la toison viendra ensuite (Jg 6, 36-40) ; Samson annoncé à une mère stérile.
1092 S 24, 15-17 ; 1 Ch 21, 14-18 ; 1 R 19, 5-8 ; 2 R 6, 15-17 : peste arrêtée à l'aire d'Ornân, marche d'Élie, armée de Dothan.
1102 R 19, 35 ; Is 37, 36 ; 2 Ch 32, 21 ; campagne de 701 av. J.-C. contre Ézéchias.
111Dn 3 ; Dn 6 ; Dn 8-12 ; Tb 3-12 : exil de Juda (déportations de 597 et 587 av. J.-C.), Ninive pour Tobie.
112Lc 1, 5-25 (Zacharie, au temps d'Hérode le Grand) ; Lc 1, 26-38 ; Mt 1, 18-25.
113Lc 2, 1-20 (recensement de Quirinius) ; Mt 2, 13-23 (fuite en Égypte, massacre, retour à Nazareth).
114Lc 22, 39-46 ; Mt 28, 1-10 ; Ac 1, 9-11 : agonie, Résurrection, Ascension au mont des Oliviers.
115Ac 5, 17-21 ; Ac 8, 26-40 ; Ac 10 ; Ac 12, 1-11 ; Ac 27, 21-26 : de la première persécution au voyage à Rome.
116Ap 1, 9 : Jean « à cause de la Parole », exilé à Patmos ; datation sous Domitien selon Irénée (voir note sur l'Apocalypse).
117Saint Augustin (354-430), La Cité de Dieu, XI (la création des anges et leur illumination) et XII (leur chute et la providence), éd. Bibliothèque augustinienne, t. 33-34.
118Saint Augustin, De Genesi ad litteram (Commentaire littéral de la Genèse, vers 401-415), livres I-IV, éd. Bibliothèque augustinienne, t. 48.
119Saint Jean Chrysostome (vers 349-407), Homélies sur l'épître aux Colossiens, homélie 7 (sur Col 2, 18), PG 62, 343-348.
120Saint Basile de Césarée (vers 330-379), Contre Eunome, III, 1 (PG 29, 656B), cité au CEC 336.
121Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, homélie 34 (PL 76, 1249-1259), lue dans l'office de la fête des archanges.
122Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, Ia, q. 50-64 (les anges en eux-mêmes) et q. 106-114 (leur action et leur garde), éd. léonine ; trad. Cerf.
123Saint Basile, Contre Eunome, III, 1, passage cité textuellement au CEC 336.
124Latran IV (1215), Firmiter (DS 800) ; repris par Vatican I, Dei Filius, ch. 1 (DS 3002). Texte latin et traduction dans Denzinger-Schönmetzer, Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf.
125Ier concile du Vatican (1869-1870), constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, ch. 1 (DS 3000-3002).
126Vatican II, Dei Verbum, § 11 : l'inerrance (« sans erreur ») des vérités consignées « en vue de notre salut ».
127CEC 328-336 : 328 (vérité de foi), 329 (fonction et nature), 330 (personnes spirituelles), 331-333 (le Christ et les anges), 334-335 (les anges dans la vie de l'Église), 336 (les anges gardiens).
128CEC 350 : « Dans sa liturgie, l'Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint » ; 351 : la liturgie terrestre participe à la liturgie céleste ; fêtes de saint Michel, Gabriel, Raphaël et des anges gardiens.
129Missel romain : Confiteor (« je supplie... tous les Anges et les Saints »), préfaces et Sanctus, Gloria (Lc 2, 14).
130Calendrier romain général : saints Michel, Gabriel et Raphaël, archanges, 29 septembre ; saints anges gardiens, 2 octobre.
131Prière composée par Léon XIII en 1886 et prescrite après chaque messe basse (prières dites léonines), récitée jusqu'à la réforme liturgique et maintenue en de nombreux lieux.
132Congrégation pour le culte divin, Directoire sur la piété populaire et la liturgie (2001), nº 213-216 : les anges dans l'histoire du salut, la liturgie et la dévotion populaire.
133Prière à saint Michel Archange (1886), trad. française courante des missels.
134Col 2, 18-19 ; cf. Col 2, 8 (les « éléments du monde ») et Col 1, 18 (le Christ, Tête du corps).
135Ap 19, 10 ; Ap 22, 8-9 (voir note sur le refus d'adoration).
136Synode de Laodicée (Phrygie, vers 363-364), canon 35 : anathème contre ceux qui délaissent l'Église pour des assemblées d'invocation des anges (cf. Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. I).
137Synode de Rome (745) sous le pape Zacharie contre l'hérétique Adalbert et ses huit anges : seuls Michel, Gabriel et Raphaël sont admis (Hefele-Leclercq, t. III, § 367).
138Admonitio generalis d'Aix-la-Chapelle (789), canon 16 : « ut ignota angelorum nomina nec fingantur nec nominentur, nisi illos quos habemus in auctoritate, id sunt Michahel, Gabrihel, Rafahel ».
139Directoire sur la piété populaire (2001), nº 217 : réprobation des noms d'anges ignorés de l'Écriture.
140Cf. CEC 2132 (vénération des images et des saints, fondée sur l'Incarnation) et le dossier des anges gardiens : Que dit l'Église sur les anges gardiens ?.
141Sur la méthode catholique (critique textuelle et littéraire légitimes, présupposés de foi maintenus), voir Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église (1993), et L'interprétation catholique de la Bible.
142Thèse classique de l'école de l'histoire des religions (fin XIXe siècle) : l'angélologie post-exilique viendrait du contact avec le mazdéisme sous la domination perse (539-332 av. J.-C.).
143Julius Wellhausen (1844-1918), Prolegomena zur Geschichte Israels (1878) : répartition du Pentateuque entre sources J, E, D, P, la source sacerdotale étant datée après l'exil. Le cercle : on date les textes par les anges, puis les anges par les textes.
144Dt 6, 4 (Shema) ; Is 44, 6-8 ; Is 45, 5-7 : l'unicité exclusive contre tout panthéon ; les anges adorent (Ne 9, 6 : « l'armée des cieux se prosterne devant toi »).
145Huit manuscrits du livre de Daniel identifiés dans les grottes de Qumrân (dont 4QDan), certains paléographiquement proches de la datation maccabéenne supposée, ce qui resserre la marge d'une composition tardive. Voir Les manuscrits de Qumrân.
146Hypothèse critique courante sur les théophanies : l'« ange » serait un adoucissement rédactionnel d'apparitions divines directes plus anciennes.
147Ac 7, 30-38 : Étienne cite le buisson comme une rencontre réelle avec le Dieu vivant, non comme une figure de style.
148Cf. saint Irénée, Contre les hérésies, IV, 20 (la condescendance du Verbe qui accoutume l'homme à voir Dieu), et CEC 707.
149Rudolf Bultmann (1884-1976), Neues Testament und Mythologie (1941) : programme de démythologisation du Nouveau Testament.
150Gn 18, 1-8 (le repas sous le chêne) ; Gn 19, 1-3 (Loth lave les pieds) ; Ac 12, 7-10 (lumière, chaînes, portes) : détails circonstanciés incompatibles avec une simple image intérieure.
151Vatican II, Dei Verbum, § 12 : lire l'Écriture « dans la Tradition vivante de toute l'Église ». Voir Le sens spirituel de l'Écriture.
152Synthèse appuyée sur Dei Verbum § 11 (inerrance), la réponse de la Commission biblique de 1906 sur Moïse, et la réception liturgique continue.
153Septante (IIIe-IIe s. av. J.-C.) ; Philon d'Alexandrie ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques ; le Nouveau Testament citant l'Ancien comme Écriture (Mt 24, 15 ; Jn 5, 46-47 ; Ac 7).
154Titulature et usages de cour (Ashpenaz, Ariok, Belschatsar) ; Belschatsar, inconnu des historiens grecs, est confirmé comme fils et régent de Nabonide par le cylindre de Nabonide (découvert au XIXe siècle, British Museum) ; araméen impérial de Dn 2-7.
155Sanctus (Is 6), Gloria (Lc 2), fêtes du 29 septembre et du 2 octobre, prière de Léon XIII (1886) : quinze siècles de prière ininterrompue sur les mêmes textes.
156Une seule règle d'un bout à l'autre : créatures (Col 1, 16), messagers (He 1, 14), adorateurs (Ap 5, 11), jamais adorés (Ap 19, 10) ; cf. CEC 391-395 sur la chute.
157Vatican II, Dei Verbum, § 12, texte sur vatican.va.
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