Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

Saint Charles de Foucauld, l'officier et explorateur français devenu ermite au Sahara : sa conversion de 1886, la « vie de Nazareth », son apostolat de frère universel chez les Touaregs, sa mort à Tamanrasset en 1916 et sa canonisation par le pape François en 2022.

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Saint Charles de Foucauld — Charles Eugène de Foucauld (1858-1916), en religion frère Charles de Jésus — est un officier et explorateur français devenu ermite catholique au cœur du Sahara. Sa vie tient en un renversement saisissant : un jeune aristocrate orphelin, riche, dissipé et incroyant, devient après sa conversion de 1886 l'un des plus radicaux imitateurs de la vie cachée du Christ à Nazareth.[1][2]

Trappiste, puis domestique des Clarisses en Terre sainte, enfin prêtre et solitaire, il s'établit chez les Touaregs du Hoggar non pour les convertir par la prédication, mais pour faire de toute sa vie une annonce de l'Évangile et se faire le frère universel de tous, chrétiens, musulmans, juifs ou « idolâtres ».[3][4] Il y meurt assassiné le 1ᵉʳ décembre 1916, sans avoir réuni un seul disciple.

Sa fécondité est pourtant immense : après sa mort naissent les familles religieuses qui se réclament de lui — Petits Frères et Petites Sœurs de Jésus, fraternités Jesus Caritas —, et sa prière d'abandon (« Mon Père, je m'abandonne à toi ») compte parmi les textes spirituels les plus récités du XXᵉ siècle.[5][6]

Béatifié en 2005 par Benoît XVI puis canonisé le 15 mai 2022 par le pape François, il est honoré comme un témoin de la rencontre entre l'Église et le monde musulman, et comme le saint de l'amour fraternel universel. Le présent article traite de l'homme et du saint : sa conversion, ses œuvres, sa spiritualité, sa mort et sa postérité.

D'une jeunesse perdue à la conquête du Maroc (1858-1886)

Un orphelin de la haute société alsacienne

Carte synthétique — l'itinéraire de Charles de Foucauld, de Strasbourg au Hoggar. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Charles de Foucauld naît le 15 septembre 1858 à Strasbourg, dans une vieille famille de la noblesse catholique. La douleur frappe tôt : orphelin de père et de mère avant l'âge de six ans (1864), il est élevé, avec sa sœur Marie, par son grand-père maternel, le colonel de Morlet, qui l'entoure d'une affection sans limite.[7][8] L'enfant grandit dans l'aisance, mais la guerre de 1870 et l'annexion de l'Alsace contraignent la famille à s'installer à Nancy.

À l'adolescence, le jeune Charles perd la foi. La lecture des philosophes, l'ambiance d'une époque sceptique et un caractère porté à la jouissance le détachent de la religion de son enfance. Il racontera plus tard, dans une lettre à Henry de Castries, avoir passé douze années sans rien nier ni rien croire, désespérant de parvenir à la vérité.[9]

Saint-Cyr, Saumur et l'officier dissipé

Suivant la tradition militaire familiale, il entre en 1876 à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, puis en 1878 à l'École de cavalerie de Saumur, dont il sort dernier de sa promotion, plus remarqué pour son goût du luxe, de la bonne chère et des plaisirs que pour sa discipline.[10][11] Héritier d'une grosse fortune à la mort de son grand-père, il mène grand train.

Affecté en Algérie, il se fait remarquer par son indiscipline — notamment parce qu'il y emmène ouvertement une maîtresse — et est mis en non-activité en 1881. Mais quand son régiment part en campagne contre l'insurrection du Sud-Oranais, le jeune officier demande à reprendre du service et se révèle alors courageux et endurant. Cette première rencontre avec le désert et le monde arabo-berbère le marque pour toujours : il quitte l'armée pour l'explorer.[12][13]

L'explorateur du Maroc et la Reconnaissance au Maroc

En 1883-1884, à ses risques et périls, Foucauld réalise une exploration clandestine du Maroc, pays alors fermé aux Européens et presque inconnu. Déguisé en rabbin juif d'Europe de l'Est et accompagné du rabbin Mardochée, il parcourt le pays en relevant en secret des observations géographiques, astronomiques et ethnographiques d'une précision remarquable.[14][15]

Le récit qu'il en tire, Reconnaissance au Maroc (1888), fait sensation dans le monde savant et lui vaut la médaille d'or de la Société de géographie de Paris (1885). Mais l'expérience a un effet plus profond encore : la foi des musulmans, leur prière publique et leur sens de Dieu ébranlent l'incroyant. « L'Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m'a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines », écrira-t-il à Henry de Castries le 8 juillet 1901.[16]

La conversion : « Dès que je crus qu'il y avait un Dieu… » (1886)

L'abbé Huvelin et le confessionnal de Saint-Augustin

Diptyque spirituel — avant et après la conversion de Charles de Foucauld. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

De retour à Paris, Foucauld est habité par une inquiétude religieuse grandissante. Il entre dans les églises et y répète une étrange prière d'incroyant : « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse. »[17] Sa cousine Marie de Bondy, profondément croyante, l'oriente vers un prêtre exceptionnel, l'abbé Henri Huvelin, vicaire de la paroisse Saint-Augustin.

Un matin de fin octobre 1886, Foucauld vient trouver l'abbé non pour se confesser mais pour discuter de la foi. D'après le récit de sa conversion, Huvelin l'interrompt et le renvoie aussitôt à l'essentiel : s'agenouiller, se confesser, communier.[18]

L'abbé Henri Huvelin (1838-1910), directeur spirituel décisif de Charles de Foucauld. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Foucauld obéit. Il se confesse, communie — et en sort transformé. Toute sa vie, il datera de cet instant sa renaissance. La conséquence qu'il en tire est immédiate et totale :

Dans une lettre à Henry de Castries, datée du 14 août 1901, il résume ce retournement en substance : dès l'instant où il a cru en Dieu, il a compris qu'il ne pouvait plus vivre que pour lui.[19]

Le pèlerinage en Terre sainte et l'appel de Nazareth

Cherchant la volonté de Dieu, Foucauld part en pèlerinage en Terre sainte à la fin de 1888. À Nazareth, devant la maison où Jésus a vécu trente ans de vie obscure, de travail et de silence, il reçoit l'intuition qui commandera tout le reste de son existence : imiter non le Christ glorieux ni le Christ prêchant, mais le Christ de la vie cachée, le charpentier inconnu de Nazareth.[20][21] Cette « vie de Nazareth » — pauvreté, travail manuel, humilité, prière, dernier rang — deviendra le mot d'ordre de toute sa spiritualité.

Trappe, Nazareth, sacerdoce (1890-1901)

Sept ans à la Trappe : Notre-Dame des Neiges et Akbès

Pour vivre cet appel, Foucauld choisit d'abord l'ordre le plus pauvre et le plus austère qu'il connaisse. Le 16 janvier 1890, il entre chez les Trappistes de Notre-Dame des Neiges (Ardèche), puis demande aussitôt à être envoyé dans un monastère plus pauvre encore : la modeste trappe d'Akbès, en Syrie ottomane.[22][23]

Pourtant, même la Trappe lui paraît trop confortable. Il y est moine, donc « monsieur » nourri et logé par la communauté, alors qu'il rêve de partager la condition des plus pauvres, de vivre de son seul travail comme l'ouvrier de Nazareth. Après sept ans, et non sans déchirement, il obtient en 1897 d'être relevé de ses vœux pour suivre une vocation plus radicale et plus solitaire.[24][25]

Domestique des Clarisses à Nazareth

Il retourne alors à la source de son intuition. En mars 1897, il s'installe à Nazareth comme domestique des Clarisses, logeant dans une cabane au fond de leur jardin, vivant de presque rien, passant des nuits entières en adoration devant le Saint-Sacrement.[26][27] C'est là qu'il rédige une grande partie de ses méditations — des milliers de pages — et qu'il mûrit son projet de fonder une famille religieuse vouée à l'imitation de Nazareth.

L'ordination sacerdotale (9 juin 1901)

Peu à peu, Foucauld comprend qu'il ne peut porter le Christ aux plus abandonnés sans l'Eucharistie. Il rentre en France, complète sa formation théologique et est ordonné prêtre le 9 juin 1901 à Viviers, à 42 ans.[28][29] Son sacerdoce ne sera pas celui d'une paroisse, mais celui d'un missionnaire-ermite : porter le tabernacle là où il n'y en a pas, au plus loin, vers les peuples « les plus délaissés ». Son regard se tourne vers le Sahara, qu'il a entrevu jadis en officier.

L'ermite du Sahara (1901-1916)

Béni-Abbès : la fraternité et le rachat des esclaves

Dès l'automne 1901, Foucauld s'installe à Béni-Abbès, oasis du Sud-Oranais proche de la frontière marocaine. Il y construit de ses mains un ermitage qu'il nomme la « Fraternité » et y instaure une vie de prière, d'adoration et surtout d'hospitalité sans limite : il accueille pauvres, voyageurs, soldats, esclaves.[30][31]

Ermitage associé à Charles de Foucauld dans le Hoggar. Source : Wikimedia Commons, licence libre.

Le scandale de l'esclavage, encore pratiqué dans la région, le révolte. Il rachète des esclaves pour les affranchir et alerte les autorités françaises et l'opinion sur ce trafic, au nom de la dignité de tout homme. Sa porte est ouverte à tous, sans distinction de religion ni de condition : il veut être, dans le désert, un signe vivant de la charité du Christ.[32][33]

Tamanrasset et les Touaregs du Hoggar

En 1904-1905, Foucauld s'enfonce plus au sud encore, dans le massif du Hoggar, terre des Touaregs. Le 13 août 1905, il s'établit à Tamanrasset, alors hameau d'une vingtaine de familles, pour y vivre au milieu d'un peuple presque entièrement musulman et longtemps insoumis.[34][35] Il n'y baptise personne : sa méthode est tout autre. Il veut gagner la confiance par la bonté, partager la pauvreté des Touaregs, apprendre leur langue, soigner les malades, secourir les affamés lors des famines.

Pendant la Première Guerre mondiale, devant l'insécurité grandissante, il fait édifier à Tamanrasset un petit fortin (bordj) où la population pourrait se réfugier en cas d'attaque. C'est là qu'il vivra ses derniers mois.[36]

Le savant : dictionnaire et poésies touarègues

Loin d'être un simple solitaire, Foucauld accomplit dans le Hoggar une œuvre scientifique de premier ordre. Pour pouvoir parler au cœur des Touaregs dans leur propre langue, il consacre des années à étudier le tamahaq. Il compose un monumental Dictionnaire touareg-français (publié à titre posthume en quatre volumes, 1951-1952), une grammaire, et recueille deux volumes de Poésies touarègues, sauvant ainsi une part essentielle de la culture orale de ce peuple.[37][38]

Par humilité, il fait parfois paraître ses premiers travaux sous le nom d'un autre chercheur. Cette rigueur de savant, mise au service de l'amour des Touaregs, fait aujourd'hui encore de lui une référence pour les linguistes du berbère.[39]

Le « frère universel »

Le cœur de son apostolat saharien se résume dans une formule qu'il forge lui-même. Foucauld ne veut convertir personne par la parole ni par la pression ; il veut être, pour tous, sans exception, un frère. Dans une lettre à sa cousine Marie de Bondy, datée du 7 janvier 1902, il dit vouloir habituer tous les habitants à le regarder comme leur frère, le frère universel.[40]

Cette fraternité n'est pas une stratégie : elle est l'expression de sa foi que tout homme est aimé de Dieu et racheté par le Christ.

La spiritualité de Charles de Foucauld

L'imitation de la « vie de Nazareth »

Toute la doctrine spirituelle de Foucauld procède d'une contemplation de Nazareth. Pendant trente ans, Dieu fait homme a vécu caché, pauvre, travaillant de ses mains, soumis, inconnu. Pour Foucauld, cette vie obscure n'est pas un simple préliminaire à la mission : elle est déjà la rédemption à l'œuvre, le sommet de l'abaissement divin. Imiter Jésus, c'est donc d'abord descendre, choisir la dernière place, l'effacement, le travail manuel et la prière.[41][42]

L'adoration eucharistique

Au centre de cette vie cachée rayonne l'Eucharistie. Foucauld passe des heures, parfois des nuits entières, en adoration devant le Saint-Sacrement, qu'il tient à porter au plus profond du désert. Là où il s'installe, le tabernacle devient le foyer : c'est la présence réelle du Christ qui justifie sa présence à lui, ermite au milieu d'un peuple qui ne partage pas sa foi. Adorer, pour lui, c'est laisser Jésus agir là où l'homme ne peut rien.[43]

Crier l'Évangile par toute sa vie

De cette spiritualité découle une conception originale de la mission. Foucauld ne prêche pas, ne fait pas de prosélytisme : il veut évangéliser par la seule bonté de sa vie, jusqu'à ce que sa charité elle-même soit une annonce du Christ.

Dans une lettre à Maxime Caron (8 avril 1905), Foucauld résume ce programme : non pas prêcher, mais faire de toute sa vie une annonce de l'Évangile — que sa bonté même rende le Christ visible.[44]

Schéma explicatif — la méthode missionnaire de Foucauld : présence, bonté, amitié, témoignage, vie évangélique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette intuition — témoigner avant de parler, vivre l'Évangile au point de le rendre visible — anticipe de plusieurs décennies l'idée de l'« apostolat de la présence » et inspirera tout le renouveau missionnaire du XXᵉ siècle.[45][46]

La prière d'abandon

Le texte le plus célèbre de Foucauld n'est pas, à l'origine, une prière formelle mais l'aboutissement d'une méditation sur les dernières paroles du Christ en croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23, 46). Composée en Syrie vers 1896, elle dit l'abandon total à la volonté du Père :

« Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie ; je suis prêt à tout, j'accepte tout, pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures : je ne désire rien d'autre, mon Dieu. Je remets mon âme entre tes mains [...] avec une infinie confiance, car tu es mon Père. » — Charles de Foucauld, Prière d'abandon[47]

Schéma spirituel — les quatre piliers de la spiritualité de Charles de Foucauld : Nazareth, Eucharistie, fraternité, abandon. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Il faut le préciser pour respecter l'exactitude historique : la forme versifiée mondialement récitée aujourd'hui n'est pas exactement celle de Foucauld. Le texte original commence par « Mon Père, je me remets entre vos mains » et fut remis en forme poétique au milieu du XXᵉ siècle, notamment dans le sillage de la fondatrice des Petites Sœurs de Jésus, qui en diffusèrent la version simplifiée.[48] L'esprit, lui, est rigoureusement fidèle à Foucauld : un abandon filial sans réserve.

La mort à Tamanrasset (1ᵉʳ décembre 1916)

La Première Guerre mondiale embrase aussi le Sahara : la révolte des Senoussistes, soutenue par l'Empire ottoman, gagne le sud algérien et fait peser une menace directe sur Tamanrasset. Foucauld, qui aurait pu rentrer en sécurité, choisit de rester auprès des Touaregs.[49][50]

Le soir du 1ᵉʳ décembre 1916, une troupe de pillards liés aux Senoussistes, conduite par El Madani ag Soba, encercle le fortin et tire Foucauld hors de l'ermitage pour l'enlever. Surpris par l'arrivée de deux méharistes, un très jeune gardien affolé, Sermi ag Thora, tire et le tue d'une balle dans la tête. Foucauld meurt instantanément, à 58 ans, à genoux et désarmé, sans avoir résisté.[51][52]

« Le bon pasteur est celui qui donne sa vie pour ses brebis. » — pensée que Foucauld méditait souvent, et que sa mort accomplit[53]

Au moment de mourir, le « frère universel » n'a fondé aucune communauté et ne compte aucun disciple sur place. Sa fraternité semble un échec total. C'est précisément à partir de cet anéantissement que tout va commencer.[54]

Une fécondité posthume : les familles spirituelles

De l'échec apparent à la postérité

Du vivant de Foucauld, le projet de « confrérie » qu'il avait esquissé n'avait réuni qu'une association de quelques dizaines de membres laïcs et prêtres, sans aucune vie commune.[55] Mais la publication de sa biographie par René Bazin (1921) révèle sa figure au grand public et suscite des vocations. Dans les décennies qui suivent naissent les familles spirituelles qui se réclament de lui — religieux, religieuses, prêtres et laïcs vivant la « vie de Nazareth » au milieu du monde, ouvriers parmi les ouvriers, pauvres parmi les pauvres.[56][57]

Le tableau suivant récapitule les principales branches issues de l'intuition de Foucauld.

Famille spirituelleFondationFondateur(trice)Charisme principal
Petits Frères de Jésus1933René VoillaumeVie de Nazareth, travail manuel, contemplation au milieu des pauvres
Petites Sœurs de Jésus1939Petite Sœur Magdeleine (Magdeleine Hutin)Présence fraternelle parmi les nomades et les plus démunis
Fraternités sacerdotales Jesus CaritasXXᵉ s.Prêtres diocésainsSpiritualité de Foucauld vécue dans le ministère paroissial
Fraternités séculières et laïquesXXᵉ s.LaïcsÉvangile vécu dans le travail et la vie ordinaire

Aujourd'hui, ces fraternités, présentes sur tous les continents, font de Charles de Foucauld l'un des inspirateurs majeurs de la spiritualité catholique contemporaine, aux côtés de figures comme sainte Teresa de Calcutta dans le service des plus pauvres.[58]

De vénérable à saint (2001-2022)

Vénérable et béatification : le miracle de Saumur

Ouvert dès 1927, le procès en béatification aboutit le 24 avril 2001 à la reconnaissance de l'héroïcité des vertus de Foucauld par Jean-Paul II (titre de vénérable), puis à sa béatification le 13 novembre 2005 par Benoît XVI.[59][60]

Pour la canonisation, l'Église reconnaît un miracle aux résonances stupéfiantes. Le 30 novembre 2016 — quelques heures avant le centenaire exact de la mort de Foucauld —, un jeune charpentier nommé Charle chute de plus de quinze mètres, depuis les hauteurs de la chapelle Saint-Louis de Saumur, ville où Foucauld fut élève officier. Grièvement blessé — l'abdomen traversé de part en part par le montant d'un banc —, il survit à une chute qui aurait dû être mortelle. Sa guérison, jugée inexplicable par les médecins, est reconnue comme miracle le 27 mai 2020.[61][62] Les coïncidences — un charpentier (le métier de Nazareth), prénommé Charle, à Saumur, la veille du centenaire — frappèrent profondément.

La canonisation du 15 mai 2022

Frise chronologique — de la mort à Tamanrasset à la canonisation de Charles de Foucauld. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le 15 mai 2022, place Saint-Pierre, le pape François inscrit Charles de Foucauld au catalogue des saints, avec neuf autres bienheureux. Dans son homélie, le pape invite à imiter ces saints qui ont su « servir l'Évangile et les frères, offrir sa vie sans retour […] sans chercher la gloire mondaine ».[63]

Foucauld rejoint ainsi la cohorte des grands témoins du XXᵉ siècle — tels saint Maximilien Kolbe, sainte Édith Stein ou saint Padre Pio —, mais avec une note propre : celle de l'amour désarmé, offert à un peuple qui ne partageait pas sa foi, et d'une fraternité universelle dont le monde déchiré du XXIᵉ siècle redécouvre l'urgence.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Charles de Foucauld » : fr.wikipedia.org. Données biographiques : naissance le 15 septembre 1858 à Strasbourg, enfance orpheline, Saint-Cyr (1876) et Saumur (1878), service et mise en non-activité en Algérie, exploration clandestine du Maroc (1883-1884) déguisé en juif, Reconnaissance au Maroc (1888) et médaille d'or de la Société de géographie (1885), conversion à Saint-Augustin (octobre 1886) avec l'abbé Huvelin, pèlerinage en Terre sainte, Trappe de Notre-Dame des Neiges (1890) puis Akbès, vie à Nazareth chez les Clarisses (1897), ordination sacerdotale (9 juin 1901), Béni-Abbès (1901), Tamanrasset et le Hoggar (1905), mort le 1ᵉʳ décembre 1916. À recouper avec les sources primaires.

    1 7 10 12 14 20 22 24 26 28 30 34 42 50 52
  2. Église catholique en France, « Saint Charles de Foucauld (1858-1916) », rubrique Témoins : eglise.catholique.fr. Sur la conversion (rencontre avec l'abbé Huvelin fin octobre 1886, qui l'invite séance tenante à se confesser et à communier), l'intuition de Nazareth, la vie d'adoration, le départ pour Béni-Abbès et la fraternité universelle. La parole de l'abbé Huvelin n'y est rapportée qu'en substance, sans formulation verbatim.

    2 8 17 18 21 27 31 33 41 43 45 53 54 57
  3. Charles de Foucauld, lettre à Maxime Caron, 8 avril 1905 — sur l'évangélisation par le témoignage de la vie plutôt que par la prédication ; d'après Mission et Migrations (Conférence des évêques de France), « Charles de Foucauld, frère universel » : missionetmigrations.catholique.fr. Aucune édition ni page n'ayant pu être vérifiées pour cette lettre, son contenu est rendu ici en paraphrase : la formule n'est citée nulle part entre guillemets.

    3 44
  4. Charles de Foucauld, lettre à Marie de Bondy, 7 janvier 1902 ; in Lettres à Mme de Bondy. De la Trappe à Tamanrasset, Paris, Desclée de Brouwer, 1966. Passage rendu ici en paraphrase, d'après la forme courte relayée par Mission et Migrations (Conférence des évêques de France), « Charles de Foucauld, frère universel » : missionetmigrations.catholique.fr, et par la notice Témoins de l'Église catholique en France. Page exacte dans l'édition Desclée non vérifiée à ce jour : aucune formulation n'est donc citée entre guillemets.

    4 40
  5. Association Charles de Foucauld, « La prière d'abandon de Charles de Foucauld » : charlesdefoucauld.org et texte PDF charlesdefoucauld.org/docs/fr_priere_abandon.pdf. Texte de la prière d'abandon (« Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te plaira… avec une infinie confiance, car tu es mon Père »), tirée d'une méditation de Foucauld sur Luc 23, 46.

    5 47
  6. Wikipedia (EN), "Charles de Foucauld" : en.wikipedia.org. Détails sur la sortie de la Trappe (relevé de ses vœux, 1897), le rachat d'esclaves, l'œuvre linguistique (Dictionnaire touareg-français, 4 vol. posthumes 1951-1952 ; Poésies touarègues, 2 vol. 1925-1930), les circonstances de la mort (bordj de Tamanrasset, razzia liée aux Senoussistes, El Madani ag Soba, le gardien Sermi ag Thora), l'« Association des frères et sœurs du Sacré-Cœur de Jésus » (≈ 48 membres laïcs et prêtres à sa mort), les familles spirituelles (Petits Frères de Jésus, 1933 ; Petites Sœurs de Jésus, 1939, Magdeleine Hutin), vénérable (2001), béatification (2005), miracle reconnu (27 mai 2020), canonisation (15 mai 2022).

    6 23 29 32 35 36 37 39 49 51 55 56 58 59
  7. Charles de Foucauld, lettre à Henry de Castries, 14 août 1901 — grande lettre rétrospective où Foucauld raconte ses douze années sans foi, le bouleversement causé par la foi des musulmans rencontrée au Maroc, et la conséquence de sa conversion ; in Lettres à Henry de Castries, Paris, Grasset, 1938. Passages rendus ici en paraphrase d'après cette lettre, relayée par la notice Mission et Migrations (CEF) et Wikipédia (FR). Pages exactes dans l'édition Grasset non vérifiées à ce jour : aucune formulation n'est donc citée entre guillemets.

    9 19
  8. Encyclopædia Britannica, "St. Charles de Foucauld" : britannica.com. Notice de référence : carrière militaire (Saint-Cyr, Saumur), exploration du Maroc et reconnaissance scientifique, conversion, vie érémitique au Sahara, travaux linguistiques touaregs, mort en 1916, fête au 1ᵉʳ décembre.

    11 13 15 25 38
  9. Charles de Foucauld, Lettres à Henry de Castries, Paris, Grasset, 1938, p. 86 sqq. — lettre du 8 juillet 1901, où Foucauld explique rétrospectivement comment la foi des musulmans rencontrée au Maroc (1883-1884) l'a ébranlé. Formulation reprise avec cette référence par Wikipédia (FR), « Charles de Foucauld » : fr.wikipedia.org.

    16
  10. Vatican News, « Le bienheureux Charles de Foucauld sera canonisé le 15 mai 2022 » et homélie du pape François du 15 mai 2022 : vaticannews.va ; texte de l'homélie sur vatican.va. Sur la canonisation du 15 mai 2022 par le pape François avec neuf autres bienheureux, et l'appel à « servir l'Évangile et les frères, offrir sa vie sans retour […] sans chercher la gloire mondaine » (texte officiel de l'homélie sur vatican.va).

    46 60 63
  11. Wikipédia (FR), « Prière d'abandon » : fr.wikipedia.org. Sur l'origine de la prière (méditation composée en Syrie vers 1896 sur Luc 23, 46, dans les Méditations sur l'Évangile au sujet des principales vertus), le texte original en prose (« Mon Père, je me remets entre vos mains… ») et sa mise en forme poétique au milieu du XXᵉ siècle, popularisée par les Petites Sœurs de Jésus.

    48
  12. RCF, « La guérison inexpliquée de Charle, le second miracle de Charles de Foucauld » : rcf.fr. Sur la chute du jeune charpentier Charle dans la basilique de Saumur le 30 novembre 2016, à la veille du centenaire de la mort de Foucauld, sa survie inexpliquée et la reconnaissance du miracle.

    61
  13. Aleteia, « Le miracle qui va faire de Charles de Foucauld un saint » (29 mai 2020) : fr.aleteia.org. Détails sur le miracle de Saumur, le profil du miraculé (jeune homme non baptisé), la chute de plus de quinze mètres et l'empalement sans blessure, reconnaissance du miracle le 27 mai 2020 ouvrant la voie à la canonisation.

    62