Pape Clément XIV (1705-1774)

Lorenzo Ganganelli, frère mineur conventuel et seul religieux du Sacré Collège, pape de 1769 à 1774 : sous la pression des cours bourboniennes, il supprima la Compagnie de Jésus par le bref Dominus ac Redemptor (1773), recouvra Avignon et Bénévent, proclama l'Année sainte 1775 et mourut dans l'angoisse — dernier pape à porter le nom de Clément.

Ignispedia

Clément XIV (Clemens XIV), né Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli le 31 octobre 1705 à Santarcangelo di Romagna, près de Rimini, et mort à Rome le 22 septembre 1774, fut pape du 19 mai 1769 à sa mort. Fils d'un médecin de campagne, entré chez les Frères mineurs conventuels sous le nom de frère Lorenzo, il fut le seul religieux du Sacré Collège au moment de son élection — un franciscain monté sur la chaire de Pierre au siècle des Lumières.[1][2][3]

Son pontificat tient presque tout entier dans une seule décision, la plus lourde qu'un pape ait eu à prendre au XVIIIᵉ siècle : la suppression de la Compagnie de Jésus. Là où son prédécesseur Clément XIII avait résisté jusqu'à la mort aux cours bourboniennes coalisées, Clément XIV céda aux pressions conjuguées des cours. Le 21 juillet 1773, par le bref Dominus ac Redemptor, il dissolvait l'ordre le plus puissant de l'Église — environ vingt-trois mille religieux à son faîte, des centaines de collèges et des milliers de missions — non pour le condamner, mais, disait-il, pour rendre la paix à l'Église.[4][5][6]

Clément XIV en trois temps — le frère mineur conventuel Ganganelli, cardinal en 1759 ; le conclave de trois mois de 1769 dominé par la question jésuite ; la suppression de la Compagnie de Jésus par le bref Dominus ac Redemptor (1773). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce geste, obtenu par les cours au terme de quatre années de pressions diplomatiques qui faisaient planer sur Rome la menace d'un schisme, a fixé pour la postérité l'image du pape qui supprima la Compagnie de Jésus. L'historien des papes Ludwig von Pastor le juge « l'un des plus faibles et des plus malheureux de la longue lignée des papes, et pourtant l'un des plus dignes de compassion : car, rempli des meilleures intentions, il échoua en presque tout ».[7] Mais le pontificat ne se réduit pas à cette décision : Clément XIV recouvra Avignon et Bénévent, naguère saisis par la France et Naples ; il proclama l'Année sainte 1775 ; il fut un mécène des arts et des antiques. Et l'histoire lui donna un démenti posthume : la Compagnie de Jésus, qui survécut en Russie et en Prusse, fut rétablie en 1814 par Pie VII.[8][9]

Un frère franciscain sur la chaire de Pierre

Une naissance en Romagne (1705)

Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli naît le 31 octobre 1705 à Santarcangelo di Romagna, petite ville des États pontificaux proche de Rimini, et il est baptisé le 2 novembre suivant.[10][11] Son père, Lorenzo Ganganelli, exerce la médecine à Santarcangelo ; sa mère, Angela Serafina Mazzi, est issue d'une famille de Pesaro.[12] Le futur pape grandit donc dans un milieu modeste et provincial, loin du patriciat fortuné qui avait porté un Clément XIII vénitien sur le trône. Il reçoit sa première instruction des jésuites de Rimini puis, selon la tradition, des piaristes — détail que l'histoire retiendra avec ironie, puisque l'élève des jésuites deviendra le pape qui les supprime.[13][14]

L'entrée chez les Frères mineurs conventuels

À dix-sept ans, Ganganelli entre dans l'ordre des Frères mineurs conventuels — la branche franciscaine dite conventuelle. Il prend l'habit le 15 mai 1723 au couvent de Mondaino, fait profession en 1724, et reçoit en religion le nom de Lorenzo, en mémoire de son père.[15][16] Ce choix de l'état religieux est lourd de conséquences : en 1769, frère Lorenzo sera le seul moine parmi les cardinaux, fait rarissime dans une Église dont les princes de l'Église sortaient presque tous du clergé séculier ou des grandes familles.[17]

Le théologien et le professeur

Le jeune franciscain se révèle un esprit doué. Formé à la théologie de tradition scotiste (l'école théologique des franciscains, issue de Duns Scot) propre à son ordre, il obtient son doctorat en théologie en 1731 et enseigne la philosophie et la théologie dans plusieurs couvents — Ascoli, Bologne, Milan — avant d'être appelé à Rome comme régent (directeur des études) du collège Saint-Bonaventure.[18][19] Réputé pour son savoir et sa plume élégante, il publie des ouvrages de théologie et se lie aux milieux savants de la Ville. En 1741, ses frères l'élisent définiteur général de l'ordre (membre du conseil qui gouverne l'ordre), charge qui le place au sommet du gouvernement franciscain.[20]

Le défenseur des Juifs et le consulteur du Saint-Office

Deux faits, antérieurs au cardinalat, éclairent la suite. Sous Benoît XIV, Ganganelli devient consulteur du Saint-Office (vers 1745-1746) — conseiller théologien du tribunal romain chargé de veiller sur la doctrine —, entrant ainsi dans les rouages doctrinaux de la curie.[21][22] Surtout, en 1758, le pape lui confie l'examen des accusations de crime rituel (le blood libel) portées contre les Juifs de Pologne. Le rapport de Ganganelli, remis le 21 mars 1758, récuse ces accusations et conclut à leur fausseté — une prise de position d'honnêteté et de courage, dans la longue tradition pontificale de protection des communautés juives contre les calomnies de meurtre rituel ; le texte resta toutefois aux archives.[23]

Le cardinal de 1759

Le 24 septembre 1759, le pape Clément XIII crée Ganganelli cardinal-prêtre, avec le titre de San Lorenzo in Panisperna ; il passera en 1762 au titre des Santi Apostoli — la basilique franciscaine où il reposera un jour.[24][25] Plusieurs sources rapportent que sa promotion fut sollicitée à l'instance même du général des jésuites, Lorenzo Ricci, qui le croyait favorable à la Compagnie : cruelle ironie, car ce cardinal devra un jour signer la suppression de l'ordre et faire emprisonner Ricci.[26][27] Pendant dix ans, le cardinal franciscain mène une vie réservée et studieuse, évitant les factions — réputation de modération qui sera décisive au conclave.

Le conclave de 1769

Une Église assiégée à la mort de Clément XIII

Le conclave de 1769 — trois mois de lutte entre les zelanti, favorables à la Compagnie de Jésus, et les cardinaux des couronnes bourboniennes qui exigeaient un pape prêt à la supprimer. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

À la mort de Clément XIII, le 2 février 1769 — la veille du consistoire où il devait répondre à la demande de suppression des jésuites —, l'Église traverse une crise extrême. La Catholic Encyclopedia en dresse le tableau sans ménagement :

« À la mort de Clément XIII, l'Église était dans une détresse profonde. Le gallicanisme et le jansénisme, le fébronianisme et le rationalisme s'étaient dressés en rébellion contre l'autorité du pontife romain ; les souverains de France, d'Espagne, de Naples, du Portugal, de Parme étaient du côté des sectaires qui flattaient leurs préjugés dynastiques. » — The Catholic Encyclopedia, article Pope Clement XIV[28]

Les maisons de Bourbon — France, Espagne, Naples, Parme — auxquelles s'ajoutait le Portugal, avaient déjà chassé les jésuites de leurs territoires. Elles ne voulaient plus rien de moins que la suppression universelle de la Compagnie par le pape lui-même, et entendaient peser de tout leur poids sur le conclave pour obtenir un pontife docile.[29][30]

Trois mois sous la pression des cours

Le conclave s'ouvre le 15 février 1769 et durera près de trois mois — l'un des plus longs et des plus disputés du siècle, qui ne s'achèvera qu'après cent quatre-vingt-cinq scrutins.[31][32] Trois partis s'y affrontent : les zelanti, défenseurs de l'indépendance de l'Église et favorables aux jésuites ; les cardinaux des couronnes, mandatés par les rois pour obtenir la suppression ; et une masse d'indécis. Les ambassadeurs de France (d'Aubeterre) et d'Espagne (Azpuru) violent ouvertement le secret du conclave, communiquant avec les cardinaux et brandissant le droit d'exclusion (l'exclusive) contre tout candidat jugé trop favorable à la Compagnie.[33][34] Le cardinal de Bernis, représentant de Louis XV, joue un rôle diplomatique central dans les tractations.

Le « billet » Ganganelli : promesse ou habileté ?

Au cœur du conclave se joue une affaire qui pèsera sur toute la réputation de Clément XIV. Pour rallier les cardinaux espagnols, Ganganelli aurait signé un écrit déclarant qu'il « reconnaissait au souverain pontife le droit d'éteindre la Compagnie de Jésus » dans le respect du droit canon.[35][36] La nuance est capitale : il s'agissait de reconnaître un droit, non de promettre un acte. Ses adversaires y virent un marché simoniaque ; mais, observe la New Catholic Encyclopedia, « l'affirmation selon laquelle Ganganelli aurait conclu un tel marché simoniaque n'est prouvée et soutenue par aucun historien, sauf Crétineau-Joly ».[37] L'épisode reste débattu : il révèle l'habileté d'un homme qui sut, sans engager formellement sa conscience, donner aux couronnes l'assurance qu'elles attendaient.

L'élection du 19 mai 1769

Le 19 mai 1769, après l'appui décisif des cardinaux espagnols Solís et La Cerda, Ganganelli est élu — pratiquement à l'unanimité, une seule voix manquant, la sienne, qu'il avait donnée au cardinal Rezzonico, neveu de Clément XIII.[38][39] Il prend le nom de Clément XIV, est consacré évêque le 28 mai 1769 et couronné le 4 juin 1769 à Saint-Pierre. (La Catholic Encyclopedia de 1908 écrit 18 mai, avec 46 voix sur 47 ; la liste officielle du Saint-Siège, Treccani et les dépouillements détaillés du conclave retiennent le scrutin final du 19 mai au matin.)[40][41][42]

Un pape de la paix avec les princes

La première encyclique et la ligne d'apaisement

La politique du nouveau pape est fixée dès sa première encyclique. Renonçant à l'intransigeance de Clément XIII, Clément XIV choisit l'apaisement : maintenir la paix avec les princes catholiques afin de s'assurer leur soutien dans la grande guerre contre l'irréligion.[43] La Catholic Encyclopedia résume cette ligne : « sa politique consistait à garder la paix avec les princes catholiques pour obtenir leur appui dans la lutte contre l'irréligion ».[44] Calcul cohérent en théorie — face aux Lumières, mieux valait des rois alliés que des rois ennemis —, mais qui supposait de leur abandonner ce qu'ils réclamaient avec le plus d'acharnement : les jésuites.

Le dossier des jésuites en héritage

Clément XIV hérite donc d'une situation bloquée. Le Portugal était en rupture diplomatique avec Rome depuis neuf ans (le nonce expulsé en juin-juillet 1760)[45] ; la France, l'Espagne, Naples et Parme avaient expulsé les jésuites ; et les cours, fortes de leur victoire au conclave, exigeaient maintenant le coup de grâce. Le pape temporisa pendant quatre ans, espérant lasser les couronnes, multipliant les gestes de bonne volonté et les solutions partielles. En vain : l'ambassadeur d'Espagne José Moñino (futur comte de Floridablanca), arrivé à Rome en 1772, mit le pape au pied du mur avec une habileté implacable.[46][47]

La suppression de la Compagnie de Jésus (1773)

Quatre ans d'hésitation

Vers la suppression de 1773 — après les expulsions nationales (Portugal 1759, France 1764, Espagne et Naples 1767, Parme 1768), le bref Dominus ac Redemptor du 21 juillet 1773 dissout la Compagnie de Jésus dans toute l'Église. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le pape ne se résolut pas à la suppression du jour au lendemain. Pendant quatre ans, il chercha des échappatoires : enquêtes, mesures dilatoires, projet d'une extinction graduelle de l'ordre par interdiction de recevoir des novices.[48] Mais la pression bourbonienne ne faiblissait pas, et les cours faisaient planer la menace d'un schisme national — une Église gallicane, une Église espagnole détachées de Rome — si le pape n'obtempérait pas. Acculé, Clément XIV commença à rédiger le bref de suppression en novembre 1772, sous la dictée des événements plus que de sa conviction.[49]

Le bref Dominus ac Redemptor (21 juillet 1773)

Le document porte la date du 21 juillet 1773 — la seule que le texte du bref lui-même affiche : c'est le bref Dominus ac Redemptor.[50][51] (Les anciens usuels divergent sur le jour de la signature — 8 juin pour la Catholic Encyclopedia de 1908, 9 juin pour la New Catholic Encyclopedia — mais les travaux récents et le site officiel de la Compagnie retiennent la signature et la date du 21 juillet.)[52] Le choix de la forme est en lui-même un aveu : non pas une bulle solennelle et irréformable, mais un simple bref pontifical, instrument juridique de moindre portée — comme si le pape avait voulu, dans la forme même, atténuer l'acte.[53] Le bref dissout la Compagnie de Jésus dans toute l'Église : il supprime ses charges, ses maisons, ses collèges, et place ses membres sous l'autorité des évêques locaux.

L'ampleur du coup est considérable. Forte d'environ vingt-trois mille membres à son faîte, la Compagnie ne comptait plus en 1773, après les expulsions nationales, qu'environ onze mille religieux restant à dissoudre — 266 collèges, 103 séminaires et 88 résidences selon la New Catholic Encyclopedia.[54][55] D'un trait de plume, le plus grand réseau d'enseignement et de missions de la catholicité se trouvait juridiquement aboli.

PaysAnnée de l'expulsion (avant 1773)
Portugal et empire portugais1759
France1764
Espagne et empire espagnol1767
Royaume de Naples1767
Duché de Parme1768
Toute l'Église (suppression)1773 — Dominus ac Redemptor

« Pour la paix de l'Église » : le motif invoqué

L'étendue de la Compagnie avant la suppression — fac-similé français, Arbre géographique contenant les établissements des Jésuites par toute la terre, vers 1762-1767, Bibliothèque nationale de France / Gallica, Wikimedia Commons, domaine public.

Le trait le plus remarquable du bref est qu'il ne condamne pas la doctrine, la morale ni les constitutions des jésuites. Le motif allégué est tout autre : la paix de l'Église. Le pape y rappelle que le Christ est venu sur la terre comme « Prince de la paix », et que la charge du pontife est d'assurer dans le monde « l'unité des esprits dans les liens de la paix ».[56][57] Puisque la Compagnie était devenue, malgré elle, un objet de discorde universelle entre l'Église et les princes, il jugeait pouvoir la supprimer sur le seul fondement du bien commun de la tranquillité.

« Notre Seigneur Jésus-Christ, Prince de la paix, est venu sur la terre […]. Reconnaissant que la Compagnie de Jésus ne pouvait plus produire les fruits abondants pour lesquels elle avait été instituée, et mû par le seul souci de rendre la paix à l'Église, Nous supprimons et abolissons ladite Compagnie. » — Clément XIV, bref Dominus ac Redemptor, 21 juillet 1773 (substance dispositive)[58]

La Catholic Encyclopedia résume sans détour la logique du texte :

« L'unique et seul motif de la suppression de la Compagnie exposé dans ce bref est de rétablir la paix de l'Église en retirant l'un des partis en lutte du champ de bataille. » — The Catholic Encyclopedia, article Pope Clement XIV[59]

L'exécution : Lorenzo Ricci au château Saint-Ange

Le bref fut notifié au général de l'ordre, le P. Lorenzo Ricci, le 16 août 1773, un second bref (Gravissimis ex causis) réglant les modalités d'exécution.[60][61] Ricci et ses assistants furent arrêtés et enfermés au château Saint-Ange. Le vieux général n'en sortit jamais : il mourut en prison en 1775, protestant jusqu'au bout de l'innocence de la Compagnie.[62][63] Cette captivité d'un religieux âgé, sans procès ni condamnation, demeure l'un des aspects les plus sombres de l'affaire — et nourrit longtemps le ressentiment des partisans de l'ordre.

Un ordre supprimé, mais non condamné

Il faut y insister, car la nuance est doctrinalement décisive : Clément XIV n'a pas condamné les jésuites. Le bref ne déclare hérétique aucune de leurs thèses, ne flétrit ni leur règle ni leur quatrième vœu d'obéissance au pape. Il s'agit d'un acte de gouvernement (la dissolution d'un institut religieux par l'autorité qui l'avait approuvé), non d'un acte de magistère condamnant une erreur. Cette distinction explique que la suppression ait pu être réversible : ce que le Saint-Siège avait défait pour la paix, le Saint-Siège pourrait le rétablir quand l'orage politique serait passé — ce qui advint en 1814.

La survie en Russie et en Prusse

La survie de la Compagnie — en Prusse et surtout en Russie, le bref de suppression ne fut pas promulgué : la continuité institutionnelle permit le rétablissement universel par Pie VII en 1814. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le bref ne fut pas appliqué partout. Pour avoir force de loi, il devait être promulgué par les autorités locales — et deux souverains s'y refusèrent. En Russie, la tsarine Catherine II, et en Prusse, le roi Frédéric II, redoutant de désorganiser les excellents collèges jésuites de leurs nouveaux sujets polonais, interdirent la promulgation du bref.[64] Sur ces terres non catholiques, la Compagnie survécut donc légalement, Catherine II autorisant même l'ouverture d'un noviciat.[65] Paradoxe saisissant : c'est à l'abri d'une impératrice orthodoxe et d'un roi protestant que l'ordre de saint Ignace traversa ses années de mort apparente, conservant la semence d'où renaîtra la Compagnie universelle en 1814, sous Pie VII.[66][67]

La restitution d'Avignon, de Bénévent et de Pontecorvo

Le ralliement aux couronnes eut une contrepartie temporelle. Sous Clément XIII, en représailles du monitoire de Parme (1768), la France avait saisi le Comtat Venaissin et Avignon, et le royaume de Naples avait occupé les enclaves pontificales de Bénévent et de Pontecorvo. Une fois la suppression obtenue, les cours rendirent ces territoires : Bénévent revint au Saint-Siège le 23 mars 1774 selon Treccani, suivi d'Avignon et du Comtat le 25 avril 1774 ; la petite enclave napolitaine de Pontecorvo, occupée en même temps que Bénévent, fut également restituée.[68][69] Pour Rome, c'était la part diplomatique du marché — la récupération de domaines temporels, prix de la dissolution d'un ordre spirituel. Beaucoup d'historiens y ont vu la mesure exacte de la tragédie de ce pontificat : des pierres rendues contre une Compagnie sacrifiée.

Autres actes du pontificat

L'Année sainte 1775 proclamée

Fidèle à la tradition jubilaire, Clément XIV proclama l'Année sainte 1775 par la bulle Salutis nostrae du 30 avril 1774, convoquant les fidèles à Rome pour le grand pardon.[70] Mais il ne vécut pas pour l'ouvrir : il mourut en septembre 1774, et c'est son successeur Pie VI, élu en février 1775, qui inaugura solennellement le Jubilé quelques jours après son élection, le Siège étant resté vacant à la Noël 1774.[71] Le dernier acte spirituel de Clément XIV fut ainsi recueilli par un autre.

Le mécénat : antiques, Mengs et le jeune Mozart

Pape lettré, Clément XIV fut aussi un protecteur des arts. En 1771, il fonda dans le palais du Belvédère un musée nouveau pour rassembler les antiques du Vatican — le noyau du Museo Pio-Clementino, que Pie VI portera à son achèvement et dont le nom composé honore les deux pontifes.[72][73][74] Il employa le peintre Anton Raphael Mengs à la décoration des palais pontificaux. Un détail est resté célèbre : au début de juillet 1770, Clément XIV fit remettre au jeune Wolfgang Amadeus Mozart, âgé de quatorze ans et de passage à Rome lors de son second séjour romain, la croix et le diplôme de l'ordre de l'Éperon d'or, qui le faisait comte palatin du Latran — distinction pontificale décernée au prodige de la musique.[75][76]

Béatifications, aucune canonisation

Le pontificat ne compte aucune canonisation, mais plusieurs béatifications — dont celle du bienheureux pape Benoît XI en 1773.[77] Clément XIV créa par ailleurs seize cardinaux au long de douze consistoires — parmi lesquels Giovanni Angelo Braschi, créé au consistoire du 26 avril 1773 et qui lui succéda précisément sous le nom de Pie VI.[78][79]

La mort de Clément XIV (22 septembre 1774)

Une fin dans l'angoisse

Les derniers mois du pape furent sombres. Rongé par la maladie, miné par le remords d'avoir sacrifié la Compagnie et par la crainte d'un attentat, Clément XIV s'alita le 10 septembre 1774, reçut l'extrême-onction le 21, et mourut le 22 septembre 1774, à l'âge de soixante-huit ans.[80][81] Britannica résume cette fin : il passa sa dernière année « dans la mauvaise santé, le remords, la dépression et la hantise de l'assassinat ».[82]

La légende du poison et l'autopsie

La décomposition rapide du corps — au point qu'il fallut masquer le visage du défunt — fit aussitôt courir la rumeur d'un empoisonnement, que la « partie espagnole » et les romanciers attribuèrent vengeresse­ment aux jésuites.[83][84] L'autopsie dissipa la légende : les médecins conclurent à une mort naturelle, due à des « dispositions scorbutiques et hémorroïdaires anciennes, aggravées par un travail excessif ».[85] La Catholic Encyclopedia est formelle : « Nonobstant le certificat des médecins, la "partie espagnole" et les romanciers de l'histoire attribuèrent la mort à un poison administré par les jésuites. »[86] Aucune preuve n'a jamais étayé cette accusation.

La bilocation de saint Alphonse de Liguori

Un récit surnaturel s'attache à cette mort. Le 21 septembre 1774, à Nocera, saint Alphonse de Liguori tomba dans un sommeil extatique dont personne ne put le tirer ; lorsqu'il revint à lui, après de longues heures, il déclara : « J'ai assisté le pape, qui vient de mourir. » Or Clément XIV venait en effet de mourir à Rome, le 22 septembre — épisode retenu par la tradition comme une bilocation présumée, et versé au dossier de canonisation du saint.[87] L'Église n'impose pas de croire à ce récit ; mais il n'a rien d'invraisemblable pour qui prend au sérieux la communion des saints, et il a accompagné, dans la mémoire catholique, le souvenir de cette mort solitaire.

Postérité et jugement

Le tombeau de Canova aux Saints-Apôtres

Le tombeau de Clément XIV — monument funéraire par Antonio Canova (1783-1787), basilique des Saints-Apôtres de Rome ; photographie NikonZ7II, Wikimedia Commons, domaine public.

Inhumé d'abord à Saint-Pierre, le corps de Clément XIV fut transféré dans sa basilique titulaire, l'église franciscaine des Saints-Apôtres (Santi Apostoli) de Rome.[88][89] Là, le jeune Antonio Canova éleva, de 1783 à 1787, le monument funéraire qui fit sa réputation : ce fut la première grande commande romaine du sculpteur, et l'un des actes de naissance du néoclassicisme européen — le pape assis dans le geste de la bénédiction, dominant le sarcophage encadré des allégories de la Tempérance et de la Mansuétude.[90] L'art donna ainsi à Ganganelli une gloire sereine que la politique lui avait refusée.

Les apocryphes : les « Lettres de Ganganelli »

La célébrité posthume du pape franciscain prit un tour singulier avec la publication, dès 1775, des Lettres intéressantes du pape Clément XIV (Ganganelli), recueil édité par le littérateur Louis-Antoine Caraccioli.[91][92] Présentées comme la correspondance authentique du pape, ces lettres connurent un immense succès européen — mais les historiens les tiennent pour largement apocryphes, interpolées et peu fiables.[93] Elles contribuèrent pourtant à fixer l'image d'un Ganganelli sage, doux et lettré, un peu philosophe, conforme au goût du siècle.

Le dernier pape nommé Clément

Détail qui dit l'ombre portée par ce pontificat : aucun pape n'a plus jamais porté le nom de Clément depuis 1774. Clément XIV reste, à ce jour, le dernier d'une lignée de quatorze pontifes de ce nom — comme si le souvenir de la suppression avait dissuadé ses successeurs de le reprendre.[94]

Bilan d'un pontificat tragique

Comment juger Clément XIV ? La tradition historiographique, même catholique, est sévère sur l'homme d'État, indulgente sur l'homme. Ludwig von Pastor, le grand historien des papes, résume le paradoxe :

« L'un des plus faibles et des plus malheureux de la longue lignée des papes, et pourtant l'un des plus dignes de compassion : car, tout rempli des meilleures intentions, il échoua en presque tout — inapte, de surcroît, à affronter une situation extraordinairement difficile. » — Ludwig von Pastor, Histoire des papes, vol. 38, p. 550[95]

Le ministre napolitain Tanucci raillait un pape qui « chevauchait en gardant les pieds dans deux étriers » — image de l'irrésolution.[96] Et pourtant, jusque chez les jésuites, des voix reconnurent sa bonne foi : l'historien jésuite Cordara, victime de la suppression, admit que le pape avait « jugé de son devoir » de supprimer la Compagnie sous une pression devenue insoutenable.[97] Le verdict le plus juste tient peut-être dans cette tension : un homme de paix et de bien, dépassé par une partie politique qui le sommait de choisir entre un ordre religieux et l'unité de l'Église, et qui crut sauver le tout en sacrifiant la partie. L'histoire, en rétablissant les jésuites quarante ans plus tard, a montré que la blessure n'était pas mortelle — mais elle a laissé à Clément XIV le rôle ingrat du pape qui signa la suppression.

Chronologie de la vie de Clément XIV

  1. 31 octobre 1705
    Naissance à Santarcangelo di Romagna
    Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli

    Il naît près de Rimini, dans les États pontificaux, fils du médecin Lorenzo Ganganelli et d'Angela Serafina Mazzi.

  2. 15 mai 1723
    Entrée chez les Frères mineurs conventuels
    frère Lorenzo

    Il prend l'habit franciscain au couvent de Mondaino et fait profession en 1724, prenant le nom de Lorenzo en mémoire de son père.

  3. 1731
    Doctorat en théologie
    le théologien et le professeur

    Docteur en théologie, il enseigne la philosophie et la théologie à Ascoli, Bologne et Milan, puis dirige le collège Saint-Bonaventure à Rome.

  4. 1758
    Le rapport sur les accusations contre les Juifs
    sous Benoît XIV

    Chargé d'examiner les accusations de crime rituel portées contre les Juifs, il conclut à leur fausseté.

  5. 24 septembre 1759
    Création cardinalice
    par Clément XIII

    Cardinal-prêtre de San Lorenzo in Panisperna, il passera en 1762 au titre des Santi Apostoli, sa future sépulture.

  6. 19 mai 1769
    Élection au pontificat
    après un conclave de trois mois

    Seul religieux du Sacré Collège, il est élu pape sous la pression des cours bourboniennes et couronné le 4 juin sous le nom de Clément XIV.

  7. 21 juillet 1773
    Bref Dominus ac Redemptor
    suppression de la Compagnie de Jésus

    Pour rendre la paix à l'Église, il dissout l'ordre des jésuites — environ 23 000 membres à son faîte, quelque 11 000 restants en 1773 — sans condamner sa doctrine ; le P. Ricci est emprisonné au château Saint-Ange.

  8. 1774
    Restitution d'Avignon, de Bénévent et de Pontecorvo
    contrepartie diplomatique

    Les cours bourboniennes rendent au Saint-Siège les territoires saisis sous Clément XIII : Bénévent le 23 mars, Avignon le 25 avril, ainsi que Pontecorvo.

  9. 22 septembre 1774
    Mort à Rome
    après cinq ans de règne

    Il meurt dans l'angoisse ; la rumeur d'un empoisonnement est démentie par l'autopsie. Il repose aux Saints-Apôtres, sous un monument de Canova.

Sources et bibliographie

Sources de référence

  • Treccani, Enciclopedia dei Papi, « Clemente XIV » — la synthèse savante la plus complète : naissance, vie franciscaine, carrière, conclave de 1769, suppression, restitutions, mort et tombeau.[98]
  • Catholic Encyclopedia (New Advent), « Pope Clement XIV » (1908) — le cadre factuel classique sur l'état de l'Église en 1769, le conclave, le bref de suppression et son motif, la mort et l'autopsie.[99]
  • Encyclopædia Britannica, « Clement XIV (pope) » — notice synthétique sur le pontificat, la crise jésuite et la fin du pape.[100]
  • New Catholic Encyclopedia (Encyclopedia.com), « Clement XIV, Pope » — sur le conclave, l'hésitation, la survie de l'ordre, le mécénat et les apocryphes.[101]

Sur la suppression des jésuites

SourceApport
Bref Dominus ac Redemptor (21 juillet 1773), texte et synthèsesForme du bref, motif de la paix, effectifs de la Compagnie, emprisonnement de Ricci
Suppression of the Society of Jesus, WikipediaExpulsions nationales antérieures, survie en Russie et en Prusse, rétablissement de 1814
Article Ignispedia La fondation de la Compagnie de JésusHistoire de l'ordre fondé en 1521-1556, jusqu'à la suppression et au rétablissement

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, « Pope Clement XIV », vol. IV, Robert Appleton Company, New York, 1908, repris par New Advent : naissance le 31 octobre 1705 à Sant'Arcangelo près de Rimini, fils d'un médecin (surgeon), éducation chez les jésuites et les piaristes, entrée chez les Frères mineurs conventuels, seul religieux du Sacré Collège, définiteur général en 1741, consulteur du Saint-Office sous Benoît XIV, cardinal créé par Clément XIII en 1759 « à l'instance du général des jésuites Ricci » ; état de l'Église à la mort de Clément XIII (« At the death of Clement XIII the Church was in dire distress. Gallicanism and Jansenism, Febronianism and Rationalism were up in rebellion against the authority of the Roman pontiff ; the rulers of France, Spain, Naples, Portugal, Parma were on the side of the sectarians ») ; conclave réuni le 15 février 1769, ingérence des ambassadeurs d'Aubeterre et Azpuru, écrit reconnaissant au pape le droit d'éteindre la Compagnie, élection le 18 mai 1769 par 46 voix sur 47 (Ganganelli votant pour Rezzonico) ; première encyclique fixant la politique de paix avec les princes ; rédaction du bref à partir de novembre 1772 sous la pression de l'ambassadeur Moñino ; Dominus ac Redemptor signé le 8 juin 1773, daté du 21 juillet ; « The one and only motive for the suppression of the Society set forth in this Brief is to restore the peace of the Church by removing one of the contending parties from the battlefield » ; notification à Ricci le 16 août 1773, emprisonnement et mort en prison ; mort du pape le 22 septembre 1774, autopsie attribuant le décès à des « scorbutic and hæmorrhoidal dispositions of long standing, aggravated by excessive labour », rumeur de poison attribuée aux jésuites par la « Spanish party » et les « historical romancers » ; jugement de l'historien jésuite Cordara reconnaissant la bonne foi du pape. URL : https://www.newadvent.org/cathen/04034a.htm

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  2. Enciclopedia dei Papi, « Clemente XIV », Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : naissance à Santarcangelo di Romagna le 31 octobre 1705, père médecin de Santarcangelo (1699-1708), mère Angela Serafina Mazzi de Pesaro, baptisé le 2 novembre ; entrée chez les Frères mineurs conventuels au couvent de Mondaino le 15 mai 1723, profession en 1724, nom de Lorenzo en mémoire du père, théologie de tradition scotiste, enseignement et collège Saint-Bonaventure à Rome ; consulteur du Saint-Office ; cardinal le 24 septembre 1759 (titre San Lorenzo in Panisperna, puis Santi Apostoli en 1762) ; conclave de 1769 de cent quatre-vingt-cinq scrutins, rôle du cardinal de Bernis, appui des cardinaux espagnols de Solís et La Cerda, élection le 19 mai 1769 (« Consacrato vescovo il 28 maggio, fu incoronato pontefice il 4 giugno successivo », Dizionario Biografico) ; suppression de la Compagnie de Jésus par Dominus ac Redemptor le 21 juillet 1773, emprisonnement de Lorenzo Ricci au château Saint-Ange ; restitution de Bénévent (23 mars 1774) et d'Avignon (25 avril 1774) ; mort le 22 septembre 1774 ; sépulture aux Santi Apostoli, monument d'Antonio Canova (1783-1787). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-xiv_(Enciclopedia-dei-Papi)/

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  3. Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, « Clemente XIV » : 249ᵉ pape, Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli, né à Santarcangelo di Romagna le 31 octobre 1705, pontificat du 19 mai 1769 (couronnement le 4 juin 1769) au 22 septembre 1774. La page affiche « 249° Papa della Chiesa Cattolica », « Inizio pontificato 19,28.V, 4.VI.1769 » (élection 19 mai, consécration 28 mai, couronnement 4 juin 1769) et « Fine pontificato 22.IX.1774 » — rang et dates relus à la source le 4 octobre 2026. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/clemente-xiv.html

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  4. Bref Dominus ac Redemptor de Clément XIV (21 juillet 1773), texte et synthèses (Wikipédia « Dominus ac Redemptor ») : bref pontifical — et non bulle, forme volontairement abaissée — supprimant la Compagnie de Jésus ; l'ordre comptait environ 23 000 membres à son faîte — 22 589 au pic de 1750 selon l'historien Markus Friedrich (The Jesuits: A History) — et, après les expulsions nationales, quelque 11 000 jésuites restants à dissoudre en 1773 (266 collèges, 103 séminaires, 88 résidences selon la New Catholic Encyclopedia) ; le site officiel de la Compagnie (jesuits.global) et les travaux récents (Christine Vogel, EGO ; Richard Butterwick, UCL) datent signature et texte du 21 juillet 1773 ; motif unique de la paix de l'Église, le Christ étant venu comme « Prince de la paix », sans condamnation de la doctrine ni des constitutions ; expulsions nationales antérieures (Brésil 1754, Portugal 1759, France 1764, Espagne et colonies 1767, Naples 1767, Parme 1768) ; second bref Gravissimis ex causis du 16 août 1773 réglant l'exécution ; refus de promulgation en Prusse (Frédéric II) et en Russie (Catherine II) ; rétablissement de la Compagnie en 1814 par Pie VII. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Dominus_ac_Redemptor

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  5. Encyclopædia Britannica, « Clement XIV (pope) » : Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli, né le 31 octobre 1705 près de Rimini, éduqué par les jésuites de Rimini avant d'entrer chez les franciscains conventuels sous le nom de Lorenzo ; cardinal en 1759 ; élu pape en 1769 ; héritier de la crise jésuite (Portugal en schisme depuis neuf ans, pression des puissances bourboniennes absolutistes) ; bref Dominus ac Redemptor du 21 juillet 1773 dissolvant la Compagnie de Jésus, justifié par le motif que l'ordre « ne pouvait plus atteindre ses fins originelles » et par la recherche de la paix de l'Église, pour éviter le schisme ; dernière année passée « in ill health, remorse, depression, and dread of assassination » ; mort le 22 septembre 1774, rumeurs de poison démenties par l'autopsie ; suppression durant jusqu'au rétablissement de 1814. URL : https://www.britannica.com/biography/Clement-XIV

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  6. Ludwig von Pastor, Geschichte der Päpste (Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge), vol. 38 (paru à titre posthume), p. 550 : « one of the weakest and most unhappy of the long line of popes, and yet one most deserving of sympathy, for though filled with the best intentions he failed in almost everything, being quite unfitted to deal with the extraordinarily difficult situation ». Cité par la New Catholic Encyclopedia (« Clement XIV, Pope », Encyclopedia.com), qui donne elle-même la référence « (38:550) » et précise « published posthumously » — tome et page vérifiés à cette source le 4 octobre 2026. Traduction française de l'auteur de l'article, d'après la version anglaise citée.

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  7. Wikipédia (anglais), « Suppression of the Society of Jesus », consultée le 10 juin 2026 : suppression par Dominus ac Redemptor le 21 juillet 1773 ; survie de l'ordre en Russie, en Prusse, en Chine et ailleurs ; Frédéric II de Prusse et la tsarine Catherine II refusent de promulguer et d'appliquer le bref, craignant la désorganisation des collèges jésuites de leurs nouveaux sujets polonais ; Catherine II autorise même un noviciat ; rétablissement de la Compagnie dans ses provinces par Pie VII en 1814. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Suppression_of_the_Society_of_Jesus

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  8. New Catholic Encyclopedia, « Clement XIV, Pope », version en ligne Encyclopedia.com, consultée le 10 juin 2026 : formation franciscaine et doctorat de théologie en 1731, régent du collège Saint-Bonaventure ; conclave de 1769 à trois partis (zelanti pro-jésuites, cardinaux des couronnes favorables à la suppression, indécis), violation du secret par les ambassadeurs de France et d'Espagne, exclusiva ; « The claim that Ganganelli made such a simoniacal bargain is unproved and held by no historian except Crétineau-Joly », élu le 19 mai 1769 avec une seule voix contraire ; quatre ans de délai et projet d'extinction graduelle avant de céder à de Bernis et à l'ambassadeur Moñino ; bref signé le 9 juin 1773 (daté du 21 juillet) ne condamnant ni la doctrine ni les constitutions ; survie de l'ordre en Russie et en Prusse, Frédéric II et Catherine II interdisant la promulgation ; mécénat (Mengs, antiques, ordre de l'Éperon d'or au jeune Mozart en 1770, noyau du Museo Pio-Clementino achevé sous Pie VI) ; décomposition rapide du corps, masque sur le visage, autopsie concluant à une mort naturelle, rumeur de poison sans preuve ; édition originale française des Lettres intéressantes en 1775 (thèse d'Oxford sur Caraccioli ; 2ᵉ éd. Paris, Lottin, 1776, « édition originale parue en 1775 »), éd. italienne Lettere interessanti del pontefice Clemente XIV en 5 vol. à Venise 1776-1779, trad. française Paris 1776 et trad. anglaise Londres 1777 (NCE), « interpolées et peu fiables » (« interpolated and untrustworthy »), éditeur nommé « L. A. Caraccioli », sans particule ; mot de Tanucci sur le pape « gardant les pieds dans deux étriers ». URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/clement-xiv-pope

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  9. Wikipédia (anglais), « Pope Clement XIV », consultée le 10 juin 2026 : naissance le 31 octobre 1705 à Santarcangelo di Romagna, baptisé le 2 novembre, père médecin, mère Angela Serafina Mazzi de Pesaro ; entrée chez les Frères mineurs conventuels le 15 mai 1723, profession le 18 mai 1724, nom de Lorenzo ; doctorat de théologie en 1731, enseignement à Ascoli, Bologne et Milan, définiteur général en 1741 ; chargé en 1758 par Benoît XIV d'examiner les accusations de crime rituel contre les Juifs, qu'il « found to be untrue » ; cardinal le 24 septembre 1759 (San Lorenzo in Panisperna, puis Santi Apostoli en 1762) ; conclave ouvert le 15 février 1769, élection le 19 mai 1769, consécration épiscopale le 28 mai 1769, couronnement le 4 juin 1769 ; suppression de la Compagnie de Jésus par Dominus ac Redemptor du 21 juillet 1773 ; restitution d'Avignon et de Bénévent ; ordre de l'Éperon d'or conféré au jeune Mozart en 1770 ; seize cardinaux créés en douze consistoires, dont Giovanni Angelo Braschi (futur Pie VI) ; mort le 22 septembre 1774, « best remembered for his suppression of the Jesuits » ; sépulture aux Santi Apostoli, monument de Canova. La date précise du 21 mars 1758 est donnée par la Jewish Encyclopedia (1901, art. « Benedict XIV ») : « on March 21, 1758, the acquittal of the Jews was pronounced » ; H. Kieval (« Making Sense of the Blood Libel », Commonweal) précise que le rapport concluait à une calomnie « void of truth », mais qu'il resta enfoui aux archives (« lay buried in the archives »). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Clement_XIV

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  10. Article Ignispedia La Contre-Réforme catholique et données usuelles sur la Compagnie de Jésus : environ 1 000 jésuites à la mort de saint Ignace (1556), 13 000 en 1615, 22 589 au pic de 1750 (Markus Friedrich, The Jesuits: A History) — soit environ 23 000 membres à son faîte, avant que les expulsions nationales ne réduisent l'ordre aux quelque 11 000 religieux dissous en 1773. Voir l'article La fondation de la Compagnie de Jésus.

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  11. Clément XIV, bulle Salutis nostrae du 30 avril 1774, proclamant l'Année sainte 1775 (texte : « Proclaiming a Universal Jubilee », Papal Encyclicals / Documenta Catholica Omnia ; liste des encycliques de Clément XIV) : le pape convoque le Jubilé universel de 1775 ; mort le 22 septembre 1774, il ne put l'ouvrir lui-même ; le Siège étant vacant à la Noël 1774, c'est son successeur Pie VI, élu le 15 février 1775, qui inaugura solennellement l'Année sainte quelques jours après son élection. URL : https://www.papalencyclicals.net/clem14/c14salut.htm

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  12. Museo Pio-Clementino, Musées du Vatican (Musei Vaticani) et notice « Pio-Clementine Museum » : musée fondé en 1771 par Clément XIV, qui entreprit d'aménager pour les antiques pontificales le palais du Belvédère d'Innocent VIII et lança les travaux de réaménagement ; l'œuvre fut achevée et considérablement agrandie par Pie VI, en sorte que le nom composé du musée honore les deux pontifes (Clément XIV qui l'établit, Pie VI qui le mena à terme). URL : https://www.museivaticani.va/content/museivaticani/en/collezioni/musei/museo-pio-clementino.html ; https://en.wikipedia.org/wiki/Pio-Clementine_Museum

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  13. Mozart & Material Culture (King's College London / King's Digital Lab), notice « Clement XIV (1705-1774; Pope 1769-1774) » : sur instruction de Clément XIV, le cardinal secrétaire d'État Pallavicini fait remettre au jeune Wolfgang Amadeus Mozart, alors âgé de quatorze ans et de passage à Rome, la croix et le diplôme de l'ordre de l'Éperon d'or (Cavaliere dello Speron d'oro), faisant du musicien un comte palatin du Latran ; la patente du diplôme est datée de Rome le 4 juillet 1770. Fait corroboré par ailleurs : les Mozart regagnent Rome le 25 juin 1770 et Wolfgang y reçoit l'ordre en audience privée (Grove, A Dictionary of Music and Musicians, art. Mozart) ; les Mozart Documents datent cette audience du 8 juillet, lors du second séjour romain. URL : https://mmc.kdl.kcl.ac.uk/entities/person/clement-xiv-1705-1774-pope-1769-1774/

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  14. Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (Florida International University) : Clément XIV tint douze consistoires ; au XIIᵉ, le 26 avril 1773, il créa Giovanni Angelo Braschi, futur Pie VI — les onze autres noms réservés in pectore à ce consistoire ne furent jamais publiés. URL : https://cardinals.fiu.edu/consistories-xviii.htm et https://cardinals.fiu.edu/bios1773-iii.htm

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  15. Sur la bilocation présumée de saint Alphonse de Liguori à la mort de Clément XIV : le récit vient de la Vita du P. Antonio Tannoia, compilée pour le procès de béatification — le 21 septembre 1774, à Nocera, Alphonse « tomba dans un paisible sommeil, et y demeura… ; il assista à son lit de mort — bilocation prouvée » (A. Carroll, Life of St. Alphonsus Liguori, d'après Tannoia). La Catholic Encyclopedia (art. Pope Clement XIV) confirme que « de nombreux témoins, au procès de canonisation de saint Alphonse de Liguori, attestèrent que le saint avait été miraculeusement présent au chevet de Clément XIV » (« Many witnesses in the process of canonization of St. Alphonsus of Liguori attested that the saint had been miraculously present at the death-bed of Clement XIV »). Clément XIV mourut à Rome le 22 septembre 1774 ; Alphonse fut béatifié par Pie VII en 1816 et canonisé par Grégoire XVI en 1839. Voir l'article Saint Alphonse de Liguori. L'Église n'impose pas la croyance à ce récit, rapporté comme révélation privée.

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  16. Monument funéraire de Clément XIV par Antonio Canova, basilique des Saints-Apôtres (Santi Apostoli) de Rome, exécuté de 1783 à 1787 : première grande commande romaine de Canova, œuvre fondatrice de sa réputation et du néoclassicisme ; le pape est représenté assis dans le geste de la bénédiction au-dessus du sarcophage, encadré des allégories de la Tempérance (Temperanza) et de la Mansuétude (Mansuetudine). Notices muséales et histoire de l'art sur Canova ; corps d'abord inhumé à Saint-Pierre puis transféré aux Santi Apostoli, basilique titulaire et franciscaine du pape.

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  17. Listes pontificales : après Clément XIV (1769-1774) vient Pie VI — aucun pape n'a repris le nom de Clément depuis 1774, Clément XIV restant le quatorzième et dernier de ce nom. Voir la liste officielle du Saint-Siège et les listes usuelles (249ᵉ pape).

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