Grandir dans la chasteté n'est ni se durcir contre son corps ni réussir une performance de maîtrise : c'est laisser croître en soi la vertu par laquelle la sexualité, loin d'être niée ou subie, s'intègre à la personne tout entière et se met au service de l'amour vrai. La chasteté n'est pas d'abord une liste d'interdits ; elle est une force d'unification intérieure qui rend l'homme maître de lui-même pour qu'il puisse se donner. Le Catéchisme la définit d'un mot dense :
« La chasteté signifie l'intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l'unité intérieure de l'homme dans son être corporel et spirituel. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2337[1]
C'est une vertu décriée comme aucune autre. Notre époque y voit volontiers une mutilation, une survivance, une pudeur malade. Pourtant saint François de Sales l'appelle le lis des vertus, celle qui « rend les hommes presque égaux aux anges »[2], parce qu'elle rend au cœur sa limpidité et donc sa capacité de voir Dieu. Le chemin décrit ici est pratique : comment la chasteté grandit, par quels moyens, en évitant quels pièges — l'impureté d'un côté, le mépris du corps de l'autre.
La voie suivie est positive : faire croître une vertu. Le combat direct contre le vice opposé — résister aux tentations, se relever des chutes — a son article, Comment grandir dans le combat contre la luxure ; de même la limpidité plus large du regard intérieur, Comment grandir dans la pureté du cœur, et la vertu cardinale dont la chasteté est une espèce, Comment grandir dans la tempérance. Les contresens les plus courants sont examinés dans Les erreurs fréquentes concernant la chasteté.
Pourquoi chercher à grandir dans la chasteté ?
Une vertu réduite à tort à une simple interdiction
La chasteté souffre d'un malentendu plus lourd que toute autre vertu. On la confond avec le refoulement, la peur du corps, la frustration érigée en règle. On en fait une négation — « ne pas faire » — alors qu'elle est une intégration — « unifier pour pouvoir aimer ». Réduite à un interdit, elle paraît triste et invivable ; comprise comme vertu, elle est au contraire ce qui libère.
Car la sexualité, livrée à elle-même, n'unifie pas l'homme : elle le divise. Elle l'entraîne là où sa volonté profonde ne veut pas aller, le rend esclave de ses pulsions, le coupe en deux entre ce qu'il désire et ce qu'il fait. La chasteté est précisément la vertu qui recoud cette déchirure. Le Catéchisme le dit sans détour : « ou l'homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux »[3]. Loin d'opprimer, la chasteté comporte « un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine » : elle rend l'homme capable de disposer de lui-même au lieu d'être disposé par ses appétits.
La volonté de Dieu : votre sanctification
La chasteté n'est pas un idéal facultatif réservé à quelques âmes ferventes : elle touche à la volonté même de Dieu sur chaque baptisé. Saint Paul l'énonce comme un commandement positif, et il l'enracine non dans la peur mais dans la sainteté :
« La volonté de Dieu, c'est que vous viviez dans la sainteté, en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. » — Première lettre aux Thessaloniciens 4, 3-5[4]
Le mot décisif est « maître de son corps ». La chasteté n'est pas la haine de la chair, c'est sa maîtrise ; non l'absence de désir, mais le désir gouverné et rendu à sa vérité. Et Paul ajoute aussitôt la raison la plus haute : « Dieu nous a appelés, non pas pour que nous restions dans l'impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté » (1 Th 4, 7)[5]. La chasteté est donc une voie de sanctification, c'est-à-dire une manière concrète de répondre à l'appel universel à la sainteté.
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »
Enfin, et c'est sa promesse la plus haute, la chasteté ouvre à la vision de Dieu. Le Christ en fait l'objet d'une béatitude :
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » — Évangile selon saint Matthieu 5, 8[6]
Le lien entre pureté et vision n'est pas arbitraire. Le péché contre la chasteté trouble le regard intérieur, comme une eau remuée cesse de refléter le ciel ; la chasteté le clarifie. Le Catéchisme précise que les « cœurs purs » de la béatitude sont ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu dans trois domaines : la charité, « la chasteté ou rectitude sexuelle », l'amour de la vérité et l'orthodoxie de la foi[7]. Et cette pureté n'attend pas l'au-delà : « Dès aujourd'hui, elle nous donne de voir selon Dieu » ; « elle nous permet de percevoir le corps humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l'Esprit Saint, une manifestation de la beauté divine »[8]. Grandir dans la chasteté, c'est donc rendre à l'âme la transparence qui la dispose à Dieu.
Comprendre ce qu'on cherche à acquérir
Avant les moyens, une mise au point décisive : beaucoup échouent à grandir dans la chasteté parce qu'ils en visent une caricature. On la confond avec l'insensibilité, la peur, le mépris du désir. La vertu de chasteté est tout autre chose, et la définir exactement est déjà la moitié du chemin.
La chasteté : intégrer la sexualité, non la nier
La grande intuition catholique, ramassée dans le § 2337, est que la chasteté est une intégration. La sexualité n'est pas un ennemi à abattre ni un domaine honteux à cacher : elle est une force bonne, donnée par Dieu, qui doit être incorporée à la personne tout entière au lieu de la fragmenter. La personne chaste n'est pas celle qui n'a plus de désirs, mais celle dont les désirs sont gouvernés et orientés vers le don. Le Catéchisme le dit de la personne chaste : elle « maintient l'intégrité des forces de vie et d'amour déposées en elle »[9]. Saint Augustin, qui avait connu cette dispersion, en a donné la formule que le Catéchisme reprend :
« La chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant. » — Saint Augustin, Confessions, X, 29, 40, cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 2340[10]
C'est pourquoi la chasteté n'est pas le contraire de l'amour, mais sa condition. Le contraire de la chasteté, ce n'est pas l'amour : c'est la convoitise, qui réduit l'autre à un objet de plaisir. La chasteté, elle, rend capable de regarder l'autre comme une personne et non comme une proie — donc capable de l'aimer vraiment.
Une partie de la tempérance, non un refoulement
Saint Thomas fait de la chasteté une espèce de la tempérance — l'une de ses « parties subjectives », celle qui règle le plaisir sexuel —, la tempérance étant la vertu cardinale qui modère selon la raison les plaisirs du toucher[11] ; le Catéchisme la place de même « sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance, qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité humaine »[12]. Cette filiation est éclairante : la chasteté n'est pas un blocage, mais une mesure. La tempérance ne supprime pas le plaisir, elle l'ordonne ; de même, la chasteté n'éteint pas la sexualité, elle la met à sa juste place dans une vie d'homme. Le nom même de la vertu le dit, selon une étymologie que Thomas relève : castitas vient de ce que la concupiscence est « châtiée » — corrigée, rendue à sa mesure — par la raison[13].
« Le nom de chasteté vient de ce que la concupiscence est châtiée par la raison, elle qui doit être refrénée à la manière d'un enfant. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 151, a. 1 (notre traduction)[14]
L'image est exacte : l'élan du désir n'est pas mauvais en lui-même, mais il est comme un enfant qui, livré à lui-même, se précipite n'importe où ; la chasteté n'est pas la mort de cet élan, mais son éducation.
Chasteté, continence, pureté, modestie, virginité
La langue spirituelle distingue plusieurs réalités voisines qu'il faut séparer pour les cultiver justement. Les confondre conduit à viser l'une en croyant viser l'autre.
| Terme | Ce qu'il désigne | Acte propre |
|---|---|---|
| Chasteté | La vertu qui intègre la sexualité selon l'état de vie | Ordonner le désir au don |
| Continence | L'abstention de tout acte sexuel (hors mariage, ou par vœu) | S'abstenir fermement |
| Pureté du cœur | La limpidité du regard intérieur, plus large que la sexualité | Voir selon Dieu |
| Modestie / pudeur | La réserve qui préserve l'intimité de la personne (regard, tenue, paroles) | Protéger l'intime |
| Virginité / célibat consacré | La chasteté offerte à Dieu pour le Royaume | Se donner sans partage |
Lecture du tableau : ces réalités ne s'opposent pas, elles s'emboîtent. La modestie garde la chasteté, la chasteté sert la pureté du cœur, et la pureté du cœur ouvre à la vision de Dieu. La continence est la forme que prend la chasteté hors du mariage ; la virginité consacrée, sa forme oblative.
La chasteté selon les états de vie
Erreur fréquente : croire que la chasteté ne concernerait que les célibataires, ou pire, qu'elle serait synonyme d'abstinence pour tous. Tout baptisé est appelé à la chasteté, mais sous une forme propre à son état[15]. L'époux n'est pas appelé à moins de chasteté que le moine : il est appelé à une autre chasteté, celle de la fidélité féconde. Le Catéchisme reprend ici une parole de saint Ambroise :
« Il existe trois formes de la vertu de chasteté : l'une des épouses, l'autre du veuvage, la troisième de la virginité. Nous ne louons pas l'une d'elles à l'exclusion des autres. C'est en quoi la discipline de l'Église est riche. » — Saint Ambroise de Milan, Sur les veuves, 23, cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 2349[16]
| État de vie | Forme de la chasteté | Ce qu'elle demande |
|---|---|---|
| Époux | Chasteté conjugale | Fidélité, don total, ouverture à la vie |
| Fiancés | Chasteté dans la continence | Réserver au mariage le don des corps[17] |
| Célibataires et veufs (non consacrés) | Chasteté dans la continence | Vivre l'amitié et le don sans acte sexuel |
| Personnes consacrées | Chasteté de la virginité pour le Royaume | Se donner à Dieu sans partage |
Lecture du tableau : la chasteté n'est pas une privation imposée aux uns et épargnée aux autres ; c'est la vérité de l'amour propre à chaque vocation. L'époux fidèle, le célibataire continent et le moine vierge vivent tous, différemment, la même vertu.
Cette universalité est libératrice : personne n'est dispensé de grandir dans la chasteté, mais personne non plus n'est condamné à une vie sans amour. La chasteté épouse chaque vocation au lieu de la nier.
Une vertu et un don de Dieu
Dernière vérité, et la plus consolante : la chasteté n'est pas seulement le fruit de l'effort. Elle est aussi, et d'abord, une grâce. Le Catéchisme tient les deux ensemble :
« La chasteté est une vertu morale. Elle est aussi un don de Dieu, une grâce, un fruit de l'œuvre spirituelle. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2345[18]
La conséquence pratique est immense. D'une part, le tempérament le plus combattu n'est pas condamné : la grâce peut donner ce que la seule volonté n'obtient pas. D'autre part, puisque la chasteté est un don, le premier moyen de grandir n'est pas la crispation, mais la demande. L'Écriture, dans la version latine que lisaient les Pères, le pose comme un principe :
« Je savais que je ne pourrais être continent si Dieu ne me le donnait. » — Livre de la Sagesse 8, 21, selon la Vulgate latine (notre traduction)[19]
Saint Augustin cite ce verset au moment même où il formule sa grande prière de la continence (Confessions, X, 29, 40) : tout demander, parce que tout est reçu. C'est le premier des moyens concrets, détaillé plus bas.
Les deux manières de manquer la chasteté
Comme toute vertu, la chasteté se tient au sommet entre deux abîmes. Par défaut, on tombe dans l'impureté ; mais par dévoiement, on tombe dans un mépris du corps qui n'a de la vertu que l'apparence. Connaître les deux protège la croissance, car on peut manquer la chasteté en tombant d'un côté comme de l'autre.
Par défaut : l'impureté et la luxure
Le premier défaut est l'impureté : le dérèglement de la sexualité qui la détache de l'amour et du don pour la réduire à la recherche du plaisir. Sous ses formes diverses — pensées entretenues, regards, actes —, la luxure désintègre la personne, exactement à l'inverse de la chasteté qui l'unifie. Elle promet une libération et livre un esclavage ; elle promet l'intimité et isole.
Le combat direct contre ce vice — résister, fuir, se relever — fait l'objet de Comment grandir dans le combat contre la luxure. Ici, on retient seulement que l'impureté est le bord par défaut : celui où l'on tombe quand le désir n'est plus gouverné.
Par dévoiement : le mépris du corps et le rigorisme anxieux
L'erreur opposée est plus subtile, car elle prend le masque de la vertu. C'est le faux angélisme : croire que la sainteté consisterait à mépriser le corps, à tenir la sexualité pour honteuse en elle-même, à vivre dans la peur et le dégoût de la chair. Cette attitude n'est pas chrétienne : elle rejoint la vieille erreur manichéenne, qui tenait la matière pour mauvaise, et que la foi au Dieu créateur et à l'Incarnation exclut. Le corps n'est pas mauvais ; il est « un sanctuaire de l'Esprit Saint » (1 Co 6, 19), promis à la résurrection.
Sa cousine est le rigorisme anxieux : la chasteté vécue comme une crispation perpétuelle, un examen scrupuleux, une terreur de la faute qui enferme l'âme dans le repli sur soi au lieu de l'ouvrir au don. Cette fausse chasteté n'est pas paisible mais tourmentée ; elle ne libère pas, elle obsède. Or la vraie chasteté est joyeuse, parce qu'elle vit sous l'influence de la charité : elle apparaît alors comme « une école de don de la personne »[20], non comme une prison.
Le juste milieu : une pureté libre et joyeuse
Entre ces deux bords, la vertu se tient dans un équilibre lumineux : une pureté libre et joyeuse. Elle est pure, car elle refuse au désir de gouverner l'homme ; elle est libre, car elle ne hait pas le corps mais le reçoit comme un don à offrir ; elle est joyeuse, car elle est ordonnée à l'amour et non à la peur. Le tableau suivant fixe ce discernement.
| Impureté (luxure) | Chasteté (le juste milieu) | Faux angélisme / rigorisme | |
|---|---|---|---|
| Vision du corps | Instrument de plaisir | Don à recevoir et à offrir | Réalité honteuse, méprisable |
| Rapport au désir | Asservi, déréglé | Gouverné, ordonné au don | Nié, refoulé, redouté |
| Climat intérieur | Agitation, esclavage | Paix, liberté, joie | Crispation, scrupule, peur |
| Fruit | Désintégration de la personne | Capacité d'aimer vraiment | Tristesse, repli, orgueil caché |
Lecture du tableau : la chasteté n'est pas un point fragile entre deux dangers, mais une plénitude qui tient ensemble ce que chaque défaut sépare — le respect du corps et la maîtrise du désir. On grandit dans la chasteté en s'éloignant des deux bords à la fois : ni esclave de la chair, ni ennemi de la chair.
Les lois de croissance de la chasteté
Le Catéchisme parle expressément des lois de croissance de la chasteté. Cela change tout pour qui veut progresser : la chasteté n'est pas un état que l'on aurait ou non, c'est un chemin que l'on parcourt par étapes.
Une œuvre de longue haleine, jamais acquise
Première loi : la chasteté ne se conquiert pas une fois pour toutes. Elle est un combat de toute la vie, à reprendre à chaque âge.
« La maîtrise de soi est une œuvre de longue haleine. Jamais on ne la considèrera comme acquise une fois pour toutes. Elle suppose un effort repris à tous les âges de la vie. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2342[21]
Cette parole délivre de deux illusions opposées : celle de croire qu'on aurait « réglé la question » (présomption qui précède la chute), et celle de croire qu'on n'y arrivera « jamais » (découragement qui justifie l'abandon). La chasteté ne s'acquiert pas comme un capital, elle s'entretient comme une santé : par une hygiène quotidienne, sans cesse reprise.
Une croissance par degrés, qui passe par l'imperfection
Deuxième loi, la plus libératrice pour les âmes blessées : la croissance se fait par degrés. Le Catéchisme le dit avec une précision qui compte : la chasteté connaît des lois de croissance, qui passent par « des degrés marqués par l'imperfection et trop souvent par le péché »[22]. Le mot trop est pesé : le péché n'est ni une étape prévue ni une permission, c'est un accident trop fréquent que l'on regrette — mais il n'abolit pas la croissance. Le même paragraphe reprend une parole de saint Jean-Paul II :
« Jour après jour, l'homme vertueux et chaste se construit par des choix nombreux et libres. Ainsi, il connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d'une croissance. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2343, d'après saint Jean-Paul II, Familiaris consortio, n° 34[23]
La sainteté de la chasteté ne se mesure donc pas à l'absence de toute lutte, mais à la direction constante de la volonté et au refus de s'installer dans le mal. D'où une attitude pratique : ne jamais transformer une chute en abandon. Celui qui tombe et se relève aussitôt avance ; celui qui renonce à se relever recule. La croissance ressemble moins à une ligne droite qu'à une remontée faite de rechutes surmontées.
La patience avec soi-même et le recours à la confession
De ces deux lois découle une conséquence : il faut de la patience avec soi-même. Saint François de Sales observe que les colères et dépits contre soi-même « tendent à l'orgueil et n'ont origine que de l'amour-propre, qui se trouble et s'inquiète de nous voir imparfaits » — et il prend justement l'exemple de celui qui, aimant la chasteté, « se dépitera avec une amertume nonpareille de la moindre faute qu'il commettra contre icelle »[24]. Son remède est une patience pleine de douceur :
« Relevez donc votre cœur quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n'est pas chose admirable que l'infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. IX[25]
Le lieu privilégié de ce relèvement est la confession. Le sacrement ne se contente pas d'effacer la faute : il rend la grâce, ranime la volonté, et brise le cercle du découragement où l'impureté cherche à enfermer l'âme. Une confession régulière est, pour la chasteté, ce que les soins réguliers sont pour une convalescence.
Les moyens concrets pour grandir dans la chasteté
Le Catéchisme énumère lui-même les moyens, que la tradition spirituelle a éprouvés : « la connaissance de soi, la pratique d'une ascèse adaptée aux situations rencontrées, l'obéissance aux commandements divins, la mise en œuvre des vertus morales et la fidélité à la prière »[26]. Déplions-les en chantiers concrets.
Demander la chasteté comme une grâce
Premier moyen, et le plus fondamental, parce que la chasteté est un don (CEC § 2345) : la demander. Saint Augustin, qui connut mieux que personne le poids de la chair, a laissé deux prières qui résument tout. La première est l'aveu de sa résistance — la prière qu'il faisait avant sa conversion, et qu'il rapporte avec une lucidité cinglante :
« Donne-moi la chasteté et la continence, mais pas tout de suite. » — Saint Augustin, Confessions, VIII, 7, 17[27]
C'est la prière de l'homme qui veut guérir sans renoncer à sa maladie. La vraie prière du chaste est l'inverse : non « plus tard », mais « maintenant, et par toi seul ». Augustin l'a trouvée plus loin, dans l'une des formules les plus célèbres de son livre :
« Donne ce que tu ordonnes, et ordonne ce que tu veux. » — Saint Augustin, Confessions, X, 29, 40[28]
Tout est là. Dieu commande la chasteté ; mais ce qu'il commande, il le donne à qui le lui demande. Augustin s'accusait d'avoir longtemps cru que la continence relevait de ses propres forces : « j'étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes » (Confessions, VI, 11, 20)[29]. Demander la chasteté, surtout à l'instant où elle manque, c'est déjà l'exercer, car cette demande est un acte d'humilité qui désarme la présomption avant qu'elle ne tombe.
Connaître ses faiblesses et garder ses sens
Le deuxième moyen est la connaissance de soi jointe à la garde des sens. On ne combat pas un ennemi qu'on ne connaît pas. Chacun a ses heures, ses lieux, ses fatigues, ses solitudes où la tentation revient : les connaître, c'est déjà pouvoir les déjouer. Et puisque l'impureté entre par les sens, la chasteté se garde d'abord par la garde des yeux. Job en avait fait un pacte :
« J'avais conclu un pacte avec mes yeux : comment, alors, aurais-je fixé du regard une jeune fille vierge ? » — Livre de Job 31, 1[30]
La garde des yeux n'est pas du puritanisme : c'est de la stratégie, que le Catéchisme nomme « la pureté du regard, extérieur et intérieur », avec « la discipline des sentiments et de l'imagination »[31]. Le regard est la première porte ; détourner les yeux d'une image, d'un écran, d'une scène, c'est éteindre l'incendie à l'allumette plutôt que de le combattre quand il a gagné toute la maison. À cette garde des sens, le Catéchisme joint la pudeur, qui « préserve l'intimité de la personne » et « est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse » : « La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement »[32]. Elle protège l'intime — dans la tenue, le regard, les paroles — non par mépris du corps, mais par respect de son mystère.
Fuir les occasions
Le troisième moyen est le plus concret et le plus négligé : fuir les occasions. On ne triomphe pas de la tentation impure en l'affrontant de face, mais en la fuyant avant qu'elle ne devienne forte. Saint François de Sales en fait le premier de ses avis pour conserver la chasteté, parce que ce mal croît insensiblement :
« Soyez extrêmement prompte à vous détourner de tous les acheminements et de toutes les amorces de la lubricité, car ce mal agit insensiblement, et par des petits commencements fait progrès à des grands accidents : il est toujours plus aisé à fuir qu'à guérir. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. XIII[33]
Le modèle biblique de cette fuite est Joseph devant la femme de Putiphar. Il avait refusé — « Comment donc pourrai-je commettre ce grand mal et pécher contre Dieu ? » (Gn 39, 9) — et, le jour où elle le saisit, il ne s'attarde pas : « il abandonna le vêtement entre ses mains et s'enfuit au-dehors » (Gn 39, 12)[34]. Il y a une fuite qui est la plus haute sagesse : celle qui refuse le combat qu'on perdrait en restant. Couper une fréquentation dangereuse, supprimer un accès, quitter un lieu : ces gestes humbles font plus pour la chasteté que les plus belles résolutions.
La sobriété et la mortification du corps
Le quatrième moyen est l'ascèse : une certaine sobriété du corps qui le rend docile à l'esprit. La tradition lie la chasteté à la sobriété dans la nourriture, la boisson et le repos, parce qu'un corps repu et amolli résiste mal à la concupiscence ; saint Thomas range d'ailleurs l'abstinence, la sobriété et la chasteté parmi les espèces d'une même vertu, la tempérance[35]. Le jeûne, la sobriété, le combat contre la gourmandise, le renoncement aux satisfactions superflues ne sont pas des fins en soi : ils assouplissent la chair et fortifient la volonté. Cette ascèse doit être « adaptée aux situations rencontrées » (CEC § 2340), c'est-à-dire mesurée, sans rigorisme : non pour mépriser le corps, mais pour le rendre libre.
La prière et la vigilance
Le cinquième moyen est la vigilance priante. Le Christ a donné la formule au jardin des Oliviers, à l'heure précise où ses disciples allaient succomber :
« Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » — Évangile selon saint Matthieu 26, 41[36]
Veiller et prier : les deux ensemble. La vigilance sans prière devient crispation ; la prière sans vigilance devient présomption. La chasteté demande de surveiller les premiers mouvements — l'image, la pensée, la rêverie complaisante — et de les remettre aussitôt à Dieu, avant qu'ils ne s'installent : c'est tout l'art de la vigilance spirituelle.
Les sacrements : l'Eucharistie et la confession
Le sixième moyen est le recours aux sacrements, sources de la grâce qui guérit. Saint François de Sales clôt ses avis pour conserver la chasteté sur ce conseil :
« Tenez-vous toujours proche de Jésus-Christ crucifié, et spirituellement par la méditation et réellement par la sainte communion : car tout ainsi que ceux qui couchent sur l'herbe nommée agnus castus deviennent chastes et pudiques, de même reposant votre cœur sur Notre Seigneur, qui est le vrai agneau chaste et immaculé, vous verrez que bientôt votre âme et votre cœur se trouveront purifiés de toutes souillures et lubricités. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. XIII[37]
L'Eucharistie n'est pas seulement un secours moral : c'est le Corps du Christ qui vient purifier et fortifier le nôtre. La communion fréquente, faite en état de grâce, compte parmi les appuis les plus puissants de la chasteté, car elle nourrit l'âme de Celui qui est la pureté même. Et quand la chute est venue, la confession relève sans tarder : se relever vite, par le sacrement, brise le découragement où l'impureté veut enfermer l'âme.
La dévotion à Marie Immaculée
Le septième moyen est la dévotion mariale. La tradition catholique met la chasteté sous la protection de la Vierge Immaculée, « toute pure », dont le lis est le symbole. Recourir à Marie dans la tentation — par une invocation brève, un Je vous salue Marie, un regard vers son image — n'est pas une dévotion sentimentale : c'est se réfugier auprès de la Mère dont la pureté désarme l'ennemi. Saint Alphonse de Liguori en témoigne avec assurance :
« C'est chose universellement reconnue, et dont les serviteurs de Marie font tous les jours l'expérience, que son nom puissant donne la force de vaincre les tentations contre la chasteté. » — Saint Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, Iʳᵉ partie, ch. X[38]
La chasteté est trop haute pour la seule force humaine : elle se garde sous un regard maternel.
L'amitié et l'amour vrai
Le huitième moyen, enfin, est le plus positif et le moins connu : la chasteté ne se garde pas seulement par le refus, mais par l'amour vrai. Le Catéchisme livre ici une parole surprenante :
« La vertu de chasteté s'épanouit dans l'amitié. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2347[39]
C'est que le désir mal gouverné cherche à posséder ; la chasteté apprend à donner. Une vie pauvre en amour vrai — en amitiés profondes, en charité agissante, en dons concrets de soi — est une vie où le désir non employé se déforme. À l'inverse, le cœur qui apprend à aimer pour de bon, à se donner sans retour, désarme peu à peu la convoitise. La chasteté n'est pas le contraire de l'amour : elle en est la forme pure. On ne grandit pas dans la chasteté en aimant moins, mais en aimant mieux.
Les fruits d'une chasteté grandissante
À quoi reconnaît-on qu'on grandit réellement dans la chasteté ? Non à un sentiment d'invulnérabilité — qui serait présomption —, mais à des fruits stables que la tradition décrit avec constance.
La liberté intérieure et la paix
Le premier fruit est la liberté. L'impureté asservit ; la chasteté affranchit. Celui qui grandit dans cette vertu cesse peu à peu d'être le jouet de ses pulsions, de ses images, de ses humeurs ; il se possède, et donc il dispose de lui-même. De cette liberté naît la paix : non l'absence de tentation, mais l'absence de cet esclavage intérieur qui empêche de se reposer en Dieu. « L'homme commande à ses passions et obtient la paix » (CEC § 2339) : la chasteté tient cette promesse.
La limpidité du cœur et la vision de Dieu
Le deuxième fruit est la limpidité du cœur, qui rejoint la béatitude des cœurs purs (Mt 5, 8). À mesure que la chasteté grandit, le regard intérieur se clarifie : on voit plus juste, on prie plus paisiblement, on perçoit dans le prochain une personne et non une proie. La pureté rend à l'âme la transparence qui la dispose à Dieu, comme l'eau redevenue calme reflète enfin le ciel. C'est le sens profond de la promesse : la chasteté, ici-bas déjà, fait commencer la vision de Dieu.
La capacité d'aimer vraiment
Le troisième fruit, qui couronne les autres, est la capacité d'aimer. La chasteté apparaît comme « une école de don de la personne » (CEC § 2346) : en libérant le désir de la convoitise, elle rend capable du don total — dans le mariage comme dans la consécration. Ainsi la chasteté, qui semblait une vertu de refus, débouche sur la plus haute des vertus, la charité : elle ne diminue pas l'amour, elle le rend possible.
La chasteté dans la Divine Volonté
Les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), où Jésus enseigne à vivre non seulement en faisant la volonté de Dieu, mais dans sa Divine Volonté même, donnent à la chasteté son dernier accent. La pureté n'y est pas seulement l'absence de souillure : elle devient la condition pour que l'âme soit le miroir où Dieu se contemple, et elle s'élève d'une « pureté naturelle » à une « pureté divine » opérée par l'amour.
Jésus explique à Luisa que la pureté qui se contente d'éviter les actes, les regards, les pensées et les paroles contraires à la chasteté n'atteint qu'une « pureté naturelle » ; c'est l'amour qui la transforme en « Pureté divine » :
« La Pureté se contente de ne pas poser d'acte, de ne pas porter de regard, de ne pas entretenir de pensée et de ne pas prononcer de parole qui ne soi[en]t chastes. Elle tolère le restant. Avec ceci, l'âme n'acquiert rien de plus que la pureté naturelle. […] L'Amour est jaloux de tout, même de la pensée et du souffle, même s'ils étaient chastes. L'Amour veut tout pour Lui-même. Avec cela, Il donne à l'âme non pas la pureté naturelle, mais la Pureté divine. Il en est ainsi pour toutes les autres vertus. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 10, 23 novembre 1910[40]
Cette page éclaire tout le chemin : la chasteté n'est pas la fin, mais le seuil. Tant qu'elle se contente d'éviter le mal, elle reste « naturelle » ; greffée sur l'amour de Dieu, elle devient « divine ». C'est pourquoi le huitième moyen — aimer mieux — n'est pas un appoint, mais le sommet : la pureté s'achève dans l'amour.
Jésus donne ailleurs l'image qui résume cette pureté : l'âme vierge et droite est comme une fontaine limpide où Dieu peut se mirer.
« Les âmes vierges ressemblent à la pureté de la fontaine. Les eaux cristallines et pures sont leurs Actes droits. Le soleil qui lance ses rayons perpendiculaires, c'est Moi. Les variétés des couleurs, c'est l'Amour. Or si Je ne trouve pas dans une âme la Pureté, la Droiture et l'Amour, elle ne peut pas être mon miroir. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 10, 3 février 1912[41]
Dans la même page, Jésus précise que d'autres âmes, « même si elles sont vierges », ne lui permettent pas de s'y contempler, faute de droiture et d'amour ; et il donne le signe de cette pureté véritable : la paix. Grandir dans la chasteté, dans cette perspective, ce n'est pas seulement éviter la souillure : c'est rendre à son âme la transparence d'une eau pure, afin que Dieu puisse s'y refléter et y faire briller sa lumière.
Le Christ, Marie et les saints de la pureté
On ne grandit pas dans une vertu en la fixant comme un idéal abstrait, mais en contemplant ceux qui l'ont vécue. Or la chasteté a des maîtres souverains.
Le premier modèle est le Christ lui-même, pureté incarnée, qui a sanctifié la chair en l'assumant et a fait du corps humain le lieu de la rédemption. Vient ensuite Marie, la « toute pure », dont l'Immaculée Conception est le sommet de la pureté créée, et que la tradition invoque comme refuge des tentés. À leurs côtés, saint Joseph, gardien vierge de la Vierge, modèle de la chasteté qui protège plutôt qu'elle ne possède.
L'Église propose aussi des saints qui ont incarné la chasteté jusqu'à l'héroïsme : saint Louis de Gonzague, saint Dominique Savio et surtout sainte Maria Goretti, tuée pour avoir refusé le péché, et qui pardonna à son meurtrier avant de mourir. En la canonisant le 24 juin 1950, Pie XII la salua comme « la petite et douce martyre de la pureté » : il voyait dans sa pureté « l'affirmation la plus élémentaire et la plus significative de la domination parfaite de l'âme sur la matière », couronnée par « l'héroïque pardon accordé au meurtrier »[42]. Leur exemple dit une chose : la chasteté n'est pas une contrainte triste, mais une grandeur, qui s'achève dans la charité. Les paroles de ces saints sont rassemblées dans Que disent les saints sur la chasteté.
Un chemin concret, jour après jour
La chasteté ne grandit pas par grandes résolutions, mais par une fidélité menue et répétée. On peut résumer les moyens étudiés en un programme simple, gradué du plus fondamental au plus quotidien :
| Fréquence | Exercice de chasteté | Ce qu'il travaille |
|---|---|---|
| Dans la tentation | Demander : « Seigneur, donne ce que tu ordonnes » | La chasteté comme grâce reçue |
| Chaque jour | Garder les yeux, fuir une image ou un écran dangereux | La garde des sens |
| Souvent | Couper une occasion plutôt que l'affronter | La fuite des occasions (ex. de Joseph) |
| Selon sa règle | Sobriété de la table, du repos, des plaisirs superflus | L'ascèse qui assouplit le corps |
| Régulièrement | Communier en état de grâce ; se confesser sans tarder | Les sources sacramentelles |
| Chaque jour | Une invocation à Marie dans la tentation | Le recours maternel |
| Toujours | Aimer mieux : amitié vraie, charité, don de soi | L'amour qui purifie le désir |
Lecture du tableau : aucun de ces exercices n'est spectaculaire ; c'est leur répétition fidèle qui transforme. On commence par un ou deux, on les tient, on ajoute ensuite.
L'essentiel est de ne pas viser la chasteté en général, mais de poser, aujourd'hui, l'acte concret qui se présente : ce regard à détourner, cette occasion à fuir, cette grâce à demander, ce don de soi à offrir. Car la chasteté est une « œuvre de longue haleine » (CEC § 2342) ; et la longue haleine n'est faite que d'instants. À celui qui tient, jour après jour, est promise la béatitude des cœurs purs : « ils verront Dieu ».
Pour aller plus loin
- Les erreurs fréquentes concernant la chasteté — les contresens courants sur la chasteté, et ce que l'Église enseigne vraiment.
- Que disent les saints sur la chasteté — les grandes voix de la pureté, des Pères de l'Église aux saints de notre temps.
- Comment grandir dans le combat contre la luxure — la voie négative, complémentaire de cet article : le combat direct contre le vice opposé à la chasteté.
- Comment grandir dans la pureté du cœur — la limpidité du regard intérieur, plus large que la seule chasteté, à laquelle celle-ci dispose.
- Comment grandir dans la tempérance — la vertu cardinale dont la chasteté est une partie : la mesure des plaisirs selon la raison.
- Comment grandir dans la vigilance spirituelle — la surveillance des premiers mouvements, nerf de la chasteté quotidienne.
- Comment grandir dans le jeûne et Comment grandir dans le combat contre la gourmandise — l'ascèse du corps qui soutient la chasteté.
- Comment grandir dans la communion fréquente et Comment grandir dans la confession régulière — les sources sacramentelles de la pureté.
- Comment grandir dans la patience et Comment grandir dans la charité — la patience envers soi dans les rechutes, et la charité que la chasteté rend possible.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2337, texte officiel français sur vatican.va. Le paragraphe poursuit : la sexualité « devient personnelle et vraiment humaine lorsqu'elle est intégrée dans la relation de personne à personne, dans le don mutuel entier et temporellement illimité, de l'homme et de la femme ».
1Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. XII, « De la nécessité de la chasteté », texte de 1619, éd. Fernand Boulenger, 1909, p. 167 : « La chasteté est le lis des vertus, elle rend les hommes presque égaux aux anges ; rien n'est beau que par la pureté et la pureté des hommes, c'est la chasteté. »
2Catéchisme de l'Église catholique, § 2339 (cf. Si 1, 22).
3Première lettre aux Thessaloniciens 4, 3-5, traduction liturgique officielle (AELF).
4Première lettre aux Thessaloniciens 4, 7, traduction liturgique officielle (AELF), qui ouvre le verset par « En effet ».
5Évangile selon saint Matthieu 5, 8, traduction liturgique officielle (AELF) ; sixième béatitude (cf. CEC § 2518).
6Catéchisme de l'Église catholique, § 2518 : les « cœurs purs » désignent « ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu, principalement en trois domaines : la charité […], la chasteté ou rectitude sexuelle […], l'amour de la vérité et l'orthodoxie de la foi ».
7Catéchisme de l'Église catholique, § 2519, qui commence ainsi : « Aux “cœurs purs” est promis de voir Dieu face-à-face et de Lui être semblables (cf. 1 Co 13, 12 ; 1 Jn 3, 2). La pureté du cœur est le préalable à la vision. »
8Catéchisme de l'Église catholique, § 2338, qui poursuit : « Cette intégrité assure l'unité de la personne, elle s'oppose à tout comportement qui la blesserait. Elle ne tolère ni la double vie, ni le double langage (cf. Mt 5, 37). »
9Saint Augustin (354-430), Confessions, X, 29, 40, dans la traduction du Catéchisme de l'Église catholique, § 2340. Texte latin : « per continentiam quippe conligimur et redigimur in unum, a quo in multa defluximus » ; Augustin dit continentia, que le Catéchisme rend ici par « chasteté ».
10Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, IIa-IIae, q. 143, article unique, réponse : les « parties subjectives », c'est-à-dire les espèces, de la tempérance sont l'abstinence et la sobriété (nourriture et boisson), la chasteté (le plaisir principal de l'union sexuelle) et la pudicité (les plaisirs qui l'entourent) ; la continence, la douceur ou clémence et la modestie en sont des parties « potentielles », vertus secondaires qui lui sont annexées. Q. 151, a. 2-3 : la chasteté est une vertu spéciale, distincte de l'abstinence. Texte latin sur corpusthomisticum.org.
11 35Catéchisme de l'Église catholique, § 2341 : « La vertu de chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance, qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité humaine. »
12Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 151, a. 1, réponse (notre traduction). Texte latin : « nomen castitatis sumitur ex hoc quod per rationem concupiscentia castigatur, quae ad modum pueri est refrenanda, ut patet per Philosophum, in III Ethic. » — Thomas reprend l'image d'Aristote, Éthique à Nicomaque, livre III.
13 14Catéchisme de l'Église catholique, § 2348 : « Tout baptisé est appelé à la chasteté. Le chrétien a “revêtu le Christ” (Ga 3, 27), modèle de toute chasteté. Tous les fidèles du Christ sont appelés à mener une vie chaste selon leur état de vie particulier. »
15Saint Ambroise de Milan (339-397), De viduis (Sur les veuves), n° 23, cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 2349, qui ajoute : « Les personnes mariées sont appelées à vivre la chasteté conjugale ; les autres pratiquent la chasteté dans la continence. »
16Catéchisme de l'Église catholique, § 2350 : « Les fiancés sont appelés à vivre la chasteté dans la continence. […] Ils réserveront au temps du mariage les manifestations de tendresse spécifiques de l'amour conjugal. »
17Catéchisme de l'Église catholique, § 2345 (cf. Ga 5, 22), qui ajoute : « Le Saint-Esprit donne d'imiter la pureté du Christ (cf. 1 Jn 3, 3) à celui qu'a régénéré l'eau du Baptême. »
18Livre de la Sagesse 8, 21. La Vulgate porte « scivi quoniam aliter non possem esse continens, nisi Deus det » ; la traduction liturgique (AELF) rend le verset : « je savais que je ne pourrais jamais obtenir la sagesse si Dieu ne me la donnait ». Saint Augustin cite la leçon latine dans les Confessions, VI, 11, 20 et X, 29, 40.
19Catéchisme de l'Église catholique, § 2346 : « La charité est la forme de toutes les vertus. Sous son influence, la chasteté apparaît comme une école de don de la personne. La maîtrise de soi est ordonnée au don de soi. »
20Catéchisme de l'Église catholique, § 2342 (cf. Tt 2, 1-6).
21Catéchisme de l'Église catholique, § 2343 : « La chasteté connaît des lois de croissance qui passe par des degrés marqués par l'imperfection et trop souvent par le péché. » La phrase citée ensuite adapte saint Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris consortio (22 novembre 1981), n° 34 : « Jour après jour, il se construit par ses choix nombreux et libres. Ainsi il connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d'une croissance. » (texte français sur vatican.va).
22 23Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. IX, « De la douceur envers nous-mêmes », texte de 1619, éd. Fernand Boulenger, 1909, p. 157-160.
24 25Catéchisme de l'Église catholique, § 2340, qui introduit cette liste ainsi : « Celui qui veut demeurer fidèle aux promesses de son Baptême et résister aux tentations veillera à en prendre les moyens ».
26Saint Augustin (354-430), Confessions, VIII, 7, 17 (notre traduction). Texte latin : « da mihi castitatem et continentiam, sed noli modo » ; Augustin ajoute qu'il craignait d'être exaucé et guéri trop vite (« timebam enim ne me cito exaudires et cito sanares »). Texte latin sur thelatinlibrary.com.
27Saint Augustin, Confessions, X, 29, 40 (notre traduction). Texte latin : « da quod iubes et iube quod vis : imperas nobis continentiam » — la formule est prononcée à propos de la continence, aussitôt suivie de la citation de Sagesse 8, 21.
28Catéchisme de l'Église catholique, § 2520 : avec la grâce, le baptisé lutte contre la concupiscence « par la vertu et le don de chasteté », « par la pureté d'intention », « par la pureté du regard, extérieur et intérieur ; par la discipline des sentiments et de l'imagination ; par le refus de toute complaisance dans les pensées impures », et « par la prière », que le paragraphe illustre par saint Augustin, Confessions, VI, 11, 20 : « Je croyais que la continence relevait de mes propres forces […]. Et j'étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. »
29 31Livre de Job 31, 1, traduction liturgique officielle (AELF).
30Catéchisme de l'Église catholique, § 2521-2522 : « La pureté demande la pudeur. Celle-ci est une partie intégrante de la tempérance. La pudeur préserve l'intimité de la personne. […] Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. » ; « La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. »
32Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. XIII, « Avis pour conserver la chasteté », texte de 1619, éd. Fernand Boulenger, 1909, p. 171.
33Genèse 39, 9-12, traduction liturgique officielle (AELF) : Joseph refuse (v. 8-9), résiste chaque jour (v. 10), puis s'enfuit (v. 12).
34Évangile selon saint Matthieu 26, 41, traduction liturgique officielle (AELF) : parole du Christ aux disciples endormis à Gethsémani.
36Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. XIII, dernier avis du chapitre, texte de 1619, éd. Fernand Boulenger, 1909, p. 171-174.
37Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), Les Gloires de Marie, Iʳᵉ partie, ch. X, « O dulcis Virgo Maria », sur la puissance du nom de Marie ; texte français sur jesusmarie.com.
38Catéchisme de l'Église catholique, § 2347, qui poursuit : la chasteté « indique au disciple comment suivre et imiter Celui qui nous a choisis comme ses propres amis (cf. Jn 15, 15) ».
39L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 10, 23 novembre 1910 — l'amour transforme les vertus naturelles en vertus divines.
40L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 10, 3 février 1912 — Jésus cherche des âmes-miroirs : la pureté, la droiture et l'amour, avec la paix pour signe.
41Pie XII, discours aux fidèles venus à Rome pour la canonisation de sainte Maria Goretti, place Saint-Pierre, 24 juin 1950, texte italien sur vatican.va (notre traduction). Texte original : « la piccola e dolce Martire della purezza » ; « Nella purezza era l'affermazione più elementare e significante del dominio perfetto dell'anima sulla materia » ; « corona della carità, l'eroico perdono concesso all'uccisore ».
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