Le symbolisme des cloches

Dans la liturgie, la cloche ne fait pas que sonner : elle convoque et elle signifie. Pourquoi l'Église bénit-elle, oint-elle et nomme-t-elle ses cloches — le fameux « baptême des cloches » ? Que disent les inscriptions gravées sur le bronze (« J'appelle les vivants, je pleure les morts, je brise la foudre ») ? Des clochettes d'or du grand prêtre à l'Angélus, du glas au silence du Triduum, voici la grammaire symbolique de la voix de bronze de l'Église.

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Dans un village chrétien, la première chose que l'on entend de l'église n'est pas une parole : c'est une cloche. Avant même d'en franchir le seuil, avant de voir le clocher, on perçoit ce son grave de bronze qui roule par-dessus les toits, appelle au matin, sonne midi, pleure les morts et carillonne les fêtes. À l'heure des montres et des notifications, on pourrait croire la cloche inutile ; et pourtant l'Église continue de couler, de bénir et de faire sonner ces énormes vases de métal. C'est que la cloche n'a jamais servi seulement à donner l'heure : elle convoque et elle signifie. Elle est une voix — au point qu'on la bénit comme un être, qu'on lui donne un nom et un parrain, et qu'on grave sur son flanc, à la première personne, ce qu'elle proclame : « J'appelle les vivants, je pleure les morts, je brise la foudre. »[1]

Cet article traite de la cloche comme objet liturgique et comme signe : la grammaire symbolique que la tradition chrétienne a déposée dans ce bronze suspendu. Pourquoi la liturgie a-t-elle fait d'un instrument sonore une voix sacrée ? D'où viennent les clochettes d'or que portait déjà le grand prêtre de l'Ancienne Alliance ? Pourquoi parle-t-on du « baptême » des cloches, et que dit ce rite étrange où l'on lave, exorcise, oint et nomme une cloche ? Que signifient les inscriptions gravées sur leur robe, et comment les maîtres du Moyen Âge ont-ils lu la cloche comme une image du prédicateur ? Enfin, pourquoi les cloches se taisent-elles pendant trois jours, au cœur de la Semaine sainte ? La lumière des cierges et le parfum de l'encens relèvent d'autres signes, traités dans Le symbolisme des cierges et Le symbolisme de l'encens ; ici, on écoute le signe sonore lui-même, tel que la liturgie l'a façonné.

La cloche, une voix avant d'être un objet

Du signal utile au signe sacré

À l'origine, les chrétiens n'ont rien inventé : pour rassembler une communauté, on frappait sur une planche sonore, on agitait une clochette, on soufflait dans une corne. Le besoin était d'abord pratique. Dans les premiers monastères, il fallait un signal qui réveille les moines la nuit, les appelle à l'office, à la table, au travail. La Règle de saint Benoît (vers 540) parle simplement du signum, le « signal » : « dès que le signal a été entendu » (cum exauditum fuerit signum), les moines doivent se lever sans tarder[2]. Le mot ne désigne pas encore une cloche au sens moderne, mais déjà l'objet est défini par sa fonction : faire signe.

C'est ce déplacement — du signal utile au signe sacré — qui fonde tout le symbolisme de la cloche. Très vite, le son qui convoque l'assemblée a été entendu comme bien plus qu'un avertissement horaire. Quand la cloche appelle à la messe, elle ne dit pas seulement « il est l'heure » : elle dit « le Seigneur vous appelle ». L'objet utile devient porteur d'une voix qui n'est plus la sienne.

La voix de Dieu qui convoque

La liturgie a toujours traité la cloche comme une voix, et précisément comme un écho de la voix de Dieu. Le rite de bénédiction des cloches applique au bronze le verset du psaume sur la voix du Seigneur qui ébranle la création : « La voix du Seigneur est puissance, la voix du Seigneur est splendeur » (vox Domini in virtute, vox Domini in magnificentia, Ps 28, 4)[3]. La cloche prête sa puissance sonore à cette voix : elle porte au loin, par-dessus les murs et les champs, l'appel que la parole humaine ne saurait faire entendre.

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De là vient la dignité durable de la cloche dans le culte : elle ne sonne pas pour elle-même, mais comme héraut. Là où la trompette d'argent de l'Ancienne Alliance convoquait Israël (cf. Nb 10, 2), la cloche convoque l'Église ; et là où, dans les villes, le crieur public proclamait les édits, la cloche proclame les mystères de Dieu. C'est pourquoi on ne la fait pas sonner n'importe comment : chaque manière de sonner — la volée qui la fait basculer à plein, le tintement qui la frappe immobile, le glas espacé des morts, le tocsin précipité de l'alarme — est un mot dans une langue que tout le pays comprenait sans qu'on l'eût jamais apprise.

Les noms de l'objet : du signum à la campana

Le vocabulaire même de la cloche raconte cette montée du signal vers le signe. Le latin chrétien a d'abord dit signum, le « signal ». Puis sont apparus deux mots qui ont fait fortune. Le premier, campana, s'est imposé pour les grandes cloches et a donné l'italien campana, l'espagnol campana, et notre campanile. Le second, nola, a désigné les petites clochettes. Une tradition médiévale, rapportée au IXe siècle par Walafrid Strabon, faisait dériver ces deux mots de la Campanie et de la ville de Nola, en Italie du Sud, et attribuait l'invention de la cloche d'église à saint Paulin de Nole (mort en 431)[4].

L'érudition moderne est plus prudente. L'ancienne Catholic Encyclopedia note que l'étymologie par la Campanie « manque d'appui », et que la légende de Paulin est « extrêmement improbable » : dans la description minutieuse qu'il a laissée de sa propre église, Paulin ne mentionne nulle part de cloche[5]. Le mot campana signifierait plutôt, à l'origine, un « vase de bronze ». Quant à la famille du français cloche, elle vient du celtique clocca, mot d'origine irlandaise attesté dès la fin du VIIe siècle dans le Livre d'Armagh et chez Adamnan[6] — souvenir des petites cloches à main que les moines missionnaires d'Irlande emportaient pour appeler à la prière. Il est honnête de le dire : la légende est belle, mais la cloche d'église n'est pas née d'un seul homme ni d'une seule ville ; elle est le fruit lent d'un usage devenu sacré.

Les racines bibliques du son sacré

La cloche est une invention chrétienne, mais le sens qu'elle porte est plus ancien qu'elle. L'Écriture connaît déjà un son sacré : un son qui n'amuse pas l'oreille mais accompagne le culte, convoque le peuple et signale la présence de Dieu. La cloche en est l'héritière.

Les clochettes d'or du grand prêtre

Reconstitution moderne exposée à Brigham Young University, détail de l’ourlet. Ben P L / Wikimedia Commons, CC BY 2.0 ; recadrage publié sur Commons.

Le texte fondateur est la description du vêtement liturgique d'Aaron, le grand prêtre, dans le livre de l'Exode. Sur le bord inférieur de sa robe, Dieu prescrit d'alterner des grenades de couleur et de petites clochettes d'or :

« Sur sa bordure inférieure, tu feras des grenades de pourpre violette, de pourpre rouge et de cramoisi, tout autour de la bordure, avec des clochettes d'or entre elles, tout autour : une clochette d'or et une grenade, tout autour de la bordure de la robe. Aaron la portera pour faire le service ; on en entendra le son quand il entrera dans le sanctuaire, devant le Seigneur, et quand il en sortira — et il ne mourra pas. » — Livre de l'Exode, 28, 33-35[7]

Le détail est saisissant. Le son des clochettes n'est pas un ornement : il est vital. Il accompagne l'entrée du prêtre dans le lieu saint et l'en fait sortir vivant ; il signale, par avance, l'approche du sacré. La tradition chrétienne y a vu une préfiguration : comme la robe d'Aaron tintait au seuil du Saint des Saints, la cloche de l'église tinte au seuil des saints mystères. Le bronze suspendu au clocher prolonge l'or cousu sur la robe : un son qui annonce que l'on entre dans la sphère de Dieu.

Les trompettes de la convocation et les cymbales de la louange

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Le son sacré de l'Ancienne Alliance a deux autres grands emplois, que la cloche réunira plus tard. D'abord la convocation. Au désert, Dieu ordonne à Moïse de se faire deux trompettes d'argent, « pour convoquer l'assemblée et donner le signal de lever le camp » (cf. Nb 10, 2) : un son qui rassemble le peuple dispersé et lui dit de se mettre en marche. C'est exactement la fonction première de la cloche : plebem voco, « j'appelle le peuple ».

Ensuite la louange. Le dernier psaume du psautier déploie tout l'orchestre du Temple pour acclamer Dieu, et il finit sur le bronze qui résonne :

« Louez-le par l'éclat du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ! […] Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! Que tout être qui respire loue le Seigneur ! » — Psaume 150, 3-6[8]

La cloche héritera de ces deux registres : tantôt elle convoque comme la trompette, tantôt elle loue comme la cymbale, éclatant de joie les jours de fête. La même voix de bronze dit l'appel et l'allégresse, selon qu'elle sonne pour rassembler ou pour chanter.

La naissance de la cloche chrétienne

La cloche liturgique a une histoire — celle d'un signal monastique devenu voix de toute la chrétienté. La retracer permet de comprendre que sa charge symbolique n'a pas été décrétée d'un coup, mais déposée par couches successives, du désert des moines aux clochers des cathédrales.

Les premiers témoins : Grégoire de Tours et les moines

Le premier écrivain chrétien à mentionner fréquemment les cloches est Grégoire de Tours, vers 585. Il parle de signa que l'on « frappait ou agitait » au moyen d'une corde, et qui sonnaient avant les offices et tiraient les moines de leur lit[9]. À la même époque, la Vie de saint Colomban (vers 615) décrit le rassemblement de la communauté d'un mot : « signo tacto omnes adesse imperavit » — « le signal ayant été frappé, il ordonna à tous d'être présents »[10]. La cloche naît ainsi dans le cloître, au service de la prière des heures : elle est, dès l'origine, l'instrument qui arrache au sommeil et appelle à louer Dieu.

Du monastère à la paroisse

Au VIIIe siècle, l'usage gagne tout l'Occident. Le vénérable Bède (vers 710) emploie déjà le mot campana pour les cloches d'église[11]. Le pape Étienne II (752-757) fait élever à la basilique Saint-Pierre un clocher muni de trois cloches[12] : la cloche entre dans la ville et se dresse au-dessus du sanctuaire. Sous Charlemagne, au début du IXe siècle, on attend de chaque église paroissiale qu'elle possède sa cloche[13]. En quelques générations, le signal des moines est devenu la voix de la chrétienté tout entière : il n'est plus de clocher sans cloche, ni de village sans cette voix qui rythme le jour.

  1. vers 540
    La Règle de saint Benoît : le signum

    Saint Benoît règle la vie monastique au son d'un signum : « dès que le signal a été entendu » (cum exauditum fuerit signum), le moine se lève pour l'office. La cloche naît au service de la prière des heures.

  2. vers 585
    Grégoire de Tours mentionne les signa

    Premier témoin fréquent des cloches d'église : on les « frappe ou agite » au moyen d'une corde, avant les offices, pour réveiller les moines.

  3. VIIe siècle
    Le mot celtique clocca

    Les cloches à main des moines irlandais font passer dans le latin le mot clocca (Livre d'Armagh, Adamnan) — ancêtre du français « cloche ».

  4. vers 710
    Bède emploie le mot campana

    Le vénérable Bède désigne les cloches d'église par campana : le vocabulaire de la grande cloche est fixé.

  5. 752-757
    Étienne II : trois cloches à Saint-Pierre

    Le pape fait élever un clocher de trois cloches à la basilique Saint-Pierre : la cloche se dresse au-dessus du sanctuaire romain.

  6. milieu du VIIIe siècle
    Le rite de bénédiction des cloches

    La bénédiction solennelle des cloches se fixe — le formulaire remonte « peut-être à l'épiscopat d'Egbert d'York », archevêque (732-766) : c'est l'origine du « baptême » des cloches.

  7. vers 800
    Charlemagne : une cloche par paroisse

    Chaque église paroissiale est désormais censée avoir sa cloche. Le signal des moines est devenu la voix de toute la chrétienté.

La bénédiction des cloches : le « baptême » du bronze

De tous les objets de la liturgie, la cloche est celui que l'Église traite le plus comme une personne. On ne se contente pas de la bénir : on l'exorcise, on la lave, on l'oint des saintes huiles, on lui donne un nom et un parrain. Ce rite si particulier, la Benedictio campanae, a frappé les esprits au point qu'on a fini par l'appeler — abusivement — le « baptême des cloches ».

Un rite qui ressemble au baptême

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Le formulaire, dont la Catholic Encyclopedia fait remonter l'origine « peut-être à l'épiscopat d'Egbert d'York, archevêque, au milieu du VIIIe siècle »[14], emprunte de fait beaucoup au baptême. L'évêque récite d'abord sept psaumes avec le clergé. On prépare ensuite une eau mêlée de sel par des prières d'exorcisme, comme pour l'eau bénite. Puis l'évêque lave la cloche, au-dedans et au-dehors, avec cette eau, et l'essuie[15]. Exorcisme, eau, sel : un fidèle attentif y reconnaît les gestes qui accompagnent l'entrée d'un chrétien dans l'Église.

L'onction d'huile et de saint chrême

Vient ensuite le geste le plus solennel, celui qui fait de la cloche un objet consacré. L'évêque trace, avec l'huile des malades, sept croix à l'extérieur du vase, puis, avec le saint chrême, quatre croix à l'intérieur. À chaque onction, il prononce une formule de consécration :

« Que cette cloche soit sanctifiée, Seigneur, et consacrée, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. En l'honneur de saint N. Que la paix soit avec toi. » — Pontifical romain, Benedictio campanae (formule de l'onction)[16]

Enfin, on place sous la cloche un encensoir où brûlent encens et myrrhe, dont la fumée parfumée l'enveloppe par l'intérieur, et l'on proclame un passage de l'Évangile — celui de Marthe et Marie recevant le Seigneur[17]. Huile, chrême, encens : la cloche reçoit les onctions et les parfums réservés aux choses saintes. Désormais sa voix n'est plus un simple bruit de métal : elle est tenue pour un sacramental, un signe sanctifié par l'Église.

Le nom et le parrain

Comme un nouveau baptisé, la cloche reçoit un nom — souvent celui d'un saint, de la Vierge, ou du donateur — et, autrefois, un parrain chargé de le suggérer[18]. C'est pourquoi les grandes cloches portent des noms propres, parfois célèbres : la Savoyarde du Sacré-Cœur de Montmartre, la Emmanuel de Notre-Dame de Paris, la Pummerin de Vienne. Le bronze devient quelqu'un, avec un nom que l'on grave sur sa robe et que la communauté connaît.

« Baptême » : un mot populaire, jamais reconnu

Faut-il alors parler de « baptême » ? L'expression est ancienne — on la trouve en France dès le XIe siècle — mais elle est impropre. La Catholic Encyclopedia le dit nettement :

« L'expression "baptême des cloches" est purement populaire et métaphorique. Elle a été tolérée, mais n'a jamais été formellement reconnue par l'Église. » — The Catholic Encyclopedia (1907-1912), art. « Bells »[19]

Et pour cause : le baptême est le sacrement qui régénère une personne ; on ne baptise pas un objet. Les ressemblances avec le baptême — l'eau, le sel, l'onction, le nom — sont réelles, mais superficielles : il n'y a ni triple immersion, ni la formule essentielle qui fait le sacrement[20]. Le rite est une bénédiction consécratoire, non un baptême. La distinction n'est pas un détail : elle protège la vérité même du baptême, en réservant le mot et la chose à ce qui régénère une âme. La cloche n'est pas baptisée ; elle est consacrée pour porter, dans le monde, la voix de l'Église.

Ce que dit la cloche : la grammaire des inscriptions

Parce qu'elle est une voix, la cloche a fini par parler à la première personne. Depuis le Moyen Âge, on grave sur sa robe des vers latins où la cloche elle-même énonce sa fonction. Ces inscriptions sont une véritable théologie populaire coulée dans le bronze : pour comprendre ce que l'Église attend de ses cloches, il suffit de lire ce qu'elle leur fait dire.

Les six offices de la cloche

La plus célèbre de ces inscriptions, attestée sur quantité de cloches médiévales, résume en deux vers tout l'office du bronze sacré :

« Je loue le Dieu véritable, j'appelle le peuple, je rassemble le clergé ; je pleure les défunts, je chasse l'orage, j'honore les fêtes. » — Inscription de cloche, « Laudo Deum verum, plebem voco, congrego clerum / Defunctos ploro, pestem fugo, festa decoro »[21]

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Tout est dit. La cloche loue Dieu, comme la cymbale du psaume ; elle appelle le peuple et rassemble le clergé, comme la trompette de la convocation ; elle pleure les morts par le glas ; elle honore les fêtes par la volée joyeuse ; et elle prétend même chasser l'orage. Une seule voix de bronze tient ainsi tous les emplois, du plus solennel au plus quotidien.

Ce que dit la cloche (latin)OfficeManière de sonner
Laudo Deum verumlouer le Dieu vraivolée de louange
Plebem vocoappeler le peuplesonnerie d'appel
Congrego clerumrassembler le clergésonnerie d'office
Defunctos ploropleurer les défuntsle glas
Pestem fugo (ou nimbum / fulgura)chasser le fléau, l'oragesonnerie de tempête
Festa decorohonorer les fêtesgrande volée

« J'appelle les vivants, je pleure les morts, je brise la foudre »

Une autre formule, plus brève et plus fameuse encore, ramasse l'essentiel en trois verbes :

« J'appelle les vivants, je pleure les morts, je brise la foudre. » — Devise de cloche, « Vivos voco, mortuos plango, fulgura frango »[22]

Ces mots, le poète Friedrich Schiller les a relevés sur la grande cloche du Münster de Schaffhouse, en Suisse, et en a fait l'épigraphe de son célèbre Chant de la cloche (Das Lied von der Glocke, 1799)[23]. Ils disent les trois grands moments où la cloche accompagne une vie : elle salue le vivant qu'on appelle à l'assemblée, elle pleure le mort qu'on porte en terre, elle conjure la foudre qui menace. De la naissance à la mort, la voix de bronze veille sur le peuple chrétien.

Les inscriptions mariales et de saints

Beaucoup de cloches portent enfin le nom du ciel sous lequel on les a placées. On grave sur les cloches de la Vierge des suppliques comme « Sainte Marie, protège par ta pieuse prière ceux que je convoque » (Protege prece pia quos convoco, Sancta Maria) ou « Je m'appelle Marie. Ô roi de gloire, viens avec la paix »[24]. D'autres invoquent saint Pierre : « Que Pierre nous conduise aux pâturages de la vie éternelle » (Petrus ad aeternae ducat nos pascua vitae)[25]. La cloche n'est pas anonyme : elle prie le saint dont elle porte le nom, et elle associe à son appel toute la communion des saints.

La lecture symbolique des maîtres médiévaux

Le Moyen Âge a systématisé cette grammaire du bronze. Le grand liturgiste Guillaume Durand de Mende (vers 1230-1296), dans son Rationale divinorum officiorum, consacre tout un chapitre aux cloches (livre I), où il déploie une lecture spirituelle de chacune de leurs parties.

La cloche, image du prédicateur

Pour Durand, la cloche est d'abord une figure du prédicateur :

« Les cloches signifient les prédicateurs, qui doivent, à la ressemblance d'une cloche, exhorter les fidèles à la foi. » — Guillaume Durand de Mende, Rationale divinorum officiorum, livre I (Des cloches)[26]

L'image est juste : comme la cloche, le prédicateur élève la voix au-dessus de la foule pour la rassembler ; comme elle, il appelle, avertit, console et célèbre. Et de même que la cloche ne sonne que parce qu'on la frappe, le prédicateur ne parle vraiment que touché, lui aussi, par la grâce.

Le battant, le bois, la corde

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Durand poursuit en lisant chaque pièce de la cloche. Le battant — la langue de fer qui, en frappant les deux parois, fait jaillir le son — figure la langue du prédicateur, qui fait résonner les deux Testaments, l'Ancien et le Nouveau[27]. La dureté du métal signifie la fermeté de l'âme du prédicateur. Le bois auquel la cloche est suspendue figure le bois de la Croix du Seigneur ; les attaches de fer qui la fixent au joug, la charité qui unit le prédicateur au Christ. La corde enfin, par laquelle on met la cloche en branle, signifie tantôt l'humilité de celui qui prêche, tantôt l'enchaînement des Écritures par lequel la prédication tient à la Parole de Dieu[28]. Rien n'est laissé au hasard : la cloche tout entière devient une image de l'Église qui annonce l'Évangile.

Pourquoi le son chasse les démons et l'orage

Reste l'usage le plus étonnant : sonner les cloches contre la tempête. L'inscription le revendiquait déjà — pestem fugo, fulgura frango — et Durand l'assume : le son des cloches, écrit-il, est détesté des démons et possède une vertu protectrice contre les orages et les fléaux[29]. Il faut ici être exact, dans la ligne de la doctrine catholique : l'Église n'a jamais enseigné que le bronze aurait par lui-même un pouvoir magique sur la foudre. Ce que dit la tradition, c'est que la cloche consacrée porte la prière de l'Église, et que sonner contre l'orage, c'est crier vers Dieu par la voix du bronze — un acte de prière, non de superstition. Le rite de bénédiction le formule ainsi : que partout où sonnera cette cloche, la puissance des ennemis recule, et que les fidèles soient appelés à la prière. La cloche ne combat pas la foudre comme un paratonnerre ; elle appelle au secours Celui dont « la voix est puissance »[30].

Les voix de la cloche dans l'année chrétienne

Au fil de l'année et de la vie chrétienne, la cloche change d'accent selon le mystère qu'elle sert. Un même bronze dit tantôt la joie de la fête, tantôt l'appel à la prière du soir, tantôt le deuil d'un défunt, tantôt l'adoration du Corps du Christ.

L'Angélus : la cloche qui rythme la prière

Jean-François Millet, L’Angélus (1857-1859), musée d’Orsay. Wikimedia Commons, domaine public.

Trois fois le jour — au matin, à midi, au soir — une sonnerie particulière appelle les fidèles à réciter l'Angélus, cette prière qui médite l'Incarnation. Au Moyen Âge, l'Angélus se sonnait communément par trois coups espacés, répétés trois fois, suivis d'une volée[31] : trois tintements pour chacune des trois invocations, puis le carillon de la joie. Une cloche spéciale, souvent appelée « cloche Gabriel » — du nom de l'ange de l'Annonciation —, lui était parfois dédiée[32]. Par l'Angélus, la cloche sanctifie le travail du jour : elle interrompt un instant les champs et les ateliers pour rappeler que « le Verbe s'est fait chair ». C'est cette scène que peindra Jean-François Millet dans son célèbre Angélus (1857-1859), où deux paysans s'arrêtent, tête baissée, au son de la cloche lointaine.

Le glas : la cloche des morts

Quand un chrétien meurt, la cloche prend une voix grave et lente : c'est le glas. Dès le Moyen Âge, on sonnait une « cloche du trépas » (passing bell) lorsqu'un membre de la communauté était à l'agonie, pour appeler les frères à son chevet ou à la prière[33]. Le glas accompagne ensuite le défunt jusqu'à l'église et au cimetière. Sa lenteur dit le deuil ; mais, sonné par une cloche consacrée et chrétienne, il dit aussi l'espérance : la même voix qui pleure le mort a salué sa naissance et l'a appelé toute sa vie à la prière. Mortuos plango — « je pleure les morts » — n'est jamais un cri de désespoir, mais l'adieu d'une Église qui croit à la résurrection.

L'élévation et la clochette du sanctus

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Toutes les cloches ne sont pas au clocher. Au cœur de la messe, une petite clochette sonne au moment le plus saint. Dès le XIIIe siècle, avec l'apparition de l'élévation de l'hostie, on prit l'habitude de faire sonner une cloche au moment où le prêtre élève le Corps du Christ, pour avertir les fidèles — et même les gens aux champs — de s'unir à l'adoration[34]. De là vient la clochette du Sanctus et de la consécration, qui retentit encore aujourd'hui à l'autel. La cloche descend ici à l'intérieur du sanctuaire : elle ne convoque plus de loin, elle souligne le mystère présent sur l'autel. Le sens propre de l'autel et de ce qui s'y accomplit est traité dans Le symbolisme de l'autel.

Le tocsin et le couvre-feu

La cloche a aussi servi la cité tout entière. Sonnée à coups précipités et répétés, elle devenait le tocsin : l'alarme qui ameutait le village en cas d'incendie, d'inondation ou de danger. Le soir, le couvre-feu (curfew) avertissait d'éteindre feux et lumières avant la nuit[35]. Ces usages civils ne sont pas étrangers au symbolisme religieux : ils manifestent que la cloche était la voix commune, celle qui veillait sur le corps social comme sur les âmes. Le bronze bénit de l'église protégeait, par sa voix, la vie quotidienne de tous.

Le silence du Triduum : « les cloches sont parties à Rome »

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Il est un moment de l'année où la cloche parle en se taisant. Du Gloria du Jeudi saint au Gloria de la Vigile pascale, les cloches se taisent — règle qui remonte au VIIIe siècle[36]. Pendant ce grand silence, qui commémore les heures de la Passion et de la mise au tombeau du Christ, on remplace le son du bronze par une simple crécelle de bois pour annoncer les offices[37]. Le mutisme des cloches est lui-même un signe : l'Église retient sa voix de joie tant que son Seigneur est au tombeau.

Pour expliquer ce silence aux enfants, une belle légende populaire, née en France et en Belgique, raconte que les cloches « sont parties à Rome » : elles s'envolent le Jeudi saint vers le pape qui les bénit, et reviennent le matin de Pâques en carillonnant, semant au passage les œufs de Pâques dans les jardins[38]. La légende n'a évidemment rien d'officiel, mais elle dit joliment la vérité liturgique : quand les cloches reviennent, à la Vigile pascale, leur grande volée proclame que le Christ est ressuscité. Le silence du tombeau s'achève dans l'éclat du bronze retrouvé.

Combien de cloches ? La hiérarchie du bronze

Comme pour les cierges de l'autel, le nombre des cloches n'a jamais été indifférent : il manifeste la dignité de l'église. La tradition canonique réservait au moins cinq cloches à une cathédrale, deux ou trois à une église paroissiale, tandis que les églises des ordres mendiants n'eurent d'abord droit qu'à une seule[39]. Plus l'église est importante, plus sa voix est riche : un véritable ensemble de cloches accordées, où la plus grosse, le bourdon, donne la note grave et fondamentale, tandis que les plus petites tissent le carillon. La hiérarchie du bronze redit, dans l'ordre du son, ce que la hiérarchie des cierges disait dans l'ordre de la lumière — voir Le symbolisme des cierges : la solennité de la fête se mesure à l'abondance du signe.

Ainsi, du signum frappé dans un cloître du VIe siècle au grand bourdon d'une cathédrale, la cloche n'a cessé d'être ce qu'elle fut dès l'origine : non un instrument, mais une voix. Une voix que l'on bénit comme on consacre une chose sainte, que l'on nomme comme on nomme un enfant, et qui, du haut du clocher, redit chaque jour au monde l'unique appel : « Venez, le Seigneur vous attend. »

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Devise de cloche « Vivos voco, mortuos plango, fulgura frango » (« J'appelle les vivants, je pleure les morts, je brise la foudre »). Friedrich Schiller l'a relevée sur le grand bourdon du Münster de Schaffhouse, en Suisse — l'église de l'ancienne abbaye bénédictine d'Allerheiligen, devenue réformée en 1524 (Schaffhouse n'a pas de cathédrale) — et en a fait l'épigraphe de son poème Das Lied von der Glocke (« Le Chant de la cloche », 1799). La devise est une forme abrégée de l'inscription plus longue « Laudo Deum verum… funera plango, fulgura frango, sabbata pango, excito lentos, dissipo ventos, paco cruentos ». Source : article « Das Lied von der Glocke » / « Song of the Bell », en.wikipedia.org ; National Bell Festival (bells.org), « An Introduction to Bell Inscriptions ». Vérifié le 19 juin 2026.

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  2. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Premiers témoins de la cloche d'église : la Règle de saint Benoît (vers 540) règle l'office au son d'un signum (« cum exauditum fuerit signum ») ; Grégoire de Tours (vers 585) mentionne fréquemment des signa « frappés ou agités » par une corde, sonnés avant les offices ; la Vita Columbani (vers 615) : « signo tacto omnes adesse imperavit » ; le vénérable Bède (vers 710) emploie campana ; le pape Étienne II (752-757) élève un clocher de trois cloches à Saint-Pierre ; sous Charlemagne (début IXe s.), chaque paroisse est censée avoir sa cloche. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  3. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm), et Pontifical romain, Benedictio campanae. Le rite de bénédiction applique à la cloche le verset « vox Domini in virtute, vox Domini in magnificentia » — « La voix du Seigneur est puissance, la voix du Seigneur est splendeur » (Psaume 28[29], 4), qui fonde l'idée de la cloche comme écho de la voix de Dieu, rung « at times of storm and apprehended danger ». Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  4. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Étymologie et origines : campana apparaît d'abord en Italie du Sud (vers 515) et signifierait à l'origine un « vase de bronze » ; la dérivation populaire par la Campanie « lacks support » et la légende attribuant l'invention à saint Paulin de Nole (rapportée au IXe s. par Walafrid Strabon) est jugée « extremely improbable » — Paulin, dans la description détaillée de sa propre église, ne mentionne aucune cloche. Le mot clocca est « definitely Irish in origin » (attesté dans le Livre d'Armagh et chez Adamnan, vers 685). Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  5. Livre de l'Exode, 28, 33-35 (description de la robe du grand prêtre). Texte hébreu : clochettes d'or (paʿamonê zahav) alternées avec des grenades (rimmonim) sur l'ourlet de la meʿil. Vulgate : « ita ut tintinabulum sit aureum et malum punicum… et audietur sonitus quando ingreditur et egreditur sanctuarium in conspectu Domini, ut non moriatur ». Traduction française d'après la Bible de Jérusalem / la liturgie. Référence et formulation vérifiées le 19 juin 2026.

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  6. Psaume 150, 3-6 (le dernier psaume du psautier, sommet de la louange instrumentale). V. 5 : « Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! » (Vulgate : « laudate eum in cymbalis bene sonantibus, laudate eum in cymbalis iubilationis »). Texte vérifié sur biblegateway.com (et recoupé avec la traduction liturgique francophone) le 19 juin 2026. Pour la trompette de la convocation, cf. Nombres 10, 1-2 : deux trompettes d'argent « pour convoquer l'assemblée et donner le signal de lever le camp ».

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  7. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Le rite Benedictio campanae, dont le formulaire remonte « probably as far back as the pontificate of Egbert of York in the middle of the eighth century » (la Catholic Encyclopedia anglophone emploie ici pontificate au sens large d'épiscopat : Egbert fut nommé au siège d'York en 732, reçut le pallium en 735 comme archevêque, et mourut le 19 novembre 766 — cf. article « Egbert, Archbishop of York ») : l'évêque récite sept psaumes, on exorcise une eau mêlée de sel (comme l'eau bénite), on lave la cloche au-dedans et au-dehors et on l'essuie ; après les onctions, on place sous la cloche un encensoir d'encens et de myrrhe, et l'on proclame l'évangile de Marthe et Marie. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  8. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). L'onction consécratoire de la cloche : l'évêque trace sept croix d'huile des malades à l'extérieur et quatre de saint chrême à l'intérieur, en disant à chaque fois la formule « May this bell be hallowed, O Lord, and consecrated in the name of the Father, and of the Son and of the Holy Ghost. In honour of St. N. Peace be to thee » (« Que cette cloche soit sanctifiée, Seigneur, et consacrée, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. En l'honneur de saint N. Que la paix soit avec toi »). Texte du Pontifical romain. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  9. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Comme un baptisé, la cloche reçoit un nom (d'un saint, de la Vierge ou du donateur) et, autrefois, un parrain (« the name was suggested by a godfather ») chargé de le suggérer. D'où les noms propres des grandes cloches (la Savoyarde de Montmartre, l'Emmanuel de Notre-Dame de Paris, la Pummerin de Vienne). Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  10. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Sur l'expression « baptême des cloches » : « The phrase 'baptism of bells' is merely popular and metaphorical. It has been tolerated, but has never been formally recognized by the Church ». Les ressemblances avec le baptême (eau, sel, onction, nom) sont jugées « really very superficial » : il n'y a ni triple immersion ni la forme essentielle du sacrement. Le rite est une bénédiction consécratoire, non un baptême. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  11. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Inscription classique gravée sur quantité de cloches médiévales : « Laudo Deum verum, plebem voco, congrego clerum / Defunctos ploro, nimbum (ou pestem / fulgura) fugo, festa decoro » — traduction de la Catholic Encyclopedia : « I praise the true God, I call the people, I assemble the clergy; I bewail the dead, I dispense storm clouds, I do honour to feasts. » Variante : « Funera plango, fulmina frango, sabbata pango, excito lentos, dissipo ventos, paco cruentos. » Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  12. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Inscriptions de dévotion : sur les cloches mariales, « Protege prece pia quos convoco, Sancta Maria » (« Sainte Marie, protège par ta pieuse prière ceux que je convoque ») et « Maria vocor. O rex gloriae veni cum pace » (« Je m'appelle Marie. Ô roi de gloire, viens avec la paix ») ; sur les cloches de saint Pierre, « Petrus ad aeternae ducat nos pascua vitae » (« Que Pierre nous conduise aux pâturages de la vie éternelle »). Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  13. Guillaume Durand de Mende, Rationale divinorum officiorum (vers 1285-1291), livre I, chapitre consacré aux cloches (De campanis). Durand y développe la lecture symbolique : les cloches signifient les prédicateurs (« Bells do signify preachers, who ought after the likeness of a bell to exhort the faithful » dans la traduction anglaise de J. M. Neale et B. Webb, The Symbolism of Churches and Church Ornaments, 1843) ; le battant / la langue de fer figure la langue du prédicateur qui fait résonner les deux Testaments ; la dureté du métal, la fermeté de l'âme ; le bois auquel la cloche est suspendue, le bois de la Croix ; les attaches de fer, la charité ; la corde, l'humilité du prédicateur et le lien des Écritures ; le son des cloches est dit redouté des démons et protecteur contre les orages. Édition critique latine : Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 140 (Brepols) ; traduction anglaise de référence : Neale & Webb (1843, rééd. sur archive.org / Project Gutenberg).

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  14. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). L'Angélus : au Moyen Âge, il était « commonly rung with three equal peals » (trois coups espacés, répétés trois fois, suivis d'une volée), et une cloche spéciale, souvent appelée « Gabriel bell » (du nom de l'ange de l'Annonciation), lui était parfois dédiée. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  15. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). La « cloche du trépas » (passing bell) : sonnée quand un membre de la communauté « seemed to be at the point of death », pour appeler les moines à son chevet ou les inviter à prier. Racine du glas des défunts. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  16. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). La cloche de l'élévation : « From the introduction of the Elevation of the Host in the Mass at the beginning of the thirteenth century it seems to have been customary to ring one of the great bells of the church… at the moment when the Sacred Host was raised on high », pour avertir notamment les gens aux champs. Origine de la clochette du Sanctus et de la consécration. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  17. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Le couvre-feu (curfew) : sonnerie du soir « warning to extinguish fires and lights, after which all respectable characters went home to bed » — usage civil de la cloche, parmi le tocsin (alarme) et les sonneries publiques. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  18. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Le silence des cloches du Triduum : elles sont muettes « from the Gloria of the Mass on Maundy Thursday until the Gloria on Holy Saturday », règle qui « goes back to the eighth century » et commémore le deuil de la Passion et de la mise au tombeau. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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  19. Le silence des cloches du Triduum pascal et la légende des « cloches parties à Rome ». Du Gloria de la messe du Jeudi saint à celui de la Vigile pascale, les cloches se taisent en signe de deuil ; on les remplace par une crécelle de bois pour annoncer les offices. Pour l'expliquer aux enfants, la tradition populaire française et belge dit que les cloches s'envolent à Rome se faire bénir par le pape et reviennent le matin de Pâques en répandant les œufs. Sources : Église catholique en France (eglise.catholique.fr, « Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ? »), recoupées avec des présentations diocésaines (blog.egliseinfo.be). Vérifié le 19 juin 2026.

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  20. The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Bells » (newadvent.org/cathen/02418b.htm). Le nombre des cloches selon la dignité de l'église : « a cathedral had five or more bells, a parish church two or three, while the churches of the mendicant orders… were originally limited to one ». La plus grosse cloche d'un ensemble accordé est le bourdon. Source vérifiée le 19 juin 2026.

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