Le canon du Nouveau Testament est la liste des 27 livres que l'Église catholique reçoit comme Écriture Sainte inspirée par Dieu : quatre évangiles, les Actes des Apôtres, treize lettres de saint Paul, la lettre aux Hébreux, sept lettres catholiques et l'Apocalypse. Ces livres forment le second volet de la Bible chrétienne : ils racontent la venue du Christ, la naissance de l'Église et l'espérance du Royaume, et ils accomplissent tout ce que l'Ancien Testament annonçait[1][2].
Le mot canon vient du grec kanôn, la règle de mesure du charpentier : la liste des livres qui servent de règle de foi. L'Église n'a pas fabriqué ces livres au IVe siècle en choisissant à sa convenance, comme on l'entend parfois : elle a reconnu solennellement, entre 382 et 1546, une collection déjà lue dans les assemblées, citée par les Pères et copiée par les scribes depuis les temps apostoliques, attestée par les papyrus les plus anciens, les listes du IIe siècle et les conciles africains[3][4].
Cet article présente d'abord les 27 livres et leur place dans la Bible, puis les auteurs et la datation traditionnels, les témoins anciens de leur réception, les manuscrits qui les portent, les listes patristiques, les décisions de l'Église, la théologie du Nouveau Testament, son usage liturgique, le dossier de la Réforme et des apocryphes, et enfin, en fin d'article seulement, ce que propose l'exégèse moderne et les limites de ses reconstructions[5].
Les 27 livres reçus par l'Église catholique
Le Catéchisme de l'Église catholique donne la liste officielle : 27 livres pour le Nouveau Testament, qui s'ajoutent aux 46 de l'Ancien, soit 73 livres au total pour la Bible catholique[6]. Ils se rangent en six groupes : les évangiles, les Actes, les lettres de Paul, la lettre aux Hébreux, les lettres catholiques et l'Apocalypse.
| Groupe | Livres | Nombre |
|---|---|---|
| Évangiles | Matthieu, Marc, Luc, Jean | 4 |
| Actes des Apôtres | Les Actes, second tome de Luc | 1 |
| Lettres de saint Paul | Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon | 13 |
| Lettre aux Hébreux | Reçue dès l'Orient comme paulinienne | 1 |
| Lettres catholiques | Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude | 7 |
| Apocalypse | La Révélation donnée à Jean à Patmos | 1 |
| Total | 27 |
Le mot catholique, pour les sept lettres dites catholiques, n'a rien à voir avec une étiquette confessionnelle : il vient du grec katholikos, universel. Ces lettres ne s'adressent pas à une communauté précise comme celles de Paul aux Romains ou aux Corinthiens, mais à l'Église entière, dispersée dans le monde[7]. Jacques écrit « aux douze tribus de la Dispersion »[8], Pierre « aux élus qui vivent en étrangers dans la Dispersion »[9], et Jude « à ceux qui sont appelés »[10].
Aucune Bible chrétienne, catholique, orthodoxe ou protestante, ne conteste le chiffre de 27 : la Réforme a gardé exactement la même liste pour le Nouveau Testament, et le débat avec elle ne porte que sur les sept livres de l'Ancien Testament. Ce point d'accord universel est déjà un fait massif : sur ces 27 livres, les Églises séparées depuis cinq siècles lisent la même table des matières[11]. Le dossier des sept livres de l'Ancien est traité dans Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?, et l'histoire parallèle du Premier Testament dans Le canon de l'Ancien Testament.
Les quatre évangiles et les Actes
Les quatre évangiles ouvrent le Nouveau Testament et en forment le cœur : Matthieu, Marc, Luc et Jean racontent la vie, la mort et la résurrection de Jésus, chacun avec son regard propre. L'Église les a toujours reçus à quatre, ni plus ni moins : saint Irénée, vers 180, écrit qu'il ne peut y avoir ni plus ni moins de quatre évangiles, comme il y a quatre régions du monde et quatre vents, et il voit dans les quatre Vivants de la vision d'Ézéchiel et de l'Apocalypse leur figure prophétique[12].
Les Actes des Apôtres sont le second tome de l'œuvre de Luc, adressé comme l'évangile à Théophile : « J'ai consacré le premier de mes ouvrages, Théophile, à tout ce que Jésus a fait et enseigné »[13]. Ils racontent la Pentecôte, les premières prédications de Pierre, la conversion de Paul et l'expansion de l'Église jusqu'à Rome. Les Actes sont le pont narratif du Nouveau Testament : tout le reste, lettres et Apocalypse, se déroule dans le monde qu'ils décrivent.
Les lettres de Paul et la lettre aux Hébreux
Treize lettres portent le nom de saint Paul, du grand déploiement doctrinal de l'épître aux Romains au billet personnel à Philémon en faveur de l'esclave Onésime[14]. Elles sont les écrits les plus anciens du Nouveau Testament : la première lettre aux Thessaloniciens est généralement tenue pour antérieure aux évangiles eux-mêmes, rédigée vers 50-51 depuis Corinthe[15]. Le Nouveau Testament commence donc, dans l'ordre du temps, non par un récit de la vie de Jésus, mais par la prédication apostolique déjà en marche.
La lettre aux Hébreux ne porte aucun nom d'auteur dans son texte. L'Orient chrétien l'a reçue très tôt comme paulinienne, l'Occident a hésité sur son auteur tout en la lisant comme Écriture, et l'Église l'a finalement accueillie parmi les lettres apostoliques : elle déploie comme nul autre écrit le sacerdoce du Christ, « grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech »[16]. Son autorité ne dépend pas du nom qu'on met en tête, mais de sa réception par l'Église et de sa doctrine, que le concile de Trente a confirmée en l'inscrivant dans la liste[17]. La place même des Hébreux dans les témoins anciens raconte cette réception : copiée en second, juste après les Romains, dans le recueil paulinien du P46[18], elle est rangée entre les Thessaloniciens et les lettres pastorales dans la liste d'Athanase[19].
Les lettres catholiques et l'Apocalypse
Les sept lettres catholiques portent les noms de Jacques, Pierre, Jean et Jude, colonnes de l'Église de Jérusalem et du cercle des Douze. Elles ont été, avec l'Apocalypse, les livres les plus discutés avant leur réception universelle : non parce qu'on les jugeait hérétiques, mais parce que certaines régions les connaissaient moins, ou parce que des hérétiques abusaient de tel ou tel écrit[20]. Leur entrée définitive dans toutes les listes, au IVe siècle, montre le canon à l'œuvre : ce n'est pas la popularité immédiate qui décide, c'est le discernement persévérant de l'Église entière.
L'Apocalypse, « Révélation de Jésus Christ, que Dieu lui a confiée pour montrer à ses serviteurs ce qui doit bientôt advenir »[21], clôt le Nouveau Testament et la Bible entière. Attribuée à Jean, exilé à Patmos « à cause de la Parole de Dieu »[22], elle a été contestée en Orient par crainte des lectures millénaristes charnelles, puis reçue partout. Elle se termine sur la promesse qui scelle toute l'Écriture : « Oui, je viens bientôt »[23].
« Bienheureux celui qui lit, bienheureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui est écrit en elle, car le temps est proche. » — Saint Jean, Apocalypse 1, 3[24]
La place du Nouveau Testament dans la Bible
Le Nouveau Testament n'est pas un second livre posé à côté du premier : il en est l'accomplissement. Le concile Vatican II enseigne que « l'économie du Nouveau Testament » consiste en ce que le Verbe s'est fait chair, et que les livres du Nouveau Testament « attestent » cette économie et « exposent » sa signification[25]. Le Catéchisme ajoute que le Christ est le centre de toute l'Écriture, et que c'est lui que les chrétiens cherchent dans chaque page, Ancien comme Nouveau Testament[26].
Jésus lui-même a fixé ce rapport le soir de Pâques : « il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes »[27]. Sur la route d'Emmaüs, « commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait »[28]. Les apôtres n'ont fait ensuite qu'appliquer la méthode du Maître : Philippe, rejoint l'eunuque qui lit Isaïe, « partant de ce passage de l'Écriture, lui annonce la Bonne Nouvelle de Jésus »[29]. Paul à Antioche de Pisidie montre que Dieu « a accompli » pour les enfants des pères « ce qu'il avait promis »[30].
Saint Augustin a ramassé cette lecture en une formule que le Catéchisme reprend : le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau[31].
« Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau. » — Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73[32]
C'est pourquoi l'Église lit le Nouveau Testament à quatre niveaux inséparables, résumés par le Catéchisme : ce que les auteurs ont affirmé (sens littéral), ce que les réalités annoncent du Christ et de l'Église (sens spirituel), ce qu'il faut agir (sens moral), et ce vers quoi tout marche dans l'espérance (sens anagogique)[33]. Le détail de cette lecture est exposé dans Le sens spirituel de l'Écriture et L'interprétation catholique de la Bible, et l'art de la lire en prière dans Comment lire la Bible catholiquement.
Le Nouveau Testament accomplit l'Ancien en trois gestes décisifs. Il révèle le visage de Dieu : « Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître »[34]. Il ouvre l'alliance à toutes les nations : le voile du Temple se déchire, le centurion confesse, Pierre entre chez Corneille et Paul porte l'Évangile jusqu'à Rome[35]. Et il donne l'Esprit promis : à la Pentecôte, Pierre annonce que la prophétie de Joël s'accomplit « dans les derniers jours »[36]. Promesse, venue, don : tel est le mouvement du second Testament.
Auteurs et datation : ce que tient la tradition
La tradition de l'Église attribue chaque livre du Nouveau Testament à un auteur connu, apôtre ou compagnon des apôtres, et le situe dans le Ier siècle, du vivant des témoins. Ce n'est pas une pieuse légende tardive : ce sont les Églises destinataires elles-mêmes qui ont conservé le souvenir de qui leur avait écrit, et les Pères du IIe siècle ne font que transmettre ce qu'ils ont reçu de leurs maîtres, eux-mêmes disciples des apôtres[37][38].
| Livre | Auteur selon la tradition | Datation traditionnelle | Destinataires |
|---|---|---|---|
| Matthieu | L'apôtre Matthieu, d'abord en langue des Hébreux | Années 50 | Juifs convertis, Syrie-Palestine |
| Marc | Marc, interprète de Pierre, à Rome | Années 60 | Chrétiens de Rome |
| Luc | Luc, médecin compagnon de Paul | Vers 60-63 | Théophile et les Églises des nations |
| Actes | Luc, second tome à Théophile | Vers 63 | Mêmes destinataires |
| Jean | L'apôtre Jean, à Éphèse | Vers 90-95 | Toutes les Églises d'Asie |
| Paul (13 lettres) | Saint Paul | Vers 50-67 | Rome, Corinthe, Galatie, Éphèse, Philippes, Colosses, Thessalonique, Timothée, Tite, Philémon |
| Hébreux | Tradition orientale : Paul ; Occident : auteur apostolique incertain | Ier siècle | Chrétiens d'origine juive |
| Jacques | Jacques le Juste, frère du Seigneur | Avant 62 | Les douze tribus de la Dispersion |
| 1 Pierre | L'apôtre Pierre, par Silvain, depuis Rome | Vers 64 | Élus étrangers du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d'Asie et de Bithynie |
| 2 Pierre | L'apôtre Pierre, avant son martyre | Vers 67 | Mêmes Églises |
| 1, 2, 3 Jean | L'apôtre Jean, à Éphèse | Vers 90-95 | Communautés d'Asie |
| Jude | Jude, frère de Jacques | Ier siècle | Ceux qui sont appelés |
| Apocalypse | L'apôtre Jean, exilé à Patmos | Vers 95, sous Domitien | Les sept Églises d'Asie |
Les évangiles : quatre témoins, quatre mémoires
Matthieu, le publicain devenu apôtre, passe pour avoir écrit le premier, « en langue hébraïque », pour les croyants venus du judaïsme. Le témoignage vient de Papias, évêque d'Hiérapolis vers 110-130, qui écrit que « Matthieu rédigea les paroles du Seigneur en langue hébraïque, et chacun les traduisit comme il put » : Eusèbe de Césarée a conservé le passage dans son Histoire ecclésiastique[39]. Saint Irénée, disciple de Polycarpe qui était lui-même disciple de Jean, confirme : « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'évangile, pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome »[40].
Marc, compagnon puis « interprète de Pierre », a mis par écrit à Rome la prédication de l'apôtre : c'est encore Papias qui l'atteste, précisant que Marc « n'a rien omis de ce qu'il avait entendu, sans rien y ajouter de faux »[41]. La tradition place cette rédaction dans les années 60, avant ou autour du martyre de Pierre et Paul sous Néron (64-67). L'évangile le plus bref est ainsi, paradoxalement, la mémoire de Pierre lui-même, transmise par son disciple.
Luc, « le médecin bien-aimé » qui accompagne Paul jusqu'à Rome[42], ouvre son évangile par une préface d'historien : il a « tout suivi depuis l'origine » et écrit « avec ordre » après s'être « renseigné exactement »[43]. Les Actes s'arrêtent sur Paul prisonnier à Rome, prêchant « en toute assurance et sans obstacle »[44], sans mentionner ni sa mort (vers 67) ni la chute de Jérusalem (70) : la tradition y voit le signe d'une rédaction avant ces événements, vers 63. Un auteur qui écrirait après 70 n'aurait guère laissé son récit en suspens au seuil du martyre de son héros.
Jean, « le disciple que Jésus aimait », aurait dicté son évangile à Éphèse, au terme d'une longue vie, vers 90-95. Irénée, qui l'affirme, est ici un témoin de premier ordre : enfant, il a écouté Polycarpe raconter ses entretiens avec Jean[45]. Le quatrième évangile se présente lui-même comme un témoignage oculaire : « celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est véridique »[46]. La Commission biblique pontificale, le 29 mai 1907, a confirmé que l'auteur du quatrième évangile est bien l'apôtre Jean lui-même, que le texte a une valeur strictement historique et que le chapitre 21 appartient à l'œuvre authentique[47].
« Jean, le disciple du Seigneur, qui reposa sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile pendant son séjour à Éphèse, en Asie. » — Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[48]
Le concile Vatican II a fait sienne cette lecture : il enseigne que « Toujours et partout l'Église a tenu et tient l'origine apostolique des quatre Évangiles »[49], et il affirme l'historicité des récits évangéliques avec une netteté qui répond d'avance aux reconstructions tardives.
« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement et, avec la plus grande constance, que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel. » — Concile Vatican II, Dei Verbum, § 19, 18 novembre 1965[50]
Paul et ses treize lettres : le premier bloc du Nouveau Testament
Saint Paul écrit avant les évangélistes : ses lettres s'échelonnent des années 50 (Thessaloniciens) aux années 60 (lettres de captivité, pastorales). Elles citent déjà la mort et la résurrection comme un dépôt reçu : « Je vous ai transmis ce que j'ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures »[51]. Ce credo, que Paul dit avoir reçu, remonte aux toutes premières années après Pâques : la foi précède les récits qui la raconteront en détail.
L'authenticité paulinienne des treize lettres est attestée dès le Ier siècle : Clément de Rome, vers 96, cite la première aux Corinthiens par son auteur ; Ignace d'Antioche, vers 107, et Polycarpe de Smyrne, vers 110-140, citent Paul abondamment[52][53]. Le fragment de Muratori, vers 170-200, reçoit treize lettres de Paul, toutes celles que nous connaissons sauf les Hébreux[54]. L'objection moderne contre les lettres pastorales (Timothée, Tite) repose sur le vocabulaire et l'organisation ecclésiale qu'elles supposent : mais un homme qui écrit à trente ans d'intervalle, à des correspondants différents, pour des situations différentes, n'écrit pas deux fois la même lettre, et l'Église des années 60 connaissait déjà évêques, presbytres et diacres[55].
Hébreux, lettres catholiques, Apocalypse : les livres discutés puis reçus
Cinq livres ont mis plus de temps à faire l'unanimité : Hébreux, Jacques, 2 Pierre, 2 et 3 Jean, Jude, auxquels l'Orient a longtemps ajouté l'Apocalypse. Les motifs de l'hésitation sont connus et honorables : on ignorait l'auteur exact des Hébreux, on connaissait mal les petites lettres de Jean dans certaines régions, l'Apocalypse servait d'arsenal aux millénaristes, et la seconde de Pierre diffère en style de la première[56]. Jamais, en revanche, ces livres n'ont été rejetés comme hérétiques : ils étaient contestés d'attribution ou d'usage, jamais de doctrine.
Origène, au IIIe siècle, résume l'état du dossier sur les Hébreux avec une honnêteté restée célèbre : « qui a écrit l'épître, Dieu seul le sait en vérité », tout en rapportant que la tradition des anciens la transmet « comme étant de Paul »[57]. Jérôme et Augustin, en Occident, finiront par la recevoir avec tout le corpus paulinien, et les conciles africains la listeront parmi les Écritures[58].
Les témoins anciens : l'Église reçoit ses Écritures
Le Nouveau Testament n'est pas tombé du ciel en 367 : chaque génération, depuis les apôtres, a cité, copié et lu les livres que la suivante recevrait. La chaîne des témoins est continue, et elle commence à l'intérieur même du Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament se cite lui-même comme Écriture
Saint Paul, écrivant à Timothée, cite côte à côte le Deutéronome et l'évangile de Luc sous le même mot d'« Écriture » : « L'Écriture dit : Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain, et : L'ouvrier mérite son salaire »[59]. La seconde citation est une parole de Jésus qu'on ne trouve que dans Luc[60] : dès les années 60, un évangile est donc cité au même rang que Moïse. Saint Pierre, de son côté, range « toutes les lettres de notre bien-aimé frère Paul » parmi « les autres Écritures », que les ignorants tordent « comme d'ailleurs les autres Écritures »[61]. Et l'Apocalypse se clôt sur une garde solennelle : « Si quelqu'un y ajoute, Dieu lui ajoutera les fléaux décrits dans ce livre »[62].
Les Pères apostoliques : Clément, Ignace, Polycarpe
Clément de Rome, troisième successeur de Pierre, écrit vers 96 aux Corinthiens en citant Matthieu, Luc, Romains, 1 Corinthiens, Hébreux et Jacques : son épître est tissée d'Écritures néotestamentaires déjà traitées en autorités[63]. Ignace d'Antioche, conduit au martyre vers 107, cite Paul, Matthieu et Jean dans ses sept lettres écrites sur la route de Rome[64]. Polycarpe de Smyrne, disciple de Jean, écrit vers 110-140 aux Philippiens en citant abondamment Paul, 1 Pierre et 1 Jean[65]. Trois évêques, trois régions, une même Bible en usage : Rome, Antioche, Smyrne lisent déjà les mêmes apôtres.
La Didachè, petit manuel syrien du tournant du Ier siècle, cite l'évangile de Matthieu, notamment le Notre Père dans sa forme matthéenne, et règle la prière et l'eucharistie sur lui[66]. Le Pasteur d'Hermas, très lu à Rome au IIe siècle, sera finalement tenu hors du canon tout en restant un livre édifiant : la preuve que l'Église savait distinguer un livre utile d'un livre inspiré, et que la popularité ne suffisait pas à canoniser.
Justin et la lecture du dimanche
Vers 155, saint Justin, philosophe devenu martyr, décrit à l'empereur Antonin le culte dominical des chrétiens : « Le jour qu'on appelle jour du Soleil, tous ceux qui habitent les villes ou les campagnes se rassemblent en un même lieu, et on lit les Mémoires des apôtres ou les écrits des prophètes, aussi longtemps que le temps le permet »[67]. Les « Mémoires des apôtres », précise-t-il, « sont appelés évangiles ». Dès le milieu du IIe siècle, les évangiles sont donc lus à l'assemblée au même titre que les prophètes : le canon liturgique précède le canon juridique, et c'est l'autel qui a fait la liste avant les conciles.
« On lit les Mémoires des apôtres ou les écrits des prophètes, aussi longtemps que le temps le permet. » — Saint Justin, Première Apologie, 67[68]
Irénée et les quatre évangiles
Vers 180, saint Irénée de Lyon constate que les hérétiques de son temps retiennent chacun un seul évangile — ébionites Matthieu, marcionites Luc mutilé, valentiniens Jean — et répond que l'Église en reçoit quatre, parce que l'Évangile est un, quadriforme comme les quatre Vivants et comme les quatre vents[69]. L'argument vaut ce qu'il vaut comme cosmologie, mais le fait qu'il suppose est décisif : vers 180, de Lyon à Rome, personne dans l'Église ne discute le chiffre de quatre. Un demi-siècle après la mort de Jean, le dossier des évangiles est clos dans les faits.
Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène
Tertullien, à Carthage vers 200, manie déjà un Nouveau Testament complet contre Marcion : quatre évangiles, Actes, treize lettres de Paul, Apocalypse de Jean, 1 Jean, 1 Pierre, Jude[70]. Clément d'Alexandrie, vers 200, cite tous les livres sauf peut-être 2 Pierre et 3 Jean, et raconte la mort de Jean à Éphèse d'après la tradition des presbytres[71]. Origène, au IIIe siècle, énumère les quatre évangiles, les Actes, les quatorze lettres de Paul en comptant les Hébreux, 1 Pierre, 1 Jean et l'Apocalypse, tout en notant les doutes qui courent sur 2 Pierre, 2 et 3 Jean, Jacques et Jude : le tableau d'Eusèbe, qui le rapporte, est celui d'un homme qui sait exactement quels livres sont reçus partout et lesquels sont encore discutés quelque part[72].
Les manuscrits : le contrôle des papyrus et des codex
Les livres du Nouveau Testament nous sont parvenus dans plus de 5 800 manuscrits grecs, auxquels s'ajoutent quelque 10 000 manuscrits latins et 9 000 dans les autres langues anciennes : aucun livre de l'Antiquité n'approche une telle abondance[73]. Le détail de cette transmission est exposé dans Les manuscrits de la Bible ; on n'en retient ici que ce qui touche au canon : les plus anciens témoins confirment que les livres reçus circulaient déjà aux Ier et IIe siècles, et aucun manuscrit ancien ne propose un Nouveau Testament concurrent.
Les papyrus : l'Écriture copiée dès le IIe siècle
| Papyrus | Contenu | Datation courante | Conservation |
|---|---|---|---|
| P52 | Jean 18 (Jésus devant Pilate) | Première moitié du IIe siècle, vers 125-150 | Bibliothèque John Rylands, Manchester |
| P90 | Jean 18-19 | IIe siècle | Oxford |
| P104 | Matthieu 21 | IIe siècle | Hambourg |
| P46 | Paul (Romains aux Thessaloniciens) | Vers 200 | Chester Beatty, Dublin, et Michigan |
| P66 | Évangile de Jean presque entier | Vers 200 | Bodmer, Cologny |
| P75 | Luc et Jean | Fin IIe-début IIIe siècle | Bodmer, Cologny et Vatican |
| P45 | Évangiles et Actes | Première moitié du IIIe siècle | Chester Beatty, Dublin |
Le P52, minuscule fragment de 9 centimètres sur 6 portant sept lignes de Jean 18 au recto et au verso, est le plus ancien témoin matériel du Nouveau Testament[74]. Découvert en Égypte, il prouve que l'évangile de Jean, tenu par une partie de l'exégèse pour une œuvre du milieu du IIe siècle, circulait déjà sous forme de codex en Égypte dans la première moitié du IIe siècle : la datation tardive s'effondre devant un morceau de papyrus. La paléographie ne donne jamais une année au jour près, et les débats récents ont élargi prudemment la fourchette : mais personne ne conteste que le fragment appartient au IIe siècle, ce qui suffit à ruiner l'hypothèse d'un Jean composé vers 150-170[75].
Le P46, recueil des lettres de Paul copié vers 200, contient déjà Romains, Hébreux (placée en second, juste après Romains : l'Orient la tenait donc pour paulinienne), Corinthiens, Éphésiens, Galates, Philippiens, Colossiens et Thessaloniciens[76]. Le corpus paulinien circulait ainsi relié en un seul volume dès la fin du IIe siècle : les Églises ne collectionnaient pas des lettres éparses, elles conservaient un corps d'écrits.
Les grands codex : le canon relié
Au IVe siècle apparaissent les grandes Bibles sur parchemin qui réunissent Ancien et Nouveau Testament en un seul volume : le Codex Vaticanus (vers 325-350) et le Codex Sinaiticus (vers 330-360), suivis de l'Alexandrinus et de l'Ephraemi[77]. Le Sinaiticus contient la totalité des 27 livres, plus la lettre de Barnabé et le Pasteur d'Hermas en appendice édifiant : la distinction entre livres canoniques et livres utiles y est déjà visible dans la reliure elle-même. Le Vaticanus s'interrompt en cours d'Hébreux par la perte de ses derniers cahiers, mais son Nouveau Testament suit l'ordre reçu.
Ces codex sont à peu près contemporains du concile de Nicée (325) et de la lettre d'Athanase (367) : au moment où l'Église fixe la liste, les scribes relient déjà les mêmes livres. La décision ne crée pas la collection, elle la constate et la scelle.
Les listes anciennes : de Muratori à Athanase
Entre les citations des Pères et les décisions des conciles s'intercale une série de listes qui montrent le canon en train de se refermer. Aucune ne donne encore les 27 d'un coup, et c'est précisément ce qui fait leur valeur : elles prouvent que le résultat final n'a été ni improvisé ni imposé, mais décanté.
| Date | Liste ou témoin | Contenu essentiel |
|---|---|---|
| Vers 144 | Marcion, canon hérétique | Luc expurgé + 10 lettres de Paul : le contre-modèle rejeté |
| Vers 170-200 | Fragment de Muratori (Rome) | 4 évangiles, Actes, 13 lettres de Paul, Jude, Apocalypses de Jean et de Pierre |
| Vers 180 | Saint Irénée, Lyon | Les 4 évangiles, Paul, Actes, 1 Pierre, 1 Jean, Apocalypse, Pasteur cité |
| Début IIIe s. | Tertullien, Carthage | 4 évangiles, Actes, 13 Paul, Apocalypse, 1 Jean, 1 Pierre, Jude |
| Vers 230-250 | Origène, Alexandrie | 4 évangiles, Actes, 14 Paul avec Hébreux, 1 Pierre, 1 Jean, Apocalypse ; doutes notés sur Jacques, Jude, 2 Pierre, 2-3 Jean |
| Vers 320-325 | Eusèbe, Césarée | Reçus partout, contestés, apocryphes : le tableau complet |
| 367 | Athanase, 39e lettre festale | Les 27 livres, ni plus ni moins |
| 393-419 | Hippone, Carthage, Innocent Ier | La liste devient loi de l'Église latine |
Le fragment de Muratori : Rome vers 170-200
Découvert en 1740 par Ludovico Muratori dans un manuscrit du VIIIe siècle de la bibliothèque Ambrosienne de Milan, copié d'un original latin lui-même traduit du grec, le fragment énumère les livres lus dans l'Église de Rome[78]. Il reçoit les quatre évangiles (le début manque, Matthieu et Marc sont perdus avec la première page), les Actes, treize lettres de Paul (toutes sauf les Hébreux), Jude, deux lettres de Jean, la Sagesse de Salomon en appendice, l'Apocalypse de Jean et même celle de Pierre, que « certains ne veulent pas qu'on lise à l'église ». Manquent à l'appel : Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 3 Jean.
Deux lectures s'affrontent sur sa date : la traditionnelle, vers 170-200, appuyée sur une allusion au Pasteur d'Hermas écrit « tout récemment, de notre temps » sous l'épiscopat de Pie Ier, et une minoritaire qui le vieillit au IVe siècle[79]. Dans les deux cas, le document atteste qu'à Rome, le noyau du Nouveau Testament — évangiles, Actes, Paul — était déjà fixé, et que la discussion ne portait que sur les marges : exactement les livres qu'Eusèbe classera plus tard parmi les contestés.
Eusèbe et les trois corbeilles
Vers 320-325, Eusèbe de Césarée dresse dans son Histoire ecclésiastique le premier état complet du dossier. Il range les livres en trois catégories : les homologoumena, reconnus par tous (quatre évangiles, Actes, quatorze lettres de Paul dont les Hébreux, 1 Jean, 1 Pierre, et l'Apocalypse si l'on veut) ; les antilegomena, contestés (Jacques, Jude, 2 Pierre, 2 et 3 Jean) ; et les notha, apocryphes à rejeter (Actes de Paul, Pasteur, Apocalypse de Pierre, Barnabé, Didachè)[80]. Le tableau est précieux parce qu'il est honnête : Eusèbe ne cache ni les doutes ni les abus, et son inventaire recoupe exactement les 27 livres finaux, à six discussions près qui se résoudront toutes en faveur de la réception.
La lettre festale 39 : Athanase tranche en 367
À Pâques 367, saint Athanase, patriarche d'Alexandrie et vainqueur de l'arianisme à Nicée, adresse à ses Églises d'Égypte sa 39e lettre festale et y énumère les livres « divinisés » de l'Ancien puis du Nouveau Testament : quatre évangiles, Actes, sept lettres catholiques dans l'ordre que nous connaissons, quatorze lettres de Paul avec les Hébreux placée entre les Thessaloniciens et les pastorales, et l'Apocalypse[81]. C'est la première liste conservée qui donne exactement nos 27 livres, ni plus ni moins, et Athanase est aussi le premier à appliquer aux livres le mot de « canonisés ».
« Que personne n'y ajoute, que personne n'en retranche. » — Saint Athanase, 39e lettre festale, Pâques 367[82]
Athanase distingue soigneusement trois rangs : les livres canoniques, les livres à lire aux catéchumènes (Sagesse, Siracide, Esther, Judith, Tobie), et les apocryphes à rejeter, « invention des hérétiques »[83]. Le discernement est donc à trois étages, pas à deux : entre l'Écriture et le rebut subsiste une zone de livres bons à lire sans être canoniques, où l'Occident placera plus tard le Pasteur et la Didachè.
Les décisions de l'Église : Rome, Hippone, Carthage, Trente
Les conciles n'ont pas choisi les livres comme on vote un programme : ils ont enregistré le consentement des Églises et l'ont rendu obligatoire. Chaque décision reprend la précédente en la confirmant, et la chaîne est sans rupture de 382 à 1546.
Le synode de Rome, Hippone, Carthage
En 382, un synode réuni à Rome sous le pape Damase Ier promulgue une liste des Écritures reçues, transmise par le Décret dit de Gélase : les 27 livres du Nouveau Testament y figurent dans l'ordre que nous connaissons[84]. L'attribution exacte du document est discutée entre spécialistes, mais son contenu damasien est tenu pour substantiellement romain et du IVe siècle : c'est à cette époque que Jérôme, secrétaire de Damase, se voit confier la révision latine qui deviendra la Vulgate.
En 393, le synode d'Hippone, auquel participe saint Augustin encore prêtre, fixe le canon des Écritures « reçues dans l'Église » : 27 livres pour le Nouveau Testament, nommés un par un, évangiles, Actes, lettres de Paul avec les Hébreux, catholiques et Apocalypse[85]. En 397, le IIIe concile de Carthage reprend la liste à l'identique et demande qu'elle soit confirmée outre-mer, c'est-à-dire à Rome[86]. Le concile de Carthage de 419 la répète encore, et le pape Innocent Ier, écrivant en 405 à Exupère de Toulouse, donne la même liste comme règle de l'Église romaine[87]. Quatre décisions en vingt-six ans, Afrique et Rome, Orient avec Athanase : l'unanimité est faite avant la fin du IVe siècle.
Trente, Vatican I, Vatican II
Le concile de Trente, à sa IVe session le 8 avril 1546, définit solennellement le canon face aux contestations protestantes : il reçoit « tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, tels qu'ils se trouvent dans l'ancienne édition vulgate latine », et frappe d'anathème qui ne les recevrait pas comme sacrés et canoniques[88]. La liste jointe au décret nomme les 27 livres un par un. Trente n'invente rien : le décret reprend mot pour mot le canon d'Hippone et de Carthage, vieux de onze siècles.
Le concile Vatican I, dans la constitution Dei Filius du 24 avril 1870, enseigne que les livres saints, « écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ont Dieu pour auteur »[89]. Léon XIII, dans Providentissimus Deus (18 novembre 1893), en tire la conséquence : « il est absolument interdit de restreindre l'inspiration à certaines parties seulement de l'Écriture, ou de concéder que l'auteur sacré lui-même se soit trompé »[90]. Le concile Vatican II, dans Dei Verbum (18 novembre 1965), rappelle que la Tradition apostolique a fait connaître à l'Église « le canon intégral des livres sacrés », et que les quatre évangiles, dont il affirme l'origine apostolique, « ont été fidèlement transmis »[91].
« La sainte mère Église, conformément à la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties. » — Concile de Trente, session IV, décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546[92]
Nicée n'a pas fixé le canon : la légende et les faits
Contrairement à une légende tenace, popularisée par le roman Da Vinci Code (2003) dont un personnage affirme que le concile aurait choisi les évangiles par un vote sous la pression de Constantin[93], le premier concile œcuménique, réuni à Nicée en 325 contre l'arianisme, n'a rien décidé sur le canon biblique : ses vingt canons disciplinaires et son symbole règlent la foi trinitaire, la date de Pâques et la discipline du clergé, sans aucune liste d'Écritures[94].
Loin d'imposer une Bible, Constantin a supposé une collection déjà reconnue : au début des années 330, il commande à Eusèbe de Césarée cinquante exemplaires des Écritures pour les nouvelles églises de Constantinople[95]. Une telle commande suppose qu'on sache déjà quels livres copier : l'empereur fait relier, il ne fait pas voter.
Quand Athanase énumère ses 27 livres en 367, il n'y a donc ni création constantinienne ni vote surprise : il y a la mise par écrit d'un usage déjà unanime[96].
Les trois critères : apostolicité, orthodoxie, réception
Pourquoi ces 27 livres et pas d'autres ? L'Église n'a jamais voté au hasard : trois critères, déjà visibles chez les Pères, ont guidé le discernement. L'apostolicité : le livre doit venir d'un apôtre ou de son entourage immédiat — Marc auprès de Pierre, Luc auprès de Paul. L'orthodoxie, ou catholicité de la doctrine : le livre doit s'accorder avec la règle de foi confessée partout — c'est ce qui exclut les évangiles gnostiques. Et la réception liturgique : le livre doit être lu depuis longtemps dans les assemblées de nombreuses Églises, et pas seulement d'une secte — c'est ce qui a fait attendre les petites lettres peu diffusées, puis les a fait entrer quand leur usage s'est répandu[97][98].
Marcion : le faux canon amputé
Vers 144, le riche armateur Marcion, excommunié à Rome, constitue le premier « canon » connu — en creux : un Luc expurgé de tout ce qui sent le judaïsme, et dix lettres de Paul, sans pastorales ni Hébreux[99]. Il rejette l'Ancien Testament tout entier et oppose le Dieu de Jésus au Dieu des Juifs. L'Église répond sur les trois critères à la fois : Tertullien, dans son Contre Marcion, défend les quatre évangiles et l'intégrité de Luc et de Paul[100], et la réaffirmation du canon complet est pour une part une réponse à cette amputation. Le paradoxe est instructif : le premier à parler de canon est un hérétique, et c'est en le réfutant que l'Église a explicité le sien.
Théologie : ce que le Nouveau Testament révèle
Inspiration et inerrance : Dieu auteur, l'homme écrivain
L'Église enseigne que Dieu est l'auteur des Écritures : il a inspiré les auteurs humains qui, « agissant en hommes et usant de toutes leurs facultés », ont mis par écrit « tout ce que lui voulait, et cela seulement »[101]. L'inspiration n'écrase pas l'écrivain : Luc enquête, Paul dicte à Tertius qui salue lui-même les Romains[102], Jean médite et contemple. Le Catéchisme résume : l'Écriture est à la fois parole de Dieu et parole d'hommes, sans que l'humanité de l'instrument altère la vérité du message[103].
De l'inspiration découle l'inerrance : « les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées en vue de notre salut »[104]. Certains lisent la finale comme une restriction aux seules vérités salutaires ; l'herméneutique de la continuité l'interdit : un concile ne contredit pas Providentissimus Deus, et la proposition dit pourquoi Dieu a fait consigner cette vérité, non sur quoi porterait l'inerrance[105]. Les Actes du concile montrent d'ailleurs que les Pères ont refusé d'en restreindre la portée.
« Les livres saints, écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur. » — Concile Vatican I, constitution Dei Filius, ch. 2, 24 avril 1870[106]
Le Christ, clef des Écritures
Le Nouveau Testament a un centre unique, et il le dit lui-même : le Christ. « Scrutez les Écritures : elles rendent témoignage à mon sujet », dit Jésus aux Juifs[107]. Paul ne veut « rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié »[108]. Et la première lettre de Jean ouvre sur le Verbe de vie « que nous avons entendu, que nous avons vu de nos yeux »[109]. Tout le canon converge vers la personne de Jésus : les évangiles la racontent, les Actes la propagent, les lettres l'expliquent, l'Apocalypse la couronne.
Cette centralité fonde la lecture typologique que l'Église n'a jamais abandonnée : l'Agneau pascal annonce l'Agneau immolé[110], le serpent d'airain élevé au désert annonce le Fils de l'homme élevé sur la croix[111], la manne annonce le pain vivant descendu du ciel[112]. Le Nouveau Testament lui-même lit ainsi l'Ancien, et autorise l'Église à continuer : « tout cela leur est arrivé comme des figures, et a été écrit pour nous avertir »[113].
L'unité des deux Testaments
Il n'y a pas deux dieux, l'un sévère dans l'Ancien, l'autre doux dans le Nouveau : Marcion l'a proposé, l'Église l'a condamné. Le Dieu qui pardonne à Ninive dans Jonas est le Père qui court au-devant du prodigue dans Luc ; le Dieu qui conclut l'alliance au Sinaï est celui qui la scelle dans le sang du Christ[114]. Le Nouveau Testament cite l'Ancien plus de trois cents fois explicitement, et y fait allusion des milliers de fois : Matthieu seul ponctue son récit de « cela arriva pour que s'accomplît »[115]. Un canon coupé de sa racine serait une fleur en vase ; le canon à 73 livres est un arbre entier.
Le Nouveau Testament dans la prière de l'Église
Le canon ne vit pas dans les bibliothèques : il vit à l'autel. Chaque dimanche, la messe proclame un évangile, précédé d'une lecture apostolique — Actes, lettres ou Apocalypse — et encadré de psaumes : en trois ans de cycle dominical, le fidèle entend l'essentiel du Nouveau Testament[116]. Les fêtes du Seigneur suivent l'évangile pas à pas : Annonciation, Noël, Baptême, Transfiguration, Rameaux, Passion, Pâques, Ascension, Pentecôte. Le lectionnaire est le canon mis en bouche, année après année.
La Liturgie des Heures fait de même chaque jour : psaumes de l'Ancien, puis lecture brève du Nouveau, cantiques de Zacharie, de Marie et de Siméon tirés de Luc[117]. Les Églises orientales lisent l'Apocalypse avec réserve dans l'office, fidèles à leur ancienne prudence, mais les évangiles et les lettres y sont omniprésents. Et la piété personnelle suit : le chapelet médite les mystères évangéliques, le chemin de croix rejoue la Passion selon les quatre récits, la lectio divina rumine une péricope jusqu'à la prière[118].
« L'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ. » — Saint Jérôme, prologue du Commentaire sur Isaïe[119]
La Réforme et les livres contestés
Sur le Nouveau Testament, catholiques et protestants lisent les mêmes 27 livres : la Réforme n'a rien retranché du second Testament, et c'est un fait œcuménique de première importance. Mais Martin Luther a émis de graves réserves sur quatre livres qu'il plaçait en fin de volume, sans numérotation : Hébreux, Jacques, Jude et l'Apocalypse, les antilegomena de l'ancienne Église[120]. Sa préface de 1522 à Jacques est restée célèbre : comparée à Jean, Romains ou 1 Pierre, l'épître lui semblait une « épître de paille », parce qu'elle n'annoncerait pas assez le Christ et insisterait trop sur les œuvres[121].
Luther appliquait ici un critère personnel, le was Christum treibet, « ce qui pousse le Christ » : est apostolique ce qui annonce le Christ avec force, quel qu'en soit l'auteur présumé[122]. Jacques 2, « la foi sans les œuvres est morte », heurtait sa doctrine de la justification par la foi seule, et l'Apocalypse lui semblait obscure. Il garda pourtant les quatre livres dans sa Bible, et les luthériens postérieurs revinrent à l'ordre reçu : la Confession d'Augsbourg ne définit d'ailleurs aucun canon distinct, et les Bibles protestantes actuelles impriment les 27 livres dans l'ordre catholique[123].
La réponse catholique tient en deux points. D'abord, le critère n'est pas l'impression du lecteur, fût-il génial, mais le discernement de l'Église : Eusèbe notait déjà les hésitations sur Jacques et Jude, et c'est l'Église entière, en connaissance de cause, qui les a reçus[124]. Ensuite, Jacques ne contredit pas Paul : Paul combat les œuvres de la Loi sans la foi, Jacques combat la foi sans les œuvres — deux fronts d'un même combat, que la lettre aux Éphésiens tient ensemble : « sauvés par la grâce, par le moyen de la foi », et « créés pour les bonnes œuvres »[125].
Les apocryphes : pourquoi ils ne sont pas dans le canon
Si l'Église a reçu 27 livres, elle en a écarté des dizaines d'autres : évangiles dits de Thomas, de Pierre, de Philippe, de Marie, Actes de Paul et de Thècle, Apocalypse de Pierre, lettres du Pseudo-Clément. La question est légitime : sur quels motifs, et ces exclus ne valaient-ils pas les élus ?
Le premier motif est la date : la plupart de ces écrits sont du IIe au IVe siècle, postérieurs aux apôtres dont ils usurpent le nom. L'évangile de Thomas, recueil de paroles découvert à Nag Hammadi en 1945, est parfois daté par ses partisans du Ier siècle, mais sa forme achevée, son milieu syrien et son parfum gnostique le situent plus probablement au IIe siècle, hors de la mémoire apostolique directe[126]. Le second motif est la doctrine : ces textes contredisent la règle de foi — le Christ fantomatique des docètes, les cosmologies émanatistes, les révélations secrètes réservées à quelques-uns. Le troisième est la réception : aucun n'a jamais été lu dans l'ensemble des Églises comme Écriture ; au mieux, comme le Pasteur ou la Didachè, ils ont nourri la piété sans être canonisés[127].
L'objection du « choix arbitraire entre des évangiles équivalents » ne résiste pas à la comparaison des textes. Qu'on lise le récit de l'enfance selon Thomas — Jésus enfant façonnant des oiseaux d'argile qu'il fait s'envoler, ou maudissant un camarade qui tombe raide — à côté de la sobriété des quatre évangiles reçus, et la différence de nature saute aux yeux : d'un côté des prodiges merveilleux sans signification salvifique, de l'autre une histoire tissée d'accomplissements scripturaires et scellée par la Pâque[128]. Les Pères ne se sont pas trompés de dossier : ils ont distingué la mémoire des apôtres des imaginations pieuses, comme Athanase distinguait les livres canoniques, les livres à lire et les inventions des hérétiques[129].
« Ce ne sont pas des fables que nous vous avons fait connaître, la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ : nous avons vu sa majesté de nos propres yeux. » — Saint Pierre, 2 Pierre 1, 16[130]
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
Depuis deux siècles, une partie de l'exégèse contemporaine propose de redater la plupart des livres et d'en réattribuer plusieurs : Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, Jean vers 90-110 voire plus tard, les pastorales et 2 Pierre pseudépigraphes du IIe siècle, Daniel transposé ici par analogie. Ces hypothèses dominent largement l'université, et un article honnête doit les exposer loyalement avant de montrer leurs fragilités[131].
Deux siècles de reconstructions : Baur, Tübingen, la critique des sources
En 1835, David Friedrich Strauss publie sa Vie de Jésus et traite les évangiles comme des mythes ; l'école de Tübingen, autour de Ferdinand Christian Baur, reconstruit tout le Nouveau Testament comme le conflit entre un christianisme pétrinien judéo-chrétien et un christianisme paulinien, avec des écrits de conciliation datés du IIe siècle[132]. Au XXe siècle, la critique des sources, des formes puis de la rédaction affine le tableau sans en changer le présupposé : les évangiles seraient des compositions communautaires tardives, les différences entre eux des inventions théologiques, les prophéties du Christ sur la chute du Temple des mises par écrit après 70[133].
Les fragilités de méthode : présupposés, cercles, silences
Première fragilité : le présupposé anti-surnaturel. Si l'on pose d'avance qu'une prophétie précise est impossible, tout texte qui l'annonce est forcément postérieur à l'événement : la datation tardive n'est plus une conclusion, c'est la prémisse. C'est le même mécanisme qui a fait dater Daniel au IIe siècle avant notre ère : Porphyre, au IIIe siècle, niait déjà la prophétie, et Jérôme lui répondait déjà[134].
Deuxième fragilité : la datation circulaire. On date Marc vers 70 parce qu'il annonce la ruine du Temple, puis on date Matthieu et Luc après Marc parce qu'ils l'auraient copié, puis on date les pastorales après Paul parce que l'Église qu'elles décrivent ressemblerait à celle du IIe siècle — chaque étage reposant sur le précédent, sans point d'ancrage indépendant[135].
Troisième fragilité : l'argument du silence. Paul ne citerait pas les évangiles écrits, donc ils n'existeraient pas encore : mais Paul écrit des lettres de circonstance à des convertis qui connaissent déjà l'Évangile prêché, non des traités qui citeraient des livres en forme. Et le silence se retourne : si les évangiles étaient des compositions tardives du IIe siècle, comment expliquer que le P52 porte déjà Jean en Égypte dans la première moitié du IIe siècle, que Justin lise les Mémoires des apôtres au culte vers 155, et qu'Irénée constate quatre évangiles incontestés vers 180[136][137] ?
Quatrième fragilité : la confusion entre possibilité littéraire et preuve historique. Qu'un texte puisse être l'œuvre d'un disciple écrivant sous le nom du maître ne prouve pas qu'il le soit : la pseudépigraphie antique existe, mais l'Église ancienne la rejetait comme fraude pieuse, et aucun Père n'a jamais suggéré que les pastorales ou 2 Pierre fussent des faux vénérables[138]. L'hypothèse suppose chez les premiers chrétiens une désinvolture avec le faux que leurs propres textes démentent : Paul met en garde contre les lettres qu'on lui attribuerait faussement[139].
La voie catholique : critique des textes, oui ; dissolution, non
L'Église ne refuse pas la science des textes : Pie XII, dans Divino Afflante Spiritu (30 septembre 1943), a ouvert l'étude des genres littéraires et des langues orientales, et la Commission biblique pontificale, dans L'interprétation de la Bible dans l'Église (1993), juge les méthodes historico-critiques « indispensables » tout en rappelant leurs limites[140][141]. Benoît XVI, dans Verbum Domini (30 septembre 2010), demande une exégèse exercée « dans la foi de l'Église », qui ne sépare pas le Jésus de l'histoire du Christ de la foi[142].
Concrètement, le catholique peut admettre des secrétaires (Tertius pour Romains), des traductions (le Matthieu hébreu devenu grec), des retouches éditoriales (la finale de Marc, la femme adultère, le chapitre 21 de Jean reçus comme canoniques dans leur forme transmise), sans abandonner ni les auteurs apostoliques ni le Ier siècle[143]. Ce qu'il refuse, c'est de transformer des hypothèses révisables en verdicts définitifs, et de donner à une reconstruction savante plus d'autorité qu'à vingt siècles de réception unanime, scellée par les martyrs qui sont morts avec ces livres[144][145].
« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » — Jésus, Évangile selon saint Marc 13, 31[146]
Pour aller plus loin
- Comment la Bible a-t-elle été formée ? : la formation de l'ensemble des 73 livres, Ancien et Nouveau Testament.
- Le canon de l'Ancien Testament : les 46 livres du Premier Testament, article jumeau de celui-ci.
- Les manuscrits de la Bible : papyrus, codex, transmission du texte.
- La Septante : la Bible grecque des apôtres.
- La Vulgate : la Bible latine de saint Jérôme.
- L'interprétation catholique de la Bible : les principes de lecture dans l'Église.
- Comment lire la Bible catholiquement ? : entrer dans l'Écriture par la prière.
- Le sens spirituel de l'Écriture : les quatre sens de la lecture croyante.
- Quelle Bible acheter ? : choisir une bonne édition pour lire et prier.
- La Bible : vue d'ensemble de l'Écriture Sainte.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : la liste des 46 livres de l'Ancien et des 27 du Nouveau Testament. Mame-Plon, 1992.
1 5 6Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, Décret sur les Écritures canoniques : réception de tous les livres avec toutes leurs parties, anathème contre qui ne les reçoit pas. DS 1501-1505.
2 17 88 92 145Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament : Its Origin, Development, and Significance, Clarendon Press, Oxford, 1987 : l'ouvrage de référence sur la formation du canon, ses étapes et ses critères.
3 97 138Frederick F. Bruce, The Canon of Scripture, InterVarsity Press, Downers Grove, 1988 : formation du canon, objections courantes et réponses.
4 11 98Première lettre de saint Pierre, 1, 1 : les élus étrangers de la Dispersion. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
7 9Lettre de saint Jacques, 1, 1 : aux douze tribus de la Dispersion. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
8Lettre de saint Jude, 1 : à ceux qui sont appelés. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
10Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, ch. 1 (origine des évangiles) et ch. 11, § 8 (les quatre évangiles). Vers 180. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
12 37 40 45 48 69 144Actes des Apôtres, 1, 1-3 : le prologue à Théophile et le second tome de Luc. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
13Lettre de saint Paul à Philémon, 1-25 : le billet en faveur d'Onésime. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
14Première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens, 1, 1 : Paul, Silvain et Timothée à l'Église de Thessalonique. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
15Lettre aux Hébreux, 5, 5-10 : le Christ grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
16P46 (Chester Beatty II) : recueil des lettres de Paul copié vers 200, avec les Hébreux placée en second après Romains. Bibliothèque Chester Beatty, Dublin, et université du Michigan.
18 76Saint Athanase d'Alexandrie, 39e lettre festale, Pâques 367 : première liste conservée des 27 livres exactement, et distinction des livres canoniques, des livres à lire et des apocryphes. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
19 81 82 83 96 129Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 25 (les trois catégories : reconnus, contestés, apocryphes) et III, 39 (Papias sur Matthieu et Marc). Vers 320-325. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
20 38 39 41 56 80 124 127Livre de l'Apocalypse, 1, 1-3 et 1, 9 : la Révélation confiée à Jean, exilé à Patmos ; la béatitude du lecteur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
21 22 24Livre de l'Apocalypse, 22, 18-20 : la garde du livre et « Oui, je viens bientôt ». Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
23 62Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 17-20 : l'économie du Nouveau Testament et les évangiles d'origine apostolique. Texte sur vatican.va.
25Catéchisme de l'Église catholique, § 101-102 : le Christ, centre et cœur de toute l'Écriture. Mame-Plon, 1992.
26Évangile selon saint Luc, 24, 13-35 et 24, 44-48 : Emmaüs et l'accomplissement des Écritures. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
27 28Actes des Apôtres, 8, 26-39 : Philippe et l'eunuque sur Isaïe 53. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
29Actes des Apôtres, 13, 32-33 : Dieu a accompli pour les enfants ce qu'il avait promis aux pères. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
30Catéchisme de l'Église catholique, § 129 : le Nouveau caché dans l'Ancien, l'Ancien dévoilé dans le Nouveau. Mame-Plon, 1992.
31Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73 : le Nouveau caché dans l'Ancien. Traduction : Bibliothèque augustinienne.
32Catéchisme de l'Église catholique, § 115-119 : les sens de l'Écriture, littéral et spirituels. Mame-Plon, 1992.
33Évangile selon saint Jean, 1, 14 et 1, 18 : le Verbe fait chair qui fait connaître le Père. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
34Évangile selon saint Matthieu, 27, 51-54 : le voile déchiré et la confession du centurion. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
35Actes des Apôtres, 2, 14-21 : Pierre à la Pentecôte et la prophétie de Joël. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
36Lettre de saint Paul aux Colossiens, 4, 14 : Luc, le médecin bien-aimé. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
42Évangile selon saint Luc, 1, 1-4 : la préface de l'historien à Théophile. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
43Actes des Apôtres, 28, 30-31 : Paul à Rome, prêchant sans obstacle. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
44Évangile selon saint Jean, 19, 35 : celui qui a vu a rendu témoignage. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
46Commission biblique pontificale, réponse De quarto evangelio, 29 mai 1907 : l'apôtre Jean auteur du quatrième évangile, valeur historique, chapitre 21 authentique. Actes du Saint-Siège.
47Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 18 : l'origine apostolique des quatre évangiles. Texte sur vatican.va.
49Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 19 : l'historicité des quatre évangiles. Texte sur vatican.va.
50Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 15, 3-5 : le credo transmis et reçu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
51Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, vers 96 : citations de Matthieu, Luc, Romains, 1 Corinthiens, Hébreux. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
52 63Polycarpe de Smyrne, Lettre aux Philippiens, vers 110-140 : citations de Paul, 1 Pierre, 1 Jean. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
53 65Fragment de Muratori, liste romaine des livres reçus, datation traditionnelle vers 170-200 : quatre évangiles, Actes, treize lettres de Paul, Jude, Apocalypses de Jean et de Pierre. Manuscrit du VIIIe siècle, bibliothèque Ambrosienne de Milan ; publié par Ludovico Muratori en 1740.
54 78Lettre de saint Paul aux Philippiens, 1, 1 : aux saints avec leurs épiscopes et diacres. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
55Origène, Homélies sur l'épître aux Hébreux, fragment conservé par Eusèbe (Histoire ecclésiastique, VI, 25) : « qui a écrit l'épître, Dieu seul le sait ». Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
57Synode d'Hippone, 393, canon 36 (transmis par le Breviarium Hipponense) : la liste des Écritures reçues, 27 livres pour le Nouveau Testament. Texte dans les collections conciliaires.
58 85Première lettre de saint Paul à Timothée, 5, 18 : l'Écriture cite le Deutéronome et la parole de Luc. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
59Évangile selon saint Luc, 10, 7 : l'ouvrier mérite son salaire, parole citée comme Écriture. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
60Deuxième lettre de saint Pierre, 3, 15-16 : les lettres de Paul rangées parmi les Écritures. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
61Ignace d'Antioche, Lettres (Éphésiens, Romains, Smyrniotes...), vers 107 : citations de Paul, Matthieu et Jean sur la route du martyre. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
64Didachè, manuel syrien du tournant du Ier siècle, ch. 8-9 : le Notre Père matthéen et la prière eucharistique. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
66Saint Justin, Première Apologie, 66-67, vers 155 : les Mémoires des apôtres lus au culte dominical avec les prophètes. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
67 68 137Tertullien, Contre Marcion, vers 207-208, et De la prescription contre les hérétiques, vers 200 : les quatre évangiles et l'intégrité de Luc et Paul. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
70 100Clément d'Alexandrie, Stromates et Hypotyposes (par fragments chez Eusèbe), vers 200 : citations de tout le Nouveau Testament et tradition sur Jean à Éphèse. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
71Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 25 : le canon d'Origène, quatre évangiles, quatorze lettres de Paul, doutes notés. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
72Bruce M. Metzger, Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration, Oxford University Press, 4e éd., 2005 : l'abondance des manuscrits grecs et l'histoire du texte.
73P52 (Papyrus Rylands Greek 457) : Jean 18, 31-33 au recto et 37-38 au verso, fragment de codex trouvé en Égypte, daté par la paléographie de la première moitié du IIe siècle. Bibliothèque John Rylands, Manchester.
74 136Sur la fourchette exacte : la datation vers 125 de C. H. Roberts reste la référence courante, avec des propositions élargies (Brent Nongbri, 2005 ; Pasquale Orsini et Willy Clarysse, fourchette 125-175). L'appartenance au IIe siècle n'est pas contestée.
75Codex Vaticanus (vers 325-350, Bibliothèque vaticane) et Codex Sinaiticus (vers 330-360, British Library et Leipzig) : les grandes Bibles du IVe siècle réunissant Ancien et Nouveau Testament.
77Sur la datation du fragment : position traditionnelle (IIe siècle, allusion à Pie Ier) et proposition d'une date au IVe siècle (Albert Sundberg, 1968). Le contenu romain et ancien reste admis dans les deux cas.
79Synode de Rome, 382, sous Damase Ier : liste des Écritures transmise par le Décret dit de Gélase. Contenu substantiellement romain du IVe siècle, attribution discutée entre spécialistes.
84IIIe concile de Carthage, 397, canon 47 : reprise de la liste d'Hippone et demande de confirmation à Rome ; répété à Carthage en 419. Texte dans les collections conciliaires.
86Pape Innocent Ier, lettre Consulenti tibi à Exupère de Toulouse, 405 : la liste des livres reçus comme règle romaine. Texte dans les collections pontificales.
87Concile Vatican I, constitution Dei Filius, ch. 2, 24 avril 1870 : les livres saints ont Dieu pour auteur. DS 3006.
89 106Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 : interdiction de restreindre l'inspiration ou de concéder l'erreur de l'auteur sacré. DS 3291.
90 105Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 7-10 : la Tradition apostolique fait connaître le canon intégral. Texte sur vatican.va.
91Dan Brown, Da Vinci Code, Doubleday, New York, 2003, ch. 55 : le personnage de Teabing affirme que le concile de Nicée aurait choisi les évangiles par vote. Roman, sans valeur historique.
93Premier concile de Nicée, 325 : vingt canons disciplinaires et symbole de foi contre l'arianisme, sans aucune liste d'Écritures. Texte dans les collections conciliaires.
94Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, IV, 36, 337-339 : la commande impériale de cinquante exemplaires des Écritures pour les églises de Constantinople. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
95Marcion, excommunié à Rome vers 144 : canon amputé (Luc expurgé, dix lettres de Paul), rejet de l'Ancien Testament. Connu par Tertullien, Irénée et Épiphane.
99Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 11 : l'inspiration et l'inerrance de l'Écriture. Texte sur vatican.va.
101 104Lettre de saint Paul aux Romains, 16, 22 : Tertius, le secrétaire, salue lui-même. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
102 143Catéchisme de l'Église catholique, § 105-108 : Dieu auteur de l'Écriture, l'inspiration, la vérité enseignée. Mame-Plon, 1992.
103Évangile selon saint Jean, 5, 39 et 5, 46-47 : les Écritures témoignent du Christ, Moïse a écrit de lui. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
107Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 2, 2 : ne savoir que Jésus Christ crucifié. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
108Première lettre de saint Jean, 1, 1-3 : le Verbe de vie entendu, vu, touché. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
109Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 5, 7 : notre agneau pascal immolé, le Christ. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
110Évangile selon saint Jean, 3, 14-15 : le serpent élevé annonce le Fils de l'homme élevé. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
111Évangile selon saint Jean, 6, 32-35 : la manne et le pain vivant descendu du ciel. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
112Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, 10, 6 et 10, 11 : les événements anciens arrivés comme figures. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
113Catéchisme de l'Église catholique, § 128-130 : l'unité de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mame-Plon, 1992.
114Évangile selon saint Matthieu, 1, 22-23 : cela arriva pour que s'accomplît la parole d'Isaïe. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
115Ordo Lectionum Missae, 1969 : le cycle dominical de trois ans et les lectures apostoliques. Typis Polyglottis Vaticanis.
116Liturgia Horarum, 1971-1972 : cantiques évangéliques de Luc (Benedictus, Magnificat, Nunc dimittis) et lectures brèves du Nouveau Testament. Typis Polyglottis Vaticanis.
117Guigues II le Chartreux, L'échelle des moines (Scala Paradisi), XIIe siècle : les quatre degrés de la lectio divina, lecture, méditation, prière, contemplation. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
118Saint Jérôme, prologue du Commentaire sur Isaïe, vers 408 : l'ignorance des Écritures est l'ignorance du Christ. Traduction : Sources Chrétiennes, Cerf.
119Martin Luther, préfaces au Nouveau Testament allemand, septembre 1522 : réserves sur Hébreux, Jacques, Jude et l'Apocalypse, relégués en fin de volume. Édition de Weimar (Weimarer Ausgabe).
120Martin Luther, préface à l'épître de Jacques, 1522 : l'« épître de paille » comparée à Jean, Romains et 1 Pierre. Propos retiré des éditions postérieures, dossier conservé dans la Weimarer Ausgabe.
121Martin Luther, préface au Nouveau Testament, 1522 : le was Christum treibet, ce qui annonce le Christ, comme pierre de touche de l'apostolicité. Weimarer Ausgabe.
122Martin Luther, Bible allemande complète, Wittenberg, Hans Lufft, 1534 puis 1545 : les quatre livres maintenus dans le volume, ordre traditionnel rétabli par la suite. Weimarer Ausgabe.
123Lettre de saint Paul aux Éphésiens, 2, 8-10 : sauvés par la grâce, créés pour les bonnes œuvres. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
125Évangile selon Thomas, recueil de paroles découvert à Nag Hammadi (Haute-Égypte) en 1945, codex copte du IVe siècle traduisant un original grec du IIe siècle probable. Traduction : Bibliothèque copte de Nag Hammadi, Presses de l'université Laval.
126Évangile selon Thomas, paroles 7-8 (les oiseaux d'argile, le camarade maudit) : le merveilleux infantile sans portée salvifique, à comparer à la sobriété des quatre évangiles. Même édition.
128Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 16-18 : non des fables, mais des témoins oculaires de la majesté. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
130Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, 1993 : méthodes historico-critiques indispensables mais insuffisantes sans la Tradition vivante. Texte sur vatican.va.
131 141Ferdinand Christian Baur, école de Tübingen, et David Friedrich Strauss, La vie de Jésus, 1835-1836 : les évangiles lus comme mythes et comme conflit judéo-chrétiens contre paulinisme. Ouvrages princeps.
132Rudolf Bultmann, Histoire de la tradition synoptique, 1921 : les évangiles comme compositions communautaires ; présupposé de l'impossibilité du miracle et de la prophétie. Ouvrage princeps.
133Porphyre, Contre les chrétiens, livre XII (IIIe siècle, par fragments), et saint Jérôme, Commentaire sur Daniel, prologue et livre I (vers 407) : la datation tardive niée par l'antiquité païenne, réfutée par le docteur. Texte latin : Sources Chrétiennes, Cerf.
134Claude Tresmontant, Le Christ hébreu, François-Xavier de Guibert, Paris, 1983, et Les évangiles écrits en hébreu : l'ancrage sémitique et la datation haute des évangiles. Ouvrages princeps.
135Deuxième lettre de saint Paul aux Thessaloniciens, 2, 2 : ne pas se laisser ébranler par une prétendue lettre de Paul. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
139Pie XII, encyclique Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : l'étude des genres littéraires et des langues orientales au service de l'exégèse. Texte sur vatican.va.
140Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, 30 septembre 2010 : l'exégèse dans la foi de l'Église, le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi inséparables. Texte sur vatican.va.
142Évangile selon saint Marc, 13, 31 : le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
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