Gemma Galgani (Camigliano, 12 mars 1878 — Lucques, 11 avril 1903) est une mystique italienne, l'une des plus grandes figures de la sainteté contemplative du tournant du XXᵉ siècle. Orpheline, pauvre, écartée du cloître pour cause de maladie, elle vécut une existence cachée de vingt-cinq ans qui fut tout entière une configuration au Christ crucifié : guérie miraculeusement d'une tuberculose vertébrale en 1899, elle reçut peu après les stigmates de la Passion, qui se renouvelèrent chaque semaine pendant deux ans, du jeudi soir au vendredi après-midi.[1][2]
Greffée sur la spiritualité de la Passion de saint Paul de la Croix, défendue par le jeune passioniste saint Gabriel de l'Addolorata, accompagnée par son directeur le Père Germano de Saint-Stanislas, Gemma fut une âme victime offerte pour la conversion des pécheurs et la réparation des outrages faits à Dieu. Sa vie mystique — extases quotidiennes, colloques familiers avec son ange gardien, combats violents contre le démon, sueurs de sang — est l'une des mieux documentées de l'histoire de l'Église, parce qu'elle se déroula sous les yeux d'une famille entière et d'un directeur formé à la théologie mystique.[3]
Morte d'épuisement et de tuberculose le Samedi Saint 11 avril 1903, « crucifiée avec Jésus », elle fut béatifiée par Pie XI en 1933 et canonisée par Pie XII en 1940, à peine trente-sept ans après sa mort. L'Église en a fait la patronne des étudiants et des pharmaciens, l'invoquant aussi contre les tentations et la tuberculose. Cet article retrace sa vie, sa physionomie spirituelle de « fille de la Passion » et le chemin qui la conduisit jusqu'aux honneurs des autels ; pour la spiritualité de l'offrande qu'elle incarne, voir Les âmes victimes, et pour le phénomène de ses plaies, Les stigmatisés.
Une enfance toscane marquée par le deuil
Naissance à Camigliano et la famille Galgani
Gemma Umberta Maria Galgani naît le 12 mars 1878 à Camigliano, hameau de la commune de Capannori, à quelques kilomètres de Lucques. Elle est baptisée dès le lendemain matin, 13 mars.[4] Son père, Enrico (Henri) Galgani, est pharmacien-chimiste ; né à Porcari, il descendait, dit-on, du côté maternel de la famille de saint Jean Léonardi, fondateur des Clercs réguliers de la Mère de Dieu ; sa mère, Aurelia Landi, sortait de l'honorable maison des Landi.[5] Moins d'un mois après la naissance de Gemma, la famille s'installe à Lucques, où l'enfant grandira.
Le foyer compte huit enfants. Gemma est, de l'aveu même de son père, l'une de ses préférées — « Je n'ai que deux enfants : Gemma et Eugène », disait-il en parlant des plus pieux.[6] Dès l'âge de deux ans, l'enfant est confiée au demi-pensionnat des demoiselles Vallini ; à sept ans, elle entre comme externe à l'institution des Sœurs de Sainte-Zite (dite « institution Guerra », du nom de sa fondatrice sainte Elena Guerra, canonisée en 2024), où elle restera jusqu'à l'adolescence.[7]
La mort de la mère et la soif précoce du ciel
Gemma a sept ans environ lorsque meurt sa mère, atteinte de phtisie. C'est pourtant cette mère mourante qui allume dans le cœur de l'enfant un désir brûlant du ciel : Gemma confiera plus tard qu'elle avait pris l'habitude de demander à Dieu de l'emporter au paradis. Sa maîtresse dut lui apprendre à corriger cet élan par la résignation à la volonté de Dieu.[8]
Loin d'être une enfant maladivement triste, Gemma était vive, gaie, parfois espiègle — ce qui lui vaudra plus tard, jusque dans ses souffrances, le surnom de « la joyeuse de Lucques ». Mais sa piété précoce frappait tous ceux qui l'approchaient. Le trait dominant de son caractère, note son biographe, fut très tôt cette soif de Dieu que rien de créé ne pouvait apaiser :
« Vous seul, mon Sauveur ; parce que vous seul pouvez calmer les tempêtes qui, de temps à autre, s'élèvent dans mon cœur ; vous seul pouvez donner une nouvelle vigueur à mon âme. Vous seul, mon Dieu, parce que, alors même que vous êtes seul, vous pouvez tout. » — Gemma Galgani, extase[9]
Première communion (1887) : « Celui qui se nourrit de moi vivra de ma vie »
Le 17 juin 1887, à neuf ans, après une retraite de dix jours, Gemma fait sa première communion le jour du Sacré-Cœur. Son confesseur, déjà, est l'abbé Giovanni Volpi, futur évêque, qui restera son directeur ordinaire jusqu'à la fin de sa vie.[10] Ce jour-là, une parole entendue en méditation s'imprime en elle pour toujours : « Celui qui se nourrit de moi vivra de ma vie. » L'Eucharistie devient le centre vital de son existence, la source de tout ce qui suivra.
Brillante élève, Gemma remporte en 1894 le grand prix de religion. Mais cette même année, la mort de son frère Eugène, séminariste qu'elle avait soigné jour et nuit, la jette dans une grave maladie qui l'oblige à quitter définitivement l'école. L'épreuve, désormais, ne la quittera plus.
L'épreuve du dénuement et de la maladie
La ruine de la famille et la mort du père (1897)
À la fin des années 1890, des cautions imprudentes ruinent la famille Galgani ; les huissiers saisissent jusqu'aux meubles. Le père, atteint d'un cancer à la gorge, meurt le 11 novembre 1897. Gemma, orpheline pour la seconde fois, se retrouve dans un dénuement total, chargée de ses jeunes frères et sœurs.[11] Recueillie un temps par une tante à Camaiore, elle y refuse deux demandes en mariage : sa décision intérieure est prise depuis longtemps, elle s'est vouée à Dieu seul.
Le mal de Pott : une jeune fille condamnée
De retour à Lucques, Gemma est frappée par une affection vertébrale d'une extrême gravité — un mal de Pott, c'est-à-dire une tuberculose de la colonne vertébrale.[12] Aux douleurs lombaires s'ajoutent une déviation de la colonne, des crises de méningite, la perte de l'ouïe, la chute des cheveux, des abcès, une paralysie progressive. Les médecins la déclarent perdue. Le 4 janvier 1899, on lui applique sans anesthésie des pointes de feu le long de l'épine dorsale ; l'opération est inutile. Le 2 février, on lui administre le saint Viatique : on la croit à l'agonie.[13]
C'est dans cet état que Gemma reçoit, le 7 décembre 1898, l'autorisation de prononcer son vœu de virginité perpétuelle, et qu'elle voit pour la première fois lui apparaître le jeune passioniste Gabriel de l'Addolorata, mort en odeur de sainteté en 1862, qui deviendra son protecteur céleste.
La guérison miraculeuse (1899)
Le 23 février 1899, sur le conseil qu'elle attribue à Gabriel, Gemma commence une neuvaine à la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, l'apôtre du Sacré-Cœur. Chaque soir, dit-elle, le jeune religieux vient prier avec elle. Au terme de la neuvaine, le premier vendredi de mars 1899, après la communion, Gemma se lève subitement, parfaitement guérie : deux heures plus tard, elle est debout.[14] Les médecins ne peuvent l'expliquer.
« Ma fille, après la grâce que tu viens de recevoir tu me suivras avec plus d'ardeur encore. Je serai toujours avec toi, je te servirai de père, et ta mère, la voici. Mon assistance paternelle ne peut faire défaut à celui qui s'abandonne entre mes mains ; rien donc ne te manquera, lors même que je t'enlèverai toute consolation et tout appui sur la terre. » — Jésus à Gemma, lors de sa guérison[15]
La vocation contrariée
Le désir des Passionistes et le refus
Guérie, Gemma ne souhaite qu'une chose : se consacrer à Dieu dans le cloître. Au printemps 1899, elle fait une retraite chez les Visitandines de Lucques — choix naturel, l'institut de Marguerite-Marie qui venait de l'obtenir sa guérison. Mais l'archevêque refuse de l'admettre au noviciat, pour raison de santé fragile et de pauvreté. Le 21 mai 1899, elle doit quitter le monastère.[16] « Mon Dieu, quelle douleur ! », note son biographe. Toute sa vie, ce refus de la vie religieuse régulière restera l'une de ses plus grandes croix : Gemma sera une mystique « dans le monde », sans habit ni clôture.
Pourtant, sa véritable famille spirituelle sera bien religieuse. Lorsqu'en juillet 1899 les Pères Passionistes prêchent une mission à Lucques, Gemma se sent aussitôt chez elle. Jésus lui aurait alors confié sa mission :
« Tu seras une fille de ma Passion, et une fille préférée. » — Jésus à Gemma[17]
Saint Gabriel de l'Addolorata, frère du ciel
La figure de saint Gabriel de l'Addolorata (1838-1862), jeune profès passioniste mort à vingt-quatre ans, occupe une place centrale dans la vie de Gemma. Pas encore béatifié à l'époque (il sera béatifié en 1908 et canonisé en 1920), il lui apparaît pendant sa maladie, la défend contre le démon, l'instruit, l'appelle « Sorella mia » (« ma sœur ») et lui promet de revenir. Cette fraternité céleste enracine Gemma dans la spiritualité de la Passion : par Gabriel, elle est rattachée à la famille de saint Paul de la Croix, le fondateur des Passionistes, dont la mission est précisément de raviver dans les âmes la mémoire vivante de la Croix.[18]
La stigmatisée de Lucques
Les premiers stigmates (8 juin 1899)
Le 8 juin 1899, jeudi veille de la fête du Sacré-Cœur, Gemma reçoit pour la première fois les stigmates de la Passion. Au cours d'une extase, raconte-t-elle, Jésus crucifié lui apparaît, ses plaies ouvertes ; de ces plaies jaillissent non du sang mais des flammes, qui touchent ses mains, ses pieds et son cœur, et y impriment les blessures de la Passion.[19]
« Regarde, ma fille, et apprends comment on aime. Vois-tu cette croix, ces épines et ces clous, ces chairs livides, ces meurtrissures, ces plaies ? Tout est l'œuvre de l'amour, et de l'amour infini. Voilà jusqu'à quel point je t'ai aimée. Veux-tu m'aimer vraiment ? Apprends d'abord à souffrir : la souffrance apprend à aimer. » — Jésus à Gemma, vision des cinq plaies[20]
Le rythme hebdomadaire de la Passion
Le phénomène, loin d'être unique, se renouvelle chaque semaine pendant près de deux ans, selon un rythme réglé sur la liturgie de la Passion : les plaies s'ouvrent le jeudi soir, vers vingt heures, et se referment le vendredi après-midi, vers quinze heures — l'heure même de la mort du Christ.[21] Le Père Germano, qui les a examinées de près, en a laissé une description médicale précise : des plaies aux paumes de la dimension d'un grain de blé, avec une protubérance « en tête de clou », des blessures aux pieds, et au côté une plaie en forme de croissant d'environ six centimètres. À la fin de l'extase, les plaies se ferment instantanément et complètement, ne laissant qu'une tache blanchâtre.[22]
Sur la localisation des plaies — aux paumes et non aux poignets, comme chez la plupart des stigmatisés —, voir l'article Stigmates : paumes ou poignets ?.
La couronne d'épines et les sueurs de sang
Aux stigmates des mains, des pieds et du côté s'ajoutent les douleurs de la couronne d'épines et des sueurs de sang. Gemma transsudait du sang du front, de la tête, des mains, en particulier lorsqu'elle entendait blasphémer : « Lorsque j'entends blasphémer, je vois Jésus souffrir beaucoup, et je souffre avec Lui. » Le sang qui coulait alors était comme l'écho corporel de la compassion qui la dévorait.[23]
L'examen médical et la prudence de l'Église
Le confesseur de Gemma, Mgr Volpi, prudent jusqu'à la défiance, soumit les phénomènes à l'examen médical. Le résultat fut déroutant : devant le médecin convoqué un jour précis, rien d'observable ne se produisit. Gemma elle-même y vit une grâce — Jésus, disait-elle, « déroute la science » pour préserver l'humilité de son âme.[24]
L'épisode le plus célèbre de ce discernement se produisit le 8 septembre 1899. Le prêtre qui dirigeait Gemma, témoin quotidien de ses stigmates et de leurs saignements, eut l'idée de les faire constater par un médecin, pour couper court par avance à toute contestation. Le médecin trempa un linge dans l'eau et essuya les mains de la jeune fille : aussitôt, rapporte le Père Germano, « le sang disparut, la peau paraissait sans cicatrices, ni fissures, ni stigmates, comme s'il n'y avait jamais eu de blessures ». Stupeur du prêtre et du médecin — et dès que le médecin fut sorti, les stigmates réapparurent et se remirent à saigner.[25]
« Immédiatement après que ce dernier fut sorti, les stigmates réapparurent et se remirent à saigner. A la suite de cet incident, Gemma Galgani passa, naturellement, pour une faussaire et dut subir, de ce fait, de nombreuses et grandes humiliations. » — Ennemond Boniface, citant le Père Germano[26]
L'incident valut en effet à Gemma une réputation de faussaire et de grandes humiliations, jusque de la part de ceux qui l'avaient le plus respectée. Cette réserve initiale de l'Église, loin de discréditer Gemma, atteste au contraire la rigueur du discernement auquel elle fut soumise ; c'est cette même prudence qui rendra, au procès, le témoignage en sa faveur d'autant plus solide. Sur la manière dont l'Église évalue ces phénomènes, voir Faut-il croire aux révélations privées ?.
Une vie mystique extraordinaire
L'ange gardien, compagnon de chaque jour
L'un des traits les plus remarquables de la vie de Gemma est sa familiarité avec son ange gardien, dont la présence lui était sensible, presque continuelle. L'ange l'instruisait, la corrigeait, la grondait, la protégeait du démon, et — fait attesté par le Père Germano — portait réellement les lettres cachetées qu'elle lui confiait pour son directeur éloigné. Dès 1895, une vision angélique avait donné le ton de toute sa vie :
« Les seuls bijoux qui embellissent l'épouse d'un roi crucifié sont les épines et la croix. » — L'ange gardien à Gemma[27]
L'ange lui dictait des règles de vie d'une exigence évangélique :
« Souviens-toi que celui qui aime véritablement Jésus parle peu et supporte tout. Je te commande, de la part de Jésus, de ne jamais dire ton avis si on ne te le demande ; de ne soutenir jamais ton sentiment, mais de rentrer dans le silence. […] N'oublie pas de veiller sur tes regards, te rappelant que l'œil mortifié contemplera les beautés du ciel. » — L'ange gardien à Gemma[28]
Sur la doctrine de l'Église à ce sujet, voir Que dit l'Église sur les anges gardiens ?.
Les combats contre le démon
À la mesure de ses grâces, Gemma subit des assauts diaboliques d'une violence extrême. Le démon, qu'elle nommait familièrement « la vilaine bête », lui apparaissait sous la forme d'un chien noir, d'un géant, d'un chat ; il la frappait, lui arrachait les cheveux, déchirait ses écrits et lui arrachait la plume des mains, allait jusqu'à se déguiser en confesseur, en ange de lumière, voire en Jésus flagellé pour la tromper.[29] La sainte lui opposait une sérénité désarmante :
« Va-t'en, vilaine bête. Ne vois-tu pas qu'au lieu de me porter tort, tu me fais mériter ? » — Gemma Galgani[30]
Les extases et les colloques avec Jésus
Les extases de Gemma — quotidiennes pendant des années — la rendaient totalement insensible aux sens extérieurs (on put la piquer, l'approcher du feu, sans qu'elle réagît) tandis qu'elle s'entretenait à voix haute avec Jésus, la Vierge ou son ange. Ces colloques, recueillis par les Giannini et le Père Germano, comptent parmi les pages les plus brûlantes de la mystique catholique. On y entend une âme qui demande à se configurer jusqu'au bout à la Passion :
« Seigneur Jésus, quand mes lèvres s'approcheront des vôtres pour vous donner un baiser, faites-moi goûter votre fiel. Quand mes épaules défaillantes chercheront en vous un appui, faites-leur sentir les fouets qui vous brisent. […] Quand vous me presserez sur votre cœur sacré, faites aussi que la lance blesse mon côté. » — Gemma Galgani, extase[31]
La spiritualité de Gemma : la fille de la Passion
« Apprends à souffrir : la souffrance apprend à aimer »
Toute la spiritualité de Gemma tient dans une identification au Christ crucifié. Elle ne cherche pas la souffrance pour elle-même, mais comme la voie la plus sûre de l'amour. Reproduire en elle l'image vivante de Jésus souffrant fut, dit son biographe, l'aspiration suprême de sa vie. À qui lui parlait des consolations de la vie spirituelle, elle répondait par le choix du Calvaire contre le Thabor :
« Croyez, Père, que je renonce volontiers à toutes les consolations de Jésus ; je ne les veux pas. Jésus est l'Homme des douleurs, et je veux être la fille des douleurs. » — Gemma Galgani[32]
« Je veux souffrir avec Jésus ; ne me parlez pas d'autre chose. Je veux être semblable à Jésus, toujours souffrir tant que je vivrai, et toujours vivre pour toujours souffrir. » — Gemma Galgani[33]
L'âme victime et l'amour réparateur
Gemma se savait appelée à être une âme victime : offerte en holocauste pour la conversion des pécheurs et la réparation des offenses faites à Dieu, en particulier des sacrilèges. Cette vocation, elle l'a reçue d'une parole intérieure d'une gravité saisissante :
« Ma fille, j'ai besoin de victimes, et de victimes fortes. Il me faut des âmes qui par leurs souffrances et leurs tribulations expient pour les pécheurs et les ingrats. » — Jésus à Gemma[34]
Elle s'offrait alors sans réserve, jusqu'à vouloir « les sauver tous » :
« Je veux absolument être victime pour les pécheurs, vivre en victime et mourir victime. […] Ils sont tous vos enfants ; ne les abandonnez donc pas. Sachez-le bien, Jésus : je veux les sauver tous. » — Gemma Galgani, extase[35]
Cette doctrine de l'offrande réparatrice rattache Gemma à la grande lignée des mystiques de la souffrance offerte ; voir l'article de fond Les âmes victimes et Comment grandir dans la réparation.
L'abandon, l'obéissance et l'humilité
L'âme de Gemma, malgré l'extraordinaire de ses grâces, était d'un abandon et d'une obéissance parfaits. Elle ne se reconnaissait aucun mérite propre :
« N'attendez de moi rien de bon. Et que pouvez-vous espérer d'un peu de boue qui n'est apte qu'à vous offenser ? » — Gemma Galgani, extase[36]
Son obéissance à son confesseur et à son directeur allait jusqu'à l'anéantissement de sa volonté propre — la marque, chez les maîtres spirituels, du véritable abandon :
« Je suis morte, Père. Un mort ne dit jamais : "je veux, je voudrais, je serais bien aise" ; mais il se tait et laisse faire. » — Gemma Galgani, lettre[37]
Cet abandon transformait toute croix en joie :
« Oh ! combien je m'aperçois, Père, qu'en faisant ce que veut la bonté de Jésus, toute croix devient une joie, à tel point que souffrir m'est trop doux ! Il n'y a pas de croix ni de crainte pour qui s'unit étroitement à Jésus. » — Gemma Galgani, lettre[38]
La faim de l'Eucharistie
L'Eucharistie était pour Gemma la source quotidienne de toute sa vie mystique. Elle décrivait la communion comme une avant-goût du ciel :
« La communion, Père, est une félicité qui, ce me semble, ne peut se comparer qu'à la béatitude des Saints et des Anges. […] Car Jésus entre chaque matin dans mon cœur, se donne tout à moi ; et moi je ne lui donne rien, absolument rien. » — Gemma Galgani, lettre[39]
L'entourage : la famille Giannini et le Père Germano
Une seconde famille à Lucques
Orpheline et sans ressources, Gemma fut recueillie à l'été 1899 par la famille Giannini, famille patriarcale de Lucques où vivaient le chevalier Matteo Giannini, son épouse, ses douze enfants et sa sœur Cecilia Giannini. Cette dernière devint pour Gemma une « seconde mère » — sa « tante » adoptive —, témoin privilégié de sa vie cachée et chargée par le directeur de tout consigner par écrit.[40] C'est sous ce toit, au milieu d'une vie de famille ordinaire, que se déroulèrent les phénomènes les plus extraordinaires — circonstance qui en garantit la crédibilité, faute de toute mise en scène possible.
Le directeur spirituel et la correspondance
Le Père Germano de Saint-Stanislas (en français « Germain »), passioniste résidant à Rome, devint en 1900 le directeur spirituel de Gemma. D'abord profondément sceptique — il alla jusqu'à conseiller l'essai d'exorcismes —, il fut convaincu en septembre 1900 par l'extase au cours de laquelle Gemma obtint, à distance, la conversion d'un pécheur qui se confessa à lui à l'heure même.[41] Dirigeant Gemma surtout par lettres, il devint après sa mort le postulateur de sa cause et l'auteur de sa biographie de référence, La Séraphique Vierge de Lucques, dont la première édition reçut en 1907 les éloges de Pie X par l'intermédiaire du cardinal Merry del Val.[42] Ses lettres se terminaient invariablement par la même formule d'humilité :
« Priez pour moi ; je suis la pauvre Gemma. » — formule habituelle des lettres de Gemma Galgani[43]
Sur le conseil de son directeur, elle se signa un temps « la pauvre Gemma de Jésus », avant de revenir à sa formule.
La mort le Samedi Saint (1903)
La dernière maladie
Au printemps 1902, Gemma annonça que son rôle s'achevait. Une première maladie victimale, à l'été, lui ferma l'estomac pendant soixante jours ; puis, en septembre 1902, la tuberculose pulmonaire se déclara, avec des crachements de sang. Isolée à cause de la contagion dans un petit appartement, elle vécut ses derniers mois dans un dépouillement total, privée même de la présence de son directeur.[44] Au Père Germano venu la voir une dernière fois en octobre 1902, elle dit simplement : « Je m'en vais à Jésus, Père. »
« Jésus, je vous recommande ma pauvre âme »
La Semaine sainte de 1903 fut pour Gemma une lente configuration à la Passion qu'elle avait tant aimée. Le Jeudi Saint, elle eut la vision d'une couronne d'épines qu'on tressait ; le Vendredi Saint, les bras étendus, elle demeura « crucifiée avec Jésus » de dix heures à treize heures trente.[45] Le Samedi Saint 11 avril 1903, après avoir reçu l'extrême-onction, elle s'éteignit vers une heure de l'après-midi, dans un abandon parfait, sans qu'aucun prêtre ni son directeur ne fût présent. Ses dernières paroles furent une remise filiale de son âme :
« Maintenant, il est bien vrai que je n'en puis plus. Jésus, je vous recommande ma pauvre âme… Jésus ! » — Dernières paroles de Gemma Galgani, 11 avril 1903[46]
Elle mourut « la veille de la Résurrection », à vingt-cinq ans. On la revêtit de noir, comme une religieuse passioniste, avec l'emblème de la Passion sur le cœur — l'habit qu'elle n'avait jamais pu porter de son vivant.
Le prodige du cœur
Treize jours après sa mort, le 24 avril 1903, lors de la reconnaissance du corps en vue du procès, le cœur de Gemma fut trouvé frais, rouge et rempli de sang vif, d'une forme anormale — plus large que haut, au point d'avoir, disait-on, soulevé trois côtes. Les témoins y virent le signe corporel de l'amour qui l'avait consumée.[47] Sa dépouille repose aujourd'hui dans le sanctuaire-monastère passioniste Sainte-Gemma de Lucques, qu'elle avait elle-même prophétisé et qui fut fondé après sa mort.
Béatification, canonisation et héritage
Le procès et les honneurs des autels (1933-1940)
La réputation de sainteté de Gemma fut immédiate. Son procès informatif s'ouvrit à Lucques peu après sa mort, puis se poursuivit à Rome. La rapidité de la cause est remarquable : Pie XI la béatifia le 14 mai 1933, après approbation de deux miracles, puis Pie XII la canonisa le 2 mai 1940 — à peine trente-sept ans après sa mort.[48] Cette rapidité, dans une Église d'ordinaire prudente envers les phénomènes mystiques, témoigne de la solidité du dossier réuni par le Père Germano et de la force du témoignage des Giannini.
Patronages et culte
L'Église fixa la fête de sainte Gemma au 11 avril, jour de sa mort (la famille passioniste la célèbre au 16 mai). Gemma est honorée comme patronne des étudiants et des pharmaciens (en mémoire de son père), et invoquée tout particulièrement contre les tentations, contre la tuberculose et contre la perte des parents — toutes épreuves qu'elle-même avait traversées.[49] Son culte, d'abord italien, s'est rapidement répandu dans le monde entier grâce à la diffusion de sa biographie, traduite en de nombreuses langues dès avant la Première Guerre mondiale.
Gemma dans la famille passioniste
Bien qu'elle n'ait jamais pu entrer en religion, Gemma est devenue l'une des gloires de la famille passioniste, aux côtés de saint Paul de la Croix et de saint Gabriel de l'Addolorata. Toute sa spiritualité — la mémoire de la Passion, l'âme victime, l'amour de la Croix — est l'épanouissement laïc du charisme passioniste. Elle prend place dans la grande lignée des stigmatisés modernes, aux côtés de Padre Pio, de sainte Faustine Kowalska pour la mystique de la miséricorde, et des âmes victimes dont elle fut, écrivit-on, « la fille de la Passion ». Dans un siècle qui commençait à fuir la souffrance, Gemma Galgani rappelle, par sa vie autant que par ses paroles, que la Croix du Christ n'est pas une défaite mais le sommet de l'amour.
Pour aller plus loin
- Saint Paul de la Croix (1694-1775) — fondateur des Passionistes, source du charisme de la Passion dont Gemma est l'héritière spirituelle.
- Les âmes victimes — la spiritualité de l'offrande réparatrice que Gemma incarne au plus haut point.
- Les stigmatisés — le phénomène des stigmates dans l'histoire de l'Église, dont Gemma est l'une des grandes figures.
- Stigmates : paumes ou poignets ? — la localisation des plaies, aux paumes chez Gemma comme chez la plupart des stigmatisés.
- Que dit l'Église sur les anges gardiens ? — pour éclairer la familiarité de Gemma avec son ange gardien.
- Sainte Marguerite-Marie Alacoque — l'apôtre du Sacré-Cœur, dont l'intercession obtint la guérison de Gemma.
- Faut-il croire aux révélations privées ? — le discernement de l'Église sur les phénomènes mystiques.
Notes et références
R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. VII, « Les stigmates sacrés » (8 juin 1899). Premiers stigmates le 8 juin 1899 (veille du Sacré-Cœur) ; récurrence hebdomadaire pendant près de deux ans, du jeudi vers 20 h au vendredi vers 15 h ; description : aux paumes, protubérance charnue en tête de clou de deux centimètres et demi de diamètre, plaies des pieds, côté en forme de croissant (six centimètres sur trois millimètres) ; après l'extase du vendredi, l'écoulement cesse et les tissus se ressoudent peu à peu (plus de vestige dès le lendemain, au plus tard le dimanche), ne laissant qu'une tache blanchâtre.
1 19 21 22Saint Gemma Galgani — notices hagiographiques : béatification par Pie XI le 14 mai 1933 (après approbation de deux miracles), canonisation par Pie XII le 2 mai 1940 ; fête le 11 avril (16 mai dans le calendrier passioniste) ; patronne des étudiants et des pharmaciens, invoquée contre les tentations, la tuberculose et la perte des parents. Cf. stgemmagalgani.com et la notice de Catholic Online, catholic.org.
2 48 49R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., déclaration de l'auteur et préface : il se présente comme témoin direct, citant la première épître de saint Jean (« ce que nous avons vu… touché de nos mains »). La biographie reçut, dès 1907, les éloges de Pie X transmis par le cardinal Merry del Val (lettre du 19 septembre 1907).
3R.P. Germano de Saint-Stanislas, C.P., La Séraphique Vierge de Lucques — Vie de Gemma Galgani, 6ᵉ édition italienne (1907), traduction française (texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani »). L'auteur, passioniste résidant à Rome, fut le directeur spirituel de Gemma et le postulateur de sa cause. Faits vérifiés par chapitre : I — naissance le 12 mars 1878 à Camigliano, baptême le 13, père Enrico pharmacien-chimiste né à Porcari (descendance maternelle, dit-on, de la famille de saint Jean Léonardi, béatifié en 1861, canonisé le 17 avril 1938 par Pie XI), mère Aurelia née Landi, installation à Lucques moins d'un mois après la naissance ; II — externe chez les Sœurs de Sainte-Zite (« institution Guerra », du nom de sa fondatrice Elena Guerra, canonisée le 20 octobre 2024 par François), première communion le 17 juin 1887, confesseur l'abbé Volpi ; III — grand prix d'or de religion (année 1893-94), mort du frère Eugène, séminariste, en septembre 1894 ; IV — ruine de la famille, mort du père le 11 novembre 1897 ; V — séjour à Camaiore, refus du mariage ; VI — retraite chez les Visitandines, sortie le 21 mai 1899.
4 5 6 7 8 10 11 16Gemma Galgani, Lettres et Extases de Gemma Galgani, éd. P. Joachim de l'Immaculée-Conception, C.P., trad. française, Librairie Brunet, Arras, 1920, extase n° 33 (« Hymne sublime d'amour »), p. 268. Citation vérifiée mot à mot : « Vous seul, mon Sauveur… alors même que vous êtes seul, vous pouvez tout. »
9R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chapitres sur la maladie : affection vertébrale grave diagnostiquée comme mal de Pott (tuberculose vertébrale, note de l'éditeur), déviation de la colonne, méningite, surdité, chute des cheveux, abcès, paralysie. Pointes de feu appliquées sans anesthésie le 4 janvier 1899 ; saint Viatique le 2 février 1899.
12 13R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. V, « Séjour à Camaiore — Retour à Lucques — Maladie mortelle — Guérison prodigieuse (1897-1899) » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 5). Neuvaine commencée le 23 février 1899 à la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, avec l'aide de Gabriel de l'Addolorata (mort en 1862, pas encore béatifié à l'époque) ; guérison soudaine et parfaite le premier vendredi de mars 1899, après la communion. Parole de Jésus rapportée par Gemma elle-même et citée mot à mot au même chapitre : « Ma fille, après la grâce que tu viens de recevoir tu me suivras avec plus d'ardeur encore. Je serai toujours avec toi, je te servirai de père, et ta mère, la voici [la Vierge des Douleurs] … Mon assistance paternelle ne peut faire défaut à celui qui s'abandonne entre mes mains ; rien donc ne te manquera, lors même que je t'enlèverai toute consolation et tout appui sur la terre. »
14 15R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. VIII, « Gemma et les Pères Passionistes — La famille Giannini (juillet 1899…) » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 8). Dernier jour de la mission prêchée par les Passionistes à Lucques (juillet 1899), communion générale : récit de Gemma elle-même, citée mot à mot — « Tu seras une fille de ma Passion, et une fille préférée. Un de ceux-là sera ton père. Va et révèle tout. »
17R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : rôle de Gabriel de l'Addolorata (1838-1862, pas encore béatifié du vivant de Gemma ; béatifié en 1908, canonisé en 1920), jeune passioniste, comme protecteur céleste de Gemma : apparitions durant la maladie, défense contre le démon, appellation « Sorella mia ». Le P. Germano était lui-même l'auteur d'une Vie de Gabriel de l'Addolorata.
18R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. VI, « Aspirations vers la vie claustrale — Au couvent de la Visitation (mars-mai 1899) » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 6). Vision d'un soir d'avril 1899, racontée par Gemma elle-même (« J'étais inquiète, écrit-elle, de ne savoir aimer… ») : Jésus, lui montrant ses cinq plaies béantes, lui dit mot à mot « Regarde, ma fille, et apprends comment on aime. Vois-tu cette croix, ces épines et ces clous, ces chairs livides, ces meurtrissures, ces plaies ? Tout est l'œuvre de l'amour, et de l'amour infini. Voilà jusqu'à quel point je t'ai aimée. Veux-tu m'aimer vraiment ? Apprends d'abord à souffrir : la souffrance apprend à aimer. »
20R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : sueurs de sang transsudant du front, de la tête et des mains, notamment lorsque Gemma entendait blasphémer (« je vois Jésus souffrir beaucoup, et je souffre avec Lui »).
23R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : examen médical ordonné par Mgr Giovanni Volpi (confesseur de Gemma, futur évêque) ; rien d'observable ne se produisit devant le médecin, Gemma estimant que Jésus « déroute la science ».
24Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, Paris, 1979, p. 411-412 : contrôle manqué du 8 septembre 1899 — le médecin essuie les mains de Gemma d'un linge trempé, le sang disparaît sans laisser de trace selon le Père Germano cité, puis les stigmates réapparaissent dès la sortie du médecin ; l'incident vaut à Gemma une réputation de faussaire et de grandes humiliations.
25 26R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. IV, « Vie familiale — Héroïque patience dans de cruelles épreuves (1895-1897) » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 4). Épisode « dans le cours de l'année 1895 » : Gemma, ayant porté une montre en or et une chaînette offertes par un parent, voit en les quittant son ange gardien qui lui dit mot à mot : « Les seuls bijoux qui embellissent l'épouse d'un roi crucifié sont les épines et la croix. »
27R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. XVII, « L'ange gardien » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 17). L'ange fait écrire à Gemma sa règle sous sa dictée (elle au bureau, lui debout à son côté « comme un maître près de son élève »), citée mot à mot dans le corps ; la coupure […] correspond à un passage réel (accusation de ses fautes, obéissance ponctuelle au confesseur) omis proprement.
28R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : vexations diaboliques — apparitions sous forme de chien noir, géant, chat ; coups, cheveux arrachés, écrits déchirés ; déguisements en confesseur, en ange de lumière ou en Jésus flagellé.
29Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., lettre n° 8 à son confesseur (« Elle est tourmentée et frappée par le démon », non datée dans l'édition), pp. 128-129. Citation vérifiée mot à mot : « Va-t'en, vilaine bête. Ne vois-tu pas qu'au lieu de me porter tort, tu me fais mériter ? »
30Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., extase n° 29 (« Encore à propos de Jésus en croix »), p. 258. Citation vérifiée mot à mot (coupure du passage intermédiaire marquée […] dans le corps) : « Seigneur Jésus, quand mes lèvres s'approcheront des vôtres… faites aussi que la lance blesse mon côté. »
31R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. XV, « Soif de souffrances — Victime pour les pécheurs » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 15). Parole adressée par Gemma à son directeur (« Croyez, père, me disait-elle un jour »), citée mot à mot : « Croyez, Père, que je renonce volontiers à toutes les consolations de Jésus ; je ne les veux pas. Jésus est l'Homme des douleurs, et je veux être la fille des douleurs. »
32R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. XV, « Soif de souffrances — Victime pour les pécheurs » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 15). Cri de Gemma en extase (« Je veux souffrir, s'écriait-elle »), cité mot à mot dans le corps : « Je veux souffrir avec Jésus ; ne me parlez pas d'autre chose. Je veux être semblable à Jésus, toujours souffrir tant que je vivrai, et toujours vivre pour toujours souffrir. »
33R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chapitre sur la vocation d'âme victime : parole de Jésus : « Ma fille, j'ai besoin de victimes, et de victimes fortes. Il me faut des âmes qui par leurs souffrances et leurs tribulations expient pour les pécheurs et les ingrats. »
34Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., extase n° 15 (« Elle prie pour le salut des pécheurs et s'offre en victime pour eux »), pp. 220-221 (extase ouverte p. 219 d'après la table des matières). Citations vérifiées mot à mot : « Je veux absolument être victime pour les pécheurs… je veux les sauver tous. »
35Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., extase n° 27, p. 253. Citation vérifiée mot à mot : « N'attendez de moi rien de bon. Et que pouvez-vous espérer d'un peu de boue qui n'est apte qu'à vous offenser ? »
36Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., lettre n° 89 à son directeur (« Sur l'avis de son confesseur elle se considère comme une morte », non datée dans l'édition), p. 91. Citation vérifiée mot à mot : « Je suis morte, Père. Un mort ne dit jamais : « je veux, je voudrais, je serais bien aise » ; mais il se tait et laisse faire. »
37Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., lettre n° 24 à son directeur (« Toujours l'épreuve et la résignation », non datée dans l'édition), p. 28. Citation vérifiée mot à mot : « en faisant ce que veut la bonté de Jésus, toute croix devient une joie… Il n'y a pas de croix ni de crainte pour qui s'unit étroitement à Jésus. »
38Gemma Galgani, Lettres et Extases, éd. Joachim, op. cit., lettre n° 102 à son directeur (« Elle compare les joies de l'Eucharistie au bonheur du ciel », non datée dans l'édition), p. 104. Citation vérifiée mot à mot : « La communion, Père, est une félicité qui… ne peut se comparer qu'à la béatitude des Saints et des Anges. »
39R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : accueil de Gemma dans la famille Giannini de Lucques (été 1899) ; Cecilia Giannini, « seconde mère » et témoin privilégié, chargée par le directeur de consigner par écrit la vie cachée de Gemma.
40R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : le P. Germano, d'abord sceptique (il conseilla l'essai d'exorcismes), devint le directeur de Gemma en 1900, convaincu par l'extase de la conversion d'un pécheur (septembre 1900) qui se confessa à lui à l'heure même.
41Cardinal Merry del Val, lettre au P. Germano au nom de Pie X, Rome, 19 septembre 1907 : le Saint-Père loue « une science si profonde de la théologie mystique » et forme des vœux pour que la lecture du livre « ranime dans les cœurs l'amour du surnaturel ». Reproduite en tête de la biographie.
42R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. XIII, « Humilité profonde » (trad. fr., texte en ligne : livres-mystiques.com, « Vie de Gemma Galgani », chapitre 13). « Ses lettres se terminaient invariablement par la formule suivante : “Priez pour moi ; je suis la pauvre Gemma.” » Le Père lui conseilla le surnom pieux de « Gemma de Jésus » ; elle se signa effectivement « la pauvre Gemma de Jésus, mais ce fut pour peu de temps », avant de revenir jusqu'à la fin à « la pauvre Gemma ».
43R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit., chap. XXV (« Dernière maladie »), XXVI (« Calvaire ») et XXVII (« Précieuse mort — Funérailles »). Estomac fermé pendant soixante jours de diète absolue (été 1902) ; rechute le 9 septembre, crachements de sang des poumons le 21 septembre ; médecins concluant au risque de contagion, isolement de la malade ; Semaine sainte 1903 — vision d'une couronne d'épines qu'on tresse (Jeudi Saint), extase « crucifiée avec Jésus » le Vendredi Saint de dix heures à une heure et demie ; mort le samedi saint 11 avril 1903 vers une heure de l'après-midi.
44 45R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : dernières paroles de Gemma le Samedi Saint 11 avril 1903 : « Maintenant, il est bien vrai que je n'en puis plus. Jésus, je vous recommande ma pauvre âme… Jésus ! » Mort vers une heure de l'après-midi.
46R.P. Germano de Saint-Stanislas, op. cit. : reconnaissance du corps le 24 avril 1903 (treizième jour après la mort) ; cœur trouvé frais, rouge et plein de sang vif, de forme anormale (plus large que haut). Translation ultérieure du corps ; les reliques reposent au sanctuaire passioniste Sainte-Gemma de Lucques.
47