Les reliquaires dans l'art chrétien

Le reliquaire, écrin précieux des reliques, est l'un des plus hauts terrains de l'art chrétien : de la châsse au bras-reliquaire, de la Majesté de Conques à la châsse des Rois mages de Cologne et à la Sainte-Chapelle, l'orfèvrerie sacrée fait de l'or et de l'émail une profession de foi en la résurrection des corps.

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Un reliquaire est l'objet précieux qui contient, protège et présente une relique — le corps d'un saint, un fragment de ce corps, ou un objet associé à sa vie. Mais il n'est jamais un simple contenant. Du coffret d'orfèvrerie à la statue d'or, du bras d'argent tendu pour bénir à la cathédrale tout entière conçue comme un écrin de verre, le reliquaire est l'un des plus hauts terrains d'expérimentation de l'art chrétien d'Occident. Pendant mille ans, l'Église a réservé à ces objets ses métaux les plus rares, ses pierres les plus dures et le génie de ses meilleurs orfèvres.

La raison de cette débauche de splendeur tient en un principe : l'écrin parle de ce qu'il abrite. On n'enferme pas dans le bois brut ce que l'on croit habité par la puissance de Dieu ; on l'entoure de ce que la terre a de plus précieux pour confesser, par la matière, une dignité invisible. Le reliquaire est ainsi une profession de foi en or et en émail : foi en la sainteté du corps qu'il garde, foi en la résurrection de la chair, foi en la communion qui relie le Ciel et la terre.

Cet article ne traite pas du débat sur la légitimité de vénérer les reliques — c'est l'objet de Les reliques, une idolâtrie des morts ? et de Pourquoi vénérer les reliques ?. Il regarde le reliquaire en tant qu'objet d'art et de liturgie : sa naissance autour de l'autel, sa grammaire des formes, les techniques de l'orfèvre sacré, ses chefs-d'œuvre — la Majesté de Conques, la châsse des Rois mages de Cologne, les émaux de Limoges, la Sainte-Chapelle, la Sainte Épine de Jean de Berry — et la théologie de la beauté qui les anime.

Qu'est-ce qu'un reliquaire, comme objet d'art ?

Le mot vient du latin reliquiae, « ce qui reste ». Le reliquaire est donc, littéralement, ce qui garde le reste. Mais entre la simple boîte et l'objet de culte, l'art a introduit une différence de nature : le reliquaire ne se contente pas de conserver, il honore, désigne et fait voir.

Du coffre du martyr à l'orfèvrerie sacrée

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La forme la plus ancienne du reliquaire chrétien est la châsse — du latin capsa, « coffre », « boîte »[1]. À l'origine, elle rappelle le cercueil primitif des martyrs : un coffre, souvent en forme de petit sarcophage, qui abrite leur corps conservé dans son intégrité. La châsse apparaît dès les premiers siècles autour des tombes vénérées, puis se développe à partir du VIIᵉ siècle en pièce d'orfèvrerie de plus en plus imposante.

Très tôt, ce coffre cesse d'être seulement fonctionnel. On le revêt de lames d'or et d'argent, on l'orne de pierres, on y grave des scènes. Le geste est délibéré : l'écrin doit être digne du trésor. Là où une tombe ordinaire disparaît sous la terre, la châsse du saint s'élève sur l'autel, visible, éclatante, faite pour être regardée et portée en procession.

Contenir, protéger… et montrer

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Trois fonctions se superposent dans tout reliquaire, et l'art médiéval les a portées chacune à son sommet :

  • Contenir : enfermer le fragment sacré dans une theca scellée, à l'abri du temps et du vol.
  • Protéger : sceller l'authenticité par un certificat, une inscription, un cachet — l'Instruction du Dicastère pour les Causes des Saints (2017) exige toujours un certificat d'authenticité pour qu'une relique soit exposée à la vénération[2].
  • Montrer : et c'est ici que naît l'art le plus inventif. Car une relique cachée n'édifie personne. Tout l'effort des orfèvres a consisté à rendre visible ce qui devait rester intact — d'où l'invention du cristal de roche transparent, des « fenêtres » de verre, des ostensoirs ouvragés.

Cette tension entre cacher pour conserver et montrer pour faire vénérer est le moteur secret de l'histoire formelle du reliquaire. Elle explique pourquoi un même objet peut être à la fois un coffre-fort et une vitrine, un tombeau miniature et un théâtre de lumière.

Le premier reliquaire est l'autel lui-même

Avant d'être un coffret porté à bout de bras, la relique a d'abord eu un écrin liturgique fixe : l'autel. L'usage de célébrer l'Eucharistie au-dessus du tombeau des martyrs est très ancien, et il s'enracine dans une vision de l'Apocalypse :

« Je vis sous l'autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la Parole de Dieu et du témoignage qu'ils avaient rendu. » — Apocalypse 6, 9[3]

De ce verset, la tradition a tiré une règle : un autel se dresse sur des reliques. Le pape Félix Iᵉʳ (269-274) aurait, selon le Liber Pontificalis, encouragé la coutume ; le Vᵉ concile de Carthage, en 401, l'a officialisée par le canon Item placuit, rendant obligatoire la présence de reliques sous l'autel[4]. Le Code de droit canonique de 1983 maintient cette tradition millénaire au canon 1237 :

« On gardera la coutume de déposer sous l'autel fixe des reliques de Martyrs ou d'autres Saints, selon les normes données dans les livres liturgiques. » — Code de droit canonique, can. 1237 § 2[5]

Le reliquaire, avant d'être un bijou, est donc une pierre d'autel. Cette dimension liturgique — le saint qui « porte » la messe, le sacrifice du martyr uni à celui du Christ — relie directement notre sujet à l'art de l'autel, traité dans Le symbolisme de l'autel. Tout reliquaire prolonge ce geste : il déplace hors de la pierre, et rend mobile, le corps qui sanctifie le lieu.

Pourquoi tant de splendeur ? La théologie de la matière précieuse

Avant de décrire les formes, il faut répondre à l'objection que tout visiteur d'un trésor de cathédrale ressent : pourquoi tant d'or pour quelques ossements ? La réponse des médiévaux n'est ni naïve ni cynique. Elle repose sur une théologie cohérente de la matière.

Le corps du saint, temple de l'Esprit

Pour la foi chrétienne, le corps n'est pas un déchet que l'âme abandonne. Il est, selon saint Paul, « le temple de l'Esprit Saint » (1 Corinthiens 6, 19), destiné à ressusciter. Honorer d'un écrin d'or le corps d'un saint, c'est confesser cette dignité : ce qui a été habité par Dieu et sera glorifié mérite mieux que la poussière. Le luxe du reliquaire est une anticipation visible de la résurrection de la chair. C'est aussi la raison pour laquelle les byzantins, puis l'Occident, ont refusé de traiter la relique comme un reste macabre : elle est une semence de gloire.

L'anagogie : monter au divin par le beau

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Le théoricien le plus explicite de cette esthétique fut Suger, abbé de Saint-Denis (1081-1151), bâtisseur du chœur qui annonce le gothique. Dans son traité De Administratione, il justifie longuement les trésors qu'il commande, non par goût du faste, mais par une montée spirituelle que la beauté matérielle déclenche :

« Quand, par amour pour la beauté de la maison de Dieu, le charme des pierres multicolores m'a arraché aux soucis extérieurs… alors il me semble me voir habiter comme en quelque étrange région de l'univers… et, par la grâce de Dieu, être transporté de ce monde inférieur au monde supérieur, à la manière anagogique. » — Suger de Saint-Denis, De Administratione, XXXIII[6]

L'idée est décisive pour comprendre tout l'art du reliquaire : la matière précieuse n'est pas une fin, c'est un tremplin. L'or, le grenat, le cristal conduisent le regard de materialibus ad immaterialia, « du matériel à l'immatériel ». Le reliquaire le plus somptueux veut être le plus transparent — il brille pour faire passer le regard au-delà de lui-même.

Le remploi des antiques : baptiser le trésor du monde

Une pratique éclaire cette théologie : les orfèvres médiévaux réemploient sans scrupule des objets païens ou profanes. Camées romains, intailles antiques, vases de cristal sassanides, gemmes gravées de divinités gréco-romaines viennent s'incruster sur les châsses chrétiennes. La Majesté de Conques porte ainsi des gemmes et des camées antiques de toutes provenances et de toutes époques[7]. Le geste n'est pas une distraction : c'est une conquête symbolique. Le plus beau du monde ancien est mis au service du saint, comme les nations apportant leurs trésors à la Jérusalem nouvelle (Apocalypse 21, 24-26). Le reliquaire devient une image en réduction de ce rassemblement de toute beauté autour de Dieu.

Une grammaire des formes

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C'est dans la variété de ses formes que le reliquaire déploie sa créativité la plus pure. Au lieu d'un seul type de boîte, l'Occident a inventé toute une langue visuelle, où la forme de l'écrin dialogue avec la nature de la relique.

La châsse : un tombeau devenu architecture

La châsse reste la forme reine. Mais dès l'époque romane, elle cesse d'imiter le sarcophage pour imiter l'église. Couvercle en bâtière comme un toit, parois rythmées d'arcatures, pignons, tourelles : la grande châsse devient une basilique miniature. La châsse des Rois mages de Cologne en est l'exemple absolu, « conçue sous la forme d'une basilique miniature »[8]. Le message est limpide : le saint habite déjà la Maison de Dieu ; son reliquaire en est la maquette d'or.

Cette assimilation du reliquaire à un édifice porte un nom savant : la microarchitecture. Elle culmine au gothique, où les ostensoirs et châsses se hérissent de pinacles, de gâbles et de contreforts comme de vraies cathédrales réduites — un thème que prolonge L'architecture d'une cathédrale.

Les reliquaires « parlants » : la forme dit la relique

À partir du XIᵉ-XIIᵉ siècle apparaît une famille saisissante : les reliquaires morphologiques, que les historiens d'art allemands ont baptisés redende Reliquiare, « reliquaires parlants »[9]. Leur principe : l'écrin épouse la forme du membre qu'il contient — un bras pour un humérus, une tête pour un crâne, un pied pour un pied. La relique se « dit » d'elle-même au premier regard.

L'historienne Cynthia Hahn, référence de l'étude des reliquaires, a toutefois introduit une nuance importante : ces objets ne contiennent pas toujours l'os que leur forme annonce — un bras-reliquaire peut renfermer un fragment de tibia ou de bassin. Leur fonction n'est donc pas seulement d'« indiquer » un contenu, mais de rendre le saint présent et agissant dans la liturgie[10]. La forme parle moins du contenu que du rôle : un bras qui bénit, une tête qui regarde.

Le bras-reliquaire : une main qui bénit encore

Le bras-reliquaire, particulièrement prisé du XIIᵉ au XVᵉ siècle, montre une avant-bras d'argent ou de vermeil, main dressée, deux doigts levés dans le geste de bénédiction. Hahn note que de nombreux textes médiévaux décrivent des clercs bénissant les fidèles avec ces reliquaires : le saint, par sa relique, continue de tracer le signe de la croix sur son peuple[11]. L'objet n'est pas un souvenir inerte ; il est un instrument liturgique vivant, brandi à l'élévation, présenté au baiser, porté en tête des processions.

Le chef et le buste : un visage rendu au saint

Les chefs-reliquaires (du latin caput, tête) et les bustes-reliquaires enferment tout ou partie du crâne d'un saint et lui rendent un visage. C'est l'une des inventions les plus audacieuses de l'art sacré : redonner des traits à celui dont il ne reste qu'un os, le faire de nouveau regarder les vivants. La Majesté de Conques, qui contient le crâne de sainte Foy, en est l'archétype carolingien ; le buste-reliquaire, multiplié à l'époque gothique puis baroque, en sera l'aboutissement théâtral.

La staurothèque : l'écrin de la Vraie Croix

Une relique d'exception appelle une forme propre. Les fragments de la Vraie Croix sont conservés dans des staurothèques (du grec stauros, croix), souvent en forme de croix ou de triptyque à volets, héritières du grand art byzantin de l'émail cloisonné. Le Triptyque de Stavelot, chef-d'œuvre mosan du XIIᵉ siècle aujourd'hui à New York, enchâsse deux petites staurothèques byzantines dans une monture occidentale d'émaux : double trésor, double virtuosité[12]. Sur la question de l'authenticité de ces reliques de la Passion, voir L'improbabilité sanguine des reliques de la Passion.

L'ostensoir-reliquaire : montrer par la transparence

Reliquaire de la Flagellation, Venise, seconde moitié du XVe siècle, Louvre OA 5555 — Tangopaso — Wikimedia Commons, domaine public.

Au XIIIᵉ-XIVᵉ siècle, l'invention décisive est celle de l'ostensoir-reliquaire (du latin ostendere, montrer), parfois appelé monstrance. Son cœur est un cylindre de cristal de roche ou de verre, monté sur un pied, qui laisse voir la relique sans la toucher[13]. Le développement de ces objets est directement lié au progrès du travail du cristal de roche, taillé en fiole ou en cylindre transparent.

Autour de ce cylindre, l'orfèvre déploie une architecture gothique ajourée : arcades, clochetons, statuettes de la Vierge et des saints. La même forme servira bientôt à exposer l'hostie consacrée lors de la Fête-Dieu, instituée au XIIIᵉ siècle : reliquaire et ostensoir eucharistique sont frères, nés du même désir de montrer le sacré. C'est l'un des points où l'art du reliquaire rejoint le cœur de la liturgie.

Pendentifs, encolpions et reliquaires portatifs

Toutes les reliques ne tiennent pas sur un autel. Une dévotion plus intime a multiplié les reliquaires portatifs : l'encolpion (du grec en kolpô, « sur la poitrine »), médaillon-reliquaire suspendu au cou ; le phylactère, petit reliquaire pectoral ; la châsse miniature que l'on emporte en voyage. Ces objets, souvent en or émaillé serti de gemmes, font passer le reliquaire du registre monumental au registre du bijou de dévotion — sans rien perdre de la rigueur de l'orfèvre.

Les techniques de l'orfèvre sacré

Le reliquaire est, avec l'autel portatif et la reliure d'évangéliaire, le grand laboratoire de l'orfèvrerie médiévale. Presque toutes les techniques précieuses du Moyen Âge y trouvent leur emploi le plus exigeant.

Or, argent et pierres : le vocabulaire du précieux

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Le socle reste le métal précieux : or massif pour les pièces royales, argent doré (vermeil) pour la grande majorité, cuivre doré pour les productions diffusées en série. Sur ce fond, l'orfèvre sertit pierres précieuses et fines, perles, camées antiques, travaille le métal au repoussé (relief martelé depuis l'envers), à la ciselure, au filigrane (fils d'or soudés) et au niellé (incrustation noire dans le métal). Chaque gemme a sa valeur symbolique autant qu'esthétique : le saphir pour le ciel, le rubis pour le sang du martyre, la perle pour la pureté.

L'émail : cloisonné byzantin, champlevé mosan et limousin

L'émail — poudre de verre coloré fondue au feu sur le métal — est la grande affaire des reliquaires médiévaux. Deux techniques dominent :

TechniquePrincipeFoyer et époqueEffet
Émail cloisonnéDe fines cloisons d'or soudées dessinent les contours ; on coule l'émail entre ellesByzance, art ottonien (Xᵉ-XIᵉ s.)Couleurs joaillières, lignes d'or, somptuosité impériale
Émail champlevéOn creuse des alvéoles dans une plaque de cuivre épaisse, qu'on remplit d'émailVallée de la Meuse, puis Limoges (XIIᵉ-XIIIᵉ s.)Surfaces bleues profondes, production possible en série
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L'essor de l'émaillerie champlevée sur cuivre est l'un des grands faits de l'orfèvrerie romane[14]. Deux régions s'y illustrent : la vallée de la Meuse (art mosan), d'une finesse savante, et le Limousin, qui à partir des années 1170 industrialise littéralement la production et exporte ses châsses dans toute l'Europe.

Le cristal de roche et l'ivoire

Deux matériaux nobles complètent la palette. Le cristal de roche — quartz pur, dur à tailler — est prisé pour sa transparence : il sert de fenêtre, de fiole, de cylindre par lequel la relique se laisse voir, anticipant l'ostensoir. L'ivoire, sculpté en plaques ou en statuettes, habille certains coffrets et reliquaires, héritage de l'art carolingien et byzantin. L'un et l'autre disent la même intention : associer à l'or des matières rares, translucides ou immaculées, dignes de ce qu'elles entourent.

Les grands foyers et les chefs-d'œuvre

L'histoire du reliquaire d'art se lit dans une poignée d'œuvres majeures, qui jalonnent mille ans de création, du trésor carolingien au théâtre baroque.

La Majesté d'or de sainte Foy de Conques (IXᵉ-XIᵉ siècle)

Majesté de sainte Foy de Conques — 自由馴鹿 (ZiYouXunLu), edited by MenkinAlRire — Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Au cœur du trésor de l'abbatiale de Conques, en Rouergue, trône la Majesté de sainte Foy : une statue-reliquaire de quelque 85 cm, faite d'une âme de bois recouverte d'or et d'argent doré, rehaussée d'émaux, de gemmes et de camées antiques, les yeux en verre bleu sombre[15]. Elle enferme la relique la plus précieuse de la sainte — son crâne. Sainte Foy, jeune martyre d'Agen au IIIᵉ siècle, fut « transférée » à Conques par les moines au IXᵉ siècle ; sa Majesté, datée entre le IXᵉ et le XIᵉ siècle, est l'unique statue-reliquaire majeure de la Gaule post-carolingienne parvenue jusqu'à nous[16].

Sa puissance plastique est telle qu'elle déconcerte. Vers 1013, le clerc Bernard d'Angers, formé à l'école de Chartres, visite Conques et avoue dans son Liber miraculorum sanctae Fidis avoir d'abord vu dans ces statues d'or quelque chose qui ressemblait à une idole païenne, une Vénus ou une Diane — avant de se convertir, par les miracles, à la vénération de la sainte[17]. Le témoignage est précieux : il montre, de l'intérieur du Moyen Âge, la conscience aiguë de la frontière entre l'image et l'idole — frontière que l'Église a toujours tenue, et qu'analyse La différence entre icône, idole et image sacrée.

L'art mosan : Nicolas de Verdun et Godefroid de Huy

La vallée de la Meuse — entre Liège, Huy, Maastricht et Stavelot — fut, aux XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, l'un des sommets de l'orfèvrerie européenne. L'art mosan allie une science savante du dessin, héritée de l'Antiquité et de l'art ottonien, à la maîtrise de l'émail champlevé[18].

Deux noms le dominent. Godefroid de Huy (ou de Claire), orfèvre et émailleur actif autour de Stavelot, à qui l'on a longtemps attribué des staurothèques et châsses d'une finesse exceptionnelle. Et surtout Nicolas de Verdun, le plus grand de tous, dont l'œuvre — l'ambon de Klosterneuburg (1181) en Autriche, puis la châsse des Rois mages — n'appartient déjà plus à la seule tradition mosane, mais à l'art européen de l'an 1200[19]. Avec lui, les figures retrouvent un drapé, un volume, une présence presque antiques : l'orfèvrerie redevient grande sculpture.

La châsse des Rois mages de Cologne (v. 1180-1230)

Détail des figures et arcatures de la châsse de Cologne — Anteeru — Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

C'est, par la taille comme par la sophistication, le plus grand reliquaire du Moyen Âge occidental[20]. Commencée vers 1180-1190 par Nicolas de Verdun et achevée par les ateliers colonais vers 1230, la châsse des Rois mages mesure environ 2,20 m de long, 1,10 m de large et 1,53 m de haut. Conçue comme une basilique à trois nefs en or et argent, sertie de plaques émaillées, de gemmes et de centaines de figures, elle abrite les ossements des Rois mages, transférés de Milan à Cologne en 1164 par l'archevêque Rainald de Dassel[21].

Sa façade orchestre toute l'histoire du salut : prophètes et apôtres, scènes de la vie du Christ, et, au centre, l'Adoration des mages — où les rois apportent leur or, leur encens et leur myrrhe, comme la châsse elle-même offre au Christ tout l'or du monde. C'est elle qui a fait de Cologne, dès le Moyen Âge, l'un des plus grands buts de pèlerinage d'Europe.

L'Œuvre de Limoges et les châsses de Thomas Becket

Châsse de Thomas Becket, Limoges, musée de Cluny, Cl. 22596 — Marie-Lan Nguyen — Wikimedia Commons, domaine public.

Si l'art mosan est l'aristocratie du reliquaire, Limoges en est la grande diffusion. À partir des années 1170, les ateliers limousins produisent en quantité des châsses de cuivre doré émaillé champlevé — une âme de chêne recouverte de plaques de cuivre gravées, ciselées, dorées et emplies d'émail bleu profond. Quelque sept cents châsses de l'« Œuvre de Limoges » nous sont parvenues[22].

Le cas le plus éclairant est celui de saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry assassiné dans sa cathédrale en 1170 et canonisé dès 1173. Sa dévotion, fulgurante, suscite une production sérielle : cinquante-deux châsses limousines illustrant son meurtre nous sont conservées, exécutées entre 1185 et 1220 environ — le plus grand groupe iconographique de tout le corpus[23]. Plusieurs sont aujourd'hui au Louvre[24]. Le reliquaire devient ici un média : par ces écrins répandus dans toute l'Europe, l'image du martyre voyage et le culte se propage. L'orfèvrerie se fait évangélisation.

La Sainte-Chapelle : un reliquaire d'architecture

La chapelle haute de la Sainte-Chapelle de Paris — Ulemas7 — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le geste le plus vertigineux est celui de Louis IX, saint Louis. En 1239, l'empereur latin de Constantinople, Baudouin II, aux abois financiers, lui cède la Couronne d'épines, suivie d'autres reliques de la Passion. Le prix est colossal : la seule Couronne aurait coûté 135 000 livres tournois, environ la moitié des revenus annuels de la Couronne de France[25]. Le 19 août 1239, pieds nus et en simple tunique, le roi porte lui-même la relique vers Paris.

Pour abriter ce trésor, Louis IX fait élever, dans son palais de l'île de la Cité, la Sainte-Chapelle (1242-1248) : non plus un coffret, mais un reliquaire à l'échelle d'un édifice. Murs dématérialisés en parois de vitraux, voûtes d'azur étoilé, structure de pierre réduite au minimum : la chapelle haute est une châsse de verre et de lumière, qui abritait elle-même la Grande Châsse d'orfèvrerie portant les reliques. C'est l'aboutissement de la logique de Suger : faire d'un bâtiment entier un écrin lumineux — l'art que décrit Le gothique comme théologie de la lumière.

On entre dans la Sainte-Chapelle comme dans un reliquaire : la pierre s'efface, le verre devient gemme, et toute l'architecture n'a plus d'autre fonction que de montrer ce qu'elle abrite.

Le Reliquaire de la Sainte Épine de Jean de Berry (v. 1390-1397)

Reliquaire de la Sainte Épine, British Museum — Geni — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

À la fin du gothique, l'art du reliquaire atteint un raffinement de joaillier. Le Reliquaire de la Sainte Épine, exécuté entre 1390 et 1397 pour Jean, duc de Berry, le plus grand collectionneur de son temps, en est le joyau. Conservé aujourd'hui au British Museum (legs Waddesdon), il est fait d'or émaillé, de saphirs, de rubis, de perles et de cristal de roche, et enchâsse une épine de la Couronne acquise par saint Louis[26].

Sa virtuosité tient à une technique récente, l'émail en ronde-bosse (émail sur ronde-bosse) : des figurines de plein relief recouvertes d'émail blanc opaque, d'un modelé presque sculptural[27]. Autour de l'épine se déploie tout un Jugement dernier miniature : le Christ juge entre la Vierge et Jean-Baptiste, les douze apôtres, Dieu le Père au sommet, et des anges sonnant de la trompette aux tourelles d'une forteresse d'or. Le reliquaire n'est plus seulement un écrin : c'est un petit théâtre eschatologique, où la relique de la Passion s'inscrit au centre de la fin du monde.

Splendeurs baroques : bustes et saints des catacombes

Gratian, saint des catacombes, basilique de Waldsassen — Wolfgang Sauber — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L'âge baroque relance, après la Réforme, l'art du reliquaire avec une théâtralité nouvelle. Deux phénomènes le marquent. D'abord la multiplication des bustes-reliquaires d'argent, au visage expressif, présentés dans des niches dorées. Ensuite, l'extraordinaire épisode des saints des catacombes (Katakombenheilige).

En 1578, la redécouverte des catacombes romaines met au jour des milliers de squelettes tenus pour ceux des martyrs des premiers siècles. Rome en distribue de nombreux à l'Europe catholique — surtout aux pays germaniques — pour remplacer les reliques détruites par la Réforme et raviver la foi[28]. Une fois arrivés, ces ossements sont confiés à des religieuses qui les revêtent de soie, d'or et de pierres précieuses, parfois couronnés ou cuirassés, et les exposent en gloire dans les églises baroques[29]. Étrange et fascinant, l'art atteint ici sa limite : le squelette lui-même devient œuvre, paré comme un prince céleste — image saisissante de la gloire promise au corps ressuscité.

Le reliquaire comme théologie en images

Derrière la diversité des formes et des siècles, un même langage se laisse lire. Le reliquaire n'est pas un simple objet de luxe : c'est une doctrine rendue visible.

Microarchitecture et Jérusalem céleste

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La récurrence des reliquaires en forme d'église — toit, tourelles, arcades, pinacles — n'est pas décorative. Elle dit que le saint habite déjà la Maison de Dieu, et que cette Maison est la Jérusalem céleste décrite par l'Apocalypse, cité d'or et de pierres précieuses (Apocalypse 21). Chaque grande châsse est une maquette du Ciel ; chaque ostensoir gothique, une cathédrale de poche. Le fidèle qui s'en approche est invité à voir, dans l'écrin, l'image de la patrie où le saint est entré.

« L'honneur passe à l'archétype » : Trente et la régulation

L'Église n'a jamais ignoré le risque : la beauté de l'écrin peut détourner vers elle-même l'hommage dû à Dieu. C'est pourquoi le concile de Trente, en sa session XXV (3-4 décembre 1563), après avoir réaffirmé la légitimité de vénérer les reliques, a exigé l'abolition des abus : pas de fausses reliques, pas de superstition, pas de beauté « provocante » ou indécente dans les images[30]. La splendeur est permise — voulue, même — mais ordonnée : l'honneur rendu à l'image, disait déjà Nicée II, « passe au prototype ». L'or du reliquaire n'adore pas l'os ; il confesse le Dieu qui a sanctifié ce corps. Sur ce discernement, voir Les reliques, une idolâtrie des morts ?.

Du reliquaire médiéval à aujourd'hui

L'art du reliquaire n'est pas une antiquité morte. L'Église continue d'enchâsser ses saints : saint Carlo Acutis, canonisé le 7 septembre 2025, dont les reliques sont déjà diffusées aux diocèses du monde entier. Les formes se sont assagies — moins de gemmes, plus de sobriété — mais le geste demeure identique à celui des moines de Conques : donner un écrin digne à ce que l'on croit habité de Dieu. Tant que l'Église croira à la résurrection de la chair et à la communion des saints, elle fabriquera des reliquaires.

On n'enferme pas dans le bois brut ce que l'on tient pour une semence de gloire. Le reliquaire est, en or et en émail, une profession de foi en la résurrection des corps.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Synthèse d'après l'article « Reliquaire » (Wikipédia, version française, consultée en 2026) : étymologie reliquiae (« ce qui reste »), origine de la châsse (capsa, « coffre ») rappelant le sarcophage des martyrs et apparaissant aux premiers siècles, typologie des formes (châsse, bras-, chef-, buste-reliquaire, reliquaires topiques/morphologiques), et essor de l'émaillerie champlevée sur cuivre, notamment au Limousin à partir des années 1170.

    1 14
  2. Dicastère (alors Congrégation) pour les Causes des Saints, Les reliques dans l'Église : authenticité et conservation (instruction du 8 décembre 2017). L'instruction rappelle qu'aucune relique de bienheureux ou de saint ne peut être exposée à la vénération des fidèles sans un certificat d'authenticité en bonne et due forme, et codifie la distinction entre reliques insignes et non insignes.

    2
  3. Apocalypse 6, 9 (traduction liturgique francophone). Le texte grec porte « hupokátō tou thusiastēríou », « sous l'autel ». C'est le fondement scripturaire classique de l'usage de placer des reliques de martyrs sous l'autel, le martyr étant uni au sacrifice du Christ rendu présent sur l'autel.

    3
  4. Vᵉ concile de Carthage (401), canon Item placuit : la tradition rapporte que ce canon rendit obligatoire la présence de reliques sous l'autel. Le Liber Pontificalis attribue par ailleurs au pape Félix Iᵉʳ (269-274) d'avoir encouragé la coutume de célébrer sur les tombes des martyrs. Synthèse d'après les notices « Relique » (Wikipédia, version française) et les ressources d'architecture liturgique, consultées en 2026.

    4
  5. Code de droit canonique de 1983, canon 1237 § 2 : « Antiqua traditio Martyrum aliorumve Sanctorum reliquias sub altari fixo condendi servetur, iuxta normas in libris liturgicis traditas » — « On gardera l'antique tradition de déposer sous l'autel fixe des reliques de Martyrs ou d'autres Saints, selon les normes données dans les livres liturgiques. »

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  6. Suger de Saint-Denis, Liber de rebus in administratione sua gestis (De Administratione), ch. XXXIII, vers 1144-1145. Traduction française d'après l'édition critique d'Erwin Panofsky, Abbot Suger on the Abbey Church of St.-Denis and its Art Treasures, Princeton University Press, 1946. Texte latin : « …de materialibus ad immaterialia transferendo… ». Le passage, célèbre, formule l'esthétique « anagogique » : la beauté des matériaux précieux élève l'âme vers le divin. Suger commence à dicter le De Administratione à l'hiver 1144-1145, notamment pour justifier ses dépenses.

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  7. Synthèse d'après l'article « Statue reliquaire de Sainte Foy » (Wikipédia, version française, consultée en 2026) et la notice du trésor de Conques : statuette d'environ 85 cm, âme de bois (if) recouverte d'or, d'argent doré, d'émaux (yeux de verre bleu) et sertie de gemmes et de camées antiques de toutes provenances ; contient le crâne de sainte Foy, jeune martyre d'Agen (IIIᵉ s.) « transférée » à Conques au IXᵉ siècle ; œuvre datée du IXᵉ au XIᵉ siècle, unique « majesté » carolingienne (statue-reliquaire) parvenue jusqu'à nous.

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  8. Synthèse d'après l'article « Châsse des rois mages » (Wikipédia, version française, consultée en 2026) : reliquaire de la cathédrale de Cologne réalisé v. 1180/1190-1230 par l'atelier de Nicolas de Verdun puis les ateliers colonais ; dimensions env. 2,20 × 1,10 × 1,53 m ; le plus grand reliquaire du Moyen Âge occidental ; conçu en forme de basilique miniature, orné de plaques d'or et d'argent serties de gemmes et d'émaux ; réalisé pour recevoir les ossements des Rois mages transférés de Milan à Cologne en 1164 par l'archevêque Rainald de Dassel.

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  9. Terme allemand redende Reliquiare, « reliquaires parlants » : désigne les reliquaires morphologiques dont la forme (bras, tête, pied) évoque le membre contenu. Synthèse d'après la littérature d'histoire de l'art médiéval (notices sur les speaking reliquaries), consultée en 2026.

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  10. Cynthia Hahn, Strange Beauty: Issues in the Making and Meaning of Reliquaries, 400–circa 1204, Pennsylvania State University Press, 2012 ; et ses études sur les reliquaires « parlants ». Hahn souligne (a) que les bras-reliquaires sont probablement les plus produits des reliquaires morphologiques car ils jouent un rôle liturgique (bénédiction des fidèles, signe de croix) ; (b) que ces objets ne contiennent pas nécessairement l'os que leur forme suggère — un bras peut renfermer un fragment de tibia ou de bassin — ce qui montre qu'ils « parlent » de la fonction et de la présence du saint plus que d'un contenu littéral.

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  11. Triptyque de Stavelot, orfèvrerie mosane du milieu du XIIᵉ siècle (The Morgan Library & Museum, New York). Monture occidentale d'émaux champlevés enchâssant deux petites staurothèques byzantines (reliquaires de la Vraie Croix) à émaux cloisonnés. Synthèse d'après les notices « Staurothèque » et « Triptyque de Stavelot » (Wikipédia) et la littérature sur l'art mosan, consultées en 2026.

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  12. Synthèse d'après l'article « Ostensoir » (Wikipédia, version française) et les ressources sur l'art liturgique, consultés en 2026 : les ancêtres de l'ostensoir apparaissent au début du XIIIᵉ siècle comme des réceptacles transparents montés sur un pied, faits de cristal de roche, permettant de voir la relique (puis l'hostie) ; leur essor est lié au progrès de la taille du cristal de roche, et culmine aux XIVᵉ-XVᵉ siècles, notamment en Flandre et en Allemagne, dans des architectures gothiques ajourées.

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  13. Bernard d'Angers, Liber miraculorum sanctae Fidis (« Livre des miracles de sainte Foy »), vers 1013-1020. Le clerc, formé à Chartres, rapporte sa méfiance initiale devant les statues-reliquaires d'or de l'Auvergne et du Rouergue, qu'un esprit non averti pouvait prendre pour des idoles païennes (une Vénus ou une Diane), avant de se rallier à leur vénération devant les miracles. Témoignage de référence sur la conscience médiévale de la frontière entre image légitime et idole.

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  14. Synthèse d'après les notices « Art mosan », « Champlevé mosan », « Godefroid de Claire » et « Nicolas de Verdun » (Wikipédia / encyclopédie Larousse, consultées en 2026) : l'art mosan, roman d'influence carolingienne et ottonienne, fleurit du XIᵉ au XIIIᵉ siècle dans l'ancien diocèse de Liège (vallée de la Meuse) ; Godefroid de Huy (de Claire), orfèvre et émailleur actif autour de Stavelot ; Nicolas de Verdun, « le plus grand », auteur de l'ambon de Klosterneuburg (1181) et de la châsse des Rois mages, dont l'art appartient déjà à l'« art européen de 1200 ».

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  15. Synthèse d'après l'article « Émail de Limoges » (Wikipédia) et les ressources du Centre de la culture du Limousin médiéval, ainsi que la recherche universitaire (CRIHAM, Université de Limoges), consultées en 2026 : environ 700 châsses de l'« Œuvre de Limoges » conservées ; les châsses illustrant le meurtre de saint Thomas Becket (archevêque de Cantorbéry, v. 1118-1170, canonisé en 1173) forment le plus grand groupe iconographique, avec une cinquantaine d'exemplaires (souvent cité : 52) exécutés entre 1185 et 1220 environ ; technique : âme de chêne recouverte de plaques de cuivre champlevé, émaillé, ciselé, gravé et doré.

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  16. Musée du Louvre, notices des châsses de saint Thomas Becket en émail champlevé de Limoges (collections en ligne, consultées en 2026) — plusieurs châsses limousines du martyre de Becket y sont conservées et documentées (matériaux, datation au tournant des XIIᵉ-XIIIᵉ siècles).

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  17. Synthèse d'après Vatican News (« La sainte Couronne d'épines à travers les siècles », 2020) et la notice historique de la cathédrale Notre-Dame de Paris (« Saint Louis et les reliques de la Passion ») : en 1238-1239, l'empereur latin de Constantinople Baudouin II cède la Couronne d'épines à Louis IX ; le prix avancé est d'environ 135 000 livres tournois (de l'ordre de la moitié des revenus annuels de la Couronne) ; le 19 août 1239, le roi porte la relique pieds nus jusqu'à Paris ; la Sainte-Chapelle (1242-1248) est édifiée pour abriter la Couronne et les reliques de la Passion.

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  18. British Museum, The Holy Thorn Reliquary (legs Waddesdon, 1898 ; notice de collection, consultée en 2026) : reliquaire d'or émaillé serti de saphirs, rubis, perles et cristal de roche, réalisé pour Jean, duc de Berry, contenant une épine de la Couronne ; iconographie du Jugement dernier (le Christ entre la Vierge et Jean-Baptiste, les douze apôtres, Dieu le Père, anges aux trompettes sur une base en forme de forteresse aux armes du duc).

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  19. Smarthistory, « The Holy Thorn Reliquary of Jean, duc de Berry » (consulté en 2026) : datation v. 1390-1397, attribution à un orfèvre parisien anonyme, et emploi de la technique récente de l'émail en ronde-bosse (émail sur ronde-bosse) — figures de plein relief en émail blanc opaque sur âme métallique, rehaussées d'émaux colorés et de dorure.

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  20. Synthèse d'après la littérature sur les Katakombenheilige (« saints des catacombes »), notamment Paul Koudounaris, Heavenly Bodies / Trésors des catacombes, et les notices d'histoire religieuse (consultées en 2026) : après la redécouverte des catacombes romaines en 1578, des milliers de squelettes tenus pour ceux de martyrs sont distribués à l'Europe catholique, surtout germanique, pour remplacer les reliques détruites lors de la Réforme ; ils sont revêtus de soie, d'or et de pierres précieuses par des religieuses, parfois couronnés ou cuirassés, et exposés en gloire dans les églises baroques des XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles.

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  21. Concile de Trente, session XXV (3-4 décembre 1563), Décret sur l'invocation, la vénération et les reliques des saints, et sur les saintes images (DS 1821-1825). Le décret réaffirme la légitimité de vénérer les corps des saints et leurs reliques, tout en exigeant l'abolition de tout abus : pas de fausses reliques ni de gains illicites, et, pour les images, rien d'indécent ni de « provocant ». La beauté de l'art sacré est permise mais ordonnée à l'édification et exempte de superstition.

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