La messe de requiem n'est pas une messe à part : c'est la messe de l'Église offerte pour ses morts. Son nom vient du premier mot que le chœur chante en y entrant — Requiem —, supplication adressée à Dieu pour le repos éternel des âmes : « Requiem æternam dona eis, Domine. » Autour de cette unique prière s'est constitué, au fil des siècles, l'un des ensembles de textes les plus stables de la liturgie latine, et l'un des plus féconds de toute l'histoire de l'art : car c'est sur ces mots — Dies iræ, Lacrimosa, Lux æterna, In paradisum — que Mozart, Verdi, Fauré et tant d'autres ont écrit quelques-unes des pages les plus bouleversantes de la musique occidentale.[1][2]
Cet article retrace la messe de requiem dans l'histoire : ce qu'elle est, le sens de ses textes propres, sa formation liturgique des catacombes au Missel de 1570, son extraordinaire postérité musicale et artistique, puis sa réforme au XXᵉ siècle. Il ne reprend pas ce qui relève de dossiers voisins — le rite des funérailles comme tel, la doctrine du purgatoire, la séquence Dies irae en propre, le chant grégorien ou la polyphonie —, vers lesquels on renvoie en chemin.[3]
« Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans fin les illumine. » — Introït Requiem æternam, messe des défunts[4]
Comprendre la messe de requiem, c'est donc tenir ensemble trois choses qu'on sépare trop souvent : une foi (l'Église prie réellement pour ses morts, et cette prière les aide), une liturgie (un ensemble de textes et de gestes d'une grande cohérence) et une beauté (des siècles de musique et d'art nés de ces mots). Les trois s'éclairent mutuellement.
Qu'est-ce que la messe de requiem ?
La messe de requiem est, techniquement, une messe votive des défunts : une messe dont les textes propres ne sont pas ceux du jour mais ceux que l'Église réserve à la prière pour les morts. On la célèbre surtout au jour des funérailles, mais aussi aux anniversaires d'un décès, lors du bout de l'an, et tout particulièrement à la Commémoraison de tous les fidèles défunts, le 2 novembre.[5]
Une messe « pour les défunts »
Le nom officiel est Missa pro defunctis, « messe pour les défunts ». L'appellation courante de requiem est un usage : on a pris l'habitude de désigner la messe par le premier mot de son chant d'entrée, comme on parle de la messe Gaudete ou Lætare pour certains dimanches. Requiem est l'accusatif du latin requies, « repos » : la messe des morts est donc, littéralement, la messe du repos demandé à Dieu pour ceux qui ont quitté ce monde.[6]
Ce « repos » n'est pas un simple sommeil : c'est le repos en Dieu, la fin de tout combat et de toute purification, l'entrée dans la paix de la vision béatifique. La messe ne pleure donc pas seulement un absent ; elle demande quelque chose pour lui — la lumière, le repos, la délivrance — parce que l'Église croit que ces dons peuvent encore lui être obtenus.
Ce qui distingue la messe des morts
À l'œil et à l'oreille, la messe de requiem se reconnaît immédiatement, car elle se dépouille de tout ce qui, dans la messe ordinaire, exprime la joie festive :
- Le prêtre porte les ornements noirs (le violet est aujourd'hui permis) au lieu du blanc, du vert ou du rouge.
- On omet le Gloria (hymne de louange joyeuse) et le Credo.
- On supprime l'Alleluia, remplacé par un Trait au ton grave, puis par la séquence Dies iræ.
- À l'Agnus Dei, la supplication habituelle « donne-nous la paix » devient « donne-leur le repos » (dona eis requiem).
- Dans la forme traditionnelle, on omettait certaines bénédictions, le baiser de paix, et le psaume Iudica me au début.[7]
Cette sobriété n'est pas tristesse pour la tristesse : elle traduit la gravité d'une Église qui se tient devant la mort, le jugement et la miséricorde de Dieu, sans rien des ornements de la fête, mais sans désespoir non plus — car la dernière parole du rite, on le verra, est une parole de lumière.
Pourquoi l'Église offre-t-elle la messe pour ses morts ?
La messe de requiem ne se comprend que sur un socle de foi très précis : l'Église croit que prier pour les morts a un sens et une efficacité. Sans cette conviction, la messe des défunts serait un simple hommage ; avec elle, elle devient un acte de charité qui rejoint réellement le défunt. La doctrine du purgatoire et la pratique des suffrages sont traitées en propre ailleurs — on n'en redonne ici que ce qui éclaire la messe elle-même.[8]
Le témoignage de l'Écriture et des Pères
La racine est biblique. Dans le second livre des Maccabées, Judas Maccabée fait offrir un sacrifice pour les soldats tombés :
« C'est pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent délivrés de leurs péchés. » — 2 Maccabées 12, 46[9]
Les Pères prolongent ce geste. Saint Jean Chrysostome exhorte à ne pas hésiter à secourir les défunts :
« Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. […] N'hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux. » — Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la première lettre aux Corinthiens, 41[10]
Et saint Augustin rapporte la dernière volonté de sa mère, sainte Monique, qui résume à elle seule l'esprit de toute messe de requiem :
« Enterrez ce corps n'importe où ! […] Tout ce que je vous demande, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur, où que vous soyez. » — Sainte Monique, rapportée par saint Augustin, Confessions, IX, 11[11]
Le purgatoire et les suffrages
Cette pratique suppose un état intermédiaire : des âmes sauvées mais non encore pleinement purifiées, que l'on peut aider. C'est la doctrine du purgatoire, que le concile de Trente a réaffirmée contre la Réforme protestante :
« Il y a un purgatoire, et […] les âmes qui y sont retenues sont aidées par les suffrages des fidèles, et surtout par le sacrifice de l'autel si agréable à Dieu. » — Concile de Trente, décret sur le purgatoire, 3 décembre 1563[12]
Le Catéchisme de l'Église catholique reprend cette tradition et nomme, parmi tous les suffrages, le premier de tous :
« Dès les premiers temps, l'Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique, afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1032[13]
La messe, sacrifice offert pour les défunts
Voilà pourquoi la messe occupe une place unique : ce n'est pas seulement une prière à propos des morts, c'est le sacrifice du Christ lui-même offert pour eux. Le concile de Trente l'a défini solennellement contre ceux qui le niaient : le sacrifice eucharistique est offert non seulement pour les vivants, mais aussi « pour les défunts dans le Christ, non encore pleinement purifiés ».[14] Le Catéchisme le redit simplement :
« Le sacrifice eucharistique est aussi offert pour les fidèles défunts qui "sont morts dans le Christ et ne sont pas encore entièrement purifiés", afin qu'ils puissent entrer dans la lumière et la paix du Christ. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1371[15]
La messe de requiem est donc l'application la plus haute de cette vérité : l'Église porte le défunt dans l'offrande même du Fils.
Les textes de la messe de requiem
Le cœur de la messe de requiem, ce sont ses textes propres : un ensemble remarquablement fixe, presque identique d'un siècle à l'autre, ce qui explique qu'autant de compositeurs aient pu mettre en musique exactement les mêmes mots. Les parcourir, c'est suivre un itinéraire spirituel complet : de la supplication pour le repos jusqu'à la lumière du paradis.
L'Introït : Requiem æternam
La messe s'ouvre sur l'antienne qui lui a donné son nom, tissée de l'Écriture (Esdras et le psaume 64) :
« Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans fin les illumine. À toi convient la louange, ô Dieu, dans Sion ; à toi l'on rend les vœux dans Jérusalem. Exauce ma prière : vers toi viendra toute chair. » — Introït Requiem æternam[16]
Deux mots reviendront comme un refrain dans toute la messe : requiem (le repos) et lux (la lumière). Toute la liturgie des morts tient dans ce couple.
Le Kyrie
Comme à toute messe, le Kyrie eleison (« Seigneur, prends pitié ») suit l'Introït. Mais privé du Gloria qui le suivrait d'ordinaire, il prend ici une couleur de pure supplication.
Le Graduel et le Trait
À la place de l'Alleluia joyeux, la messe des morts chante un Graduel (qui reprend Requiem æternam et le verset « Le juste sera dans un souvenir éternel ») puis un Trait, le Absolve, Domine :
« Délie, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts de tout lien de leurs péchés ; et, secourues par ta grâce, qu'elles méritent d'échapper au jugement de la vengeance et de jouir de la béatitude de la lumière éternelle. » — Trait Absolve, Domine[17]
La séquence Dies iræ
Vient alors la pièce la plus célèbre de toute la messe : la longue séquence Dies iræ (« Jour de colère »), méditation saisissante sur le Jugement dernier, traditionnellement attribuée au franciscain Thomas de Celano (vers 1200-1265) et entrée dans le Missel romain au XVIᵉ siècle.[18] Son histoire propre, son texte et sa postérité musicale font l'objet d'un dossier distinct : voir Le Dies irae. On en retient ici qu'elle a donné à la messe de requiem sa tonalité dramatique — celle que Mozart et Verdi exploiteront avec une puissance inouïe — et qu'elle sera précisément l'objet de la réforme du XXᵉ siècle.
L'Offertoire : Domine Jesu Christe
À l'Offertoire, l'Église supplie le Christ Roi de gloire de délivrer les âmes :
« Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivre les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l'enfer et de l'abîme profond. Délivre-les de la gueule du lion, que le gouffre ne les engloutisse pas, qu'elles ne tombent pas dans les ténèbres ; mais que saint Michel, le porte-étendard, les introduise dans la sainte lumière que tu as jadis promise à Abraham et à sa descendance. » — Offertoire Domine Jesu Christe[19]
C'est l'un des textes les plus chargés d'images de toute la liturgie : le lion, le gouffre, l'archange porte-bannière, la lumière promise à Abraham. La musique s'en emparera.
Le Sanctus et l'Agnus Dei
Le Sanctus est celui de toute messe. Mais à l'Agnus Dei, la formule change : au lieu de « prends pitié de nous » et « donne-nous la paix », l'Église chante deux fois « donne-leur le repos » (dona eis requiem) puis « donne-leur le repos éternel » (dona eis requiem sempiternam). Le regard n'est plus tourné vers l'assemblée, mais vers le défunt.[20]
La Communion : Lux æterna
L'antienne de communion referme la boucle ouverte par l'Introït, en reprenant le thème de la lumière :
« Que la lumière éternelle les illumine, Seigneur, avec tes saints, à jamais, car tu es bon. Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans fin les illumine. » — Communion Lux æterna[21]
Après la messe : Libera me et In paradisum
Deux pièces, qui appartiennent en toute rigueur au rite de l'absoute et du convoi plutôt qu'à la messe elle-même, lui sont si étroitement associées que la plupart des compositeurs les y ont jointes. D'abord le grand répons Libera me :
« Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable où le ciel et la terre seront ébranlés, quand tu viendras juger le monde par le feu. » — Répons Libera me, Domine[22]
Puis, au moment où le corps quitte l'église, l'antienne In paradisum, qui est comme la réponse lumineuse au Dies iræ :
« Que les anges te conduisent au paradis ; qu'à ton arrivée les martyrs te reçoivent et t'introduisent dans la cité sainte, Jérusalem. » — Antienne In paradisum[23]
Sur le sens de ces chants dans le déroulé des obsèques, voir Les funérailles chrétiennes.
Histoire liturgique de la messe de requiem
La messe de requiem ne fut pas inventée d'un coup : elle s'est sédimentée sur plus d'un millénaire.
Des origines paléochrétiennes au Moyen Âge
Dès les premiers siècles, les chrétiens célèbrent l'Eucharistie sur les tombes des martyrs et offrent la messe pour leurs morts ; les inscriptions des catacombes demandent déjà pour eux refrigerium, le « rafraîchissement », et pax, la paix. Au haut Moyen Âge, le chant grégorien fixe peu à peu les mélodies des pièces propres des défunts, et l'Office des morts (les heures chantées pour les défunts) se développe dans les monastères.[24] La grande impulsion vient de Cluny : l'abbé saint Odilon institue vers l'an 998 la Commémoraison de tous les fidèles défunts le 2 novembre, qui se répand dans tout l'Occident.[25] La séquence Dies iræ s'ajoute à la messe à partir du XIIIᵉ-XIVᵉ siècle, selon les usages locaux.[26]
La fixation tridentine (Missel de 1570)
Jusqu'au XVIᵉ siècle, les textes secondaires (graduels, traits, séquences) variaient selon les diocèses et les ordres : l'Italie chantait volontiers le Dies iræ, l'Espagne et la France l'omettaient souvent. Après le concile de Trente, le Missel romain de saint Pie V (1570) unifia l'usage : il fixa la messe des défunts dans la forme qui allait régner près de quatre siècles, rendant le Dies iræ obligatoire dans tout le rite romain.[27] C'est cette messe stable et universelle qui offrira aux compositeurs un texte unique à mettre en musique de Palestrina à Fauré.
Le rite tridentin de la messe des morts
Dans la forme tridentine, la messe des morts a son décorum propre : ornements noirs, cierges, et souvent un catafalque (le castrum doloris, « château de douleur ») dressé au milieu de l'église pour représenter le défunt absent. La messe est suivie de l'absoute : le prêtre fait le tour du cercueil ou du catafalque en l'aspergeant d'eau bénite et en l'encensant, tandis que le chœur chante le Libera me.[28] Tout, dans ce rite, dit à la fois la gravité de la mort et la confiance dans la miséricorde : on prie pour un frère, on ne le condamne pas.
La messe de requiem et la musique sacrée
C'est ici que le sujet rejoint pleinement l'art chrétien : aucun autre texte liturgique n'a inspiré autant de chefs-d'œuvre. On compte plus de deux mille mises en musique de la messe des morts.[29] Parce que ses paroles sont fixes et universelles, le requiem est devenu, à travers les siècles, une sorte de laboratoire de la musique sacrée où chaque époque a projeté sa manière de penser la mort, le jugement et l'espérance.
Du chant grégorien à la polyphonie
À l'origine, la messe des morts se chante en plain-chant : une seule ligne mélodique, sobre et grave, dont la beauté austère porte encore aujourd'hui tout le répertoire. Sur le chant grégorien comme tel, voir La musique grégorienne. À partir du XVᵉ siècle, les compositeurs commencent à superposer les voix : c'est la naissance du requiem polyphonique, dont la grammaire générale relève de la polyphonie sacrée.
Les premiers requiem polyphoniques
Le premier requiem polyphonique connu est celui de Guillaume Dufay (vers 1397-1474), composé pour l'ordre de la Toison d'or et mentionné dans son testament — mais il est perdu.[30] Le plus ancien qui nous soit parvenu est celui de Johannes Ockeghem (vers 1410-1497), à deux, trois et quatre voix, qui paraphrase le plain-chant : œuvre fondatrice, d'une grande retenue, à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance.[31]
Palestrina, Victoria et l'âge d'or de la Renaissance
L'âge d'or de la polyphonie sacrée donne plusieurs requiem d'une beauté épurée. Palestrina — sur lequel voir Palestrina et la réforme musicale — laisse une Missa pro defunctis d'un dépouillement liturgique exemplaire. Mais le sommet du genre à cette époque est l'Officium Defunctorum de Tomás Luis de Victoria (vers 1548-1611), composé en 1603 pour les funérailles de l'impératrice Marie d'Autriche et publié en 1605 : à six voix, d'une intensité contenue, il est souvent tenu pour le chef-d'œuvre du requiem de la Renaissance et fut le dernier que Victoria écrivit.[32]
Le requiem de concert : Mozart, Berlioz, Verdi
À l'âge baroque puis classique, le requiem s'enrichit de l'orchestre et déborde parfois le cadre liturgique pour devenir une œuvre de concert. Le plus célèbre est le Requiem en ré mineur K. 626 de Wolfgang Amadeus Mozart (1791), laissé inachevé à sa mort — il s'interrompt dans le Lacrimosa — et complété par son élève Franz Xaver Süssmayr. Œuvre-testament entourée de légende, elle est devenue le requiem le plus joué au monde ; sur Mozart et la messe catholique, voir Mozart et la messe catholique.[33]
Le XIXᵉ siècle pousse le genre vers le monumental. La Grande Messe des morts d'Hector Berlioz (1837) déploie un orchestre gigantesque et quatre fanfares de cuivres pour le Tuba mirum.[34] La Messa da Requiem de Giuseppe Verdi (1874), composée en mémoire de l'écrivain Alessandro Manzoni et créée à l'église San Marco de Milan, est d'une force dramatique telle qu'on l'a parfois qualifiée — à tort ou à raison — d'« opéra en habit liturgique » : son Dies iræ foudroyant est l'une des pages les plus connues de toute la musique.[35]
Fauré, Duruflé : le requiem de la consolation
« Mon Requiem… on a dit qu'il n'exprimait pas l'effroi de la mort, quelqu'un l'a appelé une berceuse de la mort. Mais c'est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux. » — Gabriel Fauré[36]
Contre le requiem terrifiant du romantisme, Gabriel Fauré (1845-1924) écrit un Requiem (op. 48, dans sa forme achevée vers 1890) tout de douceur : il omet le Dies iræ, ajoute le tendre Pie Jesu et couronne l'œuvre par l'antienne In paradisum. Cette intuition — déplacer l'accent de la peur du jugement vers l'espérance du repos — annonce, sur le plan musical, ce que la réforme liturgique fera un demi-siècle plus tard.[37] Maurice Duruflé (op. 9, 1947) prolonge cette ligne en bâtissant tout son Requiem sur les mélodies grégoriennes du Graduale Romanum : un retour aux sources, à la fois moderne et profondément liturgique.[38]
Britten et le requiem au XXᵉ siècle
Au XXᵉ siècle, le requiem devient aussi un cri contre la violence du monde. Le War Requiem de Benjamin Britten (op. 66, 1962), composé pour la reconsécration de la cathédrale de Coventry détruite par les bombardements, entrelace le texte latin de la messe des morts avec les poèmes du soldat anglais Wilfred Owen, tué en 1918 : la liturgie de l'Église et la voix des victimes de la guerre s'y répondent.[39] Le requiem, né pour un défunt, est devenu capable de porter le deuil de peuples entiers.
La messe de requiem dans l'art
Au-delà de la musique, la messe des morts a marqué l'art chrétien : enluminures de l'Office des morts dans les livres d'heures, où l'on voit le clergé chanter autour du cercueil ; représentations du Jugement dernier directement inspirées du Dies iræ — sur lesquelles voir La fresque du Jugement dernier ; et tout l'art funéraire des catafalques baroques, ces architectures éphémères dressées dans les églises pour les grandes funérailles. La messe de requiem a ainsi nourri une iconographie entière de la mort chrétienne, toujours suspendue entre la crainte du jugement et l'espérance de la lumière.[40]
La réforme liturgique du XXᵉ siècle
Le XXᵉ siècle a profondément transformé la messe des morts, dans un sens que Fauré avait déjà pressenti : faire passer au premier plan l'espérance pascale.
Vatican II et le caractère pascal
Le concile Vatican II demande explicitement de réviser le rite :
« Le rite des funérailles devra exprimer de façon plus claire le caractère pascal de la mort chrétienne, et devra répondre mieux aux situations et aux traditions de chaque région, même en ce qui concerne la couleur liturgique. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium, n° 81 (1963)[41]
C'est l'origine de l'usage, aujourd'hui répandu, des ornements blancs ou violets plutôt que noirs : non pour nier le deuil, mais pour souligner que le chrétien meurt dans le Christ ressuscité.
L'Ordo exsequiarum (1969) et le retrait du Dies iræ
Le nouveau rite des funérailles, l'Ordo exsequiarum, est promulgué le 15 août 1969. Sa décision la plus discutée fut le retrait de la séquence Dies iræ de la messe des défunts. Mgr Annibale Bugnini, cheville ouvrière de la réforme, l'a justifié en substance : on avait écarté des textes jugés trop marqués par la crainte du jugement, au profit de textes exprimant l'espérance chrétienne.[42] Le Dies iræ n'a pas disparu : il subsiste, ad libitum, dans la Liturgie des Heures des dernières semaines de l'année liturgique et de la Commémoraison des défunts.[43]
Cette réforme a été diversement reçue : certains y voient une juste purification de l'espérance pascale ; d'autres regrettent la perte d'un texte qui rappelait avec force la réalité du jugement et la nécessité de la conversion. Les deux préoccupations sont légitimes, et l'Église tient les deux vérités : la mort chrétienne est passage vers la vie, mais elle est aussi rencontre du Juge, devant qui la prière de suffrage garde tout son sens.
La messe pour les défunts aujourd'hui
La messe pour les défunts demeure pleinement vivante dans la forme ordinaire du rite romain : on l'offre aux funérailles, aux anniversaires et le 2 novembre, avec ses lectures, ses oraisons et son chant propres. Et la forme extraordinaire (le rite de 1962), maintenue pour ceux qui y sont attachés, conserve la messe de requiem traditionnelle avec son Dies iræ et son absoute. Dans les deux cas, le geste essentiel reste identique : offrir le sacrifice du Christ pour le repos d'un frère.[44]
La spiritualité de la messe de requiem
Au fond, la messe de requiem est une grande leçon de charité — la charité ne s'arrête pas à la mort. Aimer un défunt, ce n'est pas seulement le pleurer ni l'évoquer : c'est prier pour lui, et d'abord faire offrir la messe à son intention. C'est aussi, pour le vivant, un memento mori : en demandant le repos pour les morts, il se rappelle qu'il mourra lui-même et qu'il sera jugé. Le requiem unit ainsi les deux versants de la vie chrétienne — la gravité de la fin et la confiance dans la miséricorde — dans un même mouvement : Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis.
Cette double vérité — crainte filiale et espérance — relie le requiem à toute la doctrine catholique des fins dernières : la mort, le jugement, le purgatoire, le ciel. C'est pourquoi prier pour ses morts n'est jamais un geste de désespoir, mais l'expression la plus concrète de la communion des saints : sur la terre, l'Église militante intercède pour l'Église souffrante, dans l'attente du jour où tous, purifiés, verront Dieu face à face.
Pour aller plus loin
Articles Ignispedia connexes
- Les funérailles chrétiennes — le rite des obsèques, la théologie de la mort, la crémation et le droit canonique.
- Que dit l'Église sur le purgatoire ? et Le purgatoire est-il biblique ? — le fondement doctrinal des suffrages.
- Le Dies irae — la grande séquence du Jugement, son texte et son histoire.
- La musique grégorienne et La polyphonie sacrée — les langages musicaux du requiem.
- Palestrina et la réforme musicale et Mozart et la messe catholique — deux maîtres de la messe des morts.
- Le Stabat Mater — l'autre grande séquence latine de la douleur et de l'espérance.
- La fresque du Jugement dernier — l'imagerie du Dies iræ dans l'art.
Sources principales
- Missale Romanum et Graduale Romanum (édition de 1962) — textes propres de la Missa pro defunctis.
- Catéchisme de l'Église catholique, nᵒˢ 1030-1032 (purgatoire et suffrages) et 1371 (le sacrifice offert pour les défunts).
- Concile de Trente, décret sur le purgatoire (3 décembre 1563) et session XXII sur le sacrifice de la messe (1562).
- Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum concilium (1963), n° 81.
- Ordo exsequiarum (Congrégation pour le culte divin, 15 août 1969) ; A. Bugnini, La Riforma liturgica (1948-1975).
- Pour la postérité musicale : R. Chase, Dies Iræ: A Guide to Requiem Music ; notices Grove Music Online sur Ockeghem, Victoria, Mozart, Berlioz, Verdi, Fauré, Duruflé et Britten.
Notes et références
« Requiem » est l'accusatif du latin requies, « repos ». La messe des défunts (Missa pro defunctis) est désignée par le premier mot de son chant d'entrée : « Requiem æternam dona eis, Domine. » Le procédé est le même que pour les dimanches Gaudete ou Lætare, nommés d'après l'incipit de leur introït.
1 6Contrairement aux autres messes, dont les pièces propres changent selon le calendrier, les textes de la messe des défunts sont fixes. C'est précisément cette stabilité qui a permis à des centaines de compositeurs de mettre en musique exactement les mêmes paroles, du XVᵉ au XXᵉ siècle. Cf. Encyclopædia Britannica, art. « requiem mass ».
2Cet article se concentre sur la messe de requiem comme telle — ses textes, son histoire et son héritage artistique. Pour le rite complet des obsèques, voir Les funérailles chrétiennes ; pour la doctrine du purgatoire, Que dit l'Église sur le purgatoire ? ; pour la séquence elle-même, Le Dies irae.
3Introït de la messe des défunts, Graduale Romanum. Texte latin : « Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis. Te decet hymnus, Deus, in Sion, et tibi reddetur votum in Ierusalem : exaudi orationem meam, ad te omnis caro veniet. » Le verset est tiré du psaume 64 (65), 2-3 ; la formule Requiem æternam provient de la liturgie latine inspirée de 4 Esdras 2, 34-35.
4 16La Missa pro defunctis est une messe votive (offerte à une intention particulière) des défunts. On la célèbre aux funérailles, à l'anniversaire d'un décès, lors du bout de l'an et surtout à la Commémoraison de tous les fidèles défunts (2 novembre). Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 1371-1372 ; rubriques du Missale Romanum.
5Dans la forme tridentine, la messe des morts omet le psaume Iudica me et le Gloria Patri des prières au bas de l'autel, le Gloria in excelsis, l'Alleluia, le Credo, le baiser de paix et certaines bénédictions ; le célébrant ne bénit pas l'eau de l'offertoire. Ces omissions expriment liturgiquement la sobriété propre au deuil. Cf. Missale Romanum (1962), Missa pro defunctis.
7La doctrine du purgatoire et la pratique des suffrages sont traitées en propre dans Que dit l'Église sur le purgatoire ? et Le purgatoire est-il biblique ?. On n'en donne ici que ce qui éclaire directement la messe de requiem.
82 Maccabées 12, 44-46. Judas Maccabée fait recueillir une offrande pour les soldats tombés et l'envoie à Jérusalem pour un sacrifice expiatoire, « pensant à la résurrection ». Le verset 46 (Vulgate) : « Sancta ergo et salubris est cogitatio pro defunctis exorare, ut a peccatis solvantur. » Texte cité par le concile de Trente et par le CEC § 1032.
9Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la première épître aux Corinthiens, homélie 41, 5 (PG 61, 361). Citation reprise dans le contexte de la prière pour les défunts ; cf. CEC § 1032 qui renvoie à Chrysostome.
10Saint Augustin, Confessions, livre IX, ch. 11, 27. Sainte Monique, mourant à Ostie en 387, demande à ses fils non un tombeau particulier mais le souvenir à l'autel du Seigneur — témoignage très ancien de la place centrale de l'Eucharistie dans la prière pour les morts. Cf. aussi Confessions IX, 12-13, où Augustin prie lui-même pour sa mère.
11Concile de Trente, Décret sur le purgatoire, session XXV, 3-4 décembre 1563 (Denzinger-Hünermann 1820). Le concile affirme l'existence du purgatoire et l'efficacité des suffrages, « surtout par le sacrifice de l'autel ».
12Catéchisme de l'Église catholique, § 1032. Le paragraphe cite 2 M 12, 46 et saint Jean Chrysostome, et range « le sacrifice eucharistique » au premier rang des suffrages offerts pour les défunts, avant l'aumône, les indulgences et les œuvres de pénitence.
13Concile de Trente, session XXII, Doctrine et canons sur le très saint sacrifice de la messe, 17 septembre 1562 (Denzinger-Hünermann 1743, 1753) : la messe est un vrai sacrifice propitiatoire offert « pour les vivants et les défunts dans le Christ, non encore pleinement purifiés ». Le canon 3 anathématise quiconque nie que le sacrifice de la messe soit offert pour les défunts.
14Catéchisme de l'Église catholique, § 1371, citant Concile de Trente (DS 1743) et la prière eucharistique. Le sacrifice eucharistique est offert pour les fidèles défunts non encore pleinement purifiés.
15Trait de la messe des défunts. Texte latin : « Absolve, Domine, animas omnium fidelium defunctorum ab omni vinculo delictorum. Et gratia tua illis succurrente, mereantur evadere iudicium ultionis. Et lucis æternæ beatitudine perfrui. » Graduale Romanum, Missa pro defunctis.
17La séquence Dies iræ (« Jour de colère »), méditation sur le Jugement dernier en strophes de trois vers, est traditionnellement attribuée au franciscain Thomas de Celano (vers 1200-1265), premier biographe de saint François ; certains la rapportent à Latino Malabranca Orsini (mort en 1294). Composée au XIIIᵉ siècle au plus tard, elle entre dans la messe des défunts selon les usages locaux à partir des XIIIᵉ-XIVᵉ siècles, puis devient obligatoire avec le Missel romain de 1570. Voir Le Dies irae pour le texte et l'histoire détaillés.
18 26Offertoire de la messe des défunts. Texte latin : « Domine Iesu Christe, Rex gloriæ, libera animas omnium fidelium defunctorum de poenis inferni et de profundo lacu : libera eas de ore leonis, ne absorbeat eas tartarus, ne cadant in obscurum ; sed signifer sanctus Michael repræsentet eas in lucem sanctam, quam olim Abrahæ promisisti et semini eius. » Suit le verset Hostias et preces tibi, Domine. Graduale Romanum, Missa pro defunctis.
19À la messe des défunts, l'Agnus Dei prend la forme : « Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona eis requiem » (deux fois), puis « … dona eis requiem sempiternam. » La supplication est tournée vers le défunt et non vers l'assemblée. Missale Romanum, Missa pro defunctis.
20Antienne de communion de la messe des défunts. Texte latin : « Lux æterna luceat eis, Domine, cum sanctis tuis in æternum, quia pius es. ℣. Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis. » Graduale Romanum, Missa pro defunctis.
21Répons Libera me, Domine, chanté à l'absoute après la messe. Texte latin : « Libera me, Domine, de morte æterna, in die illa tremenda, quando cæli movendi sunt et terra, dum veneris iudicare sæculum per ignem. » Rituale Romanum / Graduale Romanum. Strictement, le Libera me appartient au rite de l'absoute, non à la messe elle-même, mais la plupart des compositeurs l'ont intégré à leurs requiem.
22Antienne In paradisum, chantée au moment où le corps quitte l'église pour le cimetière. Texte latin : « In paradisum deducant te Angeli ; in tuo adventu suscipiant te Martyres, et perducant te in civitatem sanctam Ierusalem. » Ordo exsequiarum. Sur sa place dans le convoi funèbre, voir Les funérailles chrétiennes.
23Sur la prière pour les morts dans l'Église ancienne (inscriptions des catacombes demandant refrigerium et pax, eucharisties sur les tombes des martyrs) et le développement médiéval de l'Office des morts, voir les manuels d'histoire de la liturgie (par ex. C. Vogel, Medieval Liturgy) et Encyclopædia Britannica, art. « requiem mass ».
24Saint Odilon, abbé de Cluny, institue vers 998 la Commemoratio omnium fidelium defunctorum le 2 novembre, lendemain de la Toussaint ; la pratique se généralise dans tout l'Occident latin au cours des XIᵉ-XIIIᵉ siècles. Cf. Acta Sanctorum et notices liturgiques sur la fête des morts.
25Missale Romanum promulgué par saint Pie V par la bulle Quo primum (14 juillet 1570), à la suite du concile de Trente. Il fixe la Missa pro defunctis dans une forme uniforme pour tout le rite romain et rend la séquence Dies iræ obligatoire, là où elle était jusque-là d'usage variable selon les diocèses et les ordres. Cf. Encyclopædia Britannica, art. « Dies irae ».
27L'absoute (du latin absolvere, « délier ») est le rite qui suit la messe des défunts : le célébrant fait le tour du cercueil ou du catafalque (castrum doloris) en l'aspergeant d'eau bénite et en l'encensant, tandis que le chœur chante le Libera me. Cf. Rituale Romanum, Ordo exsequiarum dans sa forme antérieure à 1969.
28On estime à plus de deux mille le nombre de mises en musique de la messe des morts à travers l'histoire. Cf. Wikipédia, « Music for the Requiem Mass », et R. Chase, Dies Iræ: A Guide to Requiem Music (Scarecrow Press, 2003), qui recense plusieurs centaines d'œuvres majeures.
29Guillaume Dufay (vers 1397-1474) aurait composé un requiem polyphonique pour l'ordre de la Toison d'or, mentionné dans son testament, mais cette œuvre est perdue. Elle serait antérieure à celle d'Ockeghem. Cf. Grove Music Online, art. « Du Fay » et « Requiem ».
30Le Requiem de Johannes Ockeghem (vers 1410-1497) est la plus ancienne mise en musique polyphonique de la messe des morts qui nous soit parvenue. À deux, trois et quatre voix, il paraphrase le plain-chant (notamment de tradition Sarum) ; sa datation est incertaine (funérailles de Charles VII en 1461 ? après 1483 ?). Cf. Grove Music Online et l'article « Requiem (Ockeghem) ».
31Tomás Luis de Victoria (vers 1548-1611), Officium Defunctorum à six voix, composé en 1603 pour les obsèques de l'impératrice Marie d'Autriche (dont il était le chapelain) et publié à Madrid en 1605. Souvent considéré comme le chef-d'œuvre du requiem de la Renaissance et la dernière œuvre publiée par Victoria. Cf. Grove Music Online, art. « Victoria, Tomás Luis de ».
32Wolfgang Amadeus Mozart, Requiem en ré mineur, K. 626 (1791), commandé anonymement par le comte Franz von Walsegg. Mozart meurt le 5 décembre 1791 en laissant l'œuvre inachevée (interrompue dans le Lacrimosa) ; elle est complétée par son élève Franz Xaver Süssmayr. C'est le requiem le plus exécuté au monde. Voir Mozart et la messe catholique.
33Hector Berlioz, Grande Messe des morts, op. 5 (1837), commandée par le gouvernement français ; elle requiert un orchestre considérable et quatre orchestres de cuivres aux quatre coins de l'espace pour le Tuba mirum. Cf. Grove Music Online, art. « Berlioz ».
34Giuseppe Verdi, Messa da Requiem (1874), composée en mémoire de l'écrivain Alessandro Manzoni (mort en 1873) et créée le 22 mai 1874 à l'église San Marco de Milan, sous la direction du compositeur. Par sa puissance dramatique, on l'a parfois rapprochée de l'opéra ; son Dies iræ est l'une des pages les plus célèbres du répertoire. Cf. Grove Music Online, art. « Verdi ».
35Gabriel Fauré, propos tenus à Louis Aguettant (conversation de 1902), publiés dans Paris-Comoedia du 3 au 9 mars 1954 ; cités d'après Jean-Michel Nectoux, Fauré (Paris, 1995), p. 70.
36Gabriel Fauré (1845-1924), Requiem op. 48 (première version 1888, forme définitive vers 1890-1900). Fauré omet la séquence Dies iræ, introduit le Pie Jesu (confié à une voix de soprano ou d'enfant) et conclut par l'antienne In paradisum : une lecture apaisée de la mort, centrée sur le repos et la lumière. Cf. Grove Music Online, art. « Fauré ».
37Maurice Duruflé, Requiem op. 9 (1947), construit presque entièrement sur les mélodies grégoriennes du Graduale Romanum de la messe des défunts, dans la filiation directe de Fauré. Cf. Grove Music Online, art. « Duruflé ».
38Benjamin Britten, War Requiem, op. 66 (1962), composé pour la consécration de la nouvelle cathédrale de Coventry (l'ancienne ayant été détruite lors d'un bombardement en 1940). L'œuvre entrelace le texte latin de la Missa pro defunctis avec neuf poèmes de Wilfred Owen, soldat anglais tué en 1918. Cf. Grove Music Online, art. « Britten ».
39Sur l'iconographie de la mort chrétienne — enluminures de l'Office des morts dans les livres d'heures, scènes du Jugement dernier inspirées du Dies iræ, architectures éphémères des catafalques baroques (castra doloris) — voir les ouvrages d'histoire de l'art funéraire et La fresque du Jugement dernier.
40Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum concilium sur la sainte liturgie (4 décembre 1963), n° 81 : « Le rite des funérailles devra exprimer de façon plus claire le caractère pascal de la mort chrétienne… même en ce qui concerne la couleur liturgique. » Texte sur vatican.va.
41La séquence Dies iræ a été retirée de la messe des défunts lors de la réforme de l'Ordo exsequiarum (promulgué le 15 août 1969 par la Congrégation pour le culte divin). Mgr Annibale Bugnini, secrétaire du Consilium, présente dans La Riforma liturgica (1948-1975) (Rome, Edizioni Liturgiche, 1983) la logique de ce choix : écarter les textes jugés trop sombres au profit de textes d'espérance pascale. Paraphrase : la page exacte n'a pu être vérifiée dans l'ouvrage. Cf. aussi Wikipédia, « Dies irae ».
42Après la réforme de 1969-1970, le Dies iræ demeure facultatif (ad libitum) comme hymne de la Liturgie des Heures pendant la dernière semaine du Temps ordinaire (avant l'Avent) et à la Commémoraison des défunts, réparti entre l'office des lectures, les laudes et les vêpres. Cf. Wikipédia, « Dies irae ».
43Depuis le motu proprio Summorum Pontificum (2007), confirmé puis encadré par Traditionis custodes (2021), coexistent la forme ordinaire (Missel de Paul VI, où la messe pour les défunts est pleinement maintenue) et la forme dite extraordinaire (Missel de 1962, conservant la messe de requiem traditionnelle avec son Dies iræ et son absoute). Dans les deux formes, la messe est offerte en suffrage pour les défunts.
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