Bienheureux Raymond Lulle (vers 1232-1316)

Le bienheureux Raymond Lulle (v. 1232-1316), gentilhomme majorquin converti après cinq visions du Christ en croix, devient tertiaire franciscain, apprend l'arabe et invente l'Art, système combinatoire destiné à démontrer la foi aux musulmans et aux juifs par la raison. Missionnaire à Tunis, Béjaïa et Chypre, il est béatifié par Pie IX en 1847.

Ignispedia

Raymond Lulle — en catalan Ramon Llull, en latin Raimundus Lullus — naît vers 1232 à Palma[1], dans l'île de Majorque à peine conquise sur l'Islam par le roi d'Aragon Jacques Ier, et meurt vers 1316, très probablement dans cette même île, après plus de quarante ans consacrés à un projet unique : convertir les musulmans et les juifs à la foi chrétienne par la seule force de la raison démonstrative, sans jamais recourir à l'épée.[2][3] Ancien sénéchal de la cour de Majorque devenu, après une conversion mystique retentissante, tertiaire franciscain, pèlerin, polyglotte et philosophe, il est resté dans l'histoire comme l'inventeur de l'Art — un système combinatoire de figures, de lettres et de « dignités » divines censé démontrer rationnellement les vérités de la foi à tout interlocuteur de bonne foi, quelle que soit sa religion.[4][5] Auteur d'environ 250 à 300 ouvrages en catalan, en arabe et en latin[6], il est aussi le père fondateur de la prose catalane et l'un des esprits les plus singuliers de toute la scolastique médiévale.[7][8]

La notice que Nominis (Conférence des évêques de France) consacre à Raymond Lulle rapporte le résumé que le bienheureux lui-même aurait donné de sa vie, entre mondanité et renoncement :[9]

« J'ai été marié, j'ai eu des enfants, j'ai été riche, j'ai aimé le monde et ses plaisirs. Puis j'ai tout quitté pour la gloire de Dieu. J'ai appris l'arabe pour propager la vraie foi, je me suis rendu chez les Sarrasins où j'ai été flagellé et incarcéré. J'ai tenté d'intéresser les chefs de l'Église et les princes chrétiens au bien public. » — Résumé de sa vie attribué à Raymond Lulle, rapporté par Nominis[10]

Ce résumé n'est pas un extrait de sa Vita coaetanea dictée en 1311 : c'est la tradition hagiographique qui parle ici, non une parole de Lulle établie à l'œuvre et à la page près.

Vénéré comme bienheureux en Catalogne et à Majorque depuis des siècles, son culte immémorial est confirmé — non institué — par le pape Pie IX le 11 septembre 1847.[11][12] Il n'a en revanche jamais été canonisé, malgré plusieurs tentatives franciscaines menées aux XVIIe et XVIIIe siècles.[13]

Un gentilhomme de la cour de Majorque devenu pénitent

Palma, une île tout juste reconquise sur l'Islam

La Seu de Palma dans son état actuel, photographiée en 2013 — Dirk Vorderstraße, CC BY 3.0, Wikimedia Commons.

Raymond Lulle naît vers 1232 à Palma, capitale de l'île de Majorque, à peine trois ans après la conquête de l'île par le roi Jacques Ier d'Aragon sur les musulmans almohades, en 1229.[14] Son père, également prénommé Raymond, est l'un des chevaliers catalans venus de Barcelone qui participent à cette conquête et s'installent ensuite dans l'île ; sa mère se nomme Isabel d'Erill.[15] Cette circonstance biographique n'est pas un détail anecdotique : elle place, dès le berceau, le futur missionnaire dans un monde de contact immédiat et quotidien avec la culture, la langue et la religion musulmanes — un monde de coexistence tendue entre trois communautés, chrétienne, musulmane et juive, dont il fera plus tard le terrain de toute son œuvre.[16]

Devenu page à la cour du roi Jacques Ier, puis précepteur, sénéchal — les indices documentaires le montrent dans cette fonction dès 1256[17] — et majordome du prince Jacques (futur Jacques II de Majorque), le jeune Raymond mène pendant une trentaine d'années la vie mondaine d'un courtisan catalan : il compose des chansons d'amour en occitan à la manière des troubadours, et se livre — de son propre aveu ultérieur — à une existence « licencieuse et mondaine ».[18][19] En 1257, il épouse Blanca Picany, dont il a deux enfants, Domènec et Magdalena ; il écrira plus tard pour son fils un traité pédagogique, la Doctrina pueril (« Doctrine pour l'enfance »).[20][21]

Cinq nuits de visions du Christ en croix (vers 1263)

La conversion et les trois résolutions qui orientent sa vie — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : Stanford Encyclopedia of Philosophy, références de l’article.

Le tournant de sa vie survient vers 1263, alors qu'il a une trentaine d'années. Selon son propre récit autobiographique dans la Vita coaetanea, dictée près de cinquante ans plus tard, alors qu'il est occupé à composer un chant d'amour profane, il voit apparaître, cinq nuits de suite, Notre-Seigneur Jésus-Christ suspendu en croix.[22][23] Cette expérience répétée le bouleverse au point qu'il en tire trois résolutions qui gouverneront tout le reste de son existence : se donner totalement à l'amour de Dieu, œuvrer à la conversion des musulmans, et composer « le meilleur livre du monde » contre les erreurs des infidèles.[24]

La légende édifiante de la dame malade

Une tradition hagiographique plus tardive, celle du Père Perroquet dans sa Vie et martyre du Docteur illuminé (1667), enrichit ce récit d'un épisode resté célèbre dans l'iconographie franciscaine : Raymond, alors encore courtisan, poursuivait de ses assiduités une dame mariée et vertueuse, identifiée par cette tradition sous le nom d'Ambrosia de Castello ; celle-ci, pour lui faire mesurer la vanité de la beauté physique, lui aurait un jour découvert un sein rongé par un cancer.[25] Il faut ici la même honnêteté que pour d'autres légendes édifiantes rapportées ailleurs sur Ignispedia : cet épisode n'appartient pas au noyau autobiographique de la Vita coaetanea rédigée par Lulle lui-même, mais à une tradition pieuse postérieure de plusieurs siècles, transmise par une hagiographie du XVIIe siècle.[26] On peut la recevoir comme une image spirituelle de la vanité du monde qu'il fuyait, sans la confondre avec un fait attesté par la source la plus ancienne et la plus fiable — celle des cinq visions du Christ en croix.

La tradition hagiographique postérieure rapporte aussi qu'au moment décisif, le Christ de cette cinquième vision lui aurait adressé intérieurement un appel à le suivre[27] — récit pieux du XVIIe siècle, non parole attestée par la Vita coaetanea.

Le dépouillement et les pèlerinages (1265)

Après ses visions, Raymond vend l'essentiel de ses biens, en réserve une partie pour sa famille, et rompt définitivement avec la vie de cour vers 1265, à l'imitation explicite du modèle de saint François d'Assise.[28] Il entreprend alors, en pauvre pèlerin, les grands pèlerinages catholiques de son temps : Notre-Dame de Rocamadour et Saint-Jacques-de-Compostelle, pratiquant une ascèse rigoureuse et de longues périodes de solitude et de contemplation.[29][30]

C'est au retour de ces pérégrinations qu'il rencontre, en 1265, le vieux dominicain saint Raymond de Penyafort, alors retiré à Barcelone après avoir gouverné l'Ordre des Prêcheurs et compilé le droit canonique de l'Église pour Grégoire IX.[31][32] Sur la vie et l'œuvre canonique de ce grand aîné catalan, voir Saint Raymond de Penyafort. Loin d'encourager l'impatience missionnaire du jeune converti, Penyafort lui conseille la prudence : rentrer à Majorque, prier et surtout étudier, avant de songer à convertir qui que ce soit.[33] Ce conseil décisif oriente toute la suite de la vie de Lulle vers neuf années de formation silencieuse plutôt que vers une action immédiate.

Neuf années de formation : apprendre l'arabe pour convertir

L'esclave musulman et l'étude des langues

Entrée actuelle du sanctuaire de Cura au Puig de Randa, photographiée en 2014 — Chixoy, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

De retour à Majorque, Raymond Lulle consacre environ neuf ans, de 1265 à 1274, à l'étude intensive du latin et surtout de l'arabe, langue qu'il juge indispensable pour dialoguer sérieusement avec les musulmans plutôt que de leur imposer une doctrine qu'ils ne comprendraient qu'à travers un interprète.[34][35] Vers 1265, il achète un esclave musulman pour lui servir de précepteur d'arabe ; cet homme meurt en 1274, mais Lulle est alors parvenu à une maîtrise achevée de la langue.[36][37] Cette méthode — apprendre la langue et la pensée de l'autre avant de prétendre le convaincre — restera la marque distinctive de toute sa méthode missionnaire, par contraste avec l'idée, répandue en son temps, que la conversion des musulmans devait passer par la force des armes plutôt que par la persuasion rationnelle.

L'illumination du mont Randa (1274) et la naissance de l'Art

Retiré en ermite sur la montagne du Puig de Randa, au centre de Majorque, Lulle rédige entre 1273 et 1274 son premier grand ouvrage, le Livre de la contemplation de Dieu, rédigé simultanément en arabe, en latin et en catalan.[38] C'est là, selon sa propre relation autobiographique, qu'il reçoit ce qu'il présente comme une illumination divine : la vision soudaine d'un système capable de réduire toute connaissance à un petit nombre de principes premiers et de démontrer, par leur combinaison mécanique, les vérités les plus hautes de la foi chrétienne.[39][40] De cette illumination naît son Art (Ars), qu'il développera et complexifiera sans relâche pendant plus de trente ans, dans des dizaines de versions successives — l'Ars compendiosa inveniendi veritatem (1274) puis l'Ars demonstrativa (1283) en sont les premières formulations.[41][42]

Miramar : une pédagogie missionnaire inédite

Le collège de langues (1276)

Miramar : apprendre la langue, comprendre et transmettre — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : Stanford Encyclopedia of Philosophy, références de l’article.

Fort de sa propre expérience d'apprentissage de l'arabe, Lulle convainc le prince Jacques, devenu roi Jacques II de Majorque, de fonder à Miramar, entre Valldemossa et Deià, un couvent-collège destiné à former treize frères franciscains à l'arabe et à la philosophie en vue de la mission auprès des musulmans.[43][44] Le projet est approuvé et financé par la Couronne, et le pape Jean XXI en confirme la fondation par une bulle datée du 17 octobre 1276.[45] Lulle y enseigne lui-même pendant une dizaine d'années : c'est, dans l'histoire de l'Église, l'une des toutes premières institutions consacrées spécifiquement à la formation linguistique et culturelle de missionnaires destinés au monde musulman.[46]

L'entrée au Tiers-Ordre franciscain

Bien qu'il vive et enseigne dans la mouvance franciscaine dès sa conversion, c'est en 1295 que Raymond Lulle rejoint formellement le Tiers-Ordre de Saint-François — les Frères et Sœurs de la Pénitence —, statut de laïc engagé qui lui permet de garder une totale liberté de mouvement pour ses voyages missionnaires tout en vivant sa conversion sous une règle religieuse reconnue.[47][48] Sur la famille spirituelle à laquelle il se rattache ainsi, voir La fondation des Franciscains et L'Ordre franciscain. Ce choix du Tiers-Ordre plutôt que d'un ordre religieux au sens strict est cohérent avec toute sa trajectoire : Lulle reste, jusqu'à sa mort, un laïc pénitent voyageur, jamais un moine cloîtré ni un prêtre.

L'Art : une méthode pour démontrer la foi par la raison

Contre l'averroïsme et la « double vérité »

L’Art : lettres, combinaisons et argumentation ; schéma pédagogique simplifié — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : Stanford Encyclopedia of Philosophy, références de l’article.

Le projet intellectuel de Lulle prend tout son sens par contraste avec un courant universitaire de son temps, l'averroïsme latin, qui tendait à séparer la vérité philosophique de la vérité révélée au point de risquer, aux yeux de ses adversaires, une véritable théorie de la « double vérité ». Sur cette controverse et son principal représentant arabe, voir Averroès. Lulle, à l'inverse, veut montrer que la raison bien conduite, loin de contredire la foi, peut la démontrer — non seulement pour les chrétiens, mais pour tout homme de bonne foi, musulman ou juif, dès lors qu'il accepte les prémisses les plus générales sur lesquelles s'accordent, selon lui, les trois religions du Livre : l'existence d'un Dieu unique doté d'attributs parfaits.[49]

Les figures, les dignités et les combinaisons

Techniquement, l'Art repose sur un petit nombre de « Dignités » — les attributs premiers de Dieu tels que la Bonté, la Grandeur, l'Éternité, le Pouvoir, la Sagesse, la Volonté, la Vertu, la Vérité et la Gloire — représentées par des lettres et disposées sur des figures géométriques : cercles concentriques mobiles, carrés, triangles.[50][51] En faisant tourner ces figures les unes par rapport aux autres, l'utilisateur obtient des combinaisons systématiques de concepts, censées produire, question après question, l'ensemble des propositions vraies concernant Dieu, la création et la vie morale.[52][53] Lulle y ajoute une théorie des Corrélatifs (toute perfection se décline selon un mode actif, un mode passif et un mode qui les relie) et une échelle de l'être allant de Dieu jusqu'aux éléments, en passant par les anges, les hommes, les animaux et les plantes, chaque degré participant du supérieur par ressemblance.[54]

QuestionPhase quaternaire (1274-1290 env.)Phase ternaire (1290-1308 env.)
Nombre de figures principalesSept figures (A, S, T, V, X, Y, Z)Réduites à un système de neuf lettres (B à K)
Analogie de baseLes quatre éléments et leurs combinaisonsCombinatoire directe des Dignités et des relations
Œuvres représentativesArs compendiosa (1274), Ars demonstrativa (1283)Ars generalis ultima (1305-1308), Ars brevis (1308)
Diffusion postérieureSurtout étudiée par les spécialistesArs brevis : version la plus lue à la Renaissance[55]

Un objectif toujours missionnaire, jamais spéculatif pour lui-même

Il faut insister sur un point que la postérité oublie parfois en réduisant Lulle à un curieux précurseur de la logique symbolique : l'Art n'est, dans son intention propre, jamais un jeu intellectuel gratuit. C'est un outil de conversion, pensé pour armer les missionnaires face à des interlocuteurs musulmans et juifs cultivés, dans les écoles de langues qu'il ne cesse de réclamer à travers l'Europe entière.[56][57] Son roman missionnaire Le Livre du Gentil et des Trois Sages (années 1270) met en scène, de façon très concrète, un « Gentil » — un homme sans religion — écoutant tour à tour un chrétien, un musulman et un juif exposer et défendre rationnellement leur foi respective, sans que l'auteur ne tranche explicitement en faveur du christianisme dans le texte lui-même, ce qui en fait l'une des œuvres les plus originales de dialogue interreligieux de tout le Moyen Âge latin.[58][59]

Le missionnaire inlassable : Tunis, Béjaïa, Chypre, Paris, Vienne

  1. Vers 1232
    Naissance à Palma de Majorque

    Fils d'un chevalier catalan venu avec Jacques Ier lors de la conquête de l'île sur les musulmans almohades (1229).

  2. Vers 1263
    Cinq nuits de visions du Christ en croix

    Selon sa propre Vita coaetanea, Raymond voit le Christ en croix cinq nuits de suite et en tire trois résolutions décisives.

  3. 1265
    Rupture avec la vie de cour, pèlerinages

    Il vend ses biens, part en pèlerin à Compostelle et Rocamadour, puis rencontre saint Raymond de Penyafort à Barcelone.

  4. 1265-1274
    Neuf années d'étude de l'arabe

    Formation intensive à Majorque, assistée par un esclave musulman acquis pour lui enseigner la langue.

  5. 1274
    Illumination du Puig de Randa

    Retiré en ermite, Lulle reçoit la vision fondatrice de son Art combinatoire.

  6. 1276
    Fondation du collège de Miramar

    Treize franciscains y sont formés à l'arabe et à la philosophie pour la mission ; bulle de confirmation de Jean XXI.

  7. 1286-1289
    Enseignement à Paris

    Premier séjour comme professeur à l'université de Paris, où il fréquente le Collège de Sorbonne.

  8. 1291-1293
    Première mission à Tunis

    Il dispute publiquement avec des lettrés musulmans ; expulsion vers Naples.

  9. 1295
    Entrée au Tiers-Ordre franciscain

    Raymond devient formellement tertiaire, statut de laïc pénitent qu'il conservera jusqu'à sa mort.

  10. 1300-1302
    Voyage à Chypre

    Nouvelle mission en Méditerranée orientale, dans le contexte des derniers États latins d'Orient.

  11. 1305-1308
    Nouvelle expédition à Tunis, rédaction de l'Ars generalis ultima

    Il achève la version la plus aboutie de son Art tout en poursuivant ses missions nord-africaines.

  12. 1307
    Emprisonnement à Béjaïa

    Six mois de captivité en Algérie, puis naufrage au retour près de Pise.

  13. 1311-1312
    Concile de Vienne

    Il y plaide pour la création de chaires de langues orientales dans les grandes universités.

  14. 1314-1315
    Dernier voyage à Tunis

    À plus de quatre-vingts ans, il entreprend un ultime voyage missionnaire en Afrique du Nord.

  15. Vers 1315-1316
    Mort à Majorque ou en mer

    Les circonstances exactes restent discutées entre tradition du martyre et critique historique moderne.

Premières missions et enseignement parisien

Principaux lieux cités ; les repères ne reconstituent pas tous les déplacements — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : Stanford Encyclopedia of Philosophy, références de l’article.

Entre 1285 et 1289, Lulle séjourne à Rome puis enseigne à l'université de Paris, où il fréquente le Collège de Sorbonne et noue des amitiés intellectuelles durables, notamment avec le chanoine Pierre de Limoges et surtout avec Thomas Le Myésier, chanoine d'Arras qui deviendra son disciple le plus fidèle et le vulgarisateur posthume de son œuvre.[60] Sur le monde universitaire médiéval qui l'accueille à plusieurs reprises (1286-1289, puis de nouveau vers 1297-1299 et 1309-1311), voir L'université de Paris et la scolastique.[61] C'est aussi à Rome, durant ces années, qu'il rédige deux de ses œuvres littéraires majeures, le roman Blanquerna et le recueil Félix ou le Livre des merveilles du monde, qui font de lui le véritable fondateur de la prose narrative en langue catalane.[62] Son Blanquerna est traduit en anglais dès 1926 par E. Allison Peers (Londres, Jarrolds), signe de sa réception précoce dans le monde anglophone.[63]

En 1291, il se rend enfin à Tunis pour sa première grande mission directe auprès des musulmans, dispute publiquement avec des lettrés locaux, mais est finalement expulsé et doit regagner Naples.[64][65] Il retourne à Tunis vers 1304-1305, correspond avec le souverain hafside local, puis entreprend un voyage à Chypre vers 1300-1302, dans le contexte du recul des derniers États latins d'Orient.[66][67]

L'emprisonnement de Béjaïa (1307) et le projet Rex Bellator

En 1307, Lulle est emprisonné pendant six mois à Béjaïa (Bougie, actuelle Algérie), puis fait naufrage au large de Pise en revenant vers l'Europe.[68] Entre 1292 et 1309, il développe par ailleurs un projet politico-militaire, le Rex Bellator (« roi guerrier ») : unifier les ordres militaires du Temple, de l'Hôpital et des chevaliers Teutoniques sous l'autorité d'un unique prince chrétien, afin de reconquérir la Terre sainte en passant par l'Afrique du Nord et l'Égypte.[69] Ce projet ne verra jamais le jour, mais il révèle un aspect moins connu de sa pensée : contrairement à l'image d'un pacifisme absolu qu'on lui prête parfois, Lulle n'exclut pas totalement l'usage de la force contre les puissances musulmanes en Terre sainte — tout en plaçant sa priorité missionnaire, elle, résolument du côté de la persuasion et non de la contrainte. Dans une prière adressée au Christ que relaie la tradition franciscaine du Tiers-Ordre séculier, il estime que la Terre sainte ne doit être reconquise que comme le Christ et ses apôtres l'ont acquise : non par les armes, mais par l'amour, les prières et l'effusion des larmes et du sang[70] — paraphrase, l'œuvre exacte de Lulle n'étant pas nommée par ce relais.

Le concile de Vienne (1311-1312)

En 1311, Lulle participe aux trois sessions du concile de Vienne, quinzième concile œcuménique de l'Église catholique. Sur ce concile dans son ensemble — suppression de l'ordre du Temple, réforme disciplinaire, définition sur l'âme comme forme du corps —, voir Le concile de Vienne (1311-1312). Lulle y plaide, comme il le fait depuis Miramar, pour la création de chaires de langues orientales (hébreu, arabe, araméen) dans les grandes universités et à la Curie ; ses biographes lui attribuent largement l'inspiration du canon conciliaire qui ordonne effectivement la fondation de telles chaires à Paris, Oxford, Bologne, Salamanque et auprès de la Curie romaine, même si le texte du décret lui-même ne le nomme pas.[71][72] Sa demande d'une nouvelle croisade militaire, en revanche, n'est pas retenue par le concile.[73] C'est également en 1311, à la chartreuse de Vauvert près de Paris, qu'il dicte son autobiographie, la Vita coaetanea, alors âgé de 79 ans.[74]

Le champion catalan de l'Immaculée Conception

Comme son contemporain le bienheureux Jean Duns Scot, Raymond Lulle défend avec insistance, dans plusieurs de ses écrits, le privilège de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, position théologique qui n'était pas encore unanimement reçue en son temps.[75] Sur la genèse et la définition dogmatique de cette doctrine mariale, voir Le dogme de l'Immaculée Conception. Cette insistance mariale, alliée à l'audace de certaines de ses formulations philosophico-théologiques, contribuera précisément à attirer sur lui, quelques décennies après sa mort, les soupçons de l'inquisiteur dominicain Nicolas Eymerich.[76]

Mort et martyre discuté

Le dernier voyage à Tunis (1314-1315)

Tombeau de Raymond Lulle à Sant Francesc de Palma, photographie de 2012 — José Luis Filpo Cabana, CC BY 3.0, Wikimedia Commons.

Vers 1314, alors âgé de plus de quatre-vingts ans, Raymond Lulle entreprend un ultime voyage missionnaire à Tunis, peut-être encouragé par une correspondance entre le roi Jacques II d'Aragon et le calife hafside laissant espérer une ouverture à la conversion.[77] Son dernier écrit connu et daté a été rédigé à Tunis en décembre 1315.[78]

La lapidation de Béjaïa : tradition pieuse et critique historique

La tradition la plus ancienne et la plus répandue — reprise par le Père Perroquet en 1667, par le Bréviaire du Tiers-Ordre franciscain et encore aujourd'hui par de nombreuses notices hagiographiques — rapporte qu'en 1315, prêchant publiquement à Béjaïa (Bougie), Lulle aurait été assailli par une foule hostile, lapidé et laissé pour mort, avant d'être recueilli par des marins (grecs ou chrétiens locaux selon les versions) et de mourir peu après, soit à bord du navire qui le ramenait vers Majorque, en vue même de son île natale, soit peu après son arrivée.[79][80][81] C'est cette tradition qui vaut à Lulle, dans une partie de l'hagiographie catholique, le titre de martyr. Le missionnaire Samuel Zwemer, dans sa biographie de 1902, rapporte la lapidation publique au 30 juin 1315 et note déjà que les biographes sont partagés entre une mort le jour même et un sauvetage par ses amis — lui-même tenant la première version pour la mieux autorisée.[82]

La recherche historique critique contemporaine invite cependant à une grande prudence sur ce récit. Les travaux des spécialistes lullistes modernes montrent que le récit traditionnel du martyre à Béjaïa ne peut être établi avec certitude : plusieurs éléments suggèrent une confusion entre un épisode réel — une émeute à Béjaïa où Lulle, déjà âgé, fut effectivement près d'être lapidé lors d'un voyage antérieur — et son tout dernier voyage à Tunis, dont on sait seulement qu'il est mort avant le 25 mars 1316, sans qu'aucune source contemporaine ne confirme la lapidation mortelle de ce dernier séjour.[83][84] Il est possible, selon cette lecture critique, qu'il ait simplement succombé à l'épuisement d'un dernier voyage entrepris à un âge très avancé.

ÉlémentTradition pieuse (Perroquet 1667, Tiers-Ordre)Critique historique moderne
Lieu de l'agressionBéjaïa (Bougie), lors du dernier voyage (1315)Un épisode réel de lapidation à Béjaïa a bien eu lieu, mais lors d'un voyage antérieur
Cause de la mortBlessures de la lapidation, mort en mer ou peu après l'arrivéeMort probablement naturelle, après un dernier voyage à Tunis en 1314-1315
Date de la mort1315Avant le 25 mars 1316[85]
Statut du récitReçu comme martyre par une partie de la tradition hagiographiqueJugé non établi par les sources contemporaines ; certains spécialistes le contestent entièrement[86]
Point commun aux deux lecturesUne vie entièrement consumée, jusqu'au bout, par la mission auprès des musulmans

Cette incertitude n'entame en rien la reconnaissance de sa sainteté par l'Église : qu'il soit mort en martyr au sens strict ou d'épuisement après une vie de missions, Raymond Lulle demeure, dans les deux cas, un homme qui a littéralement donné sa vie à sa vocation jusqu'à son dernier souffle. Il est inhumé au couvent Saint-François de Palma de Majorque, où un tombeau monumental lui est élevé en 1448.[87] L'itinéraire culturel officiel Route Ramon Llull in Majorca y signale le sépulcre gothique abritant ses restes, attribué à Francesc Sagrera et daté de 1487.[88]

L'accusation d'hérésie et la réhabilitation

Nicolas Eymerich et la bulle contestée de 1376

Controverses et transmission de l’œuvre ; la bulle de 1376 reste présentée comme contestée — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : Qui és Ramon Llull ? — Lullism, références de l’article.

Six décennies après sa mort, l'œuvre de Lulle devient la cible d'une persécution acharnée menée par l'inquisiteur dominicain Nicolas Eymerich, qui dresse une liste de plus de cinq cents propositions extraites de ses écrits et jugées par lui erronées.[89] Sur le fonctionnement plus général de l'institution qu'Eymerich sert ainsi, voir Comment répondre à l'objection de l'Inquisition. Une commission universitaire présidée par le dominicain Bernat Ermengol conclut certes qu'une bulle existe, mais retient que les propositions incriminées ne se retrouvent pas telles quelles dans les œuvres authentiques de Lulle — ce qui laisse déjà entendre, dès le XIVe siècle, qu'Eymerich a pu déformer les textes qu'il prétendait juger.[90] En 1376, une bulle attribuée à Grégoire XI, la Conservationi puritatis, ordonne malgré tout de rassembler tous les écrits lulliens pour examen et de signaler quiconque s'en réclame ; l'Art est également condamné en 1390 par l'université de Paris.[91]

Il faut ici la rigueur qu'exige un dossier de ce genre : des travaux universitaires récents, notamment ceux du chercheur Perarnau sur l'histoire du dossier inquisitorial, concluent que cette bulle de 1376 serait en réalité un faux, fabriqué par Eymerich lui-même pour donner une autorité pontificale à sa propre campagne contre le lullisme.[92] Loin d'être une condamnation magistérielle définitive et incontestée, l'épisode de 1376 apparaît donc, à la lumière de la recherche contemporaine, comme l'abus d'un inquisiteur zélé plutôt que comme un jugement doctrinal assuré de l'Église sur le fond de la pensée de Lulle.

L'absolution de 1416 et le rayonnement du lullisme

Malgré la fragilité de son fondement, l'accusation pèse durablement : la suspicion d'hétérodoxie plane sur le nom de Lulle pendant une bonne partie du XVe siècle, au point que des théologiens qui lui doivent pourtant beaucoup, comme le catalan Raymond Sibiuda ou l'Allemand Nicolas de Cues, évitent de citer ouvertement leur dette envers lui.[93] Une sentence d'absolution intervient néanmoins en 1416, qui lève formellement la censure pesant sur ses écrits.[94] Des écoles lullistes actives subsistent tout au long du XVe siècle à Majorque et à Barcelone, et le mouvement connaît une nouvelle vigueur au XVIe siècle lorsque le cardinal Jiménez de Cisneros fait créer une chaire d'étude de la pensée de Lulle à l'université d'Alcalá, alors l'un des grands foyers intellectuels de l'Espagne du Siècle d'or.[95]

Le culte du bienheureux

Une vénération immémoriale confirmée en 1847

Une vénération ancienne confirmée ; Raymond Lulle demeure bienheureux — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : Franciscan Tradition / CFIT, références de l’article.

Comme pour d'autres grandes figures honorées bien avant toute procédure romaine centralisée, le culte de Raymond Lulle s'est maintenu de façon ininterrompue à Majorque et en Catalogne depuis le Moyen Âge, sans procès de canonisation classique avec reconnaissance de miracles au sens moderne du terme.[96] Le pape Pie IX, voulant confirmer solennellement cette vénération séculaire, procède le 11 septembre 1847 à une béatification équipollente — confirmation pontificale d'un culte immémorial, et non procédure ordinaire avec miracle — selon un mécanisme comparable à celui suivi, près d'un siècle et demi plus tard, pour le bienheureux Jean Duns Scot.[97][98]

La notice du Martyrologe romain, reprise par Nominis, fixe ainsi sa mémoire liturgique :[99]

« En vue de l'île Majorque, l'an 1316, le trépas du bienheureux Raymond Lulle ; religieux du Tiers-Ordre de saint François et martyr. Homme de science éminente et de doctrine éclairée, il instaura un dialogue fraternel avec les Sarrasins, mais fut lapidé à Bougie et, laissé pour mort, fut recueilli par des marins. » — Martyrologe romain, notice reprise par Nominis[100]

La question, toujours ouverte, de la canonisation

Malgré plusieurs tentatives de l'Ordre franciscain aux XVIIe et XVIIIe siècles pour obtenir sa canonisation, Raymond Lulle demeure aujourd'hui encore bienheureux, et non saint canonisé.[101] Sa cause n'a jamais été formellement close, et la vénération dont il continue de bénéficier, en particulier dans les Baléares et en Catalogne, en maintient vivant le souvenir liturgique.

Une fête entre 29 et 30 juin

Les sources hagiographiques et liturgiques ne s'accordent pas parfaitement sur la date exacte de sa fête : Nominis et plusieurs calendriers catalans la placent au 29 juin, tandis que le Tiers-Ordre franciscain la célèbre traditionnellement le 30 juin.[102][103] Cette légère divergence, fréquente pour des cultes anciens jamais unifiés par une procédure romaine centralisée, ne remet en cause ni l'ancienneté ni la solidité de sa vénération.

Héritage : philosophie, littérature catalane et postérité scientifique

Le père de la prose catalane

Par le seul volume et la qualité de son œuvre en langue vernaculaire — le Livre du Gentil et des Trois Sages, le roman Blanquerna, le recueil Félix, l'Arbre de la science — Raymond Lulle est le premier auteur à avoir utilisé une langue romane, le catalan, pour exposer une pensée philosophique, scientifique et théologique de niveau savant, jusque-là réservée au latin.[104][105] Il forge à cette occasion un vocabulaire abstrait catalan largement inédit, et son œuvre en prose fixera pour des siècles les normes de l'écriture catalane standard.[106]

De Leibniz à Borges : la machine à penser

Repères de postérité intellectuelle et culturelle — infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocations artistiques ; données : MacTutor et sources citées dans la section, références de l’article.

Sur le plan strictement intellectuel, l'Art lullien connaît une postérité qui dépasse de loin le cercle des historiens de la théologie médiévale. Le grand philosophe et mathématicien allemand Gottfried Wilhelm Leibniz reconnaît explicitement, dans sa propre œuvre de jeunesse, sa dette envers la combinatoire de Lulle pour l'élaboration de son projet d'une characteristica universalis et de son ars combinatoria — un langage formel universel capable, selon Leibniz, de réduire tout raisonnement à un calcul.[107][108] Les historiens des mathématiques rangent aujourd'hui Lulle, à ce titre, parmi les précurseurs directs de la combinatoire moderne et, plus lointainement, de l'idée même de machine logique.[109] Au XXe siècle, l'écrivain argentin Jorge Luis Borges consacre à cette « machine à penser » un essai resté célèbre (1937), et le peintre catalan Salvador Dalí intègre des diagrammes directement inspirés de l'Art lullien dans son œuvre picturale.[110]

La mémoire contemporaine : l'Any Llull de 2016

En 2016, à l'occasion du 700e anniversaire de sa mort, la Generalitat de Catalogne et le gouvernement des îles Baléares déclarent conjointement une « Any Llull » (Année Lulle), coordonnée par les commissaires Joan Santanach pour la Catalogne et Maribel Ripoll pour les Baléares.[111] Plus de trois cents manifestations — colloques universitaires, expositions, concerts, projets éditoriaux et pédagogiques — sont organisées entre novembre 2015 et novembre 2016 dans l'ensemble des territoires de langue catalane, avec le concours des universités de Catalogne, des Baléares et de Valence et de l'Institut d'Estudis Catalans.[112] Cette mobilisation contemporaine, portée par des institutions culturelles et universitaires bien plus que religieuses, témoigne de la place singulière qu'occupe encore aujourd'hui ce bienheureux du XIIIe siècle : à la fois figure de sainteté vénérée localement, père de la littérature catalane et objet d'étude scientifique internationale de tout premier plan, avec deux grands programmes d'édition critique de ses œuvres complètes toujours actifs, le Raimundi Lulli Opera Latina (ROL) et la Nova Edició de les Obres de Ramon Llull (NEORL).[113][114]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Gran Enciclopèdia Catalana, article « Ramon Llull » : enciclopedia.cat/gran-enciclopedia-catalana/ramon-llull. Notice datée « (Palma, 1232/1233 — En mar, entre Tunis i Mallorca, març del 1316) » : naissance à Palma en 1232/1233, mort en mer entre Tunis et Majorque en mars 1316 ; fils du chevalier Ramon Llull de Barcelone, récompensé de terres à Pollença, Campanet et Ciutat de Mallorca après la conquête ; vie de courtisan dans sa jeunesse, puis mariage ; révélation divine vers trente ans le faisant abandonner son existence antérieure pour la mission ; longs voyages en Europe, en Asie Mineure et en Afrique du Nord ; école de prédication fondée à Majorque ; enseignement à l'université de Paris ; fonction de sénéchal attestée dès 1256 ; discussion critique des sources biographiques (rareté des témoignages épistolaires authentiques, notes de lieu et de date en colophon de ses traités depuis 1290, Vida coetània comme document des motivations spirituelles intimes).

    1 17
  2. Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ramon Llull » : plato.stanford.edu/entries/llull. Naissance à Majorque dans une famille catalane bourgeoise ; conversion par visions du Christ v. 1263-1265 ; triple mission (conversion, écriture contre les erreurs, fondation d'écoles de langues) ; théorie des Dignités, des Corrélatifs, échelle de l'être ; connaissance ascendante/descendante, sixième sens (Affatus) ; phase quaternaire de l'Art (1274-1290 env., figures A S T V X Y Z) et phase ternaire (1305-1308, lettres B à K) ; opposition à l'averroïsme et à la double vérité ; séjour parisien 1286-1289, amitiés avec Pierre de Limoges et Thomas Le Myésier ; mort à Majorque vers 1316, probablement après un emprisonnement en Afrique du Nord ; scepticisme sur la version martyriale traditionnelle ; confirmation par l'université de Paris (1311) de la conformité de la doctrine lullienne à la foi catholique ; dictée de la Vita coaetanea en 1311 à 79 ans.

    2 4 16 23 24 35 40 41 44 45 49 50 53 54 55 56 58 60 74 84 86
  3. Wikipédia (en), « Ramon Llull » : en.wikipedia.org/wiki/Ramon_Llull. Naissance v. 1232 à Palma, famille patricienne barcelonaise installée à Majorque avec Jacques Ier (1229) ; mariage en 1257 avec Blanca Picany, deux enfants (Domènec, Magdalena) ; sénéchal du roi de Majorque, jeunesse de troubadour ; 1263, cinq visions du Christ en croix selon la Vita coaetanea ; dépouillement à l'imitation de saint François, pèlerinages à Rocamadour et Compostelle ; esclave musulman acheté v. 1265 pour apprendre l'arabe, étude 1265-1274 ; fondation de l'ermitage de Miramar en 1270, révélation de l'Art au Puig de Randa en 1274 ; collège de langues de Miramar financé par le roi de Majorque (1276) ; voyages missionnaires à Tunis (1291, 1304, 1308) ; concile de Vienne (1311) demandant des chaires d'hébreu, d'arabe et d'araméen à Bologne, Oxford, Paris, Salamanque et à la Curie ; dernier voyage à Tunis en 1314 à 82 ans ; lapidation à Béjaïa ou Tunis en 1315, sauvetage par des chrétiens locaux selon la recherche moderne ; mort en 1316 en mer ou peu après l'arrivée, à 83-84 ans ; dernier écrit daté de décembre 1315 à Tunis ; tombeau élevé en 1448 dans l'église franciscaine de Palma ; béatification le 11 septembre 1847 par Pie IX ; jamais canonisé malgré les efforts franciscains des XVIIe-XVIIIe siècles ; fondateur de la littérature catalane vernaculaire ; réception à la Renaissance (Nicolas de Cues, Lefèvre d'Étaples) ; reconnaissance moderne comme précurseur de la théorie du choix social et de l'informatique théorique ; références chez Dalí et Borges ; projets éditoriaux Comissió Editora Lul·liana, Raimundus-Lullus-Institut, NEORL.

    3 7 11 14 18 20 22 28 29 34 37 59 72 77 78 87 97 105 110 114
  4. MacTutor History of Mathematics, université de St Andrews, « Ramon Llull » : mathshistory.st-andrews.ac.uk/Biographies/Llull. Ars Magna (1305-1308) comprenant notamment l'Arbre de la science et le Livre de l'ascension et de la descente de l'intellect ; méthodes combinatoires par notation symbolique et diagrammes reliant toutes les formes de connaissance ; Lulle présenté comme un précurseur de la combinatoire ; inspiration mystique vers 1272 pour réduire toute connaissance à des principes premiers convergeant vers un point d'unité ; influence reconnue sur Leibniz.

    5 39 52 108 109
  5. Media Art Net (ZKM, Karlsruhe), notice « Lullus, Raimundus: Biography » : medienkunstnetz.de/artist/lullus/biography. Naissance en 1232/1233 à Majorque, mort près de Majorque en 1316 ; mystique, théologien, philosophe et poète catalan ; environ 270 ouvrages en catalan, en arabe et en latin ; « méthode combinatoire » visant à unifier tout le savoir connu ; influence de sa « machine à penser », de Nicolas de Cues à Leibniz, sur la Renaissance et l'époque moderne ; Ars magna generalis et ultima (édition de 1501, rééditée à Francfort en 1596).

    6
  6. Encyclopedia.com, article « Lull, Ramón (c. 1232-1316) » : encyclopedia.com/humanities/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/lull-ramon-c-1232-1316. Naissance à Palma de Majorque v. 1232 ; conversion religieuse v. 1263 ; mort à Majorque avant le 25 mars 1316 ; jugement explicite que « le récit traditionnel de son martyre à Béjaïa ne peut être maintenu » ; neuf années (1265-1274 env.) de maîtrise de l'arabe ; voyages à Tunis (1293), Béjaïa en Algérie (1307), Tunis à nouveau (1314-1315) ; enseignement à l'université de Paris (1288-1289, 1297-1299, 1309-1311, probablement 1306), également à Naples et Montpellier ; art combinatoire fondé sur les Dignités divines (Bonté, Grandeur, Éternité, Pouvoir, Sagesse, Volonté, Vertu, Vérité, Gloire) ; figures circulaires à substitution de lettres ; Ars Magna v. 1274, Ars Generalis Ultima 1308 ; reconnaissance explicite par Leibniz de sa dette envers Lulle pour sa propre characteristica universalis et son ars combinatoria ; environ 240 des 290 œuvres conservées.

    8 51 61 65 67 83 85 107
  7. Nominis (Conférence des évêques de France), « Bienheureux Raymond Lull » : nominis.cef.fr/contenus/saint/1414/Bienheureux-Raymond-Lull.html. Mort en 1315 vers l'âge de quatre-vingts ans ; fête locale le 29 juin ; tertiaire franciscain et martyr ; décrit comme « l'esprit le plus original de son temps » ; citation autobiographique sur sa vie mondaine puis son abandon de tout pour la gloire de Dieu ; maîtrise de l'arabe pour l'évangélisation ; mission auprès des Sarrasins marquée par la flagellation et l'emprisonnement ; œuvre encyclopédique (théologie, philosophie, sciences, pédagogie, poésie mystique) ; encouragement à l'étude de la religion islamique et de la culture orientale ; martyre recherché à environ quatre-vingts ans à Béjaïa (Algérie), lapidé et laissé pour mort, expiré à bord d'un navire le ramenant à son couvent, en vue de sa Majorque natale, en 1316 ; notice du martyrologe romain le décrivant comme un homme « éminent par la science et une doctrine éclairée » qui « établit un dialogue fraternel avec les Sarrasins ». La même notice précise qu'une « tradition incontrôlée » le fait mourir lapidé à Bougie — formulation qui rejoint la prudence critique adoptée dans le corps du présent article sur les circonstances exactes de sa mort.

    9 10 79 99 100 102
  8. Franciscan Tradition / CFIT, « Blessed Ramon Llull: Committed to a Multicultural Mission » : franciscantradition.org/blog/blessed-ramon-llull-secular-franciscan-committed-to-a-multicultural-mission. Entrée dans les Frères et Sœurs de la Pénitence (Tiers-Ordre de Saint-François) après la conversion de 1263, à l'imitation de saint François ; projet d'un système unifié de connaissance rassemblant chrétiens, musulmans et juifs dans la Vérité de Dieu ; œuvre savante en catalan, arabe et latin permettant un dialogue interreligieux réel ; plaidoyer au concile de Vienne (1311) aboutissant à l'obligation d'étudier l'hébreu et l'arabe pour l'évangélisation ; spiritualité fondée sur la prière contemplative et le sacrifice ; prière adressée au Christ citée en anglais (« by love and prayers, and the pouring out of tears and of blood »), sans indication de l'œuvre de Lulle dont elle est tirée — rendue dans le corps en paraphrase ; même passage repris par Samuel Zwemer dans sa biographie de 1902 citée ci-dessous, également sans référence d'œuvre ; dévotion mariale marquée ; années d'ermite au Puig de Randa ; béatification en 1847 ; présenté comme patron approprié du dialogue contemporain entre les trois grandes traditions abrahamiques.

    12 47 57 70 98
  9. Catholic Encyclopedia (New Advent, 1910), article « Raymond Lully » : newadvent.org/cathen/12670c.htm. Naissance à Palma de Majorque entre 1232 et 1236 ; vie de courtisan à la cour du roi Jacques d'Aragon jusqu'à trente ans ; devenu ermite puis tertiaire de l'Ordre de Saint-François ; défense de l'étude des langues orientales pour réfuter la philosophie arabe ; fondation d'une école d'arabe et de chaldéen à Majorque ; enseignement à Paris ; voyage à Tunis v. 1291 pour prêcher et disputer avec les Sarrasins ; retour en Europe en 1311 pour présenter ses plans de conversion au concile de Vienne ; dernier voyage missionnaire à Tunis en 1315 ; invention d'une machine logique combinant des propositions théologiques par cercles, carrés et triangles ; environ trois cents ouvrages en catalan et en latin, publiés en dix volumes in-folio à Mayence entre 1721 et 1742 ; jamais canonisé malgré le martyre qu'on lui attribue ; mysticisme rationaliste formellement condamné par Grégoire XI (1376) et Paul IV.

    13 64 96 101
  10. Wikipédia (fr), « Raymond Lulle » : fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Lulle. Naissance v. 1232 à Palma, père Raymond Llull (chevalier de la conquête de Majorque), mère Isabel d'Erill ; mariage en 1257 avec Blanca Picany, enfants Domingo et Magdalena ; page puis précepteur, sénéchal et majordome du prince Jacques ; chansons de troubadour en occitan ; conversion v. 1263 à trente ans, visions nocturnes du Christ en croix ; rupture avec la cour en 1265 ; neuf années d'étude de l'arabe jusqu'en 1275, esclave musulman acheté en 1265 et mort en 1274 ; Livre de la contemplation de Dieu (1273-1274) en arabe, latin et catalan ; Ars compendiosa (1274), Ars demonstrativa (1283) ; fondation du couvent de Miramar (1276) financé par le prince Jacques (futur Jacques II de Majorque), enseignement de l'arabe et de la philosophie pendant dix ans ; séjour à Rome (1285-1286, rédaction de Blanquerna et Félix) ; enseignement à l'université de Paris (1286-1289) ; mission à Tunis (1291), expulsion vers Naples ; entrée au Tiers-Ordre franciscain (1295) ; autorisation de prêcher dans les mosquées et synagogues d'Aragon (1299) ; voyage à Chypre (1300-1302) ; nouvelle expédition à Tunis (1305) ; emprisonnement à Béjaïa et naufrage près de Pise (1307) ; projet Rex Bellator d'unification des ordres militaires (1292-1309) ; concile de Vienne (1311), trois sessions, chaires de langues orientales acceptées, demande de croisade rejetée ; mort le 29 juin 1315 en mer entre Tunis et Majorque ou lapidé à Béjaïa selon les récits, circonstances imprécises ; inhumation au couvent Saint-François de Palma ; insistance sur l'Immaculée Conception provoquant l'inquisiteur Nicolas Eymerich ; condamnation par Grégoire XI en 1376 pour mélange de foi et de raison ; protection du roi Pierre IV d'Aragon qui expulse l'inquisiteur ; fête liturgique le 29 juin ; premier écrivain catalan de prose savante (Blanquerna, Félix), enrichissement lexical du catalan.

    15 19 31 36 38 42 43 46 48 62 66 68 69 71 73 75 76 104 106
  11. Père Perroquet, La vie et le martyre du Docteur illuminé, le Bienheureux Raymond Lulle. Avec une apologie de sa sainteté, et de ses œuvres contre le mensonge, l'envie et la médisance, 1 vol. in-8°, 1667 — référence bibliographique exacte confirmée par le catalogue des Bibliothèques d'Amiens Métropole (fonds ancien, Histoire des religions), sans pagination vérifiable en ligne : aucun verbatim n'en est tiré ici. L'épisode de la dame vertueuse Ambrosia de Castello et l'appel prêté au Christ dans la cinquième vision (« Raymond suis-moi ! ») figurent dans la Vie française reprenant cette tradition hagiographique postérieure, reproduite sur livres-mystiques.com/partieTEXTES/Raymond_Lulle/Lulle.html. Naissance le 25 janvier 1232 à Palma (précision hagiographique tardive) ; parents Raymond Lulle, chevalier de la conquête de Majorque, et Isabel de Heril ; page du roi Jacques Ier puis sénéchal et majordome de l'infant Jacques ; épisode de la dame vertueuse Ambrosia de Castello révélant un sein cancéreux pour lui montrer la vanité de la beauté physique ; appel intérieur prêté au Christ dans la cinquième vision ; pèlerinages à Compostelle, Rome et en Terre sainte, ascèse mendiante ; rencontre avec saint Raymond de Penyafort en 1265, qui lui conseille l'étude avant la mission ; retraite au mont Randa, rédaction de l'Art général et du Livre de la contemplation ; aumônes aux pauvres malgré les inquiétudes financières de sa famille ; mariage avec Blanche de Picany, enfants Magdeleine et Domingo ; rédaction de la Doctrina pueril pour son fils ; récit traditionnel du martyre de Béjaïa repris intégralement.

    21 25 26 27 30 32 33 81
  12. E. Allison Peers (trad.), Blanquerna: a thirteenth century romance. Translated from the Catalan of Ramón Lull, Londres, Jarrolds, 1926, numérisé sur Internet Archive. Traduction anglaise du roman Blanquerna, attestant la réception du père de la prose catalane dans le monde anglophone dès l'entre-deux-guerres.

    63
  13. anastpaul.com, « Saint of the Day – 30 June – Blessed Raymond Lull T.O.S.F. (c. 1232 – c. 1315) Martyr » : anastpaul.com/2018/06/30/saint-of-the-day-30-june-blessed-raymond-lull-t-o-s-f-c-1232-c1315-martyr. Fête le 30 juin ; titres Doctor Illuminatus, Tertiaire de l'Ordre de Saint-François ; béatification en 1847 par Pie IX ; naissance v. 1232 à Palma dans la noble famille Lull ; service à la cour royale environ trente ans, maréchal et grand intendant du roi Jacques ; conversion par des visions du Christ en croix pendant qu'il écrivait à une femme qu'il courtisait ; devenu tertiaire franciscain, fondation d'un collège pour missionnaires, maîtrise des langues nord-africaines, neuf années de solitude et de contemplation sur une montagne isolée ; à soixante-dix-neuf ans, prêchant publiquement à Béjaïa en Algérie, attaqué par des musulmans radicaux et lapidé presque à mort ; recueilli par des marins grecs, mort peu après en route vers Majorque ; inhumé dans l'église franciscaine de Palma, miracles rapportés à son tombeau ; plus de trois cents ouvrages de théologie, logique, philosophie, poésie, fiction, alchimie et sciences naturelles en latin, arabe et catalan.

    80 103
  14. Samuel M. Zwemer, Raymund Lull, First Missionary to the Moslems, New York et Londres, Funk & Wagnalls, 1902, numérisé sur Internet Archive. Biographie missionnaire : prédication publique au marché de Béjaïa (Bougie) devant une foule fanatisée, lapidation le 30 juin 1315 sur l'ordre ou avec la connivence du roi local ; biographes partagés entre une mort le jour même et un sauvetage par ses amis suivi d'une mort avant l'arrivée à Palma — l'auteur tient la première version pour la mieux autorisée (« like Stephen, outside… »).

    82
  15. Route Ramon Llull in Majorca, itinéraire culturel officiel des lieux lulliens de Majorque (dépliant bilingue) : rutasramonllull.com/pdf/MapaRLlullMallorca-eng.pdf. Plaque marquant l'emplacement de sa maison natale de 1232 (Plaça Major) ; sermon sur saint François entendu vers 1263 à Santa Margalida, à l'origine de sa conversion ; retraite et illumination au Puig de Randa ; collège de Miramar fondé en 1276 pour enseigner l'arabe et l'Art ; sépulcre gothique abritant ses restes dans la basilique Sant Francesc de Palma, œuvre de Francesc Sagrera (1487).

    88
  16. quiesramonllull.narpan.net, article « Lullism » : quiesramonllull.narpan.net/en/lullism. Persécution « implacable » des disciples de Lulle par l'inquisiteur dominicain Nicolas Eymerich au XIVe siècle ; liste de plus de cinq cents propositions extraites des œuvres de Lulle jugées erronées par Eymerich ; commission universitaire présidée par le dominicain Bernat Ermengol jugeant la bulle valide mais ne retrouvant pas les propositions incriminées telles quelles dans les œuvres authentiques de Lulle ; bulle Conservationi puritatis catholicae fidei attribuée à Grégoire XI (1376), condamnation par l'université de Paris (1390) ; travaux du chercheur Perarnau concluant que la bulle de 1376 serait un faux fabriqué par Eymerich lui-même ; sentence d'absolution en 1416 ; ombre de l'hétérodoxie pesant sur tout le XVe siècle, dissimulation de leur dette envers Lulle par Raymond Sibiuda et Nicolas de Cues ; écoles lullistes actives à Majorque et Barcelone au XVe siècle ; chaire d'étude lullienne créée par le cardinal Jiménez de Cisneros à l'université d'Alcalá ; étude académique rigoureuse seulement aux XVIIIe-XIXe siècles par la critique positiviste ; éditions critiques modernes ROL et NEORL.

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  17. Any Llull 2016, commémoration du 700e anniversaire de la mort de Raymond Lulle : racocatala.cat/noticia/38365/2016-unic-any-llull-catalunya-balears et ramonllull.uib.cat/700_anys_blog. Déclaration conjointe de la Generalitat de Catalogne et du gouvernement des îles Baléares d'une « Any Llull » de novembre 2015 à novembre 2016 ; commissaires Joan Santanach (Catalogne) et Maribel Ripoll (Baléares) ; plus de trois cents activités (colloques, expositions, concerts, projets éditoriaux et pédagogiques) organisées avec les universités de Catalogne, des Baléares et de Valence et l'Institut d'Estudis Catalans ; objectif d'affirmer la contribution de Lulle à la littérature et son influence sur de nombreux intellectuels européens, et de présenter son héritage comme patrimoine culturel immatériel universel de la culture catalane.

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