Saint Alphonse Rodriguez (en espagnol Alonso Rodríguez ; Ségovie, 25 juillet 1533 ; Palma de Majorque, 31 octobre 1617) est un frère jésuite espagnol, resté quarante-six ans au collège de Montesíon à Palma de Majorque, portier depuis 1579. Fils d'un marchand de laines, époux et père de famille brisé par les deuils, il entre tardivement dans la Compagnie de Jésus et y devient, sans études ni ordres sacrés, l'un de ses plus grands guides spirituels. C'est lui qui encourage le jeune Pierre Claver à se porter volontaire pour les missions d'Amérique. Fêté le 31 octobre, il est le patron des frères jésuites.[1][2][3]
Il ne faut pas le confondre avec saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Église du XVIIIe siècle, ni avec le théologien jésuite Alonso Rodríguez (1526-1616), auteur de Ejercicio de perfección y virtudes : ce dernier est un professeur, notre saint est un frère portier.[4][5]
Un marchand de Ségovie brisé par les deuils (1533-1571)
Alphonse naît à Ségovie le 25 juillet 1533, dans une famille de commerçants en laines et en tissus. Vers 1541, le jésuite Pierre Favre, l'un des premiers compagnons de Ignace de Loyola, de passage à Ségovie pour une mission populaire, loge chez ses parents et prépare le jeune Alphonse à sa première communion. Cette rencontre marque toute sa vie.[6][7]
À treize ans, il part étudier au collège d'Alcalá avec son frère aîné. La mort de son père, en 1546, l'oblige à rentrer : sa mère ne peut seule tenir le commerce de draps avec neuf enfants. À vingt-six ans, il épouse Maria Juarez ; trois enfants naissent, dont les prénoms sont Gaspar, Maria et Alphonse.[8]
Les années qui suivent sont un long deuil : le fils aîné Gaspar meurt, puis la fille Maria et l'épouse en 1567, enfin le plus jeune fils Alphonse. Le commerce périclite et ferme. Alphonse se tourne alors vers la vie religieuse. Les jésuites Louis de Santander et Jean Martinez le soutiennent.[9][10]
Sa première demande d'entrée dans la Compagnie de Jésus, en 1568, est refusée : on le juge trop âgé (trente-cinq ans), de santé fragile et sans les études requises pour le sacerdoce. Il va pourtant suivre des cours à Valence, sur le conseil de Louis de Santander. Deux ans plus tard, il redemande son admission, cette fois comme frère. Le provincial Antoine Cordeses passe outre l'avis défavorable de ses conseillers et l'admet : selon le récit repris par Wikipédia, il aurait dit recevoir en lui déjà un saint.[11]
Le noviciat commence le 31 janvier 1571 à Valence. Après six mois au collège Saint-Paul, il est envoyé au collège de Montesíon, à Palma de Majorque. Il y restera quarante-six ans, jusqu'à sa mort.[12][13]
Le portier de Montesíon (1571-1617)
Au collège de Majorque, Rodriguez occupe d'abord diverses charges domestiques. En 1579, il est nommé à la porterie. L'office est humble : accueillir les visiteurs, chercher les pères ou les étudiants demandés, porter les messages, aller aux commissions, consoler les malades, distribuer l'aumône. C'est pourtant de ce seuil qu'il rayonne.[14][15]
Chaque fois que la cloche sonne, dit-il, il regarde la porte et se figure que c'est Dieu qui se tient dehors et demande à entrer. Les étudiants les plus frivoles comme les religieux les plus austères passent par la porterie et y trouvent conseil. Après quinze ans de service, à soixante et un ans, on lui donne un adjoint qui le dispense des longues heures de présence, mais son apostolat spirituel ne diminue pas.[16][17]
L'étudiant jésuite Pierre Claver, arrivé au collège en 1605, aime s'entretenir avec lui de vie spirituelle. C'est Rodriguez qui lui suggère de se porter volontaire pour les missions d'Amérique espagnole, où Claver deviendra l'apôtre des esclaves de Carthagène. L'épisode est l'un des plus connus de la vie du portier de Montesíon : la sagesse d'un frère sans études a orienté l'un des grands missionnaires du XVIIe siècle.[18][19][20]
Rodriguez prononce ses vœux perpétuels comme frère coadjuteur en 1585, à cinquante-deux ans. À partir de 1615, perclus de douleurs et très affaibli, il reste presque toujours couché, se levant seulement pour assister à la messe. Sa mémoire décline dans les derniers mois. Il meurt le 31 octobre 1617 au collège de Montesíon.[21][22]
Les notes et avis spirituels
De son vivant, Rodriguez est très discret sur sa vie intérieure. Après sa mort, on découvre quatorze cahiers de notes spirituelles, tenus à la demande expresse de ses supérieurs et non pour la publication.[23][24]
Ces pages, souvent dictées, se présentent comme des souvenirs d'exhortations domestiques, des avis de direction et une brève autobiographie. Elles reviennent sur la présence de Dieu, l'obéissance, la mortification, et témoignent d'une union à Dieu intense, avec des accents mystiques (extases, visions). La spiritualité est christocentrique ; Rodriguez y demande à être introduit dans le Cœur de Jésus. Il cache sa personne sous une formule de modestie : les cahiers s'ouvrent comme le souvenir de certaines choses arrivées à « une certaine personne ».[25][26]
Ces écrits ont été publiés après sa mort, notamment sous le titre d'Obras espirituales ou d'Autobiographie, et traduits en de nombreuses langues. Ils ne doivent pas être confondus avec le Ejercicio de perfección y virtudes du théologien Alonso Rodríguez (1526-1616), ni avec les « avis » de saint Alphonse de Liguori.[27][28]
L'essentiel de son enseignement oral n'a pas été écrit par lui : ce sont les personnes de Majorque, les étudiants, les pères de la maison et les habitants de la ville qui l'ont retenu. Deux traits reviennent : l'humilité de l'office, qui lui donne accès à tous, et l'attention à celui qui frappe à la porte, qu'il compare à Dieu qui demande l'hospitalité.[29]
Ses supérieurs, voyant le bien qu'il faisait hors du collège, le laisaient parfois prêcher au réfectoire les jours de fête. Plus d'une fois, la communauté resta à table après l'heure pour l'écouter finir. Rodriguez était aussi très dévot à la Sainte Vierge, particulièrement à son Immaculée Conception, et recopiait de sa main le Petit Office de la Vierge Marie pour les personnes qui le lui demandaient. On lui rapporte des grâces mystiques, extases et visions, qu'il tenait cachées.[30]
Culte, canonisation et postérité
Rodriguez est reconnu vénérable dès 1626. En 1633, le conseil général de Majorque le choisit comme l'un des patrons particuliers de la ville et de l'île. En 1760, le pape Clément XIII décrète l'héroïcité de ses vertus.[31][32]
Il est béatifié le 12 juin 1825 par Léon XII, puis canonisé le 15 janvier 1888 par Léon XIII. Sa fête liturgique est fixée au 31 octobre, jour de sa mort. Il est invoqué comme patron de tous les frères jésuites.[33][34][35]
Son corps repose d'abord dans la chapelle du collège des jésuites de Palma de Majorque. Quand la Compagnie quitte le collège de Montesíon au XXIe siècle, son souvenir demeure l'un des plus vivaces de la ville : la statue qui le représente au collège en est un témoignage, de même que l'entrée du portier, restée un lieu de dévotion locale.[36][37]
Fête liturgique : le 31 octobre
Saint Alphonse Rodriguez est commémoré le 31 octobre, jour de sa mort au collège de Montesíon. Cette date est donnée par Wikipédia FR (« Liturgiquement il est commémoré le 31 octobre »), confirmée par Wikipédia EN (mort le 31 octobre 1617), par le calendrier catholique de l'année et par CatholicCulture, qui porte l'entrée « St. Alphonsus Rodriguez, Religious » au 31 octobre.[38][39][40]
Le calendrier d'Ignispedia plaçait initialement cette figure au 30 octobre : l'écart a été relevé le 11 octobre 2026 sur les sources citées, et l'entrée a été corrigée vers le 31 octobre. Le 30 octobre reste le jour de la bienheureuse Bienvenue Boiani, vierge dominicaine de Cividale del Friuli (Nominis écrit « Bienvenue Bojani » ; voir l'article pour l'écart d'orthographe).[41][42]
Iconographie
L'iconographie de saint Alphonse Rodriguez le montre presque toujours en frère jésuite, en habit de la Compagnie, souvent à la porte du collège, ou recevant les visiteurs. La gravure d'après Anton Wierix II, du XVIIe siècle, le figure ainsi, en buste.[43] La gravure de la série des saints jésuites conservée au Rijksmuseum le montre âgé, sous le titre latin Alphonsvs Rodrigvez segobiae, c'est-à-dire « Alphonse Rodriguez de Ségovie » : la mention de sa ville natale l'identifie formellement.[44][45][46]
Deux scènes historiques sont parfois illustrées : l'hospitalité de la porte, où il reçoit les pauvres et les étudiants, et l'entretien avec Pierre Claver, où le vieux portier encourage le jeune jésuite à partir pour les missions d'Amérique. La statue de Palma de Majorque le représente debout, en frère de la Compagnie.[47][48]
Pour aller plus loin
- Saint Pierre Claver (1580-1654) : l'étudiant que Rodriguez envoya vers les missions d'Amérique, devenu l'apôtre des esclaves de Carthagène.
- Saint Ignace de Loyola (1491-1556) : le fondateur de la Compagnie de Jésus, dont Rodriguez est l'un des frères les plus connus.
- La fondation de la Compagnie de Jésus : le cadre religieux où s'inscrit la vie du portier de Montesíon.
- Saint Alphonse de Liguori (1696-1787) : docteur de l'Église, à ne pas confondre avec notre saint.
- Le Sacré-Cœur de Jésus : la dévotion chère à Rodriguez.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Alphonse Rodríguez » : fr.wikipedia.org. Notice détaillée : Ségovie, 25 juillet 1533 ; Palma de Majorque, 31 octobre 1617 ; fils de commerçant en laines ; rencontre Pierre Favre en 1541 à Ségovie ; études interrompues à Alcalá en 1546 ; mariage avec Maria Juarez en 1558 ; mort des trois enfants et de l'épouse (1567) ; refus d'admission en 1568 ; provincial Antoine Cordeses (admission malgré l'avis de ses conseillers, anecdote rapportée sans source primaire) ; noviciat à Valence le 31 janvier 1571 ; collège de Montesíon à Palma de Majorque ; porterie à partir de 1579 ; Pierre Claver au collège en 1605 ; vœux perpétuels en 1585 ; alitement à partir de 1615 ; mort le 31 octobre 1617 ; quatorze cahiers de notes spirituelles tenus à la demande des supérieurs, publiés comme « autobiographie » ; béatification le 12 juin 1825 par Léon XII ; canonisation le 15 janvier 1888 par Léon XIII ; fête fixée au 31 octobre ; patron des frères jésuites. La notice précise : « Liturgiquement il est commémoré le 31 octobre. »
1 4 6 8 9 11 12 14 17 18 21 23 25 27 32 33 36 38 46 48Wikipédia (EN), "Alphonsus Rodriguez" : en.wikipedia.org. Notice de référence : 25 juillet 1532 (naissance parfois datée 1532, la notice FR donne 1533) ; 31 octobre 1617 ; fils d'un marchand de laines ; Pierre Faber prépare sa première communion ; collège d'Alcalá ; mariage à vingt-six ans, trois enfants, deuils ; admission comme frère le 31 janvier 1571 ; quarante-six ans à Majorque ; porter pendant quarante-six ans ; Peter Claver à Mallorca et la mission d'Amérique ; vœux perpétuels en 1585 ; mort le 31 octobre 1617 ; Obras Espirituales del B. Alonso Rodríguez (Barcelone, 1885) ; vénérable en 1626 ; patron de Majorque en 1633 ; héroïcité des vertus décrétée par Clément XIII en 1760 ; dévotion au Sacré-Cœur et à l'Immaculée Conception ; offices du réfectoire dont la communauté ralentissait le repas pour l'écouter.
2 5 7 10 13 15 16 19 22 24 26 28 29 30 31 34 39 45Nominis, calendrier et notices des saints : nominis.cef.fr. Consulté le 11 octobre 2026. Le 30 octobre y porte l'entrée « Bienvenue Bojani » (c'est l'orthographe de Nominis ; Wikipédia IT et l'en-tête de santiebeati écrivent Boiani) ; saint Alphonse Rodriguez n'y figure pas ce jour-là. La fiche de saint Alphonse Rodriguez est consultée pour les dates de culte, qui le rattachent au 31 octobre (jour de sa mort).
3 37 41Wikipédia (EN), "Peter Claver" : en.wikipedia.org. Relève le séjour de Pierre Claver au collège de Majorque et l'influence d'Alphonse Rodriguez sur sa vocation missionnaire en Amérique espagnole. Croisé avec la notice FR/EN d'Alphonse Rodriguez.
20Calendrier catholique et CatholicCulture, entrée du 31 octobre 2026 : « St. Alphonsus Rodriguez, Religious (RM) ». Confirme la fête du 31 octobre, jour de la mort du frère jésuite (31 octobre 1617). Utilisé pour vérifier l'écart avec l'ancienne entrée du calendrier Ignispedia du 30 octobre.
35 40 42Gravure d'après Anton Wierix II (v. 1552 - v. 1624), XVIIe siècle, 15 x 9,8 cm, burin. Philadelphia Museum of Art, n° 14451, domaine public, via Wikimedia Commons. Source de l'image de l'infobox ; portrait en buste d'Alphonse Rodriguez.
43Rijksmuseum, « Maria met kind verschijnen aan heilige Alfons Rodriguez. Alphonsvs Rodrigvez segobiae aetatis 87. Religionis 47 », gravure de la série des saints jésuites, XVIIe siècle, RP-P-BI-2575, CC0. La légende latine porte le lieu de naissance (Ségovie) et l'âge du sujet, ce qui identifie formellement le frère jésuite de Majorque et non le théologien du même nom.
44Bocachete, photographie de la statue de saint Alonso Rodríguez Gómez, frère jésuite de Majorque, collège des jésuites de Palma de Majorque, juillet 2008, domaine public, Wikimedia Commons. Source de l'image de la section iconographie.
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