Grandir dans la foi n'est pas accumuler des certitudes intellectuelles ni se forcer à « y croire très fort » : c'est laisser croître en soi la vertu théologale par laquelle l'intelligence adhère, sous l'attrait de la grâce, à Dieu qui se révèle, et par laquelle l'âme tout entière se remet à lui. La foi chrétienne n'est pas une opinion probable que l'on tiendrait « par défaut » : elle est l'adhésion ferme à un Dieu qui parle, fondée non sur la force de nos raisonnements, mais sur l'autorité de celui qui « ne peut ni se tromper ni nous tromper »[1].
C'est la première des trois vertus théologales, et la racine des deux autres : sans la foi, l'espérance n'a plus d'objet et la charité n'a plus de visage. Or c'est une vertu qu'on croit volontiers acquise une fois pour toutes, alors qu'elle se reçoit, se garde, se nourrit — et peut se perdre. Les saints n'en ont jamais parlé comme d'un acquis : ils l'ont vécue comme une lumière qui éclaire la nuit, « une façon de posséder ce que l'on espère, un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas » (He 11, 1)[2].
Cet article est consacré au chemin pratique : comment la foi grandit, par quels moyens, en évitant quels pièges — le doute et l'incrédulité d'un côté, la foi morte et la fausse assurance de l'autre. Pour la voix propre des saints sur ce thème, on se reportera au florilège Que disent les saints sur la foi. Pour les contresens courants — foi confondue avec un sentiment, un héritage culturel ou une simple adhésion intellectuelle —, voir Les erreurs fréquentes concernant la foi. Pour les deux autres vertus théologales, voir Comment grandir dans l'espérance et Comment grandir dans la charité. Pour la face filiale de confiance et d'abandon qui prolonge la foi, voir Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu.
Pourquoi chercher à grandir dans la foi ?
La vertu qui porte les deux autres
La foi est la première des trois vertus théologales, non par dignité — la charité est la plus grande (1 Co 13, 13) — mais par ordre de génération : on croit d'abord, on espère ensuite ce qu'on a cru, on aime enfin ce qu'on espère. Saint Paul les nomme dans cet ordre de fondation, et saint Augustin y a vu un édifice, la maison de Dieu : « credendo fundatur, sperando erigitur, diligendo perficitur » — c'est en croyant qu'elle est fondée, en espérant qu'elle s'élève, en aimant qu'elle s'achève[3] : la foi est le fondement, l'espérance les murs qui s'élèvent, la charité le toit qui couronne. Le Livre du Ciel range pareillement la foi parmi les trois racines de l'arbre des vertus :
« Ma très chère fille, les trois racines du tronc d'arbre sont la Foi, l'Espérance et la Charité. […] C'est donc dire que la Foi, l'Espérance et la Charité englobent tout et sont le fondement de l'arbre qui ne peut rien produire sans elles. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 9 septembre 1899[4]
Négliger la foi, c'est donc miner tout l'édifice. Une espérance sans foi n'attend plus rien de précis ; une charité sans foi se réduit à de la philanthropie. Grandir dans la foi, c'est consolider la racine d'où tout le reste tire sa sève.
« Sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu »
La foi n'est pas un ornement de la vie chrétienne : elle en est la condition d'entrée. L'épître aux Hébreux le pose sans détour :
« Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu ; car, pour s'avancer vers lui, il faut croire qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent. » — Lettre aux Hébreux 11, 6[5]
Toute la vie spirituelle commence là. « Celui qui est juste par la foi, vivra » (Rm 1, 17, citant Ha 2, 4), répète saint Paul[6] : la foi n'est pas seulement le point de départ, elle est le milieu vital dans lequel le chrétien respire et avance. C'est par la foi qu'on accède à la grâce (Rm 5, 1-2), par la foi qu'on est justifié, par la foi qu'on tient debout. Le Catéchisme rappelle que la foi est « le commencement de la vie éternelle », déjà commencée en nous[7]. Grandir dans la foi, c'est donc faire grandir en soi cette vie même.
Ce qui tient debout dans la nuit
La raison la plus existentielle de cultiver la foi est qu'elle est ce qui tient quand tout le reste vacille. La foi voit dans l'obscurité ce que l'œil ne voit pas ; elle donne un sens à l'épreuve, un appui là où l'évidence se dérobe. Le Catéchisme avertit pourtant qu'elle n'est jamais à l'abri :
« La foi est un don gratuit que Dieu fait à l'homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre. […] Pour vivre, croître et persévérer jusqu'à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu ; nous devons implorer le Seigneur de l'augmenter […] ; elle doit "agir par la charité". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 162[8]
Ce seul paragraphe contient déjà tout le programme pratique de cet article : la foi se nourrit, se demande, et opère par la charité. Une foi qu'on laisse en jachère s'étiole ; une foi qu'on cultive devient la lumière qui traverse les nuits.
Comprendre ce qu'on cherche à acquérir
Avant les moyens, une mise au point décisive : beaucoup échouent à grandir dans la foi parce qu'ils visent une contrefaçon. On la confond avec un sentiment religieux, avec une opinion héritée, avec une certitude de tempérament. La vertu théologale de foi est tout autre chose, et la définir exactement est déjà la moitié du chemin.
Une vertu théologale, non une opinion ni un sentiment
Le Catéchisme en donne la définition canonique, qu'il faut méditer mot à mot :
« La foi est la vertu théologale par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu'il nous a dit et révélé, et que la sainte Église nous propose à croire, parce qu'il est la vérité même. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1814[9]
Trois traits la séparent d'une simple opinion. D'abord, son objet : non pas une idée, mais « Dieu et tout ce qu'il a révélé » — une Personne qui parle. Ensuite, son motif : on croit « parce qu'il est la vérité même », non parce que la chose nous paraît évidente ou plausible. La foi n'est donc pas un raisonnement qui aboutirait à Dieu, mais une adhésion à la parole de Dieu ; comme dit le concile Vatican I, l'Église professe que la foi est « une vertu surnaturelle par laquelle, prévenus par Dieu et aidés par la grâce, nous croyons vraies les choses qu'il nous a révélées, non pas à cause de leur vérité intrinsèque perçue par la lumière naturelle de la raison, mais à cause de l'autorité de Dieu même qui révèle »[10]. Enfin, sa règle : « ce que la sainte Église nous propose à croire » — car on ne croit pas une révélation privée bricolée, mais la foi de l'Église, reçue et transmise. C'est pourquoi la foi peut être plus certaine que toute connaissance humaine, « parce qu'elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir »[11], tout en restant obscure, car elle adhère à des réalités qu'elle ne voit pas encore.
Croire à Dieu, croire Dieu, croire en Dieu
Saint Thomas d'Aquin, reprenant une distinction de saint Augustin, envisage l'unique acte de foi sous trois rapports à son objet (Somme théologique, II-II, q. 2, a. 2) — trois formules que la traduction française rend par « croire à Dieu », « croire Dieu » et « croire en Dieu » (traduction suivie dans tout cet article : Éditions du Cerf)[12] :
- Croire à Dieu (credere Deo) : adhérer à ce que Dieu dit, à cause de lui qui le dit — la raison formelle de la foi : la Vérité première à laquelle on adhère pour tenir tout le reste.
- Croire Dieu (credere Deum) : s'attacher à Dieu lui-même comme à l'objet matériel de la foi : rien ne nous est proposé à croire, sinon en tant que cela concerne Dieu.
- Croire en Dieu (credere in Deum) : l'intelligence, mue par la volonté, se porte vers Dieu comme vers sa fin, car la Vérité première s'offre au vouloir comme une fin. Que ce mouvement soit un mouvement d'amour vers la Personne, c'est la lecture de saint Augustin (Traité 29 sur l'Évangile de Jean) : les démons eux-mêmes croient Dieu, sans croire en lui.
Cette distinction est d'or pour la vie pratique. On peut tenir des vérités exactes (croire Dieu) sans que tout l'être tende vers lui (croire en Dieu). Grandir dans la foi, c'est laisser l'unique acte de foi s'approfondir sous ses trois rapports à la fois : adhérer à la parole entendue, s'attacher à la Vérité première, tendre de tout son être vers Dieu aimé. Saint Thomas résume cette plénitude dans une formule magnifique : la foi est « l'habitus de l'esprit par lequel commence en nous la vie éternelle, et qui fait adhérer l'intelligence à ce qui n'apparaît pas »[13].
Foi morte et foi vivante
De là vient la distinction la plus pratique de toutes : il y a une foi morte et une foi vivante. On peut posséder la foi comme une vérité tenue, mais sans la charité qui la fait vivre — saint Thomas l'appelle la « foi informe » (fides informis), vraie foi mais sans son âme[14]. La foi vivante, elle, est « formée par la charité » (fides formata), et c'est elle seule qui sauve. Saint Jacques le martèle :
« Ainsi donc, la foi, si elle n'est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. […] Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. » — Lettre de saint Jacques 2, 17.26, traduction liturgique officielle (AELF)[15]
Et saint Paul le résume d'un mot qui sera le cœur de la partie pratique : ce qui compte, c'est « la foi, qui agit par la charité » (Ga 5, 6, traduction liturgique officielle — AELF)[16]. Grandir dans la foi n'est donc jamais seulement croire davantage de choses : c'est laisser la foi descendre dans la vie, jusqu'aux mains et au cœur.
Un don d'abord reçu
Vérité décisive, et la plus consolante : la foi n'est pas une conquête de notre intelligence. C'est une vertu infuse, versée dans l'âme avec la grâce, qu'on ne fabrique pas mais qu'on reçoit. Quand Pierre confesse Jésus comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant », le Seigneur lui répond aussitôt :
« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » — Évangile selon saint Matthieu 16, 17[17]
Le Catéchisme en tire la règle : « la foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par lui »[18]. Saint Paul le dit tout net : « C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu » (Ep 2, 8)[19]. La conséquence pratique est immense : puisque la foi est d'abord reçue, le premier moyen de grandir n'est pas l'effort, mais la demande. On y reviendra.
« Je crois pour comprendre » : foi et raison
Reste à dissiper un malentendu tenace : croire ne serait pas raisonnable. Or la foi n'humilie pas l'intelligence, elle l'élève. Loin de s'opposer à la raison, elle la précède pour l'ouvrir. Saint Augustin a frappé la formule fondatrice :
« Crois afin de comprendre. […] Comprends pour croire ma parole ; crois pour comprendre la parole de Dieu. » — Saint Augustin, Sermon 43[20]
Saint Anselme en a fait le programme de toute la théologie — fides quaerens intellectum, « la foi qui cherche à comprendre » : « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre »[21]. Le Catéchisme reprend cet équilibre : la foi « cherche à comprendre », et « la grâce de la foi ouvre les yeux du cœur » à une intelligence plus profonde du mystère[22]. Grandir dans la foi n'est donc pas renoncer à penser : c'est penser à partir d'une lumière reçue. La foi pose les fondations sur lesquelles la raison peut bâtir plus haut qu'elle n'irait seule.
Les deux ennemis de la foi
La foi a deux ennemis, qui la ruinent chacun à sa manière. D'un côté, le doute volontaire et l'incrédulité, qui rétractent l'assentiment et cessent de croire ; de l'autre, la foi morte et la fausse assurance, qui gardent le mot de la foi mais en ont perdu la vie, faute de charité et d'œuvres. Les connaître protège la croissance, car on peut perdre la foi par l'un comme par l'autre. Ce ne sont pas deux « excès » symétriques autour d'elle : saint Thomas enseigne qu'envers Dieu, qui est l'objet des vertus théologales, on ne peut pécher par excès — on ne croit jamais trop — et que le bien de ces vertus ne consiste pas dans un milieu (Somme, I-II, q. 64, a. 4). La foi morte n'est donc pas un trop-plein de foi : c'est une foi privée de la charité qui la rend vivante (II-II, q. 4, a. 3-4).
Le doute et l'incrédulité : cesser de croire
Le premier ennemi attaque l'assentiment lui-même. Le Catéchisme distingue d'abord le doute volontaire de l'épreuve involontaire :
« Le doute volontaire portant sur la foi néglige ou refuse de tenir pour vrai ce que Dieu a révélé et que l'Église propose à croire. Le doute involontaire désigne l'hésitation à croire, la difficulté de surmonter les objections liées à la foi ou encore l'anxiété suscitée par l'obscurité de celle-ci. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2088[23]
La distinction est capitale et libère beaucoup d'âmes scrupuleuses : la difficulté n'est pas le doute. Sentir des objections, traverser l'obscurité, être assailli de questions n'est pas un péché — c'est souvent le lieu même où la foi se purifie. Saint John Henry Newman l'a formulé d'un mot resté célèbre : « Dix mille difficultés ne font pas un seul doute »[24]. Le péché commence quand on cultive volontairement le refus, quand on entretient le soupçon par paresse ou par confort. Poussé jusqu'au bout, ce refus devient incrédulité, hérésie, apostasie ou schisme — les quatre péchés directs contre la foi que distingue le Catéchisme[25].
La foi morte et la fausse assurance : croire sans vivre
L'ennemi opposé est plus subtil, car il garde les apparences de la foi. C'est la foi morte : on tient les vérités, on récite le Credo, on se dit croyant — mais rien dans la vie n'en porte la trace. « Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent » (Jc 2, 19, traduction liturgique officielle — AELF)[26] : l'assentiment seul ne sauve pas. À cette stérilité s'ajoute une fausse assurance, cousine de la présomption qui menace l'espérance : se croire ferme dans la foi sans jamais la nourrir ni l'exercer, présumer qu'on la gardera sans combat. Or « celui qui se croit solide, qu'il fasse attention à ne pas tomber » (1 Co 10, 12, traduction liturgique officielle — AELF). Pierre, le plus assuré, a renié trois fois. La foi qui ne se nourrit pas, qui ne s'humilie pas, qui ne s'exerce pas, se dessèche du dedans sans qu'on s'en aperçoive — jusqu'au jour de l'épreuve où l'on découvre qu'il n'en restait qu'un mot.
Une foi vivante et humble
Face à ces deux ennemis, la foi se garde par une triple fidélité, que l'on peut résumer ainsi : ferme dans l'adhésion, humble dans la recherche, vivante dans les œuvres. Elle adhère sans réserve, parce qu'elle s'appuie sur Dieu et non sur l'évidence ; mais elle reste humble, car elle sait que « nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir » (1 Co 13, 12, traduction liturgique officielle — AELF), et qu'elle « cherche encore à comprendre » ; et elle opère par la charité, car une foi qui ne se traduit pas en actes n'est qu'un cadavre. Le tableau suivant fixe ce discernement.
| Doute / Incrédulité | Foi vivante | Foi morte / Fausse assurance | |
|---|---|---|---|
| Erreur | On retire son adhésion | Adhésion ferme et vie selon la foi | On garde le mot de la foi sans la vivre ni la défendre |
| Sur Dieu | On doute de sa parole | On s'appuie sur sa Vérité | On se contente d'un Dieu abstrait |
| Sur soi | On se fie à sa seule raison | On reçoit la foi et l'exerce | On se croit acquis sans effort |
| Fruit | Inquiétude, refroidissement, rupture | Lumière, courage, charité agissante | Tiédeur, stérilité, chute à l'épreuve |
Lecture du tableau : la foi vivante n'est pas un point fragile entre deux dangers, mais une plénitude qui tient ensemble ce que chaque déviation sépare — une adhésion ferme à la parole de Dieu et une vie qui l'incarne. On grandit dans la foi en repoussant les deux ennemis à la fois.
Les moyens concrets pour grandir dans la foi
Voici le cœur pratique de cet article. Les maîtres spirituels et le Catéchisme lui-même n'ont pas seulement loué la foi : ils ont indiqué des moyens précis, répétables, à la portée de chacun. On peut les regrouper en quelques grands chantiers, qui reprennent un à un les verbes du § 162 : nourrir, demander, faire agir par la charité.
Demander la foi comme une grâce
Premier moyen, et le plus décisif : puisque la foi est un don infus, on ne se la fabrique pas, on la demande. Les Apôtres eux-mêmes, qui voyaient le Christ, lui ont demandé l'essentiel :
« Augmente en nous la foi ! » — Évangile selon saint Luc 17, 5[27]
Et le père de l'enfant épileptique a trouvé la prière de tous les croyants imparfaits, qui dit à la fois la foi et sa faiblesse :
« Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » — Évangile selon saint Marc 9, 24[28]
Redire souvent un acte de foi — « Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper » — n'est pas une formule pieuse : c'est l'exercice même de la vertu, qui la fait croître chaque fois qu'on le pose. La demander, c'est déjà l'exercer.
Écouter et méditer la Parole de Dieu
La foi a une origine ordinaire : l'écoute de la Parole. Saint Paul en a fixé la loi :
« Or la foi naît de ce que l'on entend ; et ce que l'on entend, c'est la parole du Christ. » — Lettre aux Romains 10, 17, traduction liturgique officielle (AELF)[29]
« Fides ex auditu » : on ne croit bien que ce qu'on a écouté longuement. Lire et méditer l'Écriture, fréquenter les Évangiles, « ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ », disait saint Jérôme[30]. Plus la Parole habite la mémoire et le cœur, plus la foi a de matière où s'enraciner ; une foi qui ne se nourrit jamais de la Parole flotte sans contenu. C'est le premier des trois verbes du § 162 : « nourrir la foi de la Parole de Dieu ». Sur la lecture priante de l'Écriture, voir Comment grandir dans la lectio divina.
Professer et confesser sa foi
La foi reçue veut être dite. « Je crois » du Credo n'est pas une opinion gardée pour soi : c'est une profession qui engage et qui affermit. « Car c'est avec le cœur que l'on croit pour devenir juste, c'est avec la bouche que l'on affirme sa foi pour parvenir au salut » (Rm 10, 10, traduction liturgique officielle — AELF)[31]. Réciter le Credo avec attention, le ruminer article par article, c'est reprendre appui sur le roc de la foi de l'Église. Le Catéchisme rappelle que « croire » est à la fois un acte personnel et un acte ecclésial : « Nul ne s'est donné la foi à lui-même comme nul ne s'est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d'autrui, il doit la transmettre à autrui »[32]. Professer publiquement sa foi, même quand cela coûte, est l'un des actes qui la fortifient le plus.
Nourrir la foi aux sacrements
La foi ne se nourrit pas que de pensées : elle a ses sacrements. Le baptême est « le sacrement de la foi » (CEC § 1253) ; l'Eucharistie est « le mystère de la foi » par excellence, où l'on adhère, contre toute évidence sensible, à la présence réelle du Christ. Devant l'hostie, la foi est mise au défi et grandit à proportion : « Adoro te devote, latens Deitas », prière attribuée à saint Thomas — « Je t'adore dévotement, Dieu caché »[33]. La confession, elle, relève la foi affaiblie par le péché, car le péché obscurcit le regard du croyant. Communier, adorer, se confesser, c'est se tenir aux sources où la foi se ravive. Voir Comment grandir dans la communion fréquente et Comment grandir dans la confession régulière.
Faire agir la foi par la charité
Troisième verbe du § 162, et le plus négligé : la foi doit « agir par la charité ». Une foi qui ne se traduit pas en actes de charité reste « morte » (Jc 2, 26). Inversement, chaque acte de charité fortifie la foi, parce qu'il la fait passer dans la vie, où elle prend corps. Servir le pauvre, pardonner, accomplir son devoir d'état par amour, c'est croire avec les mains. C'est pourquoi grandir dans la foi et grandir dans la charité ne sont pas deux chantiers séparés : « la foi agissant par la charité » est une seule vie. Voir Comment grandir dans la charité.
Approfondir et étudier la foi
La foi « cherche à comprendre » (CEC § 158) : la laisser ignorante, c'est l'exposer. Beaucoup de doutes ne sont que des malentendus qu'un peu d'étude dissiperait. Approfondir le Catéchisme, lire les Pères, fréquenter les grands docteurs, c'est donner à la foi l'intelligence qui la défend et la déploie. Ce travail n'est pas réservé aux clercs : tout croyant doit pouvoir « rendre raison de l'espérance qui est en vous » (1 P 3, 15, traduction liturgique officielle — AELF)[34]. Une foi instruite résiste là où une foi sentimentale cède au premier choc. Mais cette étude ne porte du fruit que dans l'humilité du cœur, jamais dans la curiosité orgueilleuse : voir Comment grandir dans l'humilité.
Persévérer dans la nuit et l'épreuve
La foi se forge surtout au feu de l'épreuve. C'est dans la nuit qu'elle devient pure ; aux jours de consolation, on ne sait pas si l'on croit vraiment ou si l'on jouit seulement de la lumière. Saint Jean de la Croix enseigne que la foi est précisément le chemin obscur de l'union à Dieu :
« Car la foi seule est un moyen prochain et proportionné pour unir l'âme à Dieu. » — Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre II[35]
Il la décrit comme une nuit pour l'entendement : elle nous unit à Dieu en nous privant des lumières sensibles, pour que nous nous appuyions sur lui seul. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, dans sa terrible « nuit de la foi » commencée à Pâques 1896 — environ dix-huit mois avant sa mort —, ne jouissait plus d'aucune certitude sensible du Ciel — et c'est là qu'elle a le plus cru :
« Je crois avoir fait plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie. […] Je cours vers mon Jésus, je Lui dis être prête à verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour confesser qu'il y a un Ciel. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C[36]
Plus l'épreuve est noire, plus l'acte de foi est pur, car il ne s'appuie plus sur rien de senti — seulement sur Dieu. C'est la foi d'Abraham « espérant contre toute espérance » (Rm 4, 18), celle qui tient quand tout invite à lâcher. Voir Comment grandir dans la persévérance.
Les fruits d'une foi grandissante
À quoi reconnaît-on qu'on grandit réellement dans la foi ? Non à un sentiment, mais à des fruits stables que les saints et le Catéchisme décrivent avec constance.
La lumière et la certitude
Le premier fruit est une lumière intérieure : la foi fait voir le réel autrement, dans la perspective de Dieu. C'est tout le sens de l'image que l'Église a toujours associée à la foi, reprise par l'encyclique Lumen fidei :
« La lumière de la foi (Lumen Fidei) : Par cette expression, la tradition de l'Église a désigné le grand don apporté par Jésus. […] La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour. » — Pape François, Lumen fidei, § 1 et § 4[37]
Cette lumière n'éblouit pas, mais elle oriente. Elle donne à la foi une certitude d'un genre unique : non l'évidence d'une démonstration, mais l'assurance de celui qui se fie à la parole d'un ami qui ne ment pas. « La foi est certaine, plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu'elle se fonde sur la Parole même de Dieu » (CEC § 157). Grandir dans la foi, c'est voir le monde, l'épreuve et la mort dans cette lumière.
Le courage de témoigner
Deuxième fruit : la foi rend courageux. Qui croit vraiment ne peut pas se taire : la foi pousse à témoigner, à confesser, à « rendre compte » de ce qui nous fait vivre. Toute la lignée des martyrs est née de là — la foi des martyrs, dont le sang est « semence de chrétiens », selon le mot de Tertullien[38]. Une foi qui grandit rend missionnaire, parce qu'elle ne peut garder pour elle la lumière reçue. C'est ainsi qu'elle rejoint l'espérance et la charité, ses deux sœurs, dans l'unique élan de l'annonce.
La paix et l'union à Dieu
Troisième fruit : la foi conduit à l'union avec Dieu, dont elle est, selon saint Jean de la Croix, le moyen prochain et proportionné. De cette union naît une paix que les circonstances n'entament pas, parce qu'elle ne repose pas sur elles mais sur Dieu tenu pour fidèle. La foi vivante débouche ainsi naturellement sur la confiance et l'abandon, où le croyant se remet entre les mains de celui qu'il a cru. Voir Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu.
La foi dans la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), donne à la foi son dernier accent. En mots simples : la Divine Volonté, c'est la vie même de Dieu, offerte à qui la désire vraiment. Faire la volonté de Dieu — lui obéir — garde deux volontés face à face : la mienne, que je soumets, et la sienne, que je suis. Vivre dans la Divine Volonté, c'est davantage : ma volonté s'efface pour laisser la sienne agir en moi, comme un enfant que son père porte. On ne fait plus seulement ce que Dieu commande : on vit de sa vie. Dans ses écrits, la foi n'est pas une simple adhésion de l'intelligence : Jésus lui dit « La foi, c'est Dieu », et Luisa explique qu'elle « aide à garder les yeux fixés sur l'Être suprême », et que « la Foi est comme un roi au milieu de sa cour » que toutes les autres vertus entourent et servent[39] — la première des trois racines qui portent tout l'arbre des vertus.
On l'a vu, c'est Jésus qui range la foi parmi les trois racines de l'arbre des vertus, et qui la nomme en premier (tome 2, 9 septembre 1899)[40]. L'article y voit l'ordre même des vertus théologales : c'est par la foi que l'âme connaît Dieu, sans quoi ni l'espérance ni la charité n'auraient d'objet (cf. saint Thomas, Somme, I-II, q. 62, a. 4). Croître dans la foi, en cette perspective, c'est apprendre à regarder toute chose — la joie comme l'épreuve — en reconnaissant en tout la main de Dieu et sa volonté. La foi devient alors le seuil de la « vie dans la Divine Volonté » : on ne se contente plus de croire des vérités sur Dieu, on commence à voir et à vivre comme Dieu veut, dans une adhésion qui n'est plus seulement de l'intelligence, mais de tout l'être remis à lui.
Marie, la première dans la foi
On ne grandit pas dans une vertu en la fixant comme un idéal abstrait, mais en contemplant ceux qui l'ont vécue parfaitement. Or la foi a une maîtresse souveraine.
Élisabeth la salue comme la croyante par excellence :
« Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! » — Évangile selon saint Luc 1, 45[41]
À l'Annonciation, Marie a prononcé l'acte de foi le plus pur de toute l'histoire : « Qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). Le Catéchisme dit d'elle qu'elle « réalise de la façon la plus parfaite l'obéissance de la foi »[42]. Et le concile Vatican II rappelle qu'elle « avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la croix »[43], où elle a cru quand tout semblait perdu — l'aube de Pâques avant l'aube. Prendre Marie pour maîtresse de foi, c'est apprendre à dire « fiat » à la parole qu'on ne comprend pas encore, à croire dans la nuit du Samedi saint, à laisser Dieu accomplir ce qu'il a dit. Grandir dans la foi, en définitive, c'est devenir, sous son regard, un croyant qui marche « dans la foi, non dans la claire vision » (2 Co 5, 7)[44] — jusqu'au jour où la foi cédera la place à la vision, et où l'on verra « face à face » (1 Co 13, 12) celui qu'on a cru sans le voir.
Un chemin concret, jour après jour
La foi ne grandit pas par grandes résolutions, mais par une fidélité menue et répétée. On peut résumer les moyens étudiés en un programme simple, gradué du plus accessible au plus exigeant :
| Fréquence | Exercice de foi | Ce qu'il travaille |
|---|---|---|
| Chaque jour | Poser un acte de foi : « Mon Dieu, je crois en vous » | La foi comme don reçu et exercé |
| Chaque jour | Lire et méditer un passage de l'Écriture | Fides ex auditu : nourrir la foi |
| Souvent | Réciter le Credo avec attention | La profession qui affermit |
| Régulièrement | Communier, adorer, se confesser | Les sacrements de la foi |
| Au quotidien | Traduire la foi en un acte de charité | « La foi agissant par la charité » |
| Régulièrement | Approfondir un point de la doctrine | L'intelligence de la foi |
| Dans l'épreuve | Renouveler l'acte de foi « contre toute évidence » | La foi purifiée par la nuit |
Lecture du tableau : aucun de ces exercices n'est spectaculaire ; c'est leur répétition fidèle qui transforme. On commence par un ou deux, on les tient, on ajoute ensuite.
L'essentiel est de ne pas viser la foi en général, mais de poser, aujourd'hui, l'acte concret qui se présente : cette page d'Évangile à méditer, ce doute à ne pas cultiver, ce geste de charité où croire avec les mains, cette obscurité à traverser sans lâcher. Car la foi est la lampe du voyageur ; et tant que dure la nuit, c'est elle qui éclaire les pas. « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (2 Co 5, 7) : il suffit, chaque jour, de marcher d'un pas — jusqu'à la patrie où l'on ne croira plus, parce qu'on verra.
Pour aller plus loin
- Que disent les saints sur la foi — un florilège des grandes paroles des saints, docteurs et mystiques sur cette vertu et sur l'adhésion à Dieu qui se révèle.
- Les erreurs fréquentes concernant la foi — les contresens à éviter : foi confondue avec un sentiment, un héritage culturel ou une simple adhésion intellectuelle.
- Comment grandir dans l'espérance et Comment grandir dans la charité — les deux autres vertus théologales, sœurs de la foi.
- Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu — la face filiale qui prolonge la foi en remise de tout l'être à Dieu.
- Comment grandir dans la lectio divina — la lecture priante de l'Écriture, première nourriture de la foi.
- Comment grandir dans la persévérance — la vertu de la durée, sans laquelle la foi ne tient pas jusqu'au bout.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 156. Édition officielle française, Mame/Plon, 1992. On croit « à cause de l'autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper » ; « Néanmoins, pour que l'hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation » (miracles, prophéties). Que la foi soit « un don surnaturel de Dieu », c'est le § 179 qui l'enseigne.
1Lettre aux Hébreux 11, 1, traduction liturgique officielle (AELF) : « La foi est une façon de posséder ce que l'on espère, un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas. » Citée au CEC § 146 (dans la traduction propre du Catéchisme : « la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas »).
2Saint Augustin (354-430), Sermon 27 (serm. XXVII, sur le Ps 95 et Rm 9 — rangé « de verbis Apostoli » dans les anciennes éditions, dont la numérotation varie selon les éditions ; passage cité par saint Robert Bellarmin, De la justification, I, 13) : « Cantando aedificatur, credendo fundatur, sperando erigitur, diligendo perficitur » — elle se bâtit en chantant, se fonde en croyant, s'élève en espérant, s'achève en aimant.
3Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 2, 9 septembre 1899 (éd. fr. GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, « pour usage privé », pp. 95-96) : « Ma très chère fille, les trois racines du tronc d'arbre sont la Foi, l'Espérance et la Charité. […] C'est donc dire que la Foi, l'Espérance et la Charité englobent tout et sont le fondement de l'arbre qui ne peut rien produire sans elles. » Ce jour-là, Luisa voit sortir du Cœur blessé de Jésus un tronc d'arbre à trois racines qui pénètre dans le sien, portant branches, fleurs, fruits, perles et pierres précieuses. Luisa comprend que les fleurs représentent les vertus, les fruits les souffrances, et les perles et pierres précieuses les souffrances vécues par pur amour pour Dieu.
4 40Lettre aux Hébreux 11, 6, traduction liturgique officielle (AELF) : « Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu ; car, pour s'avancer vers lui, il faut croire qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent. »
5Lettre aux Romains 1, 17, citant Habacuc 2, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « Celui qui est juste par la foi, vivra. » Verset fondateur de la doctrine paulinienne de la justification, repris en Ga 3, 11 et He 10, 38.
6Catéchisme de l'Église catholique, § 163, citant saint Basile et saint Thomas : « La foi nous fait goûter comme à l'avance, la joie et la lumière de la vision béatifique » ; elle est « le commencement de la vie éternelle ».
7Catéchisme de l'Église catholique, § 162, citant 1 Tm 1, 18-19 et Ga 5, 6. La foi est un don qu'on peut perdre ; pour la garder, il faut la nourrir de la Parole, demander à Dieu de l'augmenter, et la faire « agir par la charité ».
8Catéchisme de l'Église catholique, § 1814. Définition canonique de la foi comme vertu théologale ; le § 143 ajoute : « Par la foi, l'homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. »
9Concile Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius (1870), ch. 3, De fide (Denzinger-Hünermann 3008) : « Puisque l'homme dépend totalement de Dieu comme son créateur et Seigneur, et que la raison créée est complètement soumise à la Vérité incréée, nous sommes tenus de présenter par la foi à Dieu qui se révèle, la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté. Cette foi […] l'Église catholique professe qu'elle est une vertu surnaturelle par laquelle, prévenus par Dieu et aidés par la grâce, nous croyons vraies les choses qu'il nous a révélées, non pas à cause de leur vérité intrinsèque perçue par la lumière naturelle de la raison, mais à cause de l'autorité de Dieu même qui révèle, lequel ne peut ni se tromper ni nous tromper. » (trad. française Documenta Catholica Omnia, d'après l'Enchiridion Symbolorum).
10Catéchisme de l'Église catholique, § 157 : « La foi est certaine, plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu'elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. »
11Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 2, a. 2, reprenant saint Augustin (De verbis Domini, serm. 61 ; In Ioannis Evangelium, tract. 29 — les deux lieux allégués par Thomas au sed contra) : credere Deo (« croire à Dieu » : la raison formelle, la Vérité première à laquelle on s'attache), credere Deum (« croire Dieu » : l'objet matériel, tout ce qui nous est proposé à croire en tant que cela concerne Dieu), credere in Deum (« croire en Dieu » : l'intelligence, mue par la volonté, se porte vers Dieu comme vers sa fin) ; « par ces trois expressions, nous ne désignons pas divers actes de la foi, mais un seul et même acte ayant diverses relations avec l'objet de la foi » (ad 1). Que ce dernier mouvement soit un mouvement d'amour vers la Personne, c'est la lecture de saint Augustin, Traité 29 sur l'Évangile de Jean : les démons eux-mêmes croient Dieu, sans croire en lui. Traduction française suivie ici : Somme théologique, Éditions du Cerf.
12Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 4, a. 1, reprenant He 11, 1 : la foi est « l'habitus de l'esprit par lequel la vie éternelle commence en nous, faisant adhérer l'intelligence à ce qui n'apparaît pas » (habitus mentis, qua inchoatur vita aeterna in nobis, faciens intellectum assentire non apparentibus).
13Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 4, a. 3-4 : la foi « informe » (fides informis), sans la charité, est une foi vraie mais imparfaite et morte ; la foi « formée » par la charité (fides formata) est la foi vivante et méritoire. Cf. CEC § 1815.
14Lettre de saint Jacques 2, 17.26, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ainsi donc, la foi, si elle n'est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. […] Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. »
15Lettre aux Galates 5, 6, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n'est pas que l'on soit circoncis ou non, mais c'est la foi, qui agit par la charité » (fides quae per caritatem operatur). Verset clé pour articuler foi et œuvres ; cité au CEC § 1814 et § 162.
16Évangile selon saint Matthieu 16, 16-17, traduction liturgique officielle (AELF) : à la confession de Pierre, Jésus répond que ce n'est pas « la chair et le sang » mais le Père qui la lui a révélée. Cité au CEC § 153 et § 442 pour montrer que la foi est un don.
17Catéchisme de l'Église catholique, § 153 : « La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. […] Pour prêter cette foi, l'homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. »
18Lettre aux Éphésiens 2, 8-9, traduction liturgique officielle (AELF) : « C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. »
19Saint Augustin (354-430), Sermon 43, 7, 9 : « Intellige ut credas, crede ut intelligas » — « Comprends pour croire, crois pour comprendre. » Augustin y articule la foi et la raison : la foi précède l'intelligence du mystère sans l'exclure. Cf. CEC § 158.
20Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109), Proslogion, ch. 1 : « Neque enim quaero intelligere ut credam, sed credo ut intelligam » — « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre. » Origine de la formule fides quaerens intellectum (la foi qui cherche à comprendre).
21Catéchisme de l'Église catholique, § 158, citant saint Anselme et saint Augustin : « "La foi cherche à comprendre" : il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu'Il a révélé. » La grâce de la foi ouvre « les yeux du cœur » (Ep 1, 18).
22Catéchisme de l'Église catholique, § 2088 : « Le doute volontaire portant sur la foi néglige ou refuse de tenir pour vrai ce que Dieu a révélé et que l'Église propose à croire. Le doute involontaire désigne l'hésitation à croire, la difficulté de surmonter les objections liées à la foi ou encore l'anxiété suscitée par l'obscurité de celle-ci. » Distinction essentielle entre le doute volontaire (refus délibéré, qui est un péché) et le doute involontaire (hésitation, difficulté, anxiété face à l'obscurité de la foi, qui n'en est pas un).
23Saint John Henry Newman (1801-1890), Apologia pro vita sua (1864) : « Ten thousand difficulties do not make one doubt » — « Dix mille difficultés ne font pas un seul doute. » Newman, canonisé par le pape François le 13 octobre 2019 puis proclamé docteur de l'Église par le pape Léon XIV le 1er novembre 2025 (messe de la Toussaint), distingue la difficulté intellectuelle, compatible avec une foi ferme, et le doute, qui est le refus d'adhérer. Traduction française dans le corps ; original anglais en note.
24Catéchisme de l'Église catholique, § 2089 : définition des péchés directs contre la foi — l'incrédulité (négligence de la vérité révélée ou refus d'y adhérer), l'hérésie (négation obstinée d'une vérité à croire de foi divine et catholique), l'apostasie (rejet total de la foi) et le schisme (refus de la soumission au Pape ou de la communion).
25Lettre de saint Jacques 2, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent. » L'assentiment intellectuel seul ne suffit pas au salut.
26Évangile selon saint Luc 17, 5, traduction liturgique officielle (AELF) : « Les Apôtres dirent au Seigneur : "Augmente en nous la foi." » La foi se demande, même par ceux qui croient déjà.
27Évangile selon saint Marc 9, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Aussitôt le père de l'enfant s'écria : "Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi !" » Prière modèle du croyant conscient de la faiblesse de sa foi.
28Lettre aux Romains 10, 17, traduction liturgique officielle (AELF) : « Or la foi naît de ce que l'on entend ; et ce que l'on entend, c'est la parole du Christ » (fides ex auditu). Fondement de la nécessité d'écouter et de méditer la Parole pour croître dans la foi.
29Saint Jérôme (v. 347-420), Commentaire sur Isaïe, prologue : « L'ignorance des Écritures est l'ignorance du Christ. » Cité au CEC § 133 et dans la constitution conciliaire Dei Verbum, § 25.
30Lettre aux Romains 10, 10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car c'est avec le cœur que l'on croit pour devenir juste, c'est avec la bouche que l'on affirme sa foi pour parvenir au salut. »
31Catéchisme de l'Église catholique, § 166 : « La foi est un acte personnel : la réponse libre de l'homme à l'initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n'est pas un acte isolé. […] Le croyant a reçu la foi d'autrui, il doit la transmettre à autrui. »
32Prière Adoro te devote (attribuée à saint Thomas d'Aquin, v. 1264, au temps de l'institution de la Fête-Dieu ; non intégrée à l'office liturgique, probablement pour un usage privé) : « Adoro te devote, latens Deitas » — « Je t'adore dévotement, Dieu qui te caches. » La prière est un acte de foi en la présence réelle, où « la vue, le toucher, le goût se trompent ; mais l'ouïe seule permet de croire en toute sécurité ».
33Première lettre de saint Pierre 3, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l'espérance qui est en vous. » Fondement du devoir d'instruire et de défendre sa foi.
34Saint Jean de la Croix (1542-1591), La Montée du Carmel, livre II, chapitre IX (« De quelle manière la foi est à l'entendement un moyen prochain et proportionné pour élever l'âme à l'union divine »), trad. de l'abbé Jean Maillart (texte vérifié mot pour mot dans l'éd. numérique abbaye-saint-benoit.ch / jesusmarie.com d'après Maillart) : « car la foi seule est un moyen prochain et proportionné pour unir l'âme à Dieu, puisqu'il n'y a point d'autre différence, sinon qu'on voit Dieu, ou clairement par la vision béatifique, ou obscurément par les lumières de la foi ».
35Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Manuscrits autobiographiques, Manuscrit C (rédigé en juin 1897 ; transcription consultable aux Archives du Carmel de Lisieux, https://archives.carmeldelisieux.fr/archive/manuscrit-c/) : récit de l'épreuve de la foi. « Je crois avoir fait plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie. […] Je cours vers mon Jésus, je Lui dis être prête à verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour confesser qu'il y a un Ciel. »
36Pape François, lettre encyclique Lumen fidei (29 juin 2013), § 1 et § 4. Encyclique commencée par Benoît XVI et achevée par François : § 1 : « La lumière de la foi (Lumen Fidei) : Par cette expression, la tradition de l'Église a désigné le grand don apporté par Jésus » ; § 4 : « La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. » Texte intégral sur Vatican.va.
37Tertullien (v. 155-220), Apologétique, ch. 50, § 13 : « Le sang des chrétiens est une semence » (semen est sanguis christianorum), souvent cité « le sang des martyrs est une semence de chrétiens ». Témoignage de la fécondité de la foi confessée jusqu'au martyre.
38Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, entrée du 28 février 1899 (éd. fr. GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, « pour usage privé », pp. 6-8). Luisa, à qui son confesseur a demandé d'écrire sur la foi selon ce que Jésus lui a enseigné, reçoit cette parole : « La foi, c'est Dieu. » Luisa explique : « J'ai compris que la foi, c'est Dieu lui-même. […] Elle l'aide à garder les yeux fixés sur l'Être suprême de sorte qu'il n'apprenne rien des choses d'ici-bas, si ce n'est à travers Dieu » ; « La Foi est comme un roi au milieu de sa cour : toutes les autres vertus l'entourent et la servent. Sans la Foi, les autres vertus sont sans vie. »
39Évangile selon saint Luc 1, 45, traduction liturgique officielle (AELF) : « Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Parole d'Élisabeth à la Visitation, première béatitude de l'Évangile, adressée à la foi de Marie.
41Catéchisme de l'Église catholique, § 148 : « La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l'obéissance de la foi » ; § 149 : « Pendant toute sa vie, et jusqu'à sa dernière épreuve, lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n'a pas vacillé » ; l'Église vénère en Marie « la réalisation la plus pure de la foi ».
42Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium (1964), § 58 : « Ainsi la bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la croix où, non sans un dessein divin, elle était debout. » Cf. Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater (1987), sur le « pèlerinage de la foi » de Marie.
43Deuxième lettre aux Corinthiens 5, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. » La condition du croyant sur la terre, jusqu'à la vision béatifique où la foi cédera la place (1 Co 13, 12).
44