Sainte Maria Goretti (1890-1902)

Sainte Maria Goretti (1890-1902), fillette des marais Pontins morte martyre à onze ans le 6 juillet 1902 en repoussant son agresseur. Son pardon, la conversion de son meurtrier et sa canonisation par Pie XII en 1950, elle que l'on surnomme la sainte Agnès du XXe siècle.

Ignispedia

Sainte Maria Goretti — Marietta — (1890-1902) est une fillette paysanne italienne morte à onze ans, le 6 juillet 1902, des coups portés la veille par un voisin de vingt ans dont elle avait repoussé l'assaut. Sa renommée ne tient ni à une œuvre, ni à un livre, ni à une fondation — elle ne savait pas lire —, mais à la manière dont elle est morte et au pardon qu'elle a accordé à son meurtrier.[6][7]

Tout se joue le 5 juillet 1902, dans une ferme isolée des marais Pontins. Seule à la maison, Maria est assaillie par Alessandro Serenelli, qui veut la violer. Elle résiste de toutes ses forces en lui criant que c'est un péché : « Non ! Non ! C'est un péché ! Dieu ne le veut pas ! Tu iras en enfer ! » Furieux, il la frappe de quatorze coups d'un poinçon de fer. Transportée à l'hôpital de Nettuno, opérée sans pouvoir être endormie, elle meurt le lendemain, après avoir pardonné à son agresseur et reçu le viatique.[8][9][10][11][12]

Les lieux principaux de la vie de Maria Goretti, de Corinaldo à Nettuno. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'histoire ne s'arrête pas à sa mort. Condamné à trente ans de prison, Alessandro reste d'abord endurci ; puis, après un songe où Maria lui tend des fleurs, il se convertit, sort de prison transformé, va demander pardon à la mère de la victime, et finit ses jours accueilli comme tertiaire chez les capucins de Macerata. Par ce retournement, Maria Goretti est devenue non seulement une martyre de la pureté, mais une martyre du pardon. Le vénérable Pie XII la béatifie en 1947 et la canonise en 1950 devant une foule immense, en présence de sa mère Assunta.[13][14][15] Le présent article traite de la fillette et de la sainte : sa vie, son martyre, sa spiritualité de pureté et de pardon, la conversion de son meurtrier, et son chemin vers les autels.

L'enfant des marais Pontins (1890-1902)

Une famille paysanne de Corinaldo

Maria Teresa Goretti naît le 16 octobre 1890 à Corinaldo, petit bourg fortifié de la province d'Ancône, dans les Marches. Elle est la troisième née des sept enfants de Luigi Goretti, journalier agricole, et d'Assunta Carlini — soit la deuxième des six enfants qui ont vécu : l'aîné, Antonio (30 janvier – 3 octobre 1887), étant mort en bas âge, et le second, Angelo (28 août 1888) ; suivront Mariano (1893), Alessandro Goretti (1895), Ersilia (1898) et Teresa (1900).[16][17] La famille est d'une pauvreté extrême : Luigi ne possède pas de terre et loue ses bras de ferme en ferme. Dans ce milieu, on ne va guère à l'école ; Maria ne saura jamais lire ni écrire, mais elle grandit dans une foi simple et profonde, transmise par une mère pieuse et un père droit.[18][19]

L'exil vers Le Ferriere et la mort du père

Vers 1896, cherchant de meilleures conditions, les Goretti quittent les Marches pour le Latium : d'abord Colle Gianturco, près de Paliano, puis, en 1899, Le Ferriere di Conca, dans la plaine insalubre des marais Pontins, près de Nettuno.[20] Ils s'y installent comme métayers et partagent une vieille bâtisse, « La Cascina Antica », avec une autre famille pauvre : le veuf Giovanni Serenelli et son fils Alessandro.[21][22]

La Cascina Antica de Le Ferriere, lieu du martyre de Maria Goretti. Source : Wikimedia Commons, Torvindus, CC BY-SA 3.0.

La région est ravagée par le paludisme. En 1900, Luigi Goretti est emporté en quelques jours par la malaria. Maria n'a pas dix ans. Sur son lit de mort, le père aurait supplié sa femme de ramener les enfants à Corinaldo ; mais, criblée de dettes et liée au métayage, Assunta ne le peut pas.[23][24][25]

La petite servante de la maison

À la mort de Luigi, la survie de la famille repose sur le travail aux champs. Assunta prend la place de son mari dans les labours ; Maria, l'aînée des filles, prend celle de sa mère au foyer. À neuf et dix ans, elle cuisine, lave, raccommode, garde ses cadets — et tient aussi le ménage des deux hommes Serenelli, qui logent sous le même toit.[26][27]

Les témoins du procès de béatification décriront une enfant mûre avant l'âge, douce, courageuse, supportant la misère sans se plaindre. Sa grande aspiration est sa première communion, qu'elle reçoit le 16 juin 1901 à Conca, à dix ans et huit mois, après onze mois de catéchisme — la mère lui achète une robe blanche, le voile est prêté, le cierge et les souliers sont offerts, tant la famille est démunie.[28][29] Cette communion marque sa vie intérieure : Maria associe désormais la pureté du cœur à l'amitié de Jésus, et redoute le péché comme la seule chose réellement mauvaise.

Les biographes résument la conviction reçue au catéchisme et scellée par son sang : craindre le péché plus que la mort.[30]

Le 5 juillet 1902 : le martyre

Le harcèlement d'Alessandro Serenelli

Alessandro Serenelli, qui partage la maison, a vingt ans en 1902. Garçon renfermé, marqué par un milieu familial difficile et nourri de lectures et d'images obscènes, il s'est mis à harceler Maria, alors âgée de onze ans. À deux reprises au moins, il l'a poursuivie de ses avances et menacée pour qu'elle se taise.[31][32] Effrayée mais résolue, Maria a repoussé ces approches et n'a rien dit à sa mère, redoutant de déclencher un drame — détail que les biographes soulignent comme une faiblesse compréhensible chez une enfant terrorisée, non comme une complicité.[33]

« Non ! C'est un péché ! »

Le 5 juillet 1902, en pleine moisson, tout le monde est aux champs. Assunta bat les fèves sur l'aire ; Maria est restée sur le palier de la maison, à repriser une chemise, surveillant sa petite sœur Teresa endormie. Alessandro quitte le travail, monte, et l'attire à l'intérieur sous un prétexte. Il l'a menacée d'un poinçon de fer aiguisé — un de ces instruments dont on se sert pour les bêtes et les outils.[34][35]

Il exige qu'elle cède. Maria refuse de toutes ses forces, et son refus n'est pas seulement celui de la peur : c'est un refus du péché, prononcé pour le salut même de son agresseur.

« Non ! Non ! C'est un péché ! Dieu ne le veut pas ! Tu iras en enfer ! » — Sainte Maria Goretti, paroles rapportées par sa mère et les actes du procès, 5 juillet 1902[36][37][38]

Elle se débat, crie qu'elle préfère mourir, tente de l'empêcher de pécher autant que de se défendre. C'est ce double refus — sauver sa pureté et arracher Alessandro au péché — que l'Église retiendra comme le cœur de son martyre.

L'agression et les quatorze coups

Les dernières vingt-quatre heures de Maria Goretti : agression, secours, hôpital, pardon et mort chrétienne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Fou de rage devant cette résistance, Alessandro la frappe. Il lui porte quatorze coups de poinçon, perçant la gorge, le cœur, les poumons et l'abdomen ; comme elle tente encore de ramper vers la porte en appelant, il revient et frappe de nouveau.[39][40][41] Puis il s'enferme dans sa chambre. Ce sont les cris et les pleurs de la petite Teresa qui alertent le père Serenelli et Assunta, accourus pour découvrir Maria baignant dans son sang.

L'agonie et le pardon (6 juillet 1902)

Transportée en charrette jusqu'à l'hôpital Orsenigo de Nettuno — un trajet de plusieurs heures sur de mauvaises routes —, Maria est opérée sans pouvoir être endormie : l'intervention dure deux heures et est extrêmement douloureuse. Les chirurgiens ne peuvent que constater l'irréparable : péritonite, hémorragies, organes perforés — quatorze blessures relevées (péricarde, poumon gauche, cœur, diaphragme, intestin grêle).[42][43]

Pendant son agonie de près de vingt-quatre heures, elle ne se plaint pas de son meurtrier. Interrogée par l'aumônier qui lui apporte le viatique, elle pardonne explicitement :

« Oui, par amour de Jésus, je lui pardonne… et je veux qu'il vienne avec moi au Paradis. » — Sainte Maria Goretti, à l'hôpital de Nettuno, 6 juillet 1902[44][45]

Elle s'éteint le 6 juillet 1902 dans l'après-midi — à 15 h 45 selon les Passionistes[46] —, en regardant une image de la Vierge, après avoir pensé une dernière fois à sa mère. Elle a onze ans et huit mois. Son corps est inhumé à Nettuno ; très vite, la population la regarde comme une petite sainte.[47][48]

« Martyre de la pureté » : le sens de son combat

Mourir plutôt que pécher

Le titre que l'Église donne à Maria Goretti — vierge et martyre — demande d'être compris avec exactitude, car il a parfois été caricaturé. Maria n'est pas honorée pour avoir « préféré la mort au viol » comme si une victime de viol était souillée ou coupable : la doctrine catholique est limpide, la violence subie n'entache jamais l'innocence de celui qui la subit.[49] Ce que Maria a refusé, ce n'est pas une souffrance imposée, c'est un consentement au péché : Alessandro lui demandait de se livrer volontairement. Son « non » est l'acte d'une volonté libre qui aime Dieu plus que sa propre vie.

« Soutenue par la grâce céleste, à laquelle sa volonté généreuse et forte a répondu, elle a donné sa vie et n'a pas perdu la gloire de la virginité. » — Vénérable Pie XII, homélie de la messe papale du 25 juin 1950 (traduction du latin)[50]

C'est en ce sens précis qu'elle est martyre : non d'une persécution religieuse au sens classique, mais de la fidélité héroïque à la loi de Dieu sur la pureté, scellée par le sang. Sa cause a d'ailleurs été instruite comme un martyre : le décret du 25 mars 1945 retient que Maria, « bien que fillette encore », comprenait parfaitement ce que la loi de Dieu commande, promet et menace, et qu'elle a préféré le martyre à la souillure — le meurtrier lui-même ayant avoué l'avoir tuée parce qu'elle refusait de consentir au péché. Quant à l'objection de l'inconscience — une enfant de onze ans pouvait-elle choisir ? —, Pie XII y répond dès 1947 : « Elle savait et comprenait ; et c'est précisément pour cela qu'elle préféra mourir. Elle n'avait pas encore douze ans accomplis. »[51][52]

Une nouvelle sainte Agnès

On la surnomme la sainte Agnès du XXᵉ siècle — formule popularisée dès 1929 par le passioniste Aurelio della Passione (La s. Agnese del secolo XX), reprise ensuite dans la littérature dévote ; Pie XII, lui, fait le rapprochement avec Agnès sans employer cette formule exacte : le décret sur le martyre (25 mars 1945) cite saint Thomas — toute vertu infuse ordonnée au Christ suffit à faire le martyre, « sicut beata Agnes » — et le discours du 28 avril 1947 présente longuement Agnès en miroir de Maria.[53][54] La comparaison est précise : comme la jeune romaine sainte Agnès au IVᵉ siècle, Maria est une enfant que rien n'aurait dû rendre héroïque, et qui pourtant affronte la mort plutôt que de trahir sa consécration intérieure à Dieu. Elle prolonge la longue lignée des martyrs de la chasteté — depuis les vierges de l'Antiquité jusqu'aux saintes modernes —, montrant que la grâce produit aux marais Pontins de 1902 la même fermeté qu'au cirque romain.

L'analogie situe aussi Maria parmi les figures spirituelles du XXᵉ siècle dont l'Église a fait des modèles pour la jeunesse : à la même époque, sainte Gemma Galgani meurt à vingt-cinq ans en âme victime, et une génération plus tard sainte Faustine Kowalska reçoit le message de la Miséricorde. Maria, elle, parle aux enfants et aux adolescents le langage le plus direct : celui d'une fillette pauvre qui a aimé la pureté plus que la vie.

Pureté, grâce et liberté : répondre aux objections

L'histoire de Maria Goretti est parfois attaquée : on lui reproche d'avoir été instrumentalisée pour culpabiliser les victimes, ou de valoriser une « pureté » au prix de la vie d'une enfant. Ces objections, qui ont leur part de sincérité, reposent sur un contresens que la doctrine catholique permet de lever point par point.

D'abord, Maria n'a jamais été présentée par l'Église comme un reproche aux victimes. Le message n'est pas « il vaut mieux mourir que d'être agressée », mais « aucune pression, fût-elle mortelle, ne peut contraindre une âme libre à consentir au mal ». La victime d'une violence reste pleinement innocente : le Catéchisme qualifie le viol d'« acte intrinsèquement mauvais » qui blesse la victime sans jamais entacher sa dignité ni sa liberté propres[55]. Maria, elle, n'a précisément pas été contrainte au consentement : elle a résisté jusqu'au bout. Sa gloire n'humilie aucune victime ; elle honore la liberté que la grâce rend invincible.

Reste le procès fait au dossier lui-même : l'historien Giordano Bruno Guerri (Povera santa, povero assassino, 1984) a soutenu que la cause reposait sur des témoignages arrangés — variations de Serenelli sur le « oui » de Maria, date de première communion déplacée, hésitation sur le pardon. L'objection est sérieuse, et l'Église l'a traitée comme telle : le 5 février 1985, la Congrégation pour les causes des saints a institué une commission d'étude pour répondre au livre, dont les actes ont paru en 1986 ; la commission y dénonce un ouvrage « rempli d'erreurs en tout genre », ce à quoi l'auteur a répliqué — plainte en diffamation et réponse dans ses rééditions. Mais le fond du dossier ne repose ni sur un livre ni sur une mémoire isolée : il repose sur les actes des procès informatifs (Albano et Senigallia, 1935-1936), sur le témoignage concordant de la mère et de l'assassin lui-même devant le tribunal canonique, et sur les décrets de 1945 qui les ont pesés avant de déclarer le martyre — avec dispense de miracles précisément parce que le martyre, une fois établi, suffit.[56][57] L'expression « martyre du pardon », employée dans cet article, n'est pas un titre du décret : c'est une lecture spirituelle de son pardon au meurtrier, distincte du titre officiel de « vierge et martyre ».[58]

Ensuite, la véritable nouveauté de son culte n'est pas la défense de la pureté seule, mais le pardon. Maria meurt en demandant le salut de son meurtrier. C'est ce trait — et la conversion d'Alessandro qu'il a provoquée — qui a fait d'elle, bien au-delà d'un symbole moralisant, une icône de la miséricorde chrétienne, proche de la logique des âmes victimes qui offrent leur souffrance pour le coupable. Sur la pureté du cœur comme vertu positive et libératrice, et non comme tabou, voir Comment grandir dans la pureté du cœur et Que disent les saints sur la pureté du cœur.

La conversion d'Alessandro Serenelli

Le martyre de Maria aurait pu n'être qu'un fait divers tragique. Il est devenu un chemin de rédemption parce que son agresseur s'est converti — fait rare dans l'histoire des saints, où l'on voit rarement le meurtrier devenir le premier témoin de la sainteté de sa victime.

Le procès et les six premières années

Arrêté sur-le-champ, Alessandro Serenelli est jugé à Rome. Parce qu'il a moins de vingt et un ans, il échappe à la perpétuité : il est condamné à trente ans de travaux forcés.[59][60][61] Au procès, il se montre fermé, sans remords. Les premières années de bagne, à Noto en Sicile, sont celles d'un homme dur, muré dans le déni.

Le songe des fleurs

Un tournant survient au bout de quelques années. L'évêque de Noto, Mgr Giovanni Blandini, lui rend visite en prison et l'exhorte à la conversion. Peu après, Alessandro fait un songe bouleversant, qu'il racontera lui-même : Maria lui apparaît dans un jardin, vêtue de blanc, et lui tend des fleurs — souvent décrites comme quatorze lis, autant que les coups reçus — qui se transforment en flammes dans ses mains. À son réveil, il est un autre homme.[62][63][64]

« Maria Goretti, devenue sainte, fut le bon ange que la Providence plaça sur mes pas pour me sauver. » — Alessandro Serenelli, testament spirituel, 5 mai 1961[65]

Ce rêve — que l'Église ne traite pas comme une révélation publique, mais comme une grâce intérieure de conversion, selon les critères du discernement des révélations privées — fait de lui un prisonnier modèle. Il accepte sa peine comme juste : « Je compris que j'étais coupable, et j'acceptai avec résignation la condamnation que j'avais méritée. »[66]

La libération et le pardon d'Assunta

Libéré en 1929 après vingt-sept ans de détention — sa peine de trente ans ayant été abrégée par des remises —, Alessandro n'a qu'un désir : obtenir le pardon de la mère de Maria.[67][68] Il se rend auprès d'Assunta Goretti et tombe à genoux. La scène est l'un des sommets de l'histoire : la mère pardonne au meurtrier de sa fille.

« Si ma fille Maria lui a pardonné, comment pourrais-je le lui refuser ? » — Assunta Goretti, accueillant le repentir d'Alessandro[69][70]

Selon la tradition recueillie par les biographes, la réconciliation est scellée à Noël : le meurtrier pardonné et la mère de la victime communient côte à côte à la même messe, devant la population stupéfaite.[71][72]

L'hôte des capucins et son testament

Recueilli par les Frères mineurs capucins des Marches, Alessandro est accueilli comme tertiaire — sans jamais prononcer de vœux — jardinier, portier, homme à tout faire du couvent de Macerata. Il y vit plus de vingt ans, dans l'humilité et la prière, jusqu'à sa mort le 6 mai 1970, à 87 ans.[73][74][75] Quelques années plus tôt, il avait rédigé un testament spirituel, retrouvé sous enveloppe à sa mort, où il résume toute sa vie comme un itinéraire du mal vers la miséricorde.

« J'ai près de quatre-vingts ans, je touche au terme de mes jours. Dans ma jeunesse, j'ai pris une fausse route : la voie du mal, qui m'a mené à la ruine. […] Les fils de saint François, les capucins des Marches, m'ont accueilli parmi eux avec une charité séraphique, non comme un serviteur, mais comme un frère. […] J'attends maintenant, dans la sérénité, d'être admis à la vision de Dieu, de retrouver mes proches, et d'être auprès de mon ange protecteur et de sa chère mère, Assunta. » — Alessandro Serenelli, testament spirituel, 5 mai 1961[76][77]

Effigie de cire et reliquaire de Maria Goretti à Nettuno, à ne pas confondre avec un corps incorrompu. Source : Wikimedia Commons, Pietro, CC BY-SA 4.0.

Que le meurtrier d'une sainte ait demandé à reposer pour l'éternité auprès de sa victime et de la mère de celle-ci dit, mieux que tout commentaire, ce qu'est la rédemption chrétienne. Sur la possibilité du pardon après les blessures les plus graves, voir Comment pardonner quand on a été gravement blessé ?.

Vers les autels : béatification et canonisation

La renommée de sainteté et le procès

Dès la mort de Maria, la dévotion populaire grandit autour de sa tombe de Nettuno. Sa mère Assunta, ses frères et sœurs, les habitants des marais Pontins témoignent de sa douceur, de son amour de la pureté et de son pardon. Le procès en béatification s'ouvre dans les Marches et le Latium ; il recueille notamment le témoignage exceptionnel de l'agresseur converti, qui jure de l'innocence et de la sainteté de sa victime.[78][79]

La béatification (27 avril 1947)

Le 27 avril 1947, le vénérable Pie XII béatifie Maria Goretti à Saint-Pierre. Sa mère est présente dans la basilique. Le pape la salue de ces mots :

« Bienheureuse mère, mère heureuse, mère d'une bienheureuse ! » — parole de Pie XII à Assunta Goretti le 27 avril 1947, rapportée par la mère elle-même[80]

Le lendemain, devant les pèlerins venus à Rome pour la béatification, Pie XII évoque la « pieuse mère » de Maria, « qui est au milieu de vous », et la félicite de « l'incomparable bonheur d'avoir vu, de son vivant, sa fille élevée à la gloire des autels ».[81]

La canonisation (24 juin 1950)

Trois ans plus tard, le 24 juin 1950, Pie XII la canonise. L'affluence est telle — on parle d'environ un demi-million de personnes, en majorité des jeunes — que la cérémonie est exceptionnellement célébrée en plein air, sur la place Saint-Pierre, et non dans la basilique.[82][83] Assunta assiste à la canonisation de sa fille : la plupart des récits la décrivent entourée de ses quatre enfants survivants[84] ; le site officiel des Passionistes, gardiens du sanctuaire de Nettuno, ne retient que la mère, deux sœurs et un frère[85]. Dans le discours qu'il prononce aussitôt après, le pape interpelle les pères et les mères devant l'image de la jeune sainte, « en présence de sa mère, qui, l'ayant éduquée au martyre, n'en regretta pas la mort, tout en vivant dans le déchirement, et maintenant s'incline, émue, pour l'invoquer ».[86] La présence d'Alessandro Serenelli à la cérémonie est elle aussi discutée : selon la version la plus répandue, il serait resté à l'écart, les frères ayant jugé préférable de ne pas détourner l'attention de la sainte[87] ; les Passionistes affirment au contraire qu'il était présent[88].

ÉtapeDatePapeFait marquant
Mort de Maria6 juillet 1902—Pardon à son meurtrier, à 11 ans
Ouverture du procèsannées 1930—Témoignage d'Alessandro Serenelli converti
Béatification27 avril 1947Vénérable Pie XIIAssunta présente : « Mère heureuse… »
Canonisation24 juin 1950Vénérable Pie XII~500 000 fidèles, place Saint-Pierre ; sa mère présente

L'homélie de Pie XII

Dans son homélie de canonisation — texte conservé aux Acta Apostolicae Sedis —, Pie XII fait de Maria un modèle pour les parents et pour la jeunesse, à une époque qu'il juge minée par la corruption des mœurs.[89]

« Que les pères et mères de famille apprennent combien ils doivent éduquer droitement, saintement et fortement les enfants que Dieu leur a donnés. » — Vénérable Pie XII, homélie de la messe papale du 25 juin 1950 (traduction du latin)[90]

« Qu'enfance joyeuse et jeunesse ardente apprennent à ne pas se laisser misérablement entraîner vers les joies fugitives et vaines du plaisir. » — Vénérable Pie XII, homélie de la messe papale du 25 juin 1950 (traduction du latin)[91]

Le pape ne propose pas un héroïsme inaccessible : il rappelle que la sainteté demande à chacun, jusqu'à la mort, un effort constant — fût-il moins éclatant que celui de cette enfant.[92]

Le culte et l'héritage

Le sanctuaire de Nettuno

Le sanctuaire Notre-Dame-des-Grâces-et-Sainte-Marie-Goretti à Nettuno. Source : Wikimedia Commons, Stefano.nicolucci, CC BY-SA 3.0.

Les reliques de Maria Goretti reposent aujourd'hui dans la basilique Notre-Dame-des-Grâces-et-Sainte-Marie-Goretti de Nettuno, tenue par les Pères passionnistes, devenue un grand lieu de pèlerinage de la jeunesse.[93] Ses ossements y sont présentés sous une effigie de cire ; contrairement à une légende tenace, son corps n'est pas incorrompu — c'est la statue qui a parfois été prise pour le corps lui-même.[94] Le lieu du martyre, La Cascina Antica de Le Ferriere, est lui aussi conservé comme mémorial.

Patronne de la jeunesse et de la pureté

Maria Goretti est inscrite au calendrier romain au 6 juillet. Elle est honorée comme patronne de la jeunesse, des jeunes filles, de la pureté et de la chasteté, des Enfants de Marie — Pie XII ayant donné en 1947 « à la candide cohorte des Filles de Marie » Maria comme « modèle, céleste protectrice et intercesseur » —, et invoquée par les victimes de violences.[95][96][97] Son nom a été donné à d'innombrables paroisses, écoles et œuvres de jeunesse à travers le monde, notamment dans les pays anglo-saxons et latino-américains.

Maria Goretti aujourd'hui

À distance d'un siècle, le message de Maria Goretti garde sa double force. Pour une culture qui doute que la pureté vaille un sacrifice, elle témoigne qu'une âme libre peut aimer la sainteté plus que sa propre vie. Pour un monde marqué par la violence et le ressentiment, elle — et plus encore le couple invraisemblable qu'elle forme avec Alessandro converti — témoigne que le pardon est plus fort que le crime. C'est pourquoi l'Église la propose autant aux jeunes qu'à tous ceux qui peinent à pardonner : non comme une morale de la peur, mais comme une victoire de la grâce. En cela, elle rejoint les grands témoins du pardon et de la miséricorde du XXᵉ siècle, de saint Maximilien Kolbe à saint Jean-Paul II.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. La formule « sainte Agnès du XXe siècle » ne figure dans aucun des textes de Pie XII sur Maria Goretti (décrets de 1945, discours du 28 avril 1947, homélie du 25 juin 1950, allocution du 24 juin 1950 — vérification par recherche « Agne* / secolo XX » dans AAS 37 (1945), 39 (1947) et 42 (1950)). Elle est attestée dès 1929 comme titre d'ouvrage dévot : Aurelio della Passione, La s. Agnese del secolo XX. S. M. G. martire della purità, Nettuno, 1929 (cité par Isabella Pera, DBI, vol. 70, Treccani, 2008), puis dans la littérature populaire (ex. Hoever, 1955). Le rapprochement avec Agnès, lui, est bien magistériel : décret du 25 mars 1945 citant saint Thomas, In IV Sent., d. 49, q. 5, a. 3, ad 9 — « sicut beata Agnes » (AAS 37 (1945), p. 235) — et discours du 28 avril 1947, « un'altra storia e un'altra figura : Agnese » (AAS 39 (1947), p. 353).

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  2. État civil des sept enfants Goretti d'après les Pères passionnistes, gardiens du sanctuaire de Nettuno (Santità di Maria Goretti, 10 p. — PDF, vérifié le 3 octobre 2026) : Antonio (30 janvier – 3 octobre 1887, mort en bas âge) ; Angelo (28 août 1888) ; Maria Teresa (16 octobre 1890) ; Mariano (27 janvier 1893) ; Alessandro (30 juillet 1895) ; Ersilia (23 février 1898) ; Teresa (2 février 1900) — soit « terzogenita di sette figli », deuxième des six enfants ayant vécu. Confirmé par le décret sur le martyre : à la mort de Luigi (1900), la veuve reste « iuvenem viduam sexque filiolos relinquens » — une jeune veuve et six petits enfants vivants (AAS 37 (1945), p. 234-235). Le Dicastère pour les causes des saints écrit de même « secondogenita… con i loro sei figli » (causesanti.va) ; Isabella Pera (Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 70, 2008, Treccani) donne « seconda di sei figli » — formulations qui comptent les six enfants ayant vécu.

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  3. Pères passionnistes, Santità di Maria Goretti (PDF, vérifié le 3 octobre 2026) : arrivée à l'hôpital à 20 h le 5 juillet ; « L'operazione dura due ore ed è dolorosissima, perché non è possibile addormentarla » ; quatorze blessures relevées à l'hôpital (péricarde, poumon gauche, cœur, diaphragme, intestin grêle, iliaque, mésentère) ; pardon recueilli par l'archiprêtre de Nettuno Mgr Temistocle Signori : « Sì, per amore di Gesù, gli perdono e voglio che venga in paradiso con me » ; après le pardon, Signori lui administre l'Eucharistie (viatique), puis elle reçoit l'Extrême-Onction ; inscription aux Figlie di Maria par l'aumônier de l'hôpital. Mort le 6 juillet à 15 h 45, « 11 anni, 8 mesi e 21 giorni ».

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  4. Vénérable Pie XII, discours aux pèlerins venus à Rome pour la béatification de Maria Goretti, 28 avril 1947 : Acta Apostolicae Sedis 39 (1947), p. 352-358, passage cité p. 353 ; texte italien sur vatican.va (vérifié le 3 octobre 2026). Texte original : « Tra loro debbono essere annoverati il padre onesto e laborioso e la pia madre di Maria Goretti; a questa, che è in mezzo a voi, vanno in particolar modo i Nostri voti e il Nostro compiacimento per la incomparabile felicità di aver veduto, ancora in vita, la sua figliuola elevata alla gloria degli altari. » Patronage des Filles de Marie : « alla candida schiera delle Figlie di Maria […] un modello, una celeste protettrice e interceditrice ». Sur sa conscience au moment du choix : « Ella sapeva e comprendeva; e precisamente perciò preferì di morire. Non aveva ancora compito dodici anni, quando cadde martire ».

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  5. Pères passionnistes, page officielle Santa Maria Goretti (passiochristi.org, vérifiée le 3 octobre 2026) : « Il corpo della giovane martire è custodito e venerato nel santuario della Madonna delle Grazie a Nettuno » — le corps est conservé et vénéré au sanctuaire Notre-Dame-des-Grâces de Nettuno ; « Il santuario è affidato al servizio pastorale dei Passionisti, i religiosi che prepararono la santa alla prima comunione e ne curarono il processo di beatificazione e canonizzazione ». La même page confirme la première communion (« ricevette il 16 giugno 1901 »), les « quattordici colpi » de poinçon et le pardon (« Per amore di Gesù gli perdono… e voglio che venga con me in paradiso »).

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  6. « Maria Goretti », Wikipedia (anglais) : en.wikipedia.org. Données biographiques (naissance le 16 octobre 1890 à Corinaldo, province d'Ancône ; troisième née de sept enfants, l'aîné Antonio étant mort en bas âge ; installations à Colle Gianturco en 1896 puis Le Ferriere en 1899 ; cohabitation avec Giovanni et Alessandro Serenelli à « La Cascina Antica » ; mort du père de la malaria ; agression du 5 juillet 1902 au poinçon, quatorze coups ; opération sans possibilité de l'endormir et mort à l'hôpital de Nettuno le 6 juillet 1902 ; pardon à son meurtrier ; surnom d'usage « sainte Agnès du XXe siècle » ; béatification le 27 avril 1947 et canonisation le 24 juin 1950 par Pie XII en présence d'Assunta ; reliques sous effigie de cire à Nettuno, mythe de l'incorruptibilité ; patronage et fête au 6 juillet). Source secondaire de travail, recoupée ci-dessous avec les actes du procès et les sources primaires (décrets de 1945, discours de 1947 et 1950, Passionistes, Dicastère).

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  7. « Sainte Maria Goretti, vierge et martyre », Vatican News (saint du jour, 6 juillet) : vaticannews.va. Récit de l'agression, des paroles de refus (« c'est un péché, ce n'est pas la volonté de Dieu »), du pardon, de la mort et de la canonisation par Pie XII.

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  8. « St. Maria Goretti », Catholic Online (Saints & Angels) : catholic.org. Famille pauvre de six enfants, déménagement à Le Ferriere comme métayers, cohabitation avec les Serenelli, mort de Luigi de la malaria, charges domestiques de Maria, déroulé de l'agression et de la mort, condamnation d'Alessandro à trente ans.

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  9. « Sainte Maria Goretti : biographie, histoire, prières », Hozana : hozana.org. Naissance le 16 octobre 1890 à Corinaldo, troisième enfant de Luigi Goretti et Assunta Carlini ; pauvreté de la famille ; première communion ; déroulé de l'agression du 5 juillet 1902 et mort le 6 juillet ; pardon à Alessandro et conversion ultérieure de celui-ci.

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  10. Sacrée Congrégation des Rites, décret super martyrio, 25 mars 1945 (dimanche des Rameaux) : AAS 37 (1945), p. 234-236 — « Maria Goretti, etsi puella adhuc duodecennis, probe intellegens quid lex Dei praeciperet, quid promitteret, quid minaretur, martyrium potius, effuso sanguine pati, quam foedari voluit » (p. 234) ; deux tentatives préalables avec menace de mort si elle parlait à sa mère — « Bis molimen nefarium… aggressus est, mortem ei minitatus si quid matri patefaceret » (p. 235) ; cris « Non, non, non, Deus hoc non vult ; hoc faciens, tu peccas ; tu inferni reum te constituis », attestés par la mère puis confirmés par l'assassin dans les enquêtes canoniques (p. 235) ; « quadrangula subula… quatuor supra decem ictibus » (p. 235) ; pardon et Paradis souhaité au meurtrier (p. 235) ; saint Thomas, In IV Sent., d. 49, q. 5, a. 3, ad 9 — « sicut beata Agnes » (p. 235) ; aveu du meurtrier — « fassus est… puellam trucidasse quia haec noluit peccato consentire » (p. 235) ; procès informatifs d'Albano et Senigallia (1935-1936), introduction de la cause le 1er juin 1938, dispense des miracles (can. 2116 § 2, p. 236). Décret de tuto du 21 mai 1945 : AAS 37 (1945), p. 299-300 (« rudi, indocta, duodecenni puella » ; l'assassin repenti obtient le salut par ses prières). Décret de tuto du 12 janvier 1950 : AAS 42 (1950), p. 331-332 (« duodecimum vitae annum nondum impleverat » ; « a quo non semel fuerat tentata » ; « quatuordecim pugionis ictibus percussa »).

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  11. Vénérable Pie XII, homélie de la messe papale célébrée le 25 juin 1950, au lendemain de la canonisation — texte latin aux Acta Apostolicae Sedis 42 (1950), p. 580-582 (mention « Postridie vero in sollemni Missa Papali », p. 580). Passages cités, originaux latins : « Itaque caelesti gratia suffulta, cui generosa ac fortis respondit voluntas, vitam profudit ; virginitatis gloriam non amisit » (p. 581) ; « Discant patres matresque familias quantopere oporteat filios sibi a Deo datos recte, sancte fortiterque educare » (p. 581) ; « Discat laeta pueritia, discat animosa iuventus non ad volucria atque inania voluptatis gaudia misere prolabi » (p. 581) ; « Non omnes profecto ad subeundum martyrium vocamur… ad vitae usque obitum » (p. 582). Citations françaises données en traduction. Extraits anglais d'après Crossroads Initiative : crossroadsinitiative.com. L'homélie ne contient pas la formule « sainte Agnès du XXe siècle ». La doctrine de l'innocence de la victime de violence est constante dans l'enseignement catholique.

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  12. Vénérable Pie XII, discours prononcé place Saint-Pierre aussitôt après la canonisation de sainte Maria Goretti, 24 juin 1950 : Acta Apostolicae Sedis 42 (1950), p. 597-599, passage cité p. 599 ; texte italien sur vatican.va. Texte original : « alla presenza della madre di lei, che, educatala al martirio, non ne rimpianse la morte, pur vivendo nello strazio, ed ora s'inchina commossa ad invocarla ». La notice officielle du Dicastère pour les causes des saints relève de même qu'à cette canonisation, suivie par une foule immense, la mère de Maria, malade, était présente : « era presente anche la mamma ammalata » (causesanti.va).

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  13. Date du 16 juin 1901 à Conca (Borgo Montello), après onze mois de catéchisme, d'après les Passionistes — « In undici mesi imparò il catechismo e il 16 giugno 1901 […] insieme con il fratello Angelo […] dalle mani di Padre Basilio dell'Addolorata » (Santità di Maria Goretti, PDF, vérifié le 3 octobre 2026 ; robe achetée par la mère, cierge et souliers offerts, voile prêté) et les registres du sanctuaire de Nettuno ; reprise par Isabella Pera (DBI, Treccani). La page officielle des Passionistes confirme : « ricevette il 16 giugno 1901 » (passiochristi.org, vérifiée le 3 octobre 2026). Le Dicastère donne « nel 1902, appena undicenne », en contradiction avec les registres — d'où la correction du texte, qui retenait auparavant « vers onze ans ».

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  14. « Alessandro Serenelli », Wikipedia (anglais) : en.wikipedia.org. Âge de l'agresseur (20 ans en 1902), condamnation à trente ans (perpétuité évitée car mineur de 21 ans), endurcissement initial puis vision/songe de Maria lui tendant des fleurs, conversion et statut de prisonnier modèle, libération en 1929 après 27 ans, pardon obtenu d'Assunta Goretti et communion partagée, vie d'hôte tertiaire chez les capucins (jardinier, portier, sans vœux prononcés) dans les Marches, mort le 6 mai 1970 à 87 ans, et testament spirituel de 1961. Le détail des remises varie selon les versions linguistiques : un an d'amnistie d'après-guerre + deux ans de bonne conduite (en) ; quatre mois d'indulto d'après-victoire + un an pour le 25ᵉ anniversaire du règne de Victor-Emmanuel III + deux ans de bonne conduite (it — it.wikipedia.org, consulté le 3 octobre 2026). Le cœur du fait — libération en 1929 après 27 ans — est concordant de part et d'autre.

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  15. « The Murderer », Pilgrimage of Mercy / mariagoretti.com : mariagoretti.com (vérifié le 3 octobre 2026). Récit du harcèlement préalable, du silence apeuré de Maria, des 14 blessures au poinçon et de la condamnation à 30 ans ; songe, six ans après le début de sa peine : Maria lui apparaît dans un jardin et lui remet un à un quatorze lis blancs ; repentir d'Alessandro, pardon d'Assunta (« Si Maria lui a pardonné, comment pourrais-je le lui refuser ? ») et communion partagée à Noël ; vie chez les capucins (jardinier, portier), mort au couvent de Macerata le 6 mai 1970 ; témoignage d'Alessandro au procès en faveur de la sainteté de sa victime.

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  16. Catéchisme de l'Église catholique, §2356 : « Le viol désigne l'entrée par effraction, avec violence, dans l'intimité sexuelle d'une personne. Il est atteinte à la justice et à la charité. Le viol blesse profondément le droit de chacun au respect, à la liberté, à l'intégrité physique et morale. Il crée un préjudice grave, qui peut marquer la victime sa vie durant. Il est toujours un acte intrinsèquement mauvais. » Texte officiel sur vatican.va.

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  17. Giordano Bruno Guerri, Povera santa, povero assassino, Mondadori, 1984 : première reconstruction non hagiographique, à partir des actes des tribunaux civils et religieux — variations de Serenelli sur le « oui » de Maria, communions (trois selon le curé Signori, cinq selon les Passionistes ; registre du sanctuaire : 16 juin 1901), hésitation initiale sur le pardon. Le 5 février 1985, la Congrégation pour les causes des saints institue une commission d'étude pour répondre au livre (actes : A proposito di Maria Goretti : santità e canonizzazioni, LEV, 1986) ; en mars 1986, la commission dénonce « diverse inesattezze » : « Questo libro anziché presentare la vera storia di Maria Goretti è invece colmo di errori di ogni genere e falsifica oggettivamente la verità storica » (d'après « Maria Goretti », it.wikipedia.org, consulté le 3 octobre 2026). Isabella Pera (DBI, Treccani, vol. 70, 2008 — article ouvert et lu directement le 3 octobre 2026) confirme que le livre « metteva in discussione l'immagine emersa dal processo di canonizzazione, cui replicò con uno specifico intervento la congregazione per le Cause dei santi ». Guerri a répliqué aussitôt — plainte en diffamation contre la commission — et répondu dans ses rééditions. Synthèse du débat : Mario Macchioni, « Come andò davvero il martirio di santa Maria Goretti », Il Post, 6 juillet 2022. Le présent article retient la date des registres (16 juin 1901) et les actes canoniques pesés par les décrets de 1945.

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  18. Isabella Pera, « MARIA Goretti, santa », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 70, Treccani, 2008 (treccani.it, vérifié le 3 octobre 2026) : « Seconda di sei figli », née le 16 oct. 1890 ; première communion « il 16 giugno del 1901 » ; le 5 juillet 1902, « la colpì quattordici volte con un punteruolo » ; mort le 6 juillet « per la peritonite settica », « dopo aver perdonato il suo assassino » (selon la mère) ; Serenelli « condannato a 30 anni di carcere » le 15 octobre ; Aurelio della Passione, La s. Agnese del secolo XX, Nettuno, 1929 ; procès informatif ouvert le 31 mai 1935, cause introduite le 1er juin 1938 ; actes du procès pénal (Arch. di Stato di Roma, Corte di Assise, 1902, b. 78, f. 42) comme source non hagiographique.

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  19. « The spiritual testament of a man who tried to rape a girl and then killed her », Aleteia, 8 juillet 2017 : aleteia.org. Texte du testament spirituel d'Alessandro Serenelli (daté du 5 mai 1961, retrouvé sous enveloppe à sa mort) : aveu d'avoir suivi « la voie du mal », Maria Goretti « bon ange placé par la Providence » pour le sauver, acceptation de la peine méritée, accueil par les capucins « non comme un serviteur, mais comme un frère », attente sereine de la vision de Dieu auprès de Maria et d'Assunta.

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  20. « Spiritual testament of Alessandro Serenelli », Servants of the Lord and the Virgin of Matará (ssvmusa.org) : ssvmusa.org. Reproduction du testament spirituel d'Alessandro Serenelli, confirmant les passages cités (Maria « lumière » et « protectrice », 27 ans de prison, 24 ans de vie chez les capucins, espérance de retrouver son « ange protecteur » et sa mère Assunta).

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  21. Formule rapportée par Assunta Goretti elle-même (récit repris par la littérature dévote, d'après Ruef, p. 67) ; non verbatim aux AAS. Ce que les AAS attestent : la mère est présente à la béatification — « a questa, che è in mezzo a voi » (AAS 39 (1947), p. 353) — et Pie XII la félicite de « l'incomparable bonheur d'avoir vu, de son vivant, sa fille élevée à la gloire des autels ».

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  22. Pères passionnistes, page officielle Saint Maria Goretti : passiochristi.org. Page italienne vérifiée le 3 octobre 2026 : « alla canonizzazione erano presenti la mamma Assunta, due sorelle e un fratello della santa e anche il suo uccisore Alessandro Serenelli » — à la canonisation étaient présents la mère Assunta, deux sœurs et un frère de la sainte, ainsi que son meurtrier Alessandro Serenelli.

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