Nicolas de Cues (1401-1464)

Fils d'un batelier de la Moselle devenu cardinal, Nicolas de Cues (Cusanus) est l'un des plus puissants esprits catholiques du XVᵉ siècle : philosophe de la « docte ignorance », mystique de l'infini, réformateur, diplomate de l'union avec les Grecs (délégation de Constantinople, 1437-1438), et précurseur de la cosmologie moderne avant Copernic. Un fidèle génie dont l'audace reste portée par la foi.

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Nicolas de Cues (Nicolaus Cusanus, né en 1401 sur les bords de la Moselle, mort à Todi le 11 août 1464) est sans doute l'un des plus puissants esprits catholiques du XVᵉ siècle — la Stanford Encyclopedia of Philosophy ouvre son article en le présentant comme « arguably the most important German thinker of fifteenth century » (« que l'on peut tenir pour le plus important penseur allemand du XVᵉ siècle »).[1] Fils d'un batelier de la Moselle, il devient tour à tour juriste, diplomate, cardinal, prince-évêque, réformateur, mathématicien, astronome — et surtout l'un des plus profonds philosophes-théologiens que l'Église latine ait produits entre saint Thomas d'Aquin et l'âge moderne.[2][3] Sa formule la plus célèbre, la docte ignorance, résume un programme audacieux : c'est en sachant qu'elle ne sait pas que l'intelligence approche le mieux de Dieu.[4]

Homme-charnière, il se tient exactement au passage du Moyen Âge à la Renaissance. D'un côté, il hérite de la théologie négative du Pseudo-Denys — l'une de ses racines reconnues, avec Proclus[5] — et il la prolonge jusqu'à ses conséquences les plus vertigineuses. Il lit aussi Jean Scot Érigène et Maître Eckhart, deux auteurs dont l'Église a censuré certaines œuvres : le Periphyseon d'Érigène, brûlé sur ordre d'Honorius III (1225)[6], et vingt-huit propositions d'Eckhart, censurées par Jean XXII dans la bulle In agro dominico (27 mars 1329). De l'autre, il anticipe la science à venir : un siècle avant Copernic, il ose écrire que l'univers n'a ni centre ni bords fixes, et que la Terre elle-même n'est pas immobile.[7][8]

Le St. Nikolaus-Hospital de Bernkastel-Kues, fondé par Nicolas de Cues pour trente-trois vieillards pauvres. Photo Dguendel, Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

Mais, à la différence d'Origène, d'Eusèbe de Césarée ou de Tertullien — ces génies de l'Église ancienne que l'on lit « avec un filtre » —, Nicolas de Cues n'a jamais rompu avec l'Église : il meurt cardinal, en pleine communion, sur la route de la croisade voulue par le pape Pie II. Ses hardiesses ont été soupçonnées de son vivant — le théologien de Heidelberg Johannes Wenck les attaqua dans son De ignota litteratura[9] — ; l'auteur de l'article que lui consacre la Catholic Encyclopedia (1911) estime pour sa part que « le contexte de ses écrits prouve qu'ils sont tous strictement chrétiens »[10]. Et Jean-Paul II, dans son message du 15 mai 2001 adressé à Mgr Leo Schwarz, à Trèves, pour le sixième centenaire de sa naissance, rend hommage à Cues et à son service de l'Église[11]. Non comme un maître à corriger, donc, mais comme un fidèle génie à comprendre : un homme dont l'audace intellectuelle est portée, de bout en bout, par la foi et par l'obéissance.

Pourquoi Nicolas de Cues compte-t-il ?

Le plus grand esprit catholique du XVᵉ siècle

Le XVᵉ siècle latin n'a pas produit de saint Thomas ni de saint Bonaventure. Il a produit Nicolas de Cues. Aucun contemporain ne réunit comme lui l'ampleur du juriste, la finesse du métaphysicien, l'audace du savant et la profondeur du mystique.[12] Il a lu les Grecs et les Latins, les Pères et les scolastiques, les mathématiciens et les astronomes ; il a rassemblé une bibliothèque personnelle remarquable, conservée aujourd'hui encore dans son hôpital de Cues[13], et il a retrouvé à Cologne des manuscrits antiques — dont l'Histoire naturelle de Pline et des comédies de Plaute.[14]

Cette universalité n'est pas une simple curiosité de collectionneur. Elle sert une intuition unique, qu'il décline dans tous ses livres : l'infini de Dieu déborde infiniment toute mesure humaine, et cette disproportion, loin de décourager l'esprit, est la porte même de la contemplation.

Un cardinal, pas un franc-tireur

Il faut le dire d'emblée, car cela commande toute la lecture : Nicolas de Cues n'est pas un intellectuel en marge de l'Église, ni un précurseur des ruptures modernes. C'est un homme d'Église au sens le plus plein — canoniste, légat, cardinal, évêque réformateur. Sa pensée la plus audacieuse naît dans le cadre d'une vie entièrement donnée au service de l'unité catholique : réforme du clergé, retour des Grecs à l'unité, paix entre les peuples, défense de la papauté.

C'est pourquoi il figure parmi les grandes personnalités marquantes du catholicisme, et non parmi les génies suspects. On ne « filtre » pas Nicolas de Cues : on distingue seulement, dans sa postérité, ce qui vient de lui — une mystique qui cherche Dieu au-delà de tous les mots et de toutes les images, en pleine fidélité à la foi de l'Église — de ce que d'autres, comme Giordano Bruno, ont voulu lui faire dire.[15]

L'homme : de la Moselle à la pourpre romaine

Repères biographiques

L'itinéraire européen de Nicolas de Cues, entre formation canonique, diplomatie de l'union et service romain. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
  1. 1401
    Naissance à Cues, sur la Moselle

    Nicolas Krebs (Cryfftz) naît à Cues, près de Bernkastel, dans l'archidiocèse de Trèves, fils d'un batelier prospère de la Moselle.

  2. v. 1410-1416
    Les Frères de la vie commune

    Selon la tradition, il est formé à Deventer, chez les Frères de la vie commune, foyer de la Devotio moderna dont sortira aussi l'Imitation de Jésus-Christ.

  3. 1416
    Étudiant à Heidelberg

    Il s'inscrit à l'université de Heidelberg, où il rencontre la logique et la philosophie de son temps.

  4. 1423
    Docteur en droit canon à Padoue

    À Padoue, il devient docteur en droit canon ; il y noue des amitiés savantes, notamment avec le futur cosmographe Toscanelli.[16][17]

  5. 1432-1437
    Le concile de Bâle

    Il siège au concile de Bâle et publie le De concordantia catholica, grand traité conciliariste sur l'Église et l'Empire.

  6. 1437-1438
    L'ambassade de Constantinople

    Rallié au pape Eugène IV, il fait partie de la petite délégation envoyée à Constantinople, qui ramène l'empereur, le patriarche et vingt-huit archevêques vers le concile de l'union.

  7. 1440
    La Docte Ignorance

    Il achève le De docta ignorantia, son chef-d'œuvre philosophique, où s'énoncent la docte ignorance et la coïncidence des opposés.

  8. 1448-1449
    Cardinal de Saint-Pierre-aux-Liens

    Nicolas V le crée cardinal-prêtre du titre de Saint-Pierre-aux-Liens ; il devient un légat de la réforme en Allemagne.

  9. 1450
    Prince-évêque de Brixen

    Nommé évêque de Brixen, il se heurte pour des années au duc Sigismond d'Autriche et au chapitre.

  10. 1453
    La chute de Constantinople

    L'année où tombe Constantinople, il compose coup sur coup le De visione Dei et le De pace fidei.

  11. 1460
    Prisonnier du duc Sigismond

    Le conflit tourne à l'affrontement ouvert : Sigismond fait arrêter le cardinal, qui doit se réfugier à Rome.

  12. 11 août 1464
    Mort à Todi

    En route vers Ancône pour la croisade de Pie II, Nicolas meurt à Todi. Son corps fut inhumé dans son église titulaire de Saint-Pierre-aux-Liens[18], son cœur déposé dans l'hôpital qu'il avait fondé à Cues[19].

L'enfant du batelier de la Moselle

Rien ne prédestinait ce fils de batelier à la pourpre romaine. Né en 1401 à Cues, sur la Moselle, dans une famille aisée de mariniers, Nicolas Krebs porte toute sa vie la marque de ce fleuve et de ce pays.[20][21] La tradition veut qu'adolescent il ait été confié aux Frères de la vie commune de Deventer, ce mouvement de la Devotio moderna d'où sortira aussi l'Imitation de Jésus-Christ.[22] La Catholic Encyclopedia prévient toutefois : de cette scolarité de Deventer, « on ne sait rien »[23] ; et si cette formation est réelle, son empreinte compterait : la piété affective, sobre et intériorisée de la Devotio moderna se retrouverait au cœur de sa mystique, jusque dans ses spéculations les plus abstraites.

Reconnaissant envers son pays natal, Nicolas y fondera le St. Nikolaus-Hospital (Cusanusstift), maison pour trente-trois vieillards pauvres — un pour chaque année de la vie terrestre du Christ — qui abrite encore aujourd'hui sa bibliothèque et son cœur.[24][25]

Le juriste : Heidelberg, Padoue et le droit canon

Sa formation est d'abord celle d'un juriste. Inscrit à Heidelberg en 1416, il gagne ensuite Padoue, alors capitale du droit, où il devient en 1423 docteur en droit canon.[26] Il complétera à Cologne son étude de la théologie.[27] Ce socle canonique explique sa carrière : c'est comme avocat d'une cause épiscopale, non comme théologien, qu'il paraît d'abord sur la scène de l'Église, au concile de Bâle.

Bâle : le conciliariste

En 1432, le jeune canoniste siège au concile de Bâle, cette grande assemblée qui prétend réformer l'Église et affirme la supériorité du concile sur le pape. Nicolas y rédige son premier grand ouvrage, le De concordantia catholica (1433), traité magistral sur la « concorde catholique » de l'Église et de l'Empire.[28][29] Il y défend alors une thèse conciliariste : le pouvoir des conciles généraux l'emporte sur celui du pape.[30]

C'est le seul point où l'on peut parler d'une position qu'il abandonnera. En 1437, devant la scission entre le concile et le pape, Nicolas choisit Eugène IV : la minorité restée fidèle au pape l'envoie auprès de lui.[31] Bâle, lui, s'enlise et se radicalise après ce départ — jusqu'à déposer Eugène IV (25 juin 1439) et élire l'antipape Félix V (5 novembre 1439).[32]

Le ralliement au pape et l'ambassade de Constantinople

À partir de 1437, Nicolas de Cues rompt avec le parti radical de Bâle et se range du côté du pape Eugène IV.[33] Ce n'est pas un calcul de carrière : c'est la conviction, mûrie dans l'épreuve, que l'unité de l'Église a besoin d'un centre visible. Ses adversaires y verront une trahison ; on peut y lire la fidélité d'un homme qui préfère la vérité de la communion à la logique d'un système.

La bulle d'union de Florence du 6 juillet 1439, document symbolique de l'union grecque et latine à laquelle la délégation pontificale de Constantinople — dont Cues faisait partie — prépara la voie. Wikimedia Commons, domaine public.

Le pape lui confie aussitôt une mission délicate : ramener les Grecs à l'unité. En 1437-1438, Nicolas fait partie de la petite délégation envoyée à Constantinople, qui obtient l'adhésion de l'empereur, du patriarche et de vingt-huit archevêques au futur concile de l'union.[34][35] C'est en grande partie grâce à cette mission que se réunira le concile de Florence, où sera solennellement proclamée — hélas fragilement — la réunion des Églises grecque et latine (bulle Laetentur caeli, 6 juillet 1439).[36] Sur le bateau du retour, Nicolas dira avoir reçu la lumière décisive de sa docte ignorance : une grâce d'en haut, écrit-il, lui fit « embrasser dans une science d'ignorance » l'incompréhensible.[37][38]

Le légat réformateur en Allemagne

Élevé au cardinalat par Nicolas V le 20 décembre 1448 et proclamé cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens (San Pietro in Vincoli) en 1449, Nicolas de Cues devient l'un des grands légats de la réforme en terre allemande.[39][40] Il parcourt l'Empire, tient des synodes, corrige les abus, relève la discipline du clergé, combat les fausses dévotions et les faux miracles. L'homme de la contemplation la plus haute est aussi un pasteur exigeant, obsédé par la réforme concrète de l'Église — bien avant le concile de Trente.

Cardinal et prince-évêque de Brixen : le conflit avec Sigismond

Du conciliarisme à la communion : l'un des tournants décisifs de Nicolas de Cues. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1450, le pape le nomme prince-évêque de Brixen (Bressanone, dans le Tyrol), diocèse qui « avait besoin d'un réformateur ».[41] Mais le réformateur se heurte à un mur : le chapitre lui résiste, et surtout le puissant duc Sigismond d'Autriche refuse de céder ses droits sur l'Église locale.[42] Le conflit s'envenime des années durant. Nicolas jette l'interdit ; Sigismond, en 1460, va jusqu'à faire arrêter le cardinal et le contraindre à composer, avant que Nicolas ne s'échappe et gagne Rome.[43][44] L'épisode montre le prix concret de la réforme au XVᵉ siècle : celui qui touche aux privilèges des princes risque la prison.

La mort à Todi

Les dernières années le voient au service du pape Pie II, qui le nomme vicaire général de Rome et du Patrimoine de Saint-Pierre le 11 janvier 1459[45] ; infatigable promoteur de la croisade contre les Turcs. En août 1464, alors qu'il chemine de Rome vers Ancône pour la croisade, la maladie le terrasse : il meurt à Todi, en Ombrie, le 11 août 1464.[46][47] La Catholic Encyclopedia de 1911 donne une séquence un peu différente — le cardinal aurait accompagné Pie II jusqu'à Ancône avant d'être envoyé à Livourne pour y presser les croisés génois — et précise qu'il mourut entouré de ses amis, le médecin Toscanelli et l'évêque Johannes Andreæ.[48] Son corps fut déposé dans sa basilique romaine de Saint-Pierre-aux-Liens[49] ; son cœur, selon son vœu, retourna à Cues, dans l'hôpital des pauvres qu'il avait fondé.[50]

La pensée : la docte ignorance

« Savoir qu'on ne sait pas »

Le cœur de la philosophie de Nicolas de Cues tient dans un paradoxe : la plus haute science de Dieu est une savante ignorance. Non pas l'ignorance du paresseux, mais celle du sage qui a compris que l'infini de Dieu excède infiniment toute mesure de la raison.[51][52] De l'infini au fini, écrit-il, il n'y a aucune proportion ; or connaître, c'est mesurer, comparer, proportionner. Dieu étant sans proportion avec le créé, il ne peut être « mesuré » par aucun concept : le savoir le plus vrai que nous puissions en avoir est de savoir qu'il nous dépasse absolument.

« De l'infini au fini, il n'y a aucune proportion. » — Nicolas de Cues, La Docte Ignorance, I, 3[53]

Cette intuition n'est pas un scepticisme. C'est, au contraire, la condition d'une vraie adoration : plus l'esprit reconnaît que Dieu le déborde, plus il s'ouvre à ce qui, en Dieu, ne se laisse jamais enfermer. La docte ignorance est le nom philosophique de l'humilité de l'intelligence devant le mystère.

La coïncidence des opposés

De cette disproportion découle la thèse la plus célèbre de Cues : en Dieu, les opposés coïncident. Ce que notre raison sépare — le maximum et le minimum, le centre et la circonférence, le tout et la partie — se rejoint dans l'infini divin, où il n'y a plus ni plus grand ni plus petit.[54][55] Dieu est ce Maximum absolu qui, étant sans limite, est aussi le Minimum : car ce qui ne peut être ni augmenté ni diminué est, tout ensemble, le plus grand et le plus petit possibles.

La docte ignorance n'est pas un renoncement à penser, mais l'humilité de la raison devant l'infini. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est la fameuse coincidentia oppositorum, la coïncidence des opposés. Elle n'abolit pas le principe de non-contradiction dans le monde des choses finies ; elle marque seulement la frontière où la logique ordinaire, faite pour le fini, doit s'incliner devant l'infini. Dieu habite au-delà du champ où la raison oppose les contradictoires, là où la raison discursive ne peut plus le suivre — et où seule l'intelligence contemplative peut, dans une nuit lumineuse, le pressentir.[56]

Dieu enveloppe, le monde déploie

Pour dire le lien de Dieu et du monde sans les confondre, Nicolas forge un couple de mots devenu classique : complicatio et explicatio. Dieu enveloppe (complicatio) en lui, dans une unité simple, tout ce qui existe ; le monde déploie (explicatio) dans le temps et l'espace ce que Dieu contient éternellement.[57] Le créé n'est donc ni Dieu ni un simple rien : il est un maximum contracté, un reflet fini de l'infini, où Dieu se montre en tout et partout, sans jamais se dissoudre dans les choses.

C'est ici que se joue tout le procès de panthéisme qu'on lui fera : Cues frôle-t-il l'identification de Dieu et du monde ? Nous verrons plus bas que non — mais qu'il fallait un lecteur attentif pour ne pas s'y tromper.

Le mystique de l'infini

Nicolas de Cues n'est pas seulement un métaphysicien. Ses plus belles pages sont des pages de prière. Il prolonge la théologie négative du Pseudo-Denys — l'une de ses racines reconnues[58] — et il la met au service d'une expérience contemplative brûlante. Il médite aussi Jean Scot Érigène et Maître Eckhart, en écartant ce que l'Église a censuré chez eux (voir les articles voisins).

La Vision de Dieu : l'icône au regard omnivoyant

En 1453, il envoie aux moines bénédictins de Tegernsee un petit livre bouleversant, De visione Dei (La Vision de Dieu), accompagné d'un tableau : le portrait d'un visage — une icône — dont le regard semble suivre chaque spectateur, où qu'il se place.[59] Que dix moines se répartissent autour de l'image : chacun croira être seul regardé, et pourtant tous le seront en même temps. De ce simple jeu optique, Nicolas tire une théologie du regard divin d'une intensité rare : « Ton regard, Seigneur, est ton visage » (ch. VI) ; « en me regardant, tu te donnes à voir à moi, toi le Dieu caché » (ch. V) ; et son voir, pour Dieu, c'est aimer (ch. VII).[60]

Dieu me voit, et son regard me fait être ; il me voit tout entier, sans jamais détourner les yeux ; et me voir, pour lui, c'est m'aimer. La contemplation devient un face-à-face où l'homme découvre qu'il est d'abord un vu, un aimé, avant d'être un voyant.

Le mur du paradis

Pour dire où se tient Dieu, Nicolas reprend une image qui restera célèbre : le mur du paradis (murus paradisi).[61] Autour du jardin où habite Dieu court un mur, et ce mur est fait de la coïncidence des opposés. Tant que l'esprit raisonne, il reste dehors, arrêté par la contradiction ; c'est seulement en franchissant ce mur — en acceptant que là, maximum et minimum, être et non-être coïncident — qu'il entre dans la région où Dieu se laisse pressentir. La porte du paradis est gardée, écrit-il au chapitre IX, par « l'esprit le plus élevé de la raison » (spiritus altissimus rationis) : tant que ce gardien n'est pas vaincu (qui nisi vincatur), l'entrée ne s'ouvre pas (non patebit ingressus).[62]

Dans le De visione Dei, l'icône au regard omnivoyant devient une pédagogie du regard divin. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce n'est pas de la pure spéculation : c'est l'expérience de tous les grands contemplatifs, traduite en langage philosophique. Là où saint Jean de la Croix parlera de « nuit obscure », Nicolas parle de mur, de nuage, d'ignorance lumineuse. La même montagne, gravie par un géomètre.

Le savant : la cosmologie avant Copernic

Le plus surprenant, chez ce mystique, c'est le savant. Nicolas de Cues, un siècle avant Copernic, a soutenu des thèses cosmologiques d'une audace inouïe — non par observation, mais par déduction métaphysique à partir de l'infini de Dieu.[63][64]

Un univers sans centre ni bords

Puisque seul Dieu est infini et parfaitement exact, aucune réalité créée ne peut être le centre absolu du monde ni en occuper la circonférence exacte.[65] L'univers, image de l'infini divin, n'a donc ni centre fixe ni bord assignable : il est interminatum, sans terme précis. Nicolas reprend à son compte la vieille formule appliquée à Dieu et l'étend au cosmos : une sphère « dont le centre est partout et la circonférence nulle part ».[66]

« La machine du monde aura pour ainsi dire son centre partout, et sa circonférence nulle part. » — Nicolas de Cues, La Docte Ignorance, II, 12[67]

La Terre, « une noble étoile »

Il en tire une conséquence stupéfiante pour son temps : la Terre n'est pas immobile au centre du monde. Elle se meut, comme les autres corps ; elle n'est ni le point le plus bas ni le plus vil de l'univers, mais « une noble étoile », dotée elle aussi de lumière, de chaleur et d'influence, à sa manière.[68][69] Rien de ce qui existe, écrit-il, n'est parfaitement au repos.

La cosmologie de Cues anticipe des intuitions modernes, mais par une voie métaphysique : Dieu seul est l'infini. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Il faut mesurer la nouveauté : un siècle avant que Copernic ne publie, le futur cardinal enseigne déjà, sereinement, que la Terre bouge et qu'elle n'occupe aucune place privilégiée dans l'espace. Et il le fait sans que l'Église ne s'en émeuve, parce qu'il le fait en théologien de l'infini divin, non en polémiste. C'est un rappel utile : le procès ultérieur de Galilée ne dit pas tout du rapport de l'Église à la science ; l'exemple de Cues montre une Église qui abrite, honore et élève l'un des plus audacieux cosmologues de l'histoire.

Le réformateur du calendrier et le mathématicien

Sept œuvres pour lire Nicolas de Cues par dossiers : réforme, science, connaissance, mystique et métaphysique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cet esprit concret ne se contente pas de spéculer sur le ciel : il veut le remettre à l'heure. Dès 1436, dans un mémoire au concile (Reparatio kalendarii), Nicolas propose une réforme du calendrier pour corriger la dérive des équinoxes — un projet qui préfigure, de plus d'un siècle, la réforme grégorienne de 1582.[70] Mathématicien passionné, il consacre plusieurs traités à la quadrature du cercle, cherchant dans la géométrie même une image de la condition de l'esprit face à la vérité : le polygone inscrit qui, en multipliant ses côtés, s'approche indéfiniment du cercle sans jamais l'égaler — comme l'intellect s'approche de la vérité sans jamais la mesurer exactement (De docta ignorantia, I, 3, n. 10).

Le tableau ci-dessous récapitule les grandes œuvres de ce génie multiple.

ŒuvreDateDomaineCe qu'elle apporte
De concordantia catholica1433Droit / ecclésiologieGrand traité sur la concorde de l'Église et de l'Empire (période conciliariste)
Reparatio kalendarii1436AstronomieProjet de réforme du calendrier, ancêtre de la réforme grégorienne
De docta ignorantia1440MétaphysiqueLa docte ignorance et la coïncidence des opposés ; chef-d'œuvre philosophique
De coniecturis1442-1443Théorie de la connaissanceLa connaissance humaine comme « conjecture » toujours perfectible
De visione Dei1453MystiqueL'icône au regard omnivoyant ; le mur du paradis
De pace fidei1453Théologie des religionsUn dialogue céleste sur la paix de la foi après la chute de Constantinople
De li non aliud1461MétaphysiqueDieu défini comme le « Non-Autre » (non aliud)

La paix de la foi : un appel à la paix, sans relativisme

En 1453, la nouvelle bouleverse la chrétienté : Constantinople est tombée aux mains des Turcs (voir La chute de Constantinople). Sous le choc, Nicolas de Cues écrit d'un trait le De pace fidei (La Paix de la foi), l'un des textes les plus discutés de son œuvre.[71][72]

Un dialogue céleste

Le livre met en scène une assemblée au ciel : sous la conduite du Verbe, dix-sept sages des nations — un Grec, un Italien, un Arabe, un Indien, un Chaldéen, un Juif, un Scythe, un Français, un Perse, un Syrien, un Espagnol, un Allemand, un Tartare, un Arménien, un Bohémien, un Anglais — et un Turc débattent des religions du monde.[73] Dès le premier chapitre, dans la supplique de l'ange, est prononcée la formule fameuse : una religio in rituum varietate — « une seule religion dans la variété des rites » (I, 6).[74]

« Il y a une seule religion dans la variété des rites. » — Nicolas de Cues, La Paix de la foi, I, 6[75]

Ce que Cues dit — et ce qu'il ne dit pas

Cette phrase a été récupérée, aux siècles suivants, par un relativisme religieux qui n'est pas celui de Cues. Il faut lire le texte de près pour éviter le contresens. Nicolas ne dit pas que toutes les religions se valent, ni que le Christ serait une voie parmi d'autres. Son dialogue est présidé par le Verbe de Dieu ; l'« unique religion » qui affleure sous les rites, c'est la vérité une dont le christianisme est l'accomplissement plénier. La diversité des rites est légitime ; la vérité, elle, est une, et elle a un nom : le Christ.

Le De pace fidei appelle à la paix sans transformer la foi catholique en relativisme. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Telle est la lecture catholique proposée ici : Dieu ne laisse aucun peuple sans une part de lumière, et toute recherche religieuse sincère est, obscurément, une recherche du Christ — mais cette lumière ne s'achève que dans la foi véritable. Le De pace fidei n'est donc pas un manifeste d'indifférentisme ; c'est un appel à la paix par la conversion des cœurs à l'unique vérité, écrit par un homme qui, comme légat en Allemagne, avait prêché l'indulgence du Jubilé et la croisade contre les Turcs.[76] Le lire comme un plaidoyer pour l'équivalence des religions, c'est le trahir.

Orthodoxie contestée, orthodoxie confirmée

L'accusation de panthéisme : Wenck et l'Apologia

Dès la parution de La Docte Ignorance, un théologien de Heidelberg, Johannes Wenck, attaque violemment Nicolas dans un pamphlet, le De ignota litteratura (« Sur la science ignorante », 1442-1443) : selon lui, la docte ignorance et la coïncidence des opposés dérivent de Maître Eckhart — il cite trois extraits allemands d'Eckhart, tirés du Livre béni (Liber benedictus) et des sermons allemands 2 et 6 — et reconduisent des doctrines visées par la condamnation d'Eckhart dans In agro dominico (1329).[77] C'est la forme forte du grief : à force de faire coïncider Dieu et le monde, Cues ne tombe-t-il pas dans le panthéisme, cette confusion de Dieu et de la créature ? Nicolas répond en 1449 par une Apologia doctae ignorantiae (« Défense de la docte ignorance »), où il précise sa pensée et montre qu'elle se tient dans la ligne des Pères et de la théologie négative.[78]

Le point est décisif, et il se tranche nettement : la coïncidence des opposés et le maximum contracté ne sont pas un panthéisme. Cues maintient toujours la transcendance absolue de Dieu — Dieu enveloppe le monde, mais le monde n'est pas Dieu ; Dieu se reflète en tout, mais ne se dissout en rien. Sa formule du non aliud, le « Non-Autre », dit précisément cela : Dieu n'est pas une chose parmi les choses, pas même « autre » que les choses à la manière dont les créatures sont autres les unes que les autres. Il est au-delà de l'opposition même du même et de l'autre.

Bruno et la postérité équivoque

Le malentendu a pourtant une histoire. Un siècle et demi plus tard, l'apostat Giordano Bruno s'emparera de l'univers infini et de la coïncidence des opposés de Cues pour bâtir, lui, un véritable panthéisme où Dieu se confond avec un cosmos infini et éternel.[79] La ressemblance des mots a fait croire à une filiation des doctrines. Mais entre le cardinal contemplatif et l'hérétique brûlé en 1600, la différence est radicale : chez Cues, l'univers « sans bords » est le signe d'un Dieu qui, seul, est vraiment infini ; chez Bruno, il devient un substitut de Dieu. La même image sert une adoration chez l'un, une négation chez l'autre. C'est pourquoi il faut lire Cues par lui-même, et non à travers ceux qui l'ont capté.

Le jugement porté sur son œuvre

Nicolas de Cues n'a jamais été condamné : il a été fait cardinal, évêque, légat. L'auteur de l'article de la Catholic Encyclopedia (1911) estime que « le contexte de ses écrits prouve qu'ils sont tous strictement chrétiens »[80] — avis d'encyclopédie, non jugement d'Église. L'acte qui compte est le message de Jean-Paul II du 15 mai 2001, qui rend hommage à Cues et à son service de l'Église.[81]

« Le contexte de ses écrits prouve, toutefois, qu'ils sont tous strictement chrétiens. » — The Catholic Encyclopedia, à propos des formules audacieuses de Nicolas de Cues[82]

Même vocabulaire ne signifie pas même doctrine : Cues doit être lu dans l'Église, non à travers Bruno ou le relativisme moderne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Nicolas de Cues n'est donc pas un maître suspect que l'on tolère du bout des lèvres, mais un fidèle génie dont la hardiesse est portée par la foi. Son corps fut inhumé dans sa basilique romaine de Saint-Pierre-aux-Liens[83], et son cœur repose dans l'hôpital de Cues[84] ; il n'a jamais été canonisé, et aucune cause n'est attestée dans les sources consultées.

Ce que Nicolas de Cues nous enseigne aujourd'hui

L'itinéraire de Nicolas de Cues parle avec force au croyant d'aujourd'hui.

D'abord, il enseigne l'humilité de l'intelligence. À une époque grisée par ses savoirs, la docte ignorance rappelle que la plus haute science n'est pas de tout expliquer, mais de reconnaître ce qui nous dépasse infiniment. Le vrai savant n'est pas celui qui réduit Dieu à ses concepts ; c'est celui qui, ayant tout appris, s'incline devant le mystère. Comme le dit saint Paul :

« Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d'une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 13, 12[85]

Ensuite, il montre que foi et raison ne se combattent pas. Cardinal et cosmologue, contemplatif et mathématicien, Nicolas incarne l'idéal catholique d'une intelligence qui cherche Dieu de toutes ses forces, sans jamais opposer le laboratoire et l'oratoire. Sa Terre « noble étoile » et son icône au regard omnivoyant sortent de la même plume, parce qu'elles cherchent le même Dieu.

Enfin, il donne l'exemple d'une audace obéissante. Nicolas de Cues a osé les pensées les plus hardies de son siècle — mais toujours dans l'Église, jamais contre elle. Il a préféré la communion à son propre système, quittant le conciliarisme quand la vérité l'exigeait. C'est là sa leçon la plus profonde : l'intelligence la plus libre est celle qui accepte de se recevoir d'un autre — de l'Église, et de Dieu.

Reste la gratitude et l'admiration : un fils de batelier devenu prince de l'Église, un mystique devenu savant, un génie devenu serviteur. Le plus haut vol de la raison humaine, ici, n'a pas quitté le sol de la foi — il en est parti, et il y est revenu.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Clyde Lee Miller, « Nicolaus Cusanus [Nicholas of Cusa] », Stanford Encyclopedia of Philosophy, éd. E. N. Zalta (rév. 2021) : « Arguably the most important German thinker of fifteenth century » ; 1401-1464 ; réformateur, administrateur, cardinal ; De docta ignorantia (1440), De coniecturis (1442-1443), Apologia doctae ignorantiae (1449), De pace fidei (1453, tourné vers les autres religions, notamment l'islam), De li non aliud (1461) ; à Padoue (doctorat en droit canon, 1423), « he met the physician and mathematician Paolo Toscanelli » ; docte ignorance (nulle proportion de l'infini au fini), coïncidence des opposés, Dieu Maximum absolu et monde « maximum contracté », complicatio/explicatio, univers sans centre ni circonférence fixes, image de la sphère « dont le centre est partout et la circonférence nulle part » (livre II) ; racines : Proclus et Denys ; manuscrits de l'Histoire naturelle de Pline et de comédies de Plaute retrouvés à Cologne (v. 1426) ; bibliothèque « remarkable », conservée dans son hôpital de Cues ; mort à Todi en 1464 « on his way from Rome to Ancona » ; « few later thinkers, apart from Giordano Bruno, understood or were influenced by him ». URL : https://plato.stanford.edu/entries/cusanus/

    1 3 5 12 13 14 15 16 29 38 46 52 54 56 57 58 64 65 66 69 71 79
  2. J. Hagen, « Nicholas of Cusa », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, New York, Robert Appleton Company, 1911 : né à Cues sur la Moselle, archidiocèse de Trèves, en 1400 ou 1401, mort à Todi (Ombrie) le 11 août 1464 ; « Of his early education in a school of Deventer nothing is known » ; formation à Heidelberg (1416), docteur en droit canon à Padoue (1423) — « At Padua he became the friend of Paolo Toscanelli » —, théologie à Cologne (1425) ; conciliariste au concile de Bâle et De concordantia catholica affirmant la supériorité des conciles ; « In 1437 the orthodox minority sent him to Eugene IV » ; « The pope entrusted him with a mission to Constantinople » (empereur, patriarche et vingt-huit archevêques gagnés au concile de Florence) ; cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens proclamé en 1449 ; évêque de Brixen (1450) en conflit avec le duc Sigismond, emprisonné en 1460 ; légation allemande : indulgence du Jubilé et croisade contre les Turcs ; projet de réforme du calendrier (Reparatio calendarii, 1436) ; mort à Todi après avoir accompagné Pie II à Ancône, envoyé à Livourne presser les croisés génois — « He died at Todi, in the presence of his friends, the physician Toscanelli and Bishop Johannes Andreæ » ; hôpital de Cues fondé par le cardinal, « a home for thirty-three old men, in honour of the thirty-three years of Christ's earthly life » ; « The body of Nicholas of Cusa rests in his own titular church in Rome » (1911) ; avis de l'auteur : « The context of his writings proves, however, that they are all strictly Christian ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/11060b.htm

    2 10 17 18 20 23 25 26 27 28 30 31 33 34 40 41 42 43 47 48 49 70 76 80 82 83
  3. Nicolas de Cues, De docta ignorantia (La Docte Ignorance), 3 livres, achevé le 12 février 1440 : thèse centrale de la docte ignorance ; dans la lettre finale au cardinal Julien Cesarini, placée après le livre III (n. 263), Nicolas raconte avoir reçu « d'en haut », sur le bateau du retour de Grèce (1438), la lumière lui permettant d'« embrasser dans une science d'ignorance » les incompréhensibles. Voir trad. J. Hopkins, Nicholas of Cusa on Learned Ignorance, Minneapolis, Banning, 1985.

    4 37 51
  4. Honorius III, bulle In dominico agro / décret de 1225 ordonnant la recherche et la destruction par le feu des exemplaires du Periphyseon de Jean Scot, sous peine d'excommunication ; le livre était alors associé aux erreurs panthéistes d'Amaury de Bène, condamnées au concile de Paris (Sens) de 1210. Voir The Catholic Encyclopedia, « John Scotus Eriugena » (https://www.newadvent.org/cathen/05519a.htm) et la notice encyclopédique https://en.wikipedia.org/wiki/John_Scotus_Eriugena

    6
  5. Nicolas de Cues, De docta ignorantia, II, 12 (chapitre ouvert au n. 162) : « Machina mundi quasi ubique centrum habebit et nullibi circumferentiam » — « la machine du monde aura pour ainsi dire son centre partout, et sa circonférence nulle part » (trad. de l'article d'après J. Hopkins).

    7 67
  6. « Nicholas of Cusa », Internet Encyclopedia of Philosophy : De docta ignorantia (1440) et la logique de la coïncidence des opposés ; attaque de Wenck (De ignota litteratura, 1442-1443) ; la Terre « not the center of the universe but a noble star » (De docta ignorantia, II, 12, n. 166) ; R. Kather : la transformation cusanienne de l'univers ptolémaïque « bears more in common with Einstein's denial of any universal center than with the heliocentrism revolutionized by Copernicus » ; De visione Dei, ch. 16. URL : https://iep.utm.edu/nicholas/

    8 55 63 68
  7. M. L. Khorkov, « Meister Eckhart Versus Nicolas of Cusa: Anti-Cusanian Argumentation in "De Ignota Litteratura" by John Wenck », RUDN Journal of Philosophy, 2010, n° 4 : https://journals.rudn.ru/philosophy/article/view/11676 — Wenck cite trois extraits de trois œuvres allemandes d'Eckhart (Liber benedictus, sermons allemands 2 et 6, éd. Quint) et soutient que la docte ignorance et la coïncidence des opposés en dérivent — doctrines visées par In agro dominico (1329). Sur le nom de la bulle : l'acte du 27 mars 1329 est intitulé In agro dominico dans l'historiographie moderne, tandis que l'article « Meister Eckhart » de la Catholic Encyclopedia (1911) l'intitule Dolentes referimus : il s'agit du même document, qui censure dix-sept propositions comme hérétiques et onze comme malsonnantes (Denzinger, n. 428 sqq.). URL : https://www.newadvent.org/cathen/05274a.htm Voir aussi trad. J. Hopkins, Nicholas of Cusa's Debate with John Wenck, Minneapolis, Banning, 1988 ; Internet Encyclopedia of Philosophy, « Nicholas of Cusa » (De ignota litteratura, 1442-1443 ; réponse par l'Apologia doctae ignorantiae, 1449) ; Wikipédia, « Nicholas of Cusa » (accusations d'hérésie et de panthéisme).

    9 77 78
  8. Jean-Paul II, Schreiben zum 600. Geburtstag des Hl. Nikolaus von Kues, adressé à « Meinem verehrten Bruder im Bischofsamt Leo Schwarz, Diözesanadministrator von Trier », donné « Aus dem Vatikan, am 15. Mai 2001 » : le pape y range Cues parmi les fils de l'Église comblés des dons de l'Esprit (§1) et salue en lui « diese große Persönlichkeit der Kirche » (« cette grande personnalité de l'Église », §2) ; il y rappelle sa formation (Heidelberg, Padoue, Cologne), son détachement du conciliarisme de Bâle, son rôle comme « Mitglied der kleinen Konstantinopel-Delegation » et sa création comme cardinal en 1448 (§3), ainsi que sa vie placée « stets in den Dienst des Bischofs von Rom » (toujours au service de l'évêque de Rome, §9). Texte allemand original : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/de/letters/2001/documents/hf_jp-ii_let_20010608_nicolaus-cusanus.html — Compte rendu anglais : revue Fidelio, vol. 10, n° 2 (été 2001), « Pope John Paul II on Nicolaus of Cusa » : http://r.schillerinstitute.org/fidelio_archive/2001/fidv10n02-2001Su/fidv10n02-2001Su_027-pope_john_paul_ii_on_nicholas_of.pdf

    11 35 81
  9. « Nicholas of Cusa », encyclopédie en ligne : naissance à Kues (Bernkastel-Kues) en 1401, fils de Johan Krebs/Cryfftz, batelier de la Moselle ; « His father seems to have provided for his early education with the Brethren of the Common Life at the Deventer preparatory school » ; fondation du St. Nikolaus-Hospital (Cusanusstift) pour trente-trois pauvres ; créé cardinal le 20 décembre 1448 ; emprisonnement par l'archiduc Sigismond en 1460 ; mort à Todi le 11 août 1464 ; corps « interred in the church of San Pietro in Vincoli in Rome … but it was later lost », cœur déposé dans son hôpital de Kues ; controverse avec Johannes Wenck (De ignota litteratura) et réponse par l'Apologia doctae ignorantiae. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Nicholas_of_Cusa

    19 21 22 24 39 44 50 84
  10. Catholic Encyclopedia, art. « John of Segovia » : après la déposition d'Eugène IV par le concile le 25 juin 1439, élection de l'antipape Félix V le 5 novembre 1439. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08479a.htm

    32
  11. Eugène IV, bulle Laetentur caeli, 6 juillet 1439, Vatican.va, texte latin : "Conc. (Oecum. XVII) Florentinum", session VI, définition de la sainte synode florentine. Source : https://www.vatican.va/content/eugenius-iv/la/documents/bulla-laetentur-caeli-6-iulii-1439.html.

    36
  12. Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, t. III (trad. angl. F. I. Antrobus, Londres, Kegan Paul, 1894), liv. V, chap. 1, p. 30 : « January, 1459, Pius II. entrusted the important post of Papal Vicar-General in Rome and the Patrimony of St Peter to his old friend the German Cardinal, Nicholas of Cusa » — passage vérifié sur la numérisation de l'édition : https://archive.org/details/TheHistoryOfThePopesV3 — Pastor renvoie en note à l'acte : bref « Nicolaus tit. S. Petri ad vincula constituitur generalis vicarius cum potestate legati de latere in urbe et patrimonio », daté « tertio Id. Jan. » (11 janvier), Archives secrètes du Vatican, Reg. 515, f. 32-34b.

    45
  13. Nicolas de Cues, De docta ignorantia, I, 3, n. 9 : « manifestum est infiniti ad finitum proportionem non esse » — « il est manifeste que de l'infini au fini il n'y a aucune proportion » (trad. de l'article d'après J. Hopkins : « there is no comparative relation of the infinite to the finite ») ; d'où l'impossibilité de mesurer Dieu par aucun concept.

    53
  14. Nicolas de Cues, De visione Dei (La Vision de Dieu), 1453, adressé aux bénédictins de Tegernsee : l'icône au regard omnivoyant (préface) ; ch. VI : « Visus tuus, domine, est facies tua » (« Ton regard, Seigneur, est ton visage ») ; ch. V : « Videndo me das te a me videri, qui es deus absconditus » (« En me regardant, tu te donnes à voir à moi, toi le Dieu caché », V, 13) ; ch. VII : « videre tuum est amare » (« ton voir est aimer ») ; ch. IX : « Et iste est murus paradisi, in quo habitas, cuius portam custodit spiritus altissimus rationis, qui nisi vincatur, non patebit ingressus » (« Et voici le mur du paradis, où tu habites ; sa porte est gardée par l'esprit le plus élevé de la raison : s'il n'est vaincu, l'entrée ne s'ouvrira pas », IX, 37). Voir trad. J. Hopkins, Nicholas of Cusa's Dialectical Mysticism, Minneapolis, Banning, 1988 (en ligne sur cusanus-portal.de).

    59 60 61 62
  15. Nicolas de Cues, De pace fidei (La Paix de la foi), 1453, I, 6 (supplique de l'ange) : « Si sic facere dignaberis, cessabit gladius et odii livor, et quaeque mala; et cognoscent omnes quomodo non est nisi religio una in rituum varietate » (« S'il te plaît de le faire, l'épée cessera, ainsi que la haine et tous les maux ; et tous connaîtront qu'il n'y a qu'une seule religion dans la diversité des rites », trad. de l'article d'après J. Hopkins). Trad. anglaise J. Hopkins en ligne (cusanus-portal.de). Le « I, 6 » suit la numérotation de la trad. Hopkins ; la même phrase est citée « I, 7, 10-15 » selon la numérotation de l'édition critique latine.

    72 74 75
  16. Les dix-sept représentants par nation (Grec, Italien, Arabe, Indien, Chaldéen, Juif, Scythe, Français, Persan, Syrien, Espagnol, Allemand, Tartare, Arménien, Bohémien, Anglais — et un Turc) : voir trad. J. Hopkins, Nicholas of Cusa's De Pace Fidei and Cribratio Alkorani, Minneapolis, Banning, 1994 (en ligne sur cusanus-portal.de) ; relevé repris dans S. F. Aikin et J. Aleksander, « Nicholas of Cusa's De pace fidei and the metaexclusivism of religious pluralism ».

    73
  17. Première épître aux Corinthiens, 13, 12 : « Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d'une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. » (Bible de Jérusalem ; Vulgate : « videmus nunc per speculum in aenigmate : tunc autem facie ad faciem ; nunc cognosco ex parte : tunc autem cognoscam sicut et cognitus sum »).

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