Charles Borromée (en italien Carlo Borromeo, 1538-1584) est un cardinal et archevêque de Milan, l'une des plus grandes figures de la Réforme catholique du XVIᵉ siècle. Neveu du pape Pie IV, créé cardinal à vingt et un ans, il fut d'abord un brillant prince de l'Église romaine avant de devenir, après une conversion intérieure, le modèle achevé de l'évêque réformateur voulu par le concile de Trente.[1][2]
Tout en lui contredit l'image du dignitaire mondain : ce neveu de pape, comblé d'honneurs et de bénéfices dès l'enfance, choisit l'austérité, la pénitence et un labeur pastoral sans relâche. Il fit de l'immense archidiocèse de Milan — plus de huit cent mille fidèles et trois mille clercs — le laboratoire de la réforme tridentine : séminaires, conciles provinciaux, visites pastorales, catéchisme du peuple. Sa devise familiale, le seul mot Humilitas, résume toute sa physionomie spirituelle.[3][4]
Contemporain et acteur du concile de Trente, cheville ouvrière de la Réforme catholique face à la révolution protestante, Charles Borromée appartient à cette génération de saints réformateurs qui, au cœur de la crise, régénérèrent l'Église de l'intérieur. Aux côtés de saint Ignace de Loyola, de saint Philippe Néri, de sainte Thérèse d'Avila et de saint Pierre Canisius, il incarne l'évêque idéal de l'âge tridentin : savant, ascète, infatigable et tout donné à son peuple.[5][6]
Le contexte : une Église à réformer
La crise du XVIᵉ siècle
Charles Borromée naît trois ans après la rupture de l'Angleterre, vingt ans après les thèses de Luther, dans une Église profondément ébranlée par la Réforme protestante et minée par ses propres abus. Le cumul des bénéfices, le non-résidence des évêques, l'ignorance du clergé, la vénalité et le relâchement des mœurs avaient affaibli la chrétienté latine au moment même où le protestantisme arrachait à Rome des nations entières.[7][8] Le grand remède fut le concile de Trente (1545-1563), qui redéfinit la doctrine catholique et imposa une discipline nouvelle. Mais un concile ne vaut que par ses applicateurs : Charles Borromée fut, plus que tout autre, l'homme qui fit passer Trente dans les faits.
La maison Borromée et la devise « Humilitas »
Les Borromée appartiennent à l'ancienne noblesse lombarde, riche et puissante, dont les armes portent les célèbres anneaux borroméens entrelacés, symbole de la Sainte Trinité, et la devise d'un seul mot : Humilitas.[9] Ce paradoxe — une grande famille dont la devise est l'humilité — marquera toute la vie du saint, qui fit de ce mot non pas un ornement héraldique, mais un programme spirituel pris à la lettre.
Les origines : Arona, Pavie et la cléricature précoce (1538-1559)
Naissance au château d'Arona (1538)
Charles naît le 2 octobre 1538 au château d'Arona, sur les rives du lac Majeur, à une cinquantaine de kilomètres de Milan.[10][11] Son père, Giberto Borromée, comte d'Arona, est un seigneur pieux ; sa mère, Margherita de' Medici, appartient à la branche milanaise des Médicis et est la sœur de Giovanni Angelo de' Medici, le futur pape Pie IV. Deuxième fils d'une grande maison, Charles est très tôt destiné à l'état ecclésiastique, selon l'usage des familles nobles de son temps.
L'enfant tonsuré et l'abbaye d'Arona
Vers l'âge de douze ans, Charles reçoit la tonsure cléricale, et son oncle paternel lui transmet les riches revenus de l'abbaye bénédictine des saints Gratinien et Félin d'Arona — un de ces « bénéfices » de famille que l'époque considérait comme normal.[12] Mais l'enfant montre déjà un sens aigu de la justice : il déclare que tout ce qui, dans ces revenus, dépasse le strict nécessaire à sa formation appartient aux pauvres. Ce trait, rapporté par ses biographes, annonce l'évêque qui dépouillera plus tard son palais pour nourrir les pestiférés.[13]
L'étudiant de Pavie et le docteur des deux droits (1559)
Charles fait ses études à Milan, puis à l'université de Pavie, où il se consacre au droit civil et canonique. Un léger défaut d'élocution le fait d'abord passer pour lent ; mais son sérieux et son labeur acharné démentent vite cette impression.[14] Le 6 décembre 1559, il est reçu docteur in utroque jure — docteur de l'un et l'autre droit — à vingt et un ans.[15] Cette formation juridique, jointe à une volonté de fer, fera de lui un administrateur et un législateur ecclésiastique de premier ordre.
Le cardinal-neveu à Rome (1560-1564)
L'élection de Pie IV et l'appel à Rome
Le 25 décembre 1559, l'oncle de Charles, le cardinal Giovanni Angelo de' Medici, est élu pape sous le nom de Pie IV.[16] Le nouveau pontife appelle aussitôt son neveu à Rome et le couvre de responsabilités : protonotaire apostolique le 13 janvier 1560, puis, le 31 janvier 1560, cardinal — à vingt et un ans.[17][18]
Cardinal à vingt et un ans
Le jeune cardinal devient le véritable bras droit de son oncle : cardinal-neveu et secrétaire d'État, il reçoit la garde des sceaux public et privé de l'État ecclésiastique et participe au gouvernement des États pontificaux et de l'Église universelle.[19] Il administre, supervise des ordres religieux, traite avec les princes. Une telle accumulation de pouvoir et de richesse entre les mains d'un homme si jeune était le népotisme classique de la Renaissance ; mais Charles, lui, allait en faire un tout autre usage.
Les Noctes Vaticanae : un prince studieux et déjà austère
Au milieu du faste romain, le cardinal Borromée mène une vie réglée et studieuse. Il impose à sa maison une discipline sévère, fait adopter à la cour romaine des vêtements noirs, et fonde une académie savante, l'Académie des Nuits Vaticanes, dont les travaux paraissent sous le titre de Noctes Vaticanae.[20] En 1561, il fonde et dote à Pavie un collège (l'actuel Almo Collegio Borromeo) pour les étudiants pauvres et méritants — première de ses grandes œuvres de formation.[21][22]
Le rôle décisif au concile de Trente
C'est ici qu'apparaît la dimension historique de Charles Borromée. Le concile de Trente, plusieurs fois interrompu, semblait enlisé. Le cardinal-neveu fut l'artisan de sa reprise : c'est en grande partie sous son impulsion que le concile rouvrit ses portes le 18 janvier 1562 et tint sa troisième et dernière période (1562-1563), la plus décisive.[23][24] De Rome, il dirigea l'immense correspondance avec les légats, leva les obstacles diplomatiques et poussa à la clôture du concile, le 4 décembre 1563.[25][26] Sans son énergie, l'œuvre de Trente serait peut-être restée inachevée. Pie X dira de lui qu'il fut comme « l'argile entre les mains de Dieu et de son Vicaire », instrument docile d'une réforme immense.[27]
Le Catéchisme romain
Une fois le concile clos, restait à en diffuser la doctrine. Charles Borromée joua un rôle de premier plan dans la rédaction du Catechismus Romanus, le Catéchisme du concile de Trente (publié en 1566), destiné aux curés pour l'instruction du peuple.[28][29][30] Il œuvra aussi à la réforme du bréviaire et du missel romains. Toute sa vie, il croira que la réforme de l'Église passe d'abord par l'enseignement — la formation des prêtres et la catéchèse des fidèles.
La conversion : la mort de Federico (1562)
Un tournant intérieur
Le tournant de sa vie n'est pas un événement spectaculaire, mais un deuil. Le 19 novembre 1562, son frère aîné Federico Borromée meurt subitement.[31] Charles est désormais l'aîné de la maison ; sa famille le presse de quitter l'état clérical, de se marier et d'assurer la descendance des Borromée. Il refuse. Loin de saisir cette occasion de revenir au monde, il prend au contraire la décision inverse : se donner entièrement à Dieu et au service de l'Église.
La fréquentation des jésuites et des théatins, l'exemple de grands évêques réformateurs comme Barthélemy des Martyrs, archevêque de Braga, achèvent de le tourner vers une vie de rigueur chrétienne et de zèle pastoral.[32] De prince de l'Église, il veut devenir pasteur.
Ordination et consécration épiscopale (1563)
La conséquence est immédiate. Charles, qui n'était encore que diacre (ordonné le 21 décembre 1560), demande à recevoir le sacerdoce et l'épiscopat. Il est ordonné prêtre le 4 septembre 1563, puis consacré évêque le 7 décembre 1563 dans la chapelle Sixtine.[33][34] Nommé archevêque de Milan le 12 mai 1564, il est d'abord retenu à Rome auprès de son oncle ; ce n'est qu'après la mort de Pie IV (1565) qu'il pourra rejoindre son diocèse. Désormais, toute sa vie tiendra en un mot : résider et réformer.
L'archevêque de Milan : le modèle de l'évêque tridentin (1565-1584)
L'entrée dans Milan (1565) : le premier archevêque résident depuis 80 ans
Le 23 septembre 1565, Charles Borromée fait son entrée solennelle dans Milan.[35] L'événement est lourd de sens : il est le premier archevêque résident depuis environ quatre-vingts ans. Ses prédécesseurs, princes absentéistes, gouvernaient de loin un diocèse livré à lui-même. Lui choisit de vivre au milieu de son peuple, conformément à la grande exigence de Trente : la résidence de l'évêque.
L'archidiocèse était alors le plus vaste d'Italie : plus de huit cent mille fidèles, plus de trois mille clercs.[36] Le clergé et le peuple s'étaient éloignés de la doctrine ; vente d'indulgences, simonie, désordre des couvents, ignorance religieuse régnaient. Charles entreprend de tout reprendre en main, méthodiquement, par la visite, la législation et la formation.
Les conciles provinciaux et les synodes : l'Acta Ecclesiae Mediolanensis
Charles gouverne par le droit, en juriste consommé. Il réunit six conciles provinciaux et onze synodes diocésains, où il légifère sur la discipline du clergé, l'administration des sacrements, la prédication, la tenue des églises et la vie des fidèles.[37][38][39] L'ensemble de ces décrets, rassemblés sous le titre d'Acta Ecclesiae Mediolanensis, deviendra un monument de droit pastoral, copié et imité par les évêques de toute l'Europe catholique. Milan devient ainsi le modèle sur lequel se règle l'application de Trente.
Les séminaires et la formation du clergé
Convaincu que les abus de l'Église naissent de l'ignorance du clergé, Charles fait de la formation des prêtres sa priorité absolue.[40] Appliquant un décret majeur de Trente, il ouvre dès le 11 novembre 1564 son premier séminaire, bientôt suivi de plusieurs collèges et communautés de formation où les futurs prêtres reçoivent une instruction sérieuse et une vie spirituelle réglée.[41] Ces institutions serviront de modèle à toute la Réforme catholique : l'évêque de Milan invente, pour ainsi dire, le séminaire tridentin tel qu'il fonctionnera pendant quatre siècles.
La Confrérie de la doctrine chrétienne : les « écoles du dimanche »
Pour le peuple, Charles développe à grande échelle la Confrérie de la doctrine chrétienne, qui organise un enseignement systématique du catéchisme aux enfants et aux adultes, le dimanche, dans toutes les paroisses.[42] Ces « écoles de la doctrine chrétienne » — véritables ancêtres des écoles du dimanche — comptèrent à Milan des dizaines de milliers d'élèves. C'est l'une des grandes réussites de son épiscopat : faire de la catéchèse populaire un instrument durable de la réforme.
Les Oblats de saint Ambroise (1578)
Pour disposer de prêtres entièrement dévoués à son œuvre, Charles fonde en 1578 la société des Oblats de saint Ambroise — des prêtres séculiers qui, sans prononcer de vœux solennels, se consacrent à la prière, à l'étude et au service des paroisses selon les besoins du diocèse.[43] Placée sous le patronage du grand évêque de Milan du IVᵉ siècle, saint Ambroise, la congrégation sera plus tard associée au nom même de son fondateur (Oblats des saints Ambroise et Charles).
Le tableau ci-dessous récapitule les grands leviers de sa réforme diocésaine.
| Levier de réforme | Réalisation à Milan | Portée |
|---|---|---|
| Résidence de l'évêque | Entrée solennelle en 1565, premier résident depuis ~80 ans | Modèle d'application directe de Trente |
| Législation pastorale | 6 conciles provinciaux + synodes → Acta Ecclesiae Mediolanensis | Code imité dans toute l'Europe catholique |
| Formation du clergé | Fondation de séminaires et collèges | Matrice du séminaire tridentin |
| Catéchèse du peuple | Confrérie / écoles de la doctrine chrétienne | Catéchisme dominical de masse |
| Clergé dédié | Oblats de saint Ambroise (1578) | Prêtres séculiers au service du diocèse |
Le visiteur et le législateur de l'art sacré
Charles applique aussi à Milan les décrets de Trente sur l'art sacré : il veut des églises dépouillées du paganisme décoratif et ordonnées à la prière, et rédige des Instructions sur la construction et l'ameublement des édifices sacrés qui feront autorité.[44] Visiteur infatigable, il parcourt jusqu'aux vallées alpines les plus reculées de son immense diocèse, contrôlant tout par lui-même.
Le pasteur héroïque : la peste de Milan (1576-1577)
L'épisode qui scella sa réputation de sainteté fut la peste de 1576-1577, restée dans la mémoire milanaise sous le nom de « peste de saint Charles » (peste di San Carlo). Précédée par la famine, l'épidémie ravage la ville ; le gouverneur espagnol et nombre de nobles fuient. Charles, lui, reste.[45]
Il rassemble les supérieurs de toutes les communautés religieuses du diocèse et organise les secours. Il s'efforce de nourrir jusqu'à soixante ou soixante-dix mille personnes par jour, épuisant sa fortune personnelle et s'endettant pour les pauvres.[46] Surtout, il visite lui-même les pestiférés, administre les sacrements aux mourants, et conduit des processions de pénitence : on le représente pieds nus, une corde au cou, portant la croix et la relique du Saint Clou de la Passion, offrant sa propre vie en expiation pour son peuple. Cette image de l'évêque marchant au milieu des cadavres pour porter le réconfort de Dieu devint l'icône même du bon pasteur tridentin.
L'opposition : l'attentat de 1569 et les conflits
La tentative d'assassinat des Humiliés
La fermeté de Charles lui valut de violentes oppositions. La plus dramatique vint de l'ordre des Humiliés (Umiliati), une congrégation jadis fervente, tombée dans la richesse et le relâchement : réduite à environ 170 membres, elle possédait pourtant près de quatre-vingt-dix monastères.[47] Furieux des réformes que l'archevêque voulait leur imposer, quelques-uns ourdirent un complot.
Le soir du 26 octobre 1569, alors que Charles priait à genoux dans sa chapelle pendant la prière du soir, un membre de l'ordre, l'ex-frère Girolamo Donato dit « Farina », tira sur lui un coup d'arquebuse.[48][49][50] La balle l'atteignit dans le dos mais, selon les témoins, « ne perça même pas ses vêtements » : on cria au miracle. Le saint, dit-on, demeura en prière sans même interrompre l'office. Cette survie inexpliquée renforça encore son aura.[51]
La suppression des Humiliés (1571)
À la suite de cet attentat et de la résistance persistante de l'ordre, le pape saint Pie V prononça le 8 février 1571 la suppression de la congrégation des Humiliés.[52][53] L'épisode montre la trempe de Charles : ni les menaces, ni les balles ne le détournèrent de la réforme.
Conflits avec le pouvoir civil
L'archevêque se heurta aussi, et durement, au pouvoir civil espagnol qui gouvernait le Milanais. Sa volonté d'imposer la juridiction de l'Église sur les clercs et la discipline des mœurs provoqua de multiples conflits avec les gouverneurs et le sénat de Milan, qui portèrent plainte à Rome et à Madrid.[54] Charles tint bon, au prix de tensions permanentes, défendant l'indépendance de l'Église contre l'ingérence du prince.
La physionomie spirituelle : « Humilitas »
L'austérité et la pénitence
Ce grand seigneur, ce neveu de pape, mena une vie d'une austérité extrême : jeûnes prolongés, longues veilles, pénitences corporelles, sommeil réduit, table frugale. Il dépouilla ses revenus pour les pauvres et les œuvres, et fit de la mortification la règle de sa propre maison.[55][56][57] Toute sa vie illustra littéralement la devise de ses armes : Humilitas. À ceux qui le pressaient de se ménager, épuisé qu'il était par le travail, il répondait, selon une notice hagiographique, par une image restée célèbre : pour éclairer, la chandelle doit se consumer.[58]
L'oraison, source de toute action
Sa spiritualité est celle d'un homme d'action puisée dans la prière. Dans son émouvante homélie au dernier synode de sa vie — texte que l'Église lit aujourd'hui en sa fête au 4 novembre —, il livre le secret de son inlassable activité : tout doit naître de l'oraison.
« Comprenez, mes frères, que rien n'est aussi nécessaire, pour des hommes d'Église, que l'oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. » — Saint Charles Borromée, Homélie à son dernier synode[59]
Il enseigne que le zèle ne tient que s'il est protégé et alimenté intérieurement, sous peine de se dissiper :
« Si un petit feu d'amour divin est déjà allumé en toi, ne le montre pas tout de suite, ne l'expose pas au vent ; garde fermée la porte du four, pour ne pas laisser perdre la chaleur. » — Saint Charles Borromée, Homélie à son dernier synode[60]
Prêcher d'abord par sa vie
Au prêtre et à l'évêque, Charles demande avant tout la cohérence entre la parole et la vie. La sienne fut, de l'aveu de tous, un sermon perpétuel. Son principe est resté célèbre :
« Soucie-toi d'abord de prêcher par ta vie et tes mœurs ; évite qu'en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête. » — Saint Charles Borromée, Homélie à son dernier synode[61]
Une amitié de saints
Charles Borromée ne fut pas un réformateur isolé. Il appartient à la constellation de saints qui régénéra l'Église du XVIᵉ siècle, et beaucoup d'entre eux furent ses amis, ses correspondants ou ses collaborateurs. À Rome, il fréquenta saint Philippe Néri, l'« Apôtre de Rome » ; il s'appuya sur les jésuites de saint Ignace de Loyola pour ses collèges ; il admira l'exemple des grands évêques réformateurs.
| Saint contemporain | Lien avec Charles Borromée |
|---|---|
| Saint Philippe Néri (1515-1595) | Ami à Rome, autre figure de la réforme romaine |
| Saint Ignace de Loyola (1491-1556) | Ses jésuites, soutien des collèges et de la formation |
| Saint Pie V (1504-1572) | Pape réformateur, supprima les Humiliés en 1571 |
| Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) | Contemporaine de la même réforme catholique |
| Saint Pierre Canisius (1521-1597) | Jésuite catéchiste de la Réforme catholique en pays germaniques |
La mort et la gloire
Le Mont Varallo et la fin (1584)
À l'automne 1584, épuisé par dix-neuf années d'un labeur surhumain, Charles se retire pour sa retraite annuelle au Sacré-Mont de Varallo, haut lieu de dévotion.[62] Il y contracte une fièvre intermittente.[63] Revenu à Milan, son état se dégrade rapidement. Il meurt dans la nuit du 3 au 4 novembre 1584, à quarante-six ans, après avoir reçu les derniers sacrements, en répétant les paroles d'abandon : « Ecce venio » — « Voici, je viens ».[64][65]
Béatification (1602) et canonisation (1610)
La ferveur populaire fut immédiate et immense : on vénéra aussitôt en lui un saint. La cause avança vite. Charles fut béatifié le 12 mai 1602 par le pape Clément VIII, puis canonisé le 1ᵉʳ novembre 1610 par le pape Paul V.[66][67] Sa fête fut fixée au 4 novembre et inscrite au calendrier romain universel. Son corps repose dans la crypte de la cathédrale de Milan (le scurolo sous le maître-autel du Duomo), où il est vénéré aujourd'hui encore.
| Étape | Date | Pape |
|---|---|---|
| Naissance | 2 octobre 1538 | — |
| Création cardinalice | 31 janvier 1560 | Pie IV |
| Ordination sacerdotale | 4 septembre 1563 | — |
| Consécration épiscopale | 7 décembre 1563 | — |
| Entrée solennelle à Milan | 23 septembre 1565 | — |
| Attentat des Humiliés | 26 octobre 1569 | — |
| Peste de Milan | 1576-1577 | — |
| Mort | nuit du 3 au 4 novembre 1584 | — |
| Béatification | 12 mai 1602 | Clément VIII |
| Canonisation | 1ᵉʳ novembre 1610 | Paul V |
Le réformateur célébré par saint Pie X
Trois siècles plus tard, le 26 mai 1910, saint Pie X consacra à Charles Borromée toute une encyclique, Editae Saepe, pour le IIIᵉ centenaire de sa canonisation.[68] Le pape y présente le saint archevêque comme le type même du vrai réformateur catholique — celui qui réforme l'Église de l'intérieur, par la sainteté et l'obéissance, à l'opposé des faux réformateurs qui la déchirent. Il le donne en exemple à tous les pasteurs :
« Modèle du troupeau et modèle des pasteurs [...] illuminant toute l'Église par l'éclat multiple des œuvres saintes. » — Saint Pie X, encyclique Editae Saepe (1910)[69]
Patronages et héritage
Saint Charles Borromée demeure le patron des évêques, des catéchistes, des séminaristes et des directeurs spirituels — c'est-à-dire de tout ce qui touche à la formation et à la conduite des âmes.[70][71] Son influence fut incalculable : pendant des siècles, l'évêque idéal se définit par référence à lui, et le séminaire qu'il a porté à sa forme classique a formé des générations de prêtres. La gigantesque statue du « Sancarlone », à Arona, qui domine le lac Majeur du haut de ses plus de trente mètres, dit assez la place qu'il garde dans la mémoire de la Lombardie et de toute l'Église.[72]
Fêté le 4 novembre, l'archevêque de Milan reste le saint qui prouva qu'on peut être à la fois un prince de l'Église et un pasteur pauvre, un grand juriste et un homme d'oraison — et que la réforme véritable de l'Église ne se fait jamais sans la sainteté de ceux qui la conduisent.
Pour aller plus loin
- Le concile de Trente (1545-1563) — le concile qu'il contribua à conclure et dont il fut le plus grand applicateur.
- La Réforme catholique — le grand mouvement de régénération dont il fut une figure majeure.
- La Réforme protestante — la crise à laquelle l'Église répondit par Trente et par des saints comme lui.
- Saint Philippe Néri (1515-1595) — son ami romain, l'« Apôtre de Rome ».
- Saint Ignace de Loyola (1491-1556) — dont les jésuites soutinrent ses collèges et sa réforme.
- Saint Ambroise de Milan — le grand évêque du IVᵉ siècle dont il fut, à Milan, le digne successeur.
- Le pape Pie IV — son oncle, qui le créa cardinal et clôtura le concile de Trente.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Charles Borromée » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : naissance le 2 octobre 1538 au château d'Arona (lac Majeur, duché de Milan), fils de Giberto Borromée et de Margherita de' Medici, neveu du pape Pie IV ; études à Milan puis à Pavie, docteur in utroque jure en 1559 ; créé cardinal secrétaire d'État le 31 janvier 1560 à 21 ans ; rôle dans la rédaction du Catéchisme du concile de Trente (1566) ; ordination sacerdotale le 4 septembre 1563, ordination épiscopale le 7 décembre 1563, archevêque de Milan (premier résident) à partir de 1564 ; conciles provinciaux et synodes, fondation de séminaires ; attentat de 1569 ; présence constante auprès des pestiférés en 1576-1577 ; mort le 3 novembre 1584 à 46 ans ; béatification en 1602 par Clément VIII, canonisation le 1ᵉʳ novembre 1610 par Paul V ; fête le 4 novembre ; patron des catéchistes, des séminaristes et des évêques.
1 5 10 17 28 33 37 48 64 66 70Wikipedia (EN), « Charles Borromeo » : en.wikipedia.org. Recoupement détaillé des faits et dates : born 2 October 1538 at the castle of Arona on Lake Maggiore ; father Gilbert Borromeo, Count of Arona, mother Margaret de' Medici, sister of the future Pius IV ; Borromean rings and family motto Humilitas ; tonsure around age 12 and abbey of Sts Gratinian and Felin, revenues beyond his needs given to the poor ; University of Pavia, doctorate in canon and civil law on 6 December 1559 ; uncle elected Pope Pius IV on 25 December 1559 ; protonotary apostolic 13 January 1560, cardinal 31 January 1560 (cardinal-nephew, public and privy seals) ; Noctes Vaticanae academy, black vestments imposed on the Curia ; Collegio Borromeo at Pavia 1561 ; organised the third and last session of the Council of Trent (1562-63) and contributed to the Catechismus Romanus ; death of brother Federico on 19 November 1562, refusal to leave the clerical state ; deacon 21 December 1560, priest 4 September 1563, bishop 7 December 1563 (Sistine Chapel) ; appointed Archbishop of Milan 12 May 1564, formal entry 23 September 1565, first resident archbishop in ~80 years ; archdiocese of 800,000 faithful and 3,000 clergy ; provincial councils and synods (Acta Ecclesiae Mediolanensis), seminaries, Confraternity of Christian Doctrine (Sunday schools), Oblates of St Ambrose (1578) ; Humiliati (≈170 members, ~90 monasteries), arquebus assassination attempt, suppression of the order in 1571 ; plague of 1576-77, feeding 60,000-70,000 daily, processions barefoot with a rope around the neck and the Holy Nail relic ; conflicts with civil authorities ; intermittent fever at Monte Varallo, death 3 November 1584 aged 46 ; beatified 12 May 1602 by Clement VIII, canonized 1 November 1610 by Paul V ; feast 4 November ; patron of bishops, catechists, seminarians and spiritual directors.
2 3 7 9 11 12 13 14 15 16 18 19 20 21 23 29 31 32 34 35 36 38 40 42 43 44 45 46 47 49 52 54 55 63 65 67 71Saint Pie X, encyclique Editae Saepe sur saint Charles Borromée, 26 mai 1910, à l'occasion du IIIᵉ centenaire de la canonisation (1610-1910). Le pape y présente saint Charles comme le modèle du vrai réformateur catholique — réformant l'Église de l'intérieur par la sainteté et l'obéissance, à l'opposé des faux réformateurs protestants — et comme « l'argile entre les mains de Dieu et de son Vicaire ». Texte officiel sur le site du Saint-Siège : vatican.va ; version française également consultée sur laportelatine.org : laportelatine.org. Formules citées : « modèle du troupeau et modèle des pasteurs [...] illuminant toute l'Église par l'éclat multiple des œuvres saintes » (le [...] marque la jonction de deux phrases du texte), « ce jeune homme, modeste et plein d'humilité, était comme l'argile entre les mains de Dieu et de son Vicaire ».
4 6 8 27 56 68 69Wikipédia (FR), « Almo Collegio Borromeo » : fr.wikipedia.org. Collège fondé à Pavie en 1561 par la volonté du cardinal Charles Borromée pour accueillir des étudiants prometteurs en difficulté économique ; plus ancienne institution de ce type encore en activité en Italie.
22Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1908), « St. Charles Borromeo », texte sur newadvent.org : newadvent.org. Notice de référence apportant plusieurs précisions de dates : tonsure à douze ans et abbaye titulaire des saints Gratinien et Félin, revenus excédentaires donnés aux pauvres ; doctorat en droit civil et canonique en 1559 ; cardinal-diacre le 31 janvier 1560 ; reprise du concile de Trente le 18 janvier 1562 et rôle de sa correspondance avec les légats ; ouverture du premier séminaire le 11 novembre 1564 ; Confrérie de la doctrine chrétienne ; tentative d'assassinat du 26 octobre 1569 pendant la prière du soir (« the ball had not even pierced his clothes ») ; suppression des Humiliés par Pie V (la notice « St. Charles Borromeo » date la bulle du 7 février 1571, mais la notice « Humiliati » de la même encyclopédie, corroborée par Wikipedia, donne le 8 février 1571 : newadvent.org, « suppression of the order by a Bull of 8 Feb., 1571 ») ; conduite pendant la peste de 1576 (procession « barefooted, with a rope round his neck ») ; mort le 3 novembre 1584 ; canonisation par Paul V le 1ᵉʳ novembre 1610.
24 25 41 50 51 53Wikipédia (FR), « Concile de Trente » : fr.wikipedia.org. Dix-neuvième concile œcuménique reconnu par l'Église catholique : ouvert le 13 décembre 1545, clos le 4 décembre 1563 après vingt-cinq sessions sous cinq pontificats.
26Wikipédia (FR), « Catéchisme du concile de Trente » : fr.wikipedia.org. Le Catéchisme romain, publié en 1566 pour l'instruction des curés et du peuple, fruit direct du concile de Trente.
30Notice hagiographique « Saint Charles (Carlo) Borromée, archevêque de Milan (1538-1584) », reflexionchretienne.fr : reflexionchretienne.fr. Confirme la convocation de six conciles provinciaux et onze synodes diocésains, la fondation des séminaires et des Oblats de saint Ambroise, le dévouement pendant la peste de 1576 (« Il prend soin des pauvres alors qu'il vit lui-même pauvrement. Il soigne lui-même les pestiférés quand la peste ravage Milan en 1576 ») et la maxime que la notice prête au saint face à ceux qui le pressaient de se reposer (pour éclairer, la chandelle doit se consumer — formule rapportée par cette seule notice, sans œuvre ni page indiquées).
39 57 58Saint Charles Borromée, Homélie prononcée à son dernier synode, lue à la deuxième lecture de l'Office des lectures du 4 novembre (texte liturgique sur aelf.org) : aelf.org. Passages cités textuellement (texte AELF contrôlé mot à mot le 5 octobre 2026) : « Comprenez, mes frères, que rien n'est aussi nécessaire, pour des hommes d'Église, que l'oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre » ; « Si un petit feu d'amour divin est déjà allumé en toi, ne le montre pas tout de suite, ne l'expose pas au vent ; garde fermée la porte du four, pour ne pas laisser perdre la chaleur » ; « Soucie-toi d'abord de prêcher par ta vie et tes mœurs ; évite qu'en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête ».
59 60 61Wikipédia (FR), « Mont Sacré de Varallo » : fr.wikipedia.org. Le plus ancien des Monts Sacrés italiens, fondé en 1491 à Varallo Sesia (Piémont) par le franciscain Bernardin Caimi ; inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en juillet 2003 avec les autres Monts Sacrés du Piémont et de Lombardie.
62Wikipédia (FR), « Colosse de Saint Charles Borromée » : fr.wikipedia.org. Statue dite du « Sancarlone », de plus de 30 mètres de hauteur, dressée sur le Mont Sacré d'Arona dédié au saint.
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