Pape Clément XIII (1693-1769)

Pape de 1758 à 1769, le Vénitien Clément XIII consacra son pontificat à défendre seul la Compagnie de Jésus contre les cours bourboniennes, jusqu'à mourir à la veille du consistoire qui devait décider de sa suppression.

Ignispedia

Clément XIII (Clemens XIII), né Carlo della Torre di Rezzonico le 7 mars 1693 à Venise, gouverne l'Église romaine du 6 juillet 1758 au 2 février 1769. Patricien vénitien, formé par les jésuites, évêque exemplaire de Padoue pendant quinze ans, il monte sur la chaire de Pierre à un moment où toute l'Europe catholique des Bourbons s'est liguée contre un seul ordre religieux : la Compagnie de Jésus.[1][2]

Son pontificat tient presque entier dans cette lutte. Tandis que le Portugal, la France, l'Espagne, Naples et Parme expulsent l'un après l'autre les jésuites de leurs territoires, Clément XIII oppose une résistance obstinée : il annule les arrêts des parlements, publie en 1765 la bulle Apostolicum pascendi munus qui réaffirme solennellement la Compagnie, et refuse jusqu'au bout la moindre concession. En face, les chancelleries bourboniennes, animées par l'esprit des Lumières et le régalisme — l'idée que c'est le roi, et non le pape, qui doit commander l'Église dans son royaume —, ne veulent plus rien de moins que la suppression totale de l'ordre.[3][4]

Homme de prière et de doctrine, Clément XIII fut aussi un adversaire frontal de la philosophie nouvelle : il mit à l'Index l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, condamna Helvétius, l'Émile de Rousseau et le fébronianisme — une doctrine allemande qui rabaissait l'autorité du pape au profit des évêques et des princes —, et favorisa la jeune dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, dont il autorisa la fête liturgique en 1765. La postérité a parfois retenu de lui l'image caricaturale du pape pudibond qui fit poser des feuilles de figuier sur les statues antiques du Vatican ; mais le fond de son règne fut une tragédie politique.[5][6]

La crise atteint son comble avec l'affaire de Parme : le 30 janvier 1768, le pape foudroie d'un monitoire — un avertissement solennel assorti de censures — les décrets anticléricaux du petit duché bourbon ; en représailles, la France saisit Avignon, Naples occupe Bénévent et Pontecorvo. En janvier 1769, les ambassadeurs des cours réunies exigent la mort de la Compagnie. Il convoque un consistoire pour le 3 février afin d'y répondre, mais il meurt dans la nuit du 2 février 1769, foudroyé par une apoplexie — laissant à son successeur Clément XIV le soin de signer, en 1773, la suppression qu'il avait toujours refusée.[7][8][9]

Un patricien vénitien sur la chaire de Pierre

La famille Rezzonico et la Ca' Rezzonico

Les Rezzonico n'étaient pas une vieille maison vénitienne, mais une famille originaire de la région de Côme, installée à Venise en 1640 et enrichie dans le commerce et la banque.[10] En 1687, les Rezzonico achetèrent leur inscription au Livre d'or du patriciat vénitien pour la somme considérable de cent mille ducats — un anoblissement par l'argent qui marquera durablement la réputation de la famille.[11] Le père du futur pape, Giovanni Battista Rezzonico, acheva l'achat et la construction du palais inachevé qui porte encore le nom de la famille, la Ca' Rezzonico, l'un des plus beaux palais baroques du Grand Canal.[12][13]

La Ca' Rezzonico, sur le Grand Canal à Venise, palais de la famille du futur Clément XIII. Photo : Didier Descouens, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Carlo della Torre di Rezzonico naquit dans ce milieu de patriciens neufs, fortunés et pieux, le 7 mars 1693, le cadet des deux enfants de Giovanni Battista Rezzonico et de Vittoria Barbarigo — une Barbarigo, donc apparentée à la grande famille qui avait déjà donné à l'Église le saint évêque de Padoue Grégoire Barbarigo, que Carlo, devenu pape, béatifia lui-même en 1761.[14][15][16][17] La richesse familiale ne fut pas étrangère à son ascension : la Catholic Encyclopedia rapporte, d'après le témoignage — d'autant plus significatif qu'il émane d'un adversaire — de l'abbé Clément, janséniste, que Rezzonico, malgré les immenses revenus de son diocèse et de son patrimoine privé, se trouvait toujours sans argent tant ses aumônes étaient larges, allant jusqu'à donner son propre linge.[18]

Formation chez les jésuites et carrière curiale

Détail lourd de sens pour la suite : le futur défenseur de la Compagnie de Jésus fut lui-même élève des jésuites. Il étudia au collège jésuite de Bologne de 1703 à 1711, avant de passer à l'université de Padoue, où il obtint le 30 septembre 1713 le doctorat in utroque iure — en droit canonique et en droit civil.[19][20] Il compléta sa formation à Rome, à l'Académie pontificale des nobles ecclésiastiques, pépinière des futurs diplomates et prélats du Saint-Siège.[21]

Sa carrière curiale fut celle d'un juriste doué et bien né. Référendaire des deux Signatures — rapporteur auprès des deux tribunaux suprêmes du pape — dès 1716, il fut successivement gouverneur de Rieti puis gouverneur de Fano (1721), avant de devenir auditeur de la Rote romaine pour Venise à la fin des années 1720 — désigné en 1728 à la mort de Federico Cornelio selon la Treccani, entré en possession en novembre 1729 selon Miranda —, l'un des tribunaux les plus prestigieux de la chrétienté.[22][23] Il ne fut ordonné prêtre que tardivement, le 23 décembre 1731, signe d'une carrière d'abord administrative et juridique avant d'être pastorale.[24][25] Le 20 décembre 1737, le pape Clément XII — dont il reprendra le nom par reconnaissance — le créa cardinal-diacre de San Nicola in Carcere.[26][27]

L'évêque de Padoue (1743-1758)

C'est comme évêque de Padoue que Rezzonico révéla l'étoffe d'un vrai pasteur. Préconisé en 1743, il reçut la consécration épiscopale des mains mêmes du pape Benoît XIV, le 19 mars 1743.[28][29] Pendant quinze ans, il administra l'un des plus vastes diocèses de la république de Venise avec un zèle qui rappelait son lointain parent Grégoire Barbarigo : visites pastorales, soin des pauvres, attention au clergé, et une générosité personnelle financée par sa fortune familiale.[30][31]

« L'homme le plus honnête du monde ; un ecclésiastique des plus exemplaires ; des mœurs les plus pures ; pieux, ferme, savant, appliqué. » — The Annual Register pour l'année 1758, portrait du nouveau pape[32]

Cette réputation de droiture et de douceur — l'annuaire londonien parlait de l'homme le plus honnête du monde, aux mœurs les plus pures — explique en partie son élection : dans une Europe où les couronnes catholiques se défiaient de tout pape trop politique, un évêque saint et conciliant paraissait un choix rassurant.[33] L'avenir montrerait que cette douceur recouvrait une fermeté de fer sur les points qu'il jugeait toucher à la foi et aux droits de l'Église.

Le conclave de 1758 et l'élection

Un conclave sous tension diplomatique

À la mort de Benoît XIV, le 3 mai 1758, s'ouvrit un conclave dominé par la grande question du siècle : que ferait le nouveau pape des jésuites, déjà attaqués au Portugal ? Les puissances catholiques y firent jouer leurs réseaux. Le candidat le mieux placé, le cardinal Carlo Alberto Guidobono Cavalchini, fut écarté par le veto (l'exclusive) de la France, qui le jugeait trop favorable à la Compagnie.[34][35] Le blocage profita au Vénitien Rezzonico, réputé modéré et acceptable par toutes les cours.

Il fut élu le 6 juillet 1758, réunissant trente et une voix — la majorité requise des deux tiers — et fut couronné le 16 juillet 1758 par le cardinal protodiacre Alessandro Albani.[36][37][38] Il choisit le nom de Clément XIII en hommage à Clément XII, qui l'avait fait cardinal.

« Ce fut en pleurant qu'il se soumit »

La tradition rapporte que le nouvel élu mesura aussitôt la gravité de la tâche. La biographie classique du Catholic Encyclopedia le dit en une formule restée célèbre :

« Ce fut en pleurant qu'il se soumit à la volonté des électeurs, car il mesurait bien la force et la direction de l'orage qui s'amassait à l'horizon politique. » — The Catholic Encyclopedia, art. Pope Clement XIII[39]

L'orage, c'était la coalition montante des maisons de Bourbon — France, Espagne, Naples, Parme — auxquelles s'ajoutait le Portugal des Bragance, toutes décidées, sous l'influence de ministres régalistes et « éclairés », à briser la Compagnie de Jésus. Clément XIII allait passer dix ans et demi à lui résister seul.

Le pontificat face aux Lumières

Le pontificat de Clément XIII en six jalons : élection, condamnation de l'Encyclopédie, défense des jésuites, Sacré-Cœur, affaire de Parme et mort à Rome. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant même que la crise jésuite n'atteigne son paroxysme, Clément XIII s'était posé en adversaire résolu de la philosophie des Lumières. Juriste de formation, théologien de conviction, il voyait dans la littérature nouvelle une entreprise de démolition de la foi, et il usa sans hésiter de l'arme de l'Index des livres interdits.

La condamnation de l'Encyclopédie

L'acte le plus retentissant fut la condamnation de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, monument de l'esprit des Lumières. Par un bref de septembre 1759, Clément XIII la mit à l'Index et ordonna aux fidèles qui en possédaient des exemplaires de les remettre à un prêtre pour être brûlés, sous peine d'excommunication.[40][41][42] La mesure, déjà difficile à appliquer dans une Europe où le livre circulait librement, montre la résolution doctrinale du pape autant que les limites pratiques de la censure romaine au siècle des Lumières.

Helvétius, Rousseau, Mésenguy : la censure des philosophes

L'Encyclopédie ne fut pas seule visée. Sous Clément XIII furent également condamnés le De l'esprit d'Helvétius, manifeste matérialiste qui avait scandalisé jusqu'aux philosophes eux-mêmes ; l'Émile de Jean-Jacques Rousseau et son fameux Profession de foi du vicaire savoyard ; l'Exposition de la doctrine chrétienne du janséniste Mésenguy ; et l'Histoire du peuple de Dieu du jésuite Berruyer, signe que le pape ne ménageait pas non plus les erreurs venues du camp catholique.[43][44]

Christianae reipublicae salus (1766)

En 1766, Clément XIII rassembla son combat contre l'incrédulité dans une encyclique programmatique, Christianae reipublicae salus, où il dénonçait la prolifération des livres impies et le danger qu'ils faisaient courir au « salut de la république chrétienne ».[45] Le texte mesure l'ampleur de l'inquiétude romaine : ce n'était plus telle ou telle thèse qu'il fallait condamner, mais un climat intellectuel tout entier, celui d'un siècle qui prétendait fonder la morale et la société sans Dieu.

La pudeur et les feuilles de figuier

C'est sous Clément XIII que se place l'épisode souvent moqué des feuilles de figuier. Soucieux de la décence, le pape fit recouvrir de feuilles de figuier — de stuc ou de métal, fabriquées en série — les nudités de nombreuses statues antiques et Renaissance des collections vaticanes.[46][47] L'anecdote a nourri la légende d'un pape borné ; elle dit surtout la sensibilité morale d'une époque et d'un homme, et ne doit pas faire oublier qu'au même moment Clément XIII menait, sur le terrain doctrinal et diplomatique, l'un des combats les plus lourds du siècle.

La grande affaire : la défense des jésuites

Pourquoi l'Europe voulait la mort de la Compagnie

Pour comprendre le pontificat, il faut saisir pourquoi tant de couronnes catholiques en vinrent à haïr un ordre voué au pape. Plusieurs forces convergeaient. Le régalisme des monarchies absolues supportait mal un ordre international, exempt et directement lié à Rome par un quatrième vœu d'obéissance au souverain pontife. Les ministres « éclairés » — Pombal au Portugal, Choiseul en France, Aranda et Campomanes en Espagne, du Tillot à Parme — voyaient dans les jésuites le rempart de l'autorité pontificale contre la toute-puissance de l'État.[48][49] S'y ajoutaient de vieilles rancunes : les réductions du Paraguay, présentées par leurs ennemis comme un « royaume » jésuite échappant aux couronnes ; les querelles théologiques avec les jansénistes ; et la richesse supposée de la Compagnie. Le pamphlet anti-jésuite circulait par toute l'Europe ; l'expulsion devint une mode d'État.

Le Portugal de Pombal (1759)

Le premier coup vint du Portugal. Le tout-puissant ministre Sebastião de Carvalho, marquis de Pombal, après avoir impliqué les jésuites dans l'attentat manqué contre le roi Joseph Ier (1758), les fit arrêter, dépouiller et expulser du royaume en 1759. Beaucoup furent entassés sur des navires et débarqués dans les États pontificaux comme un « cadeau » ironique pour le pape, tandis que d'autres croupissaient dans les cachots de Pombal.[50][51] Clément XIII protesta avec courtoisie ; Pombal répondit en rompant les relations diplomatiques avec Rome en 1760, renvoyant le nonce et rappelant l'ambassadeur portugais.[52]

La France de Louis XV (1762-1764)

Sous Clément XIII, les expulsions jésuites se succèdent : Portugal (1759), France (1764), Espagne et Naples (1767), Parme (1768). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En France, l'offensive vint des parlements, foyers de jansénisme et de gallicanisme. Prenant prétexte d'une faillite commerciale d'un jésuite des Antilles, le parlement de Paris ouvrit en 1761 un procès contre la Compagnie, condamna ses constitutions et, par un arrêt du 6 août 1762, prononça sa suppression en France.[53][54] Clément XIII écrivit au roi, protesta et, par une allocution du 3 septembre 1762, déclara nuls les arrêts du parlement contre la Compagnie[55], mais Louis XV, cédant au parti dévot retourné et à Choiseul, finit par expulser officiellement les jésuites de France en novembre 1764.[56][57]

L'Espagne de Charles III (1767), Naples et Parme

Le coup le plus brutal vint d'Espagne. Dans la nuit du 2 au 3 avril 1767, sur ordre secret du roi Charles III inspiré par ses ministres, toutes les maisons jésuites du royaume et de l'empire espagnol furent cernées par la troupe ; les religieux, arrêtés sans explication, furent embarqués et déversés sur les côtes des États pontificaux.[58][59] Charles III interdit même, sous peine de perdre la maigre pension allouée aux exilés, qu'aucun jésuite écrivît pour défendre l'ordre.[60] La même année, son fils Ferdinand IV de Naples et le duché de Parme, tous deux bourbons, imitèrent l'Espagne. En quelques mois, la Compagnie avait été chassée de presque toutes les terres bourboniennes.

Le tableau ci-dessous récapitule la vague d'expulsions qui balaya les couronnes bourboniennes en moins de dix ans, presque toujours à l'instigation d'un ministre régaliste plus que du souverain lui-même :

RoyaumeAnnéeActeur principalMesure prise
Portugal1759Marquis de PombalArrestation, spoliation et expulsion ; rupture diplomatique avec Rome en 1760
France1762-1764Parlements, Choiseul, Louis XVSuppression judiciaire (arrêt du 6 août 1762) puis expulsion officielle en novembre 1764
Espagne1767Charles III, Aranda et CampomanesArrestation nocturne des 2-3 avril, déportation vers les États pontificaux
Naples1767Ferdinand IV, ministre TanucciExpulsion dans la foulée de l'Espagne
Parme1768Guillaume du TillotExpulsion et mesures régalistes, à l'origine du monitoire pontifical

Partout le scénario se répète : un ministre « éclairé » décide, le roi signe, et les religieux sont déversés sur les côtes pontificales, à la charge d'un pape qu'on somme dans le même temps de les désavouer.[61][62]

La bulle Apostolicum pascendi munus (1765)

Au cœur de la tempête, Clément XIII voulut opposer un acte solennel et public. En janvier 1765, il promulgua la bulle Apostolicum pascendi munus, qui prenait hautement la défense de la Compagnie de Jésus contre les calomnies répandues partout, confirmait l'ordre dans sa constitution d'origine, approuvait sa fin, ses méthodes et ses œuvres, et rappelait l'éloge qu'en faisaient tant d'évêques pour leur travail au service des diocèses.[63][64] C'était la réponse pontificale la plus complète à la campagne anti-jésuite — mais, venant après l'expulsion française et à la veille de l'espagnole, elle resta largement lettre morte auprès des cours décidées à en finir.[65]

« Sint ut sunt aut non sint »

À cette fermeté pontificale répond une formule célèbre, prononcée lorsqu'on proposa, pour sauver les jésuites de France, de leur donner des constitutions adoucies et un supérieur indépendant de Rome :

« Qu'ils soient tels qu'ils sont, ou qu'ils ne soient pas. » — Formule restée attachée à la défense de la Compagnie de Jésus[66]

La tradition l'attribue le plus souvent au général des jésuites Lorenzo Ricci, qui aurait ainsi refusé de trahir les constitutions confiées à sa garde ; certains historiens la rapportent plutôt à Clément XIII lui-même, écartant la proposition d'une Compagnie démembrée et nationalisée.[67] L'incertitude même de l'attribution dit quelque chose de juste : le mot exprime exactement la position commune du pape et du général — pas de survie au prix de la dénaturation.

L'affaire de Parme et la rupture avec les Bourbons

Le monitoire du 30 janvier 1768

Le petit duché de Parme, fief théorique du Saint-Siège mais gouverné par un Bourbon, devint le théâtre de l'affrontement décisif. Le ministre Guillaume du Tillot y multiplia les mesures régalistes : interdiction d'appeler à Rome, contrôle des biens d'Église, expulsion des jésuites. Clément XIII y vit une atteinte intolérable aux droits de l'Église et à la suzeraineté pontificale. Le 30 janvier 1768, il publia un monitoire — un avertissement solennel du pape, le monitorium de Parme — qui cassait les décrets de du Tillot et frappait leurs auteurs de censures ecclésiastiques.[68][69]

Les représailles : Avignon, Bénévent, Pontecorvo

Après le monitoire de Parme du 30 janvier 1768, les Bourbons répondent par des saisies territoriales contre le Saint-Siège : Avignon, Bénévent et Pontecorvo. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La riposte des Bourbons fut foudroyante et coordonnée. Au nom de la solidarité de famille, la France saisit le Comtat Venaissin et la ville d'Avignon, possessions pontificales en terre française ; le royaume de Naples occupa les enclaves pontificales de Bénévent et de Pontecorvo.[70][71] Le message était clair : toute résistance de Rome serait payée en territoires. Surtout, les cours réunies firent monter d'un cran leur exigence : ce n'était plus seulement l'expulsion nationale qu'elles réclamaient, mais la suppression universelle de la Compagnie de Jésus par le pape lui-même.

Un pape de dévotion : le Sacré-Cœur

Il serait injuste de réduire ce règne à sa dimension de bataille. Clément XIII fut aussi un pape de piété intérieure, attentif aux mouvements spirituels de son temps — et son nom reste attaché à l'une des grandes dévotions modernes.

Le décret de 1765 pour la Pologne

Depuis les révélations de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial (1673-1675), la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus s'était répandue, mais Rome avait par deux fois refusé d'en approuver une fête liturgique propre — après la supplique de 1697 portée par la reine Marie de Modène, puis de nouveau en 1729.[72] Clément XIII leva l'obstacle. Sur la supplique des évêques de Pologne de 1764, la Congrégation des Rites rendit le 25 janvier 1765 un décret, approuvé par le pape le 6 février 1765, qui accordait la célébration liturgique de la fête du Sacré-Cœur aux évêques polonais et à l'archiconfrérie du Sacré-Cœur de Jésus de Rome.[73] Le décret expliquait que le Siège apostolique agissait ainsi pour étendre une dévotion déjà florissante, destinée à « renouveler par ce symbole la mémoire de cet amour divin » par lequel le Christ s'était offert en victime pour les péchés des hommes.[74]

« Renouveler par ce symbole la mémoire de cet amour divin. » — Décret de la Congrégation des Rites approuvé par Clément XIII, 6 février 1765[75]

Cette première approbation rompit une digue : la fête du Sacré-Cœur se diffusa rapidement à travers l'Europe, jusqu'à ce que Pie IX l'étende à l'Église universelle en 1856. Clément XIII en aura été le premier garant pontifical.

Les canonisations de 1767

Le pape juriste fut aussi un canonisateur. Le 16 juillet 1767, au plus fort de la crise jésuite, il éleva sur les autels quatre saints dont la diversité dit l'équilibre de sa dévotion : Jérôme Émilien, fondateur des Somasques et père des orphelins ; Joseph Calasanz, fondateur des Écoles Pies et apôtre de l'éducation des pauvres ; Séraphin de Montegranaro, humble capucin ; et surtout Joseph de Cupertino, le franciscain célèbre pour ses lévitations.[76][77] Il béatifia par ailleurs son lointain parent Grégoire Barbarigo, l'évêque réformateur de Padoue et de Bergame, en 1761.[78][79]

Clément XIII marqua encore sa piété mariale en confirmant, par la bulle Quantum ornamenti du 8 novembre 1760, le choix de l'Immaculée Conception comme patronne de l'Espagne et de ses territoires, à la demande de Charles III — saint Jacques le Majeur demeurant co-patron — un geste antérieur à la rupture, qui rappelle que le conflit ne fut jamais d'ordre proprement doctrinal.[80]

La mort sous le choc (2 février 1769)

L'épilogue fut brutal. En janvier 1769, les ambassadeurs de France, d'Espagne et de Naples présentèrent successivement, les 18, 20 et 22 janvier, une demande péremptoire et conjointe : la « suppression totale et entière de la Compagnie de Jésus dans le monde entier ».[81] Acculé, Clément XIII convoqua un consistoire pour le 3 février afin d'examiner cette exigence sans précédent — un pape sommé par les rois catholiques de détruire de ses mains le plus puissant ordre de l'Église.

Il n'y parvint jamais. Le 2 février 1769, jour de la Purification de la Vierge, il fut foudroyé dans la nuit par ce que les médecins décrivirent comme une apoplexie.[82][83] Selon le récit circonstancié repris par la Wikipédia anglophone, il avait célébré la fête avec ferveur et reçu son neveu dans la journée.[84] La biographie classique conclut sans détour :

« C'est cela qui le tua. Il expira sous le choc, dans la nuit du 2 au 3 février. » — The Catholic Encyclopedia, art. Pope Clement XIII[85]

Cette même tradition lui prête, frappé, ce cri : « Ô Dieu, ô Dieu, quelle douleur ! »[86] La rumeur d'un empoisonnement courut aussitôt, mais aucune preuve ne l'a jamais étayée.[87] Le pape laissait l'Église dans l'impasse : la suppression qu'il avait refusée jusqu'à la mort serait signée quatre ans plus tard par Clément XIV, dans la bulle Dominus ac Redemptor (1773).

Postérité : le tombeau de Canova

L'histoire de l'art a réservé à Clément XIII une gloire que la politique lui avait refusée. Son neveu, le sénateur de Rome Abbondio Rezzonico, et ses deux frères cardinaux commandèrent au jeune Antonio Canova un monument funéraire pour la basilique Saint-Pierre.[88] Le sculpteur y travailla de 1783 à 1792 et en fit l'un des chefs-d'œuvre du néoclassicisme européen : le pape agenouillé en prière, la tiare posée près de lui ; à gauche du sarcophage, la Religion debout ; à droite, le Génie de la Mort ailé renversant sa torche éteinte ; et, au pied du tombeau, deux lions de marbre, l'un endormi, l'autre veillant.[89]

Le monument de Clément XIII par Antonio Canova (1783-1792), basilique Saint-Pierre. Photo : Gary Todd, Wikimedia Commons, domaine public.

Ce tombeau achevé en 1792 fit la réputation de Canova et fixa pour la postérité l'image de Clément XIII : non plus le pape vaincu par les Bourbons, mais un vieillard en oraison, image d'une fidélité priante au milieu de l'effondrement. C'est peut-être le jugement le plus juste sur ce pontificat : une sainteté personnelle et une fermeté doctrinale impuissantes à arrêter la marée des États, mais qui sauvèrent l'honneur du Siège apostolique en refusant la capitulation.

Chronologie

  1. 7 mars 1693
    Naissance à Venise

    Carlo della Torre di Rezzonico naît dans une famille de patriciens vénitiens récemment anoblis, propriétaires de la Ca' Rezzonico.

  2. 20 décembre 1737
    Cardinal

    Créé cardinal par Clément XII, dont il reprendra le nom.

  3. 19 mars 1743
    Évêque de Padoue

    Consacré par Benoît XIV ; quinze ans d'épiscopat exemplaire.

  4. 6 juillet 1758
    Élection au pontificat

    Élu pape avec trente et une voix après le veto français contre Cavalchini ; couronné le 16 juillet.

  5. Septembre 1759
    Condamnation de l'Encyclopédie

    Mise à l'Index de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert sous peine d'excommunication.

  6. 1759
    Expulsion des jésuites du Portugal

    Pombal chasse la Compagnie ; rupture des relations avec Rome en 1760.

  7. 6 août 1762
    Suppression des jésuites en France

    Le parlement de Paris supprime l'ordre ; Louis XV l'expulse officiellement en novembre 1764.

  8. Janvier 1765
    Bulle Apostolicum pascendi munus

    Défense solennelle de la Compagnie de Jésus, largement ignorée par les cours.

  9. 6 février 1765
    Fête du Sacré-Cœur

    Approbation de la fête liturgique pour la Pologne et l'archiconfrérie romaine.

  10. 2-3 avril 1767
    Expulsion d'Espagne

    Charles III fait arrêter et déporter tous les jésuites de son empire ; Naples et Parme suivent.

  11. 30 janvier 1768
    Monitoire de Parme

    Le pape casse les décrets anticléricaux de du Tillot ; la France saisit Avignon, Naples Bénévent et Pontecorvo.

  12. 2 février 1769
    Mort à Rome

    À la veille du consistoire sur la suppression des jésuites, Clément XIII meurt d'apoplexie.

Pour aller plus loin

  • Benoît XIV — le prédécesseur érudit dont Clément XIII hérita la crise jésuite naissante.
  • Clément XIV — le successeur qui, en 1773, supprima la Compagnie de Jésus par la bulle Dominus ac Redemptor.
  • Pie VII — le pape qui rétablit l'ordre des jésuites en 1814.

Notes et sources

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle Clemente XIII, liste des souverains pontifes : 248e pape, Carlo della Torre di Rezzonico, né à Venise le 7 mars 1693, pontificat du 6 juillet 1758 (couronnement le 16 juillet 1758) au 2 février 1769. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/clemente-xiii.html

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  2. Art. Clemente XIII, Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000. Donne : origine comasque de la famille, installation à Venise en 1640, achat de l'inscription au Livre d'or vénitien en 1687 pour 100 000 ducats, études au collège jésuite de Bologne (1703-1711), doctorat in utroque iure à Padoue le 30 septembre 1713, carrière curiale (gouverneur de Rieti puis de Fano en 1721, auditeur de la Rote), cardinalat du 20 décembre 1737, épiscopat de Padoue à partir de 1743, élection de 1758, monitoire de Parme du 30 janvier 1768 cassant la législation de du Tillot, occupation bourbonienne d'Avignon, Bénévent et Pontecorvo, condamnations de l'Encyclopédie et de l'Esprit d'Helvétius, mort par apoplexie le 2 février 1769. Sur la Rote : « Nel 1728, alla morte di Federico Cornelio, auditore veneto alla Sacra Rota, gli subentrò in questa importante carica » ; la Catholic Encyclopedia donne 1725 (« Auditor of the Rota for Venice in 1725 ») et Miranda mars 1729 avec prise de possession en novembre suivant — d'où la formulation « fin des années 1720 » dans le corps. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-xiii_(Enciclopedia-dei-Papi)/

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  3. Art. Pope Clement XIII, The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, 1908 ; transcription New Advent. Donne : éducation jésuite à Bologne, carrière curiale, cardinalat de 1737, épiscopat de Padoue de 1743, élection « en pleurant » le 6 juillet 1758, défense des jésuites contre le Portugal de Pombal (expulsion de 1759, rupture diplomatique de 1760), procès du parlement de Paris et arrêt de suppression du 6 août 1762, lettres au roi de juin 1761 (« to implore him to stay the proceedings of his Parlement ») et de janvier 1762 contre le projet d'un vicaire général français indépendant de Rome, puis allocution du 3 septembre 1762 répondant à l'arrêt (« Clement replied by an Allocution of 3 September, in which he protested against the invasion of the Church's rights, and annulled the arrêts of the Parlement against the Society »), expulsion française de novembre 1764, bulle Apostolicum pascendi munus de janvier 1765, expulsion espagnole des 2-3 avril 1767, monitoire de Parme du 30 janvier 1768, saisie d'Avignon, Bénévent et Pontecorvo, demande conjointe des ambassadeurs (18, 20 et 22 janvier 1769) de « suppression totale et entière de la Compagnie de Jésus dans le monde entier », mort sous le choc dans la nuit du 2 au 3 février 1769, livres condamnés (Berruyer, Helvétius, Mésenguy, Encyclopédie, Febronius). Textes originaux anglais cités : « It was with tears that he submitted to the will of the electors, for he gauged well the force and direction of the storm which was gathering on the political horizon » ; « It was this that killed him. He expired under the shock on the night of 2-3 February ». (La date de la bulle Apostolicum pascendi munus varie selon les sources entre le 7, le 9 et le 12 janvier 1765.) Sur l'épiscopat de Padoue : vie conforme à son enseignement ; témoignage de l'abbé Clément, janséniste — donc hostile —, selon qui on l'appelait « le saint » et qui rapporte que, « malgré les immenses revenus de son diocèse et de son patrimoine privé, il se trouvait toujours sans argent tant ses aumônes étaient larges, et donnait jusqu'à son linge » (texte anglais original : « he was called the saint (by his people), and was an exemplary man who, notwithstanding the immense revenues of his diocese and his private estate, was always without money owing to the lavishness of his alms-deeds, and would give away even his linen »). URL : https://www.newadvent.org/cathen/04032a.htm

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  4. Art. Clement XIII, Pope, New Catholic Encyclopedia, version en ligne Encyclopedia.com, consultée le 10 juin 2026. Précise la fortune privée du pape et sa générosité, le contexte régaliste et « éclairé » des expulsions (Pombal, Choiseul, Aranda, du Tillot), les condamnations de livres, et les canonisations de 1767. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/clement-xiii-pope

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  5. Wikipédia (fr), art. Clément XIII, consultée le 10 juin 2026. Précise la mise à l'Index de l'Encyclopédie en 1759 avec menace d'excommunication, la bulle Christianae reipublicae salus de 1766 contre les Lumières, la condamnation de l'Émile de Rousseau, l'épisode des feuilles de figuier (« Plus pudique que ses contemporains, il fit recouvrir de feuilles de figuier artificielles les parties sexuelles de sculptures de l'époque classique »), et le népotisme familial (neveux Carlo et Abbondio Rezzonico). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_XIII

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  6. Wikipédia (en), art. Pope Clement XIII, consultée le 10 juin 2026. Précise : naissance le 7 mars 1693 à Venise, parents Giovanni Battista Rezzonico et Vittoria Barbarigo, achèvement de la Ca' Rezzonico, éducation jésuite à Bologne et doctorat de Padoue, cardinalat du 20 décembre 1737 (San Nicola in Carcere), épiscopat de Padoue consacré le 19 mars 1743 par Benoît XIV, veto français contre Cavalchini au conclave, élection le 6 juillet 1758 avec 31 voix, couronnement le 16 juillet 1758 par Alessandro Albani, feuilles de figuier sur les statues, bulle Quantum ornamenti du 8 novembre 1760 (texte exact : « On 8 November 1760, Clement XIII issued a papal bull Quantum ornamenti, which approved the request of King Charles III of Spain to invoke the Immaculate Conception as the Patroness of Spain, along with its eastern and western territories, while continuing to recognize Saint James the Greater as co-patron » —, expulsion espagnole des 2-3 avril 1767, canonisations du 16 juillet 1767 (Jérôme Émilien, Joseph Calasanz, Joseph de Cupertino, Séraphin de Montegranaro), béatification de Grégoire Barbarigo le 6 juillet 1761, demande finale de suppression (janvier 1769), exclamation « O God, O God, what pain! », mort le 2 février 1769, rumeur d'empoisonnement non prouvée, monument funéraire par Canova ; sur les statues : « he had the classical sculptures in the Vatican provided with mass-produced fig leaves ». L'ordination sacerdotale au 23 décembre 1731 et la création cardinalice au 20 décembre 1737 sont confirmées au jour près par S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, fiche « Rezzonico, seniore, Carlo ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Clement_XIII

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  7. Art. Clemente XIII, Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000 : « si laureò "in utroque iure" il 30 settembre 1713 » ; « il Rezzonico fu eletto il 6 luglio 1758, con trentuno voti » ; « Il papa convocò per il 3 febbraio il Concistoro, da cui doveva uscire una risposta ai memoriali; ma, colpito da apoplessia, morì a Roma nella notte del 2 febbraio 1769 ». URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-xiii_(Enciclopedia-dei-Papi)/

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  8. Art. Clemente XIII, Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000 : « Carlo Rezzonico nacque a Venezia il 7 marzo 1693 da Gian Battista e da Vittoria Barbarigo. La sua famiglia era originaria di Como: il ramo paterno si era trasferito a Venezia nel 1640 [...] tanto da poter comprare, nel 1687, l'ammissione nel Libro d'oro della nobiltà veneziana per la ragguardevole somma di 100.000 ducati » ; le même article désigne Grégoire Barbarigo comme « il proprio antenato Gregorio Barbarigo » et range sa béatification parmi celles de Clément XIII. La date de 1687 est ici tranchée d'après la Treccani, confirmée par le musée de la Ca' Rezzonico (MUVE) : la Wikipédia anglophone (art. Ca' Rezzonico) donne 1648, année des premiers achats de titres pendant la guerre de Candie, et non celle de l'inscription propre des Rezzonico. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-xiii_(Enciclopedia-dei-Papi)/

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  9. Sources visuelles : portrait d'Infobox, Anton Raphael Mengs, Portrait of Pope Clement XIII Rezzonico, Wikimedia Commons, domaine public ; Ca' Rezzonico, photo Didier Descouens, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; monument de Clément XIII par Canova, photo Gary Todd, Wikimedia Commons, domaine public ; infographies pédagogiques : infographies originales Ignispedia créées par IA.

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  10. Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, fiche « Rezzonico, seniore, Carlo » : « Second of the two children of Giovanni Battista Rezzonico, senator of the Republic of Venice, and Vittoria Barbarigo, sister of Pietro Barbarigo, patriarch of Venice. The other child was Aurelio » ; « Priesthood. Ordained, December 23, 1731 » ; créé cardinal-diacre au consistoire du 20 décembre 1737 ; sur la Rote : « Auditor of the Sacred Roman Rota for Venice, March 1729; took possession the following November ». URL : http://cardinals.fiu.edu/bios1737.htm

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  11. Date de la béatification de Grégoire Barbarigo par Clément XIII : les sources divergent sur le jour — 6 juillet 1761 (Wikipédia anglophone, art. Pope Clement XIII et Gregorio Barbarigo ; S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, consistoire du 5 avril 1660, fiche « Barbarigo » : « He was beatified by Pope Clement XIII on July 6, 1761 »), 16 juillet 1761 (McClintock-Strong, Cyclopedia of Biblical, Theological and Ecclesiastical Literature, art. Barbarigo, Gregorio : « Clement XIII declared his beatification, July 16, 1761 » ; Celeste McNamara, « Molding the Model Bishop from Trent to Vatican II », Church History 88:1, mars 2019, p. 58-86 : « beatification by Pope Clement XIII on July 16, 1761 »), 20 septembre 1761 (New Catholic Encyclopedia, art. Clement XIII, Pope : « Gregory was beatified by Clement, Sept. 20, 1761 »). Le corps retient donc la seule année, 1761, sur laquelle toutes les sources s'accordent. URLs : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Clement_XIII ; http://cardinals.fiu.edu/bios1660.htm ; https://www.studylight.org/encyclopedias/eng/mse/b/barbarigo-gregorio.html ; https://doi.org/10.1017/S0009640719000520 ; https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/clement-xiii-pope

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  12. The Annual Register, or a View of the History, Politicks, and Literature, of the Year 1758, Londres, R. and J. Dodsley, 1759, p. 102 : « the honestest man in the world; a most exemplary ecclesiastic; of the purest morals; devout, steady, learned, diligent... » (cité dans le corps en traduction française). Verbatim et page vérifiés au primaire le 4 octobre 2026 sur la numérisation archive.org (8e éd., Londres, J. Dodsley, 1791) : le passage figure p. 102 de la Chronique, juste avant l'en-tête « CHRONICLE. 103 ». URL : https://books.google.com/books?id=zxrygMcR8fcC&pg=PA102 ; numérisation contrôlée : https://archive.org/details/annualregisteror1758londuoft

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  13. Catherine Maire, « L'entrée des "Lumières" à l'Index : le tournant de la double censure de l'Encyclopédie en 1759 », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, n° 42, avril 2007, p. 108-139. Étude de référence sur la double censure romaine de 1759 (Saint-Office puis Index) frappant l'Encyclopédie : mise à l'Index et injonction aux possesseurs de remettre leurs exemplaires pour destruction, sous peine d'excommunication. URL : https://doi.org/10.4000/rde.2363

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  14. Art. Apostolicum Pascendi Munus, The Catholic Encyclopedia (1913) / Apostolicum pascendi, Wikipédia (en), consultés le 10 juin 2026. Bulle de Clément XIII de janvier 1765 défendant la Compagnie de Jésus contre les calomnies, confirmant l'ordre dans sa constitution d'origine, approuvant sa fin, ses méthodes et ses sodalités, et rappelant les éloges épiscopaux ; sans effet sur les cours bourboniennes. La date exacte est diversement donnée (7, 9 ou 12 janvier 1765 selon les sources). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Apostolicum_pascendi

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  15. Sur la formule « Sint ut sunt aut non sint » (« Qu'ils soient tels qu'ils sont, ou qu'ils ne soient pas »), voir Roberto de Mattei, Sint ut sunt aut non sint, et l'Oxford Dictionary of Popes (Oxford Reference). L'attribution est disputée : la tradition la rapporte le plus souvent au général des jésuites Lorenzo Ricci, refusant un démembrement national de la Compagnie ; d'autres sources la rattachent à Clément XIII lui-même. Les deux interprétations coexistent dans la littérature savante. URL : https://www.robertodemattei.it/en/sint-ut-sunt-aut-non-sint-2/

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  16. Sur les deux refus romains avant 1765 : The Catholic Encyclopedia, art. Devotion to the Sacred Heart of Jesus — « Mary of Modena, the exiled queen of James II, at the instance of the Visitation, petitioned in 1697 for a proper Feast of the Sacred Heart. Neither then, however, nor on the presentation of new petitions in 1726, was an affirmative answer obtained » ; « In 1726 it was deemed advisable once more to importune Rome for a feast with a Mass and Office of its own, but, in 1729, Rome again refused. However, in 1765, it finally yielded ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/07163a.htm

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  17. Sur l'approbation de la fête du Sacré-Cœur : décret de la Congrégation des Rites du 25 janvier 1765, approuvé par Clément XIII le 6 février 1765, accordant la fête liturgique aux évêques de Pologne et à l'archiconfrérie du Sacré-Cœur de Rome, en réponse au mémoire des évêques polonais de 1764. Voir The Liturgical Theology of the Solemnity of the Sacred Heart, Catholic Culture. Texte cité : la dévotion devait « renouveler par ce symbole la mémoire de cet amour divin » (latin : « hoc symbolo divini illius amoris memoriam renovare »). La fête sera étendue à l'Église universelle par Pie IX le 23 août 1856. URL : https://www.catholicculture.org/culture/library/view.cfm?id=7146

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  18. St Peter's Basilica, Monument to Clement XIII, notice du monument funéraire ; et notices muséales sur Antonio Canova. Le monument fut commandé par le sénateur Abbondio Rezzonico, neveu du pape, et ses frères cardinaux, exécuté par Antonio Canova de 1783 à 1792 : pape agenouillé en prière, tiare posée près de lui, la Religion à gauche du sarcophage, le Génie ailé de la Mort renversant sa torche à droite, deux lions de marbre (l'un endormi, l'autre éveillé) au pied du monument. URL : https://stpetersbasilica.info/Monuments/ClementXIII/ClementXIII.htm

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