Le Jeudi saint est le jeudi qui précède Pâques. L'Église y fait mémoire de la dernière Cène : ce soir-là, « la nuit où il fut livré » (1 Co 11, 23), le Christ lave les pieds de ses apôtres, institue l'Eucharistie et le sacerdoce, et laisse à ses disciples le commandement de l'amour[1]. Dans le calendrier grégorien, il tombe entre le 19 mars et le 22 avril[2].
Ce jour a deux visages. Le matin appartient encore au Carême : l'évêque y célèbre traditionnellement la messe chrismale, où il bénit les huiles saintes et consacre le saint chrême[3]. Le soir, la messe en mémoire de la Cène du Seigneur ouvre le Triduum pascal, sommet de toute l'année liturgique ; le Carême s'achève juste avant elle[4].
C'est l'une des plus anciennes célébrations propres de la Semaine sainte. Entre 381 et 384, la pèlerine Égérie décrit déjà, à Jérusalem, une eucharistie offerte ce jour-là en un lieu où l'on n'en célèbre aucune autre de l'année, puis une nuit de veille jusqu'à Gethsémani[5]. Le lavement des pieds, le transfert du Saint-Sacrement au reposoir et le dépouillement de l'autel donnent au soir du Jeudi saint un visage qu'aucune autre messe ne possède.
Ce soir-là n'est pas un simple anniversaire. C'est l'heure où l'amour du Christ se donne sans réserve, lui qui, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout » (Jn 13, 1). Le Jeudi saint ouvre les trois jours qui mènent, par le Vendredi saint et le silence du Samedi saint, à la joie de Pâques.
Qu'est-ce que le Jeudi saint ?
Le jour de la Cène du Seigneur
Le Missel romain nomme ce jour Feria V in Cena Domini, « le jeudi de la Cène du Seigneur ». Dans la langue de la liturgie, les jours qui suivent le dimanche s'appellent des féries ; le jeudi est la cinquième[6]. Le nom dit l'essentiel : tout, ce jour-là, converge vers le repas que le Christ prit avec les Douze la veille de sa Passion.
Saint Jean ouvre le récit de ce soir par une phrase qui en donne la clé :
« Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. » — Évangile selon saint Jean, 13, 1[7]
L'Église a fixé elle-même ce qu'elle célèbre ce soir-là. Selon les rubriques du Missel, l'homélie met « en lumière les mystères principaux que célèbre cette messe, à savoir l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle »[8]. La lettre de la Congrégation pour le Culte divin sur les fêtes pascales (1988) dit la même chose : « Toute l'attention doit se tourner vers les mystères qui sont au plus haut degré rappelés dans cette messe »[9]. Ces trois dons structurent tout le Jeudi saint.
Les noms du Jeudi saint
Chaque langue a retenu un aspect du jour. Le français moderne dit simplement « Jeudi saint ». L'ancien français disait aussi le « jeudi absolu » : Littré relève que l'expression « se disait autrefois pour le jeudi saint », et il la cite chez Joinville, où saint Louis demande au chroniqueur s'il lave les pieds des pauvres « le jeudi absolu »[10]. Le même dictionnaire rattache le mot au latin absolvere, « délier et par suite absoudre », et relève au XIIIe siècle « absolus » au sens d'« absous » ; or c'est précisément le Jeudi saint que Rome réconciliait les pénitents publics (voir plus bas).
Le tableau suivant compare les principaux noms du jour et ce qu'ils mettent en avant.
| Nom | Langue ou tradition | Ce que le nom met en avant |
|---|---|---|
| Jeudi saint | français moderne | la sainteté du jour qui ouvre le Triduum |
| Feria V in Cena Domini | latin du Missel romain | la Cène du Seigneur |
| Jeudi absolu | ancien français | un nom ancien, relevé par Littré chez Joinville |
| Maundy Thursday | anglais | le mandatum, le « commandement nouveau » de Jn 13, 34 |
| Gründonnerstag | allemand | le « jeudi vert », d'origine discutée |
| Grand et saint Jeudi | Églises byzantines | le lavement des pieds, la Cène mystique, la prière et la trahison |
L'anglais Maundy Thursday vient du moyen anglais maunde, qui désignait la dernière Cène et la cérémonie du lavement des pieds des pauvres ; le mot remonte, par l'ancien français mandé, au latin mandatum, premier mot de l'antienne Mandatum novum do vobis, « Je vous donne un commandement nouveau » (Jn 13, 34)[11]. L'allemand Gründonnerstag est attesté vers 1200 ; le dictionnaire étymologique de Wolfgang Pfeifer juge son explication « discutée » et avance, sans trancher, la coutume de manger ce jour-là des herbes vertes et fraîches[12]. Le Patriarcat œcuménique résume enfin l'objet du « Grand Jeudi » en quatre mots : on y fête « le saint Lavement, la Cène mystique, la Prière surnaturelle et la Trahison »[13].
Une journée à deux visages : fin du Carême et seuil du Triduum
Le Jeudi saint est partagé en deux par une ligne très nette. Les Normes universelles de l'année liturgique, approuvées par Paul VI le 14 février 1969[14], disent que le temps du Carême va du mercredi des Cendres jusqu'à la messe en la Cène du Seigneur, qu'il n'inclut pas, et que le Triduum pascal « commence avec la messe du soir, le Jeudi saint »[15]. Jusqu'au soir, on est donc encore en Carême ; à partir de la messe du soir, on est dans les trois jours saints.
Cette double appartenance se lit dans le tableau officiel des préséances. Le Triduum pascal y occupe le tout premier rang ; les jours de la Semaine sainte, du lundi au jeudi inclus, viennent au deuxième rang, avec Noël, l'Épiphanie, l'Ascension et la Pentecôte, et l'emportent sur toute autre célébration[16]. Aucune fête de saint ne peut donc être célébrée un Jeudi saint.
Le matin, l'évêque célèbre la messe chrismale avec les prêtres de son diocèse. La lettre de 1988 y voit « comme une manifestation de la communion des prêtres avec leur évêque dans l'unique sacerdoce et l'unique ministère du Christ » ; elle précise : « Traditionnellement, la messe chrismale se célèbre le jeudi de la Semaine sainte », tout en permettant de l'anticiper « à un autre jour, mais qui soit proche de Pâques » quand il est difficile de réunir ce jour-là le clergé et le peuple[17]. Les paroisses peuvent recevoir les saintes huiles avant la messe du soir[18]. Cette messe fait l'objet d'un article propre et n'est pas développée ici.
Le soir, enfin, toute la communauté se rassemble pour l'unique messe de la Cène. Elle se prolonge par l'adoration au reposoir, « pendant une partie convenable de la nuit » ; après minuit, l'adoration continue « sans solennité », car le jour de la Passion a commencé[19].
Quand tombe le Jeudi saint ?
Le Jeudi saint tombe trois jours avant Pâques. Or Pâques est une fête mobile : dans le calendrier grégorien, elle se situe entre le 22 mars et le 25 avril, selon une règle fixée par le comput ecclésiastique (voir Pourquoi Pâques change-t-elle de date ?). Le Jeudi saint tombe donc entre le 19 mars et le 22 avril[20]. Les Églises orthodoxes calculent Pâques avec le calendrier julien : leur Grand Jeudi tombe souvent plus tard, et coïncide certaines années avec celui des catholiques.
Le tableau ci-dessous donne les dates des dix prochaines années, calculées selon les deux comput et recoupées avec les tables publiées.
| Année | Jeudi saint (Église latine) | Grand Jeudi (Églises orthodoxes) |
|---|---|---|
| 2026 | 2 avril | 9 avril |
| 2027 | 25 mars | 29 avril |
| 2028 | 13 avril | 13 avril (même jour) |
| 2029 | 29 mars | 5 avril |
| 2030 | 18 avril | 25 avril |
| 2031 | 10 avril | 10 avril (même jour) |
| 2032 | 25 mars | 29 avril |
| 2033 | 14 avril | 21 avril |
| 2034 | 6 avril | 6 avril (même jour) |
| 2035 | 22 mars | 26 avril |
En 2027 et en 2032, le Jeudi saint latin tombe le 25 mars, jour de l'Annonciation du Seigneur. La règle est prévue : quand l'Annonciation tombe un jour de la Semaine sainte, elle est « toujours » transférée au lundi qui suit le deuxième dimanche de Pâques[21]. Dans ces deux années, elle sera donc célébrée le lundi 5 avril.
Que s'est-il passé à la dernière Cène ?
Le témoignage des Évangiles et de saint Paul
Le Catéchisme rappelle que « les trois évangiles synoptiques et S. Paul nous ont transmis le récit de l'institution de l'Eucharistie », tandis que saint Jean rapporte, au chapitre 6, le discours du pain de vie qui la prépare[22]. Saint Jean, en revanche, est seul à raconter le lavement des pieds (Jn 13, 1-15) et le long discours d'adieu qui suit (Jn 13-17). Les deux traditions se complètent : l'une donne le geste sacramentel, l'autre le geste de service et la prière du Christ pour l'unité, « Que tous soient un » (Jn 17, 21).
Les synoptiques situent le repas « le soir venu », Jésus étant « à table avec les Douze » (Mt 26, 20). Saint Paul, qui écrit aux Corinthiens, transmet le récit comme une tradition reçue du Seigneur lui-même ; c'est ce texte que l'Église lit chaque Jeudi saint :
« J'ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l'ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : "Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi." Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi." Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens, 11, 23-26[23]
Saint Matthieu rapporte la parole sur la coupe avec une précision décisive : « ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 28). Le repas s'achève par le chant des psaumes ; puis « ils partirent pour le mont des Oliviers » (Mc 14, 26).
Le Cénacle, « une grande pièce à l'étage »
Pour ce repas, Jésus envoie deux disciples en ville : un homme leur indiquera, disent Marc et Luc, « à l'étage, une grande pièce aménagée » (Mc 14, 15 ; Lc 22, 12). C'est ce que la tradition appelle le Cénacle, sur le mont Sion à Jérusalem. Saint Jean-Paul II y a célébré la messe pendant le grand Jubilé de l'an 2000 ; il écrit trois ans plus tard :
« Au cours du grand Jubilé de l'An 2000, il m'a été donné de célébrer l'Eucharistie au Cénacle, à Jérusalem, là où, selon la tradition, elle a été accomplie pour la première fois par le Christ lui-même. Le Cénacle est le lieu de l'institution de ce très saint Sacrement. » — Saint Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, § 2, 17 avril 2003[24]
Le lieu a gardé une place liturgique à Jérusalem. Un typikon (livre de règles liturgiques) de l'Église de Jérusalem daté de 1122 prévoit qu'après l'unique repas du Grand Jeudi, le patriarche se rend avec le clergé et le peuple au Cénacle, que ce typikon appelle la chambre haute (hyperôon) de la sainte Sion, pour y laver les pieds de douze clercs[25]. La mémoire du lieu et la mémoire du geste sont ainsi restées liées pendant des siècles.
La Cène était-elle un repas pascal ?
Les trois premiers évangiles présentent la Cène comme le repas de la Pâque juive. Luc rapporte la parole de Jésus au début du repas : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » (Lc 22, 15). Saint Jean, de son côté, situe la Cène « avant la fête de la Pâque » (Jn 13, 1) ; le lendemain matin, les accusateurs de Jésus n'entrent pas au prétoire « pour éviter une souillure et pouvoir manger l'agneau pascal » (Jn 18, 28), et la condamnation a lieu « le jour de la Préparation de la Pâque » (Jn 19, 14).
Benoît XVI a consacré à cette question son homélie du Jeudi saint 2007. Il y parle d'une « contradiction apparente » entre Jean et les synoptiques, et retient une solution rendue possible par la découverte des manuscrits de Qumrân : Jésus aurait célébré la Pâque avec ses disciples selon le calendrier propre à cette communauté, au moins un jour avant la Pâque du Temple, tandis qu'il est mort à l'heure de l'immolation des agneaux. Le pape en tire le sens profond de la Cène :
« Jésus a donc célébré la Pâque sans agneau — non, pas sans agneau : au lieu de l'agneau il s'est donné lui-même, son corps et son sang. Il a ainsi anticipé sa mort de manière cohérente avec sa parole : "Personne n'a pu m'enlever la vie ; je la donne de moi-même". » — Benoît XVI, homélie de la messe in Cena Domini, basilique Saint-Jean-de-Latran, 5 avril 2007[26]
Benoît XVI présente cette solution comme une hypothèse « qui, bien que n'ayant pas encore été acceptée par tous, possède toutefois un haut degré de probabilité », et il en tire aussitôt la conséquence : « Nous sommes à présent en mesure de dire que ce que Jean a rapporté est historiquement précis »[27]. Cette solution a l'avantage de tenir ensemble les deux témoignages sans en sacrifier aucun : Jean dit vrai sur l'heure de la mort du Christ, les trois autres évangélistes disent vrai sur le caractère pascal du repas. Le Catéchisme, lui, s'en tient à l'essentiel : « En célébrant la dernière Cène avec ses apôtres au cours du repas pascal, Jésus a donné son sens définitif à la pâque juive »[28]. Saint Paul l'avait dit d'un mot : « notre agneau pascal a été immolé : c'est le Christ » (1 Co 5, 7).
Les trois dons du Jeudi saint : Eucharistie, sacerdoce, charité
Le soir du Jeudi saint, l'Église ne commémore pas trois événements juxtaposés, mais un seul don qui a trois visages. La lettre de 1988 le formule ainsi : à la dernière Cène, le Seigneur Jésus, « aimant jusqu'au bout les siens qui étaient dans le monde, offrit à Dieu son Père son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin, les donna à ses apôtres en nourriture et leur ordonna, à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, de les offrir »[29].
L'institution de l'Eucharistie
Le Catéchisme résume en un paragraphe tout ce que contient la Cène :
« Le Seigneur, ayant aimé les siens, les aima jusqu'à la fin. Sachant que l'heure était venue de partir de ce monde pour retourner à son Père, au cours d'un repas, il leur lava les pieds et leur donna le commandement de l'amour. Pour leur laisser un gage de cet amour, pour ne jamais s'éloigner des siens et pour les rendre participants de sa Pâque, il institua l'Eucharistie comme mémorial de sa mort et de sa résurrection, et il ordonna à ses apôtres de le célébrer jusqu'à son retour, "les établissant alors prêtres du Nouveau Testament". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1337[30]
La Cène n'est pas un simple repas d'adieu. Le Catéchisme précise que Jésus y « a fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son offrande volontaire au Père », « la veille de sa passion, alors qu'Il était encore libre »[31]. Le sacrifice de la Croix, qui aura lieu le lendemain, est déjà offert sous les signes du pain et du vin. Le concile de Trente a mis des mots sur l'amour qui inspire ce geste :
« Donc, notre Sauveur, allant quitter ce monde pour le Père, a institué ce sacrement dans lequel il a en quelque sorte répandu les richesses de son amour divin pour les hommes. » — Concile de Trente, 13e session, 11 octobre 1551, décret sur l'Eucharistie, ch. 2[32]
La doctrine de ce sacrement est exposée dans les articles consacrés à l'Eucharistie, à la présence réelle, à la transsubstantiation et au caractère sacrificiel de la messe. Le Jeudi saint est le jour où l'Église en célèbre la naissance.
Pourquoi à la Cène ? La réponse de saint Thomas d'Aquin
Pourquoi le Christ a-t-il institué ce sacrement précisément ce soir-là, et non plus tôt ? Saint Thomas d'Aquin pose la question dans la Somme théologique et répond qu'« il est très logique que ce sacrement ait été institué à la Cène, où le Christ eut son dernier entretien avec ses disciples »[33]. Sa première raison est une image : au moment où le Christ allait quitter ses disciples sous son aspect naturel, « il se légua à eux sous son aspect sacramentel, de même qu'en l'absence de l'empereur on offre son image à la vénération de ses sujets ». Sa troisième raison est la plus humaine :
« Parce que les paroles suprêmes, particulièrement lorsqu'elles sont prononcées par des amis qui s'en vont, s'imposent davantage à la mémoire, surtout parce qu'alors nous portons à nos amis une affection plus ardente. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 73, a. 5[34]
Thomas reprend ici une intuition de saint Augustin, qu'il cite. Dans sa lettre à Janvier, vers 400, l'évêque d'Hippone expliquait déjà pourquoi l'Eucharistie avait été donnée à la fin d'un repas :
« Ce fut afin de leur faire plus fortement sentir la grandeur de ce mystère et de le mettre plus profondément dans leur cœur et leur mémoire, que le Sauveur l'institua, comme un adieu à ses disciples, avant de se séparer d'eux pour aller à sa Passion. » — Saint Augustin, Lettre 54 (à Janvier), § 8[35]
Le Christ a-t-il communié lui-même ?
Saint Thomas pose une autre question que les Pères avaient méditée : le Christ a-t-il lui-même mangé son corps et bu son sang à la Cène ? Il répond oui, parce que « le Christ a observé lui-même le premier les institutions qu'il voulut faire observer aux autres » : « C'est pourquoi lui aussi tout d'abord consomma son corps et son sang, et ensuite les donna à ses disciples qui devaient les consommer »[36]. Il cite à l'appui saint Jérôme — « le Seigneur Jésus est lui-même le convive et le banquet, celui qui mange et celui qui est mangé » — et deux vers latins qui résument la scène :
« Le Roi trône à la Cène, entouré par la troupe des Douze : il se tient dans ses mains, il se nourrit, lui, la nourriture. » — Vers cités par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 81, a. 1[37]
La question du traître fait l'objet d'un article propre : Judas a-t-il reçu la Sainte Communion à la Cène ?
L'institution du sacerdoce
Le deuxième don du Jeudi saint est le sacerdoce. En disant « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19), le Christ confie aux apôtres le pouvoir de refaire ce qu'il vient de faire. Le Catéchisme l'écrit sans détour : « Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur demande de la perpétuer. Par là, Jésus institue ses apôtres prêtres de l'Alliance Nouvelle »[38]. Le concile de Trente enseigne que, lors de la dernière Cène, le Christ donna son Corps et son Sang « aux apôtres (qu'il constituait alors prêtres de la Nouvelle Alliance) », et il en a fait un canon :
« Si quelqu'un dit que par ces mots : "Faites ceci en mémoire de moi" le Christ n'a pas institué les apôtres prêtres, ou qu'il n'a pas ordonné qu'eux et les autres prêtres offrent son Corps et son Sang : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, 22e session, 17 septembre 1562, canons sur le sacrifice de la messe, canon 2[39]
C'est pourquoi le Jeudi saint est, par excellence, la fête des prêtres (voir Le sacrement de l'ordre). Saint Jean-Paul II en a fait un rendez-vous personnel avec eux pendant tout son pontificat :
« Depuis que j'ai commencé mon ministère de Successeur de Pierre, j'ai toujours voulu donner au Jeudi saint, jour de l'Eucharistie et du sacerdoce, un signe d'attention particulière en envoyant une lettre à tous les prêtres du monde. » — Saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 7[40]
Il a d'ailleurs signé cette encyclique sur l'Eucharistie un Jeudi saint : « Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 17 avril 2003, Jeudi saint, en la vingt-cinquième année de mon pontificat et en l'année du Rosaire »[41].
Le commandement nouveau et le lavement des pieds
Le troisième don est un commandement. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, Jésus leur dit :
« Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » — Évangile selon saint Jean, 13, 34-35[42]
Le lavement des pieds est le commentaire en acte de ce commandement. Jésus « se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu'il se noue à la ceinture » (Jn 13, 4) ; Pierre proteste : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » — « Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi » (Jn 13, 8). Puis vient la leçon :
« Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. » — Évangile selon saint Jean, 13, 14-15[43]
Saint Luc rapporte, au cours du même repas, une parole qui dit le même renversement : « Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 27). Le rite latin a gardé le nom de ce commandement : le lavement des pieds du Jeudi saint a été « transmis sous le nom de Mandatum du Seigneur sur la charité fraternelle suivant les paroles de Jésus (cf. Jn 13,34) qui sont chantées comme antienne durant la célébration »[44].
Comment le Jeudi saint est-il né ? Histoire d'une célébration
Jérusalem à la fin du IVe siècle : le journal d'Égérie
Le plus ancien récit détaillé d'un Jeudi saint vient d'une pèlerine venue d'Occident, Égérie, qui séjourna à Jérusalem à partir de 381 et pendant trois ans[45]. Son journal suit la liturgie jour par jour. Le « cinquième jour » de la grande semaine, le peuple se rassemble au Martyrium, la basilique constantinienne du Golgotha, à la huitième heure (vers 14 heures), plus tôt que d'habitude, car la célébration doit se terminer tôt[46]. Puis on va « derrière la Croix », où l'évêque offre de nouveau le sacrifice et où tous communient. Égérie souligne l'exception :
« Car, hormis ce seul jour, jamais de toute l'année on n'offre le sacrifice derrière la Croix : on ne le fait que ce jour-là. » — Égérie, Journal de voyage, 35, 2 (traduction Ignispedia du texte latin)[47]
Chacun rentre ensuite prendre son repas, puis tout le monde monte à l'Éléona, l'église du mont des Oliviers bâtie sur la grotte où, selon Égérie, le Seigneur s'était trouvé avec ses apôtres ce jour-là. On y veille jusque vers la cinquième heure de la nuit en lisant les discours de Jésus à ses disciples ; vers minuit, on gagne l'Imbomon, le lieu de l'Ascension[48]. Au chant du coq, on descend à l'église du lieu où Jésus pria, puis à Gethsémani : « plus de deux cents cierges d'église » éclairent le peuple[49]. Là, on lit l'arrestation de Jésus :
« Quand ce passage a été lu, il s'élève de tout le peuple de tels gémissements et de tels sanglots, mêlés de larmes, qu'on a peut-être entendu jusqu'à la ville les plaintes de tout le peuple. » — Égérie, Journal de voyage, 36, 3 (traduction Ignispedia du texte latin)[50]
À l'aube, la foule rentre en ville et reconduit l'évêque jusqu'à la Croix. Ce que les rubriques romaines appellent aujourd'hui l'adoration de la nuit du Jeudi saint a ainsi un ancêtre direct : la veillée de Jérusalem sur les lieux mêmes de la Passion.
Afrique : l'eucharistie après le repas
En Afrique du Nord, le Jeudi saint avait un trait unique : on pouvait y célébrer l'Eucharistie après avoir mangé. Le concile d'Hippone de 393 pose la règle du jeûne eucharistique avec une seule exception, « excepté le seul jour anniversaire où l'on célèbre la Cène du Seigneur »[51]. Le canon sera repris dans le code des canons de l'Église d'Afrique en 419[52].
Saint Augustin témoigne de ces usages. Dans sa lettre à Janvier, il évoque des Églises où l'on offre le sacrifice « deux fois, le matin et le soir, le jeudi de la dernière semaine de carême »[53], et il explique pourquoi :
« Mais, quelques-uns ont aimé à se laisser aller à un sentiment probable, pour croire permis d'offrir et de recevoir l'Eucharistie après le repas un jour de l'année, le jour où le Seigneur a donné la Cène, afin de mêler plus de solennité à la commémoration de ce mystère. » — Saint Augustin, Lettre 54 (à Janvier), § 9[54]
Augustin y rattache un autre usage : les catéchumènes qui seraient baptisés à Pâques prenaient un bain ce jour-là, après les privations du Carême, « le jour de la célébration de la Cène du Seigneur », et beaucoup d'autres fidèles les imitaient[55]. D'où la double célébration : le sacrifice était offert le matin pour ceux qui prenaient leur repas, parce qu'ils ne pouvaient supporter à la fois le jeûne et le bain, et le soir pour ceux qui jeûnaient[56].
Rome : les pénitents réconciliés et le saint chrême
À Rome, le Jeudi saint réunissait plusieurs célébrations. Au début du Ve siècle, le pape Innocent Ier écrit à l'évêque Decentius de Gubbio que la coutume romaine est de réconcilier les pénitents le jeudi avant Pâques[57]. Au Ve siècle s'établit l'usage de consacrer ce jour-là tout le chrême nécessaire aux baptêmes de la nuit pascale ; les sacramentaires gélasien et grégorien s'accordent sur ce point[58]. L'historien Henri Leclercq résumait : à Rome, « tout se faisait de jour », tandis qu'en Afrique l'Eucharistie du Jeudi saint suivait le repas du soir[59].
Cette journée chargée a donné au Jeudi saint son unité profonde : la réconciliation des pécheurs, l'huile des sacrements et l'Eucharistie y sont réunies autour de Pâques. La messe chrismale d'aujourd'hui en garde la mémoire.
Du Moyen Âge au XVIIe siècle
Le lavement des pieds se répandit dans toute l'Église latine. En Espagne, le XVIIe concile de Tolède, réuni le 9 novembre 694, constate qu'il est « tombé en désuétude en quelques endroits » et ordonne qu'il soit « rétabli partout » ; le même concile fait sceller les fonts baptismaux du début du Carême « jusqu'au dépouillement des autels, en la solennité de la Cœna Domini »[60]. Le dépouillement des autels était donc déjà un rite du Jeudi saint à la fin du VIIe siècle.
Les offices de nuit des trois derniers jours de la Semaine sainte prirent le nom de Ténèbres : matines et laudes, chantées par anticipation la veille, avec les Lamentations de Jérémie et des lumières éteintes une à une. Herbert Thurston juge probable qu'au XIIIe siècle, à Rome, les Ténèbres commençaient déjà le mercredi vers quatre ou cinq heures de l'après-midi[61]. De la fin du Moyen Âge à 1770, le Jeudi saint fut aussi le jour où l'on publiait solennellement à Rome, depuis la loggia de Saint-Pierre, la bulle In Cena Domini, liste d'excommunications dont l'absolution était réservée au pape ; Clément XIV omit cette lecture en 1770, et elle ne fut jamais reprise[62].
Pendant des siècles, le Jeudi, le Vendredi et le Samedi saints furent des jours chômés, pour que tout le peuple puisse assister aux offices. Le pape Urbain VIII, par la constitution Universa per orbem du 24 septembre 1642, les rangea parmi les jours ouvrables, à cause des changements de la vie sociale[63]. Or ces offices étaient depuis longtemps avancés au matin : retenus par leur travail, les fidèles ne pouvaient plus guère y assister, et le décret de 1955 constate qu'ils se célébraient souvent devant des églises « presque désertes »[64].
Les réformes de Pie XII et de Paul VI
Au XXe siècle, les évêques demandèrent au Saint-Siège de ramener les célébrations « aux heures de l'après-midi, comme autrefois »[65]. Pie XII restaura d'abord la Vigile pascale, à titre d'essai, par un décret du 9 février 1951[66] ; de nombreux évêques rapportèrent au Saint-Siège que l'essai avait partout rencontré un excellent succès, et demandèrent la même restauration pour les autres jours de la Semaine sainte[67]. Le décret Maxima Redemptionis nostrae mysteria de la Sacrée Congrégation des Rites, daté du 16 novembre 1955, fixe la messe chrismale le matin et la messe en mémoire de la Cène le soir, « pas avant cinq heures de l'après-midi, ni après huit heures »[68]. L'instruction qui l'accompagne demande d'expliquer aux fidèles la « profonde signification » du lavement des pieds et de les inviter à multiplier ce jour-là les œuvres de charité ; elle veut aussi que l'adoration publique de l'Eucharistie, après la messe, se prolonge « au moins jusqu'à minuit », heure où la mémoire de l'institution de l'Eucharistie cède la place à celle de la Passion[69].
La lettre de 1988 sur les fêtes pascales dit que cette restauration de Pie XII « fut reçue généralement avec joie par toutes les Églises de rite romain »[70]. Le Missel de Paul VI (1970) et ses éditions suivantes l'ont conservée ; le décret du 6 janvier 2016 a élargi le choix des personnes dont on lave les pieds.
Les grandes étapes, datées, sont les suivantes :
- vers 381-384Jérusalemle journal d'Égérie
Eucharistie « derrière la Croix » le seul jeudi de la grande semaine, veillée au mont des Oliviers et descente nocturne à Gethsémani.
- 393Concile d'HipponeAfrique du Nord
Le jeûne eucharistique connaît une seule exception : le jour anniversaire de la Cène du Seigneur.
- Ve siècleRomepénitents et saint chrême
Réconciliation des pénitents le jeudi avant Pâques (lettre d'Innocent Ier) et consécration du chrême pour les baptêmes pascals.
- 9 novembre 694XVIIe concile de TolèdeEspagne wisigothique
Le lavement des pieds du jour de la Cène doit être rétabli partout ; les fonts restent scellés jusqu'au dépouillement des autels.
- 24 septembre 1642Urbain VIIIconstitution Universa per orbem
Le Triduum cesse d'être chômé ; célébrés depuis longtemps le matin, ses offices se déroulent souvent devant des églises presque vides.
- 1770Clément XIVfin de la bulle In Cena Domini
La lecture solennelle de la bulle, faite chaque Jeudi saint à Rome, n'est plus reprise.
- 16 novembre 1955Pie XIIdécret Maxima Redemptionis nostrae mysteria
La messe de la Cène est rendue au soir, entre 17 et 20 heures ; la messe chrismale est fixée au matin ; l'adoration au reposoir doit durer au moins jusqu'à minuit.
- 16 janvier 1988Lettre Paschalis SollemnitatisCongrégation pour le Culte divin
Règles pour le reposoir, qui ne doit avoir ni la forme ni le nom d'un tombeau, et pour l'adoration de la nuit.
- 17 avril 2003Ecclesia de Eucharistiasaint Jean-Paul II
L'encyclique sur l'Eucharistie est signée un Jeudi saint.
- 6 janvier 2016Décret In Missa in Cena DominiCongrégation pour le Culte divin
Les personnes dont on lave les pieds sont désormais choisies « parmi le peuple de Dieu ».
Comment se déroule la messe en mémoire de la Cène du Seigneur ?
Une seule messe, le soir
La messe se célèbre « le soir, à l'heure qui convient le mieux », avec « la pleine participation de toute la communauté locale, tous les prêtres et les ministres accomplissant leur fonction »[71]. Tous les prêtres peuvent y concélébrer, même s'ils ont déjà concélébré la messe chrismale[72]. L'Ordinaire du lieu peut permettre une autre messe le soir, et, en cas de vraie nécessité, le matin, mais seulement pour les fidèles qui ne pourraient absolument pas venir le soir ; et « selon la tradition la plus ancienne de l'Église, toutes les messes en l'absence de peuple sont interdites ce jour-là »[73].
Tout est préparé pour le lendemain. « Le tabernacle sera tout à fait vide ; pour la communion du clergé et du peuple aujourd'hui et demain, une quantité suffisante de pain sera consacrée à cette messe »[74]. L'autel est orné de fleurs, mais « avec la modération qui convient à la nature de ce jour »[75]. Les vêtements sont blancs, couleur que le Missel prescrit pour les célébrations du Seigneur qui ne sont pas de sa Passion ; le voile qui servira au transfert du Saint-Sacrement est lui aussi blanc[76].
L'antienne de la Croix, le Gloria et le silence des cloches
La messe s'ouvre par une antienne tirée de saint Paul (cf. Ga 6, 14) : « Pour nous, notre gloire doit être la croix de notre Seigneur Jésus Christ : en lui est notre salut, notre vie et notre résurrection ; par lui, nous sommes sauvés et libérés »[77]. Le soir de la Cène commence donc par la Croix.
Puis vient un moment saisissant. On chante le Gloria, et « pendant le chant de l'hymne, les cloches sonnent. Elles se taisent ensuite jusqu'à la Vigile pascale, à moins que l'évêque diocésain, s'il le juge opportun, en décide autrement » ; l'orgue et les autres instruments ne servent plus alors qu'à soutenir le chant[78]. Ce silence, et la légende populaire des « cloches parties pour Rome » qui l'accompagne, sont présentés dans l'article Le symbolisme des cloches.
La prière d'ouverture (collecte) donne le sens de la soirée : elle évoque la très sainte Cène au cours de laquelle le Fils unique, « sur le point de se livrer à la mort », a confié à l'Église « un sacrifice nouveau pour les siècles » et le « banquet de son amour », et elle demande de puiser dans ce mystère « la plénitude de la charité et de la vie »[79].
Les lectures : l'agneau, la coupe et le linge
Les lectures sont propres à cette messe[80]. La première, tirée de l'Exode (Ex 12, 1-8.11-14), donne les prescriptions du repas pascal : l'agneau immolé, le sang sur les portes, le repas pris « en toute hâte » ; elle se termine par un ordre : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. […] C'est un décret perpétuel : d'âge en âge vous la fêterez » (Ex 12, 14). Le psaume 115 répond par un refrain tiré de saint Paul : « La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ »[81].
La deuxième lecture est le récit de l'institution selon saint Paul (1 Co 11, 23-26), cité plus haut. L'évangile est celui du lavement des pieds (Jn 13, 1-15), annoncé par l'acclamation : « Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" »[82]. L'agneau de l'ancienne Pâque, la coupe de la nouvelle Alliance et le linge du serviteur : les trois lectures racontent la même histoire, de la figure à sa réalisation.
Le lavement des pieds
Après l'homélie, on procède au lavement des pieds, « là où, pastoralement, il semble bon de le faire »[83]. Le rite est simple :
« Ceux qui ont été choisis parmi le peuple de Dieu sont conduits par des ministres aux sièges qui leur ont été préparés à l'endroit le plus approprié. Alors le prêtre (après avoir déposé la chasuble si c'est nécessaire) s'approche de chacun, verse de l'eau sur les pieds, puis les essuie, aidé en tout cela par les ministres. » — Missel romain, messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur, rubrique du lavement des pieds (traduction française 2021)[84]
La rubrique a évolué. L'édition latine de 2002 prévoyait des « hommes choisis » (viri selecti), et la lettre de 1988 parlait d'un lavement fait « à des hommes qui ont été choisis », pour signifier « le service et la charité du Christ "qui n'est pas venu pour être servi mais pour servir" »[85]. Le 6 janvier 2016, à la demande du pape François, la Congrégation pour le Culte divin a modifié la rubrique pour que les pasteurs puissent choisir « un petit groupe de fidèles qui représentent la variété et l'unité de chaque portion du peuple de Dieu » ; ce groupe « peut être composé d'hommes et de femmes et, comme il convient, de jeunes et d'anciens, de personnes en santé ou malades, de clercs, de consacrés et de laïcs »[86]. Le même décret rappelle le sens du geste : évêques et prêtres sont invités « à se conformer intimement au Christ, qui "n'est pas venu pour être servi, mais pour servir" »[87].
Pendant le lavement, on chante des antiennes tirées de saint Jean, comme celle-ci : « Seigneur, toi, tu me laves les pieds ? Jésus lui répondit : Si je ne te lave pas les pieds, tu n'auras pas de part avec moi » (cf. Jn 13, 6-8)[88]. On ne dit pas le Credo ; le prêtre préside ensuite la prière universelle[89].
Les dons pour les pauvres et le « c'est-à-dire aujourd'hui » du Canon romain
Au début de la liturgie eucharistique, « on peut prévoir que les fidèles apportent en procession, avec le pain et le vin, des dons destinés à subvenir aux besoins des pauvres » ; on chante alors Ubi caritas, « Où l'amour est vrai »[90]. La lettre de 1988 précise qu'il s'agit « surtout » des dons « collectés pendant le Carême comme fruit de pénitence »[91].
La prière sur les offrandes contient une phrase célèbre : chaque fois que l'on célèbre le mémorial de ce sacrifice, « c'est l'œuvre de notre rédemption qui s'accomplit »[92]. Quand le prêtre prend le Canon romain, il en dit une forme propre à ce soir-là. La prière Communicantes célèbre « le jour très saint où notre Seigneur Jésus Christ fut livré pour nous », et la prière Hanc igitur offre le sacrifice « en ce jour où notre Seigneur Jésus Christ confia à ses disciples les mystères de son Corps et de son Sang »[93]. Surtout, le récit de l'institution reçoit une incise unique dans l'année : le Christ, « la veille du jour où il allait souffrir pour notre salut et celui de tous, c'est-à-dire aujourd'hui, prit le pain »[94]. La liturgie ne se souvient pas seulement de la Cène : elle la rend présente.
Le transfert du Saint-Sacrement au reposoir
Après la communion, le ciboire contenant les hosties consacrées pour le lendemain reste sur l'autel. La messe ne se termine pas comme les autres. Après la prière qui suit la communion, le prêtre encense le Saint-Sacrement, prend le ciboire sous le voile huméral, et une procession se forme, croix et cierges en tête, « vers le lieu du reposoir, préparé dans un endroit de l'église ou dans une chapelle convenablement ornée »[95]. On y chante l'hymne Pange lingua de saint Thomas d'Aquin, composée pour l'office de la Fête-Dieu, « sauf les deux dernières strophes », que l'on chante au reposoir : c'est le Tantum ergo[96]. La troisième strophe du Pange lingua décrit justement la Cène :
« La nuit de la dernière Cène, étendu à table avec ses frères, ayant pleinement observé la Loi dans les nourritures prescrites, il se donne lui-même, de ses propres mains, en nourriture à la troupe des Douze. » — Saint Thomas d'Aquin, hymne Pange lingua, strophe 3 (traduction littérale Ignispedia)[97]
Au reposoir, le prêtre dépose le ciboire dans le tabernacle, encense à genoux le Saint-Sacrement, puis le tabernacle est refermé ; « après un temps d'adoration en silence », prêtre et ministres se retirent[98]. Si la Passion n'est pas célébrée le lendemain dans la même église, il n'y a pas de transfert : la messe se conclut « comme d'habitude » et le Saint-Sacrement est remis au tabernacle[99].
Le dépouillement de l'autel
Enfin, « au moment qui convient, on dépouille l'autel et, si possible, on enlève les croix de l'église. Il convient de voiler celles que l'on ne peut enlever »[100]. La lettre de 1988 ajoute que ces voiles sont rouges ou violets, et qu'« on n'allumera pas de lampes devant les images des saints »[101]. Le lendemain, l'autel restera « complètement dépouillé, sans croix, ni chandeliers, ni nappe »[102]. Ceux qui ont participé à la messe du soir ne disent pas les vêpres : la messe en tient lieu[103].
Le tableau suivant résume les rites propres de cette messe et ce que le Missel en dit.
| Moment | Rite propre du Jeudi saint | Ce que prévoit le Missel |
|---|---|---|
| Avant la messe | tabernacle vidé | hosties consacrées à cette messe pour ce soir et pour le Vendredi saint |
| Gloria | cloches à toute volée | puis silence des cloches jusqu'au Gloria de la Vigile pascale |
| Après l'homélie | lavement des pieds | ceux qui ont été choisis parmi le peuple de Dieu ; pas de Credo |
| Offertoire | procession des dons pour les pauvres | chant Ubi caritas |
| Canon romain | formules propres | « c'est-à-dire aujourd'hui » dans le récit de l'institution |
| Après la communion | transfert au reposoir | Pange lingua, puis Tantum ergo et adoration silencieuse |
| Fin | dépouillement de l'autel | croix enlevées ou voilées ; pas de vêpres pour les participants |
On voit que le Jeudi saint ne ressemble à aucune autre messe de l'année : elle commence dans la joie du Gloria et s'achève dans le dépouillement, sans renvoi, comme une veille qui continue.
La nuit du Jeudi saint : veiller avec le Christ
« Restez ici et veillez avec moi »
Après la Cène, Jésus se rend avec ses disciples « à un domaine appelé Gethsémani » (Mt 26, 36). Il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi » (Mt 26, 38). Puis il prie : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » (Mt 26, 39). Revenant vers les disciples, il les trouve endormis : « Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? » (Mt 26, 40).
Le Catéchisme relie directement cette nuit à la Cène : « La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus a anticipée à la Cène en s'offrant lui-même, il l'accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani »[104]. Luc ajoute qu'un ange vint le réconforter et que « sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre » (Lc 22, 43-44). Le récit détaillé de cette agonie relève de l'article L'agonie de Jésus à Gethsémani.
L'adoration au reposoir : ni tombeau, ni exposition
La veillée au reposoir est l'une des dévotions les plus aimées du Jeudi saint. Les fidèles sont invités « à poursuivre l'adoration devant le Saint-Sacrement pendant une partie convenable de la nuit » ; « après minuit, cette adoration se fait sans solennité »[105]. La lettre de 1988 propose d'y lire une partie des chapitres 13 à 17 de saint Jean, le discours d'adieu du Christ[106].
L'Église a précisé ce que le reposoir n'est pas. Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie (2001) reconnaît qu'au fil de l'histoire, ce lieu « a été considéré de plus en plus comme une évocation du "saint-sépulcre" », et il en redonne le vrai sens :
« Ce geste de déposer le Saint-Sacrement au reposoir, qui doit être accompli avec une austère solennité, est accompli essentiellement dans le but de conserver le Corps du Seigneur en vue de la communion des fidèles, durant l'Action liturgique du Vendredi Saint, ainsi que pour la communion en Viatique des malades ; il est aussi une invitation à une adoration silencieuse et prolongée de l'incomparable Sacrement qui a été institué en ce jour. » — Congrégation pour le Culte divin, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 141, 2001[107]
La lettre de 1988 est aussi nette : le tabernacle « ne doit pas avoir la forme d'un tombeau, et on évitera l'expression même de "tombeau" » ; le Saint-Sacrement y est gardé dans un tabernacle fermé, et « il n'est jamais permis d'en faire l'exposition dans un ostensoir »[108]. Le reposoir n'est pas le sépulcre du Vendredi : c'est le lieu où l'on veille avec le Christ vivant, comme les apôtres auraient dû le faire à Gethsémani. Sur cette prière, voir L'adoration eucharistique.
L'Heure sainte de Paray-le-Monial
La nuit du jeudi au vendredi a reçu, au XVIIe siècle, une dévotion propre. À Paray-le-Monial, le Christ demanda à sainte Marguerite-Marie Alacoque de s'unir chaque semaine à son agonie. Elle a rapporté ses paroles :
« Et toutes les nuits du jeudi au vendredi je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j'ai bien voulu sentir au jardin des Olives […]. Et pour m'accompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque façon l'amertume que je sentais de l'abandon de mes apôtres, qui m'obligea à leur reprocher qu'ils n'avaient pu veiller une heure avec moi. » — Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque, d'après son Autobiographie[109]
Les éditeurs de sa Vie publiée par la Visitation de Paray en 1923 y voient « l'origine de la sanctifiante pratique de l'Heure Sainte », devenue une archiconfrérie dont le siège est au monastère de Paray, et à laquelle un bref de saint Pie X du 27 mars 1911 a permis de s'affilier les confréries du même nom dans le monde entier[110]. Ce que la Visitandine faisait chaque jeudi, l'Église le fait tout entière la nuit du Jeudi saint.
Le Grand et saint Jeudi dans les Églises d'Orient
La liturgie de saint Basile et « la Cène mystique »
Dans le rite byzantin, le « Grand et saint Jeudi » fête, selon le typikon du Patriarcat œcuménique, « le saint Lavement, la Cène mystique, la Prière surnaturelle et la Trahison »[111]. Le matin sont chantées les matines, avec l'évangile de Luc qui conduit de l'approche de la Pâque à la Cène et au départ pour le mont des Oliviers (Lc 22, 1-39) ; viennent ensuite les vêpres, unies à la Divine Liturgie de saint Basile le Grand. L'épître est celle de saint Paul sur l'institution (1 Co 11, 23-32) ; l'évangile, très long, enchaîne la Cène, le lavement des pieds, Gethsémani et l'arrestation[112].
Un chant propre remplace ce jour-là l'hymne des Chérubins de la procession des offrandes, et il sert aussi de chant de communion[113]. La cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité à Paris en donne cette traduction :
« À ta Cène mystique, Fils de Dieu, reçois-moi aujourd'hui. Je ne révèlerai pas le Mystère à tes ennemis ; je ne te donnerai pas de baiser comme Judas, mais, comme le larron, je te confesse : souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume. » — Liturgie byzantine du Grand Jeudi, tropaire « De ta Cène mystique » (Tou Deipnou sou tou mystikou)[114]
La prière de congé (apolysis) du jour nomme le Christ « celui qui, par son extrême bonté, a montré que l'humilité est le meilleur chemin en lavant les pieds de ses disciples »[115].
Le Niptir, lavement des pieds byzantin
L'Orient connaît aussi le lavement des pieds du Jeudi saint, appelé Niptir (« le bassin »). En 1900, l'assomptionniste Sophrone Pétridès en a décrit les formes anciennes. Selon le typikon de Saint-Sabas, l'higoumène (le supérieur) lave les pieds de douze moines ; aux extrémités sont placés le portier, qui figure Judas, et l'économe, qui figure saint Pierre[116]. Au XVe siècle, l'empereur byzantin lavait lui-même, dans ses appartements, le pied droit de douze pauvres habillés de neuf pour la circonstance[117]. Un chant de l'office de Jérusalem résume le sens du rite :
« Vous avez lavé les pieds de vos disciples, ô Sauveur, comme un Maître plein de bonté, vous, le Roi de gloire, donnant ainsi l'exemple aux hommes. Ô Dieu, ayez pitié de moi et sauvez-moi. » — Stichère de l'office du lavement des pieds (typikon de Jérusalem), traduit par S. Pétridès, 1900[118]
Pétridès constatait qu'en 1900 le rite n'était plus pratiqué, à sa connaissance, que dans trois églises grecques : au monastère Saint-Jean de Patmos, au monastère du Prodrome près de Césarée de Cappadoce, et à Jérusalem, où le patriarche, « nu-tête et les cheveux flottants, lave à genoux les pieds de douze prêtres »[119]. Le rite reste aujourd'hui l'un des moments forts du Grand Jeudi dans deux de ces hauts lieux. À Jérusalem, en 2025, le patriarche grec orthodoxe Théophile III a lavé les pieds de douze hiéromoines et prêtres de la confrérie du Saint-Sépulcre, sur une estrade dressée dans le parvis de la basilique[120] ; à Patmos, l'higoumène du monastère Saint-Jean rejoue chaque année la scène sur une place de Chôra, en commençant par Judas[121].
Les douze évangiles de la Passion
Le soir du Jeudi saint, les Églises de tradition byzantine chantent déjà les matines du Grand Vendredi, appelées l'office des « Douze Évangiles » de la Passion[122]. À Paris, le soir du 9 avril 2026, veille du Vendredi saint, la cathédrale orthodoxe russe de la Sainte-Trinité célébrait ainsi « les matines avec la lecture des douze Évangiles », ouvertes par le tropaire « Tandis qu'à la Cène, au Lavement des pieds »[123]. La nuit du Jeudi saint devient ainsi, en Orient comme en Occident, une longue veille auprès du Christ souffrant. Cet office appartient déjà au Vendredi saint et il est présenté dans l'article Vendredi saint ; les autres usages de l'Orient chrétien le sont dans La liturgie orientale.
Coutumes et piété populaire du Jeudi saint
Les cloches « parties pour Rome » et les crécelles
Le silence des cloches, voulu par la liturgie depuis le Gloria du Jeudi saint, a suscité une coutume enfantine bien connue en France et en Belgique. On a longtemps dit aux enfants que les cloches partaient pour Rome et que le pape les bénissait avant leur retour ; dans l'est de la France, les enfants faisaient alors tourner des crécelles dans les rues pour annoncer les offices[124]. Le Trésor de la langue française définit d'ailleurs la crécelle, en liturgie, comme l'« instrument utilisé pour remplacer les cloches, du Jeudi au Samedi Saint »[125]. Le détail de cette tradition se trouve dans Le symbolisme des cloches.
Saint Louis et le lavement des pieds des pauvres
Au Moyen Âge, les rois chrétiens lavaient eux-mêmes les pieds de pauvres le Jeudi saint. Saint Louis y tenait au point d'en faire un sujet de conversation avec son ami Jean de Joinville, qui le rapporte avec une franchise savoureuse :
« Il me demanda si je lavais les pieds aux pauvres le jour du Jeudi saint. "Sire, dis-je, par malheur, je ne laverai certainement pas les pieds de ces vilains !" — "Vraiment, dit-il, vous avez mal parlé, car vous ne devez pas mépriser ce que Dieu a fait pour notre enseignement. Je vous prie, en premier lieu pour l'amour de Dieu, et pour l'amour de moi, de prendre l'habitude de les laver." » — Jean de Joinville, Vie de saint Louis, § 29[126]
Le nom anglais du jour, Maundy Thursday, garde la trace de cette cérémonie : le moyen anglais maunde désignait à la fois la dernière Cène et le lavement des pieds des pauvres accompli ce jour-là[127].
La charité, fruit du Jeudi saint
La coutume la plus ancienne du Jeudi saint n'est pas folklorique : c'est la charité. Dès 1955, l'instruction de la Sacrée Congrégation des Rites demandait d'inviter les fidèles à abonder ce jour-là en œuvres de charité chrétienne[128]. La liturgie actuelle en fait un geste de la messe, avec la procession des dons pour les pauvres, recueillis pendant le Carême comme fruit de pénitence[129]. Le Jeudi saint rappelle ainsi que l'Eucharistie et le service des plus pauvres ne se séparent pas.
Le Jeudi saint dans la vie des saints et des mystiques
Sainte Thérèse de Lisieux et la nuit du « Tombeau » (1896)
La nuit du Jeudi au Vendredi saint 1896 est restée gravée dans la vie de sainte Thérèse de Lisieux. Après avoir veillé au reposoir, qu'on appelait alors couramment « le Tombeau », elle eut la première hémorragie de la tuberculose qui l'emporterait l'année suivante. Elle le raconte sans aucune plainte :
« Cependant le jour du Vendredi saint, Jésus voulut me donner l'espoir d'aller bientôt le voir au Ciel... Oh ! qu'il m'est doux ce souvenir !... Après être restée au Tombeau jusqu'à minuit, je rentrai dans notre cellule, mais à peine avais-je eu le temps de poser ma tête sur l'oreiller que je sentis comme un flot qui montait, montait en bouillonnant jusqu'à mes lèvres. Je ne savais pas ce que c'était, mais je pensais que peut-être j'allais mourir et mon âme était inondée de joie... » — Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrit C, f° 4v°-5r°[130]
Au matin, elle reconnut le sang et fut « intimement persuadée que Jésus au jour anniversaire de sa mort voulait [lui] faire entendre un premier appel »[131]. Le mot « Tombeau » qu'elle emploie est celui que la lettre de 1988 demande désormais d'éviter ; sa nuit de veille, elle, est exactement celle que l'Église propose à tous.
Les Heures de la Passion : le jeudi commence à dix-sept heures
La Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), laïque de Corato, a écrit à la demande de saint Annibale Maria di Francia les Heures de la Passion, publiées avec nihil obstat et imprimatur à partir de 1915[132]. L'œuvre suit, heure par heure, les vingt-quatre dernières heures du Christ, de 17 heures le jeudi à 17 heures le vendredi. Les sept premières heures appartiennent donc au Jeudi saint : les adieux de Jésus à sa Mère (17 h), le départ vers le Cénacle (18 h), la Cène légale (19 h), le lavement des pieds et la Cène eucharistique (20 h), puis trois heures d'agonie au jardin[133]. Dans la quatrième heure, Luisa contemple l'institution de l'Eucharistie :
« Et sans te laisser toi-même, tu te crées toi-même sous forme sacramentelle dans ce pain et ce vin. Et puis, après t'être communié, tu communies tes apôtres et ta céleste Maman, qui ne pouvait pas rester sans te recevoir. » — Luisa Piccarreta, Les Heures de la Passion, quatrième heure (de 20 h à 21 h)[134]
Deux traits de cette méditation méritent d'être situés. Le premier rejoint une conclusion de saint Thomas, qui enseignait que le Christ avait d'abord communié lui-même (voir plus haut). Le second, la communion de la Vierge ce soir-là, appartient à la contemplation de Luisa et non au récit évangélique. Saint Jean-Paul II note en effet que, « dans le récit de l'institution, au soir du Jeudi saint, on ne parle pas de Marie », mais il ajoute que sa présence « ne pouvait certes pas faire défaut » dans les célébrations eucharistiques de la première communauté chrétienne, et que, « par sa vie tout entière, Marie est une femme "eucharistique" »[135].
La Cène dans le Livre du Ciel
Luisa Piccarreta a aussi consigné, dans les trente-six volumes du Livre du Ciel, ce que Jésus lui a dit de la Cène. Ces écrits relèvent de la révélation privée, dont le rôle, rappelle le Catéchisme, n'est pas de compléter la Révélation du Christ, « mais d'aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l'histoire » (CEC 67). En juin 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a donné son nulla osta à la poursuite de la cause de béatification de Luisa, « ne constatant aucune erreur doctrinale dans ses écrits de nature à en empêcher la divulgation »[136]. Leur centre est la Divine Volonté : non pas seulement faire la volonté de Dieu, mais laisser sa Volonté vivre et agir en soi, comme une seule volonté pour deux (voir la différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté).
C'est dans ce cadre que Jésus explique à Luisa pourquoi il s'est donné la communion à lui-même avant ses apôtres :
« Avant de donner la communion aux autres, Je me suis donné la communion à moi-même pour que mon Père reçoive la gloire complète pour toutes les communions des créatures, et aussi pour prendre en Moi les réparations pour tous les sacrilèges et les offenses que mon Humanité aurait à subir dans le sacrement de l'Eucharistie. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 11, 13 novembre 1915[137]
Le lavement des pieds reçoit, dans le même corpus, un prolongement inattendu. Jésus rappelle qu'il a lavé les pieds de ses apôtres, prosterné devant eux : « je n'ai pas même évité le perfide Judas » ; puis il ajoute : « je n'ai fait cet acte qu'une seule fois. Mais ma Volonté descend encore plus bas ; elle se place sous leurs pieds par un acte continu, afin de les soutenir »[138]. L'humilité du Jeudi saint devient ainsi l'image d'un amour qui porte chaque créature à chaque instant.
Enfin, une page du 16 avril 1927 regarde la Cène avec les yeux de Marie. Luisa note : « Je faisais l'heure où Jésus institua la très sainte Eucharistie » ; Jésus lui dit alors avoir cherché une créature pour recevoir « le dépôt » de sa vie sacramentelle, et que sa Mère s'est offerte en disant : « Mon Fils, si je t'ai offert mon sein pour veiller sur toi et te défendre, je t'offre maintenant mon cœur maternel pour recevoir ce grand dépôt »[139]. Loin de faire concurrence au sacrement, ces pages y ramènent : elles invitent à entrer dans le Jeudi saint par le cœur, avec la Vierge, auprès du Christ qui se donne.
Vivre le Jeudi saint aujourd'hui
Le Jeudi saint se vit d'abord en participant à la messe du soir, qui est l'unique messe paroissiale de ce jour. La lettre de 1988 recommande de conclure le Carême par une célébration pénitentielle, mais pas immédiatement avant la messe du soir, pour arriver à Pâques le cœur réconcilié[140]. Après la messe, une heure de veille au reposoir répond à la demande du Christ à Gethsémani : « Veillez et priez » (Mt 26, 41).
Le Jeudi saint est aussi le jour où l'on peut prier pour les prêtres, dont le sacerdoce est né ce soir-là, et poser un geste concret pour les pauvres, comme la liturgie elle-même y invite. Rien de tout cela n'est un effort héroïque : c'est répondre à un amour qui a commencé par servir.
Ce soir-là, le Christ savait ce qui l'attendait, et il a choisi de donner plutôt que de se protéger. C'est pourquoi le Jeudi saint, malgré la tristesse de Gethsémani, s'ouvre par le Gloria et les cloches : il est le seuil de Pâques. Le Vendredi saint, le Samedi saint et la Vigile pascale le prolongent jusqu'au matin de Pâques, où celui qui a lavé les pieds de ses disciples se montre vivant.
Pour aller plus loin
Articles Ignispedia connexes
- Le Triduum pascal — les trois jours saints dans leur ensemble.
- La messe chrismale — la messe du matin, les huiles saintes et les promesses des prêtres.
- L'Eucharistie et La présence réelle eucharistique.
- Qu'est-ce que la transsubstantiation ? et Pourquoi l'Eucharistie est-elle un sacrifice ?
- Le sacrement de l'ordre.
- L'adoration eucharistique.
- Judas a-t-il reçu la Sainte Communion à la Cène ?
- La Cène de Léonard de Vinci.
- L'agonie de Jésus à Gethsémani.
- La Fête-Dieu — l'office de saint Thomas d'Aquin et le Pange lingua.
- Le symbolisme des cloches — le silence du Triduum.
- Les Heures de la Passion de Luisa Piccarreta.
- L'année liturgique et Pourquoi Pâques change-t-elle de date ?
- La liturgie orientale.
- Dimanche des Rameaux, Vendredi saint, Samedi saint, Vigile pascale et Pâques.
Sources principales
- Missale Romanum, editio typica tertia, Typis Vaticanis, 2002 : « Feria V in Cena Domini », rubriques n. 1-44 ; Normae universales de anno liturgico et de calendario, n. 16, 19, 28, 31, 59, 60 ; Institutio generalis, n. 346.
- Missel romain, traduction française 2021, rubriques du Triduum pascal (Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle).
- Congrégation pour le Culte divin, lettre circulaire Paschalis Sollemnitatis sur la préparation et la célébration des fêtes pascales, 16 janvier 1988.
- Congrégation pour le Culte divin, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 2001, n° 140-141.
- Sacrée Congrégation des Rites, décret général Maxima Redemptionis nostrae mysteria et instruction, 16 novembre 1955, Acta Apostolicae Sedis 47 (1955), p. 838-847.
- Congrégation pour le Culte divin, décret In Missa in Cena Domini, 6 janvier 2016.
- Catéchisme de l'Église catholique, § 610-612, 1168-1169, 1337-1340.
- Concile de Trente, sessions XIII (1551) et XXII (1562).
- Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 73, a. 5 et q. 81, a. 1.
- Saint Augustin, Lettre 54 (à Janvier) ; Égérie, Journal de voyage, 35-36.
- Saint Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003 ; Benoît XVI, homélie du Jeudi saint, 5 avril 2007.
- Sophrone Pétridès, « Le lavement des pieds le Jeudi-Saint dans l'Église grecque », Échos d'Orient, t. 3, 1900, p. 321-326.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 1337, texte officiel français (vatican.va). Le Catéchisme renvoie lui-même au concile de Trente (DS 1740) pour la formule « les établissant alors prêtres du Nouveau Testament ».
1 30Dates calculées selon le comput grégorien (Pâques entre le 22 mars et le 25 avril, donc Jeudi saint entre le 19 mars et le 22 avril) et, pour les Églises orthodoxes, selon le comput julien converti dans le calendrier grégorien ; résultats recoupés année par année avec la table « List of dates for Easter » (Wikipédia anglophone, consultée en septembre 2026), puis recalculés le 30 septembre 2026. Les années 2028, 2031 et 2034 où les deux dates coïncident sont aussi celles qu'indique l'article Pourquoi Pâques change-t-elle de date ?.
2 20Normae universales de anno liturgico et de calendario (Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, 1969), n. 31, dans Missale Romanum, editio typica tertia, 2002 : « Feria V Hebdomadæ sanctæ, mane, Episcopus, Missam cum suo presbyterio concelebrans, olea sancta benedicit et chrisma conficit » (« Le jeudi de la Semaine sainte, au matin, l'évêque, concélébrant avec son presbyterium, bénit les huiles saintes et consacre le chrême »).
3Normae universales de anno liturgico et de calendario, n. 18 : le Triduum pascal « uti totius anni liturgici culmen effulget » (« brille comme le sommet de toute l'année liturgique ») ; n. 28 : « Tempus Quadragesimæ decurrit a feria IV Cinerum ad Missam in Cena Domini exclusive » ; n. 19 : « Triduum paschale Passionis et Resurrectionis Domini incipit a Missa vespertina in Cena Domini, habet suum centrum in Vigilia paschali, et clauditur Vesperis dominicæ Resurrectionis » (Missale Romanum, 2002). Traduction française du n. 19 citée par le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle : « Ce Triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du Seigneur commence avec la messe du soir, le Jeudi saint, la Vigile pascale constitue son centre et il se termine avec les Vêpres du dimanche de Pâques. »
4 15Égérie, Itinerarium (Journal de voyage), 35, 2-4, texte latin (éd. numérisée The Latin Library) ; traduction Ignispedia. Texte original : « Excepta enim ipsa die una per totum annum nunquam offeritur post Crucem nisi ipsa die tantum. » Édition critique et traduction française de référence : Pierre Maraval, Égérie. Journal de voyage (Itinéraire), Sources chrétiennes 296, Paris, Cerf, 1982.
5 47 48Normae universales de anno liturgico et de calendario, n. 16 : « Hebdomadæ dies, qui post dominicam decurrunt, feriæ nuncupantur » (« Les jours de la semaine qui suivent le dimanche sont appelés féries »), Missale Romanum, 2002.
6Les citations bibliques de cet article suivent la traduction liturgique officielle de l'Association épiscopale liturgique pour les pays francophones (AELF), celle qui est lue à la messe (aelf.org).
7 23 42 43Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint, messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur, rubrique après l'évangile, reproduite par le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS, Conférence des évêques de France), « Le Triduum pascal selon les rubriques de la nouvelle traduction du Missel romain », liturgie.catholique.fr. Latin : Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 9 : « institutio scilicet sacræ Eucharistiæ et ordinis sacerdotalis necnon et mandatum Domini de caritate fraterna ».
8Congrégation pour le Culte divin, lettre circulaire Paschalis Sollemnitatis sur la préparation et la célébration des fêtes pascales, 16 janvier 1988, n° 45, traduction française reproduite dans Célébrer, n° 390, supplément, mars-avril 2012 (PDF liturgie.catholique.fr), p. 8 : « Toute l'attention doit se tourner vers les mystères qui sont au plus haut degré rappelés dans cette messe : l'Institution de l'Eucharistie, l'institution de l'Ordre sacerdotal et le commandement de la charité fraternelle. L'homélie doit mettre ces points en lumière. »
9Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, article « absolu », sens 9 : « Le jeudi absolu se disait autrefois pour le jeudi saint » ; partie historique : « Il me demanda si je lavoie les piés aux poures le jeudi absolu [saint], et je lui respondi que nenil, Joinville, 293 », et, au XIIIe siècle, « absolus » au sens d'« absous » (Lai du désiré) ; étymologie : « Absolutus, de absolvere, délier et par suite absoudre » (littre.org).
10Online Etymology Dictionary, « Maundy Thursday » : du moyen anglais maunde, « la dernière Cène » (vers 1300), aussi « cérémonie du lavement des pieds de pauvres ou d'inférieurs, accomplie comme rite religieux le Jeudi saint » (début du XIVe siècle), de l'ancien français mandé, du latin mandatum, « commandement ». Texte original : « said to be so called in reference to the opening words of the Latin church service for this day, Mandatum novum do vobis "A new commandment I give unto you" (John xiii:34) ».
11 127Wolfgang Pfeifer, Etymologisches Wörterbuch des Deutschen, article « Donnerstag · Pfinztag · Gründonnerstag », dans le Digitales Wörterbuch der deutschen Sprache (DWDS) : moyen haut allemand gruoner donnerstac (vers 1200), grüener donerstac (1264). Texte original : « Die Deutung ist umstritten. Vielleicht geht grün auf den verbreiteten Brauch zurück, an diesem Donnerstag grüne (frische) Kräuter zu essen. » Pfeifer écarte comme intenable l'explication par un latin dies viridium.
12Patriarcat œcuménique de Constantinople, Typikon du 9 avril 2026 (Grand Jeudi), ec-patr.net. Texte original : « ΜΕΓΑΛΗ ΠΕΜΠΤΗ: Ἐν ᾗ ἑορτάζομεν τόν Ἱερόν Νιπτῆρα, τόν Μυστικόν Δεῖπνον, τήν Ὑπερφυᾶ Προσευχήν καί τήν Προδοσίαν » ; matines le jeudi matin (« Τῇ Μ. Πέμπτῃ πρωΐ: ΟΡΘΡΟΣ »), évangile Lc 22, 1-39 ; puis « ΕΣΠΕΡΙΝΟΣ ΜΕΤΑ ΤΗΣ ΘΕΙΑΣ ΛΕΙΤΟΥΡΓΙΑΣ ΤΟΥ ΜΕΓΑΛΟΥ ΒΑΣΙΛΕΙΟΥ » ; épître 1 Co 11, 23-32 ; évangile composé de Mt 26, 2-20, Jn 13, 3-17, Mt 26, 21-39, Lc 22, 43-44, Mt 26, 40-75 et 27, 1-2 ; « Καθεξῆς ἡ Θ. Λειτουργία τοῦ Μεγάλου Βασιλείου. Ἀντί τοῦ Χερουβικοῦ ὁ ὕμνος: «Τοῦ Δείπνου σου τοῦ μυστικοῦ...» » ; le même chant sert de chant de communion (Koinonikon) ; renvoi : « Ὁ δι’ ὑπερβάλλουσαν ἀγαθότητα ὁδόν ἀρίστην τήν ταπείνωσιν ὑποδείξας ἐν τῷ νῖψαι τούς πόδας τῶν Μαθητῶν… ». Traductions françaises : Ignispedia.
13 111 112 113 115Saint Paul VI, lettre apostolique en forme de motu proprio Mysterii paschalis, 14 février 1969, Acta Apostolicae Sedis 61 (1969), p. 222-226 (vatican.va) : elle approuve les Normes universelles de l'année liturgique et le nouveau calendrier romain ; elle rappelle que Pie XII, par le décret Dominicae Resurrectionis du 9 février 1951 (AAS 43, 1951, p. 128-129), a fait restaurer la veillée solennelle de la nuit pascale, et cite le décret Maxima Redemptionis du 16 novembre 1955 (AAS 47, 1955, p. 839). Texte original : « Datum Romae, apud Sanctum Petrum, die XIV mensis Februarii, anno MCMLXIX ».
14 66Normae universales de anno liturgico et de calendario, n. 16 a : « feria IV Cinerum et feriæ Hebdomadæ sanctæ, a feria II ad feriam V inclusive, omnibus aliis celebrationibus præferuntur » ; tableau des jours liturgiques (n. 59), rang I, 1 : « Triduum paschale Passionis et Resurrectionis Domini » ; rang I, 2 : « Nativitas Domini, Epiphania, Ascensio et Pentecostes […] Feriæ Hebdomadæ sanctæ, a feria II ad feriam V inclusive » (Missale Romanum, 2002). Table française des préséances publiée par le SNPLS (février 2019) : « 1. Triduum pascal ; 2. Nativité, Épiphanie, Ascension et Pentecôte, […] Semaine sainte ».
16Paschalis Sollemnitatis, 16 janvier 1988, n° 35 (trad. française, Célébrer n° 390, supplément, p. 6) : « La messe chrismale, au cours de laquelle l'évêque, concélébrant avec son presbyterium, consacre le Saint-Chrême et bénit les autres huiles, est comme une manifestation de la communion des prêtres avec leur évêque dans l'unique sacerdoce et l'unique ministère du Christ » ; « Traditionnellement, la messe chrismale se célèbre le jeudi de la Semaine sainte. Mais si ce jour-là on ne peut que difficilement réunir le clergé et le peuple autour de l'évêque, on peut anticiper cette messe à un autre jour, mais qui soit proche de Pâques. »
17Paschalis Sollemnitatis, n° 36 : « On peut faire dans les diverses paroisses du diocèse la réception des saintes huiles soit avant la célébration de la messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur, soit à un autre moment qui sera jugé plus opportun. »
18Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint, rubriques après le transfert du Saint-Sacrement (SNPLS, liturgie.catholique.fr) : « Les fidèles sont invités, selon les circonstances des lieux (et des choses), à poursuivre l'adoration devant le Saint-Sacrement pendant une partie convenable de la nuit. Toutefois, après minuit, cette adoration se fait sans solennité. » Latin : Missale Romanum, 2002, n. 43 : « ita tamen ut post mediam noctem hæc adoratio absque sollemnitate fiat ».
19 105Normae universales de anno liturgico et de calendario, n. 60 : « Sollemnitas vero Annuntiationis Domini, quotiescumque occurrit aliquo die Hebdomadæ sanctæ, semper ad feriam II post dominicam II Paschæ erit transferenda » (Missale Romanum, 2002). En 2027 comme en 2032, Pâques tombe le 28 mars ; le deuxième dimanche de Pâques tombe le 4 avril, d'où le lundi 5 avril.
21Catéchisme de l'Église catholique, § 1338, texte officiel français (vatican.va).
22Saint Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, § 2, texte officiel français (vatican.va).
24Sophrone Pétridès, « Le lavement des pieds le Jeudi-Saint dans l'Église grecque », Échos d'Orient, t. 3, n° 6, 1900, p. 325-326 (Persée, DOI 10.3406/rebyz.1900.3296), d'après le typikon de Jérusalem de 1122 publié par A. Papadopoulos-Kérameus : « C'est après l'unique repas du Grand Jeudi, après les Vêpres et la messe par conséquent, que le patriarche se rend avec le clergé et le peuple au Cénacle, ou, comme dit le typikon, à l'ὑπερῷον de la Sainte Sion » ; p. 326 : un métropolite y tient la place de saint Pierre et les onze autres apôtres sont figurés par trois sous-diacres, trois diacres, trois prêtres et deux évêques. Pétridès note que le journal d'Égérie (alors appelé Peregrinatio Silviae) ne mentionne pas ce rite.
25Benoît XVI, homélie de la messe in Cena Domini, basilique Saint-Jean-de-Latran, Jeudi saint 5 avril 2007, texte officiel français (vatican.va). L'homélie cite aussi saint Jean Chrysostome, Catéchèses, sur le sang de l'agneau de Moïse.
26 27Catéchisme de l'Église catholique, § 1340, texte officiel français (vatican.va).
28Paschalis Sollemnitatis, 16 janvier 1988, n° 44 (trad. française, Célébrer n° 390, supplément, p. 8).
29Catéchisme de l'Église catholique, § 610, texte officiel français (vatican.va).
31Concile de Trente, 13e session (11 octobre 1551), décret sur le très saint sacrement de l'Eucharistie, ch. 2, DS 1638 (ancienne numérotation du Denzinger : n. 875), traduction française du Denzinger (édition numérisée par jesusmarie.com). Texte original : « Ergo Salvator noster, discessurus ex hoc mundo ad Patrem, sacramentum hoc instituit, in quo divitias divini sui erga homines amoris velut effudit ».
32Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 73, a. 5, réponse, traduction de l'édition du Cerf (1984) mise en ligne par docteurangelique.free.fr. Texte original (corpusthomisticum.org) : « Respondeo dicendum quod convenienter hoc sacramentum institutum fuit in cena, in qua scilicet Christus ultimo cum discipulis suis fuit conversatus. […] Tertio, quia ea quae ultimo dicuntur, maxime ab amicis recedentibus, magis memoriae commendantur, praesertim quia tunc magis inflammatur affectus ad amicos ». Thomas y cite saint Augustin, « in libro responsionum ad Ianuarium ».
33 34Saint Augustin, Lettre 54 (à Janvier), 6, 8, dans Œuvres complètes de saint Augustin, traduites sous la direction de M. Poujoulat et de l'abbé Raulx, t. II, Bar-le-Duc, L. Guérin, 1864, p. 58 (fac-similé contrôlé sur Wikisource) ; cette édition date la lettre de l'année 400. Texte original : « Namque Salvator quo vehementius commendaret mysterii illius altitudinem, ultimum hoc voluit infigere cordibus et memoriae discipulorum, a quibus ad passionem digressurus erat. »
35Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 81, a. 1, « Le Christ a-t-il consommé son corps et son sang ? », sed contra (saint Jérôme), réponse et solution 1, traduction de l'édition du Cerf (1984) mise en ligne par docteurangelique.free.fr. Texte original des vers : « rex sedet in cena, turba cinctus duodena, se tenet in manibus, se cibat ipse cibus » (corpusthomisticum.org).
36 37Catéchisme de l'Église catholique, § 611, texte officiel français (vatican.va), qui renvoie au concile de Trente (DS 1752 et 1764).
38Concile de Trente, 22e session (17 septembre 1562), doctrine sur le sacrifice de la messe, ch. 1 (DS 1740 : le Christ donna son Corps et son Sang « aux apôtres (qu'il constituait alors prêtres de la Nouvelle Alliance) ») et canon 2 (DS 1752 ; ancienne numérotation du Denzinger : n. 949), traduction française du Denzinger (édition numérisée par jesusmarie.com).
39Saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 7 (vatican.va).
40Saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, formule finale de datation (vatican.va).
41Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, décret In Missa in Cena Domini, 6 janvier 2016, signé par le cardinal Robert Sarah, préfet, et Mgr Arthur Roche, secrétaire, texte officiel français (vatican.va). Le décret modifie la rubrique du Missel (« Les hommes qui ont été choisis sont conduits… » devient « Ceux qui ont été choisis parmi le peuple de Dieu sont conduits… ») et, en conséquence, le Cérémonial des évêques, n. 299 b et 301. Il date du « 30 novembre 1955 » le décret de réforme de la Semaine sainte, que les Acta Apostolicae Sedis datent du 16 novembre 1955.
44 86 87Sources chrétiennes, présentation du volume SC 296, Égérie, Journal de voyage (Itinéraire), éd. Pierre Maraval, Paris, Cerf, décembre 1982 (sourceschretiennes.org) : « Égérie, une grande dame venue d'Occident, s'est rendue à Jérusalem en 381 ; pendant trois ans, elle a visité tous les lieux saints du Proche-Orient chrétien ».
45Égérie, Itinerarium, 35, 1 (texte latin, The Latin Library). Texte original : « Octaua autem hora iuxta consuetudinem ad Martyrium colliget se omnis populus, propterea autem temporius quam ceteris diebus, quia citius missa fieri necesse est. »
46Égérie, Itinerarium, 36, 1-2. Texte original : « Candelae autem ecclesiasticae super ducente paratae sunt propter lumen omni populo. »
49Égérie, Itinerarium, 36, 3 ; traduction Ignispedia. Texte original : « Qui locus ad quod lectus fuerit, tantus rugitus et mugitus totius populi est cum fletu, ut forsitan porro ad ciuitatem gemitus populi omnis auditus sit. »
50Concile d'Hippone (393), Breviarium Hipponense, canon 28, éd. Charles Munier, Concilia Africae A. 345 - A. 525, Corpus Christianorum Series Latina 149, Turnhout, Brepols, 1974 (le Bréviaire d'Hippone y occupe les p. 28-53) ; texte transcrit par Roger Pearse (2 juin 2021) et concordant avec l'édition de H. T. Bruns, Canones apostolorum et conciliorum, 1839. Texte original : « Ut sacramenta altaris nonnisi a ieiunis hominibus celebrentur, excepto uno die anniversario quo Cena Domini celebratur. » Repris comme canon 41 du Code des canons de l'Église d'Afrique (Carthage, 419).
51 52Saint Augustin, Lettre 54, 4, 5, trad. Raulx, t. II, 1864, p. 57 (fac-similé contrôlé). Texte original : « vidit, verbi gratia, bis offerri quinta sabbati hebdomadae ultimae Quadragesimae, et mane et ad vesperam ».
53Saint Augustin, Lettre 54, 7, 9-10, trad. Raulx, t. II, 1864, p. 58 (fac-similé contrôlé). Texte original du § 9 : « Et quia nonnulli etiam ieiunium custodiunt, mane offertur propter prandentes, quia ieiunia simul et lavacra tolerare non possunt ; ad vesperam vero propter ieiunantes. » Texte original du § 10 : « Istum autem diem potius ad hoc electum, quo coena dominica anniversarie celebratur. »
54 55 56Henri Leclercq, article « Maundy Thursday », The Catholic Encyclopedia, vol. 10, New York, Robert Appleton, 1911 (newadvent.org). Texte original : « In Rome everything was carried on in daylight, whereas in Africa on Holy Thursday the Eucharist was celebrated after the evening meal » ; « letter of Pope Innocent I to Decentius of Gubbio, testifies that in Rome it was customary "quinta feria" to absolve penitents » ; « In the fifth century the custom was established of consecrating on Holy Thursday all the chrism necessary for the anointing of the newly baptized. The "Comes Hieronymi", the Gregorian and Gelasian sacramentaries […] all agree upon the confection of the chrism on that day ».
57 58 59Charles-Joseph Hefele, Histoire des conciles d'après les documents originaux, nouvelle traduction française par Dom Henri Leclercq, t. III, 1re partie, Paris, Letouzey et Ané, 1909, § 329, p. 586 : XVIIe concile de Tolède, ouvert le 9 novembre 694 en l'église Sainte-Léocadie, canons 2 et 3.
60Herbert Thurston, article « Tenebræ », The Catholic Encyclopedia, vol. 14, New York, Robert Appleton, 1912 (newadvent.org). Texte original : « Already in the thirteenth century it seems probable that at Rome Tenebræ began at four or five o'clock on the Wednesday. »
61John Prior, article « In Cœna Domini », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, Robert Appleton, 1910 (newadvent.org). Texte original : « In Rome its solemn publication took place year after year, on Holy Thursday, until 1770, when it was omitted by Clement XIV and never again resumed. »
62Sacrée Congrégation des Rites, décret général Maxima Redemptionis nostrae mysteria, 16 novembre 1955, préambule, Acta Apostolicae Sedis 47 (1955), p. 838-839 : Urbain VIII, constitution Universa per orbem du 24 septembre 1642 ; célébrations « iam diu ad horas matutinas anteposita » ; demande des évêques « ut liturgicae sacri tridui actiones, ad horas, ut olim, postmeridianas revocarentur » ; restauration de la Vigile pascale « anno iam 1951 […] ad nutum interim Ordinariorum et ad experimentum peragendam » (à titre d'essai) ; « Cum porro huiusmodi experimentum optimum universe habuerit successum, prout Ordinarii quamplures Sanctae Sedi retulerunt » (p. 839-840) ; les offices du Triduum célébrés par le clergé « ecclesiarum aulis saepe quasi desertis » (dans des églises souvent presque désertes, p. 839).
63 64 65 67Sacrée Congrégation des Rites, décret Maxima Redemptionis nostrae mysteria, n. 7, AAS 47 (1955), p. 840 ; daté « Die 16 Novembris anni 1955 » (p. 841), signé par le cardinal Gaetano Cicognani, préfet. Texte original : « Feria V in Cena Domini, Missa chrismatis celebratur post Tertiam. Missa autem in Cena Domini celebranda est vespere, hora magis opportuna, non autem ante horam quintam post meridiem, nec post horam octavam. »
68Sacrée Congrégation des Rites, Instructio de ordine hebdomadae sanctae instaurato rite peragendo, 16 novembre 1955, AAS 47 (1955), p. 843. Texte original : « Ubi demum pedum lotio, ad mandatum Domini de amore fraterno demonstrandum, secundum Ordinis instaurati rubricas in ecclesia peragitur, edoceantur fideles de profunda huius sacri ritus significatione, ac de opportunitate ut ipsi hoc die christianae caritatis operibus abundent. » Même instruction, n. 10, p. 845 : l'adoration publique de l'Eucharistie, commencée après la messe in Cena Domini, est « protrahenda saltem usque ad mediam noctem, quando scilicet liturgicae recordationi institutionis sanctissimae Eucharistiae succedit memoria passionis et mortis Domini » ; traductions Ignispedia.
69 128Paschalis Sollemnitatis, n° 1 : « La restauration par le Pape Pie XII en 1951 et en 1955 de la célébration des solennités pascales, puis de toute la Semaine sainte, fut reçue généralement avec joie par toutes les Églises de rite romain. »
70Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint, rubriques introductives de la messe du soir (SNPLS, liturgie.catholique.fr). Latin : Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 1-2.
71 72Paschalis Sollemnitatis, n° 47 (trad. française, Célébrer n° 390, supplément, p. 8).
73Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint (SNPLS) ; latin : Missale Romanum, 2002, n. 5 : « Altare floribus ornetur ea moderatione, quæ indoli huius diei conveniat. Tabernaculum omnino vacuum sit ».
74 75Institutio generalis Missalis Romani (Présentation générale du Missel romain), n. 346 a : « Color albus adhibetur […] in celebrationibus Domini, quæ non sint de eius Passione » ; n. 346 b : le rouge est réservé au dimanche de la Passion, au Vendredi saint et aux célébrations de la Passion du Seigneur ; Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 37 : « assumpto velo umerali albi coloris ».
76Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 6, antienne d'ouverture (cf. Ga 6, 14) ; traduction Ignispedia. Texte original : « Nos autem gloriári opórtet in cruce Dómini nostri Iesu Christi, in quo est salus, vita et resurréctio nostra, per quem salváti et liberáti sumus. »
77Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint (SNPLS). Latin : Missale Romanum, 2002, n. 7 : « Dum cantatur hymnus, pulsantur campanæ, eoque expleto, silent usque ad Glória in excélsis Vigiliæ paschalis, nisi Episcopus diœcesanus, pro opportunitate, aliud statuerit. » La lettre de 1988 (n° 50) ajoute que la Conférence des évêques peut aussi en décider autrement.
78Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 8, collecte ; traduction Ignispedia. Texte original : « Sacratíssimam, Deus, frequentántibus Cenam, in qua Unigénitus tuus, morti se traditúrus, novum in sǽcula sacrifícium dilectionísque suæ convívium Ecclésiæ commendávit, da nobis, quǽsumus, ut ex tanto mystério plenitúdinem caritátis hauriámus et vitæ. »
79AELF, lectures de la messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur (Jeudi saint, 2 avril 2026), aelf.org : Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18, refrain « La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ » (cf. 1 Co 10, 16) ; 1 Co 11, 23-26 ; acclamation « Je vous donne un commandement nouveau » (cf. Jn 13, 34) ; Jn 13, 1-15.
80 81 82Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint, « Lavement des pieds » (SNPLS, liturgie.catholique.fr). Latin actuel (depuis 2016) : « Qui selecti sunt ex populo Dei deducuntur a ministris… » ; texte de 2002 : « Viri selecti deducuntur a ministris ad sedilia loco apto parata » (Missale Romanum, 2002, n. 11).
83 84 89Paschalis Sollemnitatis, n° 51, dans sa rédaction de 1988 : « Le lavement des pieds, qui se fait ce jour-là, selon la tradition, à des hommes qui ont été choisis, signifie le service et la charité du Christ "qui n'est pas venu pour être servi mais pour servir". Il est bon que cette tradition soit conservée et expliquée dans sa signification propre. »
85Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 12, antienne 3 (Io 13, 6.7.8) ; traduction Ignispedia. Texte original : « Dómine, tu mihi lavas pedes ? Respóndit Iesus et dixit ei : Si non lávero tibi pedes, non habébis partem mecum. »
88Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint, « Liturgie eucharistique » (SNPLS).
90Paschalis Sollemnitatis, n° 52 : « On peut prévoir que des fidèles apportent en procession des dons destinés aux pauvres, surtout ceux qui ont été collectés pendant le Carême comme fruit de pénitence. »
91 129Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 15, prière sur les offrandes ; traduction Ignispedia. Texte original : « quia, quóties huius hóstiæ commemorátio celebrátur, opus nostræ redemptiónis exercétur ».
92Missale Romanum, 2002, Feria V in Cena Domini, n. 17 (Canon romain avec Communicantes, Hanc igitur et Qui pridie propres), n. 20, 21 et 23 ; traductions littérales Ignispedia. Textes originaux : « Communicántes, et diem sacratíssimum celebrántes, quo Dóminus noster Iesus Christus pro nobis est tráditus » ; « Hanc ígitur oblatiónem […] quam tibi offérimus ob diem, in qua Dóminus noster Iesus Christus trádidit discípulis suis Córporis et Sánguinis sui mystéria celebránda » ; « Qui, prídie quam pro nostra omniúmque salúte paterétur, hoc est hódie, accépit panem ».
93 94Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint, « Transfert du Saint-Sacrement » (SNPLS, liturgie.catholique.fr). Latin : Missale Romanum, 2002, n. 37-40 et 44 (« cantatur hymnus Pange, lingua (exclusis duabus ultimis strophis) » ; « dum cantatur Tantum ergo sacraméntum » ; « Si in eadem ecclesia celebratio Passionis Domini feria VI sequenti locum non habet, Missa concluditur more solito »).
95 96 98 99Hymne Pange lingua gloriosi corporis mysterium, attribuée à saint Thomas d'Aquin pour l'office de la Fête-Dieu institué par Urbain IV (voir La Fête-Dieu) ; texte latin concordant dans le Liber hymnarius (1983) reproduit par Hymnary.org et dans la notice de Wikipédia anglophone. Traduction littérale Ignispedia. Texte original de la strophe 3 : « In supremae nocte coenae / Recumbens cum fratribus, / Observata lege plene / Cibis in legalibus, / Cibum turbae duodenae / Se dat suis manibus. »
97Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint (SNPLS). Latin : Missale Romanum, 2002, n. 41 : « Tempore opportuno denudatur altare et auferuntur, si fieri potest, cruces ab ecclesia. Expedit ut cruces, quæ forte in ecclesia remanent, velentur. »
100Paschalis Sollemnitatis, n° 57 : « Après la messe, on dépouille l'autel. Il est bon que les croix dans l'église soient recouvertes d'un voile rouge ou violet, si elles ne sont pas déjà voilées depuis le samedi avant le 5ème dimanche de Carême. On n'allumera pas de lampes devant les images des saints. »
101Missel romain, traduction française 2021, Vendredi saint, rubriques initiales (SNPLS). Latin : Missale Romanum, 2002, Feria VI in Passione Domini, n. 3 : « Altare omnino nudum sit : sine cruce, sine candelabris, sine tobaleis. »
102Missel romain, traduction française 2021, Jeudi saint : « Ceux qui ont participé à la messe du soir ne disent pas les Vêpres » (SNPLS). Latin : Missale Romanum, 2002, n. 42.
103Catéchisme de l'Église catholique, § 612, texte officiel français (vatican.va).
104Paschalis Sollemnitatis, n° 56 (trad. française, Célébrer n° 390, supplément, p. 9) : pendant l'adoration, « on peut lire une partie de l'Évangile selon saint Jean 13,17 » (c'est-à-dire les chapitres 13 à 17) ; « Après minuit, l'adoration se fait sans solennité ni apparat, puisque commence le jour de la Passion du Seigneur. »
106Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, décembre 2001, n° 141, texte officiel français (vatican.va) ; le n° 140 situe le Triduum « entre la Messe de la Cène du Seigneur du soir du Jeudi Saint et les Vêpres du Dimanche de la Résurrection ».
107Paschalis Sollemnitatis, n° 55 : « Le Saint-Sacrement est déposé dans un tabernacle ou un coffret que l'on tient fermé. Il n'est jamais permis d'en faire l'exposition dans un ostensoir. Le tabernacle ou le coffret ne doit pas avoir la forme d'un tombeau, et on évitera l'expression même de « tombeau » : la chapelle du reposoir n'est pas préparée « en vue de la sépulture du Seigneur » mais pour garder le pain eucharistique en vue de la communion du Vendredi saint. »
108Paroles de Jésus rapportées par sainte Marguerite-Marie Alacoque dans son Autobiographie, citées dans Vie de sainte Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation Sainte-Marie, publiée par le monastère de Paray-le-Monial, Paris, J. de Gigord, 1923, p. 76 (nihil obstat du 29 juillet 1923, imprimatur de Mgr Hyacinthe Chassagnon, évêque d'Autun, 24 juillet 1923 ; texte numérisé sur livres-mystiques.com), avec la note des éditeurs sur l'Heure sainte et le bref de saint Pie X du 27 mars 1911.
109 110Cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité (Paris, Patriarcat de Moscou), « Le Jeudi saint », 17 avril 2025 (cathedrale-sainte-trinite.fr), qui précise que ce chant est « répété trois fois, à la place de l'hymne des Chérubins » et « également entonné lors de la communion des fidèles ». Incipit grec : « Τοῦ Δείπνου σου τοῦ μυστικοῦ ».
114Sophrone Pétridès, « Le lavement des pieds le Jeudi-Saint dans l'Église grecque », Échos d'Orient, t. 3, n° 6, 1900, p. 322 (Persée).
116Sophrone Pétridès, art. cité, p. 324, d'après Codinus, De officiis, 13 (PG 157, col. 86-88) : douze pauvres habillés de neuf, « avec une chemise, une culotte et des souliers », dont l'empereur lave, essuie et baise le pied droit.
117Sophrone Pétridès, art. cité, p. 325-326, d'après le typikon de Jérusalem de 1122.
118Sophrone Pétridès, art. cité, p. 323.
119Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, « The Ceremony of the Holy Washing of the Feet at the Patriarchate », 17 avril 2025 (en.jerusalem-patriarchate.info) : après la Divine Liturgie de saint Basile célébrée le matin du Grand Jeudi, la cérémonie a lieu dans le parvis de la basilique du Saint-Sépulcre, sur une estrade préparée « conformément au typikon en vigueur de l'Église de Jérusalem ». Texte original : « His Beatitude our Father and Patriarch of Jerusalem, Theophilos III, washed the feet of twelve Hieromonks and Priests of the Holy Sepulchre Brotherhood, in remembrance of the event wherein our Lord, at the Last Supper before His Passion, washed the feet of His disciples ».
120Th. G. Axelos, « The Ceremony of the Washing of the Feet on the Holy Island of Patmos », Pemptousia, 27 avril 2015 : l'estrade est dressée sur l'une des deux grandes places de Chôra, en alternance, avec douze sièges et celui de l'higoumène. Texte original : « Beginning with Judas, he washes the disciples' feet ».
121Patriarcat œcuménique, Typikon du 10 avril 2026 (Grand Vendredi), ec-patr.net : « Ἡ Ἀκολουθία τοῦ Ὄρθρου τῆς Μ. Παρασκευῆς (τά Δώδεκα Εὐαγγέλια) » (l'office des matines du Grand Vendredi, les Douze Évangiles), dont l'ouverture suit la forme prévue « τῷ ἑσπέρας τῆς Κυριακῆς τῶν Βαΐων » (le soir du dimanche des Rameaux) pour les matines du Grand Lundi. Le typikon du 9 avril place en revanche les matines du Grand Jeudi le jeudi matin.
122Église orthodoxe russe en France (diocèse de Chersonèse, Patriarcat de Moscou), « Les métropolites Marc et Nestor célébrèrent les matines du Vendredi Saint avec la lecture de douze évangiles de la Passion », egliserusse.eu : « PARIS, le soir du 9 avril 2026 - veille du Vendredi Saint - […] l'office des Saintes Passions de notre Seigneur Jésus-Christ - les matines avec la lecture des douze Évangiles » ; « Au début des matines, au chant du tropaire « Tandis qu'à la Cène, au Lavement des pieds »… ».
123Église catholique en France, « Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ? », eglise.catholique.fr : « on a dit longtemps aux enfants que les cloches partaient à Rome. Le Pape les bénissait avant leur retour » ; « Dans l'est de la France, pour remplacer les cloches "parties à Rome" pendant la Semaine Sainte, les enfants faisaient sonner leurs crécelles dans les rues, pour annoncer les offices. »
124Trésor de la langue française informatisé (ATILF-CNRS, cnrtl.fr), article « crécelle », A, emploi liturgique ; voir aussi l'article « cloche » : « Cloche de bois. Instruments qui remplacent les sonneries de cloche du jeudi au samedi saints. »
125Jean de Joinville, Vie de saint Louis, § 29, texte établi, traduit, présenté et annoté par Jacques Monfrin, Paris, Classiques Garnier, 1995. Dans son introduction, Monfrin note que le roi pratiquait lui-même ce lavement des pieds des pauvres le Jeudi saint (§ 688, cf. § 29).
126Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, Manuscrit C (1897), f° 4v°-5r°, Manuscrits autobiographiques, transcription des Archives du Carmel de Lisieux. L'événement eut lieu dans la nuit du 2 au 3 avril 1896, du Jeudi au Vendredi saint.
130 131Luisa Piccarreta (1865-1947) est Servante de Dieu depuis l'ouverture de sa cause (20 novembre 1994). Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a donné en juin 2024 son nulla osta à la poursuite de la cause, confirmé par la lettre du 3 décembre 2024 (Prot. N. 94/37 — 102675) de Mgr Philippe Curbelié, sous-secrétaire du Dicastère, à Mgr Benoît Bertrand, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France : « Comme vous le savez, au mois de juin 2024, ce Dicastère a accordé son Nulla Osta pour la poursuite de la Cause de Béatification et de Canonisation de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, ne constatant aucune erreur doctrinale dans ses écrits de nature à en empêcher la divulgation. » Les Heures de la Passion furent éditées du vivant de Luisa par saint Annibale Maria di Francia (première édition en 1915, avec nihil obstat et imprimatur) ; voir Les Heures de la Passion.
132 136L. Piccarreta, Les 24 Heures de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, édition GE-La Volonté Divine / Lumen Luminis (pour usage privé) : 1re heure « de 17h à 18h - Jésus fait ses adieux à sa Mère » (p. 23) ; 2e heure de 18 h à 19 h (p. 27) ; 3e heure « de 19h à 20h - La cène légale » (p. 31) ; 4e heure de 20 h à 21 h, « Le lavement des pieds. La Cène Eucharistique » (p. 35) ; 5e heure de 21 h à 22 h (p. 49) ; 6e et 7e heures, deuxième et troisième heures d'agonie au jardin (p. 56 et 64 ; l'édition imprime par erreur « de 23 h à 24 h » pour la 6e heure) ; la 8e heure s'ouvre à minuit (p. 79).
133L. Piccarreta, Les 24 Heures de la Passion, 4e heure (de 20 h à 21 h), édition GE-La Volonté Divine / Lumen Luminis (pour usage privé), p. 38. Édition originale : L'Orologio della Passione, Trani, 1915.
134Saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 53 (vatican.va).
135L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 11, 13 novembre 1915 — pourquoi Jésus, en instituant l'Eucharistie, s'est d'abord donné la communion à lui-même. Édition GE-La Volonté Divine – Lumen Luminis (pour usage privé).
137L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 20, 4 novembre 1926 — le lavement des pieds et la Divine Volonté voilée dans la création, « sous les pieds » des hommes. Édition GE-La Volonté Divine – Lumen Luminis (pour usage privé).
138L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 21, 16 avril 1927 — Notre-Seigneur dépose sa vie sacramentelle dans le cœur de la Vierge Marie. Édition GE-La Volonté Divine – Lumen Luminis (pour usage privé).
139Paschalis Sollemnitatis, n° 37 : « Il est bon de conclure le temps du Carême par une célébration pénitentielle […]. Une célébration de ce genre peut avoir lieu avant le Triduum pascal et ne doit pas précéder immédiatement la messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur. »
140