Le symbolisme du tabernacle

Le tabernacle est le coffre sacré où l'Église catholique garde l'Eucharistie. Son nom signifie « tente » : il prolonge la Tente de la Rencontre et l'Arche d'Alliance. Le symbolisme du tabernacle, sa lampe rouge, son voile, son histoire et ce qu'il dit de la présence de Dieu.

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Dans toute église catholique, un meuble retient le regard plus que les autres : un coffre souvent doré, parfois voilé d'une étoffe, placé au centre du chœur ou dans une chapelle à l'écart, et près duquel veille une petite flamme rouge qui ne s'éteint jamais. Ce coffre est le tabernacle. On y garde, après la messe, les hosties consacrées — c'est-à-dire, pour la foi catholique, le Christ lui-même réellement présent[1]. La lampe qui brûle à côté dit, à qui entre, une seule chose : « Il est là. »

Le tabernacle n'est ni un coffre-fort décoratif, ni une simple armoire de rangement liturgique. C'est un signe dense, chargé de quinze siècles d'histoire et de toute la Bible. Son nom même est un programme : tabernaculum veut dire « tente », et renvoie directement à la Tente de la Rencontre que Moïse dressa au désert pour que Dieu « habite au milieu » de son peuple[2]. Comprendre le tabernacle, c'est donc relire toute l'histoire d'un Dieu qui n'a jamais cessé de vouloir demeurer parmi les hommes — de la tente du Sinaï jusqu'au coffre doré de la paroisse d'aujourd'hui.

Cet article décrit ce qu'est le tabernacle, pourquoi il porte le nom d'une tente, ce que signifient chacun de ses éléments — la porte, le voile, la lampe, la clé —, comment l'Église en est venue, au fil des siècles, à garder ainsi l'Eucharistie, et ce que les saints y ont vu de plus brûlant. Il reste volontairement centré sur le meuble et son symbolisme : la théologie de la présence réelle, l'adoration et la messe sont traitées dans les articles voisins, vers lesquels il renvoie.

Qu'est-ce que le tabernacle ?

Une définition simple

Le tabernacle est le réceptacle fixe, solide et fermé à clé dans lequel l'Église catholique conserve la réserve eucharistique : les hosties consacrées qui n'ont pas été distribuées pendant la messe. Le droit de l'Église le définit avec précision : « La très sainte Eucharistie ne sera conservée habituellement que dans un tabernacle de l'église ou de l'oratoire », un tabernacle « inamovible, fait d'un matériau solide non transparent et fermé de telle sorte que soit évité au maximum tout risque de profanation »[3].

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Trois traits le distinguent de tout autre meuble d'église. Il est d'abord unique : une église n'a normalement qu'un seul tabernacle, pour signifier qu'il n'y a qu'un seul Seigneur réellement présent[4]. Il est ensuite digne et bien en vue : la Présentation générale du Missel romain demande qu'il soit placé « en une partie de l'église vraiment noble, insigne, bien en vue, dignement ornée et propice à la prière »[5]. Il est enfin gardé : la clé du tabernacle « sera gardée avec le plus grand soin »[6], car ce qu'il referme est, aux yeux de la foi, le bien le plus précieux de la terre.

Le mot « tabernacle » : une tente avant d'être un coffre

Le mot vient du latin tabernaculum, diminutif de taberna (« hutte, baraque »), et signifie littéralement « petite tente ». C'est le mot qu'employait la Vulgate pour traduire la Demeure du désert — la grande tente que les Hébreux portaient avec eux dans leur marche vers la Terre promise et où reposait l'Arche d'Alliance[7]. Le vocabulaire chrétien n'a donc pas choisi le mot coffre, armoire ou trésor, mais le mot tente : non pas un lieu où l'on enferme un objet, mais un lieu où Dieu campe au milieu de son peuple.

Ce glissement de sens est essentiel. Une tente n'est pas une forteresse : c'est un abri mobile, planté au cœur du campement, à portée de tous. En appelant tabernacle le coffre qui garde l'Eucharistie, la liturgie affirme que le Dieu qui « dressait sa tente » parmi les nomades du Sinaï continue de camper au milieu des siens, désormais sous les espèces du pain. Le coffre doré dit, autrement, ce que disait la toile tendue du désert.

Ce que le tabernacle n'est pas

Pour bien saisir son symbolisme, il faut écarter trois malentendus fréquents.

Le tabernacle n'est pas un reliquaire. Un reliquaire garde le souvenir matériel d'un saint mort ; le tabernacle garde une personne vivante, le Christ ressuscité, présent et agissant. On ne vénère pas un objet sacré, on adore Quelqu'un[8]. C'est pourquoi le geste dû au tabernacle n'est pas la simple révérence faite aux reliques des saints, mais la génuflexion, réservée à Dieu seul.

Il n'est pas non plus un simple meuble de rangement. La réserve eucharistique a une finalité sacrée — porter la communion aux malades, garder le viatique pour les mourants, permettre l'adoration —, jamais un usage de commodité[9]. On ne « range » pas le Saint-Sacrement comme on range des objets de culte.

Il n'est enfin pas le tabernacle du désert lui-même, mais son accomplissement. Entre la tente de Moïse et le coffre de la paroisse, il y a toute la distance entre la figure et la réalité : l'une annonçait une présence voilée et passagère, l'autre garde la présence définitive du Verbe fait chair. Le mot est le même ; la réalité est infiniment plus grande.

Les racines bibliques : la Tente, l'Arche, le Temple

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Le symbolisme du tabernacle ne s'invente pas : il se lit dans la Bible. Toute l'histoire sainte est traversée par une même question — où Dieu habite-t-il avec les hommes ? — et le tabernacle eucharistique en est la réponse dernière.

« Ils me feront un sanctuaire » : la Demeure du désert

Au Sinaï, Dieu donne à Moïse un ordre étonnant : non pas seulement des commandements, mais le plan d'une demeure. « Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux »[10]. Ainsi naît la Tente de la Rencontre (en hébreu ohel moed) — un sanctuaire portatif, fait de toiles, de bois d'acacia et d'or, que le peuple dresse à chaque étape de sa marche. C'est le premier tabernaculum de l'histoire sainte : le lieu où Moïse « entrait pour parler avec Dieu », et d'où sortait la parole pour le peuple.

« Moïse prenait la tente et la dressait pour lui hors du camp […]. Il l'appelait la tente de la Rencontre […]. Lorsque Moïse entrait dans la tente, la colonne de nuée descendait et se tenait à l'entrée, et le Seigneur parlait avec Moïse. » — Livre de l'Exode 33, 7-11[11]

La tente n'est donc pas un objet de décoration religieuse : c'est le point de rencontre entre le Ciel et la terre, le lieu où Dieu se rend accessible sans cesser d'être saint.

L'Arche d'Alliance et le Saint des Saints

Au cœur de la Tente, derrière un grand voile, se trouvait l'espace le plus sacré : le Saint des Saints (qodesh haqodashim), où reposait l'Arche d'Alliance — le coffre d'acacia recouvert d'or qui contenait les Tables de la Loi, un vase de la manne et le bâton d'Aaron[12]. Nul n'y entrait, sauf le grand prêtre, une fois l'an, au jour de l'Expiation. L'Arche était le trône de la présence : Dieu était dit « siéger sur les chérubins » qui la surmontaient.

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Le rapprochement avec le tabernacle eucharistique est immédiat, et l'Église l'a fait très tôt. Comme l'Arche, le tabernacle est un coffre précieux qui garde la présence de Dieu. Comme le Saint des Saints, il est voilé et mis à part. Comme l'Arche contenait la manne, le pain tombé du Ciel, le tabernacle contient le vrai pain descendu du Ciel, l'Eucharistie. La Lettre aux Hébreux résume la portée de ces figures : tout cela n'était que « l'ombre des biens à venir », accompli dans le Christ, « grand prêtre des biens à venir »[13].

« La première tente comportait un chandelier, la table et les pains de l'offrande : c'est ce qu'on appelle le Saint. Derrière le second voile se trouvait la tente appelée Saint des Saints, avec […] l'arche de l'Alliance entièrement recouverte d'or. » — Lettre aux Hébreux 9, 2-4[14]

La gloire qui remplit la Demeure : la Shekinah

Quand la Tente fut achevée, « la nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du Seigneur remplit la Demeure »[15]. Cette présence rayonnante, la tradition juive l'a nommée la Shekinah — de la racine hébraïque shâkan, « demeurer, camper », exactement la racine du mot Mishkan, la Demeure. Dieu ne se contente pas de visiter son peuple : il réside, il « fait sa demeure » au milieu de lui.

Le même mouvement se reproduit au Temple de Salomon : à la dédicace, « la nuée remplit la maison du Seigneur […] car la gloire du Seigneur remplissait la maison de Dieu »[16]. La présence de la Shekinah dans le Temple est l'ancêtre direct de ce que la foi catholique reconnaît dans le tabernacle : une présence réelle, localisée, adorable de Dieu en un lieu donné. La lampe rouge qui brûle aujourd'hui devant le coffre doré est l'héritière de la gloire qui « remplissait la Demeure ».

« Le Verbe a planté sa tente parmi nous » (Jn 1, 14)

Le Nouveau Testament fait basculer toute cette histoire. Saint Jean ouvre son Évangile par une phrase qui, en grec, est une allusion directe à la Tente du désert : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. » Le verbe employé est eskēnōsen (ἐσκήνωσεν), formé sur skēnē, « la tente » : littéralement, « il a planté sa tente parmi nous », « il a dressé sa Demeure »[17]. La gloire qui remplissait la tente du Sinaï a désormais un visage : « et nous avons vu sa gloire. »

« Et le Verbe s'est fait chair, et il a planté sa tente parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » — Évangile selon saint Jean 1, 14[18]

C'est la clé de tout le symbolisme. Le vrai tabernacle, ce n'est pas d'abord un coffre, c'est la chair du Christ : son humanité est la tente où la divinité a planté sa demeure. Et puisque cette chair se donne dans l'Eucharistie, le coffre qui garde l'Eucharistie devient, en toute vérité, le lieu où « le Verbe plante sa tente » au milieu de chaque communauté. L'Apocalypse close la Bible sur la même image : « Voici la demeure [skēnē] de Dieu avec les hommes ; il aura sa demeure avec eux »[19]. De la première tente du désert à la Jérusalem céleste, c'est une seule histoire de présence — et le tabernacle de nos églises en est l'anneau central.

Marie, premier tabernacle vivant

La tradition catholique reconnaît un dernier maillon entre l'Arche et le tabernacle : la Vierge Marie. Quand l'ange annonce à Marie que l'Esprit Saint « la couvrira de son ombre » (en grec episkiasei), le mot reprend celui de la nuée qui couvrait la Tente[20]. En portant le Verbe fait chair dans son sein, Marie devient le premier tabernacle vivant, la nouvelle Arche d'Alliance qui contient non plus la manne et la Loi gravée sur la pierre, mais le Pain vivant et le Verbe en personne. Ce n'est pas un hasard si les Litanies de Lorette la saluent comme « Arche d'Alliance » (Foederis arca)[21]. Avant le coffre doré des églises, il y a eu un cœur et un corps de femme qui ont gardé Dieu : tout tabernacle de bois ou d'or n'est qu'une imitation de celui-là.

Ce nom de « tabernacle vivant » ne décrit pas seulement Marie : dans un message daté du 10 mars 1969, recueilli dans les manuscrits de Véra Grita, les fidèles sont invités à demander à Marie de leur apprendre à « incarner Jésus Hostie Consacrée, à porter Jésus, à donner Jésus »[22]. Le même passage rappelle que cette vie doit rester soumise à l'Église et au Souverain Pontife.

Pourquoi garder la présence ? La théologie du tabernacle

Si le Christ se donne dans la communion, pourquoi le garder ensuite dans un coffre ? La réponse de l'Église s'est construite en deux temps, et le tabernacle porte la trace de cette histoire.

De la réserve pour les malades à l'adoration

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À l'origine, on ne gardait pas l'Eucharistie pour l'adorer, mais pour la porter : aux malades, aux prisonniers, aux mourants qui ne pouvaient venir à l'assemblée. Le Catéchisme le dit clairement :

« La sainte réserve (tabernacle) était d'abord destinée à garder dignement l'Eucharistie pour qu'elle puisse être portée aux malades et aux absents en dehors de la messe. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1379[23]

Cette première finalité — le viatique, « le pain pour la route » des mourants — reste à ce jour la raison première et obligatoire de toute réserve eucharistique. Mais, ajoute le Catéchisme, « Par l'approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l'Église a pris conscience du sens de l'adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques »[24]. Du Moyen Âge à nos jours, le tabernacle est ainsi devenu, en plus d'une réserve, un foyer d'adoration. (La pratique de l'adoration proprement dite est traitée dans l'article L'adoration eucharistique.)

Le tabernacle, prolongement de la messe

Le tabernacle n'est pas un « à côté » de la messe : il en est le prolongement. Ce qu'il garde a été consacré à l'autel, et y reconduit. Le Christ, dit le Catéchisme, a voulu rester présent pour demeurer le « mémorial de son amour » :

« Il a voulu rester présent à son Église de cette manière unique. Puisqu'il allait quitter les siens sous sa forme visible, il a voulu nous donner sa présence sacramentelle. […] L'Église et le monde ont grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l'amour. » — d'après Catéchisme de l'Église catholique, § 1380[25]

C'est pourquoi le tabernacle, par sa dignité même, doit favoriser l'adoration du Seigneur réellement présent dans le Saint Sacrement de l'autel[26]. Le lien entre l'autel — où le sacrifice se rend présent — et le tabernacle — où le fruit du sacrifice demeure — est si étroit que la question de leur placement respectif a traversé toute l'histoire de l'art sacré (voir Le symbolisme de l'autel).

Une présence « substantielle » et permanente

Le tabernacle suppose une conviction précise, que l'Église confesse depuis toujours et que le concile de Trente a définie contre les contestations protestantes : dans l'Eucharistie, le Christ est présent « vraiment, réellement et substantiellement », et cette présence demeure aussi longtemps que subsistent les espèces du pain[27]. Ce n'est pas une présence « tant que dure la messe », ni un simple symbole qui s'évanouirait sitôt la communion finie. C'est parce que la présence persiste qu'il y a un sens à la garder — et donc un sens au tabernacle. Nier la permanence de la présence, c'est rendre le tabernacle absurde ; la confesser, c'est en faire le cœur de l'église. (Les preuves scripturaires de cette présence sont exposées dans La Bible enseigne-t-elle la présence réelle ? et La présence réelle.)

L'anatomie symbolique du tabernacle

Maison du Sacrement d’Adam Kraft, Nuremberg. Photo : MatthiasKabel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Chaque élément du tabernacle parle. Loin d'être de l'ornement, ses parties forment un langage cohérent qui redit, en matière et en couleur, tout ce que la Bible a dit en mots.

La porte et la serrure : le Saint des Saints rouvert

La porte du tabernacle est souvent l'élément le plus travaillé : ciselée, dorée, ornée de symboles eucharistiques — l'agneau, le pélican, les épis et la vigne, le monogramme du Christ. Cette porte fermée à clé reprend la fonction du voile du Saint des Saints, qui interdisait l'accès à la présence de Dieu. Mais avec une différence capitale : au moment de la mort du Christ, « le voile du Temple se déchira en deux, du haut en bas »[28]. L'accès à Dieu est désormais ouvert. La porte du tabernacle, que le prêtre ouvre à chaque communion et referme ensuite, dit ce double mouvement : une présence à la fois donnée (la porte s'ouvre) et respectée dans sa sainteté (la porte se referme, la clé est gardée).

Le conopée : le voile de la Tente

Beaucoup de tabernacles sont enveloppés d'un voile de tissu, le conopée (du grec kōnōpeion, « moustiquaire, rideau de lit »). Ce voile, traditionnellement recommandé, n'est pas un simple ornement : il redouble le symbolisme de la tente[29]. Comme la toile tendait autour de l'Arche, le conopée drape le coffre et signale, à qui entre, qu'ici se cache une présence. On le fait souvent assortir à la couleur liturgique du jour — blanc, vert, violet, rouge —, si bien que le tabernacle « porte », lui aussi, le temps de l'Église. Voiler, dans la Bible, n'est jamais cacher pour soustraire : c'est honorer un mystère trop grand pour être exposé, et tenir le désir en éveil.

La lampe du sanctuaire : « Il est là »

À côté du tabernacle veille une petite lampe, le plus souvent rouge, qui ne s'éteint jamais tant que le Saint-Sacrement est réservé. Sa présence est une obligation de l'Église :

« Devant le tabernacle où la très sainte Eucharistie est conservée, une lampe spéciale sera constamment allumée pour indiquer et honorer la présence du Christ. » — Code de droit canonique, canon 940[30]

Cette flamme prolonge la lampe perpétuelle que la Loi ordonnait d'entretenir « continuellement » devant le Seigneur dans le Temple[31]. Elle dit, sans un mot, la chose la plus simple et la plus bouleversante : Il est là. Lorsqu'elle est éteinte et la porte du tabernacle ouverte — au soir du Jeudi saint, par exemple —, l'église semble soudain vidée de son cœur : c'est qu'on a perçu, par contraste, tout ce que cette petite flamme signifiait. (Sur la théologie de la lumière liturgique, voir Pourquoi allumer des cierges ?.)

Le pavillon, le corporal, la clé : la dignité des signes

À l'intérieur, le tabernacle est tendu d'un tissu noble, parfois nommé pavillon, et le ciboire qui contient les hosties repose sur un corporal — le linge blanc qui, à la messe, reçoit le Corps du Christ. Rien n'est laissé au hasard : la matière « solide et non transparente » exigée par le droit[32], la clé gardée avec soin[33], la propreté scrupuleuse du linge, tout concourt à entourer la présence d'une dignité de Saint des Saints. Le tabernacle enseigne ainsi, par ses moindres détails, une vérité de foi : ce qu'il garde vaut infiniment, et mérite ce que l'homme a de plus beau.

Où placer le tabernacle ? La question de l'emplacement

L'histoire de l'art sacré est, en partie, l'histoire des emplacements successifs du tabernacle. La norme actuelle de l'Église ménage deux solutions également légitimes. Le tabernacle peut être placé « dans le chœur, en dehors de l'autel de la célébration, sous la forme et au lieu les plus appropriés », ou bien « dans une chapelle propre à l'adoration et à la prière privée des fidèles », organiquement reliée à l'église[34]. Dans tous les cas, la même exigence demeure : un lieu « vraiment noble, insigne, bien en vue, dignement orné et propice à la prière »[35].

Le tableau ci-dessous résume les grandes options retenues au fil des siècles — chacune disant une intuition spirituelle différente.

EmplacementÉpoque dominanteCe qu'il met en valeur
Armoire dans la sacristie ou le mur du chœur (aumbry)Haut Moyen ÂgeLa réserve discrète pour les malades
Colombe ou pyxide suspendue au-dessus de l'autelIXᵉ-XVᵉ siècleLe Christ « qui descend du Ciel »
Maison du Sacrement (tour gothique sculptée)XVᵉ-XVIᵉ siècle (surtout Empire)La monumentalité et la verticalité
Tabernacle fixe sur le maître-autelAprès le concile de TrenteL'unité de l'autel et de la présence
Chapelle de réserve distincteAprès Vatican IIL'adoration silencieuse, à l'écart de l'assemblée

Aucune de ces solutions n'est « la » bonne contre les autres : chacune a servi la foi en son temps. Mais toutes obéissent au même principe — rendre la présence honorée, visible et priable.

Une longue histoire : comment l'Église a gardé l'Eucharistie

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L'idée d'un coffre fixe et doré au centre de l'église est relativement récente. Pendant plus de mille ans, l'Église a gardé l'Eucharistie de bien des manières, et le tabernacle tel que nous le connaissons est l'aboutissement d'une longue maturation.

Les premiers siècles : la réserve discrète

Dès les premières communautés, on conservait le pain consacré, mais sans solennité particulière : le souci premier était de pouvoir le porter aux absents. Les chrétiens gardaient parfois l'Eucharistie chez eux ; dans les églises, on la déposait dans une armoire (en latin armarium, d'où l'anglais aumbry) creusée dans le mur du chœur ou rangée dans la sacristie, discrète et fermée. La présence était crue et respectée, mais le mobilier restait sobre.

La colombe eucharistique et la pyxide suspendue

À partir de l'Antiquité tardive, une coutume gracieuse se répand, surtout en Orient puis en Gaule : suspendre au-dessus de l'autel un vase précieux en forme de colombe — la peristerium —, ou une pyxide en forme de petite tour, où reposaient les hosties[36]. La colombe d'or descendait au-dessus de l'autel comme l'Esprit au baptême du Christ, et signifiait le Pain venu du Ciel. Ce dispositif, élégant et théologiquement riche, fut très répandu en Occident du IXᵉ au XVᵉ siècle.

L'armoire murale et la « maison du Sacrement »

Au bas Moyen Âge, dans les pays germaniques, l'armoire murale prend des proportions spectaculaires : on bâtit de véritables maisons du Sacrement (en allemand Sakramentshäuser), tours de pierre ajourées, parfois hautes de plusieurs mètres, dressées sur le côté du chœur. Le chef-d'œuvre du genre est celle de l'église Saint-Laurent de Nuremberg, sculptée par Adam Kraft vers 1493-1496, qui s'élance sur près de vingt mètres en une dentelle de pierre[37]. Ces tours disent, par leur verticalité, que le Pain gardé là est « descendu du Ciel » — et qu'il y reconduit.

« Dans certaines églises on place une arche ou tabernacle, dans lequel sont gardés le Corps du Seigneur et les reliques. » — Guillaume Durand de Mende, Rational des divins offices, livre I, vers 1286[38]

Le concile de Trente et saint Charles Borromée

C'est la réforme catholique du XVIᵉ siècle qui fixe le modèle encore familier aujourd'hui. Quelques évêques l'avaient préparé — ainsi Gian Matteo Giberti, à Vérone, dont les Constitutiones de 1542 prescrivaient déjà la réserve au centre de l'église, « tamquam cor in pectore », « comme le cœur dans la poitrine »[39]. Mais c'est surtout, après que le concile de Trente (1545-1563) eut solennellement réaffirmé la présence réelle contre les Réformateurs, l'œuvre de saint Charles Borromée, archevêque de Milan. Ses Instructiones fabricae et supellectilis ecclesiasticae (1577) — la première grande charte d'architecture sacrée de l'Église — codifient l'usage : le synode de Milan de 1565 demandait que, dans toutes les églises, le Saint-Sacrement « soit placé sur le maître-autel », sauf raison grave[40]. Le tabernacle fixe, doré, posé au centre de l'autel principal et bien en vue de toute l'assemblée devient ainsi, en quelques décennies, le standard du monde catholique — une réponse architecturale directe à la négation protestante de la présence permanente.

Vatican II et la chapelle de réserve

Le dernier tournant est celui du renouveau liturgique du XXᵉ siècle. L'instruction Eucharisticum Mysterium (1967), puis la Présentation générale du Missel romain, ont rappelé une distinction ancienne : l'autel est d'abord le lieu du sacrifice, le tabernacle celui de la réserve et de l'adoration. De là est venue la possibilité, sans jamais l'imposer, de placer le tabernacle dans une chapelle distincte, propice au silence, plutôt que sur l'autel de la célébration[41]. Cette évolution a suscité des débats — certains y ont vu un risque d'effacement de la présence, d'autres une mise en valeur de l'adoration. L'Église a tranché en maintenant les deux solutions, à condition que, dans tous les cas, le tabernacle reste digne, visible et facilement repérable par le fidèle qui entre[42]. Le principe de Borromée demeure : que le tabernacle soit « comme le cœur dans la poitrine » de l'église.

Les saints et le tabernacle

Le Curé d’Ars, George Desvallières, 1920. Wikimedia Commons, domaine public.

Aucune théologie ne dit aussi bien le sens du tabernacle que la vie des saints qui en ont fait le centre de leur existence. Pour eux, le coffre doré n'était pas un meuble : c'était Quelqu'un.

Le Curé d'Ars et la présence au tabernacle

Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars, passait des heures immobile devant son tabernacle. Un de ses paroissiens faisait de même : interrogé par le Curé sur ce qu'il disait au Bon Dieu pendant ces longues heures silencieuses, le paysan répondit simplement : « Je l'avise, et il m'avise » — « je le regarde, et il me regarde. » Le mot, repris par le Catéchisme, dit tout le fond de la prière devant le tabernacle. Et, montrant lui-même le tabernacle à ses visiteurs, le Curé leur redisait, rapporte la tradition, que le Seigneur est là[43].

Toute sa pastorale tenait dans ce geste tourné vers le coffre : faire lever les yeux de ses paroissiens vers la présence réelle, et leur apprendre que l'église n'est pas vide quand elle est silencieuse, mais habitée.

Saint Alphonse de Liguori et les Visites au Saint-Sacrement

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Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, a donné à la dévotion au tabernacle son livre de chevet : les Visites au Saint-Sacrement et à la très sainte Vierge (1745), trente et une courtes visites, une pour chaque jour du mois[44]. Il y formule la logique du tabernacle avec une netteté demeurée classique :

« Sans aucun doute, cette dévotion à la présence réelle est, après la réception des Sacrements, la première de toutes, la plus chère à Dieu et la plus utile aux âmes. […] Peut-être gagnerez-vous plus en un quart d'heure d'oraison devant le tabernacle que dans tous les autres exercices spirituels de la journée. » — Saint Alphonse de Liguori, Visites au Saint-Sacrement, Introduction[45]

Pour lui, le tabernacle fait du Christ le « prisonnier solitaire » qui a voulu demeurer avec nous « nuit et jour » : « l'amour vous a rendu notre captif » (13e visite) ; « s'il reste nuit et jour caché au milieu de nous, c'est pour nous donner la preuve suprême de son amour » (Introduction)[46].

Saint Pierre-Julien Eymard, l'apôtre du tabernacle

Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868), fondateur des Pères du Saint-Sacrement et des Servantes du Saint-Sacrement, a consacré toute sa vie au culte de la présence réelle. Enfant, on le retrouva un jour caché derrière l'autel, la tête appuyée contre le tabernacle ; comme on lui demandait ce qu'il faisait là, il répondit, raconte-t-on, qu'il écoutait Jésus et l'entendait mieux là[47]. Devenu prêtre, il fit de cette intuition une mission : ramener les âmes à établir en Jésus, présent au saint Tabernacle, le centre et la règle de leur vie[48].

Adorer aujourd'hui

Ces saints n'ont rien inventé : ils ont seulement pris au sérieux ce que la lampe rouge annonce. L'Église en a tiré une certitude qu'elle propose à tous : l'église, « maison de Dieu », est « le lieu privilégié de l'adoration de la présence réelle du Christ dans le saint Sacrement »[49]. Le tabernacle n'est donc pas réservé aux mystiques : il est, pour le simple fidèle qui pousse la porte d'une église à midi, l'invitation toujours offerte d'une rencontre.

Le bon usage du tabernacle : foi, respect, et non superstition

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Comme tout signe sacré, le tabernacle peut être mal compris. La juste attitude tient en quelques points, qui découlent tous de la foi en la présence réelle.

D'abord, les gestes du corps. Devant le tabernacle où le Saint-Sacrement est réservé, on fait la génuflexion — fléchir le genou droit jusqu'à terre —, geste d'adoration réservé à Dieu seul[50]. On garde le silence dans l'église, non par convention, mais parce qu'on est « chez Quelqu'un ». Ces gestes ne sont pas des formalités : ils éduquent la foi et la rendent visible.

Ensuite, le discernement. Le tabernacle n'agit pas comme un talisman. Le respecter ne dispense pas de la conversion du cœur, et lui prêter une efficacité « magique », indépendante de la foi et de la charité, serait tomber dans la superstition que le Catéchisme condamne expressément[51]. Adorer le Christ présent, ce n'est pas « utiliser » une présence, c'est se laisser regarder par elle et se laisser convertir.

Enfin, la proportion. Toute la dignité dont l'Église entoure le tabernacle — l'or, le voile, la lampe, la clé, la génuflexion — n'a qu'un sens : dire ce qu'on croit. Si l'on croit vraiment que « le Verbe a planté sa tente parmi nous » et qu'il continue de le faire dans ce coffre, alors aucun honneur n'est de trop. Et si la flamme rouge dit vrai, alors le tabernacle est, dans chaque église du monde, le point le plus important de l'édifice — « comme le cœur dans la poitrine. »

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1379 : « La sainte réserve (tabernacle) était d'abord destinée à garder dignement l'Eucharistie pour qu'elle puisse être portée aux malades et aux absents en dehors de la messe. Par l'approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l'Église a pris conscience du sens de l'adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques. C'est pour cela que le tabernacle doit être placé à un endroit particulièrement digne de l'église ; il doit être construit de telle façon qu'il souligne et manifeste la vérité de la présence réelle du Christ dans le saint sacrement. »

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  2. Livre de l'Exode 25 à 40 : la longue description de la Demeure (en hébreu mishkan) et de la Tente de la Rencontre, que la Vulgate latine traduit par tabernaculum. C'est de ce mot que vient le tabernacle eucharistique.

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  3. Code de droit canonique (1983), canon 938, § 1 : « La très sainte Eucharistie ne sera conservée habituellement que dans un tabernacle de l'église ou de l'oratoire. » § 2 : « Le tabernacle […] sera placé en un endroit de l'église ou de l'oratoire remarquable, visible, convenablement décoré et adapté à la prière. » § 3 : « Le tabernacle […] sera inamovible, fait d'un matériau solide non transparent et fermé de telle sorte que soit évité au maximum tout risque de profanation. » § 5 : « La personne qui est chargée de l'église […] veillera à ce que la clef du tabernacle […] soit gardée avec le plus grand soin. »

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  4. Présentation générale du Missel romain (Institutio Generalis Missalis Romani, éd. typique 2002), n° 314 : la très sainte Eucharistie sera conservée dans un tabernacle placé « en une partie de l'église vraiment noble, insigne, bien en vue, dignement ornée et propice à la prière ». Le tabernacle sera « normalement unique, inamovible, fait d'un matériau solide, non transparent et fermé, de telle sorte que soit évité au maximum tout danger de profanation ».

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  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 1418 : « Puisque le Christ lui-même est présent dans le Sacrement de l'Autel, il faut l'honorer d'un culte d'adoration. "La visite au Très Saint Sacrement est une preuve de gratitude, un signe d'amour et un devoir d'adoration envers le Christ, notre Seigneur" » (MF).

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  6. Livre de l'Exode 25, 8 : « Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux. » Verset-source de toute la théologie de la Demeure.

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  7. Livre de l'Exode 33, 7-11 : la Tente de la Rencontre dressée hors du camp, où « le Seigneur parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle avec son ami ».

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  8. Lettre aux Hébreux 9, 1-5 : description du sanctuaire du désert, du Saint et du Saint des Saints, de l'Arche d'Alliance « entièrement recouverte d'or » contenant « le vase d'or avec la manne, le bâton d'Aaron qui avait fleuri, et les tables de l'Alliance ».

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  9. Lettre aux Hébreux 9, 11-12 : « Mais le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. C'est par une tente plus grande et plus parfaite, qui n'est pas faite de main d'homme […] qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire. » Cf. He 10, 1 : la Loi « ne possède que l'ombre des biens à venir ».

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  10. Livre de l'Exode 40, 34-35 : « La nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du Seigneur remplit la Demeure. Moïse ne pouvait entrer dans la tente de la Rencontre, car la nuée demeurait sur elle, et la gloire du Seigneur remplissait la Demeure. »

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  11. Premier livre des Rois 8, 10-11 (cf. 2 Chroniques 5, 13-14), dédicace du Temple de Salomon : « La nuée remplit la maison du Seigneur. Les prêtres ne purent y rester pour faire le service, à cause de la nuée, car la gloire du Seigneur remplissait la maison du Seigneur. »

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  12. Évangile selon saint Jean 1, 14. Le grec porte kai ho Logos sarx egeneto kai eskēnōsen en hēmin (καὶ ὁ Λόγος σὰρξ ἐγένετο καὶ ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν) : le verbe eskēnōsen (de skēnē, « tente ») signifie littéralement « il a planté sa tente, il a dressé sa demeure ». Saint Jean évoque ainsi la Tente du désert et la Shekinah, la gloire qui demeurait au milieu d'Israël.

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  13. Apocalypse 21, 3 : « Voici la demeure [grec skēnē, la tente] de Dieu avec les hommes ; il aura sa demeure avec eux, ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. » Le même mot que celui de Jn 1, 14 referme la Bible.

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  14. Évangile selon saint Luc 1, 35 : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre [grec episkiasei]. » Le verbe reprend l'image de la nuée qui « couvrait » la Tente (Ex 40, 35), faisant de Marie la nouvelle Demeure de la présence.

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  15. Litanies de Lorette (litanies de la Sainte Vierge, forme reçue depuis le XVIᵉ siècle) : Marie y est invoquée comme « Arche d'Alliance » (Foederis arca), titre qui exprime sa fonction de réceptacle vivant de la présence divine.

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  16. Véra Grita, Porte-moi avec toi !, textes présentés par F.-M. Léthel et R. Carelli, trad. M. Wirth, 2017, p. 302-303. Message du 10 mars 1969 : les fidèles sont invités à demander à Marie d'apprendre à « incarner Jésus Hostie Consacrée, à porter Jésus, à donner Jésus », prière adressée à la « Très Sainte Vierge Marie Auxiliatrice » comme « Mère, Maîtresse, Reine » ; le même passage rappelle que l'âme doit rester « soumise à [l']Église, au Souverain Pontife ». Cité ici comme révélation privée, non comme enseignement du magistère.

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  17. Catéchisme de l'Église catholique, § 1380 : le Christ « a voulu rester présent à son Église » dans l'Eucharistie ; « puisqu'il allait quitter les siens sous sa forme visible, il a voulu nous donner sa présence sacramentelle […]. L'Église et le monde ont grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l'amour. » (citation condensée).

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  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 1183 : « Le tabernacle doit être situé "dans les églises en un lieu des plus dignes, avec le plus grand honneur" (MF). La noblesse, la disposition et la sécurité du tabernacle eucharistique (SC 128) doivent favoriser l'adoration du Seigneur réellement présent dans le Saint Sacrement de l'autel. »

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  19. Concile de Trente, session XIII (1551), Décret sur le très saint sacrement de l'Eucharistie, ch. 1 et can. 1 (Denzinger 1636, 1651) : dans l'Eucharistie le Christ est présent « vraiment, réellement et substantiellement » (vere, realiter et substantialiter) ; le concile (ch. 6) approuve expressément l'usage de réserver l'Eucharistie dans un lieu sacré et de la porter aux malades.

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  20. Évangile selon saint Matthieu 27, 51 (cf. Mc 15, 38 ; Lc 23, 45) : à la mort du Christ, « le voile du sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas ». La Lettre aux Hébreux (10, 19-20) y voit l'accès désormais ouvert au sanctuaire « par le chemin nouveau et vivant » de la chair du Christ.

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  21. Le conopée (latin conopeum, du grec kōnōpeion, « rideau, moustiquaire ») est le voile dont on recouvre le tabernacle. Le Rituel romain et les usages liturgiques en recommandent l'emploi comme signe de la présence et de la dignité de la réserve ; il s'accorde souvent à la couleur liturgique du jour.

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  22. Code de droit canonique (1983), canon 940 : « Devant le tabernacle où la très sainte Eucharistie est conservée, une lampe spéciale sera constamment allumée pour indiquer et honorer la présence du Christ. » Repris par la PGMR n° 316.

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  23. Lévitique 24, 1-4 (cf. Exode 27, 20-21) : ordre d'entretenir « continuellement » une lampe d'huile pure devant le Seigneur, du soir au matin. Cette « lampe perpétuelle » (ner tamid) est l'ancêtre de la lampe du sanctuaire chrétien.

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  24. Présentation générale du Missel romain, n° 315 : il convient que le tabernacle se trouve, selon le jugement de l'évêque diocésain, soit « dans le chœur, en dehors de l'autel de la célébration, sous la forme et au lieu les plus appropriés », soit « dans une chapelle propre à l'adoration et à la prière privée des fidèles », organiquement reliée à l'église et bien visible.

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  25. Sur les formes médiévales de la réserve (armoire murale ou aumbry, colombe eucharistique suspendue, pyxide en forme de tour, maison du Sacrement, puis tabernacle d'autel), voir la synthèse de référence : Justin E. A. Kroesen, The Sacrament House in Northern Europe, et l'article « Tamquam Cor in Pectore : The Eucharistic Tabernacle Before and After the Council of Trent », Institute for Sacred Architecture.

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  26. La maison du Sacrement (Sakramentshaus) de l'église Saint-Laurent de Nuremberg, sculptée par Adam Kraft entre 1493 et 1496, s'élève sur près de vingt mètres en une tour de pierre ajourée ; trois figures agenouillées la soutiennent, dont l'autoportrait du sculpteur. C'est le sommet de l'art des Sakramentshäuser germaniques.

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  27. Guillaume Durand de Mende (Durandus), Rationale divinorum officiorum (Rational des divins offices), livre I, ch. 3, vers 1286 : témoignage de l'usage médiéval de garder « le Corps du Seigneur et les reliques » dans une arche ou tabernaculum, mot déjà employé pour le réceptacle eucharistique.

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  28. Gian Matteo Giberti, évêque de Vérone, Constitutiones (1542) : il prescrit de placer la réserve eucharistique au centre du maître-autel, « tamquam cor in pectore » (« comme le cœur dans la poitrine »), formule appelée à devenir l'image classique de la centralité du tabernacle. Cf. les cathédrales de Volterra (1471), Prato (1487) et Sienne (1506), pionnières du tabernacle d'autel.

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  29. Saint Charles Borromée, Instructiones fabricae et supellectilis ecclesiasticae (Milan, 1577), première grande charte d'architecture et de mobilier sacrés de la réforme catholique ; elle reprend le décret du premier synode provincial de Milan (1565) demandant que, dans toutes les églises où l'on réserve le Saint-Sacrement, celui-ci « soit placé sur le maître-autel », sauf nécessité ou raison grave. Le concile de Trente (1545-1563), session XIII, avait réaffirmé la présence réelle et l'usage de la réserve.

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  30. Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars (1786-1859). Le mot « Je l'avise et il m'avise » (« je le regarde et il me regarde ») est la réponse d'un paysan d'Ars à son curé qui l'interrogeait sur sa longue prière silencieuse devant le tabernacle ; le Catéchisme de l'Église catholique, § 2715, la cite comme modèle de la prière contemplative. Le geste du Curé montrant le tabernacle à ses visiteurs en leur redisant que le Seigneur est là est rapporté par la tradition biographique ; aucun texte verbatim n'ayant pu être localisé dans ses écrits (Pensées, sermons), il est ici rendu en paraphrase déclarée.

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  31. Saint Alphonse de Liguori, Visite al Santissimo Sacramento ed a Maria Santissima (Visites au Saint-Sacrement et à la très sainte Vierge, 1745) : trente et une visites, une par jour du mois. Textes cités d'après l'Introduction et la 13e visite, éd. Saint-Paul, Paris, 1990 (présentation du P. Théodule Rey-Mermet, trad. nouvelle du P. Oscar Lathoud, ISBN 978-2-35117-060-1) : « cette dévotion à la présence réelle est, après la réception des Sacrements, la première de toutes, la plus chère à Dieu et la plus utile aux âmes » et « s'il reste nuit et jour caché au milieu de nous, c'est pour nous donner la preuve suprême de son amour » (Introduction) ; « l'amour vous a rendu notre captif » et « prisonnier solitaire du tabernacle » (13e visite, sur 1 R 9, 3 : « Mes yeux et mon cœur seront là tous les jours »).

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  32. Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868), fondateur de la Congrégation des Pères du Saint-Sacrement (1856) et des Servantes du Saint-Sacrement (1858), canonisé en 1962. L'épisode de l'enfant retrouvé la tête appuyée contre le tabernacle, et son appel à faire de Jésus présent au Tabernacle le centre de la vie, sont rapportés par ses biographes ; faute d'une source donnant le texte exact, ils sont ici rendus en paraphrase.

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  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 2691 : « L'église, maison de Dieu, est le lieu propre de la prière liturgique pour la communauté paroissiale. Elle est aussi le lieu privilégié de l'adoration de la présence réelle du Christ dans le saint Sacrement. »

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, § 2111 : « La superstition est une déviation du sentiment religieux et des pratiques qu'il impose. […] Attacher à la seule matérialité des prières ou des signes sacramentels leur efficacité, en dehors des dispositions intérieures qu'ils exigent, c'est tomber dans la superstition. »

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