Grandir dans la charité n'est pas devenir plus gentil ni plus généreux par tempérament : c'est laisser croître en soi l'amour même de Dieu, reçu au baptême, jusqu'à ce qu'il informe toute la vie. La charité n'est pas une émotion chaleureuse ni un humanitarisme : elle est la vertu théologale par laquelle l'âme aime Dieu pour lui-même, et tout le reste — les hommes, les ennemis, soi-même — à cause de lui et en lui.
La difficulté est qu'on ne décide pas un matin d'« aimer davantage ». Comme la foi et l'espérance, la charité est d'abord un don que l'on demande ; mais c'est aussi une vertu qui se cultive, qui a des degrés et des moyens précis. Les saints ne se sont pas contentés d'en faire l'éloge : ils en ont décrit la croissance — les trois âges de saint Thomas, l'« acte continuel d'amour » de sœur Consolata, les petits riens offerts par sainte Thérèse — « un sourire, une parole aimable » —, le « rendre amour pour Amour » du Père d'Elbée.
Cet article est consacré à ce chemin pratique : comment la charité grandit, par quels moyens, en évitant quels pièges. Pour la voix propre des saints sur ce thème, on se reportera au florilège Que disent les saints sur la charité. Pour les contresens courants — charité réduite au sentiment, à la tolérance ou à la philanthropie —, voir Les erreurs fréquentes concernant la charité. Pour les œuvres concrètes envers le pauvre, voir Comment grandir dans l'aumône. Pour l'immense action caritative de l'Église dans l'histoire, voir La charité de l'Église catholique.
Pourquoi chercher à grandir dans la charité ?
« La plus grande des trois »
De toutes les vertus, la charité est celle que l'Écriture place au sommet. Saint Paul, après avoir énuméré la foi et l'espérance, conclut son hymne par une parole sans appel :
« Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité. » — Première lettre aux Corinthiens 13, 13[1]
La raison de cette primauté est que la charité seule demeure : la foi cédera à la vision, l'espérance à la possession, mais l'amour ne passera jamais, parce qu'il est ce que nous vivrons éternellement au Ciel. Grandir dans la charité, c'est donc commencer dès maintenant l'unique chose qui ne finira pas — « commençons le Ciel », disait Jésus à Gabrielle Bossis[2]. Le Catéchisme le redit avec saint Paul : « Sans la charité, je ne suis rien » ; elle est « supérieure à toutes les vertus » et reste « la plus grande »[3].
La reine et la forme de toutes les vertus
La charité n'est pas une vertu à côté des autres : elle est leur âme. Sans elle, les autres vertus ne sont que des cadavres ; avec elle, elles deviennent vivantes et méritoires. Le Catéchisme l'enseigne explicitement :
« L'exercice de toutes les vertus est animé et inspiré par la charité. Celle-ci est le "lien de la perfection" (Col 3, 14) ; elle est la forme des vertus ; elle les articule et les ordonne entre elles ; elle est source et terme de leur pratique chrétienne. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1827[4]
Saint Thomas d'Aquin avait fixé cette doctrine en une formule classique : la charité est la forma virtutum, la forme qui donne aux autres vertus leur orientation vers Dieu, leur fin dernière[5]. D'où une conséquence pratique décisive : on ne grandit pas dans la charité en la cultivant à part, mais en faisant toute chose par amour. Sœur Consolata Betrone l'a résumé d'un mot reçu de Jésus :
« Jésus n'attendait de moi ni chaîne, ni discipline, ni pénitence supplémentaire, mais le devoir, la règle et l'amour seul. Oui, un acte continuel d'amour ! Cela suffit : quand on pratique l'amour, on pratique toutes les vertus. » — Sœur Consolata Betrone, citée par le P. Lorenzo Sales, Jésus parle au monde, Parvis, 1994, p. 18[6]
C'est pourquoi grandir dans la charité est le raccourci de toute la vie spirituelle : qui aime vraiment accomplit déjà, sans y penser, la patience, la douceur, l'humilité, la justice. Saint Augustin osait tirer de là sa maxime la plus hardie :
« Aime, et fais ce que tu veux. » — Saint Augustin, Commentaire de la première épître de saint Jean, VII, 8[7]
Ce sur quoi nous serons jugés
Enfin, la charité est la mesure de notre vie devant Dieu. Le jugement dernier, selon l'Évangile, ne portera pas d'abord sur les exploits ni sur la doctrine, mais sur l'amour effectif : « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger » (Mt 25, 35)[8]. Saint Jean de la Croix en a fait l'une de ses maximes les plus citées :
« Au soir, on t'examinera sur l'amour. » — Saint Jean de la Croix, Dichos de luz y amor (Avis et Maximes)[9]
Voilà pourquoi chercher à grandir dans la charité n'est pas un luxe de dévots : c'est se préparer à l'unique examen qui décidera de l'éternité. « L'achèvement de toutes nos œuvres, c'est la dilection », écrivait saint Augustin : « là est la fin ; c'est pour l'obtenir que nous courons, c'est vers elle que nous courons ; une fois arrivés, c'est en elle que nous nous reposerons. »[10]
Comprendre ce qu'on cherche à acquérir
Avant les moyens, une mise au point : beaucoup échouent à grandir dans la charité parce qu'ils en visent une contrefaçon. On la confond avec un sentiment, avec la sympathie, avec la générosité naturelle. La charité chrétienne est tout autre chose, et la définir exactement est déjà la moitié du chemin.
Aimer Dieu pour lui-même, le prochain pour Dieu
Le Catéchisme en donne la définition canonique, qu'il faut méditer mot à mot :
« La charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1822[11]
Deux choses sont ici décisives. D'abord, on aime Dieu pour lui-même — non pour ses dons, ni par crainte du châtiment, ni par calcul, mais parce qu'il est infiniment aimable en lui-même. Ensuite, on aime le prochain pour l'amour de Dieu — non par affinité naturelle, mais parce qu'il est aimé de Dieu et image de Dieu. La charité ne dépend donc ni de l'agrément du prochain, ni de notre humeur : elle peut atteindre celui qui nous est antipathique, et même l'ennemi, parce que son ressort n'est pas le sentiment mais Dieu lui-même.
La charité n'est pas un sentiment
C'est le contresens le plus fréquent. La charité réside dans la volonté, non dans la sensibilité ; elle est un vouloir-le-bien de l'autre, non une émotion qui va et vient. On peut donc aimer véritablement sans rien éprouver, et l'on peut éprouver beaucoup sans aimer. Saint François de Sales, maître de l'amour de Dieu, situait l'amour dans la « pointe de l'âme », là où la volonté adhère à Dieu, plutôt que dans la consolation sensible qui l'accompagne parfois et parfois manque[12]. La tradition spirituelle parle d'un amour affectif (les sentiments, qui peuvent aider) et d'un amour effectif (les actes et le service, qui prouvent), et tient que c'est le second qui mesure la charité réelle[13]. D'où la règle de saint Jean :
« Petits enfants, n'aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. » — Première lettre de saint Jean 3, 18[14]
Comprendre cela libère : grandir dans la charité ne consiste pas à se forcer à ressentir de l'amour, mais à vouloir et à faire le bien de Dieu et du prochain, même quand le cœur reste sec. Sur ce point, voir aussi Les erreurs fréquentes concernant la charité.
Un don infus, d'abord reçu
Troisième vérité, et la plus consolante : la charité n'est pas une conquête de nos forces. C'est une vertu infuse, versée dans l'âme avec la grâce sanctifiante, que l'on ne fabrique pas mais que l'on reçoit. Saint Paul en désigne la source :
« L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. » — Lettre aux Romains 5, 5[15]
Aimer Dieu, c'est donc d'abord se laisser aimer et renvoyer l'amour reçu. Le Père d'Elbée ramenait toute la vie spirituelle à ce mouvement de réponse :
« Dieu nous a aimés le premier pour que nous l'aimions. Voilà l'explication de tout : de la Création, de l'Incarnation, du Calvaire, de la Résurrection, de l'Eucharistie. » — Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée, Croire à l'Amour[16]
La conséquence pratique est immense : puisque la charité est d'abord un don, le premier moyen de grandir n'est pas l'effort mais la demande. On y reviendra.
Les deux amours ne font qu'un
Enfin, il faut tenir fermement que l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont pas deux charités, mais une seule. Le Christ a lié les deux commandements en un faisceau indissociable :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » — Évangile selon saint Matthieu 22, 37-39[17]
Saint Jean ferme toute échappatoire : « Celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, est incapable d'aimer Dieu, qu'il ne voit pas » (1 Jn 4, 20)[18]. Le prochain est donc le vérificateur de notre amour de Dieu : on mesure exactement combien on aime Dieu à combien on aime, concrètement, l'homme le plus difficile à aimer. C'est pourquoi grandir dans la charité passe toujours, tôt ou tard, par le service du frère.
Les degrés de la croissance dans la charité
La charité n'est pas un état qu'on possède d'un coup : elle croît, comme un enfant grandit. Saint Thomas d'Aquin distingue trois degrés de la charité, que la tradition spirituelle ultérieure a rapprochés des trois voies classiques de la vie spirituelle.
Les commençants : fuir le péché
Au premier âge, le souci principal est de rompre avec le péché et de résister aux passions qui combattent la charité. C'est l'état des débutants, en qui la charité doit être nourrie et protégée pour ne pas mourir. Saint Thomas la compare à un enfant qu'il faut d'abord garder en vie[19]. Concrètement, grandir à ce stade, c'est lutter contre le péché mortel, fuir les occasions, fréquenter la confession (voir Comment grandir dans la confession régulière), et apprendre à préférer Dieu à ce qui l'offense. C'est ce que la tradition appelle la voie purgative.
Les progressants : croître dans le bien
Au deuxième âge, l'âme ne se contente plus d'éviter le mal : son souci principal devient de progresser dans le bien, de fortifier et d'augmenter sa charité par des actes positifs. C'est l'état des progressants[20]. Ici, on travaille les vertus, on multiplie les actes d'amour, on s'exerce au service et au renoncement. C'est ce que la tradition appelle la voie illuminative, où l'âme, déjà détachée du péché grave, est éclairée et attirée toujours plus haut.
Les parfaits : l'union à Dieu
Au troisième âge, le souci principal n'est plus ni de fuir le mal ni même de croître, mais de s'unir à Dieu et d'en jouir. C'est l'état des parfaits[21], ce que la tradition appelle la voie unitive, où la charité atteint sa plénitude terrestre. L'âme désire être avec le Christ ; sa vie est devenue un acte d'amour continu. C'est l'état de sainte Thérèse découvrant que sa vocation se résume à un seul mot :
« Dans le Cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour… ainsi je serai tout. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, Manuscrit B[22]
| Âge spirituel | Souci dominant | Voie classique | Travail principal |
|---|---|---|---|
| Commençants | Fuir le péché, résister aux passions | Purgative | Rompre avec le mal, se confesser, préférer Dieu |
| Progressants | Croître dans le bien | Illuminative | Multiplier les actes, les vertus, le service |
| Parfaits | S'unir à Dieu et en jouir | Unitive | Aimer sans cesse, désirer Dieu seul |
Lecture du tableau : ces trois âges ne sont pas des cases étanches mais des étapes d'un même chemin. On ne quitte jamais tout à fait le premier — même les parfaits font encore des progrès — mais le centre de gravité de l'âme se déplace peu à peu de la peur du péché vers l'union d'amour.
Une charité qui peut croître sans limite
Une vérité libère ici toute paresse spirituelle : sur cette terre, la charité n'a pas de plafond. Saint Thomas enseigne qu'aucun terme ne peut être fixé d'avance à sa croissance dans cette vie, parce que sa source — l'Esprit Saint qui la verse — est sans mesure, et parce que chaque degré atteint rend l'âme capable d'un degré plus haut[23]. La charité grandit non pas en s'étendant à plus d'objets, mais en s'intensifiant : on aime les mêmes choses, mais plus ardemment, plus purement, plus totalement. Il n'y a donc jamais de moment où l'on pourrait dire : « j'aime assez ». Tant que dure la vie, l'invitation demeure : aimer encore davantage.
Les moyens concrets pour grandir dans la charité
Voici le cœur pratique de cet article. Les maîtres spirituels n'ont pas seulement loué la charité : ils ont indiqué des moyens précis, répétables, à la portée de chacun. On peut les regrouper en quelques grands chantiers.
Demander la charité comme une grâce
Premier moyen, et le plus décisif : puisque la charité est un don infus, on ne se la fabrique pas, on la demande. Saint Paul invite à « rechercher avec ardeur les dons les plus grands » (1 Co 12, 31)[24], et il n'en est pas de meilleur que la charité. Demander chaque jour : « Seigneur, augmente ma charité ; apprends-moi à t'aimer et à aimer comme toi », c'est déjà l'exercer. La voix divine — qui se présente dans le texte comme l'Esprit Saint — dit à sainte Angèle de Foligno que personne n'a d'excuse, « car tout le monde peut aimer ; Dieu ne demande à l'âme que l'amour »[25]. La charité est offerte ; il suffit d'ouvrir la main pour la recevoir, et de la redemander chaque fois qu'on la sent tiédir.
Puiser à la source : l'Eucharistie
La charité ne se nourrit pas d'abord de nos efforts, mais de son foyer : le Cœur eucharistique de Jésus. Le Catéchisme enseigne que la communion fortifie et ravive la charité de celui qui la reçoit :
« Comme la nourriture corporelle sert à restaurer la perte des forces, l'Eucharistie fortifie la charité qui, dans la vie quotidienne, tend à s'affaiblir. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1394[26]
Communier souvent et dignement, adorer le Saint-Sacrement, c'est se tenir au point exact où l'amour de Dieu se déverse. Grandir dans la charité sans recourir à cette source serait vouloir une flamme sans feu. Voir aussi Comment grandir dans la communion fréquente et Comment grandir dans l'adoration eucharistique.
Poser des actes d'amour répétés
La charité — don infus de l'Esprit Saint, et non vertu acquise par nos efforts — croît pourtant à l'occasion de nos actes : chacun dispose l'âme à aimer davantage, et la croissance se réalise quand survient un acte plus fervent. C'est toute la doctrine de l'« acte continuel d'amour » de sœur Consolata, à qui Jésus a demandé une chaîne ininterrompue de petites invocations — « Jésus, Marie, je vous aime, sauvez les âmes » — pour transformer toute la journée en un seul acte de charité prolongé[27]. Le moyen est d'une simplicité enfantine : redire souvent, au fil des heures, une courte parole d'amour, jusqu'à ce que le cœur prenne le pli d'aimer comme il prend celui de respirer.
Aimer dans le moment présent et le détail
On rêve souvent d'aimer héroïquement un jour ; les saints enseignent à aimer maintenant, dans le menu détail. Sainte Thérèse a fait de la charité une affaire de petits gestes : « des riens qui font plaisir […] par exemple un sourire, une parole aimable » (lettre 143, 18 juillet 1893)[28] — un sourire à la sœur antipathique, un service caché, une parole retenue. La bienheureuse Dina Bélanger écrivait que Jésus désire
« des âmes qui Lui offrent tous les petits riens que sa bonté sème à chaque instant au cours d'une journée, ces mille vétilles qui, parfumées par l'amour pur, sont comme une gerbe étincelante de mille roses immaculées. » — Bienheureuse Dina Bélanger, Autobiographie[29]
Grandir dans la charité ne demande donc pas de changer de vie, mais de transfigurer la vie qu'on a : faire par amour ce qu'on faisait par habitude. C'est l'art d'aimer dans l'instant, porte de l'abandon (voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu).
Servir le prochain, surtout le pauvre et l'ennemi
Puisque l'amour du prochain vérifie l'amour de Dieu, il n'y a pas de croissance dans la charité sans service concret. Le Catéchisme précise jusqu'où il va :
« Le Christ est mort par amour pour nous, alors que nous étions encore "ennemis". Le Seigneur nous demande d'aimer comme Lui jusqu'à nos ennemis, de nous faire le prochain du plus lointain, d'aimer les enfants et les pauvres comme Lui-même. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1825[30]
Trois services font particulièrement grandir, parce qu'ils n'attendent aucun retour : le service du pauvre (les œuvres de miséricorde, voir Comment grandir dans l'aumône), le pardon et l'amour de l'ennemi (« Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent », Mt 5, 44)[31], et l'attention au plus proche — souvent le plus difficile. C'est dans ces trois directions que le Christ a placé le test décisif de l'amour. Jésus le disait à Gabrielle Bossis avec une simplicité bouleversante : « Si Mes Fidèles étaient bons les uns pour les autres, la face du monde serait changée. »[32]
Mourir à l'amour-propre
Le grand obstacle intérieur à la charité est l'amour-propre : ce repli sur soi qui rapporte tout à son intérêt, son confort, son orgueil. Croître dans l'amour de Dieu exige donc, en proportion, de décroître en amour de soi. C'est la loi du grain de blé :
« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. » — Évangile selon saint Jean 12, 24[33]
Saint Bernard décrivait cette ascension comme un passage de l'amour de soi à l'amour de Dieu : on commence par s'aimer soi-même pour soi, puis on aime Dieu pour les bienfaits qu'on en reçoit, ensuite on aime Dieu pour lui-même, et l'on parvient enfin à ne plus s'aimer soi-même que pour Dieu[34]. Chaque renoncement à soi — un caprice abandonné, un droit cédé, un service rendu sans bruit — élargit d'autant la place de la charité. C'est pourquoi la mortification et le détachement ne sont pas l'ennemi de l'amour, mais sa condition (voir Comment grandir dans le détachement).
Réparer l'amour qui n'est pas aimé
Un dernier moyen, plus contemplatif, est propre à la spiritualité du Sacré-Cœur et de la Divine Volonté : consoler l'Amour méconnu. Devant ce Dieu que sainte Thérèse appelait le « divin Mendiant d'amour »[35], l'âme s'offre à aimer aussi pour ceux qui n'aiment pas. Jésus se plaignait à sainte Marguerite-Marie de ce que son Cœur ne reçût en retour qu'ingratitude[36] ; il disait à sœur Josefa Menendez sa « douleur d'aimer et de n'être pas aimé »[37]. Réparer, c'est faire grandir sa charité jusqu'aux dimensions du Cœur de Dieu, en y joignant l'amour qui lui manque. Voir Comment grandir dans la réparation.
Les pièges à éviter en cherchant la charité
Comme toute vertu, la charité a ses contrefaçons. Les connaître protège la croissance, car on peut consacrer beaucoup d'énergie à un faux amour qui ne grandit en rien.
La tiédeur
Premier piège, le plus insidieux : la tiédeur, cet amour qui s'éteint sans mourir, qui garde les apparences mais a perdu la ferveur. L'Apocalypse en dit la gravité :
« Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche. » — Apocalypse 3, 16[38]
La tiédeur n'est pas un péché bruyant : c'est une lente démission, un consentement à aimer médiocrement. Son remède est précisément la reprise des moyens ci-dessus — la prière de demande, l'Eucharistie, les actes répétés — avant que la flamme ne baisse trop.
Confondre charité et émotion
Deuxième piège, déjà signalé : prendre l'émotion pour la charité. On se croit fervent parce qu'on est ému à une belle cérémonie, ou bon parce qu'on éprouve de la compassion ; mais l'émotion qui ne passe pas à l'acte n'est pas encore la charité. Inversement, on se croit sans amour parce qu'on ne ressent rien, alors qu'on sert fidèlement : c'est pourtant là le véritable amour. La règle de discernement est constante : la charité se mesure aux actes, non aux larmes.
La philanthropie sans Dieu
Troisième piège : l'activisme humanitaire qui agit beaucoup mais sans référence à Dieu. Le dévouement social, coupé de son enracinement en Dieu, peut être noble, mais il n'est pas encore la vertu théologale de charité, qui aime le prochain pour l'amour de Dieu. Saint Paul est ici sans complaisance :
« J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne me sert à rien. » — Première lettre aux Corinthiens 13, 3[39]
On peut donc faire beaucoup de bien sans grandir d'un pouce dans la charité, si l'on agit par philanthropie, vanité ou militantisme. Grandir dans la charité, c'est rapporter chaque service à Dieu, source et fin de tout amour. Sur cette dérive, voir La charité politique.
Aimer « l'humanité » en oubliant le prochain
Dernier piège, dénoncé par la sagesse spirituelle : aimer l'humanité en général, abstraite et lointaine, tout en supportant mal les personnes concrètes qui partagent notre quotidien. La charité ne grandit pas dans les grands sentiments universels, mais dans la patience envers le voisin réel, le collègue agaçant, le proche difficile. C'est le prochain donné, non le prochain choisi, qui mesure l'amour.
Les fruits d'une charité grandissante
À quoi reconnaît-on qu'on grandit réellement dans la charité ? Non à un sentiment, mais à des fruits stables que le Catéchisme énumère.
Joie, paix, miséricorde
Le premier ensemble de fruits est intérieur :
« La charité a pour fruits la joie, la paix et la miséricorde. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1829[40]
Une charité qui grandit rend joyeux — non d'une euphorie, mais de la joie profonde de celui qui aime et se sait aimé ; pacifique — car l'amour apaise les rivalités et les amertumes ; et miséricordieux — porté à excuser, pardonner, supporter. Là où l'on devient plus dur, plus jaloux, plus aigre, la charité a régressé ; là où l'on devient plus doux et plus patient, elle a grandi (voir Comment grandir dans la douceur et Comment grandir dans la patience).
La liberté des enfants de Dieu
Deuxième fruit : la liberté. Celui qui aime n'obéit plus en esclave ni en mercenaire, mais en fils. Le Catéchisme le dit en propres termes :
« La pratique de la vie morale animée par la charité donne au chrétien la liberté spirituelle des enfants de Dieu. Il ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la crainte servile, ni comme le mercenaire en quête de salaire, mais comme un fils qui répond à l'amour de "celui qui nous a aimés le premier" (1 Jn 4, 19). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1828[41]
La loi cesse d'être un poids pour devenir l'expression de l'amour. On ne demande plus « qu'est-ce que je suis obligé de faire ? », mais « qu'est-ce qui ferait le plus plaisir à Dieu ? » — signe certain d'une charité qui mûrit.
L'union transformante à Dieu
Fruit suprême : la charité transforme l'âme en celui qu'elle aime, car l'amour rend semblable à l'aimé. Sainte Catherine de Gênes parlait de cette opération secrète par laquelle Dieu, ayant reçu le libre arbitre qu'on lui remet, « le réforme peu à peu… avec un soin amoureux »[42]. C'est l'union à laquelle tend toute la vie spirituelle, et que saint Bernard décrit comme l'unique chose que Dieu cherche en nous aimant :
« Lorsque Dieu aime, il ne demande autre chose que d'être aimé, parce qu'il n'aime qu'afin d'être aimé, sachant que ceux qui l'aiment deviendront bienheureux par cet amour même. » — Saint Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des cantiques, 83, 4[43]
La charité dans la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), donne à la charité son dernier accent : aimer Dieu non plus seulement par nos forces, mais en entrant dans l'Amour même dont il aime. Dans cette lumière, la charité apparaît comme un débordement de l'Être divin sur toute la création.
Précisons le mot, car tout est là : vivre dans la Divine Volonté, ce n'est pas seulement faire la volonté de Dieu — ce que fait déjà tout chrétien fidèle. C'est laisser sa propre volonté s'effacer pour qu'il n'y ait plus qu'une seule volonté, celle de Dieu, qui agisse en nous : nos actes, alors, ne sont plus seulement bons, ils deviennent divins, d'une valeur infinie.
« Charité ! La charité n'est rien d'autre qu'un déversement de l'Être divin sur toute la création qui, tout entière, parle de mon Amour pour les hommes et les invite à M'aimer. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 13 mars 1899[44]
Cette charité divine ignore les frontières que met l'amour humain. Là où nous aimons par préférence, Dieu aime sans exception :
« La charité m'est chère à un point que tu ne peux comprendre. Elle est simple comme mon Être est simple… elle se diffuse partout. Elle n'a d'égards pour personne en particulier, qu'il s'agisse d'un ami ou d'un ennemi, d'un citoyen ou d'un étranger, elle aime tout le monde. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 18 mars 1899[45]
Grandir dans la charité, dans cette perspective, c'est laisser l'Amour éternel aimer en nous et par nous, jusqu'à ce que notre amour épouse les dimensions du sien — sans frontières, sans calcul, sans exception. Tout se ramène alors à une réponse : « Donc, tu m'aimes et Je t'aime ! Alors, aimons-nous et restons toujours ensemble. »[46]
Marie et le Cœur de Jésus, maîtres de la charité
On ne grandit pas dans une vertu en la fixant comme un idéal abstrait, mais en contemplant ceux qui l'ont vécue parfaitement. Or la charité a deux maîtres souverains.
Le Cœur de Jésus : aimer « jusqu'au bout »
Jésus est la charité faite chair. Il a aimé non par devoir mais par excès, et jusqu'à l'extrême :
« Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. » — Évangile selon saint Jean 13, 1[47]
Et il en a fixé la mesure : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jn 15, 13)[48]. Contempler ce Cœur ouvert, c'est apprendre que la charité véritable se reconnaît au don de soi, non aux paroles. Le commandement nouveau prend de là son étalon : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34)[49] — non pas seulement comme vous-mêmes, mais comme lui nous a aimés, jusqu'à la Croix.
Marie, Mère du bel amour
Marie est la créature en qui la charité a atteint sa perfection. Tout son être est tourné vers Dieu (« Mon âme exalte le Seigneur », Lc 1, 46)[50] et vers le prochain : à peine comblée, elle court servir sa cousine Élisabeth (Lc 1, 39), et à Cana son attention devance le besoin des époux (Jn 2, 3). Prendre Marie pour maîtresse, c'est apprendre la charité qui adore Dieu et sert l'homme dans un seul mouvement. Grandir dans la charité, en définitive, c'est ressembler à son Fils sous son regard de Mère — devenir, à notre mesure, ce que saint Paul appelle le « plein accomplissement de la Loi » : l'amour (Rm 13, 10)[51].
Un chemin concret, jour après jour
La charité ne grandit pas par grandes résolutions héroïques, mais par une fidélité menue et répétée. On peut résumer les moyens étudiés en un programme simple, gradué du plus accessible au plus exigeant :
| Fréquence | Exercice de charité | Ce qu'il travaille |
|---|---|---|
| Chaque jour | Demander la grâce : « Seigneur, augmente ma charité » | La charité comme don reçu |
| Souvent | Une courte parole d'amour redite au fil des heures | L'acte d'amour continuel |
| Chaque jour | Offrir par amour les « petits riens » du quotidien | Aimer dans le moment présent |
| Régulièrement | Communier et adorer le Saint-Sacrement | Puiser à la source |
| Chaque jour | Un service concret, sans retour, au prochain donné | L'amour effectif du frère |
| Aux occasions | Pardonner, prier pour qui nous blesse | L'amour de l'ennemi |
| Souvent | Un renoncement caché à l'amour-propre | Mourir au moi pour aimer |
Lecture du tableau : aucun de ces exercices n'est spectaculaire ; c'est leur répétition fidèle qui transforme. On commence par un ou deux, on les tient, on ajoute ensuite.
L'essentiel est de ne pas viser la charité en général, mais de saisir, aujourd'hui, l'occasion concrète qui se présente — ce service à rendre, ce pardon à donner, cette parole d'amour à dire à Dieu. Car la charité est la vertu qui demeure, celle sur laquelle nous serons jugés, et celle qui, déjà, commence le Ciel : aimer Jésus de façon effective et ouverte, car chaque pas vrai vers cet amour est un pas vers la sainteté, qui n'est rien d'autre que la charité parvenue à sa plénitude.
Pour aller plus loin
- Que disent les saints sur la charité — un florilège des grandes paroles des saints, docteurs et mystiques sur cette vertu.
- Les erreurs fréquentes concernant la charité — les contresens à éviter : charité réduite au sentiment, à la tolérance ou à la philanthropie.
- Comment grandir dans l'aumône — les œuvres de miséricorde, expression concrète de la charité envers le pauvre.
- La charité de l'Église catholique — l'immense œuvre caritative de l'Église à travers l'histoire.
- Comment grandir dans la foi et Comment grandir dans l'espérance — les deux autres vertus théologales, dont la charité est le couronnement.
- Comment grandir dans l'humilité et Comment grandir dans la confiance — les vertus qui préparent et accompagnent la charité.
Notes et références
Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 13, traduction liturgique officielle (AELF). Conclusion de l'« hymne à la charité » (1 Co 13), lu comme la charte du primat de l'amour.
1Jésus à Gabrielle Bossis (1874-1950), Lui et moi, Œuvre complète, éd. Rassemblement à Son Image, 2021 : « Commençons le Ciel. Aime-Moi sans cesse tandis que Je t'aime. » (entretien du 17 décembre, n° 18, p. 9 [I, 14]). Statut ecclésial : Gabrielle Bossis, laïque française, ne porte aucun titre ecclésial (aucune cause de béatification ouverte) ; l'ouvrage, recueil posthume de locutions intérieures, circule avec imprimatur (Mgr Villepelet, en tête de cette édition 2021 ; trad. anglaise He and I : imprimatur de Mgr Fortier, Sherbrooke, 1969).
2Catéchisme de l'Église catholique, § 1826, citant 1 Co 13, 1-4.13. Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
3Catéchisme de l'Église catholique, § 1827, citant Col 3, 14. La charité « forme des vertus » est la doctrine thomiste reçue par le Magistère.
4Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 23, a. 8 : la charité est forma virtutum, en tant qu'elle ordonne tous les actes des autres vertus à la fin dernière (Dieu). Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.
5Sœur Consolata Betrone (1903-1946), capucine de Turin, citée par le P. Lorenzo Sales, Jésus parle au monde, éd. du Parvis, 1994, p. 18 (cette édition porte nihil obstat et imprimatur de Fribourg, 1957). Apôtre de l'« acte d'amour incessant ». Titre de Vénérable : vertus héroïques reconnues lors de l'audience du 6 avril 2019 (bulletin de la Salle de presse du 8 avril 2019).
6Saint Augustin (354-430), In Epistolam Ioannis ad Parthos tractatus, VII, 8 : « Dilige, et quod vis fac » — « Aime, et fais ce que tu veux. » Le sens : qui aime vraiment ne peut vouloir que le bien.
7Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46 (le jugement dernier), traduction liturgique officielle (AELF). Le critère du jugement est l'amour effectif envers « les plus petits » (v. 40).
8Saint Jean de la Croix (1542-1591), Dichos de luz y amor (Avis et Maximes) : en espagnol, « A la tarde te examinarán en el amor » (sentence n° 59 du Códice de Andújar) ; la forme traditionnelle, reprise au CEC § 1022, est : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour » (sentence n° 64 selon la numérotation courante).
9Saint Augustin, In Epistolam Ioannis, X, 4, cité au CEC § 1829 : « L'achèvement de toutes nos œuvres, c'est la dilection. » (le Catéchisme écrit « la dilection », traduisant le latin dilectio).
10Catéchisme de l'Église catholique, § 1822. Définition canonique de la charité comme vertu théologale.
11Saint François de Sales (1567-1622), Traité de l'amour de Dieu, livre I, ch. XI-XII (les deux portions de l'âme ; la « pointe de l'âme » où la volonté adhère à Dieu) et livre VI, ch. IX (le repos sacré « par la seule pointe de la volonté », sans opération sensible). L'amour réside dans cette pointe de l'esprit, non dans la consolation sensible, qui peut manquer sans que l'amour cesse. Édition de référence : Œuvres, édition d'Annecy.
12Saint Vincent de Paul (1581-1660), « Extrait d'entretien sur l'amour de Dieu » (25e extrait, sans date), éd. Coste, t. XI, p. 40 : « Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages. » Le même extrait distingue les affections intérieures d'un cœur tendre de « la pratique de l'amour effectif » : sans les œuvres, les actes d'amour restent suspects.
13Première lettre de saint Jean 3, 18, traduction liturgique officielle (AELF). La charité véritable se prouve « en actes et en vérité ».
14Lettre de saint Paul aux Romains 5, 5, traduction liturgique officielle (AELF). Texte fondateur du caractère infus de la charité : elle est versée par l'Esprit Saint.
15Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), Croire à l'Amour, éd. Pierre Téqui, 2007, p. 18. Commentaire spirituel de la « petite voie » de sainte Thérèse.
16Évangile selon saint Matthieu 22, 37-39, traduction liturgique officielle (AELF), citant Dt 6, 5 et Lv 19, 18. Les deux commandements de l'amour résument toute la Loi.
17Première lettre de saint Jean 4, 20, traduction liturgique officielle (AELF). L'amour du frère visible est la vérification de l'amour de Dieu invisible.
18Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 24, a. 9 : les trois degrés de la charité — commençants (souci d'éviter le péché), progressants (souci de croître dans le bien), parfaits (souci de l'union à Dieu). Saint Thomas ne les relie pas, dans cet article, aux voies purgative, illuminative et unitive : ce rapprochement est celui de la tradition spirituelle ultérieure.
19 20 21Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Manuscrits autobiographiques, Manuscrit B (septembre 1896) : « Ma vocation, c'est l'Amour ! […] Dans le Cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour. » Édition : Œuvres complètes, Cerf / DDB, 1992.
22Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 24, a. 7 : à la question de savoir si la charité peut croître sans limite dans cette vie, la conclusion est qu'« il n'est imposé de terme à la croissance de la charité dans l'état de voie » (Nullo autem istorum modorum imponitur terminus augmento caritatis in statu viae) : ni du côté de Dieu qui la verse (l'Esprit Saint, charité infinie), ni du côté de l'âme, que chaque degré atteint rend capable d'un degré plus haut ; elle croît en intensité, non en extension. Sur son caractère infus, voir a. 2 ; sur le rôle des actes (chacun dispose à une charité plus grande), a. 6.
23Première lettre aux Corinthiens 12, 31, traduction liturgique officielle (AELF) : « Recherchez donc avec ardeur les dons les plus grands », transition immédiate vers l'hymne à la charité (1 Co 13).
24La voix divine (qui se présente comme l'Esprit Saint) à sainte Angèle de Foligno (1248-1309), Le Livre des visions et instructions, ch. 20 (trad. Ernest Hello) : « Or personne n'a d'excuse, car tout le monde peut aimer ; Dieu ne demande à l'âme que l'amour. »
25Catéchisme de l'Église catholique, § 1394, sur l'Eucharistie qui fortifie la charité affaiblie par la vie quotidienne et efface les péchés véniels.
26Sœur Consolata Betrone, dont la spiritualité, transmise par le P. Lorenzo Sales, repose sur l'« acte d'amour incessant » : « Jésus, Marie, je vous aime, sauvez les âmes. » (Jésus parle au monde, éd. du Parvis, 1994, p. 100-101).
27Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, lettre 143 (18 juillet 1893) : « des riens qui font plaisir […] par exemple un sourire, une parole aimable » ; et lettre 109 (juillet 1890) : « ces petits riens qui le consolent ». Édition : Œuvres complètes, Cerf / DDB, 1992.
28Bienheureuse Dina Bélanger (1897-1929), religieuse de Jésus-Marie (Québec), Une vie dans le Christ. Marie Sainte-Cécile de Rome (Dina Bélanger), Autobiographie et témoignages, t. II, éd. Dom L. Crenier, imprimatur Québec 1934, p. 120, note du 23 février 1926.
29Catéchisme de l'Église catholique, § 1825, citant Rm 5, 10 ; Mt 5, 44 ; Lc 10, 27-37 ; Mc 9, 37 ; Mt 25, 40.45.
30Évangile selon saint Matthieu 5, 44-45, traduction liturgique officielle (AELF). L'amour des ennemis comme signe distinctif des fils du Père céleste.
31Jésus à Gabrielle Bossis, Lui et moi, Œuvre complète, éd. Rassemblement à Son Image, 2021 : « Si Mes Fidèles étaient bons les uns pour les autres, la face du monde serait changée. » (entretien du 14 février, « dans un car », n° 44, p. 12 [I, 36]).
32Évangile selon saint Jean 12, 24, traduction liturgique officielle (AELF). La loi du grain de blé : la fécondité passe par la mort à soi-même.
33Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), De diligendo Deo (L'Amour de Dieu), ch. VIII-X : les quatre degrés de l'amour, de l'amour de soi pour soi jusqu'à l'amour de soi pour Dieu seul.
34Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : « le divin Mendiant d'amour » (lettre 172) ; « ce Dieu qui devient le mendiant de notre amour » (lettre 191). Édition : Œuvres complètes, Cerf / DDB, 1992.
35Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), Vie et Œuvres, Paris, Poussielgue Frères, 1876, t. 2, pp. 414-415 (Mémoire écrit par elle-même : « Étant une fois devant le saint Sacrement, un jour de son octave… » — « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes… et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes… ») ; l'édition date cette grande apparition de juin 1675 (t. 1, note). Libellé vérifié mot à mot sur cette édition.
36Jésus à sœur Josefa Menendez (1890-1923), Un appel à l'Amour, nouvelle édition (131e mille), Œuvre du Sacré-Cœur, Poitiers, imprimatur Toulouse 1944, p. 66 : « C'est la froideur des âmes qui ne correspondent pas à mon Amour. Si tu savais ma douleur d'aimer et de n'être pas aimé ! »
37Apocalypse 3, 15-16, traduction liturgique officielle (AELF). Reproche à l'Église de Laodicée, figure de la tiédeur spirituelle.
38Première lettre aux Corinthiens 13, 3, traduction liturgique officielle (AELF). Sans la charité, même les œuvres extrêmes de dévouement ne servent de rien.
39Catéchisme de l'Église catholique, § 1829 : « La charité a pour fruits la joie, la paix et la miséricorde » ; la seule référence donnée par le Catéchisme est saint Augustin, Commentaire de la première épître de saint Jean, 10, 4 (PL 35, 2057).
40Catéchisme de l'Église catholique, § 1828, sur la liberté spirituelle des enfants de Dieu (le paragraphe s'achève sur saint Basile, Règle détaillée, prologue 3 : PG 31, 896B).
41Le Seigneur à sainte Catherine de Gênes (1447-1510), Dialogue, IIIe partie, ch. 1er, parole recueillie par le P. Auguste Saudreau, Les Divines Paroles (recueil, 1re éd. 1882) : Dieu, recevant le libre arbitre qu'on lui donne, « le réforme peu à peu par une opération secrète et avec un soin amoureux » ; Saudreau renvoie à la Vie et Œuvres par le vicomte de Bussières (2e éd. revue par le P. Millet, Paris, Allard), p. 372. Libellé vérifié mot à mot sur le texte de Saudreau ; l'édition Bussières n'a pas été consultée directement.
42Saint Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des cantiques, sermon 83, § 4 (trad. Charpentier d'après Mabillon, libellé vérifié mot à mot ; la colonne PL 183 n'ayant pu être contrôlée, elle n'est pas reprise).
43Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 2, 13 mars 1899 (« Toute la création nous parle de l'amour de Dieu »), trad. française Lumen Luminis d'après G. Harvey, p. 14. Libellé vérifié mot à mot.
44Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 18 mars 1899 (« La charité est simple »), trad. française Lumen Luminis d'après G. Harvey, p. 18. Libellé vérifié mot à mot : la charité divine aime « tout le monde », ami comme ennemi, sans acception de personne.
45Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, ouverture du tome commencée le 28 février 1899 par obéissance, trad. française Lumen Luminis d'après G. Harvey : « Donc, tu m'aimes et Je t'aime ! Alors, aimons-nous et restons toujours ensemble. » Libellé vérifié mot à mot sur cette traduction — la pagination varie selon les éditions.
46Évangile selon saint Jean 13, 1, traduction liturgique officielle (AELF). Ouverture du récit de la Cène : l'amour « jusqu'au bout » (eis telos).
47Évangile selon saint Jean 15, 13, traduction liturgique officielle (AELF). La mesure de la charité : donner sa vie.
48Évangile selon saint Jean 13, 34, traduction liturgique officielle (AELF). Le « commandement nouveau » : aimer « comme » le Christ a aimé.
49Évangile selon saint Luc 1, 46-49 (le Magnificat), traduction liturgique officielle (AELF). L'âme de Marie tout orientée vers la louange de Dieu.
50Lettre aux Romains 13, 10, traduction liturgique officielle (AELF) : « L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c'est l'amour. » (« Plénitude de la loi » est la formule par laquelle le CEC § 1824 désigne la charité.)
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