Grandir dans la lectio divina, ce n'est pas lire la Bible davantage ni plus vite : c'est apprendre à la lire autrement. La lectio divina — littéralement la « lecture divine » — est cette manière priante et patiente de fréquenter l'Écriture par laquelle un texte cesse d'être un document à comprendre pour devenir une Parole qui s'adresse à moi, aujourd'hui, et appelle une réponse. Elle est, selon le mot de saint Ambroise repris par le concile Vatican II, le lieu où « nous écoutons Dieu quand nous lisons les oracles divins »[1].
C'est une pratique aussi ancienne que l'Église, née chez les Pères, codifiée par les moines, recommandée « de façon insistante et spéciale » par Vatican II à tous les fidèles, et non aux seuls religieux[2]. Pourtant, beaucoup de chrétiens qui prient fidèlement n'ont jamais appris à lire en priant : ils butent sur l'Écriture comme sur un texte difficile, ou la survolent comme une lecture pieuse de plus. La lectio divina offre un chemin éprouvé — une véritable école de croissance — pour passer de la lecture à la rencontre.
Cet article est consacré au chemin pratique : comment la lectio divina se prend, se tient et grandit, par quels degrés, avec quels moyens concrets et en évitant quels pièges. Pour la voix propre des saints et des Pères sur l'Écriture lue dans la prière, on se reportera au florilège Que disent les saints sur la lectio divina. Pour les contresens courants — lectio confondue avec l'étude biblique, le hasard du « verset qui tombe », ou la rêverie —, voir Les erreurs fréquentes concernant la lectio divina. Pour la prière silencieuse vers laquelle elle conduit, voir Comment grandir dans l'oraison et Comment grandir dans le silence intérieur. Et puisque toute lectio est un acte de foi qui écoute, voir Comment grandir dans la foi.
Qu'est-ce que la lectio divina ?
Avant de chercher à y grandir, il faut savoir précisément ce que l'on cultive. La lectio divina n'est ni une lecture studieuse de la Bible, ni une simple lecture spirituelle : c'est une manière déterminée de se tenir devant l'Écriture, avec une forme, une histoire et une fin propres.
Une lecture qui devient prière
Le Catéchisme la définit d'un trait : « la lectio divina, où la Parole de Dieu est lue et méditée pour devenir prière »[3]. Tout est là. On ne lit pas pour accumuler des connaissances, mais pour que la lecture se change, sous nos yeux, en dialogue. Saint Ambroise avait dit l'essentiel dès le IVᵉ siècle, dans une formule que Vatican II a faite sienne :
« Nous lui parlons quand nous prions, mais nous l'écoutons quand nous lisons les oracles divins. » — Saint Ambroise, Des devoirs (De officiis ministrorum), I, 20, 88[4]
La lectio divina tient dans cette réciprocité : la prière et la lecture sont les deux temps d'une même respiration. Lire l'Écriture sans prier, c'est écouter Dieu sans jamais lui répondre ; prier sans lire l'Écriture, c'est parler à Dieu sans le laisser parler le premier. La lectio les noue. C'est pourquoi le concile insiste : « la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s'établisse un dialogue entre Dieu et l'homme »[5].
Lire l'Écriture comme une Parole vivante
Ce qui distingue radicalement la lectio divina de l'étude, c'est la foi en la nature de son objet. Le chrétien ne tient pas la Bible pour un texte mort, mais pour une parole encore agissante :
« Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants ; elle pénètre jusqu'au point de partage de l'âme et de l'esprit. » — Lettre aux Hébreux 4, 12[6]
Lire ainsi, c'est croire que celui qui a parlé jadis parle encore aujourd'hui, et que le texte est le lieu d'une présence. Jérémie disait : « Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais : ta parole était mon ravissement, l'allégresse de mon cœur » (Jr 15, 16)[7]. La lectio divina veut conduire à cette faim : lire l'Écriture comme on prend une nourriture, parce que « l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4)[8].
Une pratique née chez les Pères
L'expression lectio divina traduit en latin le grec theia anagnôsis — « lecture divine » —, apparu dans le sillage d'Origène au IIIᵉ siècle. Dans sa célèbre Lettre à Grégoire, le maître alexandrin trace déjà le programme : appliquer toute son attention à l'Écriture, mais ne jamais séparer cette lecture de la prière, sans laquelle on ne peut pénétrer le sens des choses divines.
« Applique-toi avant tout à la lecture des divines Écritures ; oui, applique-t'y. […] Et ne te contente pas de frapper et de chercher : ce qui est absolument nécessaire pour comprendre les choses divines, c'est la prière. » — Origène, Lettre à Grégoire le Thaumaturge[9]
Origène pose ainsi, dès l'origine, les deux convictions qui porteront toute la tradition : l'Écriture cache un sens spirituel qu'il faut chercher avec ardeur, et ce sens ne se livre que dans la prière. La lectio divina sera le développement, siècle après siècle, de cette intuition.
L'héritage monastique : « l'oisiveté est ennemie de l'âme »
C'est le monachisme qui a fait de la lectio divina une institution. Saint Benoît, dans sa Règle (vers 530), inscrit la « lecture divine » dans l'emploi du temps quotidien des moines, à côté du travail manuel et de la prière liturgique :
« L'oisiveté est ennemie de l'âme. C'est pourquoi les frères doivent s'employer à des heures déterminées au travail manuel, et à d'autres heures, également fixées, à la lecture divine. » — Saint Benoît, Règle, ch. 48[10]
La leçon vaut encore : la lectio n'est pas une humeur, c'est un rendez-vous. Benoît lui assigne des heures fixes ; il va jusqu'à prescrire qu'au Carême chaque moine reçoive un livre de la bibliothèque pour le lire « intégralement et de suite »[11]. La régularité, le texte donné, la durée gardée : tout ce qui fera plus tard la pédagogie pratique de la lectio divina est déjà là.
L'échelle de Guigues II : quatre degrés
Mais c'est un chartreux du XIIᵉ siècle, Guigues II, qui en a donné la formulation classique, celle que reprendra le Catéchisme. Dans sa courte Lettre sur la vie contemplative, surnommée L'Échelle des moines (Scala Claustralium), il décrit la lectio divina comme une échelle à quatre barreaux dressée de la terre au Ciel :
« La lecture est l'examen attentif des Écritures, fait avec une âme appliquée. La méditation est une action studieuse de l'esprit qui cherche, sous la conduite de sa propre raison, la connaissance d'une vérité cachée. La prière est l'élan dévot du cœur vers Dieu pour écarter les maux et obtenir les biens. La contemplation est une certaine élévation au-dessus de soi de l'esprit suspendu en Dieu, qui goûte les joies de l'éternelle douceur. » — Guigues II le Chartreux, L'Échelle des moines[12]
Et il résume tout l'art en une phrase, écho de l'Évangile (« Cherchez et vous trouverez », Mt 7, 7) :
« Cherchez en lisant, et vous trouverez en méditant ; frappez en priant, et il vous sera ouvert par la contemplation. » — Guigues II le Chartreux, L'Échelle des moines[13]
Cette échelle n'est pas un escalier rigide qu'il faudrait gravir marche après marche en cadence : c'est une dynamique. On lit, et la lecture appelle la méditation ; on médite, et la méditation se change en prière ; on prie, et la prière se repose dans la contemplation. Les degrés se répondent et reviennent ; mais leur ordre dit une vérité spirituelle profonde, que la suite de cet article va déployer.
Pourquoi chercher à grandir dans la lectio divina ?
« L'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ »
La première raison est la plus grave : on ne connaît pas le Christ qu'on n'écoute pas. Saint Jérôme, le grand traducteur de la Bible, l'a dit d'une formule devenue proverbiale, que Vatican II place au cœur de son appel à la lecture de l'Écriture :
« L'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ. » — Saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe, prologue[14]
Le raisonnement de Jérôme est serré : le Christ est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24)[15] ; or les Écritures révèlent cette puissance et cette sagesse ; donc qui ignore les Écritures ignore le Christ lui-même. Grandir dans la lectio divina, ce n'est donc pas une dévotion parmi d'autres : c'est approfondir la connaissance de Celui qu'on aime. « Toute l'Écriture sainte n'est qu'un seul livre, et ce livre, c'est le Christ », dira Hugues de Saint-Victor[16].
Une rencontre, pas une étude
On peut connaître la Bible savamment et n'avoir jamais rencontré le Christ dans ses pages. La lectio divina ne vise pas le savoir, mais la rencontre. Jean-Paul II l'a souligné en ouvrant le troisième millénaire :
« Il est nécessaire, en particulier, que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l'antique et toujours actuelle tradition de la lectio divina, qui fait saisir dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, oriente et façonne l'existence. » — Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte, § 39[17]
Le modèle de cette rencontre est donné par l'Évangile lui-même : les disciples d'Emmaüs, à qui le Ressuscité « ouvre les Écritures », sentent leur cœur brûler.
« Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » — Évangile selon saint Luc 24, 32[18]
Voilà la promesse de la lectio divina : que la lecture cesse d'être froide, que le texte brûle, que le Christ marche à côté du lecteur et lui ouvre le sens. C'est ce passage du commentaire à la rencontre qu'il s'agit de faire grandir.
« Comprends-tu ce que tu lis ? »
Mais cette rencontre ne se fait pas tout seul ni n'importe comment. Le récit de l'eunuque éthiopien lisant Isaïe sur son char montre que la Parole appelle un accompagnement, une initiation :
« Philippe lui demanda : "Comprends-tu ce que tu lis ?" L'autre lui répondit : "Et comment le pourrais-je, si personne ne me guide ?" » — Actes des Apôtres 8, 30-31[19]
Grandir dans la lectio divina, c'est aussi accepter d'être guidé — par l'Église, par la Tradition, par les Pères, par un accompagnateur spirituel — pour ne pas faire dire au texte ce qu'il ne dit pas. La lectio n'est jamais une lecture solitaire et arbitraire : elle se fait dans la foi de l'Église, qui est la première à recevoir et à interpréter sa Parole.
Les quatre degrés, école de croissance
Les quatre degrés de Guigues II ne sont pas seulement une description : ils sont une pédagogie. Chacun travaille une disposition de l'âme, et c'est en les pratiquant tour à tour qu'on grandit. Les parcourir un à un, c'est apprendre concrètement comment la lecture devient prière.
Lectio — lire le texte tel qu'il est
Le premier degré semble le plus simple, et il est le plus négligé : lire vraiment le texte, lentement, attentivement, tel qu'il est, avant d'y projeter quoi que ce soit. Guigues la définit comme « l'examen attentif des Écritures, fait avec une âme appliquée »[20]. La question de ce degré, selon Benoît XVI, est : « Que dit en soi le texte biblique ? »[21].
Concrètement, lectio veut dire : prendre un passage bref, le lire à voix haute ou à mi-voix, le relire deux ou trois fois, repérer les mots, les verbes, les personnages, ce qui frappe ou résiste. C'est le degré le plus humble, celui de la patience et de l'exactitude. Beaucoup de fausses lectio échouent ici, en sautant tout de suite à « ce que ça m'inspire » sans avoir écouté ce que le texte dit. Pour grandir, il faut d'abord réapprendre à lire : peu, mais bien.
Meditatio — ruminer la Parole
Le deuxième degré prolonge la lecture en méditation. Guigues la décrit comme « l'action studieuse de l'esprit qui cherche […] la connaissance d'une vérité cachée »[22] ; sa question est : « Que nous dit le texte biblique ? »[23]. Méditer, ce n'est pas analyser : c'est ruminer, repasser le verset dans son cœur, le tourner et le retourner jusqu'à ce qu'il rende sa saveur. Le Catéchisme le dit avec précision :
« La méditation met en œuvre la pensée, l'imagination, l'émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2708[24]
La tradition monastique a une image admirable pour ce travail. Dans son Livre de la grâce spéciale, sainte Mechtilde de Hackeborn, mystique d'Helfta au XIIIᵉ siècle, raconte que le Seigneur lui montra son divin Cœur comme une maison, où son âme « voltigea comme une colombe, et découvrit un monceau de froment » ; et le Seigneur lui dit :
« Quand la colombe rencontre du blé en grande quantité, elle n'emporte pas tout, mais elle choisit quelques grains qui lui plaisent. Fais de même. Lorsque tu entends ou lis la parole de Dieu, ton esprit ne peut tout retenir ; recueille cependant quelques mots pour les repasser dans ta mémoire et dis-toi ceci : "Voyons, qu'est-ce que ton Bien-Aimé t'annonce ou te prescrit par cette lecture ?" » — Le Seigneur à sainte Mechtilde de Hackeborn, Le Livre de la grâce spéciale, IIIᵉ partie, ch. 41[25]
C'est là tout l'art de la meditatio : ne pas tout vouloir retenir, mais choisir un mot, un verset, et le garder dans le cœur comme un grain. On retrouve le geste de la Vierge Marie, première en lectio divina : « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19)[26].
Oratio — répondre à Dieu
Le troisième degré est le tournant : la Parole méditée se change en prière. Guigues définit l'oratio comme « l'élan dévot du cœur vers Dieu »[27] ; Benoît XVI la formule par la question : « Que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole ? »[28]. C'est ici que la lectio devient pleinement dialogue : Dieu a parlé par le texte ; maintenant l'âme répond — par l'adoration, l'action de grâce, la demande, le repentir, l'offrande.
Cette réponse n'est pas une dissertation : c'est souvent le verset lui-même, retourné vers Dieu. Si la méditation a fait monter du texte une parole — « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 10)[29], ou « Augmente en nous la foi » (Lc 17, 5) —, l'oratio la reprend et la prie. La Parole reçue devient la prière offerte. C'est pourquoi la lectio divina est, par nature, la prière la plus sûre : on prie avec les mots mêmes que Dieu a inspirés, on ne risque pas de se tromper de désir.
Contemplatio — se tenir sous le regard de Dieu
Le quatrième degré ne s'obtient pas : il se reçoit. La contemplatio, dit Guigues, est « une certaine élévation au-dessus de soi de l'esprit suspendu en Dieu, qui goûte les joies de l'éternelle douceur »[30]. Pour Benoît XVI, c'est le moment où « nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité »[31]. Ce n'est plus l'âme qui travaille, mais Dieu qui se donne : un simple repos aimant en sa présence, au-delà des mots et des raisonnements.
La contemplation ne se fabrique pas par technique ; elle est un don que la fidélité aux trois premiers degrés dispose à recevoir, sans jamais le mériter. Vouloir y arriver de force, c'est déjà la manquer. C'est ici que la lectio divina rejoint l'oraison et le silence intérieur : la lecture, ayant fait son œuvre, se tait, et l'âme demeure. Beaucoup de jours, la contemplation ne viendra pas, et ce n'est pas un échec : les trois premiers degrés suffisent à nourrir l'âme, et le quatrième reste libre, comme la grâce.
Actio — la Parole qui devient vie
À l'échelle des quatre degrés, Benoît XVI ajoute un cinquième moment, qui n'est pas un luxe mais une vérification : l'actio. Une lectio divina qui ne transforme pas la vie n'est pas allée jusqu'au bout d'elle-même.
« La lectio divina ne s'achève pas dans sa dynamique tant qu'elle ne débouche pas dans l'action (actio), qui meut l'existence du croyant à se faire don pour les autres dans la charité. » — Benoît XVI, Verbum Domini, § 87[32]
C'est le critère de discernement le plus simple d'une lectio authentique : fait-elle aimer davantage ? Saint Jacques avait posé la règle : « Mettez la Parole en pratique, ne soyez pas seulement des auditeurs qui s'abusent eux-mêmes » (Jc 1, 22)[33]. La Parole lue, méditée, priée, contemplée veut enfin être vécue — sinon elle reste, selon l'image de l'Évangile, une semence tombée sur le roc, qui lève vite et se dessèche faute de racines.
Comment grandir concrètement
Les degrés disent la forme de la lectio divina ; reste à savoir comment l'installer dans une vie réelle, et comment la faire croître quand l'élan retombe. Voici les moyens éprouvés par la tradition, du plus matériel au plus intérieur[34].
Fixer un temps et un lieu
La lectio divina meurt de l'à-peu-près. Comme saint Benoît assignait des « heures déterminées »[35], le premier moyen de grandir est de décider : un moment du jour — souvent le matin, avant que la vie ne déborde —, une durée — un quart d'heure tenu vaut mieux qu'une heure rêvée —, un lieu pauvre et constant. Ce cadre n'est pas une contrainte légaliste : il est le berceau de la fidélité. On ne grandit pas dans la lectio par grandes résolutions, mais par un rendez-vous menu, quotidien, gardé même les jours sans goût.
Choisir le texte : l'Évangile d'abord
Que lire ? La tradition recommande de ne pas ouvrir la Bible au hasard — le « verset qui tombe » est une superstition, non une lectio —, mais de suivre un fil continu. Le plus sûr est de prendre un évangile et de le parcourir passage après passage, ou de suivre la liturgie du jour, qui fait lire toute l'Écriture au rythme de l'Église. La méditation, dit le Catéchisme, se fait « surtout sur l'Évangile, qui est le sommet de toute l'Écriture »[36]. Mieux vaut un court passage médité qu'un long chapitre survolé : la lectio se nourrit de peu de texte longuement goûté.
Apprendre à ruminer : un mot, un verset
Le cœur de la pratique est la meditatio, et son secret tient en un geste : s'arrêter. Quand un mot, une phrase, une image arrête le regard, c'est souvent là que l'Esprit attend. Il faut alors quitter la suite du texte et demeurer sur ce point, le redire lentement, le laisser descendre du cerveau au cœur. Les anciens appelaient cela ruminatio, la rumination : reprendre la parole comme l'animal reprend sa nourriture, jusqu'à ce qu'elle nourrisse. Ne pas avoir peur de ne lire que trois versets en un quart d'heure : c'est le signe que la lectio a commencé, non qu'elle a échoué.
Emporter une parole, garder une trace
La meditatio enseignée à sainte Mechtilde — choisir « quelques mots » comme la colombe choisit ses grains[37] — appelle un moyen très concret : emporter chaque jour un mot. À la fin de la lectio, retenir une parole, l'écrire dans un carnet, la porter dans la journée comme un viatique, y revenir aux feux rouges de la vie. Cette parole gardée prolonge la prière bien au-delà du temps de lecture ; elle fait de la journée entière une lectio continuée. Un carnet de lectio, tenu dans la durée, devient peu à peu un journal de la pédagogie de Dieu sur une âme.
Le silence et la patience
La lectio divina a besoin de silence comme la graine a besoin de terre. Non d'abord le silence extérieur — bien qu'il aide —, mais le silence intérieur : faire taire le bavardage des pensées, les calculs, les inquiétudes, pour que la Parole trouve où résonner. Ce silence ne s'obtient pas d'un coup ; il s'apprend, lentement, et c'est pourquoi la lectio est aussi une école de patience. Sur ce point, voir Comment grandir dans le silence intérieur, qui en est le terrain naturel.
Tenir dans la sécheresse
Vient toujours le jour où le texte ne dit plus rien, où la lecture est aride, où l'on ne « ressent » plus rien. C'est l'épreuve décisive, et le lieu même de la croissance. Car la lectio divina n'est pas une recherche d'émotions : « une méthode n'est qu'un guide ; l'important est d'avancer, avec l'Esprit Saint, sur l'unique chemin de la prière »[38]. Aux jours secs, on ne change pas de méthode, on ne quitte pas le rendez-vous : on lit quand même, on offre la sécheresse, on tient. C'est dans cette fidélité nue, dépouillée de toute consolation, que la lectio purifie la foi et la fait passer du sentiment à la substance. La persévérance dans l'aridité est le plus grand acte de lectio qui soit.
Les pièges à éviter
Grandir, c'est aussi savoir reconnaître les fausses pistes. Trois contresens guettent particulièrement la lectio divina, et chacun défait un de ses ressorts. On se contente ici de les nommer ; le détail est traité dans Les erreurs fréquentes concernant la lectio divina.
Lire pour savoir, non pour rencontrer
Le premier piège est de réduire la lectio à une étude. L'exégèse, la connaissance du contexte, des langues, de l'histoire sont précieuses — la lectio n'est pas l'ignorance —, mais elles ne sont pas la fin. Si la lecture s'arrête au savoir sans jamais devenir prière, elle a manqué son but. Le critère est simple : ma lecture me fait-elle aimer Dieu davantage, ou seulement le connaître mieux ? Origène avertissait déjà qu'on ne pénètre les choses divines que par la prière[39].
Le sentimentalisme sans texte
Le piège inverse est plus subtil : prendre prétexte d'un mot pour s'écouter soi-même. On ouvre la Bible, on « ressent » quelque chose, et l'on dérive vers ses propres rêveries sans plus jamais revenir au texte. Ce n'est plus la Parole qui parle, c'est moi. La lectio authentique reste toujours ancrée dans le texte : la meditatio part de ce que le texte dit, l'oratio y répond, et l'on revient sans cesse à la lettre pour ne pas se perdre dans l'imaginaire. La discipline du premier degré — lire vraiment — est le garde-fou contre ce dévoiement.
Vouloir tout, tout de suite
Le troisième piège est l'impatience : vouloir la contemplation sans la lecture, le sommet sans l'échelle. On rêve d'extase, on néglige les barreaux humbles. Or l'ordre de Guigues est un ordre de sagesse : nul ne monte au quatrième degré qui n'a pas peiné aux trois premiers. Vouloir court-circuiter la lectio et la meditatio pour « passer directement » à la contemplation, c'est se condamner soit à la frustration, soit à l'illusion. La croissance, ici comme partout dans la vie spirituelle, est l'œuvre du temps et de la fidélité.
La lectio divina dans la vie de l'Église
La lectio divina n'est pas un exercice privé : elle vit du grand fleuve de l'Écriture lue, chantée et priée par toute l'Église. La rattacher à cette source est encore un moyen d'y grandir.
S'enraciner dans la liturgie
Le Catéchisme rappelle que la lectio divina « s'enracine […] dans la célébration liturgique »[40]. La Liturgie des Heures, la messe quotidienne, le lectionnaire qui déroule l'Écriture au long de l'année : tout cela offre à la lectio personnelle un texte donné par l'Église, et la garde de l'arbitraire. Faire sa lectio sur l'évangile du jour, c'est lire avec l'Église, au même rythme que des millions de fidèles, et recevoir la Parole non comme un choix individuel mais comme un don commun. La lectio privée et la prière publique se nourrissent mutuellement.
Marie, première en lectio divina
Le modèle achevé de la lectio divina est la Vierge Marie. Deux fois, saint Luc note qu'elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19 et 2, 51)[41]. Elle ne comprend pas tout — « ils ne comprirent pas la parole qu'il leur disait » (Lc 2, 50) —, mais elle garde la Parole, la rumine, la laisse mûrir en elle jusqu'à ce qu'elle porte son fruit. Avant de porter le Verbe dans sa chair, dira saint Augustin, elle l'avait porté dans sa foi[42]. Prendre Marie pour maîtresse de lectio divina, c'est apprendre d'elle à garder la Parole quand on ne la comprend pas encore, et à la laisser, patiemment, façonner toute une vie.
Un chemin concret, jour après jour
La lectio divina ne grandit pas par grands projets, mais par un geste quotidien, gradué et tenu. On peut résumer les moyens étudiés en un programme simple, du plus accessible au plus profond :
| Étape | Geste concret | Ce qu'il travaille |
|---|---|---|
| Avant de lire | Se mettre en présence de Dieu, invoquer l'Esprit Saint | La lecture comme écoute, non comme étude |
| Lectio | Lire lentement un court passage, deux ou trois fois | « Que dit le texte ? » — la patience d'écouter |
| Meditatio | S'arrêter sur un mot, le ruminer, le garder | « Que me dit le texte ? » — la Parole qui descend au cœur |
| Oratio | Répondre à Dieu avec les mots reçus du texte | « Que dire à Dieu ? » — la lecture devenue prière |
| Contemplatio | Se taire et demeurer en présence, sans rien forcer | Le repos aimant, reçu comme un don |
| Actio | Emporter une parole, la vivre dans la journée | « Que faire ? » — la Parole devenue vie |
| Dans la durée | Garder l'heure fixe, tenir même dans la sécheresse | La fidélité qui purifie la foi |
Lecture du tableau : aucune de ces étapes n'est spectaculaire ; c'est leur enchaînement fidèle, jour après jour, qui transforme. On commence par la lecture lente d'un court passage ; le reste vient, à son rythme.
L'essentiel n'est pas de « réussir » sa lectio, mais de la tenir. Car l'Écriture n'est pas un texte qu'on épuise : c'est une source à laquelle on revient. « Cherchez en lisant, et vous trouverez en méditant »[43] : la promesse de Guigues vaut pour qui persévère. À celui qui revient chaque jour, humblement, à la Parole, il est promis qu'elle finira par brûler son cœur, comme aux disciples sur la route d'Emmaüs — et de le conduire, de degré en degré, jusqu'à Celui qu'elle annonce.
Pour aller plus loin
- Que disent les saints sur la lectio divina — un florilège des grandes paroles des Pères, docteurs et mystiques sur l'Écriture lue dans la prière.
- Les erreurs fréquentes concernant la lectio divina — les contresens à éviter : lectio confondue avec l'étude biblique, le « verset qui tombe » au hasard, ou la rêverie sentimentale.
- Comment grandir dans l'oraison — la prière silencieuse du cœur, vers laquelle la lectio divina conduit naturellement.
- Comment grandir dans le silence intérieur — le terrain où la Parole peut résonner et porter du fruit.
- Comment grandir dans la foi — la vertu théologale qui écoute la Parole et y adhère ; « la foi naît de ce qu'on entend » (Rm 10, 17).
Notes et références
Saint Ambroise de Milan (v. 339-397), Des devoirs des ministres (De officiis ministrorum), I, 20, 88 : « Illum [Deum] alloquimur, cum oramus ; illum audimus, cum divina legimus oracula » — « Nous lui parlons quand nous prions, mais nous l'écoutons quand nous lisons les oracles divins. » Texte latin : Patrologie latine (Migne), t. 16, col. 50. Passage cité par le concile Vatican II, Dei Verbum § 25 (note 40), et repris au CEC § 2653. La forme populaire « Quand tu pries, tu parles à Dieu ; quand tu lis, Dieu te parle » en est une paraphrase fidèle.
1 4Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, 18 novembre 1965, § 25 : « Le saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ […] à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, "la science éminente de Jésus Christ" (Ph 3, 8). […] Qu'ils se rappellent que la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s'établisse un dialogue entre Dieu et l'homme. » Texte officiel sur Vatican.va.
2 5Catéchisme de l'Église catholique, § 1177. Édition officielle française, Mame/Plon, 1992 : « La lectio divina, où la Parole de Dieu est lue et méditée pour devenir prière, s'enracine ainsi dans la célébration liturgique. »
3 40Lettre aux Hébreux 4, 12, traduction liturgique officielle (AELF) : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants ; elle pénètre jusqu'au point de partage de l'âme et de l'esprit. »
6Livre de Jérémie 15, 16, traduction liturgique officielle (AELF) : « Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais : ta parole était mon ravissement, l'allégresse de mon cœur. »
7Évangile selon saint Matthieu 4, 4, traduction liturgique officielle (AELF), citant Dt 8, 3 : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
8Origène (v. 185-253), Lettre à Grégoire le Thaumaturge, § 3-4, conservée dans la Philocalie (ch. 13). Édition de référence : H. Crouzel, Sources Chrétiennes n° 148, Cerf, 1969. C'est dans le sillage d'Origène qu'apparaît l'expression grecque theia anagnôsis (« lecture divine »), traduite en latin par lectio divina. La formulation française exacte varie selon les éditions ; le sens — appliquer toute son attention à l'Écriture, et chercher son sens dans la prière — est solidement attesté.
9 39Saint Benoît de Nursie (v. 480-547), Règle, ch. 48 (« Du travail manuel quotidien ») : « Otiositas inimica est animae, et ideo certis temporibus occupari debent fratres in labore manuum, certis iterum horis in lectione divina » — « L'oisiveté est ennemie de l'âme. C'est pourquoi les frères doivent s'employer à des heures déterminées au travail manuel, et à d'autres heures, également fixées, à la lecture divine. » Le même chapitre prescrit qu'au Carême chaque frère reçoive un livre de la bibliothèque pour le lire intégralement. Édition de référence : A. de Vogüé et J. Neufville, Sources Chrétiennes n° 181-186.
10 11 35Guigues II le Chartreux (Guigo II, † v. 1188), neuvième prieur de la Grande Chartreuse, Lettre sur la vie contemplative dite L'Échelle des moines (Scala Claustralium, v. 1150), ch. II : « Lectio est sedula Scripturarum cum animi intentione inspectio. Meditatio est studiosa mentis actio […]. Oratio est devota cordis intentio in Deum […]. Contemplatio est mentis in Deum suspensae quaedam supra se elevatio, aeternae dulcedinis gaudia degustans. » Texte latin : Patrologie latine (Migne), t. 184, col. 475-484. Édition critique : E. Colledge et J. Walsh, Sources Chrétiennes n° 163, Cerf, 1970.
12 20 22 27 30Guigues II le Chartreux, L'Échelle des moines, ch. II : « Quaerite legendo, et invenietis meditando ; pulsate orando, et aperietur vobis contemplando » — « Cherchez en lisant, et vous trouverez en méditant ; frappez en priant, et il vous sera ouvert par la contemplation. » Écho de Mt 7, 7. Cette phrase est citée par le Catéchisme de l'Église catholique § 2654 (qui renvoie à Scala, PL 184, 476C).
13 43Saint Jérôme (v. 347-420), Commentaire sur Isaïe (Commentariorum in Isaiam libri), prologue : « Ignoratio enim Scripturarum ignoratio Christi est » — « L'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ. » Texte : Patrologie latine (Migne), t. 24, col. 17 ; édition critique Corpus Christianorum Series Latina 73, p. 1-3. Cité par Vatican II, Dei Verbum § 25 (note 39).
14Première lettre aux Corinthiens 1, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : le Christ « puissance de Dieu et sagesse de Dieu ». C'est sur ce verset que saint Jérôme appuie son raisonnement : ignorer les Écritures, qui révèlent cette puissance et cette sagesse, c'est ignorer le Christ.
15Hugues de Saint-Victor (v. 1096-1141), De arca Noe morali, II, 8 : « Omnis Scriptura divina unus liber est, et ille unus liber Christus est » — « Toute l'Écriture divine est un seul livre, et ce livre unique, c'est le Christ. » Texte : Patrologie latine (Migne), t. 176. Formule reprise par Benoît XVI, Verbum Domini § 39.
16Jean-Paul II, lettre apostolique Novo Millennio Ineunte (« Au début du nouveau millénaire »), 6 janvier 2001, § 39 : « Il est nécessaire, en particulier, que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l'antique et toujours actuelle tradition de la lectio divina, qui fait saisir dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, oriente et façonne l'existence. » Texte officiel sur Vatican.va.
17Évangile selon saint Luc 24, 32, traduction liturgique officielle (AELF) : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Parole des disciples d'Emmaüs après leur rencontre avec le Ressuscité.
18Actes des Apôtres 8, 30-31, traduction liturgique officielle (AELF) : à l'eunuque éthiopien lisant le prophète Isaïe, Philippe demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » ; l'autre répond : « Et comment le pourrais-je, si personne ne me guide ? »
19Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (« La Parole du Seigneur »), 30 septembre 2010, § 87. Le pape y articule la lectio divina en moments introduits par une question : la lectio (« Que dit en soi le texte biblique ? »), la meditatio (« Que nous dit le texte biblique ? »), l'oratio (« Que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole ? »), la contemplatio (« adopter, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité »), et l'actio : « La lectio divina ne s'achève pas dans sa dynamique tant qu'elle ne débouche pas dans l'action (actio), qui meut l'existence du croyant à se faire don pour les autres dans la charité. » Texte officiel sur Vatican.va.
21 23 28 31 32Catéchisme de l'Église catholique, § 2708 : « La méditation met en œuvre la pensée, l'imagination, l'émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. La prière chrétienne s'exerce de préférence sur "les mystères du Christ", comme dans la lectio divina ou le Rosaire. »
24Le Seigneur à sainte Mechtilde de Hackeborn (v. 1241-1298), moniale d'Helfta, Le Livre de la grâce spéciale (Liber specialis gratiae), IIIᵉ partie, ch. 41 (« Comment on doit exercer sa mémoire »). Édition de référence : trad. des Bénédictins de Solesmes sur l'édition latine, 2ᵉ éd. revue et corrigée, Mame, Tours-Paris, 1921, p. 291 (texte intégral en ligne : livres-mystiques.com, Revelations de sainte Mechtilde). La variante abrégée du recueil interne Les paroles de la vie éternelle est remplacée ici par le texte de l'édition.
25 37Évangile selon saint Luc 2, 19 (et 2, 51), traduction liturgique officielle (AELF) : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » La Vierge est tenue par la tradition pour le modèle achevé de la lectio divina : elle garde et rumine la Parole avant d'en comprendre tout le sens.
26 41Premier livre de Samuel 3, 10, traduction liturgique officielle (AELF) : réponse de l'enfant Samuel à l'appel de Dieu, « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » — devenue la prière classique de qui se met à l'écoute de la Parole.
29Lettre de saint Jacques 1, 22, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mettez la Parole en pratique, ne soyez pas seulement des auditeurs qui s'abusent eux-mêmes. » Fondement scripturaire de l'actio comme achèvement de la lectio divina.
33Pour la pratique concrète de la lectio divina, on consultera notamment : Carlo Maria Martini (cardinal, archevêque de Milan, grand promoteur de la lectio divina auprès des jeunes), Une initiation à la lectio divina. De Bethléem au cœur de l'homme, éd. Mame ; Enzo Bianchi (fondateur de la communauté monastique de Bose), Prier la Parole. Une introduction à la « lectio divina », coll. Vie monastique, Abbaye de Bellefontaine, et Écouter la Parole. Les enjeux de la lectio divina, éd. Lessius, 2006. Ces auteurs développent en détail les étapes, le choix des textes et les conseils de fidélité résumés ici.
34Catéchisme de l'Église catholique, § 2705 : la méditation cherche à comprendre « le pourquoi et le comment de la vie chrétienne » ; « on s'aide habituellement d'un livre […] : la Sainte Écriture, surtout l'Évangile ». Le § 2708 précise que la prière s'exerce « de préférence » sur les mystères du Christ.
36Catéchisme de l'Église catholique, § 2707 : « Les méthodes de méditation sont aussi diverses que les maîtres spirituels. […] Une méthode n'est qu'un guide ; l'important est d'avancer, avec l'Esprit Saint, sur l'unique chemin de la prière : le Christ Jésus. »
38Saint Augustin (354-430), Sermon 215, 4 ; Sermon 25, 7-8 : « Prius concepit mente quam ventre » — Marie « conçut [le Christ] dans son esprit avant de le concevoir dans son sein » ; elle est plus heureuse d'avoir porté la foi du Christ que sa chair. Thème augustinien classique sur Marie écoutant et gardant la Parole. Texte : Patrologie latine (Migne), t. 38.
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