Le Samedi saint est le jour qui sépare la mort du Christ, commémorée le Vendredi saint, de sa Résurrection, célébrée dans la nuit de Pâques. C'est le seul jour entier que le corps de Jésus a passé au tombeau : « une journée complète entre deux nuits entières », comptait saint Augustin[1]. L'Église le vit sans messe, l'autel dépouillé : elle « demeure auprès du tombeau de son Seigneur » et attend sa résurrection « dans la prière et le jeûne »[2].
Le Catéchisme en donne la clé : c'est « le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau manifeste le grand repos sabbatique de Dieu » (CEC 624)[3]. Ce jour a aussi un contenu que le Credo proclame : le Christ « est descendu aux enfers », non dans l'enfer des damnés, mais au séjour des morts, pour en délivrer les justes qui l'avaient précédé (CEC 633)[4].
Longtemps éclipsé par une Vigile pascale anticipée au samedi matin, le Samedi saint a retrouvé son silence avec la réforme de Pie XII (1951-1955)[5]. La tradition en a fait aussi le jour de la foi de Marie, restée ferme quand tout semblait perdu. L'ensemble des trois jours saints est présenté dans l'article Le Triduum pascal ; celui-ci s'attache au seul samedi : son sens, sa liturgie, son histoire et ses traditions.
Qu'est-ce que le Samedi saint ?
Le jour du grand repos de Dieu
Le premier sens du Samedi saint est donné par le Catéchisme de l'Église catholique, qui consacre à la sépulture du Christ un paragraphe entier de son exposé du Credo. Le Fils de Dieu n'a pas seulement subi la mort : il a connu « l'état de mort », le temps où son âme et son corps sont restés séparés, entre le moment où il a expiré sur la croix et celui de sa résurrection[6].
« Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre et de la descente aux enfers. C'est le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau (cf. Jn 19, 42) manifeste le grand repos sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après l'accomplissement (cf. Jn 19, 30) du salut des hommes qui met en paix l'univers entier (cf. Col 1, 18-20). » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 624[7]
L'image est celle de la Genèse : au septième jour, Dieu s'était reposé de l'œuvre de la création ; au lendemain du « Tout est accompli » (Jn 19, 30), le Christ se repose dans la mort, l'œuvre du salut achevée[8]. La lettre aux Hébreux annonce ce repos promis au peuple de Dieu : « un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu. Car Celui qui est entré dans son repos s'est reposé lui aussi de son travail, comme Dieu s'est reposé du sien » (He 4, 9-10)[9].
Ce repos n'est pas une absence. Selon le Catéchisme, « la personne divine du Fils de Dieu » a « continué à assumer son âme et son corps séparés entre eux par la mort » : le corps déposé au tombeau reste le corps du Verbe, et c'est pourquoi il n'a pas connu la corruption, selon la parole du psaume reprise par saint Pierre : « tu ne peux m'abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption » (Ac 2, 27)[10][11]. Saint Thomas d'Aquin en tire la conséquence : pendant les trois jours de sa mort, « le Christ fut tout entier dans le sépulcre, car toute sa personne s'y trouva par le corps qui lui était uni », et tout entier aussi aux enfers par son âme[12].
Un jour sans messe ni communion
Le Samedi saint se reconnaît d'abord à ce qui manque. Le Missel romain lui consacre quelques lignes « sur une grande page blanche », selon la juste remarque du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle[13] :
« Le Samedi saint, l'Église demeure auprès du tombeau de son Seigneur. Elle médite la passion et la mort du Christ, ainsi que sa descente au séjour des morts, en attendant sa résurrection dans la prière et le jeûne. La table de l'autel ayant été dépouillée, l'Église s'abstient de célébrer le sacrifice de la messe. Après la Vigile solennelle – cette attente nocturne de la résurrection – éclatera la joie pascale, joie qui débordera en cinquante jours de fête. Aujourd'hui, la communion ne peut être portée qu'en viatique. » — Missel romain, Samedi saint (traduction française de la 3ᵉ édition typique, 2021)[14]
Le Vendredi saint est lui aussi un jour sans messe, mais il a sa célébration de la Passion, au cours de laquelle les fidèles communient. Le Samedi saint n'a rien de tel : c'est le seul jour de l'année où la communion n'est donnée qu'aux mourants, en viatique, et où l'Église ne célèbre aucun sacrement en dehors de la pénitence et de l'onction des malades[15]. Le texte latin de l'édition typique du Missel dit la même chose en trois courtes rubriques, sous le titre Sabbato sancto[16].
Le deuxième jour du Triduum pascal
Le Samedi saint est le jour central des trois jours que l'Église appelle le Triduum pascal. Les Normes universelles de l'année liturgique (1969) en fixent les bornes : « Le Triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du Seigneur commence avec la messe vespérale In Cena Domini, la Vigile pascale constitue son centre, et il se termine avec les vêpres du dimanche de la Résurrection »[17]. La lettre de 1988 sur les fêtes pascales rappelle que ce temps est nommé « Triduum du Christ crucifié enseveli et ressuscité » : le samedi est le jour de l'enseveli[18].
Ce jour du milieu n'est pas un jour neutre entre deux fêtes. Il prolonge le jeûne du Vendredi, qu'on observe « selon opportunité » jusqu'à la Vigile[19], et il prépare la nuit pascale, qui ne peut commencer « qu'après la tombée de la nuit »[20]. L'article Le Triduum pascal décrit l'ensemble des trois jours ; les sections qui suivent s'attachent à ce qui est propre au samedi.
Pourquoi « samedi saint » ?
Le nom vient du calendrier juif : le jour où Jésus reposa au tombeau était un sabbat, et même un sabbat solennel, puisque saint Jean précise que « ce sabbat était le grand jour de la Pâque » (Jn 19, 31)[21]. Le latin liturgique dit Sabbatum sanctum, et les Églises d'Orient parlent du « Grand et Saint Samedi », titre que portent encore leurs livres liturgiques[22]. L'Encyclopédie catholique de 1910 relevait d'autres noms anciens : « Grand Samedi », « Nuit angélique », « Vigile de Pâques »[23].
Que s'est-il passé le premier Samedi saint ?
Un sabbat de repos pour les disciples
Jésus mourut la veille du sabbat et fut enseveli avant le coucher du soleil ; le Catéchisme rappelle que son corps avait été « enseveli à la hâte à cause de l'arrivée du Sabbat le soir du Vendredi Saint »[24]. Saint Luc décrit la suite en quelques lignes :
« C'était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s'en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit. » — Évangile selon saint Luc, 23, 54-56[25]
Le samedi fut donc, pour les disciples, un jour d'obéissance à la Loi : on ne pouvait ni achever l'embaumement ni se rendre au tombeau. Saint Marc note que les femmes n'achetèrent les parfums que « le sabbat terminé » (Mc 16, 1)[26]. Saint Matthieu montre Marie Madeleine « et l'autre Marie » assises « en face du sépulcre » au soir du vendredi (Mt 27, 61)[27].
La garde au tombeau, seul fait daté du samedi
Un seul événement de ce samedi est rapporté par les Évangiles, et il se passe chez Pilate. « Le lendemain, après le jour de la Préparation », c'est-à-dire le samedi, puisque la Préparation était « le vendredi » (Jn 19, 31), les grands prêtres et les pharisiens demandent une garde :
« Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : "Trois jours après, je ressusciterai." Alors, donne l'ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps […] Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde. » — Évangile selon saint Matthieu, 27, 63-66[28]
Les adversaires de Jésus se souvenaient donc de l'annonce de la résurrection, pendant que les disciples restaient enfermés, « les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs » (Jn 20, 19)[29]. Ce détail a une portée que les Pères avaient relevée : scellés, garde et grande pierre rendaient impossible un enlèvement discret du corps. Saint Thomas, citant saint Jérôme, remarque que la « grande pierre » roulée devant le tombeau montrait « que le sépulcre n'aurait pu être ouvert sans l'aide de plusieurs hommes »[30]. Les précautions prises le Samedi saint sont ainsi devenues l'un des témoins du tombeau vide ; le dossier est développé dans l'article La résurrection de Jésus.
« Trois jours et trois nuits » : le signe de Jonas
Jésus avait lui-même donné le signe de sa sépulture en citant l'histoire de Jonas : « comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, le Fils de l'homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits » (Mt 12, 40)[31]. Le Christ traite l'épisode de Jonas (Jon 2, 1) comme un fait, et c'est de ce fait qu'il tire le signe de sa propre sépulture.
L'objection est connue : du vendredi soir au dimanche matin, on ne compte pas soixante-douze heures. Saint Augustin y répondait déjà en rappelant la manière de compter de l'Écriture, qui prend la partie pour le tout ; saint Thomas reprend sa démonstration : « le premier jour comprend la fin du vendredi, où le Christ est mort et a été enseveli ; le deuxième jour est entier avec ses vingt-quatre heures de nuit et de jour ; quant à la nuit suivante, elle fait partie du troisième jour »[32].
« Du soir de la sépulture à l'aube de la résurrection se sont écoulées trente-six heures, c'est-à-dire une journée complète entre deux nuits entières. » — Saint Augustin, De Trinitate, IV, 6, 10, cité par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 51, a. 4[33]
Le « deuxième jour entier » de ce calcul est précisément le Samedi saint. Saint Jean-Paul II parlait de même des « trois jours (non complets) » pendant lesquels Jésus a connu « l'état de mort », et il rattachait expressément ce mystère au signe de Jonas[34]. Le Catéchisme ajoute que la résurrection « le troisième jour » était la preuve que le corps n'avait pas connu la corruption, « car la corruption était censée se manifester à partir du quatrième jour (cf. Jn 11, 39) »[35].
« Il est descendu aux enfers » : le mystère propre du Samedi saint
Un article du Credo
Le Symbole des apôtres confesse que Jésus « a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts ». Ces mots ne sont pas un ajout tardif. Saint Jean-Paul II rappelait que la formule figurait dans le Symbole d'Aquilée, « rédigé à la fin du IVᵉ siècle », puis qu'elle entra « définitivement dans l'enseignement des Conciles » avec le IVᵉ concile du Latran (1215) et le IIᵉ concile de Lyon (1274)[36]. Le IVᵉ concile de Tolède (633) précisait déjà l'objet de cette descente : le Christ « est descendu aux enfers pour délivrer les saints qui y étaient retenus, et ayant vaincu le pouvoir de la mort, il est ressuscité »[37]. Le IVᵉ concile du Latran en définit le mode : le Christ « est descendu en son âme et ressuscité en son corps »[38].
Le Catéchisme fonde l'article sur de nombreux textes du Nouveau Testament. Saint Paul écrit que le Christ « était d'abord descendu dans les régions inférieures de la terre » (Ep 4, 9) ; saint Pierre, qu'« il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité » (1 P 3, 19) et que « l'Évangile a été annoncé aussi aux morts » (1 P 4, 6)[39][40]. Au jour de la Pentecôte, le même Pierre applique au Christ le psaume de David : Dieu ne pouvait l'abandonner « au séjour des morts » (Ac 2, 27), « car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 24)[41].
Les « enfers » ne sont pas l'enfer
Le mot peut tromper un lecteur d'aujourd'hui. Il désigne le séjour des morts, que l'hébreu appelle shéol et le grec hadès : tous les morts y attendaient le Rédempteur, sans que leur sort fût le même. Le Catéchisme est formel :
« Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l'Écriture l'appelle les enfers, le Shéol ou l'Hadès (cf. Ph 2, 10 ; Ac 2, 24 ; Ap 1, 18 ; Ep 4, 9) parce que ceux qui s'y trouvent sont privés de la vision de Dieu […] Jésus n'est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés ni pour détruire l'enfer de la damnation mais pour libérer les justes qui l'avaient précédé. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 633[42]
Saint Jean-Paul II insistait sur la même distinction : le mot inferi « ne signifie pas l'enfer, l'état de damnation, mais le séjour des morts »[43]. L'Église l'avait tranché dès le VIIIᵉ siècle : le concile réuni à Rome le 25 octobre 745 condamna un certain Clément, qui prétendait que le Christ, « en descendant aux enfers, en a arraché à la fois les pieux et les impies »[44]. Le Samedi saint n'est donc pas le jour d'une amnistie universelle : c'est le jour où les justes de l'Ancienne Alliance, qui avaient espéré le Messie sans le voir, reçoivent enfin sa visite.
Le Catéchisme cite ici le Catéchisme romain issu du concile de Trente : « Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d'Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu'il descendit aux enfers »[45]. Il y joint le récit de saint Matthieu : à la mort de Jésus, « les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent » (Mt 27, 52)[46]. Pour l'enseignement de l'Église sur la destinée éternelle, voir aussi Que dit l'Église sur l'enfer ?.
Ce qu'en dit saint Thomas d'Aquin
La Somme théologique consacre à la descente aux enfers une question entière en huit articles (IIIa, q. 52), précédée d'une question sur la sépulture du Christ (q. 51). Ses réponses éclairent trois questions que pose le Samedi saint.
Pourquoi le Christ est-il descendu aux enfers ?
Saint Thomas donne trois raisons de convenance : nous délivrer de la peine que nous avions méritée, « afin de nous préserver d'y descendre nous-mêmes » ; délivrer ceux que le démon tenait captifs ; manifester la puissance du Christ jusque dans les enfers « en les visitant et en y répandant la lumière »[47]. Il en tire une vue d'ensemble d'une grande beauté :
« Aux vivants, la vertu de la passion du Christ est appliquée par le moyen des sacrements qui nous configurent à la passion du Christ ; aux morts, elle a été appliquée par la descente du Christ aux enfers. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 52, a. 1, sol. 2[48]
Combien de temps l'âme du Christ est-elle restée aux enfers ?
Le docteur angélique répond que le corps du Christ « est demeuré dans le sépulcre pendant un jour entier et deux nuits, afin de prouver la réalité de sa mort », et que son âme « a demeuré dans les enfers juste aussi longtemps », « afin que simultanément son âme soit tirée des enfers et son corps du tombeau »[49]. Tout le Samedi saint est ainsi le temps de la descente : le jour entier que le corps passe au tombeau est aussi le jour que l'âme passe parmi les morts, jusqu'à l'aube de la Résurrection où l'une et l'autre sont réunies.
Qui la descente a-t-elle délivré ?
Le tableau suivant résume, d'après la question 52, l'effet de cette descente selon les lieux du séjour des morts distingués par saint Thomas[50][51].
| Lieu du séjour des morts (selon saint Thomas) | Ceux qui s'y trouvaient | Effet de la descente du Christ | Référence dans la Somme |
|---|---|---|---|
| Sein d'Abraham ou « limbe des Pères » | Les justes morts avant le Christ, exclus de la gloire par le seul péché originel | Délivrés : le Christ leur donne « la lumière de la gloire éternelle » ; seul lieu où son âme descend « par son essence » | IIIa, q. 52, a. 2 et 5 |
| Purgatoire | Les âmes en purification | Le Christ leur donne « l'espoir d'obtenir la gloire » ; seuls quelques-uns, « déjà suffisamment purifiés », ont pu être délivrés | IIIa, q. 52, a. 2 et 8 |
| Enfer des damnés | Ceux qui n'étaient pas unis au Christ « par la foi jointe à la charité » | Aucune délivrance : le Christ y descend par son effet, « pour les confondre de leur incrédulité et de leur malice » | IIIa, q. 52, a. 2 et 6 |
Le tableau se lit de gauche à droite : un même acte du Christ, posé une seule fois, produit des effets différents selon l'état de ceux qu'il atteint. Saint Thomas examine aussi le cas des enfants morts avec le seul péché originel (a. 7) ; sur cette question, l'enseignement actuel de l'Église est présenté dans l'article Que dit l'Église sur les limbes ?.
La victoire sur la mort et sur le diable
Le Catéchisme voit dans la descente aux enfers « l'accomplissement, jusqu'à la plénitude, de l'annonce évangélique du salut » :
« Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d'extension de l'œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 634[52]
La lettre aux Hébreux en donne le fruit : par sa mort, Jésus « a pu réduire à l'impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d'esclaves » (He 2, 14-15)[53]. Le Ressuscité peut dire à saint Jean : « j'étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts » (Ap 1, 18)[54]. L'Exsultet, cité par le Catéchisme, chantera dans la nuit pascale « le Christ, ton Fils qui, remonté des Enfers, répandit sur le genre humain sa sereine clarté »[55].
L'icône de l'Anastasis
L'Orient chrétien a fait de ce mystère l'icône même de Pâques. Elle s'appelle Anastasis, « Résurrection », et ne montre pas le Christ sortant du tombeau, mais le Christ descendu aux enfers, brisant leurs portes et relevant nos premiers parents.
L'exemple le plus célèbre est la fresque du parecclésion de Saint-Sauveur-in-Chora, à Constantinople, peinte vers 1316-1321 dans la chapelle funéraire ajoutée à l'église par Théodore Métochite : le Christ, vêtu de blanc, ayant brisé les portes de l'enfer, relève Adam et Ève de leurs sarcophages, tandis que Satan gît ligoté à ses pieds[56]. Les battants brisés sous ses pas illustrent la parole de l'Apocalypse sur « les clés de la mort et du séjour des morts ».
Cette image traduit exactement l'enseignement de l'Église : le Christ descend en vainqueur, non en captif ; il vient chercher les justes, à commencer par Adam et Ève. La liturgie byzantine le chante dès les matines du samedi : « Lorsque Tu descendis dans la mort, ô Vie immortelle, Tu mis les enfers à mort par l'éclat de ta divinité »[57]. Sur la place de l'image sacrée dans la foi de l'Église, voir La théologie de l'icône.
Une théologie du Samedi saint discutée
Au XXᵉ siècle, le théologien suisse Hans Urs von Balthasar a fait du Samedi saint le centre d'une réflexion originale, exposée dans Mysterium Paschale (1969) : il y voit le Christ mort entrant dans la solidarité la plus extrême avec les pécheurs, jusque dans l'abandon. Cette lecture a suscité de vives objections, en particulier celles d'Alyssa Lyra Pitstick, dont le livre Light in Darkness (2007) la confronte à la doctrine catholique de la descente aux enfers[58]. L'article consacré à Balthasar présente ce débat. Le Catéchisme, lui, s'en tient à la doctrine traditionnelle d'une descente victorieuse : le Christ est descendu au séjour des morts « en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus »[59].
L'homélie ancienne du Grand et Saint Samedi
Un texte lu chaque année par toute l'Église
Chaque Samedi saint, l'Office des lectures fait lire une homélie grecque que la Liturgie des Heures intitule « Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi »[60]. Son texte complet est imprimé dans la Patrologie grecque (t. 43, col. 439-464) sous le nom d'« Épiphane, évêque de Chypre », avec ce titre : discours « sur la divine sépulture du corps de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, sur Joseph d'Arimathie et sur la descente du Seigneur aux enfers, accomplie de façon admirable après la Passion salutaire », « pour le saint et grand Samedi »[61]. Transmise sous le nom d'Épiphane, elle n'est pas l'œuvre du grand saint Épiphane de Salamine (mort en 403) ; elle est répertoriée sous le n° 3768 de la Clavis Patrum Graecorum[62]. Elle a circulé dans tout l'Orient : le slaviste André Vaillant en a édité en 1958 la version vieux-slave[63].
Le Catéchisme la cite au n° 635[64], et le pape Benoît XVI l'a reprise devant le Saint-Suaire, à Turin, en 2010[65].
« Aujourd'hui, grand silence sur la terre »
« Que se passe-t-il ? Aujourd'hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s'est apaisée, parce que Dieu s'est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s'est mis à trembler. » — Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi, Office des lectures (traduction AELF)[66]
L'homélie pose d'emblée les deux faces du jour : sur la terre, le silence et la solitude ; sous la terre, le tremblement du séjour des morts. Puis elle suit le Christ dans sa descente : « C'est le premier homme qu'il va chercher, comme la brebis perdue. […] c'est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs »[67].
Adam relevé par la main
La scène centrale est celle de l'icône : « Le Seigneur s'est avancé vers eux, muni de la croix, l'arme de sa victoire. » Adam, frappé de stupeur, reconnaît son Dieu ; le Christ « le prend par la main et le relève », en reprenant l'hymne baptismale citée par saint Paul (Ep 5, 14) : « Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera »[68][69].
« Je te l'ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t'ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d'entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d'ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. » — Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi (traduction AELF)[70]
Le jardin, le bois et le sommeil
Tout le discours du Christ à Adam repose sur une correspondance terme à terme entre la chute et la rédemption. Le tableau suivant relève les principaux parallèles, cités d'après la traduction liturgique de l'homélie[71].
| Ce qu'Adam a fait | Ce que le Christ a subi | Ce que le Christ en dit dans l'homélie |
|---|---|---|
| Il est sorti du jardin | Il a été livré et crucifié dans un jardin | « c'est pour toi, qui es sorti du jardin, que j'ai été livré aux Juifs dans un jardin et que j'ai été crucifié dans un jardin » |
| Il a tendu la main vers le bois défendu | Ses mains ont été clouées au bois | « Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois » |
| Il s'est endormi au paradis, et de son côté est née Ève | Il s'est endormi sur la croix, et son côté a été percé | « Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers » |
| Il a été écarté de l'arbre de vie | Il est lui-même la vie, uni à Adam | « voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu'un avec toi » |
Chaque ligne se lit comme une réparation : le Christ reprend en sens inverse le chemin d'Adam, jusque dans les détails de la Passion. L'homélie applique ainsi au Samedi saint la plus ancienne lecture chrétienne de la Genèse, celle qui voit dans le Christ le nouvel Adam.
L'homélie s'achève sur une promesse de fête. Adam ne sera pas seulement rendu au paradis perdu : « moi je ne t'installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste »[72]. Les derniers mots annoncent déjà la joie de Pâques :
« Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité. » — Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi (traduction AELF)[73]
Le Samedi saint, jour de silence, est aussi, dans cette homélie, le jour où se prépare le festin des noces. C'est pourquoi l'Église la lit ce jour-là, entre la mort et la Résurrection.
Comment l'Église célèbre-t-elle le Samedi saint ?
L'autel nu et le tabernacle vide
Au soir du Vendredi saint, après la célébration de la Passion, « l'autel est dépouillé. Cependant, on laisse sur lui la croix, avec deux ou quatre chandeliers »[74]. Le samedi, l'église reste ainsi. Le Service national de pastorale liturgique et sacramentelle en tire le sens : « Le dépouillement de l'église, l'absence de nappe d'autel, de fleurs, de cierges, et plus encore l'ouverture du tabernacle vide nous aide à comprendre le pourquoi du silence : il est le reflet de l'absence »[75]. L'Ordo publié chaque année par le Service national de pastorale liturgique et sacramentelle résume l'usage : « Il n'y a pas de messe, même le soir, pas de communion (sauf en viatique, pour les mourants), le tabernacle est vide »[76].
La lettre circulaire de la Congrégation pour le culte divin sur la préparation et la célébration des fêtes pascales, publiée en 1988 et connue sous son incipit Paschalis sollemnitatis, donne à ce vide sa règle :
« Ce jour-là, l'Église s'abstient strictement de célébrer le sacrifice de la messe. La communion ne peut être donnée qu'en viatique. On doit refuser la célébration des mariages ainsi que des autres sacrements, à l'exception de la pénitence et de l'onction des malades. » — Congrégation pour le culte divin, lettre circulaire Paschalis sollemnitatis, 16 janvier 1988, n° 75[77]
L'Office des lectures et les laudes
La prière du Samedi saint est la Liturgie des Heures. La même lettre recommande « fortement la célébration de l'Office de Lecture et des Laudes avec la participation du peuple » ; là où cela ne peut se faire, « on prévoira une célébration de la Parole de Dieu ou un « pieux exercice » correspondant au mystère de ce jour »[78].
L'Office des lectures du jour est tout entier tourné vers le tombeau. Il s'ouvre sur l'hymne « Veilleurs, tenez-vous en éveil » ; ses trois psaumes disent le repos confiant du Christ (« En toute paix, je me couche et je m'endors », Ps 4), sa victoire sur la corruption (« Tu ne peux m'abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption », Ps 15) et son entrée victorieuse (« Élevez-vous, portes éternelles : qu'il entre, le roi de gloire ! », Ps 23). La première lecture est tirée de la lettre aux Hébreux, « Hâtons-nous d'entrer dans le repos de Dieu » (He 4, 1-13) ; la seconde est l'homélie ancienne présentée plus haut[79]. L'oraison résume le mystère du jour :
« Dieu éternel et tout-puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d'où il est remonté glorieux : accorde à tes fidèles, ensevelis avec lui dans le baptême, d'accéder par sa résurrection à la vie éternelle. » — Liturgie des Heures, Samedi saint, oraison de l'Office des lectures (traduction AELF)[80]
L'office des Ténèbres
Jusqu'à la réforme de Pie XII, les matines et les laudes des trois jours saints étaient chantées par anticipation la veille : c'était l'office des Ténèbres, ainsi nommé parce qu'on y éteignait peu à peu les lumières. L'Encyclopédie catholique de 1912 rappelle que, selon le premier Ordo romanus et l'Ordo de Saint-Amand, les cierges étaient éteints progressivement pendant les matines du vendredi, tandis que le samedi l'église restait dans l'obscurité du début à la fin, une seule chandelle demeurant allumée près du lutrin pour la lecture[81]. Les rubriques de 1951 pour la Vigile restaurée prescrivirent au contraire que les matines et les laudes du Samedi saint « ne sont pas anticipées le soir, mais dites le matin »[82].
La lettre de 1988 garde la mémoire de cette tradition et souhaite qu'elle retrouve sa place :
« Cet Office, appelé autrefois « l'Office des ténèbres », devrait avoir la place qui lui est due dans la dévotion des fidèles, pour contempler dans une méditation sainte la Passion, la mort et la sépulture du Seigneur, dans l'attente de l'annonce de sa Résurrection. » — Congrégation pour le culte divin, Paschalis sollemnitatis, n° 40[83]
Ce qui est permis et ce qui ne l'est pas
Les normes liturgiques en vigueur déterminent avec précision ce que l'Église fait et ne fait pas ce jour-là. Le tableau suivant les rassemble, avec la source de chaque règle.
| Célébration ou pratique | Au Samedi saint | Source de la règle |
|---|---|---|
| Messe | Aucune avant la Vigile pascale | Missel romain ; Paschalis sollemnitatis n° 75 |
| Communion | Seulement en viatique, aux mourants | Missel romain ; Paschalis sollemnitatis n° 75 |
| Confession (sacrement de pénitence) | Permise | Paschalis sollemnitatis n° 75 |
| Onction des malades | Permise | Paschalis sollemnitatis n° 75 |
| Mariage et autres sacrements | Refusés | Paschalis sollemnitatis n° 75 |
| Office des lectures et laudes | Fortement recommandés, avec le peuple | Paschalis sollemnitatis n° 40 et 73 |
| Images proposées à la vénération | Le Christ en croix, au tombeau ou descendant aux enfers ; Notre-Dame des Douleurs | Paschalis sollemnitatis n° 74 |
| Jeûne | Conseillé jusqu'à la Vigile ; obligatoire seulement le Vendredi saint | Sacrosanctum Concilium 110 ; Code de droit canonique, can. 1251 |
La logique du tableau est simple : tout ce qui célèbre la Résurrection attend la nuit ; tout ce qui prépare le cœur à la recevoir, la prière, le jeûne, la confession, est au contraire encouragé[84].
Le jeûne pascal
Le jeûne du Samedi saint n'est pas d'abord un jeûne de pénitence : c'est le « jeûne pascal », celui des jours dont Jésus avait dit : « des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront » (Mc 2, 20)[85]. Le concile Vatican II l'a remis en honneur :
« Cependant, le jeûne pascal, le vendredi de la passion et de la mort du Seigneur, sera sacré ; il devra être partout observé et, selon l'opportunité, être même étendu au Samedi saint pour que l'on parvienne avec un cœur élevé et libéré aux joies de la résurrection du Seigneur. » — Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium, n° 110[86]
Le Code de droit canonique n'impose le jeûne et l'abstinence que le mercredi des Cendres et le Vendredi saint (can. 1251) : au Samedi saint, le jeûne est conseillé, non obligatoire[87]. La lettre de 1988 le rattache à « la tradition des premiers âges » et précise qu'« il est conseillé de le prolonger aussi le Samedi saint, pour que l'Église parvienne avec un cœur élevé et ouvert aux joies du dimanche de la Résurrection »[88]. Pour la pratique du jeûne chez les saints, voir Que disent les saints sur le jeûne.
Jusqu'à la tombée de la nuit
Le Samedi saint prend fin à la nuit, et non à minuit. Les normes sont strictes : la Vigile pascale « ne peut commencer qu'après la tombée de la nuit ; elle doit être achevée avant l'aube du dimanche. Cette règle doit être interprétée strictement »[89]. Les Normes universelles de 1969 disent la même chose : sa célébration « doit donc se faire entièrement de nuit, c'est-à-dire commencer après la tombée de la nuit et finir avant l'aube du dimanche »[90]. La Vigile n'est pas pour autant le dernier acte du samedi : la lettre de 1988 demande qu'en l'annonçant, on évite « de la présenter comme le dernier moment du Samedi saint » et que l'on dise plutôt qu'elle est célébrée « dans la nuit de Pâques »[91]. Le Samedi saint s'achève donc dans l'attente ; la nuit qui suit appartient déjà au dimanche de la Résurrection.
Jusque-là, les cloches restent muettes. Le Missel prescrit qu'au Jeudi saint, pendant le Gloria, « les cloches sonnent. Elles se taisent ensuite jusqu'à la Vigile pascale, à moins que l'évêque diocésain, s'il le juge opportun, en décide autrement » ; elles sonnent de nouveau au Gloria de la Vigile, « si du moins les conditions locales le permettent »[92]. La lettre de 1988 demande enfin que les coutumes festives nées autrefois de l'anticipation de la Vigile soient « réservées à la nuit et au jour de Pâques » : le Samedi saint doit rester lui-même[93]. La suite de la nuit est présentée dans l'article Vigile pascale.
Une histoire du Samedi saint
Le jeûne des deux jours dans l'Église ancienne
Le Samedi saint est d'abord connu par son jeûne. Vers 190, dans la controverse sur la date de Pâques, saint Irénée de Lyon écrivait au pape Victor que les Églises différaient aussi sur le jeûne qui prépare la fête :
« La controverse ne porte pas seulement sur le jour, mais aussi sur la manière même de jeûner. Les uns pensent qu'ils doivent jeûner un jour, d'autres deux, d'autres davantage ; certains comptent leur jour comme fait de quarante heures de jour et de nuit. […] Et le désaccord sur le jeûne confirme l'accord dans la foi. » — Saint Irénée de Lyon, lettre au pape Victor, dans Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 12-13[94]
Les « quarante heures » correspondent au temps que le Christ passa dans la mort ; saint Augustin les comptera exactement, de la neuvième heure du vendredi à l'aube du dimanche[95]. À la fin du IVᵉ siècle, les Constitutions apostoliques font du Samedi saint un jour unique : alors que le samedi est ordinairement jour de fête, « il n'y a qu'un seul sabbat à observer par vous dans toute l'année, celui de la sépulture de notre Seigneur, où l'on doit jeûner et non faire fête. Car, puisque le Créateur était alors sous la terre, la tristesse à son sujet l'emporte sur la joie de la création »[96].
Un samedi sans office propre
Aux premiers siècles, le samedi n'avait pas de liturgie propre : toute la célébration se concentrait dans la veille nocturne, que saint Augustin appelait « la mère de toutes les saintes vigiles »[97]. L'Encyclopédie catholique de 1910 le résume : pendant les six ou sept premiers siècles, les cérémonies duraient toute la nuit, de sorte que l'Alléluia coïncidait avec l'heure de la Résurrection ; le samedi, auparavant, « n'avait aucun office jusqu'à l'heure tardive de la vigile »[98]. La journée elle-même était donc tout entière un temps de jeûne et d'attente, ce que les Constitutions apostoliques exprimaient en interdisant d'en faire un jour de fête[99]. L'histoire de cette veillée, de ses lectures et de ses rites est présentée dans l'article Vigile pascale.
Quand la joie de Pâques envahit le samedi
À partir du VIIIᵉ siècle, les cérémonies de la veillée furent progressivement avancées, d'abord à l'après-midi du samedi, puis, par un « singulier anachronisme » que relevait l'Encyclopédie catholique, au samedi matin[100]. Le décret général de 1955 situe l'aboutissement de ce mouvement à la fin du Moyen Âge, quand toutes les célébrations de ces jours eurent été avancées au matin, et il en tire la conséquence pour le samedi lui-même :
« En outre, le jour du Samedi saint, envahi par une joie pascale prématurée, perdit son caractère propre de deuil, voué à la mémoire de la sépulture du Seigneur. » — Sacrée Congrégation des Rites, décret général Maxima redemptionis nostrae mysteria, 16 novembre 1955[101]
Le jour du silence était devenu, dans les faits, une matinée de fête : on bénissait le feu nouveau et l'on chantait l'Exsultet en plein jour, puis les coutumes festives de Pâques commençaient dès le samedi[102]. L'Encyclopédie catholique de 1910 regrettait que ces cérémonies aient « perdu une grande part de leur symbolisme en étant anticipées et avancées du crépuscule au plein jour »[103]. En 1642, la constitution Universa per orbem d'Urbain VIII cessa en outre de compter les trois jours saints parmi les fêtes chômées : le Samedi saint devint un jour de travail ordinaire[104], et, comme le constatera le décret de 1951, « un très grand nombre de fidèles » ne purent plus assister aux rites du matin[105]. Les étapes de cette anticipation, et le rôle exact des décisions romaines, sont détaillés dans l'article Vigile pascale.
Le Samedi saint rendu à son silence
Le mouvement liturgique fit redécouvrir la logique de la nuit pascale. Le 9 février 1951, la Sacrée Congrégation des Rites, avec l'approbation de Pie XII, permit à titre d'essai de célébrer la Vigile dans la nuit[106] ; les rubriques qui l'accompagnaient rendaient du même coup au samedi son office du matin, puisque les matines et les laudes n'étaient plus anticipées la veille[107]. Le 16 novembre 1955, le décret général Maxima redemptionis nostrae mysteria restaura toute la Semaine sainte, avec un nouvel ordo obligatoire à partir du dimanche des Rameaux, 25 mars 1956[108]. L'instruction publiée avec le décret définit le Samedi saint en des termes que les missels suivants reprendront presque mot pour mot :
« Il faut avant tout que les fidèles soient soigneusement instruits de la nature liturgique propre du Samedi saint. C'est un jour de deuil suprême, où l'Église demeure auprès du tombeau du Seigneur, méditant sa passion et sa mort, s'abstenant du sacrifice de la messe, l'autel dépouillé, jusqu'à ce que, après la vigile solennelle, attente nocturne de la Résurrection, place soit faite aux joies pascales, dont l'abondance déborde sur les jours suivants. » — Sacrée Congrégation des Rites, instruction jointe au décret Maxima redemptionis nostrae mysteria, 16 novembre 1955[109]
La rubrique du Missel de Paul VI (1970) reprend cette phrase ; celle de la troisième édition typique (2002) y ajoute la méditation de « la descente aux enfers » et l'attente de la résurrection « dans la prière et le jeûne », comme la lettre de 1988[110]. Le concile Vatican II confirma l'orientation : la constitution Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963) demanda que le jeûne pascal soit « même étendu au Samedi saint »[111], et les Normes universelles de 1969 le reprirent[112]. En 1988 enfin, la Congrégation pour le culte divin demanda qu'on enseigne aux fidèles « le véritable caractère du Samedi saint »[113]. La réforme de Pie XII est présentée plus largement dans les articles Vigile pascale et Le Triduum pascal. Les grandes étapes de l'histoire du samedi lui-même sont les suivantes.
- vers 190Irénée et le jeûne pascal
Dans sa lettre au pape Victor, saint Irénée atteste que certaines Églises jeûnent un jour, d'autres deux ou davantage, et que d'autres comptent « quarante heures de jour et de nuit ».
- fin du IVᵉ siècleLe seul samedi de jeûne
Les Constitutions apostoliques font du samedi de la sépulture du Seigneur le seul samedi de l'année où l'on jeûne au lieu de faire fête.
- VIIIᵉ siècleLa veillée avancée à l'après-midi
Selon l'Encyclopédie catholique de 1910, les cérémonies de la veillée pascale se tiennent désormais le samedi après-midi.
- fin du Moyen ÂgeUn samedi matin déjà pascal
Toutes les célébrations de ces jours ont été avancées au matin ; le Samedi saint perd son caractère de deuil.
- 24 septembre 1642Un jour de travail
La constitution Universa per orbem d'Urbain VIII retire les trois jours saints de la liste des fêtes chômées.
- 9 février 1951La Vigile rendue à la nuit
À titre d'essai, la Vigile se célèbre de nuit ; les matines et les laudes du samedi sont de nouveau dites le matin.
- 16 novembre 1955Un jour de deuil suprême
Le décret Maxima redemptionis nostrae mysteria et son instruction rendent au Samedi saint son caractère propre, sans messe ; le nouvel ordo s'applique à partir du 25 mars 1956.
- 4 décembre 1963Sacrosanctum Concilium
Le concile Vatican II demande que le jeûne pascal du Vendredi saint soit, selon l'opportunité, étendu au Samedi saint.
- 16 janvier 1988Paschalis sollemnitatis
La lettre circulaire sur les fêtes pascales fixe les règles du Samedi saint et demande d'en enseigner le véritable caractère.
- 2002La descente aux enfers dans la rubrique
La troisième édition typique du Missel romain ajoute la méditation de la descente aux enfers à la rubrique du Samedi saint.
Marie au Samedi saint
« En elle seule demeura la foi »
La tradition latine a vu dans la Vierge Marie celle qui, au Samedi saint, garda intacte la foi de toute l'Église. Au XIIIᵉ siècle, Guillaume Durand, évêque de Mende, en fait l'une des raisons pour lesquelles le samedi est consacré à la Vierge :
« Une autre raison est que, le Seigneur ayant été crucifié et mis à mort, et les disciples ayant fui en désespérant de la résurrection, toute la foi demeura en elle seule en ce samedi-là. Elle savait en effet comment elle l'avait porté sans peine et enfanté sans douleur ; aussi était-elle certaine qu'il était le Fils de Dieu et qu'il devait ressusciter des morts le troisième jour. » — Guillaume Durand de Mende, Rationale divinorum officiorum, IV, 1, 32[114]
Son contemporain Humbert de Romans, maître général des Frères prêcheurs, donne la même raison dans son commentaire des Constitutions dominicaines : « comme le disent les saints, tandis que les autres défaillaient au jour du sabbat, la foi demeura ferme en elle »[115]. La séquence que l'on chantait alors en l'honneur de la Vierge le samedi le redit en trois vers : « En ce jour, tandis que désespère / le petit troupeau d'alors, / elle tient plus fermement la foi »[116].
L'Église reste exacte sur l'origine de cette mémoire. Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie (2001) note que la mémoire mariale du samedi « remonte certainement à l'époque carolingienne (IXᵉ siècle), mais on ignore les motifs pour lesquels le samedi fut choisi » ; il retient pourtant, parmi ses valeurs, celle qui touche au Samedi saint :
« … la mémoire de la fidélité inébranlable de la "bienheureuse Vierge Marie qui, en tant que mère et disciple, durant le "grand samedi", au moment où le Christ gisait dans le tombeau, demeurait forte uniquement grâce à sa foi et son espérance, seule au milieu des disciples, dans l'attente confiante de la Résurrection du Seigneur". » — Congrégation pour le culte divin, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n° 188[117]
L'Heure de la Mère
La liturgie elle-même associe Marie à la veille du tombeau. Le répons qui suit l'homélie ancienne, à l'Office des lectures, s'adresse à elle : « Près de la tombe scellée les gardes veillent ; et pourquoi, si la vie est vaincue ? Mais en ton cœur, Vierge Marie, quelle espérance veille ? Comme jadis dans le Temple, retrouveras-tu, au troisième jour, celui que tu appelles dans la nuit »[118]. Le Directoire de 2001 donne à cette intuition son fondement ecclésial :
« La tradition enseigne que Marie réunit en quelque sorte en sa personne le corps de l'Église tout entière : elle est la "credentium collectio universa". Ainsi, la Vierge Marie qui se tient près du sépulcre de son Fils, selon les diverses représentations de la tradition ecclésiale, est l'icône de l'Église Vierge, qui veille près du tombeau de son Époux, dans l'attente de la célébration de la Résurrection. » — Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 147[119]
Le même texte explique que cette intuition « provient du pieux exercice appelé "l'Heure de la Mère" » : tandis que le corps du Fils repose dans le sépulcre et que son âme est descendue aux enfers pour annoncer aux ancêtres dans la foi « leur libération imminente », la Vierge, « anticipant et personnifiant l'Église, attend la victoire de son Fils sur la mort en faisant preuve d'une foi inaltérable »[120].
Notre-Dame des Douleurs et la Desolata
La piété populaire prolonge cette veille auprès de Marie. Le Directoire range parmi les dévotions du Vendredi saint le Planctus Mariae, la lamentation de la Vierge, et « l'Heure de la "Desolata" », pendant laquelle les fidèles « "tiennent compagnie" à la Mère du Seigneur, demeurée seule » ; en certains endroits d'Amérique latine, cet exercice est appelé El pésame, c'est-à-dire les condoléances[121]. Ces dévotions, présentées dans l'article Vendredi saint, se poursuivent naturellement le samedi, jour où la Vierge demeure seule : le Directoire demande qu'elles ne se limitent pas à des sentiments humains, mais qu'elles aident, « dans la foi en la résurrection », à mieux comprendre la grandeur de l'amour rédempteur du Christ, « auquel sa Mère est associée »[122].
La lettre de 1988 permet d'ailleurs de proposer à la vénération des fidèles, au Samedi saint, « l'image de Notre-Dame des Douleurs », à côté de celle du Christ en croix, au tombeau ou descendant aux enfers[123]. Les Églises d'Orient chantent elles aussi la douleur de la Mère : leurs matines du Grand Samedi comprennent ce que l'on appelle les « Lamentations de la Mère de Dieu »[124]. La méditation de Marie au pied de la croix a trouvé en Occident son expression la plus célèbre dans la séquence Stabat Mater.
Ce que des mystiques ont contemplé
L'Évangile se tait sur la journée de Marie. Plusieurs mystiques catholiques l'ont contemplée dans leurs visions : ce sont des révélations privées, que l'on cite sous le nom de celles qui les ont reçues.
Anne-Catherine Emmerich : l'espérance du troisième jour
Dans les visions recueillies par le poète Clemens Brentano, la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich (1774-1824), béatifiée par saint Jean-Paul II le 3 octobre 2004, voit la Vierge prier pendant la nuit avec les saintes femmes, sous une lampe du Cénacle, puis se rendre avant l'aube au Temple dévasté pour y vénérer les lieux sanctifiés par son Fils. En le quittant, elle se souvient de la parole « Renversez ce Temple, et je le rebâtirai en trois jours » :
« Elle pensa que les ennemis de Jésus avaient détruit le temple de son corps, et désira ardemment voir luire le troisième jour, où la parole de l'éternelle vérité devait s'accomplir. » — Anne-Catherine Emmerich, La Douloureuse Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ch. LX, « Les amis de Jésus le Samedi saint » (trad. abbé de Cazalès)[125]
Maria Valtorta : « Celle qui attend »
Dans L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, Maria Valtorta (1897-1961) décrit, à la date du 30 mars 1945, la Vierge assise dans sa chambre, les mains sur les genoux, le regard fixé sur le jardin, tandis que les saintes femmes vont et viennent autour d'elle : « Elle attend. Elle n'est qu'attente. Elle est Celle qui attend. » Le soir, restée seule, elle s'agenouille et répète : « Je dois croire. Je dois croire. Pour tous »[126]. La foi de Marie y apparaît comme un combat intérieur, livré « pour tous ».
Luisa Piccarreta : la force de Marie au sépulcre
La Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947) consacre la dernière de ses Heures de la Passion, de 16 heures à 17 heures, à « la sépulture de Jésus » et à « la désolation de Marie »[127]. Le 16 avril 1927, c'était le Samedi saint, puisque Pâques tombait cette année-là le 17 avril, elle se demandait comment la Mère avait eu la force de quitter le corps de son Fils au tombeau. Jésus lui répond que le secret de cette force était la Volonté divine régnant en Marie, c'est-à-dire la Volonté de Dieu vivant et agissant en elle au point de tenir la place de sa volonté humaine :
« Ma fille, veux-tu savoir comment ma Mère a eu la force de Me quitter ? Le secret de sa force était dans ma Volonté qui régnait en elle. Elle vivait d'une Volonté Divine, non humaine. […] Sa belle âme Me suivait dans les limbes pour participer à la fête organisée pour Moi par les patriarches, les prophètes, sa mère et son père, et notre cher saint Joseph. Par ma Présence, les limbes sont devenus un paradis. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 21, 16 avril 1927[128]
La même page conclut que la joie soutenait Marie dans son chagrin, et que son chagrin la soutenait dans sa joie : la Vierge du Samedi saint n'est pas seulement la Desolata, elle est déjà celle qui attend la victoire. Sur ce thème, voir La Vierge Marie dans le Royaume de la Divine Volonté.
Le Grand et Saint Samedi dans les Églises d'Orient
Les Éloges autour de l'Épitaphios
Dans le rite byzantin, les matines du Grand et Saint Samedi sont chantées dès le vendredi soir, après les vêpres à la fin desquelles l'Épitaphios a été porté au milieu de l'église[129], comme le rappelle l'article Vendredi saint. Au milieu de l'église repose l'Épitaphios, une icône le plus souvent brodée sur un grand tissu, qui représente le Christ mort étendu pour la sépulture et sert aux offices du Vendredi et du Samedi saints[130]. Le lecteur y lit l'Hexapsalme, les six psaumes du début des matines, « se tenant devant l'épitaphios »[131]. L'office s'ouvre sur le tropaire de Joseph d'Arimathie :
« Le noble Joseph descendit de la croix ton corps très pur, l'enveloppa d'un linceul immaculé et le déposa couvert d'aromates dans un sépulcre neuf. » — Matines du Grand et Saint Samedi, tropaire (traduction de la paroisse orthodoxe de Metz)[132]
Viennent ensuite les « Éloges », ou Lamentations : de nombreuses strophes brèves, chantées en trois « stances » et entrecoupées des versets du psaume 118[133][134]. Leur premier chant donne le ton de tout l'office :
« Toi la Vie, Tu as été déposé dans le tombeau, ô Christ, et les puissances angéliques frappées de stupeur glorifiaient ton abaissement. Toi la Vie, comment meurs-Tu ? Comment habites-Tu un tombeau ? Tu détruis l'empire de la mort et Tu relèves les morts des enfers. » — Matines du Grand et Saint Samedi, première stance (traduction de la paroisse orthodoxe de Metz)[135]
Vers la fin de l'office, pendant la grande doxologie, l'Épitaphios est porté en procession, au son funèbre des cloches, en mémoire du cortège qui porta le corps du Christ au tombeau[136]. Une strophe de la même stance résume la foi de ce jour : « Même enseveli dans le tombeau, ô Sauveur, même descendu aux enfers, Tu as vidé les tombeaux et mis à nu les enfers »[137].
Vêpres et liturgie de saint Basile
Le Grand Samedi lui-même, les Églises byzantines célèbrent les vêpres unies à la liturgie eucharistique de saint Basile. Cette liturgie n'est célébrée que dix fois dans l'année ; au Jeudi saint et au Samedi saint, elle « se greffe sur les vêpres »[138]. Ses lectures et la nuit pascale byzantine qui la suit sont présentées dans l'article Vigile pascale. À la grande entrée, quand les dons sont portés à l'autel, l'hymne habituelle des chérubins est remplacée par un chant propre à ce jour :
« Que toute chair humaine fasse silence, et se tienne dans la crainte et le tremblement, qu'elle éloigne toute pensée terrestre, car le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs, s'avance pour être immolé et se donner en nourriture aux fidèles. » — Liturgie de saint Basile, chant de la grande entrée du Grand Samedi[139]
Une homélie du monastère de Chevetogne, en Belgique, communauté bénédictine qui célèbre dans les rites latin et byzantin, en commente le sens : après ces vêpres, « ce samedi n'est plus tout à fait un samedi, mais il n'est pas encore tout à fait un dimanche »[140]. L'Orient célèbre ainsi, dès le Grand Samedi, une eucharistie tournée vers la Résurrection, tandis que Rome garde l'autel nu jusqu'à la nuit.
Deux manières de veiller
Les deux grandes traditions liturgiques de l'Église, la latine et la byzantine, que suivent aussi plusieurs Églises catholiques orientales, honorent le même mystère par des chemins différents. Le tableau suivant compare leurs usages du Samedi saint, tels que les décrivent les sources citées plus haut.
| Élément du jour | Rite romain | Rite byzantin |
|---|---|---|
| Office du matin | Office des lectures et laudes, le samedi matin | Matines du Grand Samedi, anticipées le vendredi soir |
| Signe central | Autel dépouillé, tabernacle vide | Épitaphios au milieu de l'église, porté en procession |
| Chant propre | Homélie ancienne et répons marial de l'Office des lectures | Les Éloges : « Toi la Vie, Tu as été déposé dans le tombeau » |
| Eucharistie | Aucune messe avant la Vigile pascale | Vêpres et liturgie de saint Basile le samedi |
| Image proposée | Le Christ au tombeau ; Notre-Dame des Douleurs | L'Épitaphios ; l'Anastasis, icône de Pâques |
La différence n'est pas une opposition. L'Occident insiste sur le silence du tombeau ; l'Orient, sur la victoire déjà remportée aux enfers. Les deux se rejoignent dans la même confession de foi, et le Catéchisme cite l'une et l'autre tradition, l'Exsultet latin et le tropaire byzantin de Pâques : « Le Christ est ressuscité des morts. Par sa mort Il a vaincu la mort, Aux morts Il a donné la vie »[141][142]. Pour un panorama des rites orientaux, voir La liturgie orientale.
Traditions populaires du Samedi saint
Les cloches « parties à Rome »
En France, le silence des cloches, du Jeudi saint à la Vigile, a donné naissance à une tradition bien connue des enfants. La Conférence des évêques de France la rappelle :
« Les cloches sont condamnées au silence pendant trois jours en signe de deuil. Pour expliquer l'absence de sonnerie pendant cette période, on a dit longtemps aux enfants que les cloches partaient à Rome. Le Pape les bénissait avant leur retour. Ce n'est que dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques qu'elles carillonnent pour annoncer la joie de la résurrection du Christ. » — Conférence des évêques de France, « Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ? »[143]
On disait aussi qu'elles revenaient chargées de friandises, déposées dans les jardins au matin de Pâques. Dans l'est de la France, rapporte la même page, les enfants remplaçaient les cloches « parties à Rome » en faisant sonner leurs crécelles dans les rues pour annoncer les offices[144]. Sur la signification des cloches dans la liturgie, voir Le symbolisme des cloches.
La bénédiction des paniers en Pologne
En Pologne et dans les communautés polonaises du monde entier, le Samedi saint est le jour de la święconka, la bénédiction des aliments de Pâques. Un document publié par la Conférence des évêques catholiques d'Irlande décrit l'usage : des paniers contenant un échantillon des aliments du repas pascal sont apportés à l'église pour y être bénis le Samedi saint ; le panier est traditionnellement garni d'une serviette de lin blanc ou de dentelle et de brins de buis[145]. La bénédiction comporte trois prières, pour le pain et les gâteaux, pour les viandes et pour les œufs, puis le prêtre asperge les paniers d'eau bénite[146]. L'usage respecte la nature du jour : on bénit ce que l'on mangera seulement après la Résurrection.
Des coutumes festives rendues à la nuit de Pâques
Beaucoup de coutumes populaires étaient nées à l'époque où la Vigile se célébrait le samedi matin. La lettre de 1988 et le Directoire de 2001 demandent qu'elles soient « réservées à la nuit et au jour de Pâques », car la piété populaire « ne doit pas demeurer extérieure au caractère particulier du Samedi Saint »[147][148]. Les dévotions qui conviennent à ce jour sont celles de la veille : la prière auprès de l'image du Christ au tombeau, la compagnie de la Vierge des douleurs, le silence.
Vivre le Samedi saint aujourd'hui
Le jour où Dieu se cache
Le 2 mai 2010, devant le Saint-Suaire exposé à Turin, le pape Benoît XVI a donné de ce jour une méditation devenue célèbre, « suggérée », dit-il, par le sous-titre de l'ostension solennelle : « Le mystère du Samedi Saint »[149]. Il y voit dans le linceul « l'Icône du Samedi Saint », l'image du corps de Jésus étendu dans le tombeau pendant cette période « chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification »[150].
« Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint : l'obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s'interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. » — Benoît XVI, méditation devant le Saint-Suaire, Turin, 2 mai 2010[151]
Le pape ne s'arrête pas à l'obscurité. Le Samedi saint, dit-il, est une « terre qui n'appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette terre « est entré l'Un, l'Unique qui l'a traversée avec les signes de sa Passion pour l'homme »[152]. Le dossier du linceul est présenté dans l'article Le saint Suaire de Turin.
L'amour descendu dans la solitude
Le cœur de la méditation de Benoît XVI porte sur la descente aux enfers, que le pape relit comme la réponse de Dieu à la plus grande peur humaine, celle de rester seul dans la mort :
« Voilà, c'est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint : dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L'impensable a eu lieu : c'est-à-dire que l'Amour a pénétré "dans les enfers" […] L'être humain vit pour le fait qu'il est aimé et qu'il peut aimer ; et si dans l'espace de la mort également, a pénétré l'amour, alors là aussi est arrivée la vie. » — Benoît XVI, méditation devant le Saint-Suaire, Turin, 2 mai 2010[153]
Cette lecture rejoint l'enseignement le plus ancien : la mort n'est plus un lieu où Dieu n'est pas. Saint Thomas disait que le Christ était descendu aux enfers « afin de nous préserver d'y descendre nous-mêmes »[154] ; le Catéchisme, que « tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption »[155].
Veiller avec Marie
Vivre le Samedi saint consiste d'abord à le laisser être ce qu'il est : un jour de silence et d'attente. L'Église en propose les moyens : prier l'Office des lectures et les laudes, prolonger le jeûne du Vendredi, recevoir le sacrement de pénitence, l'un des deux seuls sacrements célébrés ce jour-là, veiller devant l'image du Christ au tombeau ou de Notre-Dame des Douleurs[156][157][158]. La piété populaire y ajoute « l'Heure de la Mère » : passer ce jour avec Marie, qui a gardé la foi quand tout semblait fini[159].
Le baptême donne à cette attente sa portée personnelle. Saint Paul écrit que, « par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui », pour mener « une vie nouvelle » (Rm 6, 4) ; le Catéchisme voit dans l'immersion baptismale « la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d'une vie nouvelle »[160][161]. Chaque baptisé a ainsi son propre Samedi saint, que la nuit de Pâques vient achever.
Un jour d'espérance
Le Samedi saint n'est pas une tristesse sans issue. Jésus l'avait annoncé : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24)[162]. Le tombeau fermé est le lieu où germe la vie ; la pierre scellée par les gardes sera roulée à l'aube. L'Église le sait, et c'est pourquoi elle veille sans angoisse, comme la Vierge. L'homélie ancienne le dit dans ses derniers mots, placés dans la bouche du Christ descendu vers Adam : « Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité »[163].
Pour aller plus loin
- Le Triduum pascal — les trois jours saints, du Jeudi saint au dimanche de Pâques, et l'histoire de leur restauration.
- Vendredi saint — la veille : la célébration de la Passion et l'adoration de la Croix.
- Vigile pascale — la nuit qui achève le Samedi saint.
- Pâques — la solennité de la Résurrection.
- Pourquoi Pâques change-t-elle de date ? — le calcul qui fixe chaque année la date du Samedi saint.
- La résurrection de Jésus — le dossier historique du tombeau vide.
- Le saint Suaire de Turin — le linceul que Benoît XVI appelait « l'Icône du Samedi Saint ».
- Les Heures de la Passion — l'horloge de la Passion de Luisa Piccarreta, jusqu'à la sépulture et la désolation de Marie.
- Le Stabat Mater — la séquence de la Vierge des douleurs.
- La liturgie orientale — les rites des Églises d'Orient.
- Hans Urs von Balthasar — la « théologie du Samedi saint » et ses controverses.
- Noël, Épiphanie, la Fête-Dieu — d'autres fêtes du calendrier liturgique.
Sources principales
- Catéchisme de l'Église catholique, n° 624-641.
- Missale Romanum, 3ᵉ édition typique (2002), « Sabbato sancto » ; Missel romain, traduction française (2021).
- Congrégation pour le culte divin, lettre circulaire Paschalis sollemnitatis, 16 janvier 1988, n° 38-40 et 73-78.
- Congrégation pour le culte divin, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n° 145-147 et 188.
- Sacrée Congrégation des Rites, décrets du 9 février 1951 et du 16 novembre 1955 (Acta Apostolicae Sedis 43 et 47).
- Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 51-52.
- Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi, Patrologie grecque 43, 439-464 (Liturgie des Heures, traduction AELF).
- Benoît XVI, méditation devant le Saint-Suaire, Turin, 2 mai 2010.
Notes et références
Saint Augustin, De Trinitate, livre IV, ch. 6, n° 10 : le premier jour est compté entier à partir de sa dernière partie, le troisième à partir de sa première partie, et le deuxième, le samedi, est « un jour absolument entier avec ses vingt-quatre heures » ; quarante heures depuis la mort, trente-six heures « du soir de la sépulture à l'aube de la résurrection ». Citation du corps dans la traduction française de la Somme théologique, IIIa, q. 51, a. 4, « En sens contraire » (Éditions du Cerf, 1984 ; édition numérique docteurangelique.free.fr, 2008). Texte anglais de référence (NPNF, 1ʳᵉ série, vol. 3) : « from the evening of the burial to the dawn of the resurrection are thirty-six hours which is six squared » ; « the intervening day, i.e. the second day, was absolutely a whole with its twenty-four hours » (newadvent.org/fathers/130104.htm).
1 33 95Missel romain, traduction française de la 3ᵉ édition typique (2021), Samedi saint, rubriques, reproduites par le Service national de pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS), « Le Triduum pascal selon les rubriques de la nouvelle traduction du Missel romain », liturgie.catholique.fr. Le même service note, dans « Le Triduum pascal #3 : le Samedi saint » (d'après Louis-Marie Chauvet), que ces lignes figurent « sur une grande page blanche du Missel romain ».
2 13 14Catéchisme de l'Église catholique, n° 624 (texte officiel français, vatican.va, archive FRA0013).
3 6 7Catéchisme de l'Église catholique, n° 633, citant le Catéchisme romain 1, 6, 3, le concile de Rome de 745 (DS 587), DS 1011 et 1077, et le IVᵉ concile de Tolède (DS 485). Dans la citation du corps, les renvois entre parenthèses de la dernière phrase sont omis ; le texte français les donne ainsi : « (cf. Cc. Rome de 745 : DS 587) », « (cf. DS 1011 ; 1077) », « (cf. Cc. Tolède IV en 625 : DS 485 ; Mt 27, 52-53) » — le millésime « 625 » est une coquille pour 633, date d'ouverture du concile selon le Denzinger.
4 42 45Sacrée Congrégation des Rites, décret général Maxima redemptionis nostrae mysteria, 16 novembre 1955, Acta Apostolicae Sedis 47 (1955), p. 838-841 : « Media autem aetate, tempus agendae liturgiae his diebus, variis in id concurrentibus causis, ita anticipari coeptum est, ut, eadem media aetate ad finem vergente, omnes liturgicae illae solemnitates ad horas usque matutinas antepositae fuerint […] Praeterea sabbati sancti dies, praecoci paschali gaudio invasus, propriam indolem perdidit luctuosam memoriae dominicae sepulturae » (p. 838) ; le décret rappelle qu'Urbain VIII, par la constitution Universa per orbem du 24 septembre 1642, dut compter le triduum sacré « non plus parmi les jours de fête, mais parmi les jours ouvrables » (p. 839) ; entrée en vigueur au dimanche des Rameaux 25 mars 1956 (dispositif, n° 2). Traduction française publiée : La Documentation catholique, n° 1214, t. 52, 1955, col. 1537-1541 ; la traduction du passage cité dans le corps a été faite sur le latin.
5 101 104 108Évangile selon saint Jean 19, 30, traduction liturgique AELF : « Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l'esprit. »
8Lettre aux Hébreux 4, 9-10, traduction liturgique AELF.
9Catéchisme de l'Église catholique, n° 626 (citant saint Jean Damascène, De fide orthodoxa 3, 27) et n° 627 (citant saint Thomas, Somme théologique III, q. 51, a. 3 : « la vertu divine a préservé le corps du Christ de la corruption »).
10 35Actes des Apôtres 2, 24, 27 et 31, traduction liturgique AELF ; cf. Psaume 15 (16), 9-10.
11 41Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 52, a. 3, réponse (trad. Cerf).
12Paschalis sollemnitatis, n° 75.
15 77 157Missale Romanum, editio typica tertia, Cité du Vatican, 2002, p. 333, « Sabbato sancto », rubriques 1 à 3 : « 1. Sabbato sancto Ecclesia ad sepulcrum Domini immoratur, passionem eius et mortem, necnon ad inferos descensum meditans et eius resurrectionem exspectans, in oratione et ieiunio. 2. A sacrificio Missae, sacra mensa denudata, Ecclesia abstinet, usque dum, post sollemnem Vigiliam seu nocturnam resurrectionis exspectationem, locus detur gaudiis paschalibus, quorum abundantia in quinquaginta dies exundat. 3. Sacra Communio hac die dari potest solummodo ad modum viatici. » L'édition typique de 1970 disait plus brièvement : « Sabbato sancto Ecclesia ad sepulcrum Domini immoratur, passionem eius et mortem meditando, a sacrificio Missae, sacra mensa denudata, abstinendo, usque dum, post sollemnem Vigiliam seu nocturnam resurrectionis exspectationem, locus detur gaudiis paschalibus, quorum abundantia in quinquaginta dies exundat. » (Missale Romanum ex decreto sacrosancti oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Pauli PP. VI promulgatum, editio typica, Cité du Vatican, 1970, « Sabbato sancto » ; texte numérisé sur archive.org).
16 110Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (Sacrée Congrégation des Rites, 21 mars 1969), n° 19 ; n° 18 sur le Triduum comme « sommet de l'année liturgique ». Traduction française consultée sur ceremoniaire.net.
17Congrégation pour le culte divin, lettre circulaire Paschalis sollemnitatis (De festis paschalibus praeparandis et celebrandis), 16 janvier 1988, n° 38 (renvoyant à saint Augustin, Lettre 55, 24). Texte latin officiel : Notitiae 24 (1988), n° 259, p. 81-107 (PDF du Dicastère pour le culte divin, cultodivino.va). Traduction française : SNPLS, « La préparation et la célébration des fêtes pascales », liturgie.catholique.fr (reprise du Supplément Célébrer 390, mars-avril 2012).
18Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 20 : « Le Vendredi saint et, selon opportunité, également le Samedi saint jusqu'à la Vigile pascale, on observe partout le jeûne pascal sacré » (renvoyant à Paul VI, constitution apostolique Paenitemini, 17 février 1966, II, § 3, et à Sacrosanctum Concilium 110).
19 112Paschalis sollemnitatis, n° 78.
20 89Évangile selon saint Jean 19, 31, traduction liturgique AELF : « Comme c'était le jour de la Préparation (c'est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d'autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. »
21« Grand et Saint Samedi. Office des Matines », traduction française de la paroisse orthodoxe de Metz, textes liturgiques du Triode, orthodoxeametz.fr (fichier c7_grand_samedi_matines_texte.pdf) : rubrique sur l'Hexapsalme lu « devant l'épitaphios », tropaires (« Le noble Joseph… », « Lorsque Tu descendis dans la mort… ») et première stance des Éloges.
22 57 131 132 133 135 137Henri Leclercq, « Holy Saturday », The Catholic Encyclopedia, t. 7, New York, Robert Appleton Company, 1910 (nihil obstat du 1ᵉʳ juin 1910), newadvent.org/cathen/07424a.htm. Passages traduits : « In the primitive Church Holy Saturday was known as Great, or Grand, Saturday, Holy Saturday, the Angelic Night, the Vigil of Easter » ; « During the first six or seven centuries, ceremonies were in progress throughout the entire night, so that the Alleluia coincided with the day and moment of the Resurrection » ; « In the eighth century these same ceremonies were held on Saturday afternoon and, by a singular anachronism, were later on conducted on Saturday morning » ; « special services were now assigned to Holy Saturday whereas, beforehand, it had had none until the late hour of the vigil » ; « ceremonies that have lost much of their symbolism by being anticipated and advanced from twilight to broad daylight » ; « Holy Saturday and the vigil of Pentecost were the only days on which baptism was administered ».
23 98 100 103Catéchisme de l'Église catholique, n° 641.
24Évangile selon saint Luc 23, 54-56, traduction liturgique AELF.
25Évangile selon saint Marc 16, 1, traduction liturgique AELF.
26Évangile selon saint Matthieu 27, 61, traduction liturgique AELF.
27Évangile selon saint Matthieu 27, 62-66, traduction liturgique AELF (passage cité : v. 63-66).
28Évangile selon saint Jean 20, 19, traduction liturgique AELF.
29Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 51, a. 2, sol. 4, citant saint Jérôme (trad. Cerf).
30Évangile selon saint Matthieu 12, 40, et Livre de Jonas 2, 1, traduction liturgique AELF.
31Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 51, a. 4, solution 1, reprenant saint Augustin (trad. Cerf).
32Saint Jean-Paul II, audience générale du 11 janvier 1989 (catéchèse sur l'article « Il est descendu aux enfers »), n° 2 et 4, texte original italien, vatican.va (la page française du site ne contient pas le texte). Traduction française faite sur l'italien : « essa però era stata introdotta anche nel cosiddetto "Simbolo di Aquileia", […] redatta alla fine del IV secolo (cf. Denz-Schönm 16). Essa entrò definitivamente nell'insegnamento dei Concili col Lateranense IV (1215) e col II Concilio di Lione nella professione di fede di Michele Paleologo (1274) » ; « l'espressione "inferi" non significa l'inferno, lo stato di dannazione, ma il soggiorno dei morti, ciò che in ebraico era detto "sheol" e in greco "hades" » ; « Durante i tre giorni (non completi) passati tra il momento in cui "spirò" […] e la Risurrezione, Gesù ha sperimentato lo "stato di morte" ».
34 36 43IVᵉ concile de Tolède, ouvert le 5 décembre 633, chapitre 1, profession de foi (Denzinger-Schönmetzer, DS 485), traduction française du Denzinger (bibliothèque de Benoît, fichier « Denzinger, Enchiridion Symbolorum, FR »).
37IVᵉ concile du Latran (1215), constitution 1 Firmiter (DS 801) : « descendit in anima, et resurrexit in carne », « il est descendu en son âme et ressuscité en son corps » (même traduction française).
38Première lettre de saint Pierre 3, 18-20 et 4, 6 ; Lettre aux Éphésiens 4, 8-10, traduction liturgique AELF.
39Catéchisme de l'Église catholique, n° 631, citant Ep 4, 9-10 et l'Exsultet de la Vigile pascale.
40 55 141Concile de Rome, 3ᵉ session, 25 octobre 745, sur la descente du Christ aux enfers (DS 587), même traduction française.
44Évangile selon saint Matthieu 27, 52-53, traduction liturgique AELF.
46Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 52, a. 1, réponse et solution 2 (trad. française, Éditions du Cerf, 1984 ; édition numérique docteurangelique.free.fr, 2008).
47 48 154Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 52, a. 4, réponse (trad. Cerf).
49Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 52, a. 2, réponse : le Christ descend « par l'effet » dans chacun des enfers (aux damnés « pour les confondre de leur incrédulité et de leur malice », au purgatoire en donnant « l'espoir d'obtenir la gloire », aux patriarches en donnant « la lumière de la gloire éternelle ») et « par son essence » dans le seul lieu où les justes étaient retenus (trad. Cerf).
50Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 52, a. 5 (délivrance des saints patriarches), a. 6 (la descente n'a délivré que ceux qui étaient unis à la Passion « par la foi jointe à la charité »), a. 7 (enfants morts avec le seul péché originel) et a. 8, sol. 1 (âmes du purgatoire « déjà suffisamment purifiées ») (trad. Cerf).
51Catéchisme de l'Église catholique, n° 634, citant 1 P 4, 6.
52 155Lettre aux Hébreux 2, 14-15, traduction liturgique AELF.
53Apocalypse 1, 17-18, traduction liturgique AELF.
54Smarthistory (Khan Academy), « Picturing salvation — Chora's brilliant Byzantine mosaics and frescoes » : fresque de l'Anastasis, vers 1316-1321, dans l'abside du parecclésion funéraire ajouté à l'église de Chora par Théodore Métochite, qui restaura l'édifice à partir de 1315 environ.
56Hans Urs von Balthasar, Mysterium Paschale (1969), d'abord publié dans Mysterium Salutis III/2 ; Alyssa Lyra Pitstick, Light in Darkness: Hans Urs von Balthasar and the Catholic Doctrine of Christ's Descent into Hell, Grand Rapids, Eerdmans, 2007. Voir l'article Ignispedia consacré à Balthasar, section « Le Samedi Saint et la descente aux enfers ».
58Catéchisme de l'Église catholique, n° 632 : « Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19). »
59Liturgie des Heures, Samedi saint, Office des lectures (hymne, psaumes 4, 15 et 23, lecture de He 4, 1-13, homélie ancienne, répons, oraison), traduction liturgique de l'Association épiscopale liturgique pour les pays francophones (AELF), aelf.org/2026-04-04/romain/lectures (Samedi saint, 4 avril 2026).
60 66 67 68 70 71 72 73 79 80 118 163Patrologie grecque, t. 43, col. 439-464 : titre latin col. 439 (« Sancti Patris nostri Epiphanii episcopi Cypri oratio in divini corporis sepulturam Domini et Servatoris nostri Jesu Christi, et in Josephum qui fuit ab Arimathaea, et in Domini in infernum descensum, post salutarem passionem admirabiliter factum. Sancto et magno Sabbato »), texte grec col. 440 (incipit « Τί τοῦτο; σήμερον σιγὴ πολλὴ ἐν τῇ γῇ ») ; Clavis Patrum Graecorum n° 3768 (Homilia in divini corporis sepulturam).
61 62André Vaillant, « L'homélie d'Épiphane sur l'ensevelissement du Christ. Texte vieux-slave, texte grec et traduction française », Radovi Staroslavenskog instituta 3, Zagreb, 1958, p. 7-101.
63Catéchisme de l'Église catholique, n° 635, qui cite l'« Ancienne homélie pour le Samedi Saint : PG 43, 440A. 452C. 461 » (texte latin typique : « Antiqua homilia in sancto et magno Sabbato: PG 43, 440. 452. 461 »).
64Benoît XVI, méditation lors de la vénération du Saint-Suaire, visite pastorale à Turin, 2 mai 2010, texte français officiel, vatican.va.
65 149 150 151 152 153Lettre aux Éphésiens 5, 14, traduction liturgique AELF : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera. »
69Missel romain (2021), Vendredi saint, rubrique n° 33, reproduite par le SNPLS, « Le Triduum pascal selon les rubriques de la nouvelle traduction du Missel romain ».
74Service national de pastorale liturgique et sacramentelle, « Le Triduum pascal #3 : le Samedi saint », série d'articles proposée par le SNPLS à partir d'éléments fournis par Louis-Marie Chauvet, liturgie.catholique.fr.
75Service national de pastorale liturgique et sacramentelle, Ordo 2025-2026, année A. Calendrier romain général et calendriers nationaux, Samedi saint (couleur violette pour l'office), PDF sur liturgie.catholique.fr.
76Paschalis sollemnitatis, n° 73. Latin : « Sabbato sancto Ecclesia ad sepulcrum Domini immoratur, passionem eius et mortem, necnon ad inferos descensum meditans, et eius resurrectionem exspectans in oratione et ieiunio. Valde commendatur ut celebratio Officii lectionis et Laudum matutinarum fiat cum populi participatione (cf. n. 40). » (Notitiae 24 (1988), p. 98).
78 156Herbert Thurston, « Tenebrae », The Catholic Encyclopedia, t. 14, New York, Robert Appleton Company, 1912, newadvent.org/cathen/14506a.htm : « On Friday the candles and lamps were gradually extinguished during the three Nocturns, while on Saturday the church was in darkness from beginning to end, save that a single candle was kept near the lectern to read by. » (d'après le premier Ordo Romanus et l'Ordo de Saint-Amand).
81Sacrée Congrégation des Rites, Rubricae Sabbato sancto servandae si Vigilia paschalis instaurata peragatur, titre I, n° 1, Acta Apostolicae Sedis 43 (1951), p. 130 : « Matutinum et Laudes in choro non anticipantur de sero, sed dicuntur mane, hora competenti, ut in Breviario romano ».
82 107Paschalis sollemnitatis, n° 40. Latin : « Officium hoc, olim « Tenebrarum » nuncupatum, obtineat locum debitum in devotione christifidelium, ad passionem, mortem et sepulturam Domini pia meditatione contemplandam, dum resurrectionis eius annuntiatio exspectatur. »
83Paschalis sollemnitatis, n° 74 : « On peut proposer à la vénération des fidèles l'image du Christ en croix, ou reposant au tombeau, ou descendant aux enfers, qui mettent en lumière le mystère du Samedi saint, et aussi l'image de Notre-Dame des Douleurs. »
84 123 158Évangile selon saint Marc 2, 20, traduction liturgique AELF.
85Concile Vatican II, constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, 4 décembre 1963, n° 110 (texte français officiel, vatican.va).
86 111Code de droit canonique (1983), can. 1250-1251 (texte français officiel, vatican.va).
87Paschalis sollemnitatis, n° 39. Latin : « Sacrum est ieiunium paschale duobus primis diebus Tridui, in quibus iuxta traditionem primaevam « quia Sponsus ablatus est » ieiunat Ecclesia. Feria VI in Passione Domini ieiunium ubique celebrandum est cum abstinentia, et suadetur ut, etiam Sabbato sancto producatur, ita ut, Ecclesia, elato et aperto animo, ad gaudia dominicae Resurrectionis perveniat. » (Notitiae 24 (1988), p. 90).
88Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 21, citant saint Augustin, Sermon 219 (PL 38, 1088) pour l'expression « la mère de toutes les saintes vigiles ».
90 97Paschalis sollemnitatis, n° 95 (traduction française SNPLS) : « En annonçant la Veillée pascale, on évitera de la présenter comme le dernier moment du Samedi saint. Que l'on dise plutôt que la Veillée pascale est célébrée « dans la nuit de Pâques », et encore comme un seul acte de culte. »
91Missel romain (2021), Jeudi saint, messe en mémoire de la Cène du Seigneur (Gloria), et Vigile pascale (hymne), rubriques reproduites par le SNPLS (même page).
92Paschalis sollemnitatis, n° 76 : « On enseignera aux fidèles le véritable caractère du Samedi saint. Les coutumes et les traditions festives liées à ce jour, en raison de la célébration pascale autrefois anticipée au Samedi saint, seront réservées à la nuit et au jour de Pâques. »
93 102 113 147Saint Irénée de Lyon, lettre au pape Victor (vers 190), citée par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 12-13. Traduction française faite pour Ignispedia sur la traduction anglaise d'A. C. McGiffert (Nicene and Post-Nicene Fathers, 2ᵉ série, vol. 1, newadvent.org/fathers/250105.htm) : « For the controversy is not only concerning the day, but also concerning the very manner of the fast. For some think that they should fast one day, others two, yet others more; some, moreover, count their day as consisting of forty hours day and night. […] and the disagreement in regard to the fast confirms the agreement in the faith. » Traduction française publiée : É. Grapin, Paris, Picard, 1905.
94Constitutions apostoliques, VII, 23 (Syrie, fin du IVᵉ siècle). Traduction française faite pour Ignispedia sur la version anglaise des Ante-Nicene Fathers, vol. 7 (newadvent.org/fathers/07157.htm) : « But there is one only Sabbath to be observed by you in the whole year, which is that of our Lord's burial, on which men ought to keep a fast, but not a festival. For inasmuch as the Creator was then under the earth, the sorrow for Him is more forcible than the joy for the creation. »
96 99Sacrée Congrégation des Rites, décret Dominicae Resurrectionis vigiliam (« De solemni Vigilia paschali instauranda »), 9 février 1951, signé par le cardinal Clemente Micara, pro-préfet, Acta Apostolicae Sedis 43 (1951), p. 128-129 : « Temporum vero decursu variisque de causis, eadem celebratio ad horas primum vespertinas, dein postmeridianas, denique ad matutinas sabbati sancti horas anteposita est, diversis simul inductis mutationibus, non sine originalis symbolismi detrimento » ; « cum sabbati sancti dies, non amplius, ut olim, festivus habeatur, quamplurimi fideles horis matutinis sacro ritui interesse nequeunt » ; « multi locorum Ordinarii […] supplices ad Sanctam Sedem detulerunt preces » ; « facultative pro hoc anno de locorum Ordinariorum prudenti iudicio instauranda, et ad experimentum ». Traductions françaises du corps faites sur le latin. Traduction française publiée : La Documentation catholique, n° 1091, t. 48, 1951, col. 331-334.
105 106Sacrée Congrégation des Rites, instruction De Ordine hebdomadae sanctae instaurato rite peragendo, jointe au décret du 16 novembre 1955, Acta Apostolicae Sedis 47 (1955), p. 843 : « Oportet in primis, ut fideles de peculiari natura liturgica sabbati sancti diligenter edoceantur. Est autem dies summi luctus, quo Ecclesia ad sepulcrum Domini immoratur, passionem eius et mortem meditando ; a sacrificio Missae, sacra mensa denudata, abstinendo ; usque dum, post solemnem vigiliam seu nocturnam Resurrectionis exspectationem, locus detur gaudiis paschalibus, quorum abundantia in sequentes dies exundat. » Traduction du corps faite sur le latin.
109Guillaume Durand de Mende, Rationale divinorum officiorum, livre IV, ch. 1, n° 32, éd. de Naples, 1859, p. 145 : « Alia etiam ratio est, quia Domino crucifixo et mortuo, et discipulis fugientibus, et de resurrectione desperantibus, in ea sola tota fides in sabbato illo remansit. Sciebat enim quomodo portaverat eum sine labore, et pepererat sine dolore ; et ideo certa erat, quod filius Dei esset, et a mortuis tertia die resurgere debebat. Et haec est ratio, quare dies sabbati magis quam alia dies beatae Mariae appropriatur. » Traduction du corps faite sur le latin.
114Humbert de Romans, Expositio in Constitutiones, ch. XXIV, « Quare sabbatum attribuitur Beatae Virgini », dans Opera de vita regulari, éd. J.-J. Berthier, t. II, Rome, typis A. Befani, 1889, p. 72-75 (ouvrage cité par le Directoire sur la piété populaire, n° 188, note) : « Item, sicut dicunt Sancti, aliis deficientibus in die sabbati, stetit in ea fides » (p. 73) ; séquence du samedi : « In hac die dum desperat / Grex pusillus qui tunc erat / Fidem tenet firmius » (p. 75). Traductions du corps faites sur le latin.
115 116Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 188 ; la citation intérieure est tirée de la lettre circulaire de la Congrégation pour le culte divin Orientations et propositions pour la célébration de l'Année mariale (1987), n° 5 (note 221 de l'édition anglaise).
117Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 147.
119 120 159Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, 17 décembre 2001, n° 145, texte français officiel, vatican.va.
121 122OrthodoxWiki, « Epitaphios » : icône « today most often found as a large cloth, embroidered and often richly adorned, which is used during the services of Great Friday and Holy Saturday » ; psaume 118 divisé en trois stances ; « Near the end of Matins, during the Great Doxology, a solemn procession with the Epitaphios is held, with bells ringing the funeral toll, commemorating the burial procession of Christ ». Voir aussi OrthoChristian, « The Lamentations Service for Holy Saturday Matins » : matines servies le vendredi soir, « This service includes what are called the Lamentations of the Theotokos ».
124 129 130 134 136Anne-Catherine Emmerich, La Douloureuse Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'après les méditations d'Anne-Catherine Emmerich, trad. de l'abbé de Cazalès, ch. LX, « Les amis de Jésus le Samedi saint » (texte de livres-mystiques.com, copie de la bibliothèque de Benoît). Visions recueillies et publiées par Clemens Brentano ; béatification par Jean-Paul II le 3 octobre 2004.
125Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, n° 614, « Dans la journée du Samedi saint » (vision du 30 mars 1945), édition française en dix volumes, t. 9, ch. 34 (copie de la bibliothèque de Benoît).
126Luisa Piccarreta, Les Heures de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 24ᵉ heure, « De 16 h à 17 h : La sépulture de Jésus. La Désolation de la Vierge Marie ».
127L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 21, 16 avril 1927 — la force de Marie au sépulcre (l'entrée suivante du tome est datée du 18 avril 1927) ; traduction française à usage privé (GE – Lumen Luminis). Pâques tombait le 17 avril 1927 (calcul du comput grégorien) : cette page date donc du Samedi saint. Luisa y écrit d'abord : « Je pensais ensuite à la souffrance de ma Mère, douloureuse et le Cœur transpercé, lorsqu'elle se sépara de son Jésus en Le laissant mort dans son Sépulcre. »
128Divine Liturgie de saint Basile, traduction française associant la traduction de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) et d'autres traductions, PDF de sagesse-orthodoxe.fr (31 octobre 2011), p. 1 (célébrée dix fois par an ; « le Jeudi Saint et le Samedi Saint, cette Liturgie se greffe sur les vêpres ») et p. 25-26 (chant du Grand Samedi à la place de l'hymne des chérubins).
138 139Monastère de Chevetogne, « Samedi Saint », homélie publiée le 26 mars 2016 sur monasteredechevetogne.com : à la Grande Entrée, « nous avons chanté une hymne commençant par ces paroles : "Que toute chair mortelle fasse silence ..." » ; « après avoir célébré les vêpres, ce samedi n'est plus tout à fait un samedi, mais il n'est pas encore tout à fait un dimanche ».
140Catéchisme de l'Église catholique, n° 638, citant le tropaire de Pâques de la liturgie byzantine.
142Conférence des évêques de France, « Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ? », rubrique « Pâques en questions », eglise.catholique.fr.
143 144Irish Catholic Bishops' Conference, « Swieconka – Polish Blessing of the Baskets – Easter Saturday », catholicbishops.ie, 2012 : « Baskets containing a sampling of Easter foods are brought to church to be blessed on Holy Saturday. The basket is traditionally lined with a white linen or lace napkin and decorated with sprigs of boxwood (bukszpan) » ; prières de bénédiction pour les pains, les viandes et les œufs, puis aspersion d'eau bénite.
145 146Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 146.
148Lettre aux Romains 6, 4, traduction liturgique AELF ; cf. Col 2, 12.
160Catéchisme de l'Église catholique, n° 628.
161Évangile selon saint Jean 12, 24, traduction liturgique AELF.
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