Saint Annibale Maria di Francia (1851-1927) est un prêtre catholique italien, fondateur de deux congrégations religieuses — les Rogationnistes du Cœur de Jésus et les Filles du Divin Zèle du Cœur de Jésus — et l'un des grands apôtres de la prière pour les vocations dans l'Église contemporaine. Toute sa vie tient dans un mot évangélique qu'il appelait « le Rogate » : « Priez le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Mt 9, 38)[1].
Issu d'une famille noble de Messine, orphelin de père à quinze mois, il fut tour à tour poète, journaliste de combat, prédicateur et bâtisseur d'œuvres : orphelinats antoniens, écoles, soupes populaires, deux instituts religieux qui essaimeront sur cinq continents[2]. Sa charité s'est enracinée dans le quartier le plus misérable de Messine, Avignone, où il choisit de vivre parmi les pauvres dès avant son ordination[3].
Saint Jean-Paul II le béatifia le 7 octobre 1990 puis le canonisa le 16 mai 2004, saluant en lui « un authentique anticipateur et un maître zélé de la pastorale moderne des vocations »[4]. L'institution par Paul VI, en 1964, de la Journée mondiale de prière pour les vocations est largement regardée comme l'accomplissement de son intuition fondatrice[5].
Une part plus discrète de son ministère a marqué l'histoire de la spiritualité du XXᵉ siècle : de 1910 à 1927, il fut le confesseur extraordinaire et le censeur ecclésiastique de la mystique Luisa Piccarreta, dont il publia les premiers écrits. Ce chapitre, étudié pour lui-même, fait l'objet d'un article distinct (voir plus bas) ; le présent article suit d'abord la figure du saint : sa vie, ses œuvres, sa spiritualité et sa canonisation.
Repères biographiques
- 5 juillet 1851Naissance à Messine
Troisième de quatre enfants d'une famille de petite noblesse sicilienne ; orphelin de père à quinze mois.
- À dix-sept ansLa « révélation du Rogate »
Devant le Saint-Sacrement, le jeune Annibale est saisi par le verset de la moisson, qui deviendra l'axe de toute sa vie (épisode que la chronologie rogationniste situe vers 1868).
- 16 mars 1878Ordination sacerdotale
Ordonné à Messine ; il s'est déjà installé dans le quartier pauvre d'Avignone.
- 1882-1883Orphelinats antoniens
Fondation des premières maisons sous le patronage de saint Antoine de Padoue et du « Pain de saint Antoine ».
- 1887Filles du Divin Zèle
Fondation de la branche féminine.
- 1897Rogationnistes du Cœur de Jésus
Fondation de la branche masculine, consacrée au Rogate.
- 28 décembre 1908Le séisme de Messine
Catastrophe majeure : il perd treize religieuses mais aucun de ses orphelins ; il reconstruit ses œuvres.
- 6 août 1926Érection canonique
Approbation des constitutions des deux congrégations.
- 1ᵉʳ juin 1927Mort à Messine
Il meurt à 75 ans ; exhumé et reconnu canoniquement le 1er juin 1990, son corps repose — vénéré comme incorrompu — au sanctuaire Saint-Antoine de Messine.
- 16 mai 2004Canonisation
Saint Jean-Paul II l'inscrit au catalogue des saints, place Saint-Pierre.
Un noble messinois saisi par les pauvres (1851-1878)
Une enfance orpheline dans la noblesse de Messine
Annibale Maria di Francia naît le 5 juillet 1851 à Messine, en Sicile. Il est le troisième de quatre enfants d'une famille de petite noblesse : son père Francesco di Francia, chevalier, vice-consul pontifical, meurt alors qu'Annibale n'a que quinze mois[6]. Cette perte précoce marquera toute sa sensibilité : la biographie officielle du Saint-Siège y voit la racine de sa « tendresse particulière pour les orphelins »[7]. Élevé par sa mère Anna Toscano, il grandit dans une dévotion eucharistique précoce et obtient, fait rare à l'époque, l'autorisation de communier chaque jour[8].
Une formation bousculée par le Risorgimento
Entré en 1858 au collège cistercien San Nicolò de Messine, l'enfant voit sa scolarité brisée par les soubresauts politiques de l'unification italienne : retrait du collège lors du débarquement de Garibaldi en Sicile, puis abandon définitif en 1866 quand la suppression des ordres religieux ferme l'établissement[9]. Doué d'un « intelligence vive et de remarquables dispositions littéraires »[10], il se forme dès lors largement en autodidacte, commence à écrire des vers et entre dans la cléricature le 8 décembre 1869[11].
La « révélation du Rogate » (à dix-sept ans)
À dix-sept ans — la chronologie biographique rogationniste situe l'épisode vers 1868[12] —, en prière devant le Saint-Sacrement, le jeune Annibale est saisi par ce qu'il nommera toute sa vie « la révélation du Rogate » : l'illumination intérieure du commandement du Christ rapporté par les évangiles.
« Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. » — Évangile selon saint Matthieu 9, 37-38[13]
La conviction qui le saisit deviendra le cœur de tout son apostolat : les vocations sacerdotales et religieuses ne viennent à l'Église qu'en proportion de la prière qu'on fait à Dieu pour les obtenir. Annibale racontera plus tard avoir cherché « une issue » à la pénurie de prêtres et l'avoir trouvée « large, immense, dans ces adorables paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ »[14]. Cette intuition unique, il la transmettra à Pie X en 1909 dans une formule restée célèbre :
« Je me suis consacré dès ma première jeunesse à cette sainte Parole de l'Évangile : Rogate ergo… » — Lettre de saint Annibale di Francia au pape Pie X, 1909[15]
Le mendiant aveugle et la découverte d'Avignone
Quelques mois avant son ordination, guidé — selon le récit qu'en donne la biographie rogationniste — par un mendiant aveugle nommé Francesco Zancone, Annibale pénètre dans le quartier d'Avignone, un faubourg misérable de Messine peuplé d'orphelins, de vieillards et de pauvres abandonnés dans des taudis insalubres[16]. Il y reconnaît aussitôt le lieu concret où sa prière pour la moisson doit s'incarner. Il s'y installe, partage la vie des indigents, ouvre une école et organise la prière communautaire dans une chapelle de fortune. Ce n'est donc pas dans un séminaire bien tenu, mais dans la boue d'un bidonville, que naîtront ses deux fondations.
Ordination (1878) et chanoine de la cathédrale (1882)
Annibale est ordonné prêtre le 16 mars 1878 à Messine par Mgr Giuseppe Guarino[17]. Le 12 janvier 1882, il est nommé chanoine de la cathédrale — une charge honorifique qu'il accepte sans renoncer à sa vie parmi les pauvres d'Avignone[18]. Toute sa singularité tient déjà dans ce contraste : un chanoine noble et lettré qui passe ses journées au milieu des orphelins des taudis.
Le bâtisseur d'œuvres
Les orphelinats antoniens et le « Pain de saint Antoine » (1882-1883)
Dès 1882-1883, Annibale ouvre des orphelinats — un féminin, puis un masculin — qu'il place sous le patronage de saint Antoine de Padoue[19]. Le saint thaumaturge devient pour lui le « pourvoyeur du Pain quotidien » : Annibale institue le Pain de saint Antoine (Pane di Sant'Antonio), une œuvre de charité où l'aumône faite au saint nourrit concrètement les orphelins et les pauvres[20]. Ces maisons, dites « antoniennes », financent l'apostolat et ancrent la dévotion antonienne dans la piété populaire du sud de l'Italie.
Les Filles du Divin Zèle du Cœur de Jésus (1887)
En 1887, Annibale fonde la Congrégation des Filles du Divin Zèle du Cœur de Jésus (Figlie del Divino Zelo), branche féminine destinée à éduquer les filles orphelines et les enfants pauvres, à servir les paroisses et à porter, par la prière, la pétition du Rogate[21]. C'est dans cette congrégation qu'il mourra entouré, et c'est elle qui transmettra une grande partie de sa mémoire.
Les Rogationnistes du Cœur de Jésus (1897)
Dix ans plus tard, en 1897, il fonde la branche masculine : les Rogationnistes du Cœur de Jésus (Rogazionisti del Cuore di Gesù), prêtres et frères ayant pour mission spécifique d'incarner, de prêcher et de répandre dans le monde la prière pour les vocations[22]. Les deux congrégations reçoivent leurs noms définitifs le 15 septembre 1901, et leurs constitutions sont approuvées canoniquement le 6 août 1926[23].
Le quatrième vœu : vivre et propager le Rogate
L'originalité juridique des deux instituts est un quatrième vœu propre, qui s'ajoute aux trois vœux classiques de pauvreté, chasteté et obéissance : « promouvoir et obtenir, chez tous les fidèles, l'observance fervente du précepte évangélique du Rogate »[24]. Pour porter cette prière au-delà de ses propres maisons, Annibale lance des œuvres associées qui débordent largement le cadre religieux :
| Œuvre | Destinataires | But |
|---|---|---|
| La Sainte Alliance (Sacra Alleanza) | Évêques et prêtres | Unir le clergé dans la prière pour les vocations |
| L'Union pieuse de la Rogation évangélique | Tous les fidèles | Diffuser la prière du Rogate dans le peuple |
| Le Pain de saint Antoine | Bienfaiteurs et pauvres | Financer les orphelinats par la charité antonienne |
Le pape Pie XI, qui approuvera canoniquement les deux congrégations, qualifiera l'Union de prière pour les vocations « l'œuvre des œuvres »[25]. Annibale, lui, restera persuadé que l'Église ne souffre pas d'abord d'un manque de structures, mais d'un déficit de prière : le remède est évangélique avant d'être administratif.
Le poète, le journaliste et l'écrivain spirituel
Une plume au service de la foi
Avant même son ordination, Annibale est entré en littérature et en journalisme. Dès le 2 juin 1868, à dix-sept ans, il collabore au bihebdomadaire catholique La Parola cattolica, qu'il dirigera à partir de 1881[26]. En 1908, il fonde son propre périodique, Dio e il prossimo (Dieu et le prochain) — un titre qui résume son programme : « un esprit de double charité : l'évangélisation et le secours des pauvres »[27]. La diffusion de cette presse pieuse atteindra des chiffres considérables au XXᵉ siècle, signe de l'enracinement populaire de son œuvre[28].
Les écrits spirituels et les prières
Annibale est un auteur fécond de prières : suppliques pour les vocations, neuvaines, manuels de piété, hymnes au Cœur de Jésus et à la Vierge. Sa production littéraire et apologétique vise toujours le même but pratique — faire prier pour la moisson. Parmi ses publications recensées par le Dizionario Biografico, figurent un essai sur une grande mystique italienne, Un tesoro nascosto, ovvero scritti inediti di s. Veronica Giuliani (Messine, 1891) — preuve de son intérêt pour la spiritualité mystique —, divers discours et lettres de circonstance, et le recueil de vers Fede e poesia, publié à titre posthume en 1935[29].
Le « poète prolifique, journaliste de combat »
La Cathopedia italienne le résume d'une formule : « prêtre zélé, poète prolifique, journaliste de combat »[30]. Cette dimension littéraire n'est pas un ornement : elle fait partie de sa sainteté active. Annibale a compris très tôt que la prière pour les vocations devait se diffuser, et il a mis au service de cette diffusion tous les moyens de son temps — la chaire, la presse, le livre et le poème.
L'épreuve et la charité : le séisme de Messine (1908)
Le 28 décembre 1908, un séisme catastrophique, suivi d'un tsunami, frappe le détroit de Messine et fait, selon les estimations, plusieurs dizaines de milliers de morts — l'une des plus grandes catastrophes naturelles de l'Europe du XXᵉ siècle[31]. Le quartier d'Avignone est en grande partie détruit. Treize religieuses des Filles du Divin Zèle périssent ; mais — fait que les Rogationnistes regardent comme un signe de protection — aucun des orphelins recueillis par le saint ne meurt sous les décombres[32].
Lui-même éprouvé, Annibale organise les secours, évacue les enfants vers la péninsule et reconstruit ses œuvres. C'est dans le sillage de cette mobilisation post-séisme qu'il étend ses fondations vers les Pouilles continentales — Francavilla Fontana, Oria, puis Trani[33]. Et c'est précisément à Trani que, en 1910, il entendra parler d'une mystique alitée du diocèse voisin.
La spiritualité de saint Annibale
Le Rogate, « idée-ressource » de toute sa vie
Annibale qualifiait le verset de la moisson d'idea-risorsa — « idée-ressource » — au sens d'une intuition unique d'où jaillit toute l'activité apostolique[34]. Le Rogate n'est pas pour lui une dévotion parmi d'autres : c'est la clé évangélique de la réforme de l'Église. Là où d'autres multiplient les institutions, lui revient inlassablement à l'ordre du Christ : commencez par demander au Maître de la moisson.
Une charité « eucharistique »
Le Rogate d'Annibale est une prière eucharistique. Il aimait répéter qu'on ne peut implorer le Maître de la moisson qu'en présence du Pain de la moisson, et toutes ses maisons s'organisent autour de l'adoration du Saint-Sacrement[35]. Sa charité aux pauvres et sa prière pour les vocations ne sont que les deux faces d'un même amour eucharistique : c'est devant l'hostie qu'il a reçu sa vocation, et c'est de l'hostie qu'il fait jaillir ses œuvres.
Madonna del Rogate : la dévotion mariale
Sa dévotion à la Vierge s'incarne dans un titre qu'il forge lui-même : Notre-Dame du Rogate (Madonna del Rogate) — Marie comme « la première intercédant pour les ouvriers de la moisson »[36]. Le saint meurt d'ailleurs « réconforté par la présence de Marie Très Sainte, qu'il avait tant aimée », au sanctuaire marial de Messine[37].
« Innamoratevi di Gesù Cristo » : la pédagogie de l'amour
Annibale résumait toute sa pédagogie spirituelle dans une exhortation lancée aux jeunes orphelins de ses maisons :
« Tombez amoureux de Jésus-Christ ! » — Saint Annibale Maria di Francia, exhortation habituelle à la jeunesse[38]
Pour lui, la sainteté est moins affaire d'efforts ascétiques que d'amour brûlant pour la personne de Jésus ; la consécration aux vocations, la charité aux pauvres et la patience dans la souffrance ne sont que les conséquences naturelles de cet amour épris. C'est cette formule, et non un traité, que saint Jean-Paul II citera intégralement dans l'homélie de canonisation comme le résumé de sa spiritualité[39].
Un héritier de la piété de saint Alphonse
Le Dizionario Biografico situe Annibale dans la grande lignée de la piété méridionale héritée de saint Alphonse de Liguori : amour de l'Eucharistie, tendresse mariale, zèle pour le salut des âmes les plus humbles[40]. Loin d'être un novateur isolé, il prolonge et applique au XXᵉ siècle une spiritualité de l'amour et de la confiance profondément traditionnelle.
La Journée mondiale de prière pour les vocations
L'intuition du Rogate a trouvé une consécration universelle. En 1964, le pape Paul VI institue la Journée mondiale de prière pour les vocations, célébrée chaque année au IVᵉ dimanche de Pâques[41]. Dans la mémoire vivante des deux congrégations, cette journée est l'accomplissement progressif de la grande pétition d'Annibale : l'Église entière, un jour par an au moins, obéit au Rogate ergo.
Le confesseur de Luisa Piccarreta : un service discret (1910-1927)
Une part plus cachée de la vie d'Annibale appartient à l'histoire de la mystique catholique. En 1910, venu à Trani suivre une fondation des Filles du Divin Zèle, il rencontre Luisa Piccarreta, mystique alitée de Corato. Il en devient le confesseur extraordinaire, puis le censeur ecclésiastique (censor librorum) attitré de ses écrits. C'est lui qui édite Les Heures de la Passion et publie, en 1926, les premiers volumes du Livre du Ciel, avec Nihil Obstat et Imprimatur. Son jugement reste célèbre :
« Je vois en eux une Science sublime et Divine […]. Selon moi, aucune intelligence humaine n'aurait pu les concevoir. » — Saint Annibale Maria di Francia, lettre sur les écrits de Luisa Piccarreta[42]
Ce ministère, qu'il poursuit jusqu'à « négliger pratiquement ses propres instituts » dans ses derniers mois[43], n'entame jamais sa rigueur canonique : Annibale n'a jamais publié sans approbation diocésaine ni érigé un « magistère parallèle ». Le détail de cette collaboration, le contenu doctrinal des écrits, la mise à l'Index de 1938 et la reprise canonique de la cause de Luisa relèvent d'un dossier à part entière.
📖 Voir l'article détaillé : Saint Annibale di Francia, censeur et confesseur de Luisa Piccarreta
La mort en odeur de sainteté (1927)
Les derniers mois
À partir de décembre 1924, une pleurésie contractée lors d'un séjour à Rome affaiblit durablement le saint[44]. Ses forces déclinent au long de l'année 1926, après l'érection canonique de ses instituts et la publication des écrits de Luisa. Il dicte ses dernières recommandations à ses fils et filles spirituels, et achève de mettre de l'ordre dans ses œuvres.
Mort à Messine (1ᵉʳ juin 1927)
Annibale meurt à Messine le 1ᵉʳ juin 1927, à 75 ans[45]. Sa parole d'agonie, transmise par les Filles du Divin Zèle, résume toute sa théologie de l'abandon : « Je veux faire Sa Volonté. La Volonté du Seigneur surpasse tout. »[46] Il est inhumé dans le sanctuaire de Sant'Antonio à Messine, autour duquel se développera son culte[47].
Le corps incorrompu et le sanctuaire
Lors de l'exhumation et de la reconnaissance canonique du 1er juin 1990, en vue de la béatification[48], le corps est solennellement reconnu. Conservé au sanctuaire Saint-Antoine de Messine, où il est aujourd'hui exposé sous verre, revêtu des ornements sacerdotaux, il y est vénéré comme incorrompu et fait l'objet d'un pèlerinage régulier des Rogationnistes du monde entier et des fidèles attachés à la prière du Rogate.
De Vénérable à saint : la cause de canonisation (1945-2004)
Le procès et les vertus héroïques (1989)
Le procès informatif diocésain sur la vie et les vertus d'Annibale s'ouvre à Messine le 21 avril 1945 et se conclut le 6 août 1952[49]. Après l'introduction de la cause à Rome — la Positio est présentée en 1975[50] —, saint Jean-Paul II promulgue le 21 décembre 1989 le décret reconnaissant l'héroïcité de ses vertus, ce qui lui vaut le titre de Vénérable[51].
Le miracle de la béatification : Gleida Danese (1990)
Le miracle retenu pour la béatification est la guérison inexplicable de Gleida Danese, une fillette brésilienne atteinte d'une rupture de l'aorte jugée fatale, et soudainement rétablie sans explication médicale possible[52]. La commission médicale du Vatican certifie en 1990 l'absence d'explication scientifique, et la guérison est attribuée à l'intercession d'Annibale. Le décret de béatification est promulgué, et Jean-Paul II béatifie Annibale le 7 octobre 1990, le qualifiant d'« authentique anticipateur et maître zélé de la pastorale moderne des vocations »[53].
Le miracle de la canonisation : Charisse Nicole Diaz (2004)
Le second miracle concerne Charisse Nicole Diaz, une petite fille des Philippines frappée en 1993 d'une grave méningo-encéphalite compliquée d'état septique, d'hydrocéphalie et d'atrophie corticale — un tableau clinique qui, même en cas de survie, laissait présager des séquelles irréversibles[54]. Sa famille, après avoir appliqué une relique du bienheureux et entamé une neuvaine, obtient sa guérison complète et sans séquelles. Le procès diocésain se conclut le 24 octobre 2002, et la reconnaissance du miracle intervient le 20 janvier 2004[55], ouvrant la voie à la canonisation.
L'homélie de saint Jean-Paul II (16 mai 2004)
Le 16 mai 2004, sur la place Saint-Pierre, Jean-Paul II canonise Annibale Maria di Francia en même temps que cinq autres bienheureux. Dans son homélie, le pape relit toute sa vie à la lumière du Rogate :
« "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole" (Jn 14, 23). Dans ces paroles évangéliques nous voyons se dessiner le profil spirituel d'Annibale Maria di Francia, que l'amour pour le Seigneur poussa à consacrer son existence tout entière au bien spirituel de son prochain. […] C'est cette même invitation que le Père Annibale Maria Di Francia adresse aux jeunes de notre temps, en la résumant dans sa célèbre exhortation : "Tombez amoureux de Jésus Christ" » — Saint Jean-Paul II, homélie de canonisation, 16 mai 2004[56]
La statue dans la Basilique Saint-Pierre
Une statue de saint Annibale Maria di Francia est érigée dans la Basilique Saint-Pierre du Vatican, parmi les fondateurs d'ordres religieux dont les effigies ornent la basilique — honneur réservé aux saints d'importance majeure dans l'histoire de l'Église. Placée dans une niche extérieure de la basilique, elle est l'œuvre du sculpteur Giuseppe Ducrot (2010), commandée par les Rogationnistes, et a été bénie par Benoît XVI le 7 juillet 2010[57].
L'héritage rogationniste aujourd'hui
Les Rogationnistes du Cœur de Jésus et les Filles du Divin Zèle sont aujourd'hui présents sur cinq continents, où ils gèrent des centres de vocations, des écoles, des centres nutritionnels, des maisons pour personnes âgées et pour mères en difficulté[58]. Leurs œuvres maintiennent les deux axes fondateurs : la prière intensive et liturgique pour les vocations, et le service éducatif et caritatif des plus pauvres.
La grande pétition d'Annibale — que l'Église entière prie le Maître de la moisson — a débordé le cadre de ses instituts pour devenir une dimension ordinaire de la vie de l'Église à travers la Journée mondiale de prière pour les vocations. En ce sens, le pauvre prêtre d'Avignone aura été, selon la formule de Jean-Paul II, un véritable anticipateur : il a vécu, un siècle avant qu'elle ne devienne universelle, l'intuition que toute vocation naît d'abord d'une prière.
Pour aller plus loin
- Saint Annibale di Francia, censeur et confesseur de Luisa Piccarreta — le dossier détaillé de son rôle auprès de la mystique de Corato
- Luisa Piccarreta — la Servante de Dieu dont il fut le confesseur extraordinaire
- Les Heures de la Passion — l'ouvrage qu'il publia en quatre éditions
- Le Livre du Ciel — œuvre dont il publia les premiers tomes en 1926
- La Divine Volonté — vivre dans la Volonté de Dieu, et non pas seulement faire sa volonté : une seule volonté avec Lui, où c'est Dieu qui agit ; la spiritualité dont il fut le premier garant ecclésial
- Sainte Véronique Giuliani — mystique à laquelle il consacra un de ses premiers livres
- Saint Jean-Paul II — le pape qui le béatifia (1990) et le canonisa (2004)
- Nihil Obstat et Imprimatur — les sceaux ecclésiastiques qu'il accordait
Notes et références
Biographie officielle de saint Annibale Maria di Francia, Dicastère des causes des saints, Saint-Siège, causesanti.va. Source de référence pour les dates de naissance et de mort, l'ordination, les deux fondations (1887 et 1897), l'intuition du Rogate (Mt 9, 38 ; Lc 10, 2), la Sacra Alleanza et l'Union pieuse de la Rogation, et le lien avec la Journée mondiale de prière pour les vocations (Paul VI, 1964).
1 3 5 7 10 13 19 21 22 41 45 58Dizionario Biografico degli Italiani, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), s.v. « Di Francia, Annibale Maria », treccani.it. Cité pour : famille et père vice-consul pontifical (mort en 1853), collège cistercien San Nicolò et interruptions liées au Risorgimento, entrée dans la cléricature (8 décembre 1869), ordination par Mgr Guarino, nomination de chanoine (12 janvier 1882), journalisme (La Parola cattolica dès le 2 juin 1868, direction en 1881 ; Dio e il prossimo, 1908), œuvres publiées (Un tesoro nascosto… sur sainte Véronique Giuliani, Messine 1891 ; Fede e poesia, 1935), érection canonique du 6 août 1926, extension dans les Pouilles, pleurésie de décembre 1924 et sépulture au sanctuaire de Sant'Antonio.
2 6 9 11 16 17 18 20 23 26 28 29 33 40 44 47Saint Jean-Paul II, formule prononcée lors de la béatification du 7 octobre 1990, reprise dans les actes officiels et la biographie du Saint-Siège : « un authentique anticipateur et un maître zélé de la pastorale moderne des vocations ». Texte original italien : « un autentico anticipatore e un maestro zelante della moderna pastorale delle vocazioni ». Voir causesanti.va.
4 53Sant'Annibale Maria di Francia, operedelrogate.it — apostolat du Rogate. Cité pour la communion quotidienne précoce, la dévotion eucharistique et mariale, la mort « réconforté par la présence de Marie », et les paroles d'Annibale : « Spirito di doppia carità : l'evangelizzazione e il soccorso dei poveri » ; « Cercavo una via d'uscita e la trovavo ampia, immensa in quelle adorabili parole di nostro Signore Gesù Cristo » ; lettre à Pie X (1909) : « Mi sono dedicato fin dalla mia prima giovinezza a quella santa Parola del Vangelo : Rogate ergo… ».
8 14 15 27 35 37Chronologie rogationniste de la vie de saint Annibale (reproduite sur luisapiccarreta.com) : « Toward 1868 – At the age of seventeen […] He has that which can be defined "understanding of the Rogate" », soit : vers 1868 — à dix-sept ans — il reçoit ce qu'on peut appeler l'intelligence du Rogate.
12Sant'Annibale Maria di Francia, Cathopedia (it) — synthèse biographique de référence en italien, citée pour la formule « sacerdote zelante, poeta prolifico, giornalista battagliero », la définition du Rogate comme « idea-risorsa », le quatrième vœu, le titre marial Madonna del Rogate et le bilan du séisme de 1908 (treize religieuses mortes, aucun orphelin).
24 30 32 34 36Pie XI, qualifiant l'Union de prière pour les vocations « l'œuvre des œuvres » (texte original : « l'opera delle opere ») ; le même pape approuva canoniquement les deux congrégations fondées par Annibale. Voir la notice rogationniste unagrandeparola.rcj.org et la biographie Treccani.
25Tremblement de terre de Messine de 1908 — séisme du 28 décembre 1908 suivi d'un tsunami, l'une des plus meurtrières catastrophes naturelles de l'Europe du XXᵉ siècle (estimations variant de plusieurs dizaines de milliers à plus de 75 000 morts selon les sources). Sur l'action d'Annibale après le séisme, voir Cathopedia et le site officiel des Rogationnistes.
31Saint Jean-Paul II, homélie de la canonisation du 16 mai 2004, place Saint-Pierre (Canonizationes des saints Luigi Orione, Annibale Maria Di Francia, Josep Manyanet y Vives, Nimatullah Kassab Al-Hardini, Paola Elisabetta Cerioli et Gianna Beretta Molla), texte officiel sur vatican.va. Cité pour Jn 14, 23 et l'exhortation « Tombez amoureux de Jésus Christ » (orthographe du texte officiel de l'homélie, sans trait d'union ni point d'exclamation ; la devise du saint s'écrit couramment « Tombez amoureux de Jésus-Christ ! »). Texte original italien : « Innamoratevi di Gesù Cristo ».
38 39 56Lettre de saint Annibale Maria di Francia sur les écrits de Luisa Piccarreta, citée dans Hugh Owen, La Vie et la Mission de Luisa Piccarreta, trad. fr. Jean-Claude Lemyze, éd. Association Franco-Canadienne Luisa Piccarreta (Québec), édition française de Thy Kingdom Come! The Life and Mission of Luisa Piccarreta (2007), p. 83.
42Daniel O'Connor, Que ton Règne vienne — La vie et la mission de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, éd. Du Parvis (Suisse), 2021, p. 61-64. Cité pour l'aveu d'Annibale, dans ses derniers mois, de s'être « totalement consacré à la grande œuvre de la Divine Volonté » au point de négliger ses instituts. (Par « Divine Volonté », il faut entendre ici : vivre dans la Volonté de Dieu — et non pas seulement faire sa volonté —, ne plus avoir avec Lui qu'une seule volonté, où c'est Dieu qui agit ; voir l'article « La Divine Volonté ».)
43P. Bernardino Bucci OFMCap., Luisa Piccarreta, Recueil de mémoires, éd. Frères Mineurs Capucins (Province des Pouilles), édition non commerciale, chapitre IV « Annibale Di Francia et Luisa Piccarreta », disponible sur temoins-amour-esperance.fr. Cité pour la parole d'agonie d'Annibale.
46Même chronologie rogationniste : « June 1, 1990 – in the Temple of the Evangelical Rogation of the Heart of Jesus and Sanctuary of Saint Anthony in Messina, the exhumation and recognition of the corpse of the Venerable Father Annibale takes place », soit : le 1er juin 1990 a lieu, au sanctuaire Saint-Antoine de Messine, l'exhumation et la reconnaissance du corps. Sur le corps conservé comme incorrompu dans ce sanctuaire : « His incorrupt body rests in the Basilica-Santuario del Sacro Cuore di Gesù e di S. Antonio in Messina », nobility.org.
48Iter della causa di canonizzazione, postulation rogationniste, difrancia.net. Cité pour le procès informatif diocésain (21 avril 1945 – 6 août 1952), la Positio (1975), le décret sur les vertus héroïques (21 décembre 1989), et le miracle de canonisation : Charisse Nicole Diaz (Philippines), « grave meningoencefalite, complicata da stato settico, idrocefalo e atrofia corticale cerebrale », procès diocésain conclu le 24 octobre 2002, reconnaissance du miracle le 20 janvier 2004.
49 50 51 54 55Sur le miracle de béatification (guérison de Gleida Danese, fillette brésilienne atteinte d'une rupture de l'aorte) : décret de la Congrégation pour les causes des saints, 1990 ; voir Annibale Maria di Francia, Wikipédia (en), et la notice Santi e Beati correspondante. Sur le second miracle (Charisse Nicole Diaz, Philippines), voir la note précédente (difrancia.net).
52Notice biographique de Giuseppe Ducrot : statue monumentale de saint Annibale commandée par les Rogationnistes pour une niche extérieure de la basilique Saint-Pierre (2010) ; « The Pope blesses the statue of St Hannibal Mary », L'Osservatore Romano, 8 juillet 2010 ; « Benedizione della statua di Sant'Annibale Maria di Francia – 7 luglio 2010 », La Basilica di S. Pietro 22/7 (2010), p. 1-2 (références citées d'après la notice Giuseppe Ducrot). Le pape régnant à cette date est Benoît XVI.
57