Le fébronianisme est le système politico-ecclésiastique par lequel Johann Nikolaus von Hontheim (1701-1790), évêque auxiliaire de Trèves, a voulu, sous le pseudonyme de Justinus Febronius, réduire la primauté du pape à une présidence d'honneur : le pouvoir des clefs appartiendrait à toute l'Église, le pontife romain ne serait que le premier entre égaux, le concile œcuménique lui serait supérieur, et chaque Église nationale retrouverait son indépendance sous la tutelle de son prince[1][2]. Son livre, le De statu Ecclesiae et legitima potestate Romani Pontificis (« Bullioni », 1763), est la formulation la plus savante et la plus radicale des arguments contre la primauté jamais produite en Allemagne : allant « bien au-delà du gallicanisme traditionnel », dont il reprend pourtant les principes appris à Louvain chez le canoniste Van Espen[3].
Du point de vue catholique, le système ne tient pas : l'ouvrage est mis à l'Index dès le 27 février 1764 par Clément XIII[4], son auteur est contraint à une rétractation en 1778 dont il s'empresse de vider la portée par un commentaire public en 1781[5], les deux tentatives d'application — Coblence en 1769, Ems en 1786 — échouent sans résultat pratique[6], et le concile Vatican I définit en 1870 exactement le contraire de ce que le fébronianisme affirmait : juridiction universelle immédiate du pape et infaillibilité ex cathedra sans le consentement de l'Église[7].
Cet article traite le fébronianisme allemand : l'homme, le livre thèse par thèse, les condamnations et les tentatives d'application. La doctrine française des Quatre Articles relève de l'article Gallicanisme doctrinal, le récit du gallicanisme français de l'article Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle), et l'application autrichienne de l'article Joséphisme : on y renvoie le lecteur au lieu de redoubler la matière[8][9].
Johann Nikolaus von Hontheim : l'homme derrière Febronius
On oublie souvent que Febronius n'est pas un pamphlétaire obscur : c'est un évêque en exercice, vicaire général de l'un des plus grands diocèses d'Allemagne, et l'un des historiens les plus laborieux de son temps. C'est ce qui fit le succès et le scandale du livre : l'attaque contre Rome venait de l'intérieur de l'épiscopat.
Une carrière d'Église et d'érudit
Né à Trèves le 27 janvier 1701 dans une famille noble attachée depuis des générations à la cour des électeurs, fils de Kaspar von Hontheim, receveur général de l'Électorat, Johann Nikolaus reçoit la tonsure dès 1713, est élevé par les jésuites de Trèves, étudie aux universités de Trèves, Louvain et Leyde, et devient docteur en droit à Trèves en 1724[10]. Après un séjour au Collège germanique de Rome, il est ordonné prêtre en 1728, entre au chapitre de Saint-Siméon en 1732, devient professeur des Pandectes à l'université de Trèves, puis est envoyé à Coblence en 1738 comme official et président du Grand Séminaire[11].
C'est à Coblence qu'il amasse l'immense documentation de ses trois ouvrages sur l'histoire de Trèves : l'Historia Trevirensis diplomatica et pragmatica (3 volumes in-folio, 1750) et le Prodromus historiae Trevirensis (2 volumes, 1757), mines de chartes et de références qui firent sa réputation d'érudit[12]. En mai 1748, l'électeur-archevêque François-Georges de Schönborn le nomme évêque auxiliaire, sacré à Mayence en février 1749 sous le titre in partibus de Myriophiri : comme vicaire général, il porte seul l'administration spirituelle du diocèse, avec la charge de pro-chancelier de l'université, jusqu'en 1778[13]. Il meurt le 2 septembre 1790 au château de Montquintin, à 89 ans[14].
La rencontre avec Van Espen
Le fait décisif de sa formation est louvaniste : à Louvain, Hontheim subit l'influence du professeur Zeger Bernard van Espen et de sa doctrine gallicane — le Jus ecclesiasticum universum (Louvain, 1700), qui subordonne déjà l'exercice du pouvoir pontifical aux canons et aux coutumes nationales[15]. Comme le note la Catholic Encyclopedia, c'est « sur la base des principes gallicans » puisés chez Van Espen que Hontheim avance « dans la même direction » jusqu'à un radicalisme qui dépasse le gallicanisme traditionnel[16]. À Coblence, son expérience des négociations impériales — il assiste l'ambassadeur électoral lors des élections de Charles VII puis de François Iᵉʳ — lui fait mesurer, côté princes, tout ce que l'influence de la Curie romaine coûte aux affaires intérieures de l'Empire[17].
Le livre de 1763
Un titre-programme
Le titre complet dit le projet : Justini Febronii Juris consulti de statu Ecclesiae et legitima potestate Romani Pontificis liber singularis, ad reuniendos dissidentes in religione christianos compositus — « Livre unique de Justinus Febronius, jurisconsulte, sur l'état de l'Église et le pouvoir légitime du pontife romain, composé pour ramener à l'unité les dissidents en matière de religion chrétienne »[18]. Le but ostensible est œcuménique : en diminuant le pouvoir du Saint-Siège, on lèverait, croit-il, le principal obstacle au retour des protestants dans l'Église[19]. L'ouvrage paraît avec la fausse adresse de « Bouillon, chez Guillaume Evrard » : il sort en réalité des presses d'Esslinger à Francfort-sur-le-Main[20].
L'édition et sa diffusion
Malgré l'interdit, le succès est « prodigieux », porté par l'esprit du temps : seconde édition revue et augmentée dès 1765, réimpressions à Venise et Zurich, traductions en allemand, français, italien, espagnol et portugais[21]. Hontheim défend son système dans trois volumes supplémentaires numérotés II à IV (Francfort et Leipzig, 1770 ; 1772 ; 1773-1774), sous le nom de Febronius et divers autres pseudonymes, puis en donne un abrégé, le Justinus Febronius abbreviatus et emendatus (Cologne et Francfort, 1777)[22]. L'identité de l'auteur est connue à Rome presque aussitôt, mais aucune mesure personnelle n'est prise contre lui dans un premier temps[23].
La doctrine fébronienne, thèse par thèse
Le De statu est construit en neuf chapitres dont chacun porte une thèse précise. Suivre cet ordre, c'est prendre le système tel que son auteur l'a voulu — et voir où chaque proposition contredit la foi catholique.
1. Les clefs remises à toute l'Église
Selon Febronius (chap. i), le pouvoir des clefs a été confié par le Christ à tout le corps de l'Église, qui le détient principaliter et radicaliter — principalement et radicalement — mais ne l'exerce que par ses prélats, simples administrateurs de ce pouvoir. Parmi eux, le pape vient en premier, tout en restant subordonné à l'Église prise dans son ensemble[24]. Autrement dit : le pontife ne reçoit rien directement du Christ que l'Église ne posséderait d'abord sans lui. C'est la négation de la primauté de juridiction immédiate définie plus tard par Vatican I[25].
2. Une primauté divine, un siège romain humain
Febronius reconnaît l'institution divine de la primauté (chap. ii), mais soutient que son attachement au siège romain ne repose pas sur l'autorité du Christ : il viendrait de Pierre et de l'Église, de sorte que l'Église aurait le pouvoir de la transférer à un autre siège[26]. La conséquence est immense : Rome ne serait pape que par délégation ecclésiastique révocable. L'Église catholique enseigne au contraire que la primauté de Pierre passe à ses successeurs sur le siège de Rome par institution du Christ lui-même[27].
3. Revenir aux huit premiers siècles
Le pouvoir du pape devrait donc être ramené aux droits essentiels inhérents à la primauté tels que le Saint-Siège les exerçait pendant les huit premiers siècles : centre auquel les Églises doivent rester unies, informé de tout pour veiller à l'unité, chargé de faire observer les canons, autorisé à promulguer des lois au nom de l'Église et à envoyer des légats — un pouvoir « d'administration et d'unification » plutôt qu'un pouvoir de juridiction[28]. Or, depuis le IXᵉ siècle surtout, sous l'influence des Fausses Décrétales du Pseudo-Isidore, la constitution de l'Église aurait subi une « transformation complète » par l'extension de l'autorité papale au-delà de ses bornes (chap. iii)[29]. L'argument pseudo-historique — tout viendrait d'un faux du IXᵉ siècle — est l'ancêtre de bien des objections modernes contre la papauté.
4. Les réserves romaines, violation de la justice
Par « violation de la justice », des causes autrefois tranchées par les synodes provinciaux et les métropolitains auraient été graduellement réservées au Saint-Siège (chap. iv) : condamnation des hérésies, confirmation des élections épiscopales, nomination des coadjuteurs avec droit de succession, transfert et déposition des évêques, création de diocèses, érection de métropoles et de primaties[30]. Tout le gouvernement central de l'Église est ainsi présenté comme une usurpation.
5. L'infaillibilité expressément niée
L'infaillibilité du pape est expressément niée (chap. v) : seul, sans concile ni assentiment de tout l'épiscopat, le pape ne peut porter aucune décision de foi obligatoire pour tous ; en matière de discipline, il ne peut publier aucun décret touchant l'ensemble des fidèles ; les décrets d'un concile général eux-mêmes n'obligent qu'après acceptation par chaque Église ; et les lois une fois promulguées ne peuvent être modifiées au gré du pape[31]. Chaque diocèse disposerait ainsi d'un droit de veto sur l'universel.
6. Le concile au-dessus du pape
Le dernier tribunal d'appel dans l'Église serait le concile œcuménique (chap. vi), dont les droits excluent la constitution monarchique de l'Église : le pape lui est subordonné, il n'a ni le droit exclusif de le convoquer, ni celui de le présider, et les décrets conciliaires n'ont pas besoin de sa ratification[32]. Les conciles seraient d'absolue nécessité, car même l'assentiment d'une majorité d'évêques à un décret pontifical, donné individuellement hors concile, ne constituerait pas une décision définitive et irrévocable. D'où la légitimité de l'appel du pape au concile général — la vieille thèse conciliariste de Constance et Bâle, recyclée[33].
7. Des évêques relevant directement du Christ
Selon l'institution divine de l'épiscopat (chap. vii), tous les évêques ont des droits égaux et ne reçoivent pas leur pouvoir de juridiction du Saint-Siège ; le pape ne peut exercer les fonctions épiscopales ordinaires dans aucun diocèse autre que Rome[34]. Les réserves pontificales sur les bénéfices, les annates et l'exemption des ordres religieux seraient donc contraires au droit primitif et devraient être abolies.
8 et 9. Restaurer la discipline primitive — par les princes
Ayant démontré, croit-il, que le droit existant est une déformation de la constitution originelle due aux Fausses Décrétales, Febronius exige la restauration universelle de la discipline primitive (chap. viii) et indique les moyens (chap. ix) : éclairer le peuple, tenir un concile général pleinement libre, convoquer des synodes nationaux — mais surtout une action concertée des souverains catholiques avec le concours des évêques : user du Regium Placet (l'exequatur royal sans lequel aucun acte romain ne s'applique) pour résister aux décrets, refuser ouvertement l'obéissance dans une juste mesure, et recourir à l'appel comme d'abus devant l'autorité séculière[35].
« Ces dernières mesures révèlent la tendance réelle des principes fébroniens : Febronius, tout en prétendant défendre une plus grande indépendance et une plus grande autorité des évêques, cherche seulement à rendre les Églises des différents pays moins dépendantes du Saint-Siège, afin de faciliter l'établissement d'Églises nationales — et de réduire les évêques à n'être que de serviles créatures du pouvoir civil. » — F. Lauchert, « Febronianism », Catholic Encyclopedia, 1909[36]
D'où vient le fébronianisme : les sources avouées
Le fébronianisme n'invente presque rien : il systématise. Ses matériaux viennent de quatre gisements que l'article Gallicanisme doctrinal et l'article Conciliarisme radical exposent en détail — on ne les résume ici que pour situer les dettes.
| Source | Ce que Febronius en prend |
|---|---|
| Van Espen (Jus ecclesiasticum universum, Louvain, 1700) | La matrice : le pouvoir pontifical borné par les canons et les coutumes nationales[37] |
| Pithou (Les libertez de l'église gallicane, 1594, 83 articles) et Richer (De ecclesiastica et politica potestate, 1611) | L'appareil gallican parlementaire : appel au futur concile, appel comme d'abus, placet royal[38] |
| Les Quatre Articles (19 mars 1682) | Le modèle : concile au-dessus du pape, consentement de l'Église requis pour l'irréformabilité[39] |
| Constance et Bâle (Haec sancta, 1415) | La matrice conciliariste : supériorité du concile, déposition possible du pape[40] |
| Les Fausses Décrétales (Pseudo-Isidore, IXᵉ siècle) | Le bouc émissaire : tout l'essor romain viendrait d'un faux[41] |
Le tour de force de Hontheim est d'avoir coulé ces matériaux français et médiévaux dans un traité latin massif, érudit, apparemment modéré — ce qui le rendit bien plus dangereux qu'un pamphlet : des évêques purent s'y reconnaître sans se croire schismatiques.
Le dessein affiché : ramener les protestants — et leur réponse
Rappelons le sous-titre : le livre est « composé pour ramener à l'unité les dissidents ». Le calcul est simple : si la papauté cessait d'être monarchique, les luthériens et les calvinistes reviendraient. L'histoire enregistra un cinglant démenti : les protestants eux-mêmes réfutèrent Febronius — non pour défendre le pape, mais pour signifier qu'une papauté diminuée ne suffisait nullement à les ramener à l'unité. Karl Friedrich Bahrdt publie dès 1763 sa Dissertatio sur la question de savoir si, le pouvoir pontifical aboli, les dissidents se réconcilieraient, Johann Friedrich Bahrdt enfonce le clou en 1767 (De Romana Ecclesia irreconciliabili), et Hofmann examine en 1768 la règle d'interprétation empruntée à Vincent de Lérins[42].
La leçon apologétique est durable : le différend de la Réforme ne se réduit pas à la forme du gouvernement ecclésiastique. Ôter au pape sa juridiction ne touche ni à la justification, ni aux sacrements, ni à l'autorité de l'Écriture et de la Tradition — les vrais points de rupture, exposés dans les articles Luthéranisme et Calvinisme. Le fébronianisme achetait la réconciliation au prix fort — la démolition de la constitution de l'Église — pour une marchandise que les acheteurs déclaraient eux-mêmes sans valeur.
Les grandes réfutations catholiques
Du côté catholique, la réponse fut massive et rapide. Outre le Judicium academicum de l'université de Cologne (1765), les trois grandes réfutations — Ballerini, Zaccaria, Mamachi — restent des classiques de la théologie de la primauté.
| Auteur | Ouvrage | Lieu et date |
|---|---|---|
| Faculté de théologie de Cologne | Judicium academicum | Cologne, 1765[43] |
| Pierre Ballerini | De vi ac ratione primatus (primauté et infaillibilité dans les controverses de foi) | Vérone, 1766[44] |
| Pierre Ballerini | De potestate ecclesiastica Summorum Pontificum et Conciliorum generalium, avec Vindiciae contre Febronius | Vérone, 1768 (rééd. Augsbourg 1770)[45] |
| François-Antoine Zaccaria | Antifebronio, ossia apologia polemico-storica del primato del Papa | 2 vol., Pesaro, 1767 ; 2e éd. 4 vol., Cesena, 1768-1770[46] |
| François-Antoine Zaccaria | Antifebronius vindicatus | 4 vol., Cesena, 1771-1772[47] |
| François-Antoine Zaccaria | In tertium Justini Febronii tomum animadversiones romano-catholicae | Rome, 1774[48] |
| Thomas-Marie Mamachi | Epistolae ad Just. Febronium de ratione regendae christianae reipublicae | 3 vol., Rome, 1776-1778[49] |
Ces ouvrages établissent, pièces en main, que la primauté juridictionnelle et l'infaillibilité ne sont pas des excroissances médiévales mais des données de la constitution apostolique — la démonstration que Vatican I reprendra en forme définitoire un siècle plus tard[50].
La condamnation : l'Index et le bref de 1764
Rome frappe vite et à deux niveaux. Le livre est formellement condamné le 27 février 1764 par Clément XIII, puis, par un bref du 21 mai 1764, le pape requiert l'épiscopat allemand de supprimer l'ouvrage : dix prélats, parmi lesquels l'électeur de Trèves lui-même, obtempèrent[51]. L'auteur, pourtant connu à Rome presque aussitôt, n'est d'abord l'objet d'aucune mesure personnelle[52] : c'est la doctrine qui est visée, non encore l'homme.
L'interdit n'arrête pas la diffusion — cours catholiques de France, des Pays-Bas autrichiens, d'Espagne et du Portugal, de Venise, d'Autriche et de Toscane accueillent avec empressement des idées en parfait accord avec les tendances absolutistes des souverains[53]. La pieuse Marie-Thérèse elle-même refuse d'interdire Febronius dans les États héréditaires ; son fils Joseph II appliquera les principes fébroniens « avec une rigueur impitoyable »[54]. C'est le mécanisme que Lauchert a diagnostiqué : partout où l'on tenta d'appliquer les idées, on procéda selon ces lignes — moins de Rome, plus de prince[55].
La rétractation de 1778 — et son double jeu
Les premières mesures personnelles viennent de Pie VI, qui presse Clément-Wenceslas de Saxe, électeur de Trèves, d'amener Hontheim à retirer son livre — avec une pression d'un autre âge : l'électeur menace de priver de leurs offices non seulement Hontheim, mais tous ses parents[56]. Après de longs efforts, tergiversations et correspondances, Hontheim signe une rétractation en termes généraux, jugée insatisfaisante à Rome ; il faut une version corrigée et révisée, transmise par l'électeur le 15 novembre 1778, pour que Pie VI la communique aux cardinaux en consistoire le jour de Noël 1778[57].
Que cette rétractation n'était pas sincère, la suite le montre : Hontheim publie à Francfort en 1781 un Justini Febronii commentarius in suam retractationem — un commentaire de sa propre rétractation destiné à justifier sa position devant le public, y compris en édition allemande à Augsbourg la même année[58]. L'homme a cédé sous la menace ; le système reste entier dans sa tête. Entre-temps, le Febronius a produit ses effets pernicieux, que la rétractation ne freine pas[59].
Coblence (1769) : les trente Gravamina
La première tentative d'application pratique a lieu en Allemagne au congrès de Coblence de 1769 : les trois électeurs ecclésiastiques — Mayence, Trèves et Cologne — font dresser par leurs délégués, sous la direction de Hontheim, une liste de trente griefs contre la Curie romaine, conformes aux principes du Febronius (Gravamina trium Archiepiscoporum Electorum Moguntinensis, Trevirensis et Coloniensis contra Curiam Apostolicam, présentés à l'empereur en 1769, imprimés en 1783 dans le Magazin de Le Bret)[60]. Le pli est pris : ce sont désormais des princes-évêques qui portent le programme fébronien devant l'empereur.
Le joséphisme : le fébronianisme appliqué en Autriche
C'est en Autriche, sous Joseph II, que les principes fébroniens reçoivent leur application « à grande échelle » : une Église nationale bâtie selon le plan du livre[61]. Les canonistes de cour compilent le nouveau code des relations Église-État — d'abord les manuels imposés aux universités autrichiennes : les Institutiones juris ecclesiastici de Paul-Joseph von Riegger (4 volumes, Vienne, 1768-1772, maintes fois réimprimées), les Praelectiones de Pehem, et, de façon plus tranchée, l'Introductio in jus ecclesiasticum Catholicorum de Johann Valentin Eybel (4 volumes, Vienne, 1777), mise à l'Index en 1784[62].
Eybel va jusqu'au pamphlet : son Quid est papa ? (« Qu'est-ce que le pape ? ») radicalise le fébronianisme à l'usage de la politique religieuse impériale. Pie VI répond par le bref Super soliditate du 28 novembre 1786, qui condamne nommément l'introduction d'Eybel au droit ecclésiastique[63]. Le détail du système joséphiste — séminaires généraux d'État, redécoupage paroissial, suppression des contemplatifs, patent de tolérance — relève de l'article Joséphisme : on s'y reporte[64]. Le frère de Joseph, Léopold, mène la même politique dans son grand-duché de Toscane, jusqu'au synode de Pistoie[65].
Le congrès d'Ems et la Ponctuation (1786)
Plus significative encore est la seconde assemblée : au congrès d'Ems, en 1786, les trois électeurs ecclésiastiques et le prince-archevêque de Salzbourg, imitant Coblence et suivant les principes du Febronius, tentent de réaménager les relations de l'Église d'Allemagne avec Rome pour lui assurer une plus grande indépendance[66].
Quatre archevêques contre les nonces
Le congrès est l'aboutissement de plusieurs années de conflit entre les archevêques et les nonces apostoliques, jugés coupables d'immixtions injustifiables dans les diocèses allemands[67]. Les quatre signataires sont Frédéric-Charles de Erthal (Mayence), Clément-Wenceslas de Saxe (Trèves — le même qui avait fait pression sur Hontheim), Maximilien-François d'Autriche (Cologne) et Hiéronymus von Colloredo (Salzbourg)[68]. Hontheim, vieil homme de 85 ans, ne prend aucune part active à la rédaction : mais la Ponctuation est entièrement inspirée de ses principes[69].
Les vingt-trois articles
La Ponctuation d'Ems, arrêtée le 25 août 1786 en vingt-trois articles, ratifiée puis publiée par les archevêques en novembre, peut se résumer ainsi : les évêques détiennent, en vertu de leurs pouvoirs reçus de Dieu, pleine autorité dans leurs diocèses en dispenses, patronage et matières semblables ; bulles, brefs et décrets des Congrégations romaines n'obligent dans chaque diocèse que sanctionnés par l'évêque ; les nonciatures, telles qu'exercées jusqu'ici, doivent cesser ; les appels à Rome sont restreints ; les annates et taxes de chancellerie sont réduites ; les exemptions monastiques sont rognées[70]. C'est le chapitre IX de Febronius passé en acte diplomatique : le Placet et l'appel comme d'abus érigés en droit commun de l'Empire.
L'échec
La Ponctuation n'obtient aucun résultat pratique[71]. Les évêques suffragants eux-mêmes protestent contre un texte qui les dépouille au profit de leurs métropolitains, les électeurs se divisent sur la conduite à tenir, Rome refuse de recevoir le texte, et Joseph II exploite l'affaire à son seul profit. Pie VI, la même année, condamne Eybel par Super soliditate : le message est clair, la voie d'Ems est sans issue[72]. La Révolution française achève de disperser les signataires : le gallicanisme, note Lauchert pour la France, voit sa diffusion « brutalement arrêtée par la Révolution, qui ôte son principal soutien en renversant les trônes » — le constat vaut pour sa variante allemande, privée de ses princes-évêques[73].
Pistoie et la réponse d'Auctorem fidei
La même année 1786 voit l'autre application du programme : au synode diocésain de Pistoie (18-28 septembre 1786), l'évêque Scipione de' Ricci, soutenu par le grand-duc Léopold de Toscane, fait adopter 57 décrets qui combinent thèses gallicanes, jansénistes et régaliennes[74]. Mais là où Ems reste une protestation diplomatique, Pistoie touche au dogme — et Rome répond par l'acte magistériel le plus développé du siècle contre l'épiscopalisme : la bulle Auctorem fidei du 28 août 1794, qui condamne 85 propositions une à une, chacune qualifiée (hérétique, erronée, schismatique...)[75].
« La doctrine du synode qui affirme que le pouvoir a été donné par Dieu à l'Église pour être communiqué aux pasteurs qui sont ses ministres pour le salut des âmes — comprise en ce sens que le pouvoir des ministères et du gouvernement ecclésiastique dérive du corps de l'Église — est hérétique. » — Pie VI, Auctorem fidei, 28 août 1794, proposition II condamnée[76]
C'est la condamnation directe de la thèse-mère du fébronianisme (chap. i : les clefs à toute l'Église principaliter et radicaliter). Le détail du synode et de la bulle relève des articles Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle) et Gallicanisme doctrinal : on s'y reporte[77][78].
Tableau : quatre cousins, une même pente
| Fébronianisme (Allemagne, 1763) | Gallicanisme (France, 1682) | Jansénisme (France, 1640-1713) | Joséphisme (Autriche, 1780-1790) | |
|---|---|---|---|---|
| Père | Hontheim (Febronius) | Bossuet (rédacteur des Quatre Articles) | Jansénius, Saint-Cyran, Arnauld | Joseph II et ses canonistes |
| Cible | La juridiction universelle du pape | La primauté (temporel, concile, coutumes, consentement) | La grâce et les sacrements (rigorisme) | L'indépendance de l'Église (Église d'État) |
| Moyen | Les princes-électeurs, le Placet | Le roi très chrétien, les parlements | Les « miracles » de Port-Royal, l'opinion | Le décret impérial, les séminaires d'État |
| Acte romain | Index 1764, Super soliditate 1786 | Inter multiplices 1690 | Unigenitus 1713 | Super soliditate 1786, résistance de Pie VI |
| Fin | Vatican I, 1870 | Vatican I, 1870 | Écrasé au XVIIIᵉ siècle, renaît à Pistoie | Abandonné après Joseph II |
| Article | (le présent article) | Le gallicanisme · doctrine | Jansénisme | Joséphisme |
Tous quatre partagent la même pente : affaiblir le lien à Rome au nom d'une Église plus « primitive », et remettre les clefs aux puissances — roi, princes, opinion ou empereur. Tous quatre finissent devant le même tribunal : la définition de la primauté.
Pourquoi le fébronianisme est incompatible avec la foi catholique
Résumons le procès en quatre points, qui sont les quatre définitions que le magistère lui oppose.
1. Le pape reçoit sa juridiction du Christ, non de l'Église. Vatican I définit que le pontife romain possède sur toute l'Église un pouvoir de juridiction « ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel » (ch. 1-3, DH 3050-3073), et que ses définitions ex cathedra sont irréformables « par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église »[79]. C'est la négation exacte des chapitres i, ii et v de Febronius.
« Les définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. » — Vatican I, Pastor aeternus, ch. 4, 18 juillet 1870[80]
2. Le concile n'est pas au-dessus du pape. Vatican II enseigne que le collège épiscopal n'a d'autorité qu'« avec sa tête, le pontife romain, et jamais sans cette tête » (simul cum capite suo Romano Pontifice et numquam sine hoc capite)[81]. Un concile contre le pape ou sans le pape n'est pas un concile œcuménique : il n'a aucune autorité pour juger Pierre.
3. L'évêque reçoit sa mission dans la communion hiérarchique. Le Catéchisme (880-887) et le droit en vigueur (CIC cann. 331-341) tiennent ensemble les deux bouts que Febronius sépare : les évêques sont vrais pasteurs de leurs Églises, mais le pape est « le principe perpétuel et visible » de leur unité, et le collège n'agit jamais sans sa tête[82][83]. Refuser la soumission au Pontife suprême, c'est le schisme au sens du can. 751[84].
4. L'appel au prince contre le pasteur n'est jamais un droit. Le Regium Placet et l'appel comme d'abus font de l'État le juge de l'Église : c'est l'inversion de l'ordre voulu par le Christ, qui a confié les clefs à Pierre et aux apôtres, non aux empereurs. Vatican II le rappelle pour les régimes modernes comme pour les anciens : la communauté politique n'est pas l'arbitre des questions religieuses[85].
Héritage : de la Révolution à Pascendi
Le fébronianisme meurt de la mort de ses protecteurs : la Révolution balaie les principautés ecclésiastiques d'Allemagne, et la majorité des évêques allemands, qui n'avaient jamais suivi Ems, se rallient à Rome face à la persécution[86]. Au XIXᵉ siècle, l'ultramontanisme — Joseph de Maistre (Du Pape, Lyon, 1819), Lamennais et L'Avenir, Dom Guéranger — achève de priver l'épiscopalisme de ses partisans[87], et Vatican I lui porte le coup doctrinal définitif.
Il ne renaîtra que sous un déguisement : quand Pie X condamne le modernisme par Pascendi dominici gregis (8 septembre 1907), il y retrouve la même prétention — une Église gouvernée d'en bas, une autorité ramenée à la conscience collective — dont le fébronianisme fut, un siècle et demi plus tôt, la version germanique et princière[88]. L'article Modernisme en expose la forme contemporaine ; le Quiétisme et le Libéralisme catholique condamné montrent les autres visages de la même tentation : une religion sans gouvernement divin visible.
- 1763Le Febronius paraîtFrancfort (fausse adresse de Bouillon)
- 1764Condamnation romaineIndex et bref aux évêques allemands
Mise à l'Index le 27 février 1764 (Clément XIII) ; bref du 21 mai 1764 : dix prélats obéissent, dont l'électeur de Trèves[91].
- 1765-1777Diffusion malgré l'interditÉditions, traductions, volumes II-IV
- 1769Coblence : les trente GravaminaLes trois électeurs devant l'empereur
Mayence, Trèves et Cologne présentent à l'empereur trente griefs contre la Curie, sous la direction de Hontheim[94].
- 1778La rétractation15 novembre, puis consistoire de Noël
- 1786Ems et PistoieLa double tentative — et Super soliditate
- 1794Auctorem fidei85 propositions condamnées
- 1870Vatican I : la fin doctrinalePastor aeternus, 18 juillet
Juridiction universelle immédiate et infaillibilité ex cathedra sans le consentement de l'Église : le contraire exact du système[102][103].
Pour aller plus loin
- Le récit français complet : Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle)
- La doctrine des Quatre Articles : Gallicanisme doctrinal
- La matrice médiévale : Conciliarisme radical
- L'allié janséniste : Jansénisme
- L'application autrichienne : Joséphisme
- Les héritiers modernes : Modernisme, Libéralisme catholique condamné
- Les ruptures du XVIᵉ siècle : Luthéranisme, Calvinisme, Quiétisme
Notes et références
F. Lauchert, « Febronianism », The Catholic Encyclopedia, t. 6, New York, Robert Appleton, 1909, via en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Febronianism : « The politico-ecclesiastical system outlined by Johann Nikolaus von Hontheim, Auxiliary Bishop of Trier, under the pseudonym Justinus Febronius » (traduction Ignispedia).
1Notice « Johann Nikolaus von Hontheim », Wikipédia : né à Trèves le 27 janvier 1701, mort à Montquintin le 2 septembre 1790 ; évêque auxiliaire (coadjuteur) de Trèves, passé à la postérité sous le nom de Febronius.
2F. Lauchert, « Febronianism », cité : « Taking as a basis the Gallican principles which he had imbibed from the canonist Van Espen [...] Hontheim advanced along the same lines [...] to a radicalism far outstripping traditional Gallicanism » (traduction Ignispedia).
3 16F. Lauchert, « Febronianism », cité : « The book was formally condemned, 27 February, 1764, by Clement XIII. By a Brief of 21 May, 1764, the pope required the German episcopate to suppress the work. Ten prelates, among them the Elector of Trier, complied » (traduction Ignispedia).
4 51 91F. Lauchert, « Febronianism », cité : premières mesures de Pie VI auprès de Clément-Wenceslas, électeur de Trèves ; première rétractation en termes généraux jugée insatisfaisante ; version corrigée transmise à Rome le 15 novembre 1778 et communiquée aux cardinaux en consistoire par Pie VI le jour de Noël (traduction Ignispedia).
5 57 95F. Lauchert, « Febronianism », cité, sur la Ponctuation d'Ems : « they achieved, however, no practical results » (traduction Ignispedia).
6 71Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870 (DH 3050-3075) : primauté de juridiction ordinaire, suprême, plénière, immédiate et universelle (ch. 1-3) ; infaillibilité ex cathedra (ch. 4).
7 25 50 102Article Ignispedia Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle) (PUBLISHED) : récit événementiel français et sections « XVIIIᵉ siècle — fébronianisme, joséphisme, Pistoie ». Le présent article n'en reprend que le minimum nécessaire au propos allemand.
8 77Article Ignispedia Gallicanisme doctrinal (PUBLISHED) : les Quatre Articles de 1682 article par article, Inter multiplices (1690), Auctorem fidei (1794), Pastor aeternus (1870). Le présent article n'en reprend que le minimum doctrinal.
9 38 39 78Notice « Johann Nikolaus von Hontheim », citée : famille noble de Trèves, père receveur général de l'Électorat ; tonsure le 13 mai 1713 ; jésuites de Trèves ; universités de Trèves, Louvain et Leyde ; docteur en droit à Trèves en 1724.
10Notice citée : séjour au Collège germanique de Rome ; ordonné prêtre en 1728 ; chapitre de Saint-Siméon en 1732 ; professeur des Pandectes à Trèves ; envoyé à Coblence en 1738 comme official et président du Grand Séminaire.
11Notice citée : Historia Trevirensis diplomatica et pragmatica, 3 volumes in-folio, 1750 ; Prodromus historiae Trevirensis, 2 volumes, 1757 ; troisième recueil resté manuscrit à la bibliothèque de Trèves.
12Notice citée : nommé évêque auxiliaire en mai 1748 par François-Georges de Schönborn, sacré à Mayence en février 1749 sous le titre in partibus de Myriophiri ; vicaire général portant seul l'administration spirituelle, pro-chancelier de l'université jusqu'en 1778.
13Notice citée : démission du doyenné de Saint-Siméon le 21 avril 1779 pour raison d'âge ; mort le 2 septembre 1790.
14Notice citée : « The works of the Louvain professor Zeger Bernhard van Espen and his Gallican doctrine had a great influence on Hontheim » ; Z. B. van Espen, Jus ecclesiasticum universum, Louvain, 1700.
15 37Notice citée : à Coblence, Hontheim assiste l'ambassadeur électoral lors des négociations des élections impériales de Charles VII et de François Iᵉʳ, où il mesure les effets de l'influence curiale sur les affaires de l'Empire.
17F. Lauchert, « Febronianism », cité : titre complet, « Bullioni apud Guillelmum Evrardi, 1763 », avec la précision qu'en réalité l'ouvrage fut imprimé par Esslinger à Francfort-sur-le-Main (traduction Ignispedia).
18 89F. Lauchert, « Febronianism », cité : « The ostensible purpose was to facilitate the reconciliation of the Protestant bodies with the Church by diminishing the power of the Holy See » (traduction Ignispedia).
19F. Lauchert, « Febronianism », cité : fausse adresse de Bouillon, impression réelle à Francfort (traduction Ignispedia).
20 90F. Lauchert, « Febronianism », cité : « Despite the ban of the Church, the book, harmonizing as it did with the spirit of the times, had a tremendous success. A second edition, revised and enlarged, was issued as early as 1765; it was reprinted at Venice and Zurich, and translations appeared in German, French, Italian, Spanish, and Portuguese » (traduction Ignispedia).
21 92F. Lauchert, « Febronianism », cité : trois volumes supplémentaires numérotés II à IV (t. II Francfort et Leipzig 1770 ; t. III 1772 ; t. IV en deux parties 1773-1774), puis l'abrégé Justinus Febronius abbreviatus et emendatus (Cologne et Francfort, 1777) (traduction Ignispedia).
22 93F. Lauchert, « Febronianism », cité : l'identité de l'auteur était connue à Rome presque aussitôt, mais aucune mesure ne fut d'abord prise contre lui personnellement (traduction Ignispedia).
23 52F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. i : le pouvoir des clefs confié par le Christ à tout le corps de l'Église, détenu principaliter et radicaliter, exercé par les prélats comme administrateurs ; le pape premier d'entre eux mais subordonné à l'Église dans son ensemble (traduction Ignispedia).
24F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. ii : primauté d'institution divine reconnue, mais attachement au siège romain relevant de Pierre et de l'Église, transférable à un autre siège (traduction Ignispedia).
26CEC 880-883 : le pape « principe perpétuel et visible » de l'unité ; infaillibilité dont « le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvue ».
27 82F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. ii : le pouvoir pontifical cantonné aux droits essentiels des huit premiers siècles — centre d'unité, information universelle, observance des canons, lois au nom de l'Église, légats — pouvoir administratif et unifiant plutôt que juridictionnel (traduction Ignispedia).
28F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. iii : depuis le IXᵉ siècle surtout, sous l'influence des Fausses Décrétales du Pseudo-Isidore, transformation complète de la constitution de l'Église par extension de l'autorité papale au-delà de ses bornes (traduction Ignispedia).
29 41F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. iv : condamnation des hérésies, confirmation des élections épiscopales, coadjuteurs avec succession, transfert et déposition des évêques, diocèses nouveaux, métropoles et primaties — causes réservées au Saint-Siège par violation de la justice (traduction Ignispedia).
30F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. v : infaillibilité expressément niée ; aucune décision de foi obligatoire sans concile ni assentiment de tout l'épiscopat ; aucun décret disciplinaire universel ; décrets conciliaires n'obligeant qu'après acceptation par chaque Église (traduction Ignispedia).
31F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. vi : le concile œcuménique dernier tribunal d'appel ; le pape lui est subordonné, sans monopole de convocation ni de présidence, sans ratification requise ; appel du pape au concile légitimé par la supériorité du concile (traduction Ignispedia).
32Article Ignispedia Conciliarisme radical (PUBLISHED) : Haec sancta (1415), Bâle, Execrabilis (1460), Latran V (1516). Le présent article n'en reprend que le minimum conciliariste.
33 40F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. vii : égalité de droits des évêques, juridiction non reçue du Saint-Siège, pas de fonctions épiscopales ordinaires du pape hors de Rome, abolition des réserves de bénéfices, annates et exemptions (traduction Ignispedia).
34F. Lauchert, « Febronianism », cité, chap. ix : éclairer le peuple, concile général libre, synodes nationaux, et surtout action concertée des souverains avec les évêques, Regium Placet, refus ouvert d'obéissance dans une juste mesure, Appellatio ab abusu (traduction Ignispedia).
35F. Lauchert, « Febronianism », cité : « The last measures reveal the real trend of Febronian principles [...] to render the Churches of the different countries less dependent on the Holy See, in order to facilitate the establishment of national Churches [...] and reduce the bishops to [...] merely servile creatures of the civil power » (traduction Ignispedia).
36 55F. Lauchert, « Febronianism », cité : réfutations protestantes — K. F. Bahrdt, Dissertatio (Leipzig, 1763) ; J. F. Bahrdt, De Romana Ecclesia irreconciliabili (Leipzig, 1767) ; K. G. Hofmann, Programma d'après Vincent de Lérins (Wittenberg, 1768) (traduction Ignispedia).
42F. Lauchert, « Febronianism », cité : Judicium academicum de l'université de Cologne, 1765.
43F. Lauchert, « Febronianism », cité : Ballerini, De vi ac ratione primatus (Vérone, 1766) ; De potestate ecclesiastica Summorum Pontificum et Conciliorum generalium avec Vindiciae (Vérone, 1768 ; Augsbourg, 1770 ; rééd. Münster, 1845-1847).
44 45F. Lauchert, « Febronianism », cité : Zaccaria, Antifebronio (2 vol., Pesaro, 1767 ; 2e éd. 4 vol., Cesena, 1768-1770 ; trad. allemande Augsbourg, 1768) ; Antifebronius vindicatus (4 vol., Cesena, 1771-1772) ; In tertium Justini Febronii tomum animadversiones (Rome, 1774).
46 47 48F. Lauchert, « Febronianism », cité : Mamachi, Epistolae ad Just. Febronium (3 vol., Rome, 1776-1778).
49F. Lauchert, « Febronianism », cité : accueil empressé des cours de France, Pays-Bas autrichiens, Espagne, Portugal, Venise, Autriche et Toscane, en accord avec les tendances absolutistes (traduction Ignispedia).
53F. Lauchert, « Febronianism », cité (recoupé par la synthèse historique courante) : Marie-Thérèse refuse d'interdire Febronius dans les États héréditaires ; Joseph II applique les principes avec une rigueur impitoyable ; impulsion nouvelle contre les jésuites jusqu'à la suppression de 1773 (traduction Ignispedia).
54Notice « Febronianism », Wikipédia, recoupée par Lauchert : Pie VI presse Clément-Wenceslas de faire retirer le livre ; l'électeur menace Hontheim et tous ses parents de la perte de leurs offices.
56F. Lauchert, « Febronianism », cité : Justini Febronii commentarius in suam retractationem (Francfort, 1781 ; éd. allemande, Augsbourg, 1781), preuve que la rétractation n'était pas sincère (traduction Ignispedia).
58 96F. Lauchert, « Febronianism », cité : « the Febronius had produced its pernicious effects, which were not checked by the retractation » (traduction Ignispedia).
59F. Lauchert, « Febronianism », cité : congrès de Coblence 1769, trente griefs (Gravamina trium Archiepiscoporum Electorum), imprimés dans Le Bret, Magazin, t. VIII, Ulm, 1783, pp. 1-21 (traduction Ignispedia).
60 94F. Lauchert, « Febronianism », cité : tentative « on a large scale » en Autriche sous Joseph II — une Église nationale selon le plan du livre (traduction Ignispedia).
61F. Lauchert, « Febronianism », cité : Riegger, Institutiones juris ecclesiastici (4 vol., Vienne, 1768-1772) ; Pehem, Praelectiones ; Eybel, Introductio in jus ecclesiasticum Catholicorum (4 vol., Vienne, 1777), mise à l'Index en 1784 (traduction Ignispedia).
62Pie VI, bref Super soliditate, 28 novembre 1786 : condamnation de l'Introductio d'Eybel. Cf. article Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle).
63 72 99Article Ignispedia Joséphisme (en cours par un autre run, simplement lié) : le système autrichien en détail. Le présent article n'en donne que le cadre fébronien.
64F. Lauchert, « Febronianism », cité : mêmes efforts de Léopold dans le grand-duché de Toscane ; résolutions de Pistoie rejetées par la majorité des évêques du pays (traduction Ignispedia).
65F. Lauchert, « Febronianism », cité : congrès d'Ems 1786 — les trois électeurs ecclésiastiques et le prince-évêque de Salzbourg, à l'imitation de Coblence et selon les principes du Febronius, pour une plus grande indépendance de l'Église d'Allemagne (traduction Ignispedia).
66F. Lauchert, « Febronianism », cité (recoupé par la synthèse historique) : la Ponctuation naît de plusieurs années de controverse avec les nonces apostoliques sur leurs immixtions dans les diocèses allemands (traduction Ignispedia).
67Synthèse historique courante, recoupée par Lauchert : Frédéric-Charles de Erthal (Mayence), Clément-Wenceslas de Saxe (Trèves), Maximilien-François d'Autriche (Cologne), Hiéronymus von Colloredo (Salzbourg).
68F. Lauchert, « Febronianism », cité : Hontheim ne prend aucune part active à la rédaction, mais la Ponctuation est entièrement inspirée de ses principes (traduction Ignispedia).
69Synthèse historique courante, recoupée par Lauchert : Ponctuation en vingt-trois articles — pleine autorité diocésaine des évêques, bulles et décrets romains non obligatoires sans sanction épiscopale, fin des nonciatures en l'état, appels restreints, annates réduites.
70 97A. Dégert, « Gallicanism », cité : la diffusion fut « brutalement arrêtée par la Révolution, qui ôta son principal soutien en renversant les trônes » (traduction Ignispedia).
73F. Lauchert, « Febronianism », cité : synode de Pistoie sous Scipion Ricci, 1786, dans la même ligne ; cf. article Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle).
74 98« Auctorem Fidei », The Catholic Encyclopedia, t. 1, New York, Robert Appleton, 1907, via newadvent : bulle du 28 août 1794, 85 propositions extraites du synode condamnées une à une.
75 100Pie VI, Auctorem fidei, prop. II, 28 août 1794 : le pouvoir donné par Dieu à l'Église pour être communiqué aux pasteurs, « en ce sens que de la communauté des fidèles dérive dans les pasteurs le pouvoir de ministère » — hérétique. Traduction Ignispedia.
76 101Concile Vatican I, Pastor aeternus, ch. 4 (DH 3074) : « definitiones [...] ex sese, non autem ex consensu Ecclesiae, irreformabiles esse ».
79 80 103Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, § 22, 21 novembre 1964 : le collège épiscopal n'a d'autorité que « simul cum capite suo Romano Pontifice et numquam sine hoc capite » (avec sa tête, le pontife romain, et jamais sans cette tête).
81CIC 1983, cann. 331, 333, 336 (vatican.va) : le pape chef du Collège, pouvoir suprême et universel ; le collège n'agit qu'avec son chef et jamais sans lui.
83CIC 1983, can. 751 (vatican.va) : « On appelle [...] schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l'Église qui lui sont soumis. »
84Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, § 76, 7 décembre 1965 : juste autonomie des réalités terrestres ; refus d'une autonomie qui ferait de la communauté politique l'arbitre des questions religieuses.
85F. Lauchert, « Febronianism », cité (recoupé par la synthèse historique) : effondrement à la fin du XVIIIᵉ siècle — Révolution et défaut de soutien de la majorité des évêques allemands (traduction Ignispedia).
86A. Dégert, « Gallicanism », The Catholic Encyclopedia, t. 6, 1909, cité : après 1815, « l'œuvre de Lamennais, de L'Avenir [...], l'influence de Dom Guéranger » privent le gallicanisme de ses partisans ; Joseph de Maistre, Du Pape, Lyon, 1819 (traduction Ignispedia).
87Pie X, encyclique Pascendi dominici gregis, 8 septembre 1907 : condamnation du modernisme. Cf. article Modernisme.
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