L'encens est sans doute le plus immatériel des signes liturgiques : une fumée qui monte, un parfum qui emplit la nef, et tout est dit. Pourtant, ce nuage odorant est l'un des langages les plus anciens et les plus universels de la prière. Brûler une résine précieuse devant la face de Dieu, regarder sa fumée s'élever et disparaître vers le ciel : le geste se trouve dans le Temple de Jérusalem bien avant de se trouver dans nos églises, et il porte, à chaque messe solennelle, un faisceau de significations précises.
Le sens premier est donné par la liturgie elle-même en une phrase : « L'encensement exprime le respect et la prière. »[1] La fumée qui s'élève figure la prière de l'Église montant vers Dieu ; le parfum répandu honore les personnes et les objets saints ; et la combustion d'une matière précieuse dit l'adoration due à Dieu seul. À ces trois sens, la tradition en ajoute un quatrième, plus mystérieux : l'encens est la bonne odeur du Christ, le parfum de son sacrifice et de sa grâce répandue sur le monde.
Cet article retrace le symbolisme de l'encens : ce qu'il est concrètement, son vocabulaire (encensoir, navette, thuriféraire), ses profondes racines bibliques, la méfiance que les premiers chrétiens lui ont d'abord opposée — car offrir de l'encens aux idoles avait coûté la vie aux martyrs —, sa lente entrée dans le culte chrétien, sa grammaire symbolique, et les règles actuelles qui fixent quand, qui et quoi l'on encense. La lumière, elle, relève d'un autre signe et d'un autre objet : on la traite dans Le symbolisme des cierges, comme l'autel lui-même est traité dans Le symbolisme de l'autel.
Qu'est-ce que l'encens ?
L'oliban, larme de l'arbre à encens
Au sens strict, l'encens liturgique est l'oliban : la résine séchée que l'on recueille en incisant l'écorce de certains arbres du genre Boswellia, surtout le Boswellia sacra d'Arabie et de la corne de l'Afrique. La sève suinte, durcit à l'air en petites larmes translucides, et c'est cette gomme-résine, posée sur une braise, qui libère en brûlant une fumée odorante.[2] Le mot français encens vient du latin incensum, « ce qui est brûlé », du verbe incendere, « mettre le feu » : l'encens est, littéralement, une offrande consumée par le feu.[3]
Dans le langage liturgique, on n'emploie presque jamais l'oliban à l'état pur : on le mêle d'autres résines et aromates — myrrhe, benjoin, storax — pour composer des mélanges parfumés. Cette pratique du mélange est elle-même biblique : la première recette d'encens sacré, donnée à Moïse, est un assemblage de quatre substances « en parties égales ».[4]
Encensoir, navette, thuriféraire : le vocabulaire de l'encens
Le geste suppose tout un petit appareil d'objets, dont les noms forment le vocabulaire propre de l'encensement. L'encensoir — appelé aussi thurible, du latin thus, thuris, « oliban » — est le récipient de métal, suspendu à des chaînes, dans lequel brûle le charbon ; on le balance pour aviver la braise et projeter la fumée. La navette — ainsi nommée parce que sa forme rappelle une petite barque — est le coffret qui contient la réserve de grains d'encens ; une petite cuiller sert à les prélever pour les déposer sur le charbon. Celui qui porte l'encensoir et la navette se nomme le thuriféraire.[5]
Le balancement n'est pas une fantaisie décorative : il entretient la combustion et règle l'épaisseur du nuage. Encenser un objet ou une personne consiste à lui adresser un ou plusieurs coups d'encensoir — un mouvement ample qui projette la fumée vers ce que l'on veut honorer. Le nombre de ces coups est codifié, car il exprime des degrés de vénération différents, comme on le verra plus bas.
« Encenser » : un geste, pas seulement un parfum
Il faut tenir ensemble les deux dimensions de l'encens, car le réduire à l'une ou à l'autre le défigure. L'encens est d'abord une matière : une résine, un parfum, une fumée — quelque chose qui frappe les sens, qui se voit et qui se respire. Mais il est inséparablement un geste : on ne se contente pas d'en répandre l'odeur, on encense, c'est-à-dire qu'on dirige cette fumée vers quelqu'un ou vers quelque chose, avec un sens précis.
C'est pourquoi la liturgie ne parle pas seulement d'« encens », mais d'« encensement » : un acte de culte ordonné, accompli par un ministre, vers un objet déterminé, selon des règles. La fumée parfumée est le signe, l'encensement est le rite. Tout le symbolisme de l'encens tient dans cette alliance d'une matière sensible et d'une intention spirituelle.
L'encens dans l'Écriture sainte
L'autel des parfums et la recette interdite (Exode 30)
L'encens n'est pas une trouvaille des hommes : dans le récit biblique, c'est Dieu lui-même qui en commande l'usage. Au moment où il règle le culte de la Tente du désert, le Seigneur prescrit à Moïse de construire, à côté de l'autel des holocaustes, un second autel, plus petit, en bois d'acacia plaqué d'or : l'autel des parfums, où Aaron devra faire fumer l'encens « chaque matin » et « entre les deux soirs », « un encens perpétuel devant le Seigneur ».[6]
Dieu donne ensuite la composition précise de cet encens sacré :
« Procure-toi des aromates : du stacté, de l'ongle odorant, du galbanum, des aromates et de l'encens pur, en parties égales. Tu en feras un parfum, mélange odorant tel qu'en compose le parfumeur, salé, pur, saint. » — Exode 30, 34-35[7]
Suit une clause étonnante : cet encens est si saint qu'il est interdit d'en fabriquer pour soi. Quiconque en composerait un semblable « pour en humer l'odeur » serait « retranché de son peuple ».[8] L'encens n'appartient donc pas au registre du plaisir ou du luxe : il est réservé à Dieu, soustrait à tout usage profane. Dès l'Ancien Testament, sa logique est celle de l'adoration : ce parfum-là ne se respire pas pour le plaisir, il s'offre.
Le nuage d'encens au jour des Expiations (Lévitique 16)
L'encens joue un rôle décisif dans le rite le plus solennel de l'année juive, le jour des Expiations (Yom Kippour). Une seule fois par an, le grand prêtre franchit le voile et pénètre dans le Saint des Saints, là où repose l'Arche. Or il ne peut y entrer qu'enveloppé d'un nuage d'encens :
« Il prendra une pleine cassolette de braises ardentes ôtées de devant le Seigneur, et deux pleines poignées d'encens odorant pilé, et il portera le tout au-delà du voile. Il jettera l'encens sur le feu, devant le Seigneur, afin que le nuage de l'encens enveloppe le propitiatoire […] et qu'il ne meure pas. » — Lévitique 16, 12-13[9]
Le nuage de fumée protège l'homme de la sainteté redoutable de Dieu : il est comme le voile mobile derrière lequel le pécheur peut s'approcher sans périr. Cette image — la nuée qui signale et voile à la fois la présence divine — court dans toute la Bible : nuée du Sinaï, nuée qui remplit le Temple de Salomon, nuée de la Transfiguration. La fumée de l'encens en est le signe liturgique répété.
« Que ma prière monte vers toi comme l'encens »
Le sens spirituel le plus célèbre de l'encens est fixé une fois pour toutes par un verset du Psautier, que la liturgie des Vêpres chante encore aujourd'hui :
« Que ma prière soit devant toi comme un encens, et mes mains levées comme l'offrande du soir. » — Psaume 141, 2[10]
Tout est là : la prière monte comme la fumée monte ; elle s'élève d'en bas vers le ciel ; elle se dépense et se donne. La fumée de l'encens devient l'image visible d'une réalité invisible — le désir de l'âme tendu vers Dieu. C'est cette équation, encens = prière, que la liturgie chrétienne héritera et fera sienne. La Présentation générale du Missel romain la cite encore explicitement pour fonder l'encensement.[11]
L'encens des nations : la prophétie de Malachie
Chez le dernier des prophètes, l'encens devient même le signe du culte universel que toutes les nations rendront un jour au vrai Dieu — annonce que la tradition chrétienne lira comme la prophétie de la messe :
« Car du levant au couchant, mon Nom est grand parmi les nations, et en tout lieu un sacrifice d'encens est présenté à mon Nom ainsi qu'une offrande pure. » — Malachie 1, 11[12]
Le concile de Trente citera précisément ce verset pour montrer que le sacrifice eucharistique, « offrande pure » présentée « en tout lieu », était annoncé par les prophètes.[13] L'encens des nations, c'est la prière de l'Église répandue sur toute la terre.
Zacharie au sanctuaire, les mages à Bethléem
Le Nouveau Testament s'ouvre, lui aussi, sur un nuage d'encens. C'est en offrant l'encens dans le sanctuaire, pendant que « toute la multitude du peuple était en prière au dehors, à l'heure de l'encens », que le prêtre Zacharie reçoit l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste.[14] Le détail n'est pas anodin : la prière du peuple et la fumée de l'encens montent ensemble, et c'est dans ce moment que le ciel s'ouvre.
Quelques chapitres plus loin, l'encens reparaît parmi les présents des mages : « Ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. »[15] La tradition patristique y a lu une confession de foi en trois mots : l'or pour le Roi, la myrrhe pour l'homme mortel qui sera enseveli, et l'encens pour Dieu, puisque l'encens ne s'offre qu'à Dieu. Saint Irénée déjà commentait ces présents en ce sens.[16] Dès le berceau du Christ, l'encens dit sa divinité.
Les coupes d'or et l'ange à l'encensoir (Apocalypse)
C'est pourtant dans la liturgie céleste de l'Apocalypse que l'encens reçoit son interprétation la plus haute. Saint Jean voit les vieillards prosternés devant l'Agneau, tenant chacun « une coupe d'or pleine de parfums », et il en donne aussitôt la clé :
« … des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. » — Apocalypse 5, 8[17]
L'identification est explicite : l'encens, ce sont les prières des saints. Un peu plus loin, un ange se tient à l'autel céleste, un encensoir d'or à la main :
« Et la fumée des parfums monta, avec les prières des saints, de la main de l'ange devant Dieu. » — Apocalypse 8, 3-4[18]
La liturgie de la terre ne fait qu'imiter cette liturgie du ciel. Quand le diacre balance l'encensoir, il refait le geste de l'ange ; la fumée qui monte de nos autels est le signe sensible des prières des saints montant « devant la face de Dieu ». C'est ce verset, Apocalypse 8, 3, que le Missel romain cite — avec le Psaume 141 — pour justifier l'usage de l'encens.[19]
- vers 1250 av. J.-C.L'autel des parfums (Exode 30)
Dieu prescrit à Moïse un autel d'or pour faire fumer un encens « perpétuel », composé de quatre aromates et réservé à son seul culte.
- Yom KippourLe nuage des Expiations (Lévitique 16)
Le grand prêtre n'entre dans le Saint des Saints qu'enveloppé d'un nuage d'encens qui voile la présence redoutable de Dieu.
- époque royale« Que ma prière monte comme l'encens » (Ps 141)
Le Psautier fixe l'équation qui traversera les siècles : la prière qui s'élève est figurée par la fumée de l'encens.
- vers 7 av. J.-C.Zacharie à l'heure de l'encens (Luc 1)
C'est en offrant l'encens au sanctuaire que le prêtre Zacharie reçoit l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste.
- NativitéL'encens des mages (Matthieu 2)
Parmi l'or et la myrrhe, l'encens offert à l'Enfant confesse sa divinité : on n'encense que Dieu.
- fin du Ier siècleL'encensoir d'or de l'ange (Apocalypse 5 et 8)
Dans la liturgie céleste, l'encens est identifié aux « prières des saints » qui montent devant Dieu.
Pourquoi les premiers chrétiens s'en méfiaient
L'encens des martyrs : offrir ou mourir
Voici l'un des faits les plus frappants de l'histoire de l'encens : pendant plusieurs siècles, les chrétiens ont refusé d'en brûler. Ce refus n'était pas de l'indifférence : c'était une question de vie ou de mort. Dans l'Empire romain, brûler quelques grains d'encens devant la statue de l'empereur ou d'une divinité était l'acte par excellence du culte civique. Lors des persécutions, c'est précisément ce geste — minime en apparence — que l'on exigeait des chrétiens pour prouver leur soumission aux dieux de Rome.
Refuser, c'était la torture et la mort ; accepter, c'était renier le Christ. Une pincée d'encens jetée sur un brasero suffisait à apostasier. Cette association de l'encens au culte idolâtrique explique la longue réticence chrétienne : l'odeur même de l'encens était, pour les premiers fidèles, l'odeur du reniement.[20]
Thurificati et libellatici
La grande persécution de l'empereur Dèce, en 250, systématisa cette épreuve : tout citoyen devait sacrifier et obtenir un certificat — un libellus — attestant qu'il avait bien offert l'encens. Le drame des défaillances fut tel que l'Église dut forger un vocabulaire pour classer les « tombés » (lapsi). On appela thurificati ceux qui avaient effectivement brûlé l'encens (thus) devant les idoles, et libellatici ceux qui, sans sacrifier, s'étaient procuré le certificat par ruse ou par argent.[21] Le mot même de thurificati — « ceux de l'encens » — dit assez quelle place le geste de l'encensement occupait dans la conscience chrétienne : il était devenu le signe du reniement.
On comprend alors pourquoi l'encens n'a pu entrer dans le culte chrétien qu'après la fin des persécutions, quand son sens idolâtrique avait cessé d'être une menace immédiate. Il fallait que la croix triomphe pour que l'encens, lavé de sa souillure païenne, pût être réorienté vers le seul vrai Dieu.
L'entrée tardive de l'encens dans le culte chrétien
Les historiens de la liturgie sont formels : pendant les quatre premiers siècles, on ne trouve aucune preuve d'un usage proprement cultuel de l'encens dans les assemblées chrétiennes — sinon, peut-être, pour des raisons pratiques de propreté ou de funérailles.[22] Le premier témoignage clair d'un encensement liturgique apparaît au Vᵉ siècle, chez l'auteur mystique connu sous le nom de Pseudo-Denys l'Aréopagite, qui décrit l'évêque encensant l'autel et le sanctuaire ; les anciennes liturgies orientales de saint Jacques et de saint Marc en portent aussi la trace à la même époque.[23]
L'usage se développe ensuite lentement en Occident. On encense d'abord les processions et l'Évangile ; ce n'est qu'au XIᵉ siècle que l'encensement des offrandes à l'offertoire se généralise, et au XIVᵉ siècle que l'on encense l'hostie et le calice à l'élévation.[24] Ce que nous tenons aujourd'hui pour un geste immémorial est donc, en réalité, le fruit d'un long mûrissement : l'Église a mis des siècles à se réapproprier l'encens, le temps de le purifier de ses anciennes associations.
| Étape | Époque | Ce qui se met en place |
|---|---|---|
| Refus chrétien | Iᵉʳ-IVᵉ siècle | Aucun usage cultuel ; l'encens reste le signe du sacrifice aux idoles, refusé par les martyrs |
| Premiers encensements | Vᵉ siècle | Pseudo-Denys décrit l'encensement de l'autel ; liturgies de saint Jacques et saint Marc |
| Évangile et processions | haut Moyen Âge | On encense le livre des Évangiles et les processions solennelles |
| Offertoire | XIᵉ siècle | L'encensement des offrandes, de la croix et de l'autel se généralise |
| Élévation | XIVᵉ siècle | On encense l'hostie et le calice au moment de la consécration |
Que signifie l'encens ? La grammaire symbolique
La prière qui monte
Le premier sens, le plus immédiat, est celui que le Psaume 141 a gravé dans la mémoire chrétienne : l'encens, c'est la prière. La fumée qui s'élève vers le haut, sans rien retenir, qui se disperse et se perd dans l'air, dit le mouvement même de l'oraison : l'âme qui se tend vers Dieu, qui s'offre sans calcul, qui monte. Le Missel romain place ce sens en tête : « L'encensement exprime le respect et la prière. »[25] Et l'Apocalypse l'a définitivement scellé en appelant l'encens « les prières des saints ».[26]
L'honneur et la vénération
Le deuxième sens est celui de l'hommage. Encenser, c'est honorer. Dans l'Antiquité, on encensait les rois et les grands ; l'Église a transposé ce geste pour honorer ce qui, dans son culte, représente le Christ ou lui est consacré : l'autel, la croix, le livre des Évangiles, le cierge pascal, les reliques des saints, et les personnes elles-mêmes. C'est pourquoi l'on encense le prêtre — image du Christ Tête — mais aussi le peuple assemblé : car les baptisés sont « temple de l'Esprit Saint », membres du Corps du Christ, et leur dignité mérite cet honneur.
La tradition a soigneusement gradué cette vénération selon la dignité de ce que l'on encense — un point qui se traduit, comme on le verra, par le nombre de coups d'encensoir. La même fumée peut donc dire l'adoration (réservée à Dieu et au Saint-Sacrement) ou la vénération (rendue aux saints et à leurs images), sans jamais les confondre.
La bonne odeur du Christ
Le sens le plus profond a été dégagé par saint Thomas d'Aquin, qui traite expressément de l'encens en étudiant les rites de la messe. Pourquoi encense-t-on à l'autel ? Non, répond-il, par obéissance à un précepte de l'ancienne Loi, mais pour une double raison toute chrétienne :
« On emploie l'encens […] d'abord par révérence pour ce sacrement, c'est-à-dire pour écarter par sa bonne odeur tout ce qui pourrait incommoder ; ensuite pour figurer l'effet de la grâce dont le Christ fut rempli comme d'une bonne odeur, selon la parole de l'Apôtre : "Nous sommes la bonne odeur du Christ", et de là elle se répand sur les fidèles. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ, q. 83, a. 5, ad 2[27]
Le parfum répandu devient ainsi le signe sensible d'une réalité invisible : la grâce du Christ, sa sainteté qui se diffuse dans son Corps comme un parfum emplit une pièce. Saint Thomas s'appuie sur la parole de saint Paul :
« À Dieu qui, dans le Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui par nous répand en tout lieu le parfum de sa connaissance ! Nous sommes en effet pour Dieu la bonne odeur du Christ. » — Deuxième lettre aux Corinthiens 2, 14-15[28]
Thomas note encore un détail riche de sens : à la messe, on encense d'abord l'autel — qui figure le Christ — puis tous les autres, chacun selon son rang.[29] L'ordre même de l'encensement raconte la diffusion de la grâce : du Christ vers son Église.
Purification et présence divine
Un dernier registre, plus ancien, demeure présent en arrière-plan : l'encens purifie et sanctifie l'espace. La fumée odorante chasse symboliquement ce qui est impur, prépare le lieu à la présence du sacré, et rappelle la nuée qui, dans la Bible, signale et voile la gloire de Dieu — au Sinaï, dans le Temple, au jour des Expiations.[30] Encenser un lieu, c'est le déclarer habité par le mystère ; envelopper l'autel de fumée, c'est dire que là se tient une présence qu'on ne peut regarder en face.
L'encens dans la liturgie catholique
Quand encense-t-on à la messe ?
L'usage de l'encens à la messe reste facultatif : il peut être employé dans n'importe quelle forme de la célébration, mais il marque les messes plus solennelles. La Présentation générale du Missel romain énumère cinq moments possibles :
« L'usage de l'encens est facultatif dans n'importe quelle forme de la Messe : a) pendant la procession d'entrée ; b) au début de la Messe, pour encenser la croix et l'autel ; c) à la procession de l'évangéliaire et à la proclamation de l'Évangile ; d) lorsque le pain et le calice ont été déposés sur l'autel, pour encenser les offrandes, la croix et l'autel, ainsi que le prêtre et le peuple ; e) à la présentation de l'hostie et du calice après la consécration. » — Présentation générale du Missel romain, n° 276[31]
On voit la cohérence du dispositif : on encense au seuil (l'entrée), sur la Parole (l'Évangile), sur l'offrande (l'offertoire) et sur la présence (l'élévation). À chaque sommet de la liturgie, la fumée monte.
Qui et quoi encense-t-on : deux ou trois coups
Le point le plus précis — et le plus parlant — est la gradation de l'encensement. Tout n'est pas encensé de la même façon : le nombre de coups d'encensoir exprime des degrés de dignité. Le Missel le règle ainsi :
« On encense de trois coups d'encensoir : le Très Saint Sacrement, une relique de la sainte Croix et les images du Seigneur exposées à la vénération publique, les offrandes pour le sacrifice de la Messe, la croix de l'autel, l'évangéliaire, le cierge pascal, le prêtre et le peuple. » — Présentation générale du Missel romain, n° 277[32]
Les reliques et les images des saints exposées à la vénération, elles, ne reçoivent que deux coups, et seulement au début de la célébration, après l'encensement de l'autel.[33] Cette différence d'un seul coup d'encensoir marque visuellement les degrés de l'honneur liturgique : le premier degré entoure le Seigneur — présent au Saint-Sacrement — et tout ce qui touche directement à son culte, tandis que les saints reçoivent le second degré, selon la distinction entre l'adoration (latrie), due à Dieu seul, et la vénération (dulie) rendue aux saints : on honore les saints, on n'adore que Dieu.
| Degré | Coups d'encensoir | Ce que l'on encense |
|---|---|---|
| Premier degré d'honneur | Trois coups | Le Saint-Sacrement, la relique de la vraie Croix et les images du Seigneur, la croix de l'autel, l'Évangéliaire, le cierge pascal, les offrandes, le prêtre et le peuple |
| Second degré d'honneur | Deux coups | Les reliques et les images des saints exposées à la vénération publique (au début seulement) |
Quant à l'autel lui-même, il est encensé de simples coups, le prêtre en faisant le tour s'il est dégagé du mur, ou en passant d'un côté à l'autre s'il est adossé ; la croix, si elle se trouve sur l'autel, est encensée avant lui.[34] Cet encensement de l'autel — geste de vénération adressé au Christ que l'autel figure — est détaillé dans Le symbolisme de l'autel.
Les cinq grains d'encens du cierge pascal
L'encens reparaît, sous une forme inattendue, dans le plus beau rite de l'année : la Vigile pascale. Avant d'allumer le cierge pascal, le prêtre y enfonce cinq grains d'encens, disposés en croix — quatre aux extrémités et un au centre — en prononçant : « Par ses plaies saintes et glorieuses, qu'il nous garde et nous protège, le Christ Seigneur. » Ces cinq grains figurent les cinq plaies du Ressuscité — aux mains, aux pieds et au côté — et évoquent les aromates dont le corps du Christ fut embaumé au tombeau.[35]
Le rapprochement est saisissant : l'encens, jadis offert au berceau par les mages, signe maintenant les plaies glorieuses du Crucifié ressuscité. Ce point précis appartient au symbolisme du cierge, traité dans Le symbolisme des cierges ; il suffit ici de noter que l'encens y noue, en cinq grains, la mort et la résurrection.
Aux funérailles, aux dédicaces, au salut du Saint-Sacrement
L'encens déborde largement la messe. Aux funérailles, on encense le cercueil : geste d'honneur rendu au corps du défunt, qui fut « temple de l'Esprit Saint » et qui est destiné à ressusciter ; la fumée accompagne aussi la prière d'intercession pour l'âme. À la dédicace d'une église et d'un autel, on brûle l'encens sur l'autel nouvellement consacré, « pour signifier que le sacrifice du Christ, qui s'y perpètre dans le mystère, monte vers Dieu comme un parfum d'agréable odeur », et l'on encense ensuite les murs du sanctuaire.[36] Au salut du Saint-Sacrement enfin, on encense l'hostie exposée dans l'ostensoir pendant le chant du Tantum ergo : ici, les trois coups disent l'adoration pure et simple du Corps du Christ.
L'art d'encenser et ses objets
L'encensoir, la navette, le charbon
L'encensoir liturgique est un petit chef-d'œuvre d'orfèvrerie fonctionnelle : une coupe ajourée où repose le charbon, surmontée d'un couvercle percé de trous par où s'échappe la fumée, le tout suspendu à trois ou quatre chaînes qui permettent de le balancer et de soulever le couvercle pour recharger. Au cours des siècles, l'orfèvrerie chrétienne en a fait des objets somptueux — encensoirs romans en forme de cité céleste, pièces gothiques ciselées en flèches — qui comptent parmi les trésors de l'art sacré, au même titre que les objets décrits dans Les reliquaires dans l'art chrétien.
La navette, qui contient la réserve de grains, complète l'ensemble ; le charbon doit être allumé à l'avance, porté au rouge, pour que les grains se consument sans étouffer ni s'enflammer. Tout l'art du thuriféraire est de maintenir une braise vive et un nuage régulier : trop peu de feu, et l'encens ne fume pas ; trop de grains d'un coup, et la fumée devient âcre. L'encensement bien fait est une discrétion : assez de fumée pour qu'on la voie monter, jamais au point d'aveugler.
Le botafumeiro de Compostelle
Le plus célèbre encensoir du monde est sans conteste le botafumeiro de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice : un encensoir géant de laiton argenté, d'environ 1,50 m de haut et plus de 50 kilos, suspendu à une corde à la croisée du transept et mis en mouvement par huit hommes — les tiraboleiros — qui le font voler d'un bras du transept à l'autre, frôlant la voûte dans un panache de fumée.[37] L'usage, attesté depuis le Moyen Âge, avait une fonction pratique — parfumer une cathédrale emplie de pèlerins épuisés par la route — mais il est devenu l'un des spectacles liturgiques les plus saisissants de la chrétienté, où le sens premier de l'encens reparaît, démesuré : une prière qui prend son envol.
Lecture spirituelle de l'encens
Les grands commentateurs de la liturgie ont aimé déplier le sens de l'encens. Au XIIIᵉ siècle, Guillaume Durand de Mende, dans son monumental Rationale divinorum officiorum, voit dans la fumée qui s'élève la figure de la dévotion du cœur et de la prière des fidèles montant vers Dieu, et dans le parfum répandu la bonne renommée que doit exhaler la vie chrétienne.[38] Au XIXᵉ siècle, le restaurateur de la liturgie Dom Prosper Guéranger rappellera que l'encensement accompagne l'oblation dans toutes les anciennes liturgies, d'Orient comme d'Occident, et qu'il fait partie de ces gestes vénérables par lesquels l'Église entoure le sacrifice d'honneur et de prière.[39]
Au fond, tout le symbolisme de l'encens tient dans un mouvement unique : celui de la montée. Le grain précieux, posé sur le feu, se consume et disparaît ; mais en disparaissant il s'élève, il parfume, il emplit l'espace. C'est l'image même du sacrifice et de la prière : se donner, se perdre, monter. Comme l'écrit le Psalmiste, et comme le redit chaque soir l'Église à Vêpres : « Que ma prière, devant toi, s'élève comme un encens. »[40] Le chrétien qui regarde monter la fumée bleue dans la lumière des cierges contemple, sans qu'il soit besoin de mots, ce que sa propre vie est appelée à devenir.
Pour aller plus loin
- Le symbolisme de l'autel — l'encensement de l'autel, figure du Christ.
- Le symbolisme des cierges — la lumière, le cierge pascal et les cinq grains d'encens.
- Le symbolisme du tabernacle — la présence eucharistique honorée par l'encens au salut.
- Le symbolisme des couleurs liturgiques — l'autre grand langage sensible de la liturgie.
- Le symbolisme des vêtements liturgiques — les ornements du célébrant que l'on encense.
- Les reliquaires dans l'art chrétien — l'orfèvrerie sacrée, dont relèvent aussi les encensoirs.
- Pourquoi les églises sont-elles orientées ? — la direction de la prière qui monte vers l'Orient.
- L'architecture d'une cathédrale — l'espace sacré où se déploie l'encensement.
Notes et références
Présentation générale du Missel romain (Institutio Generalis Missalis Romani, éd. 2002), n° 276 : « L'encensement exprime le respect et la prière, comme l'indique la sainte Écriture (cf. Ps 140, 2 ; Ap 8, 3). On peut user librement de l'encens dans n'importe quelle forme de la Messe : a) pendant la procession d'entrée ; b) au début de la Messe, pour encenser la croix et l'autel ; c) à la procession de l'évangéliaire et à la proclamation de l'Évangile ; d) lorsque le pain et le calice ont été déposés sur l'autel, pour encenser les offrandes, la croix et l'autel, ainsi que le prêtre et le peuple ; e) à la présentation de l'hostie et du calice après la consécration. » (La numérotation Ps 140 suit la Vulgate ; Ps 141 dans les bibles d'après l'hébreu.) Texte vérifié sur vatican.va et ressources-liturgiques.fr.
1 11 19 25 31The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Incense », newadvent.org/cathen/07716a.htm : nature de l'encens (oliban tiré du Boswellia sacra, gomme-résine recueillie sur l'écorce) ; absence de preuve d'un usage cultuel chrétien durant les quatre premiers siècles ; premier témoignage chez le Pseudo-Denys au Vᵉ siècle, liturgies de saint Jacques et de saint Marc ; développement occidental progressif — Évangile au haut Moyen Âge, offrandes au XIᵉ siècle, élévation au XIVᵉ siècle ; significations symboliques (la prière du chrétien qui monte agréable devant Dieu) ; usages liturgiques (messe solennelle, bénédictions, processions, funérailles).
2 5 20 22 23 24Étymologie : encens vient du latin incensum (« ce qui est brûlé »), participe de incendere (« mettre le feu, embraser »). Le terme technique thurible (encensoir) vient du latin thus, thuris, lui-même du grec thúos / thymíama (« parfum brûlé, encens ») ; l'hébreu biblique nomme l'encens sacré qeṭoreth. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « Incense » ; Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (Cabrol-Leclercq), art. « Encens ».
3Exode 30, 34-35 (Bible de Jérusalem) : « Le Seigneur dit à Moïse : "Procure-toi des aromates : du stacté, de l'ongle odorant, du galbanum, des aromates et de l'encens pur, en parties égales. Tu en feras un parfum, mélange odorant tel qu'en compose le parfumeur, salé, pur, saint." »
4 7Exode 30, 1-8 (Bible de Jérusalem) : prescription de l'autel des parfums en bois d'acacia plaqué d'or, sur lequel Aaron fait fumer l'encens « chaque matin » et « au crépuscule », « un encens perpétuel devant le Seigneur, pour vos générations ».
6Exode 30, 37-38 (Bible de Jérusalem) : « Cet encens que tu vas faire, vous n'en ferez pas pour votre usage : tu le tiendras pour une chose sainte réservée au Seigneur. Quiconque en fera de semblable pour en humer l'odeur sera retranché de son peuple. »
8Lévitique 16, 12-13 (Bible de Jérusalem) : au jour des Expiations, le grand prêtre porte au-delà du voile une cassolette de braises et deux poignées d'encens pilé, et le jette sur le feu « afin que le nuage de l'encens enveloppe le propitiatoire […] et qu'il ne meure pas ». La nuée d'encens voile la présence divine, comme la nuée du Sinaï (Ex 19, 16-18) et celle qui remplit le Temple (1 R 8, 10-11).
9 30Psaume 141 (140), 2 (Bible de Jérusalem) : « Que ma prière soit devant toi un encens, mes mains levées, l'oblation du soir. » Verset chanté chaque jour aux Vêpres (psaume 140 de la Vulgate, 141 de la numérotation hébraïque).
10 40Malachie 1, 11 (Bible de Jérusalem) : « Car du levant au couchant, mon Nom est grand chez les nations, et en tout lieu un sacrifice d'encens est présenté à mon Nom ainsi qu'une offrande pure. Car mon Nom est grand chez les nations, dit le Seigneur des armées. »
12Concile de Trente, session XXII (17 septembre 1562), Doctrine sur le saint sacrifice de la messe, ch. 1 : le concile présente le sacrifice eucharistique comme l'« offrande pure » annoncée par Malachie (Ml 1, 11), offerte « en tout lieu » au nom du Seigneur. Cf. Denzinger-Hünermann, n° 1742.
13Luc 1, 8-11 (Bible de Jérusalem) : Zacharie, prêtre de la classe d'Abia, est désigné par le sort pour « entrer dans le sanctuaire du Seigneur pour y offrir l'encens » ; « toute la multitude du peuple était en prière au-dehors, à l'heure de l'encens ». C'est alors que l'ange Gabriel lui apparaît, debout à droite de l'autel de l'encens.
14Matthieu 2, 11 (Bible de Jérusalem) : « Entrant dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe. »
15Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 9, 2 : les présents des mages signifient les mystères du Christ — la myrrhe parce qu'il devait mourir et être enseveli pour le genre humain mortel, l'or parce qu'il est le Roi dont le règne n'a pas de fin, l'encens parce qu'il est Dieu. Lecture reprise par toute la tradition patristique et liturgique. Texte sur newadvent.org/fathers.
16Apocalypse 5, 8 (Bible de Jérusalem) : devant l'Agneau, les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards se prosternent, tenant « chacun une harpe et des coupes d'or pleines de parfums — ce sont les prières des saints ».
17 26Apocalypse 8, 3-4 (Bible de Jérusalem) : « Un autre Ange vint et se tint près de l'autel, avec un encensoir d'or ; on lui donna quantité de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l'autel d'or placé devant le trône. Et, de la main de l'Ange, la fumée des parfums s'éleva devant Dieu, avec les prières des saints. »
18The Catholic Encyclopedia (1907-1912), article « Lapsi », newadvent.org/cathen/08799a.htm : sous la persécution de Dèce (édit de 250), les chrétiens défaillants (lapsi) se répartissent en plusieurs catégories, notamment les sacrificati (qui avaient offert un sacrifice), les thurificati (qui avaient brûlé de l'encens devant les idoles) et les libellatici (qui s'étaient procuré, sans sacrifier, un certificat — libellus — attestant qu'ils l'avaient fait). Le terme thurificati dérive de thus (« encens »).
21Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ, q. 83, a. 5, ad 2 : l'encens n'est pas employé à la messe par obéissance à un précepte cérémoniel de l'ancienne Loi, mais par disposition de l'Église — « d'une part par révérence pour ce sacrement, c'est-à-dire pour écarter par la bonne odeur tout ce qui pourrait incommoder ; d'autre part pour représenter l'effet de la grâce dont le Christ fut rempli comme d'une bonne odeur, et qui de lui se répand sur les fidèles, selon 2 Co 2, 15 ». Il précise qu'on encense d'abord l'autel (qui figure le Christ), puis tous les autres selon leur rang. Texte latin sur corpusthomisticum.org ; traduction française vérifiée d'après l'édition de la Revue des Jeunes.
27 29Deuxième lettre aux Corinthiens 2, 14-16 (Bible de Jérusalem) : « Grâces soient à Dieu qui, dans le Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. Car nous sommes la bonne odeur du Christ pour Dieu… »
28Présentation générale du Missel romain (éd. 2002), n° 277 : « On encense de trois coups d'encensoir : le Très Saint Sacrement, une relique de la sainte Croix et les images du Seigneur exposées à la vénération publique, les offrandes pour le sacrifice de la Messe, la croix de l'autel, l'évangéliaire, le cierge pascal, le prêtre et le peuple. On encense de deux coups les reliques et les images des saints exposées à la vénération publique, et cela seulement au début de la célébration, après l'encensement de l'autel. » Le même numéro précise la manière d'encenser l'autel (le prêtre en fait le tour s'il est séparé du mur, sinon il passe d'un côté à l'autre) et l'ordre d'encensement de la croix. Texte vérifié sur vatican.va.
32 33 34Missel romain, Vigile pascale, préparation du cierge pascal : le prêtre peut enfoncer dans le cierge cinq grains d'encens disposés en forme de croix, en disant : « Par ses plaies saintes et glorieuses, qu'il nous garde et nous protège, le Christ Seigneur. Amen. » Les cinq grains figurent les cinq plaies du Christ ressuscité et rappellent les aromates de l'ensevelissement. Le détail relève du symbolisme du cierge — voir Le symbolisme des cierges.
35Rite de dédicace d'une église et d'un autel (Ordo dedicationis ecclesiae et altaris, 1977), ch. II : après l'onction de l'autel au saint chrême, on brûle l'encens sur la table de l'autel « pour signifier que le sacrifice du Christ, qui s'y perpètre dans le mystère, monte vers Dieu comme un parfum d'agréable odeur », puis l'on encense l'autel et les murs de l'église. Cf. le commentaire de l'encensement dans Le symbolisme de l'autel.
36Cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice, Espagne) : le botafumeiro (« qui répand la fumée », en galicien) est un encensoir monumental en laiton plaqué argent, d'environ 1,50 m de hauteur et de plus de 50 kg, suspendu par un système de cordes et de poulies à la croisée du transept et mis en mouvement par huit tiraboleiros. L'usage d'un grand encensoir à Compostelle est attesté depuis le Moyen Âge (le mécanisme actuel remonte au XIXᵉ siècle, l'exemplaire en usage à 1851) ; il servait notamment à parfumer la cathédrale emplie de pèlerins. Source : notices officielles de la cathédrale de Saint-Jacques.
37Guillaume Durand de Mende, Rationale divinorum officiorum (vers 1285-1291), livre IV (sur la messe) et livre I : la fumée de l'encens qui s'élève figure la dévotion et la prière du cœur montant vers Dieu, tandis que la bonne odeur répandue signifie la bonne renommée et les vertus que doit exhaler la vie du fidèle. Édition critique latine : Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis 140 (Brepols).
38Dom Prosper Guéranger, Institutions liturgiques (1840-1851) et L'Année liturgique : l'encensement accompagne l'oblation dans toutes les anciennes liturgies, orientales et occidentales ; il appartient aux gestes vénérables par lesquels l'Église entoure le saint sacrifice d'honneur et de prière.
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