La musique grégorienne — ou chant grégorien — est le chant sacré officiel de l'Église latine : une mélodie à une seule voix, chantée en latin, sans aucun accompagnement instrumental, et tout entière ordonnée à porter la parole sainte de la liturgie. Pendant plus de mille ans, c'est par ce chant que l'Église d'Occident a prié la messe et l'office divin. Le concile Vatican II le reconnaît encore aujourd'hui comme le chant propre de la liturgie romaine, appelé à y tenir la première place.[1][2]
Son nom évoque le pape saint Grégoire le Grand (pontife de 590 à 604), que la tradition représente écrivant sous l'inspiration du Saint-Esprit, une colombe à l'oreille. Mais la recherche historique l'établit clairement : Grégoire n'a pas composé personnellement ce répertoire. Le « chant grégorien » au sens où on l'entend est né environ deux siècles après lui, de la rencontre entre le chant de Rome et le chant des Gaules, dans l'Empire de Pépin le Bref et de Charlemagne.[3][4]
Ses traits le rendent immédiatement reconnaissable : pas de rythme mesuré comme une chanson, pas d'harmonie, pas d'orchestre — seulement une ligne mélodique pure, souple, qui épouse le texte comme une prière chantée. Cette sobriété n'est pas une pauvreté : elle est le fruit d'une conviction théologique. Le chant n'est pas là pour briller, mais pour faire entendre la Parole et pour élever l'âme.[5][6]
Cet article présente la monodie grégorienne elle-même : sa nature, son histoire, sa notation, ses modes, son répertoire, sa spiritualité et son statut dans l'Église. Il ne traite pas de la musique sacrée à plusieurs voix qui s'est développée à partir d'elle, ni des grands compositeurs qui s'en sont inspirés : ces sujets relèvent de dossiers distincts vers lesquels on renvoie.[7]
Qu'est-ce que le chant grégorien ?
Une définition simple
Avant toute technique, une image. Imaginons une assemblée de moines, debout dans une abbaye, qui chantent ensemble une même mélodie, sans piano, sans guitare, sans tambour, sans qu'aucune voix ne fasse de seconde voix : tous disent la même ligne, comme une seule voix qui prie. Ce qu'ils chantent n'est pas un poème personnel mais le texte de la liturgie — un psaume, une antienne, une prière de la messe. Voilà, dans sa forme la plus pure, le chant grégorien.[8]
Plus précisément, on appelle chant grégorien le répertoire de chant liturgique latin, monodique et non mesuré, fixé entre le VIIIe et le Xe siècle, qui constitue le fonds musical officiel du rite romain. C'est, selon la formule de Pie X, la « cantilène grégorienne » — le chant qui sert de norme à toute la musique d'Église.[9]
Les traits caractéristiques
Cinq caractères définissent ce chant et le distinguent de toute autre musique.[10]
- La monodie. Le grégorien est monophonique : une seule ligne mélodique, sans harmonie ni contrepoint. Toute l'assemblée chante la même note au même moment (à l'octave près). C'est le contraire de la musique à plusieurs voix qui naîtra plus tard.
- Le latin. Le texte est presque toujours latin, langue liturgique de l'Occident (quelques pièces grecques subsistent, comme le Kyrie eleison).
- L'absence d'accompagnement. Le chant est a cappella, sans instrument. La voix humaine seule porte la prière.
- La modalité. La mélodie ne se range pas dans nos tonalités majeures et mineures modernes, mais dans un système de huit modes hérité de l'Antiquité et de Byzance.
- Le rythme libre. Il n'y a pas de mesure régulière ni de battement fixe : le rythme suit le mot latin, ses accents et son sens. La mélodie respire au rythme de la parole, non d'un métronome.
Ce dernier point est décisif : dans le chant grégorien, la musique est la servante du texte, jamais sa rivale. La mélodie naît du mot, le souligne, le médite, le fait monter vers Dieu. C'est pourquoi l'Église y a toujours vu le modèle de la vraie musique sacrée.[11][12]
Chant grégorien, plain-chant, cantilène romaine
Le vocabulaire mérite une mise au point. On parle de plain-chant (en latin cantus planus, « chant plan ») pour désigner ce chant uni, sans rythme mesuré, par opposition au cantus mensuratus, le chant mesuré de la polyphonie médiévale. Le chant grégorien est la forme la plus achevée et la plus universelle du plain-chant latin.[13]
On distingue par ailleurs le grégorien du chant vieux-romain (Old Roman chant), répertoire propre à la ville de Rome conservé dans quelques manuscrits tardifs, et du chant gallican, en usage dans les Gaules avant la réforme carolingienne. Le grégorien est précisément issu de la fusion de ces traditions — ce que la section suivante explique.[14][15]
D'où vient le chant grégorien ?
Le chant de l'Église primitive
Le christianisme est né en chantant. Dès les premières communautés, l'Apôtre exhorte les fidèles à se nourrir de « psaumes, hymnes et cantiques inspirés » :
« Que la Parole du Christ habite en vous avec abondance : instruisez-vous en toute sagesse par des psaumes, des hymnes, des cantiques inspirés ; chantez à Dieu de tout votre cœur en lui rendant grâce. » — Saint Paul, Épître aux Colossiens 3, 16[16]
L'Église hérite d'abord du chant de la synagogue : la psalmodie, c'est-à-dire le chant des psaumes de David, qui demeure jusqu'à nos jours l'ossature de l'office divin. Au IVe siècle, saint Ambroise de Milan organise le chant des hymnes, et saint Augustin témoigne de l'émotion bouleversante qu'il en ressentit lors de sa conversion :[17]
« Que de larmes j'ai versées à tes hymnes et à tes cantiques, vivement ému par les voix au doux chant de ton Église ! » — Saint Augustin, Confessions, IX, 6, 14[18]
De ces racines bibliques et patristiques naîtront, au fil des siècles, les grandes familles de chant latin : ambrosien à Milan, mozarabe en Espagne, gallican dans les Gaules, vieux-romain à Rome. Le grégorien sera la synthèse de deux d'entre elles.[19]
Saint Grégoire le Grand a-t-il composé le chant grégorien ?
C'est la question que pose tout lecteur. La réponse honnête est : non, pas au sens où on l'imagine.
La tradition médiévale a fait du pape saint Grégoire le Grand l'auteur du répertoire. L'image la plus célèbre — celle d'une colombe posée à son oreille lui dictant les mélodies — provient de la biographie que Jean Diacre rédige vers 873-876 à la demande du pape Jean VIII : elle exalte Grégoire inspiré par l'Esprit Saint et réorganisant la schola cantorum de Rome.[20] L'anecdote précise de la colombe dictant à l'oreille est rapportée par un autre biographe, Pierre Diacre.[21] La superbe miniature du Registrum Gregorii (vers 983) fixe cette iconographie pour des siècles.[22]
Cette tradition exprime une vérité spirituelle — l'Église a reçu son chant comme un don de l'Esprit — mais non une vérité historique au sens littéral. Grégoire le Grand a réellement réformé la liturgie romaine et soutenu la schola cantorum ; il n'a pas composé les mélodies que nous appelons grégoriennes. Certains spécialistes notent même que le nom a pu d'abord honorer le pape Grégoire II (715-731), l'attribution au Grégoire le plus célèbre étant venue ensuite.[23]
La vraie naissance : la fusion romano-franque carolingienne
Le chant grégorien naît en réalité au VIIIe siècle, dans l'Empire franc, d'une décision politique et spirituelle. Pour unir leur royaume à Rome, les souverains carolingiens veulent adopter la liturgie romaine et son chant.[24]
- 752-753Le chant de Rome dans les Gaules
Le pape Étienne II, en visite auprès de Pépin le Bref, célèbre la messe selon l'usage romain. Les Francs découvrent le chant de la Ville éternelle.
- vers 754-760Pépin le Bref impose l'usage romain
Pour resserrer l'alliance avec la papauté, Pépin le Bref abolit progressivement le vieux rite gallican au profit de la liturgie romaine, chant compris.
- 785-786Charlemagne reçoit les livres romains
À la demande de Charlemagne, le pape Hadrien Ier envoie à la cour franque un sacramentaire romain. Le chant romain est appris, copié et diffusé dans tout l'Empire.
- VIIIe-IXe siècleNaissance du chant « grégorien »
Le chant romain, retravaillé par les chantres francs et marqué par la sensibilité gallicane, donne naissance à un répertoire nouveau : le chant romano-franc, bientôt placé sous le patronage de saint Grégoire.
Le résultat est un chant nouveau, ni purement romain ni purement gallican, organisé selon le système des huit modes. Les Francs l'ont reçu comme « romain » et l'ont attribué à Grégoire pour lui donner l'autorité du grand pape ; il est en réalité leur propre synthèse géniale. Ce répertoire va s'imposer dans tout l'Occident et devenir, pour mille ans, le chant de l'Église latine.[25][26]
La notation : comment fixer le chant ?
Pendant des générations, le chant grégorien s'est transmis de bouche à oreille, par cœur. Un chantre apprenait des centaines de mélodies par la seule mémoire. Le besoin de les noter apparaît à l'époque carolingienne, précisément quand il faut diffuser le répertoire romain dans tout l'Empire sans le déformer.[27]
Les neumes : un geste de la main devenu signe
Les premiers signes musicaux s'appellent des neumes (du grec neuma, « signe, geste »). Ce ne sont pas encore des notes sur une portée : ce sont de petits traits, points et crochets placés au-dessus du texte, qui rappellent la direction de la mélodie et la manière de la chanter — monter, descendre, allonger, alléger. On les dit adiastématiques : ils n'indiquent pas la hauteur exacte des sons, seulement leur mouvement et leur expression.[28][29]
Les plus anciens manuscrits entièrement notés datent des IXe-Xe siècles. Deux sommets sont conservés :
- le Cantatorium de Saint-Gall (Cod. Sang. 359), copié vers 922-926, plus ancien manuscrit complet à notation neumatique ;[30]
- le manuscrit de Laon 239 (vers 930), témoin de la tradition messine, aux neumes lorrains d'une finesse exceptionnelle.[31]
Ces manuscrits sont si précis dans l'expression (nuances, allongements, articulations) qu'ils restent aujourd'hui la source de référence pour interpréter authentiquement le chant.[32]
Guido d'Arezzo et l'invention de la portée
Les neumes adiastématiques disent comment chanter, mais non quelle note précise atteindre. Pour cela, il fallait inventer un repère de hauteur. C'est l'œuvre du moine bénédictin Guido d'Arezzo (vers 991-après 1033).[33]
Dans son traité le Micrologus (vers 1025), Guido perfectionne la portée : des lignes horizontales sur lesquelles la position du neume indique exactement la hauteur du son. Du même coup, n'importe quel chantre peut désormais lire une mélodie inconnue sans l'avoir entendue — une révolution.[34]
On lui doit aussi la solmisation (l'ancêtre du solfège). Pour mémoriser les degrés de la gamme, Guido emprunte les premières syllabes des six hémistiches d'une hymne à saint Jean-Baptiste, Ut queant laxis, dont chaque demi-vers commence un degré plus haut : ut, ré, mi, fa, sol, la.[35]
« Ut queant laxis / Resonare fibris / Mira gestorum / Famuli tuorum / Solve polluti / Labii reatum, Sancte Iohannes. » — Hymne des vêpres de la Nativité de saint Jean-Baptiste, source des noms de notes[36]
La sémiologie grégorienne
Au XXe siècle, un moine de Solesmes, Dom Eugène Cardine (1905-1988), fonde une discipline nouvelle : la sémiologie grégorienne, l'étude scientifique des neumes des plus anciens manuscrits pour retrouver l'interprétation authentique du chant — nuances, rythme verbal, articulations. Son ouvrage Sémiologie grégorienne (1968 en italien, 1970 en français) renouvelle profondément la manière de chanter le grégorien dans les monastères.[37]
Les huit modes : la grammaire du chant grégorien
Le chant grégorien ne connaît pas nos gammes majeures et mineures modernes. Il se range dans un système de huit modes (l'octoechos), hérité de la théorie grecque antique et de la tradition byzantine, et fixé à l'époque carolingienne.[38]
Pour comprendre simplement : chaque mode est une « échelle » de notes avec une note d'appui (la finale) et une couleur propre. Selon le mode, une même mélodie peut sonner solennelle, lumineuse, grave, paisible ou intérieure. Les Anciens prêtaient à chaque mode un caractère spirituel particulier.[39]
Les huit modes se groupent en quatre paires, chacune comprenant un mode authentique et un mode plagal (plus grave) :
| Paire | Mode authentique | Mode plagal | Finale | Caractère traditionnel |
|---|---|---|---|---|
| Protus | I — dorien | II — hypodorien | ré | grave, sérieux |
| Deuterus | III — phrygien | IV — hypophrygien | mi | mystique, pénétrant |
| Tritus | V — lydien | VI — hypolydien | fa | joyeux, lumineux |
| Tetrardus | VII — mixolydien | VIII — hypomixolydien | sol | angélique, jubilant |
Cette modalité explique la saveur intemporelle du grégorien : ni gai ni triste au sens moderne, il ouvre un espace sonore qui semble venu d'ailleurs, étranger aux émotions superficielles, fait pour la contemplation.[40][41]
Le répertoire grégorien
Le répertoire grégorien est immense : plusieurs milliers de pièces, réparties entre les deux grands lieux de la prière de l'Église, la messe et l'office divin.
Les chants de la messe
Les chants de la messe se divisent en deux ensembles. Le Propre rassemble les pièces qui changent selon le jour liturgique ; l'Ordinaire rassemble celles dont le texte reste fixe à chaque messe.[42]
| Ensemble | Chants | Fonction |
|---|---|---|
| Propre (textes variables) | Introït, Graduel, Alléluia ou Trait, Offertoire, Communion | accompagnent les temps forts de la messe selon la fête |
| Ordinaire (textes fixes) | Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei | reviennent à chaque messe |
Le degré d'ornementation varie selon la fonction : certaines pièces sont syllabiques (une note par syllabe, comme souvent le Credo), d'autres neumatiques (quelques notes par syllabe), d'autres encore mélismatiques — de longues vocalises sur une seule syllabe, comme le jubilus qui prolonge l'Alléluia, expression sans paroles de la joie pascale.[43]
Les chants de l'office divin
L'office divin (la Liturgie des Heures), prié au long du jour et de la nuit dans les monastères, est porté presque entièrement par le chant : psalmodie (chant des psaumes sur des formules appelées tons psalmiques), antiennes qui encadrent les psaumes, grands répons, et hymnes strophiques.[44] La psalmodie demeure le cœur battant du grégorien : c'est par elle que l'Église chante quotidiennement les 150 psaumes, comme le faisait déjà la synagogue.
Quelques sommets du répertoire
Certaines pièces ont traversé les siècles jusqu'à devenir le patrimoine commun des fidèles :
- le Salve Regina, antienne mariale chantée à Complies, dont la mélodie solennelle est l'une des plus aimées ;
- le Veni Creator Spiritus, hymne à l'Esprit Saint attribuée à Raban Maur (IXe s.), chantée aux grandes ordinations et conclaves ;[45]
- le Te Deum, grande hymne d'action de grâce d'origine ancienne ;
- le Pange lingua gloriosi corporis de saint Thomas d'Aquin (vers 1264), pour la Fête-Dieu, dont la dernière strophe — le Tantum ergo — accompagne le salut du Saint-Sacrement.[46]
D'autres chefs-d'œuvre, comme la séquence Dies irae de la messe des défunts ou le Stabat Mater de la Compassion de Marie, ont leur propre histoire et font l'objet d'articles dédiés.[47]
Une théologie en sons : le sens spirituel du chant
Le chant grégorien n'est pas seulement un fait musical ou historique : c'est une prière et une théologie en acte. Les Pères de l'Église, saint Augustin le premier, en ont pénétré le sens spirituel.
Chanter, c'est le propre de celui qui aime
Pour saint Augustin, le chant jaillit naturellement de l'amour : on chante ce qu'on aime, et l'amour déborde en musique. Sa formule est restée célèbre :
« Chanter est le propre de celui qui aime. » — Saint Augustin, Sermon 336, 1[48]
Le chant n'est donc pas un ornement extérieur de la liturgie, mais l'expression d'un cœur qui aime Dieu. Augustin précise ailleurs que la louange chantée est une louange joyeuse, et qu'elle est tournée vers Celui qu'on aime :
« Celui qui chante la louange ne fait pas que louer : il loue dans la joie ; celui qui chante la louange ne fait pas que chanter, mais il aime celui qu'il chante. » — Saint Augustin, Commentaires sur les Psaumes, Ps 72, 1[49]
La parole portée par la mélodie
Cette conviction explique pourquoi, dans le grégorien, la mélodie reste humble servante du texte. Elle ne couvre pas les mots, ne les noie pas dans la virtuosité : elle les porte, les souligne, les médite. C'est exactement le critère que retiendra le concile Vatican II : la musique sacrée vaut « d'autant plus » qu'elle est « plus étroitement liée à l'action liturgique » et au texte sacré.[50][51]
Le danger de la beauté : l'aveu d'Augustin
Augustin n'ignore pas le risque : une musique trop belle peut détourner l'âme du sens vers le seul plaisir des sons. Avec une lucidité saisissante, il confesse son propre combat :
« Lorsqu'il m'arrive d'être plus ému par le chant que par ce qui est chanté, je confesse que je pèche en méritant châtiment, et alors je préférerais ne pas entendre le chanteur. » — Saint Augustin, Confessions, X, 33[52]
Cet équilibre — une beauté assez grande pour élever l'âme, assez sobre pour ne pas se substituer à la prière — est précisément ce que réalise le chant grégorien. Le pape Benoît XVI le redira : là où la liturgie devient performance et divertissement, son essence se perd.[53]
« Celui qui chante prie deux fois »
On cite souvent, à propos du chant sacré, la formule « Qui chante bien prie deux fois » (en latin qui bene cantat bis orat), attribuée à saint Augustin. La rigueur oblige à une précision : cette formule exacte ne figure dans aucune œuvre authentique d'Augustin ; c'est une paraphrase tardive, attestée à partir du XVIe siècle.[54] Le Catéchisme lui-même la cite en renvoyant au texte authentique des Commentaires sur les Psaumes, où Augustin dit que chanter la louange, c'est aimer Celui qu'on chante.[55] La formule populaire est donc fidèle à l'esprit d'Augustin, sinon à sa lettre : bien chantée, la prière engage tout l'être — la voix, le souffle, le cœur — et redouble.
L'oubli et la renaissance : l'œuvre de Solesmes
À la fin du Moyen Âge, puis à l'âge baroque, le chant grégorien décline : on l'alourdit, on le défigure, on l'accompagne, on le rythme à contresens. Les éditions imprimées tardives (comme l'édition dite « médicéenne » du XVIIe siècle) en donnent une version mutilée. Au XIXe siècle, le répertoire authentique semble presque perdu.[56]
Dom Guéranger et la refondation de Solesmes
La renaissance vient d'un homme : Dom Prosper Guéranger, qui refonde en 1833 l'abbaye bénédictine de Solesmes (Sarthe) et y relance la liturgie romaine intégrale. Pour restaurer le chant, il faut remonter aux manuscrits médiévaux plutôt qu'aux éditions corrompues. C'est le programme de Solesmes pour près d'un siècle.[57][58]
Dom Pothier, Dom Mocquereau et la Paléographie musicale
Deux moines mènent l'œuvre scientifique. Dom Joseph Pothier publie Les Mélodies grégoriennes (1880), puis le Liber Gradualis (1883), première restitution moderne du répertoire à partir des sources anciennes.[59] Dom André Mocquereau lance en 1889 la grande collection de la Paléographie musicale, qui reproduit en fac-similé les manuscrits les plus anciens et fonde la méthode rythmique de Solesmes.[60]
« Restituer aux mélodies grégoriennes leur forme authentique en les puisant aux sources mêmes des plus anciens manuscrits. » — Principe directeur de l'école de Solesmes[61]
L'Editio Vaticana (1908)
Le travail de Solesmes porte un fruit officiel. À la demande de Pie X, une commission pontificale prépare l'édition de référence du chant pour toute l'Église : le Graduel romain paraît en 1908 (Editio Vaticana), suivi de l'Antiphonaire en 1912. Pour la première fois depuis des siècles, l'Église dispose d'un texte musical officiel et restauré, fondé sur les sources médiévales.[62]
L'Église et le chant grégorien : la doctrine du magistère
Aucun autre chant n'a reçu de l'Église une approbation aussi constante et aussi solennelle. Le magistère du XXe siècle en a fait, à plusieurs reprises, le modèle et la norme de la musique sacrée.
Pie X : « le modèle suprême de la musique sacrée » (1903)
Le 22 novembre 1903 — fête de sainte Cécile, patronne des musiciens — le pape Pie X publie le motu proprio Tra le sollecitudini, charte de la musique sacrée. Il y pose une règle restée célèbre :
« Le chant grégorien a toujours été considéré comme le modèle suprême de la musique sacrée : une composition d'église est d'autant plus sacrée et liturgique qu'elle se rapproche, dans son allure, son inspiration et sa saveur, de la mélodie grégorienne, et d'autant moins digne du temple qu'elle s'en écarte. » — Saint Pie X, motu proprio Tra le sollecitudini, 1903[63]
Vatican II : « la première place » (1963)
Soixante ans plus tard, loin de l'abandonner, le concile Vatican II réaffirme solennellement le primat du grégorien dans la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963) :
« L'Église reconnaît le chant grégorien comme le chant propre de la liturgie romaine : c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales par ailleurs, doit occuper la première place. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 116[64]
Le même chapitre qualifie la tradition musicale de l'Église de « trésor d'une valeur inestimable, qui l'emporte sur les autres expressions de l'art »,[65] et demande de compléter l'édition typique des livres de chant grégorien, ainsi qu'une édition plus simple « pour les petites églises ».[66]
Musicam Sacram, Jubilate Deo, Jean-Paul II
Le tableau suivant récapitule les grands actes magistériels qui ont confirmé la place du chant grégorien.
| Document | Date | Autorité | Apport sur le grégorien |
|---|---|---|---|
| Tra le sollecitudini | 22 nov. 1903 | Pie X | « Modèle suprême de la musique sacrée » |
| Sacrosanctum Concilium 112-116 | 4 déc. 1963 | Vatican II | « Chant propre de la liturgie romaine », « première place » |
| Musicam Sacram 50 | 5 mars 1967 | Congrégation des Rites | Première place dans les offices célébrés en latin |
| Jubilate Deo | 14 avril 1974 | Paul VI | Répertoire minimal de grégorien que tout fidèle devrait connaître |
| Chirographe du centenaire | 22 nov. 2003 | Jean-Paul II | « Élément d'unité de la liturgie romaine » |
L'instruction Musicam Sacram (1967) précise que, dans les offices chantés en latin, le grégorien garde « la première place ».[67] En 1974, Paul VI envoie aux évêques du monde le livret Jubilate Deo, recueil des chants grégoriens les plus simples que tout fidèle devrait connaître, afin de préserver l'« unité spirituelle » des croyants.[68] En 2003, pour le centenaire de Tra le sollecitudini, Jean-Paul II rappelle que le chant grégorien demeure « un élément d'unité de la liturgie romaine ».[69]
Le chant grégorien aujourd'hui
Loin d'être une pièce de musée, le chant grégorien connaît un regain d'intérêt remarquable, jusque dans le grand public. Il continue d'être le chant vivant de nombreux monastères, le fondement de la formation des chantres, et une voie d'entrée pour beaucoup vers la prière liturgique.[70]
Sa sobriété même est sa force. À une époque saturée de bruit et de musique de divertissement, le grégorien offre un espace de silence habité, de paix et de profondeur. Il rappelle que la liturgie n'est pas un spectacle, mais une prière : la voix de l'Église qui chante son amour de Dieu, comme Augustin l'avait compris.[71][72]
De cette monodie est née, au fil des siècles, toute la richesse de la musique sacrée occidentale : la polyphonie, puis les grandes messes et requiems des maîtres classiques. Mais c'est le grégorien qui en demeure la source et la mesure — le chant propre de l'Église, son trésor le plus pur.[73][74]
Pour aller plus loin
- Sur le développement du chant à plusieurs voix né du grégorien : La polyphonie sacrée et Palestrina et la réforme musicale.
- Sur les grands chefs-d'œuvre liturgiques issus de ce répertoire : Le Dies irae, Le Stabat Mater et La messe de requiem dans l'histoire.
- Sur la musique sacrée à l'âge classique : Bach et la tradition chrétienne et Mozart et la messe catholique.
- Sur la théologie de l'image sacrée, sœur de la musique sacrée : La théologie de l'icône.
Notes et références
Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie (4 décembre 1963), n° 116. Texte latin officiel sur vatican.va : « Ecclesiam cantum gregorianum agnoscit ut liturgiae romanae proprium: qui ideo in actionibus liturgicis, ceteris paribus, principem locum obtineat. »
1 64Catéchisme de l'Église catholique, n° 1156, citant Sacrosanctum Concilium 112. Le CEC y reprend aussi la formule « Celui qui chante prie deux fois » en renvoyant à saint Augustin, Enarrationes in Psalmos 72, 1 (cf. note sur la paraphrase).
2 55Jean Diacre (Iohannes Diaconus / Johannes Hymonides), Vita Gregorii Magni, rédigée vers 873-876 à la demande du pape Jean VIII. C'est la grande source carolingienne qui fixe la tradition de saint Grégoire le Grand inspiré par l'Esprit Saint et réorganisateur de la schola cantorum romaine.
3 20Sur l'origine romano-franque du chant grégorien (fusion du chant vieux-romain et du chant gallican dans l'Empire carolingien aux VIIIe-IXe siècles, et non composition par Grégoire le Grand) : synthèses de référence Gregorian chant et Old Roman chant (encyclopédies musicologiques). Étapes clés : Étienne II auprès de Pépin (752-753) ; abolition du rite gallican par Pépin le Bref ; sacramentaire romain envoyé par Hadrien Ier à Charlemagne (785-786). Certains chercheurs rattachent d'abord le nom au pape Grégoire II (715-731).
4 14 19 23 24 25Saint Pie X, motu proprio Tra le sollecitudini sur la musique sacrée (22 novembre 1903), section II, n° 3. Texte italien sur vatican.va : « il canto gregoriano fu sempre considerato come il supremo modello della musica sacra, potendosi stabilire con ogni ragione la seguente legge generale: tanto una composizione per chiesa è più sacra e liturgica, quanto più nell'andamento, nella ispirazione e nel sapore si accosta alla melodia gregoriana… » (version latine : Inter pastoralis officii sollicitudines).
5 9 11 41 63 74Saint Augustin, Sermo 336, 1 (PL 38, 1472) : « Cantare amantis est » — « Chanter est le propre de celui qui aime ». Sermon pour la dédicace d'une église.
6 48 72Le présent article traite de la monodie grégorienne elle-même. Pour la musique à plusieurs voix qui en est issue, voir La polyphonie sacrée et Palestrina et la réforme musicale ; pour des pièces particulières du répertoire, Le Dies irae et Le Stabat Mater.
7 47Catéchisme de l'Église catholique, n° 1158, citant Sacrosanctum Concilium 119, sur l'harmonie des signes (chant, musique, paroles et actions) dans la célébration liturgique.
8Sur la nature et le répertoire du chant grégorien (monodie, plain-chant cantus planus, propre et ordinaire de la messe, office divin, styles syllabique/neumatique/mélismatique) : synthèses musicologiques de référence (Gregorian chant, encyclopédies musicales).
10 13 42 43 44Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963), n° 112 : « Musica traditio Ecclesiae universae thesaurum constituit pretii inaestimabilis, inter ceteras artis expressiones excellentem, eo praesertim quod ut cantus sacer qui verbis inhaeret necessariam vel integralem liturgiae sollemnis partem efficit. » — « La tradition musicale de l'Église universelle constitue un trésor d'une valeur inestimable, qui l'emporte sur les autres expressions de l'art, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrale de la liturgie solennelle. »
12 51 65 73Le chant vieux-romain (Old Roman chant), répertoire propre à la ville de Rome conservé dans des manuscrits des XIe-XIIIe siècles, et le chant gallican des Gaules sont les deux traditions dont la fusion donne le grégorien. Cf. notice Old Roman chant.
15 26Épître de saint Paul aux Colossiens 3, 16 (trad. Bible de Jérusalem). Vulgate : « …docentes et commonentes vosmetipsos, psalmis, hymnis et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. » Cf. le parallèle d'Éphésiens 5, 19 : « in psalmis et hymnis et canticis spiritualibus ».
16Saint Augustin, Confessions, IX, 6, 14 : « Quantum flevi in hymnis et canticis tuis, suave sonantis ecclesiae tuae vocibus commotus acriter! » Augustin évoque les hymnes que saint Ambroise venait d'introduire à Milan (Confessions, IX, 7, 15).
17 18L'anecdote de la colombe dictant les mélodies à l'oreille de Grégoire est traditionnellement rapportée par Pierre Diacre (Vita Gregorii, ch. xxviii), source citée par la Catholic Encyclopedia (article « St. Gregory the Great », New Advent). À distinguer de la Vita de Jean Diacre, qui établit le cadre général de l'attribution grégorienne.
21Le Registrum Gregorii (Trèves, vers 983) contient la célèbre miniature de saint Grégoire écrivant sous l'inspiration de la colombe du Saint-Esprit, image fondatrice de l'iconographie grégorienne. Cf. notice Registrum Gregorii.
22Sur la transmission orale puis la notation neumatique du chant, et sur la sémiologie : Dom Eugène Cardine, Sémiologie grégorienne, et la tradition de l'atelier de paléographie musicale de Solesmes.
27 28 32Cantatorium de Saint-Gall (Cod. Sang. 359 de la Stiftsbibliothek), copié à l'abbaye de Saint-Gall vers 922-926 : plus ancien manuscrit complet conservé à notation neumatique (neumes sangalliens adiastématiques), contenant les chants solistes de la messe. Numérisé sur e-codices.
29 30Manuscrit de Laon 239 (Bibliothèque municipale de Laon, MS 239), copié vers 930 dans la région de Laon : témoin majeur de la tradition messine, en neumes lorrains. Cf. notice Manuscrit Laon 239.
31Guido d'Arezzo (vers 991/992-après 1033), moine bénédictin, Micrologus (vers 1025-1026) : perfectionnement de la portée musicale (lignes de hauteur fixe permettant la lecture à vue) et de la solmisation. Cf. notice biographique Guido d'Arezzo.
33 34L'hymne Ut queant laxis (vêpres de la Nativité de saint Jean-Baptiste, 24 juin) fournit, par les premières syllabes de ses six demi-vers montant chacun d'un degré, les noms des notes : ut, re, mi, fa, sol, la. Cf. notice Ut queant laxis.
35 36Dom Eugène Cardine (1905-1988), moine de Solesmes, fondateur de la sémiologie grégorienne : Semiologia gregoriana (Rome, 1968), édition française Sémiologie grégorienne dans Études grégoriennes, vol. 11 (1970), p. 1-158 ; trad. anglaise Solesmes, 1972.
37Sur le système des huit modes (octoechos) du chant grégorien, leurs paires authentique/plagal (protus, deuterus, tritus, tetrardus), leurs finales (ré, mi, fa, sol) et leur héritage gréco-byzantin : synthèses musicologiques de référence (Gregorian mode, mode dans les encyclopédies musicales). Les caractères expressifs traditionnels des modes relèvent de l'ethos hérité de l'Antiquité.
38 39 40L'hymne Veni Creator Spiritus est traditionnellement attribuée à Raban Maur (Rabanus Maurus, IXe siècle). À ne pas confondre avec la séquence Veni Sancte Spiritus (XIIe-XIIIe s.).
45Saint Thomas d'Aquin, Pange lingua gloriosi corporis mysterium, composé pour la fête du Saint-Sacrement (Corpus Christi, vers 1264) ; sa dernière strophe, le Tantum ergo Sacramentum, accompagne la bénédiction du Saint-Sacrement. À distinguer du Pange lingua gloriosi proelii de Venance Fortunat (VIe s.).
46Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos (Commentaires sur les Psaumes), In Psalmum 72, 1 (CCL 39, p. 986 ; PL 36, 914) : « Qui enim cantat laudem, non solum laudat, sed etiam hilariter laudat; qui cantat laudem, non solum cantat, sed et amat eum quem cantat. » (Psaume 72 de la Vulgate = Ps 73 hébreu.)
49Catéchisme de l'Église catholique, n° 1157 : le chant et la musique « remplissent leur fonction de signes d'une manière d'autant plus significative qu'ils sont plus étroitement liés à l'action liturgique » (citant SC 112), selon trois critères : la beauté expressive de la prière, la participation unanime de l'assemblée, le caractère solennel de la célébration.
50Saint Augustin, Confessions, X, 33, 50 : « Cum mihi accidit ut me amplius cantus quam res quae canitur moveat, poenaliter me peccare confiteor, et tunc mallem non audire cantantem. » — « Lorsqu'il m'arrive d'être plus ému par le chant que par ce qui est chanté, je confesse que je pèche en méritant châtiment… ». Augustin y décrit son oscillation « entre le péril du plaisir et l'expérience bienfaisante » (« inter periculum voluptatis et experimentum salubritatis »).
52Joseph Ratzinger (Benoît XVI), L'Esprit de la liturgie (1999/2000), partie IV, sur la musique sacrée : l'auteur rappelle que Pie X voulut retirer l'élément « opératique » de la liturgie et fit du chant grégorien et de la grande polyphonie le standard de la musique liturgique, en distinguant nettement musique liturgique et divertissement religieux. « Partout où des applaudissements éclatent dans la liturgie en raison de quelque performance humaine, c'est un signe certain que l'essence de la liturgie a totalement disparu et a été remplacée par une sorte de divertissement religieux. » (pagination selon l'édition).
53 71La formule « Qui bene cantat bis orat » (« Qui chante bien prie deux fois »), couramment attribuée à saint Augustin, n'apparaît dans aucune de ses œuvres authentiques : c'est une paraphrase tardive, attestée à partir du XVIe siècle. Le texte d'Augustin sous-jacent est Enarrationes in Psalmos 72, 1. Cf. l'enquête de référence reprise par les encyclopédies.
54Sur le déclin du chant grégorien à l'époque baroque (éditions tardives altérées, dont l'édition « médicéenne ») puis sa restauration scientifique à partir des manuscrits médiévaux par l'abbaye de Solesmes : ouvrages de référence sur l'histoire de la restauration grégorienne.
56 57Dom Prosper Guéranger refonde l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes en 1833 et y restaure la liturgie romaine intégrale, lançant le programme de retour aux sources manuscrites du chant.
58Dom Joseph Pothier, Les Mélodies grégoriennes d'après la tradition (1880), puis Liber Gradualis (1883) : première restitution moderne du répertoire fondée sur les plus anciens manuscrits.
59Dom André Mocquereau fonde en 1889 la collection Paléographie musicale, qui publie en fac-similé les manuscrits anciens et établit la méthode rythmique de Solesmes. Cf. l'atelier de paléographie musicale de l'abbaye de Solesmes.
60 61À la demande de saint Pie X, une commission pontificale (présidée par Dom Pothier) prépare l'Editio Vaticana du chant : Kyriale (1905), Graduale Romanum (1908), Antiphonale Romanum (1912), fondés sur les travaux de Solesmes. Cf. notice Roman Gradual.
62Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium (1963), n° 117 : on complétera l'édition typique des livres de chant grégorien et on en préparera une édition critique, ainsi qu'une édition de mélodies plus simples « à l'usage des petites églises » (in usum minorum ecclesiarum).
66Sacrée Congrégation des Rites, instruction Musicam Sacram (5 mars 1967), n° 50 a) : dans les actions liturgiques chantées en langue latine, « Cantus gregorianus, utpote liturgiae romanae proprius, principem locum, ceteris paribus, obtineat » — le chant grégorien, propre à la liturgie romaine, doit y occuper la première place, toutes choses égales par ailleurs.
67Paul VI, Jubilate Deo (livret diffusé aux évêques du monde en avril 1974, lettre d'accompagnement Voluntati obsequens du 14 avril 1974) : recueil d'un « répertoire minimum de chant grégorien » que tout fidèle devrait connaître, pour l'unité spirituelle des croyants. « Ceux qui s'efforcent d'améliorer la qualité du chant de l'assemblée ne peuvent refuser au chant grégorien la place qui lui revient. »
68Jean-Paul II, chirographe pour le centenaire du motu proprio Tra le sollecitudini (signé le 22 novembre 2003 ; publication Vatican.va datée du 3 décembre 2003), n° 7 : le chant grégorien « continue aujourd'hui encore d'être un élément d'unité de la liturgie romaine ». Le document reprend le critère de Pie X. Texte sur vatican.va.
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