Comment lire la Bible catholiquement ?

Comment lire la Bible en catholique : par où commencer, la méthode simple de la lecture quotidienne, les trois règles de l'Église pour comprendre juste, que faire des passages difficiles, et prier avec la liturgie.

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Lire la Bible en catholique, c'est d'abord une rencontre avant d'être une étude : Dieu parle, et le lecteur écoute. L'Église exhorte chaque fidèle à acquérir, « par la lecture fréquente des divines Écritures, la science éminente de Jésus-Christ »[1], car « l'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ »[2]. Cet article est un guide pratique : par où commencer, comment s'y prendre chaque jour, quelles règles suivre pour comprendre juste, que faire des passages difficiles, et comment laisser la liturgie guider la lecture.

Lire en catholique, cela change trois choses concrètes. D'abord, on ne lit jamais seul : on lit avec l'Église, qui a reçu ces livres, fixé leur liste et appris à les comprendre depuis vingt siècles[3]. Ensuite, on cherche quelqu'un plus qu'un savoir : le Christ, « Parole unique » que Dieu dit à travers toutes les paroles de l'Écriture[4]. Enfin, on lit en priant : « la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s'établisse un dialogue entre Dieu et l'homme »[5].

Ce guide suppose connu le cadre que d'autres articles exposent pour lui-même : la formation du canon et la liste des livres inspirés dans La Bible, la doctrine des sens de l'Écriture dans Le sens spirituel de l'Écriture, le choix d'une bonne édition dans Quelle Bible acheter ?, et la voie priante par excellence, la lectio divina, dans Comment grandir dans la lectio divina (avec ses pièges dans Les erreurs fréquentes concernant la lectio divina et ses témoins dans Que disent les saints sur la lectio divina ?). Ici, on apprend le geste quotidien du lecteur.

Pourquoi lire la Bible, et pourquoi en catholique ?

Dieu parle, et il parle pour être écouté

La foi catholique ne voit pas la Bible comme un recueil de sagesse ancienne parmi d'autres, mais comme la Parole de Dieu adressée aux hommes. « La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu'elles constituent, pour l'Église, son point d'appui et sa vigueur et, pour les enfants de l'Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle »[6]. On n'ouvre donc pas ce Livre comme on ouvre un manuel : on l'ouvre comme on décroche quand quelqu'un nous appelle.

« L'Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l'offrir aux fidèles. » — Concile Vatican II, Dei Verbum, § 21[7]

S'il y a deux tables à la messe, la Parole et l'Eucharistie, c'est que le chrétien se nourrit deux fois : lire la Bible dans la semaine, c'est déjà prendre place à la première table.

Une soif ancienne, une invitation pressante

Bien avant l'imprimerie, les moines copiaient la Bible à la main pour la lire chaque jour : la Règle de saint Benoît réserve chaque jour un temps important à la lecture divine[8]. Après Gutenberg (Bible imprimée vers 1455), le Livre devient accessible au peuple chrétien ; après le concile Vatican II, l'Église demande que « l'accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens »[9]. Le pape François résume l'invitation avec la simplicité qui est la sienne :

« Où les trouve-t-on [les réponses du Seigneur] ? Dans l'Évangile, à tenir toujours sous la main et à ouvrir chaque jour quelques fois, pour recevoir une Parole de vie qui nous est adressée. » — Pape François, Angélus du 16 octobre 2022[10]

Et dans la même allocution, le conseil répété « tant de fois » : « ayez un petit Évangile de poche, dans votre poche, dans votre sac, et ainsi, quand vous avez une minute, ouvrez et lisez quelque chose, et le Seigneur répondra »[11].

Ce que lire en catholique n'est pas

Trois malentendus à écarter d'emblée. D'abord, lire la Bible en catholique, ce n'est pas lire seul face au texte en décidant soi-même du sens : l'article Pourquoi les catholiques ne suivent-ils pas la sola Scriptura ? montre pourquoi l'Écriture se reçoit avec la Tradition et le Magistère, et non contre eux. Ensuite, ce n'est pas accumuler du savoir : « le christianisme est la religion de la "Parole" de Dieu, "non d'un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant" »[12]. Enfin, ce n'est pas tout comprendre du premier coup : l'Écriture est un fleuve, disait saint Grégoire le Grand, « à la fois peu profond et profond, où l'agneau trouve pied et où l'éléphant nage au large »[13]. Le débutant y marche, le savant y nage, et tous deux y boivent.

En quelques dates : vingt siècles de lecteurs

  1. 382-405
    Jérôme traduit la Vulgate

    À Bethléem, saint Jérôme traduit l'Écriture en latin à partir de l'hébreu et du grec : pendant plus de mille ans, l'Occident lira la Bible dans sa version[14].

  2. VIe siècle
    Benoît fait de la lecture une règle

    La Règle de saint Benoît fait de la lecture divine un temps quotidien obligatoire : la lectio devient le cœur de la vie monastique[15].

  3. 1173-1176
    Guigues II décrit l'échelle des moines

    Prieur de la Grande Chartreuse, Guigues II nomme les quatre degrés de la lecture priante : lecture, méditation, prière, contemplation[16].

  4. 1455
    Gutenberg imprime la Bible

    La Bible devient le premier grand livre imprimé d'Occident : le peuple chrétien peut désormais posséder l'Écriture[17].

  5. 1546
    Trente fixe le canon

    Face à la Réforme, le concile de Trente confirme solennellement la liste des 73 livres reçus[18].

  6. 1893-1943
    L'Église encourage l'étude savante

    Léon XIII (Providentissimus Deus, 1893) puis Pie XII (Divino Afflante Spiritu, 1943) poussent les catholiques à étudier la Bible avec toutes les ressources de la science, au service du sens littéral[19].

  7. 1965
    Vatican II : Dei Verbum

    Le Concile exhorte tous les fidèles à la lecture fréquente des Écritures et fixe les règles de l'interprétation catholique[20].

  8. 1993-2010
    De la Commission biblique à Verbum Domini

    La Commission biblique pontificale (1993) situe la méthode historico-critique à sa juste place ; Benoît XVI (Verbum Domini, 2010) recommande la lectio divina à tous les fidèles[21].

Ce que l'Église tient pour acquis avant d'ouvrir le Livre

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Avant la première page, le lecteur catholique reçoit quatre certitudes. Elles ne sont pas des conclusions de sa lecture : elles en sont le point de départ, garanti par la foi de l'Église.

Une Parole inspirée, sans erreur

« Notre sainte Mère l'Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ils ont Dieu pour auteur »[22]. Et puisque « toutes les assertions des auteurs inspirés doivent être tenues pour assertions de l'Esprit Saint », ces livres « enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut »[23]. Léon XIII l'avait formulé sans détour :

« Les Écritures divines, telles qu'elles nous ont été livrées par les écrivains sacrés, sont exemptes de toute erreur. » — Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus (1893)[24]

Concrètement, quand un passage semble contredire la foi ou un autre passage, le lecteur catholique conclut qu'il n'a pas encore compris, et non que le texte s'est trompé : l'erreur est cherchée du côté de sa lecture, jamais posée dans la Parole.

Un double auteur : Dieu et les écrivains sacrés

Dieu est l'auteur principal, mais il s'est servi d'hommes « véritables auteurs », avec leur langue, leur culture et leur manière de raconter[25]. C'est pourquoi l'Église demande de considérer les genres littéraires : « c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques »[26]. On ne lit pas un psaume comme un procès-verbal, ni une parabole comme un reportage, ni l'Apocalypse comme un journal : Pie XII demandait à l'exégète de « discerner et reconnaître quels genres littéraires les auteurs de cet âge antique ont voulu employer »[27], en cherchant d'abord ceci :

« Il leur faut avant tout s'appliquer à discerner et à déterminer ce sens des mots bibliques qu'on appelle le sens littéral. » — Pie XII, Divino Afflante Spiritu (1943)[28]

La foi en l'inspiration n'exempte donc pas d'apprendre à lire : elle oblige au contraire à lire mieux, en respectant ce que chaque auteur a voulu dire.

Un seul dessein, un seul centre : le Christ

« À travers toutes les paroles de l'Écriture Sainte, Dieu ne dit qu'une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier »[29]. C'est le Christ lui-même qui a donné la clé, sur la route d'Emmaüs, « commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait » (Lc 24, 27)[30]. L'Ancien Testament prépare, annonce et préfigure ; le Nouveau accomplit et dévoile : « le Nouveau se cache dans l'Ancien et dans le Nouveau l'Ancien se dévoile »[31]. Le lecteur catholique lit donc tout l'Ancien Testament vers le Christ, et tout le Nouveau Testament depuis le Christ : les grandes préfigurations (Adam, Isaac, l'agneau pascal, le serpent d'airain, Melchisédech) sont cataloguées dans Les figures du Christ dans l'Ancien Testament.

Soixante-treize livres reçus de l'Église

La Bible catholique compte 73 livres : 46 pour l'Ancien Testament et 27 pour le Nouveau[32]. Ce n'est pas le lecteur qui a choisi cette liste : c'est l'Église qui l'a discernée et fixée — conciles de Rome (382), d'Hippone (393) et de Carthage (397), puis solennellement Trente (IVe session, 1546)[33] — et c'est elle qui la garantit. Les sept livres propres aux catholiques sont défendus dans Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?, l'histoire complète de la formation du canon dans Comment la Bible a-t-elle été formée ?, et celle des listes ancienne et nouvelle dans Le canon de l'Ancien Testament et Le canon du Nouveau Testament. Retenir l'essentiel suffit ici : on reçoit le sommaire avant de lire les chapitres.

Les dispositions du lecteur : avec quel cœur ouvrir ?

On ne lit bien que ce qu'on aime, et on n'écoute bien que celui en qui on croit. Avant toute méthode, la lecture catholique demande quatre dispositions intérieures.

La foi qui écoute avant de discuter

Le premier geste n'est pas de comprendre, mais de croire que Quelqu'un parle. Saint Augustin, encore incroyant et déchiré, entendit un jour dans un jardin de Milan la voix d'un enfant qui chantait : « Prends et lis, prends et lis »[34]. Il ouvrit l'épître aux Romains au passage où ses yeux tombèrent — « conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour […] ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ » (Rm 13, 13-14)[35] — et « toute l'obscurité du doute s'évanouit »[36]. La leçon vaut pour chaque lecteur : la Bible ne se prouve pas avant de se lire, elle se prouve en se lisant, parce que celui qui y parle s'y fait rencontrer.

L'humilité du débutant

Personne ne rougit de ne pas tout comprendre : l'Écriture dépasse tout lecteur, et c'est bon signe. Guigues II, prieur de Chartreuse au XIIe siècle, comparait la lecture sainte à un repas : la lecture met l'aliment à la bouche, la méditation le mastique, la prière en extrait la saveur, la contemplation en savoure la douceur[37]. Autrement dit, on ne dévore pas la Bible : on la rumine, lentement, un morceau à la fois. Le débutant qui bute sur un verset sur trois lit mieux que le curieux qui survole trois chapitres sans s'arrêter.

La prière avec la lecture

« Nous lui parlons quand nous prions, mais nous l'écoutons quand nous lisons les oracles divins »[38]. Saint Augustin disait de même à ses fidèles :

« Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis, c'est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c'est toi qui parles avec Dieu. » — Saint Augustin, cité par Benoît XVI[39]

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Concrètement : commencer par un signe de croix et une demande simple (« Seigneur, parle-moi »), lire peu, puis répondre en peu de mots. Saint Josémaria Escriva rappelait que « la lecture a fait beaucoup de saints »[40] : non la lecture qui accumule, mais celle qui devient prière.

La persévérance des petits pas

Le découragement est l'ennemi numéro un du lecteur : on commence la Genèse en janvier, on s'enlise dans le Lévitique en février, on abandonne en mars. La parade catholique tient en trois habitudes : même heure, même lieu, même petite quantité. Quinze minutes chaque matin valent mieux que trois heures le dimanche une fois par mois. Et les jours sans goût n'annulent rien : la fidélité dans la sécheresse est déjà une réponse au Seigneur qui parle. Les moyens concrets de tenir (temps, lieu, Évangile d'abord, trace écrite, silence) sont détaillés dans Comment grandir dans la lectio divina, et les faux pas à éviter dans Les erreurs fréquentes concernant la lectio divina.

Par où commencer et dans quel ordre lire

Le premier principe : l'Évangile d'abord

La Bible n'est pas un roman qui se lit de la première à la dernière page : c'est une bibliothèque, et on entre dans une bibliothèque par la porte principale. Pour le chrétien, cette porte est l'Évangile :

« Les Évangiles sont le cœur de toutes les Écritures, en tant qu'ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l'enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 125[41]

Commencer par l'Évangile selon saint Marc (le plus court, le plus direct) ou selon saint Jean (le plus contemplatif), puis lire les Actes des Apôtres (la suite de Luc : la naissance de l'Église), et en parallèle un psaume par jour : voilà le parcours qui a fait ses preuves pour un débutant.

Trois parcours selon où l'on en est

ParcoursLivres, dans l'ordreRythme indicatif
Découvrir (premiers mois)Marc, puis Jean, puis les Actes ; un psaume par jour en parallèle10 à 15 minutes par jour
S'enraciner (première année)Matthieu et Luc ; Genèse et Exode en récits fondateurs ; Philippiens, Jacques, 1 Jean ; Psaumes chaque jour15 à 20 minutes par jour
Approfondir (années suivantes)Lettres de Paul dans l'ordre, prophètes avec l'aide de notes, livres sapientiaux, Apocalypse en dernier et jamais seul20 à 30 minutes par jour
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Ce tableau est un exemple, pas une loi : l'essentiel est de commencer petit et de tenir. Les prophètes et l'Apocalypse demandent des clés (genres littéraires, contexte, notes d'une édition approuvée) : les aborder sans guide décourage plus qu'ils n'éclairent.

Ce qu'il vaut mieux éviter au début

Première erreur classique : vouloir tout lire dans l'ordre, de la Genèse à l'Apocalypse, comme un roman. On traverse les récits fondateurs avec joie, puis on s'échoue sur les lois du Lévitique ou les généalogies des Chroniques, et on referme le Livre pour un an. Deuxième erreur : s'attaquer d'emblée aux textes les plus mystérieux (Ézéchiel, Daniel, Apocalypse) sans les clés de lecture de l'Église. Troisième erreur : picorer au hasard, un verset ici, un chapitre là, sans jamais suivre un livre d'un bout à l'autre : on collectionne des phrases et on ne rencontre personne.

Quel texte choisir

Une phrase suffit ici, car le sujet a son guide : lire une Bible catholique complète (73 livres), dans une traduction approuvée, avec des notes qui portent l'imprimatur — voir Quelle Bible acheter ?. Les notes en bas de page ne sont pas un luxe de savant : pour un débutant, elles valent un compagnon de route qui signale les genres littéraires, les passages parallèles et les sens possibles. Le texte entendu à la messe est celui de la traduction liturgique (AELF) : retrouver chaque dimanche les lectures du jour sur aelf.org et les relire dans la semaine, c'est déjà un plan de lecture tout tracé[42].

La séance quotidienne, simplement

Cinq gestes qui suffisent

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Voici une séance-type de quinze à vingt minutes, à la portée d'un débutant et jamais abandonnée par les avancés :

  1. Choisir un court passage (dix à quinze versets, pas un chapitre entier), de préférence suivi d'un jour à l'autre dans le même livre.
  2. Lire lentement, deux fois, à voix basse si possible : la première pour découvrir, la seconde pour s'arrêter sur le mot ou la phrase qui « accroche ».
  3. S'arrêter sur ce mot et le ruminer : que dit-il du Christ ? que dit-il de moi ? Un seul mot retenu vaut mieux qu'un chapitre survolé.
  4. Répondre au Seigneur en peu de mots : une demande, un merci, un pardon, une offrande. La lecture devient prière.
  5. Garder une phrase pour la journée, apprise par cœur ou notée dans un carnet : elle reviendra d'elle-même dans les contrariétés du jour.

Quand on ne comprend rien

Cela arrivera souvent, et ce n'est pas un échec : saint Pierre lui-même signale que certaines pages des lettres de Paul sont difficiles à comprendre (2 P 3, 16)[43]. Trois réflexes catholiques : noter la question au lieu de s'y noyer ; avancer sans s'arrêter des heures sur une obscurité (le clair expliquera l'obscur plus tard) ; demander — à la note en bas de page, au Catéchisme, à l'homélie du dimanche, à un prêtre. L'eunuque éthiopien lisait Isaïe sur son char sans y rien comprendre, jusqu'à ce que Philippe monte près de lui pour le guider (Ac 8, 30-31)[44]. Personne ne lit bien tout seul : l'eunuque avait Philippe, nous avons l'Église.

Pour aller plus loin dans la prière : les quatre questions de la lectio divina

Quand la séance simple est devenue une habitude, Benoît XVI propose d'approfondir avec les quatre temps de la lectio divina[45] :

ÉtapeNomLa question à se poser
1. LecturelectioQue dit en soi le texte biblique ?
2. MéditationmeditatioQue nous dit le texte biblique ?
3. PrièreoratioQue disons-nous au Seigneur en réponse à sa parole ?
4. ContemplationcontemplatioQuelle conversion de l'esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ?

Benoît XVI ajoute l'essentiel :

« La lectio divina ne s'achève pas comme dynamique tant qu'elle ne débouche pas dans l'action (actio), qui porte l'existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité. » — Benoît XVI, Verbum Domini, § 87[46]

Le chemin complet — degrés, croissance, pièges, témoins — est exposé dans Comment grandir dans la lectio divina : on s'y reportera quand la soif grandit.

Les trois règles d'or pour comprendre juste

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L'Église ne laisse pas le lecteur sans boussole : « la Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger »[47], et le Concile donne trois critères que le Catéchisme reprend[48].

L'unité de toute l'Écriture

Première règle : « porter une grande attention au contenu et à l'unité de toute l'Écriture »[49]. Concrètement, l'obscur s'éclaire par le clair : un verset difficile se comprend à la lumière des passages limpides sur le même sujet, jamais l'inverse. Et jamais on ne bâtit une doctrine sur un verset isolé : une phrase sortie de son chapitre, de son livre et de l'ensemble peut faire dire au texte le contraire de ce qu'il dit. Le lecteur vérifie donc toujours le contexte avant de conclure.

La Tradition vivante de l'Église

Deuxième règle : « lire l'Écriture dans la Tradition vivante de toute l'Église »[50]. Saint Augustin l'avouait : « Je ne croirais pas à l'Évangile, si l'autorité de l'Église catholique ne m'y poussait »[51]. Vingt siècles de Pères, de conciles, de liturgie et de saints ont déjà lu ces pages avant nous : leurs lectures éprouvées (homélies, commentaires, Catéchisme) protègent des lubies personnelles. « Tout ce qui concerne la manière d'interpréter l'Écriture est finalement soumis au jugement de l'Église »[52] : non pour brider l'intelligence, mais pour la garder dans le vrai.

L'analogie de la foi

Troisième règle : « être attentif à l'analogie de la foi »[53], c'est-à-dire à la cohérence de chaque vérité avec l'ensemble de la foi. Une interprétation qui contredirait un dogme défini (la Trinité, l'Incarnation, la présence réelle) est fausse par définition, quelle que soit son ingéniosité : Dieu ne se contredit pas. C'est le garde-fou qui écarte d'office les lectures sectaires et les lubies : si ma lecture contredit la foi de l'Église, c'est ma lecture qu'il faut corriger.

Le sens littéral d'abord, toujours

Saint Thomas d'Aquin a fixé la hiérarchie que le Catéchisme reprend :

« Tous les sens de la Sainte Écriture trouvent leur appui dans le sens littéral. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 1, a. 10, cité par le Catéchisme § 116[54]

Avant de chercher ce qu'un texte veut dire pour moi, on cherche donc ce que l'auteur inspiré a voulu dire à ses premiers lecteurs. Les beaux sens spirituels viennent ensuite, jamais à la place : l'article Le sens spirituel de l'Écriture expose cette doctrine (allégorique, moral, anagogique) pour elle-même. Retenir la hiérarchie suffit ici : le littéral porte, le spirituel éclaire.

La règle de la charité, test de toute interprétation

Saint Augustin donne un critère admirable de simplicité : l'accomplissement et la fin de toute l'Écriture, c'est le double amour de Dieu et du prochain[55]. Dès lors :

« Celui qui croit comprendre les Écritures, mais dont l'interprétation ne construit pas ce double amour, ne les comprend pas encore comme il le devrait ; s'il en tire au contraire un sens propre à édifier la charité, son erreur n'est pas pernicieuse. » — Saint Augustin, De la doctrine chrétienne, I, 36[56]

Saint Jérôme dans son étude, Antonello de Messine, vers 1474. Wikimedia Commons, domaine public.

Autrement dit : une lecture qui rend plus aimant est sur la bonne voie ; une lecture qui rend dur, méprisant ou orgueilleux s'est trompée de chemin, même si elle cite juste.

Les passages difficiles : que faire ?

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Tôt ou tard, tout lecteur tombe sur une page qui choque ou qui rebute. Voici les quatre cas les plus fréquents, avec la clé catholique de chacun.

DifficultéExempleClé de lecture
Les paroles dures du Christ« Haïr » son père et sa mère (Lc 14, 26)Lire le mot fort dans sa langue : la traduction liturgique éclaire, « sans me préférer à son père, sa mère… »[57] ; le Christ demande la première place, non la haine
La violence de l'Ancien TestamentGuerres, massacres, vengeancesPédagogie divine progressive : ces livres « bien qu'ils contiennent de l'imparfait et du caduc » témoignent d'une vraie pédagogie de Dieu[58] ; tout y est « écrit pour notre instruction » (Rm 15, 4)[59]
Les psaumes de colèreAppels à la vengeance contre les ennemisLes prier avec le Christ, qui pardonne du haut de la croix : la colère du psalmiste devient l'aveu de nos propres ténèbres, remises à la miséricorde
Les chiffres et les visionsBêtes, sceaux, mille ans, dates de la finGenre apocalyptique : images codées pour des persécutés, non calendrier ; l'Église refuse de fixer la date de la fin (Mt 24, 36)[60]

Le langage fort de l'Orient

La Bible parle souvent avec des mots absolus là où nos langues modernes nuanceraient : « haïr » pour « aimer moins », « tous » pour « beaucoup », « jusqu'à la fin du monde » pour « pour toujours ». Ce n'est pas de l'exagération, c'est une manière de parler : les genres littéraires de l'époque l'exigent, et le Concile demande d'en tenir compte[61]. Quand Jésus dit qu'il faut « haïr » père et mère, la traduction liturgique rend fidèlement le sens : « sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants […] il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26)[62]. Le choc du mot ancien demeure pour réveiller ; son sens véritable n'écrase personne.

L'Ancien Testament, école avant d'être scandale

Les pages de violence de l'Ancien Testament troublent les lecteurs honnêtes, et c'est sain. La réponse de l'Église tient en deux mots : pédagogie progressive. Dieu a éduqué son peuple pas à pas, « comme un père », à travers des siècles de dureté ; ces récits gardent « une valeur impérissable » et « en eux se tient caché le mystère de notre salut »[63]. On les lit donc depuis le Christ : lui seul montre jusqu'où va l'amour de Dieu, et à cette lumière les ombres anciennes s'expliquent sans qu'on les efface ni qu'on les excuse mollement. L'Église « a toujours vigoureusement repoussé l'idée de rejeter l'Ancien Testament »[64] : le rejeter serait amputer l'Évangile de ses racines.

Ne jamais calculer la fin du monde

L'Apocalypse et les discours sur la fin fascinent et inquiètent. La règle catholique est nette : ces textes consolent des chrétiens persécutés avec des images, ils ne livrent pas un calendrier. Le Christ lui-même a dit : « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul » (Mt 24, 36)[65]. Toute prédiction datée contredit donc l'Écriture qu'elle prétend expliquer : on lit ces pages pour espérer, jamais pour calculer.

La Bible dans la vie liturgique : lire avec toute l'Église

La messe, école de lecture

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Le Concile l'enseigne avec force :

« Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême. C'est d'elle que sont tirés les textes qu'on lit et que l'homélie explique, ainsi que les psaumes que l'on chante. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, § 24[66]

Le conseil le plus simple pour progresser : arriver à la messe en ayant déjà lu les lectures. Les textes du dimanche sont disponibles à l'avance (missels, applications, aelf.org) : les lire la veille, même vite, change tout — on écoute au lieu de découvrir, et l'homélie devient « l'explication reçue de l'Église » au lieu d'un discours qu'on subit.

L'année liturgique, plan de lecture tout trouvé

Ambon du Sanctuaire national de l'Immaculée Conception, Washington. Photo : Farragutful, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, sans modification.

L'Église répartit les Évangiles sur trois années : Matthieu (année A), Marc (année B) puis Luc (année C), Jean revenant chaque année, notamment au temps pascal[67]. Suivre ce cycle, c'est lire toute la Bible en trois ans sans y penser : chaque dimanche apporte un passage de l'Ancien Testament, un psaume, une épître et un Évangile, choisis pour s'éclairer mutuellement. L'article L'Année liturgique détaille ce calendrier : le lecteur qui le suit ne lit jamais au hasard, il lit au rythme de toute l'Église.

Les psaumes, prière quotidienne de l'Église

Les 150 psaumes sont la prière que l'Église ne cesse jamais : prêtres, religieux et de plus en plus de laïcs les chantent chaque jour dans la Liturgie des Heures. Le Christ lui-même les a priés, jusque sur la croix. Pour le lecteur débutant, un psaume par jour — lu lentement, comme une prière et non comme un texte à comprendre — apprend tous les tons de la prière : louange, plainte, confiance, pardon. « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 118, 105)[68] : le psalmiste le chantait, le lecteur le vérifie.

Marie, modèle du lecteur

Nul n'a mieux lu l'Écriture que la Vierge Marie : devant les événements qu'elle ne comprenait pas encore, « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19)[69]. Retenir puis méditer : c'est exactement la méthode de cet article, avant la lettre. L'article Comment grandir dans la lectio divina la montre « première en lectio » : commencer chaque lecture en la lui confiant, c'est s'assurer la meilleure des maîtresses.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

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Le lecteur catholique croisera tôt ou tard des affirmations déroutantes : « Moïse n'a pas écrit le Pentateuque », « les Évangiles sont tardifs », « tel récit est une légende ». Cette section expose loyalement ce que propose une partie de l'exégèse contemporaine, puis montre pourquoi les positions traditionnelles restent défendables. Le dossier complet est déplié dans L'interprétation catholique de la Bible.

Ce que l'Église attend de la science biblique

L'Église n'a pas peur de la science : elle l'exige. Pie XII voulait des exégètes formés aux langues anciennes, à la critique textuelle et à l'archéologie, pour établir solidement le sens littéral[70]. La Commission biblique pontificale va jusqu'à dire de la méthode historico-critique qu'elle est « indispensable » à l'étude scientifique des textes anciens, car l'Écriture est aussi « parole de Dieu en langage humain », composée par des auteurs humains[71]. Manuscrits de la mer Morte, papyrus, inscriptions : ces découvertes — présentées dans Les manuscrits de Qumrân et Les manuscrits de la Bible — ont confirmé la fidélité de la transmission bien plus souvent qu'elles ne l'ont ébranlée. La science est donc la servante de la lecture croyante, jamais sa maîtresse.

Les positions traditionnelles d'abord

Avant toute hypothèse récente, voici ce que l'Église a reçu et n'a jamais abandonné : Moïse pour le Pentateuque, David et Salomon au cœur des Psaumes et des Sages, les prophètes pour les livres qui portent leur nom, les apôtres et leurs compagnons pour le Nouveau Testament[72]. Ces attributions s'appuient sur des témoins anciens (tradition juive, Pères des premiers siècles), sur des indices internes (le texte lui-même, ses revendications d'auteur, sa cohérence), sur la réception canonique (c'est sous ces noms que les livres ont été reçus comme Écriture) et sur l'usage liturgique (c'est ainsi qu'ils sont lus et priés depuis vingt siècles). Une remise en cause doit donc peser lourd pour l'emporter : l'ancienneté et la continuité d'un témoignage sont des preuves, pas des préjugés.

Les fragilités des reconstructions récentes

Une partie de l'exégèse contemporaine propose des datations tardives et des découpages en sources multiples. Le lecteur catholique les connaît sans les idolâtrer, car elles souffrent de fragilités récurrentes : des reconstructions hypothétiques présentées comme des faits (telle « source » n'existe dans aucun manuscrit) ; des datations circulaires (on date un texte tard parce qu'on suppose qu'une prophétie ne peut précéder l'événement, puis on prouve par cette date que la prophétie est après coup) ; un présupposé anti-surnaturel qui écarte d'avance miracle et prophétie, au lieu de les examiner ; l'argument du silence (tel événement n'est pas mentionné ailleurs, donc il n'a pas eu lieu) ; des extrapolations à partir de fragments incomplets. C'est pourquoi l'Église demande de ne jamais écrire « la recherche a démontré » quand il s'agit d'une hypothèse interprétative : on dira « une partie de l'exégèse contemporaine propose », puis on répondra.

Ni fondamentalisme, ni scepticisme

L'Église refuse les deux extrêmes avec la même netteté. D'un côté, la lecture fondamentaliste — tout prendre au pied de la lettre matérielle en ignorant les genres littéraires et l'histoire — est « dangereuse », car elle « offre des interprétations pieuses mais illusoires » et « invite à une sorte de suicide intellectuel »[73]. De l'autre, l'exégèse qui dissout le texte en ne gardant que des hypothèses trahit sa mission : la méthode historico-critique « n'implique par elle-même aucun a priori » quand elle est bien employée, mais elle doit rester ouverte aux autres approches et ne pas se combiner avec un système philosophique qui déciderait d'avance du résultat[74]. Entre les deux : la lecture catholique — un texte vrai, lu dans son genre littéraire, reçu dans la Tradition, ordonné au Christ.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine (18 novembre 1965), § 25 : « De même le saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ, et notamment les membres des ordres religieux, à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, "la science éminente de Jésus Christ" (Ph 3, 8). "En effet, l'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ." » Texte officiel : vatican.va.

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 133 : « L'Église "exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, 'la science éminente de Jésus-Christ' (Ph 3, 8). 'En effet, ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ' (S. Jérôme, Is. prol. : PL 24, 17B)" (Dei Verbum 25). »

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 113 : « Lire ensuite l'Écriture dans "la Tradition vivante de toute l'Église". »

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  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 102 : « À travers toutes les paroles de l'Écriture Sainte, Dieu ne dit qu'une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3). »

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  5. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 25 : « Qu'ils se rappellent aussi que la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s'établisse un dialogue entre Dieu et l'homme, car "nous lui parlons quand nous prions, mais nous l'écoutons quand nous lisons les oracles divins". »

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  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 131 : « "La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu'elles constituent, pour l'Église, son point d'appui et sa vigueur et, pour les enfants de l'Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle" (DV 21). Il faut "que l'accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens" (DV 22). »

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  7. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 21 : « L'Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l'offrir aux fidèles. »

    7
  8. Règle de saint Benoît (VIe siècle), chap. 48 : partage de la journée entre travail manuel, prière commune et lecture divine (lectio divina), avec un temps de lecture obligatoire chaque jour — matrice de la vie monastique occidentale.

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  9. Pape François, Angélus, place Saint-Pierre, dimanche 16 octobre 2022 (29e dimanche du temps ordinaire, année C, sur Lc 18, 1-8) : « Où les trouve-t-on [les réponses du Seigneur] ? Dans l'Évangile, à tenir toujours sous la main et à ouvrir chaque jour quelques fois, pour recevoir une Parole de vie qui nous est adressée » ; et : « ayez un petit Évangile de poche, dans votre poche, dans votre sac, et ainsi, quand vous avez une minute, ouvrez et lisez quelque chose, et le Seigneur répondra ». Texte : vatican.va.

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 108 : « Le christianisme est la religion de la "Parole" de Dieu, "non d'un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant" (S. Bernard, hom. miss. 4, 11). »

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  11. Saint Grégoire le Grand, Moralia in Job (Commentaire moral sur Job), épître dédicatoire à Léandre de Séville, § IV : l'Écriture est comme un fleuve « à la fois peu profond et profond, où l'agneau trouve pied et où l'éléphant nage au large » (nous traduisons). Original vérifié : « It is, as it were, a kind of river, if I may so liken it, which is both shallow and deep, wherein both the lamb may find a footing, and the elephant float at large. »

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  12. Saint Jérôme (v. 347-420), retiré à Bethléem, traduit l'Ancien Testament depuis l'hébreu et révise le Nouveau Testament sur le grec (382-405) : la Vulgate, Bible de tout l'Occident latin pendant plus de mille ans. Voir l'article La Vulgate.

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  13. Guigues II le Chartreux (9e prieur de la Grande Chartreuse, élu 1173, mort 1188 ou 1193), lettre sur la vie contemplative dite Échelle des moines (Scala claustralium) : les quatre degrés de la lecture sainte sont la lecture, la méditation, la prière et la contemplation (latin lectio, meditatio, oratio, contemplatio), comparés aux temps d'un repas — mettre l'aliment à la bouche, le mastiquer, en extraire la saveur, en savourer la douceur.

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  14. Bible dite « de Gutenberg », Mayence, vers 1455 : premier grand livre imprimé en Occident avec des caractères mobiles — l'Écriture devient matériellement accessible au peuple chrétien.

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  15. Catéchisme, § 120 (citant DS 1501-1504 : décret du concile de Trente, IVe session, 8 avril 1546, sur le canon des Écritures). Les conciles de Rome (382), d'Hippone (393) et de Carthage III (397) avaient déjà reçu la même liste ; voir l'article La Bible pour l'histoire complète du canon.

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  16. Pie XII, Divino Afflante Spiritu (1943), sur le sens littéral : « il leur faut avant tout s'appliquer à discerner et à déterminer ce sens des mots bibliques qu'on appelle le sens littéral. Ils doivent mettre le plus grand soin à découvrir ce sens littéral des mots au moyen de la connaissance des langues, en s'aidant du contexte et de la comparaison avec les passages analogues. »

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  17. Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini (30 septembre 2010), § 86 (« La lecture orante de la Sainte Écriture et la lectio divina ») : « Le Synode a insisté à plusieurs reprises sur l'exigence d'une approche priante du texte sacré comme élément fondamental de la vie spirituelle de tout croyant […] La Parole de Dieu est, en effet, à la base de toute spiritualité chrétienne authentique » ; citant saint Augustin : « Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis, c'est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c'est toi qui parles avec Dieu. » Texte : vatican.va.

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  18. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 11 : « Notre sainte Mère l'Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint (cf. Jn 20, 31 ; 2 Tm 3, 16 ; 2 P 1, 19-21 ; 3, 15-16), ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été transmis comme tels à l'Église elle-même » ; « puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l'Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut. »

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  19. Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus sur les Saintes Écritures (18 novembre 1893) : les Écritures divines, « telles qu'elles nous ont été livrées par les écrivains sacrés, sont exemptes de toute erreur ». Texte : vatican.va.

    24
  20. Catéchisme de l'Église catholique, § 105 (citant Dei Verbum, § 11) : l'Église « juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été transmis comme tels à l'Église elle-même ».

    25
  21. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12 : « Pour découvrir l'intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les "genres littéraires". Car c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d'autres genres d'expression. »

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  22. Pie XII, encyclique Divino Afflante Spiritu sur les études bibliques (30 septembre 1943) : l'exégète doit « discerner et reconnaître quels genres littéraires les auteurs de cet âge antique ont voulu employer et ont réellement employés » — « pourvu toutefois que le genre employé ne répugne en rien à la sainteté ni à la vérité de Dieu ». Texte : vatican.va.

    27
  23. Luc 24, 27 (disciples d'Emmaüs), traduction liturgique : « Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait » ; cf. Lc 24, 44.

    30
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 129 : « "Le Nouveau se cache dans l'Ancien et dans le Nouveau l'Ancien se dévoile" (S. Augustin, Hept. 2, 73 ; cf. DV 16). »

    31
  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : « Elle comporte pour l'Ancien Testament 46 (45, si l'on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179 ; 1334-1336 ; 1501-1504) », suivis de la liste complète des 73 livres.

    32
  26. Saint Augustin, Confessions, livre VIII, chap. 12, §§ 28-30 : dans le jardin de Milan, une voix d'enfant chante « Prends et lis, prends et lis » (latin reçu : Tolle, lege) ; Augustin ouvre l'épître aux Romains et lit Rm 13, 13-14, sur quoi « toute l'obscurité du doute s'évanouit » (nous traduisons). Original vérifié : « Take up and read; take up and read » ; « No further would I read, nor did I need; for instantly, as the sentence ended — by a light, as it were, of security infused into my heart — all the gloom of doubt vanished away. » Texte : newadvent.org/fathers/110108.htm.

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  27. Romains 13, 13-14, traduction liturgique AELF (vérifiée sur aelf.org et sur le texte intégral AELF de la bibliothèque) : « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ; ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour en satisfaire les convoitises. »

    35
  28. Saint Josémaria Escriva, Chemin, chap. « Prière », point 116 : « La lecture a fait beaucoup de saints » (nous traduisons). Original vérifié : « Don't neglect your spiritual reading. — Reading has made many saints. » Texte : escriva.org.

    40
  29. Catéchisme de l'Église catholique, § 125 : « Les Évangiles sont le cœur de toutes les Écritures "en tant qu'ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l'enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur" (DV 18). » Formule vérifiée mot à mot sur vatican.va.

    41
  30. Lectures de la messe du jour et des dimanches à venir : le site de l'Association épiscopale liturgique pour les pays francophones, aelf.org (rubriques « La messe » et « La Bible »), donne le texte liturgique officiel entendu à la messe.

    42
  31. 2 Pierre 3, 16 : saint Pierre signale que les lettres de Paul contiennent des passages difficiles à comprendre, que les ignorants déforment — d'où la patience et le recours à l'Église face aux obscurités.

    43
  32. Actes 8, 30-31 : sur la route de Gaza, Philippe rejoint l'eunuque éthiopien qui lit Isaïe sans comprendre et monte près de lui pour le guider — figure du lecteur qui accepte d'être guidé.

    44
  33. Benoît XVI, Verbum Domini, § 87 : la lectio divina « est capable d'ouvrir au fidèle le trésor de la Parole de Dieu, et de provoquer ainsi la rencontre avec le Christ, Parole divine vivante » ; ses quatre temps : lecture (« que dit en soi le texte biblique ? »), méditation (« que nous dit le texte biblique ? »), prière (« que disons-nous au Seigneur en réponse à sa parole ? »), contemplation (« quelle conversion de l'esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? », cf. Rm 12, 2) ; « la lectio divina ne s'achève pas comme dynamique tant qu'elle ne débouche pas dans l'action (actio), qui porte l'existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité ».

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, § 111 : « "La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger" (DV 12, § 3). »

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  35. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 112-114 : les trois critères pour interpréter l'Écriture « selon l'Esprit qui l'a inspirée » (Dei Verbum, § 12).

    48
  36. Catéchisme, § 112 : « Porter une grande attention "au contenu et à l'unité de toute l'Écriture". »

    49
  37. Catéchisme de l'Église catholique, § 119 : « Je ne croirais pas à l'Évangile, si l'autorité de l'Église catholique ne m'y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6). »

    51
  38. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12, finale : « tout ce qui concerne la manière d'interpréter l'Écriture est finalement soumis au jugement de l'Église. »

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  39. Catéchisme, § 114 : « Être attentif "à l'analogie de la foi" (cf. Rm 12, 6). »

    53
  40. Catéchisme de l'Église catholique, § 116 : « "Tous les sens de la Sainte Écriture trouvent leur appui dans le sens littéral" (S. Thomas d'A., s. th. 1, 1, 10, ad 1). »

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  41. Saint Augustin, De la doctrine chrétienne, livre I, chap. 35-36 : l'accomplissement et la fin de toute l'Écriture, c'est le double amour de Dieu et du prochain ; « celui qui croit comprendre les Écritures, mais dont l'interprétation ne construit pas ce double amour, ne les comprend pas encore comme il le devrait ; s'il en tire au contraire un sens propre à édifier la charité, son erreur n'est pas pernicieuse » (nous traduisons). Original vérifié : « Whoever, then, thinks that he understands the Holy Scriptures, or any part of them, but puts such an interpretation upon them as does not tend to build up this twofold love of God and our neighbor, does not yet understand them as he ought. » Texte : newadvent.org/fathers/12021.htm.

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  42. Luc 14, 26, traduction liturgique AELF (vérifiée sur aelf.org et sur le texte intégral AELF de la bibliothèque) : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »

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  43. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 15 : les livres de l'Ancien Testament « bien qu'ils contiennent de l'imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d'une véritable pédagogie divine » ; ils conservent « une valeur impérissable » et « en eux se tient caché le mystère de notre salut ».

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  44. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 14 : les livres de l'Ancien Testament « conservent une valeur impérissable : "Car tout ce qui a été écrit l'a été pour notre instruction..." (Rm 15, 4) ».

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  45. Matthieu 24, 36, traduction liturgique AELF (vérifiée sur aelf.org et sur le texte intégral AELF de la bibliothèque) : « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. »

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  46. Catéchisme de l'Église catholique, § 123 : « Les chrétiens vénèrent l'Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L'Église a toujours vigoureusement repoussé l'idée de rejeter l'Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l'aurait rendu caduc (Marcionisme). » Formule vérifiée mot à mot sur vatican.va.

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  47. Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie (4 décembre 1963), § 24 (« Bible et liturgie ») : « Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême. C'est d'elle que sont tirés les textes qu'on lit et que l'homélie explique, ainsi que les psaumes que l'on chante ; c'est sous son inspiration et sous son impulsion que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c'est d'elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification. »

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  48. Répartition du Lectionnaire romain pour les dimanches du temps ordinaire : année A, l'Évangile selon saint Matthieu ; année B, saint Marc ; année C, saint Luc ; saint Jean revenant chaque année, notamment au temps pascal. Voir l'article L'Année liturgique pour le détail du cycle.

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  49. Psaume 118, 105, traduction liturgique AELF (vérifiée sur aelf.org et sur le texte intégral AELF de la bibliothèque) : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route. »

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  50. Luc 2, 19, traduction liturgique AELF (vérifiée sur aelf.org et sur le texte intégral AELF de la bibliothèque) : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

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  51. Commission biblique pontificale, L'Interprétation de la Bible dans l'Église (1993), I, A : la méthode historico-critique est « indispensable » à l'étude scientifique des textes anciens, car l'Écriture est « parole de Dieu en langage humain », composée par des auteurs humains (nous traduisons). Original vérifié : « The historical-critical method is the indispensable method for the scientific study of the meaning of ancient texts. Holy Scripture, inasmuch as it is the "word of God in human language," has been composed by human authors in all its various parts […]. » Bien employée, la méthode « n'implique par elle-même aucun a priori » et doit rester ouverte aux autres approches.

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  52. Attributions reçues et jamais abandonnées par l'Église : le Pentateuque sous le nom de Moïse, les Psaumes et les Sages autour de David et de Salomon, les livres prophétiques sous le nom du prophète qui leur donne son titre, le Nouveau Testament sous le nom des apôtres et de leurs compagnons. Témoins : tradition juive ancienne, Pères des premiers siècles, réception canonique sous ces noms, usage liturgique ininterrompu. Voir le dossier complet dans l'article L'interprétation catholique de la Bible.

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  53. Commission biblique pontificale, L'Interprétation de la Bible dans l'Église (1993), I, F : l'interprétation fondamentaliste, qui refuse le caractère historique de la révélation biblique, est « dangereuse », car elle « offre des interprétations pieuses mais illusoires » et « invite à une sorte de suicide intellectuel » (nous traduisons). Originaux vérifiés : « The fundamentalist approach is dangerous […] offering them interpretations that are pious but illusory » ; « fundamentalism actually invites people to a kind of intellectual suicide. »

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