Bienheureuse Bienvenue Boiani (1255-1292)

Bienvenue Boiani (Benvenuta Boiani), vierge du Tiers-Ordre de la Pénitence de saint Dominique, née à Cividale del Friuli le 4 mai 1255 ou 1254, morte le 30 octobre 1292. Son culte a été confirmé par Clément XIII le 6 février 1765.

Ignispedia

Bienheureuse Bienvenue Boiani (italien Benvenuta Boiani ; la biographie de santiebeati écrit aussi Bojani) est une vierge du Tiers-Ordre de la Pénitence de saint Dominique, née à Cividale del Friuli et morte dans la même ville le 30 octobre 1292. Son culte comme bienheureuse a été confirmé par le pape Clément XIII par décret du 6 février 1765, et son éloge se lit au Martyrologe romain au 30 octobre. Ce que l'on sait d'elle vient de deux notices modernes qui se complètent, et non d'une vie ancienne : cet article signale les points où elles divergent, sans jamais choisir à leur place.[1][2][3]

A Cividale del Friuli, beata Benvenuta Boiani, vergine, suora della Penitenza di San Domenico, che si consacrò totalmente alla preghiera e a una vita di mortificazione.

« À Cividale del Friuli, la bienheureuse Bienvenue Boiani, vierge, sœur de la Pénitence de saint Dominique, qui se consacra totalement à la prière et à une vie de mortification. » (Éloge du Martyrologe romain, 30 octobre, traduction de l'italien rapporté par santiebeati.)[4][5]

Une enfant attendue comme un fils

Selon la biographie de santiebeati, Corrado Bojani (ou Boiani), noble seigneur de Cividale del Friuli, attendait impatiemment la naissance de sa septième enfant après six filles, et espérait ardemment un garçon. Les domestiques n'osaient presque pas lui annoncer la venue d'une septième petite fille, craignant de le décevoir trop fort. Quand il l'aprit, il se contenta de s'exclamer : « Sia anch'essa la benvenuta » (« Qu'elle soit, elle aussi, la bienvenue »). De cette exclamation, selon la tradition, la petite tira le nom de Benvenuta, nom que portaient déjà quelques aïeules de la famille Bojani. Des garçons naquirent ensuite, et la lignée familiale se poursuivit comme Corrado le souhaitait.[6]

Wikipédia IT résume le même épisode : « ultima delle sette figlie di Corrado e Albertina di Buttinico ». La mère est donc nommée Albertina di Buttinico ; aucune des deux sources ne donne sa date de naissance ni sa famille d'origine.[7]

Une seule phrase du nécrologe du couvent des Dominicains de Cividale la décrit : à côté du nom de Benvenuta, on lit un éloge funèbre bref mais éloquent : « Visse devotamente nello spirito » (« Elle vécut dévotement dans l'esprit »). C'est le seul document ancien que les deux notices invoquent.[8]

L'enfant de prière et le petit ermitage

Dès la plus tendre enfance, la fille attirée par la prière et la solitude commença cette vie ascétique qui la conduirait aux sommets de la sainteté. Elle se consacra en particulier à la Bienheureuse Vierge Marie et lui manifesta son amour profond en répétant inlassablement l'Ave Maria, qui se composait alors de la seule salutation angélique : avant l'âge de sept ans, elle avait l'habitude de répéter mille fois par jour les paroles de l'ange Gabriel, en les accompagnant de génuflexions et de profondes inclinations. Cette dévotion se poursuivit, et l'usage en resta dans ces lieux pendant des siècles, surtout lorsqu'on voulait obtenir de la Vierge une grâce particulière.[9]

Pour se livrer, sans être dérangée, à ses pratiques de piété, Benvenuta s'était construite au fond du jardin de la maison un petit ermitage, où, cachée par l'herbe haute, elle pouvait librement lever sur la Vierge un regard plein d'amour, dans le sanctuaire voisin de la Madonna del Monte. À douze ans, elle se consacra à Dieu en émettant le vœu de chasteté.[10]

Le Tiers-Ordre et une date que les sources n'ont pas

Santiebeati précise que c'est « peut-être » à cette occasion qu'elle entra au Tiers-Ordre dominicain, et ajoute aussitôt : « benché non ci sia uno scritto che documenti la data della sua entrée » (« bien qu'aucun écrit ne documente la date de son entrée »). L'article ne fixe donc aucune date d'entrée en religion : on sait seulement qu'elle reçut l'habit du Tiers-Ordre et imita, dans les veilles et les jeûnes, les religieux de l'Ordre. Wikipédia IT la présente comme « Vergine del Terz'Ordine della penitenza di San Domenico », sans autre précision chronologique.[11][12]

Elle fréquenta ensuite de longues périodes le monastère de la Cella, du Second Ordre de saint Dominique, sans jamais entrer dans la communauté. Sa vie resta essentiellement contemplative, même en famille : ceux qui l'entouraient, connaissant les communications surnaturelles dont elle était favorisée, se tenaient pour heureux de la soulager des nécessités quotidiennes de la vie matérielle.[13]

Les pénitences, la corde et saint Dominique

S'engageant dans la voie d'une pénitence extraordinaire, la jeune fille chercha à pratiquer jeûnes, abstinences et flagellations nocturnes, sans trop attirer l'attention des siens. Elle ne fit pas même connaître à son confesseur les mortifications extraordinaires auxquelles elle se contraignait, jusqu'au jour où elle se trouva en grave danger à cause d'une corde qui lui était entrée dans le flanc, y produisant des plaies intolérables. Ne voulant pas recourir à des moyens humains qui auraient mis au jour sa pénitence, elle se tourna avec foi vers Dieu pour qu'il la délivrât, et vit à l'improviste la corde intacte à terre, à ses pieds.[14]

Après cet épisode, le saint patriarche Dominique lui apparut, lui ordonnant de révéler toute sa vie à son confesseur. Benvenuta obéit, non sans un grand effort, et le confesseur lui interdit l'usage de tels instruments de pénitence. Le récit précise que Dominique lui indiqua lui-même le dominicain auquel elle devait s'adresser, et qui la dirigea toute sa vie.[15]

Cinq années presque immobiles

Sa santé était désormais compromise : pendant cinq ans, elle resta presque totalement immobile, incapable de tout mouvement, martyrisée par l'asthme et par un fort tremblement des mains. Elle fut en outre tourmentée par les assauts des démons, qui la harcelaient de tentations continuelles pour la faire tomber dans le désespoir, troublaient sa prière par des blasphèmes et des chants obscènes, la frappaient sur le corps : elle en sortait toujours victorieuse en invoquant la Bienheureuse Vierge Marie avec une confiance extrême.[16]

Dans cette période de totale dépendance physique, sa plus grande peine était de ne pas pouvoir participer à la sainte messe ni au chant du Salve Regina après Complies, dans l'église San Domenico. Sa sœur Maria, aidée de quelques voisines généreuses, se proposa de la porter sur les épaules jusqu'à l'église, au moins chaque dimanche. Benvenuta, consciente d'une telle fatigue, pensa au bout de quelque temps qu'il était égoïste d'accepter un tel service, et pria la Madone de la guérir, faisant vœu, en cas de guérison, d'aller à pied jusqu'au tombeau de saint Dominique à Bologne.[17]

Elle reçut la guérison dans l'église même, en présence de tout le peuple, le jour de l'Annonciation, fête qu'elle avait en prédilection. Elle se mit aussitôt en route vers Bologne pour accomplir son vœu, accompagnée de sa sœur Maria : elle passa par Venise et par Padoue, et put y rencontrer le P. Corrado, souvent absent de Cividale pour des charges de l'Ordre, lequel obtint de sa fille spirituelle la révélation de toutes les grâces célestes dont elle avait été favorisée. Wikipédia IT résume : « Guarita, si recò in pellegrinaggio sulla tomba di san Domenico a Bologna. »[18][19]

La contemplation à la maison

Rentrée en famille, elle reprit la vie accoutumée de contemplation, de visions et de pénitences. La vie de Benvenuta fut essentiellement contemplative, même en vivant chez les siens. Ses extases avaient presque toujours un caractère d'allégresse : elle vivait, pour ainsi dire, immergée dans les mystères joyeux. L'auteur du premier manuscrit sur sa vie raconte qu'une seule fois, pendant la Semaine sainte, Benvenuta vécut les douleurs et les angoisses de son Sauveur, mais qu'à la venue de Pâques elle connut une effusion multipliée de félicité céleste.[20]

Une fois, à Noël, elle obtint de la Bienheureuse Vierge Marie de tenir dans ses bras, durant un temps prolongé, le Divin Enfant. En une autre occasion, dans l'église voisine de sa maison, il lui fut donné de rencontrer un petit enfant qui se révéla être le petit Jésus. De la Vierge Marie elle reçut aussi la promesse qu'elle sortirait victorieuse du combat terrible que les démons déchaîneraient contre elle à l'approche de sa mort.[21]

Le dernier combat et la mort

Le récit se conforme à cette promesse : tombée gravement malade et parvenue aux derniers instants, l'ennemi rusé la bouleversa profondément en lui insinuant la terrible persuasion que toutes ses pénitences et ses prières avaient été inspirées par un intime orgueil, et que par conséquent elle était abandonnée de Dieu et condamnée à l'enfer. Les assistants comprirent, au changement de son visage, que quelque chose de terriblement angoissant déchirait son âme : de ses lèvres sortait sans interruption une seule invocation : « Maria, Maria! ». Ce nom mit l'ennemi en fuite, et elle expira dans la paix céleste, le 30 octobre 1292.[22]

Santiebeati ajoute qu'elle mourut « a trentotto anni », à trente-huit ans, dans sa ville natale de Cividale. Le calcul fait avec le millésime 1255 conduit à 37 ans ; avec 1254, à 38. La mention de 38 ans penche pour 1254 sans que les sources tranchent explicitement : l'article n'en tire aucune conclusion.[23][24]

Le tombeau, le culte et la disparition du corps

Elle fut ensevelie dans l'église San Domenico de Cividale, où se trouvait le sépulcre de sa famille. Dès le début, de nombreuses guérisons furent obtenues par son intercession. Dans les premiers temps, une lumière éclatante, d'origine inexpliquée, signalait parfois la nuit le lieu de son tombeau, ou bien se tenait au-dessus de toute l'église.[25]

Le dôme de Cividale del Friuli et le pont du Diavolo. L'église San Domenico, où fut enterrée la bienheureuse, fut démolie en 1807 ; aucune vue de cette église n'est disponible. Photo Aconcagua, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
La vieille ville de Cividale del Friuli, lieu de la vie de la bienheureuse Bienvenue Boiani. Photo Zairon, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

En 1447, quand les Dominicains obtinrent d'ouvrir son tombeau, son corps ne fut pas retrouvé, malgré des recherches répétées. Ce fait n'empêcha pas son culte de rester vivant. L'église San Domenico elle-même fut démolie en 1807 (Wikipédia IT). Le pape Clément XIII, par décret du 6 février 1765, la déclara bienheureuse et confirma son culte avec ce titre. Son éloge se lit au Martyrologe romain au 30 octobre.[26][27][28][29]

Ce que les sources disent, et ce qu'elles ne disent pas

Trois points méritent d'être posés ouvertement, plutôt que d'être lissés :

  1. L'année de naissance diverge. Le 4 mai 1255 est la date de Wikipédia IT et de l'en-tête de santiebeati ; le 4 mai 1254 est celle de la biographie de santiebeati. La mention de « 38 ans » au moment de la mort va plutôt avec 1254. Aucune source invoquée ici ne tranche, et cet article ne choisit pas.[30][31]
  2. L'orthographe du nom de famille diverge. Boiani (Wikipédia IT, en-tête de santiebeati) ; Bojani (biographie de santiebeati, source domenicani.net). C'est Boiani qui est retenu pour le titre de cet article.[32][33]
  3. La date d'entrée au Tiers-Ordre n'est pas documentée. Santiebeati écrit « forse » et ajoute qu'aucun écrit ne date l'entrée. Seul le décès est attesté au nécrologe du couvent de Cividale. Aucune date d'entrée n'est donc donnée ici.[34]

La source narrative détaillée est unique : la biographie de santiebeati, explicitement attribuée à www.domenicani.net. Wikipédia IT en est un résumé, renvoyant à la Bibliotheca Sanctorum de Sadoc M. Bertucci. Les étapes de la corde, de la guérison à l'Annonciation, du voyage par Venise et Padoue, de la vision de l'Enfant-Jésus et de l'invocation finale « Maria, Maria! » ne se lisent que dans cette biographie ; elles sont rapportées ici comme telle, sans être corroborées par un second récit indépendant.[35][36][37]

Note sur les sources

Les sources de cette notice sont modernes : Wikipédia IT (« Benvenuta Boiani ») et la notice 90412 de santiebeati.it, dont la biographie est attribuée à www.domenicani.net (page « Aggiunto/modificato il 28 ottobre 2022 »). La référence savante citée par Wikipédia IT est la Bibliotheca Sanctorum, t. III (1963), col. 230-231 (Sadoc M. Bertucci). Le décret de Clément XIII du 6 février 1765 est attesté par les deux notices et par l'Index ac status causarum (1999), p. 414 ; l'éloge du 30 octobre par le Martirologio romano (2004), p. 841. Le seul document ancien invoqué est le nécrologe du couvent des Dominicains de Cividale, avec la phrase « Visse devotamente nello spirito » ; aucune vie ancienne n'est citée. Les photos sont des vues de Cividale del Friuli : aucune image de l'église San Domenico, démolie en 1807, n'existe dans Wikimedia Commons. Aucun détail n'a été ajouté au dossier.[38][39][40][41][42]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (IT), « Benvenuta Boiani » : it.wikipedia.org. Notice consultée le 11 octobre 2026 : Beata Benvenuta Boiani, religieuse ; nascita Cividale del Friuli, 4 maggio 1255 ; morte Cividale del Friuli, 30 ottobre 1292 ; ultima delle sette figlie di Corrado e Albertina di Buttinico ; entrée au Tiers-Ordre séculier dominicain ; cinq ans allettata, puis pèlerinage au tombeau de saint Dominique à Bologne ; sépulture dans l'église San Domenico ; reconnaissance des reliques tentée en 1447, corps non retrouvé ; église démolie en 1807 ; Clément XIII, décret du 6 février 1765 ; éloge au Martyrologio romano au 30 octobre.

    1 7 12 19 24 27 30 32 36 38
  2. Santi e Beati, notice 90412, « Beata Benvenuta Boiani, vergine domenicana » : santiebeati.it. Page consultée le 11 octobre 2026. En-tête : « Nascita - morte: Cividale del Friuli, Udine, maggio 1255 - 30 ottobre 1292 » ; « Festa: 30 ottobre ». Biographie attribuée à www.domenicani.net : 4 mai 1254 ; Corrado Bojani, noble seigneur de Cividale ; Albertina di Buttinico ; « Sia anch'essa la benvenuta » ; Ave Maria mille fois par jour avant sept ans ; petit ermitage au fond du jardin, sanctuaire voisin de la Madonna del Monte ; vœu de chasteté à douze ans ; entrée « forse » au Tiers-Ordre, sans écrit datant l'entrée ; nécrologe du couvent dominicain de Cividale, « Visse devotamente nello spirito » ; pénitences, corde entrée dans le flanc, corde retrouvée intacte à terre ; apparition de saint Dominique, confession, interdiction de tels instruments ; cinq ans presque immobiles (asthme, tremblement des mains) ; assauts des démons ; sœur Maria la porte à l'église ; vœu d'aller à pied à Bologne ; guérison le jour de l'Annonciation ; voyage par Venise et Padoue, rencontre du P. Corrado ; monastère de la Cella sans y entrer ; extases joyeuses ; Semaine sainte unique ; Enfant-Jésus à Noël ; promesse de victoire sur les démons ; « Maria, Maria! » ; mort le 30 octobre 1292 à 38 ans ; sépulture à San Domenico ; guérisons et lumière mystérieuse ; tombeau ouvert en 1447, corps introvabile ; Clément XIII, 6 février 1765.

    2 4 6 8 9 10 11 13 14 15 16 17 18 20 21 22 23 25 26 31 33 34 35 39
  3. Bibliotheca Sanctorum (BSS), t. III (1963), col. 230-231, article de Sadoc M. Bertucci (cité par Wikipédia IT). Voir aussi Filippo Caraffa et Giuseppe Morelli (curr.), Bibliotheca Sanctorum, 12 vol., Rome, Istituto Giovanni XXIII nella Pontificia Università Lateranense, 1961-1969.

    3 37 40
  4. Martirologio romano, réformé selon les décrets du Concile œcuménique Vatican II et promulgué par le pape Jean-Paul II, LEV, Cité du Vatican, 2004, p. 841 (cité par Wikipédia IT) : éloge de la bienheureuse au 30 octobre. Texte italien de l'éloge donné par santiebeati : « A Cividale del Friuli, beata Benvenuta Boiani, vergine, suora della Penitenza di San Domenico, che si consacrò totalmente alla preghiera e a una vita di mortificazione. »

    5 28 42
  5. Congregatio de Causis Sanctorum, Index ac status causarum, Cité du Vatican, 1999, p. 414 (cité par Wikipédia IT) : état de la cause ; culte confirmé par Clément XIII le 6 février 1765.

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