Maître Eckhart (v. 1260-v. 1328)

Maître Eckhart, dominicain et maître de Paris, fut le plus grand prédicateur mystique du Moyen Âge allemand. Censuré après sa mort par la bulle In agro dominico (1329), il mourut soumis à l'Église ; l'ordre dominicain tient son orthodoxie de fond pour défendable, sans que la censure ait été levée.

Ignispedia

Maître Eckhart (en allemand Meister Eckhart, vers 1260-vers 1328), de son nom Eckhart de Hochheim, est un frère prêcheur allemand, théologien, philosophe et l'un des plus grands prédicateurs mystiques de tout le Moyen Âge. Magister en théologie de l'université de Paris — d'où son surnom de Meister, « le Maître » —, il fut aussi un homme de gouvernement considérable dans son ordre, provincial de Saxe et vicaire de Bohême, avant de devenir le prédicateur écouté des moniales, des béguines et des laïcs de Strasbourg et de Cologne.[1][2]

Son nom reste attaché à une aventure spirituelle unique : celle d'un scolastique rigoureux, héritier de saint Albert le Grand et de saint Thomas d'Aquin, qui entreprit de dire en langue vulgaire allemande, à des auditoires souvent non lettrés, les hauteurs les plus vertigineuses de la théologie : le détachement (Abgeschiedenheit), la naissance de Dieu dans l'âme et l'union à la Déité. Ce projet audacieux — faire prêcher l'abîme de Dieu en allemand du XIVᵉ siècle — fit de lui à la fois un maître spirituel inépuisable et un homme suspect.[3][4]

Car Eckhart est aussi l'un des rares grands théologiens médiévaux dont une partie des propositions ait été formellement condamnée par un pape. La bulle In agro dominico de Jean XXII (Jean XXII), datée du 27 mars 1329, censure vingt-huit articles tirés de sa prédication. Mais cette condamnation, souvent mal comprise, ne fit jamais d'Eckhart un hérétique : elle visa des formules, extraites de leur contexte, et intervint après que le maître, mort entre-temps, se fut déjà soumis d'avance à tout jugement de l'Église.[5][6]

Comprendre Maître Eckhart, pour une encyclopédie catholique, c'est donc apprendre à tenir ensemble deux vérités : la fécondité spirituelle immense d'un homme qui a nourri toute la mystique rhénane — la Devotio moderna, Tauler, Suso, Ruusbroec — et la prudence dogmatique d'une Église qui, sans le damner, a écarté certaines de ses expressions comme dangereuses. Ni le rejeter en bloc, ni le canoniser abusivement : le lire avec discernement.[7][8]

Le contexte : la mystique rhénane au tournant du XIVᵉ siècle

L'ordre des Prêcheurs et l'école de Cologne

Eckhart appartient à la deuxième grande génération de l'ordre des Prêcheurs, celle qui recueille l'héritage de son âge d'or scolastique. Un demi-siècle plus tôt, Albert le Grand avait fondé à Cologne le grand studium generale dominicain et acclimaté Aristote à la pensée chrétienne ; Thomas d'Aquin en avait tiré la plus haute synthèse. Eckhart est leur héritier direct : il enseigne dans ce même studium de Cologne, se réclame de Thomas, et prolonge la ligne néoplatonicienne, plus contemplative, qu'Albert avait puisée chez le Pseudo-Denys l'Aréopagite.[9][10]

Mais une inflexion s'est produite. Là où Thomas construisait une Somme pour les clercs, l'ordre est désormais chargé, par le Saint-Siège, de la direction spirituelle d'un immense réseau de moniales et de béguines de la vallée du Rhin. Il faut nourrir ces âmes, souvent avides d'expérience intérieure. Eckhart devient ainsi l'un des artisans d'une théologie mystique en langue allemande, forgeant un vocabulaire spirituel nouveau — Grund, Abgeschiedenheit, Gelassenheit — dont l'allemand philosophique se souviendra jusqu'à Hegel et Heidegger.[11][12]

Béguines, « Libre Esprit » et le soupçon d'illuminisme

Ce bouillonnement spirituel avait sa face de lumière et sa face de danger. Dans les villes rhénanes prospéraient les béguines, femmes pieuses vivant en communauté sans vœux définitifs, et circulaient des courants plus troubles regroupés sous le nom d'hérésie du Libre Esprit : l'idée que l'âme parvenue à l'union pouvait se croire affranchie de toute loi, de tout péché, de toute médiation ecclésiale. En 1310, la béguine Marguerite Porete avait été brûlée à Paris pour son Miroir des âmes simples et anéanties.[13][14]

C'est le drame d'Eckhart : sa prédication du détachement radical et de l'union à Dieu empruntait, en surface, un vocabulaire dangereusement proche de celui des « libres esprits ». Un auditeur mal formé pouvait entendre, dans ses formules audacieuses sur l'anéantissement de l'âme, un écho de l'illuminisme condamné. Ce malentendu de vocabulaire — bien plus que de véritables hérésies volontaires — est au cœur de son procès.[15][16]

« Dans le champ du Seigneur […], c'est avec douleur que nous rapportons qu'en ces temps un certain Eckhart, venu d'Allemagne, docteur — à ce qu'on dit — de la page sacrée, a voulu savoir plus qu'il ne fallait. » — bulle In agro dominico, préambule (27 mars 1329) [traduction française d'après Colledge & McGinn (1981), pp. 77-81][17][18]

Repères biographiques

Naissance en Thuringe et entrée chez les dominicains

Eckhart naît vers 1260 à Hochheim, près de Gotha, en Thuringe, dans une famille sans doute apparentée à la petite noblesse locale. On sait peu de chose de son enfance. Jeune, il entre chez les frères prêcheurs au couvent d'Erfurt, l'un des grands foyers dominicains d'Allemagne, et reçoit la formation intellectuelle rigoureuse de l'ordre : arts, philosophie, théologie, probablement complétée au studium de Cologne, dans le sillage encore chaud de l'enseignement d'Albert le Grand.[19][20]

Le maître de Paris : magister, d'où « Meister »

Le tournant de sa carrière est Paris. Eckhart y étudie puis y enseigne à partir de 1300, et obtient en 1302 le titre de magister — maître en théologie de la plus prestigieuse université de la chrétienté. C'est de ce grade universitaire que vient son surnom immortel : Meister Eckhart, le Maître Eckhart. De cette première régence parisienne datent les célèbres Questions parisiennes, où il ose avancer, contre une lecture courante de Thomas, que l'intelligence est en Dieu plus fondamentale que l'être : dans la première des Questions parisiennes, Dieu est d'abord intellect et intellection, et son intellection est le fondement même de son existence (paraphrase d'après la SEP, sans citation au mot près).[21]

Itinéraire intellectuel et spirituel de Maître Eckhart — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Fait exceptionnel, Eckhart occupe deux fois la chaire de maître à Paris (1302-1303, puis 1311-1313) — un honneur que seul, avant lui, Thomas d'Aquin avait connu dans l'ordre. Il est donc, aux yeux de ses contemporains, tout sauf un marginal : un des théologiens les plus officiels et les plus consacrés de son temps.[22][23]

Erfurt, la Saxe, la Bohême : l'homme de gouvernement

Entre ses régences parisiennes, Eckhart est un administrateur de premier plan. Prieur d'Erfurt et vicaire de Thuringe dès les années 1290, il est élu provincial de Saxe en 1303 — charge immense qui couvrait des dizaines de couvents du nord de l'Allemagne et des Pays-Bas — puis nommé en 1307 vicaire général de Bohême, avec mission de réformer des monastères relâchés. Ces responsabilités disent assez la confiance que l'ordre plaçait en lui : on ne confie pas la réforme d'une province à un esprit suspect.[24][25]

Strasbourg et Cologne : le prédicateur des âmes

Vers 1314, Eckhart est envoyé à Strasbourg, grand centre de couvents féminins et de béguinages, puis dirige le studium generale de Cologne au début des années 1320. C'est la période de sa maturité spirituelle : il prêche en allemand, sans relâche, à des religieuses, des béguines et des laïcs assoiffés de vie intérieure. Ses sermons allemands, notés par ses auditeurs, sont le sommet de son œuvre — et ce sont eux, précisément, qui alerteront l'archevêque de Cologne.[26][27]

L'œuvre : latin savant et allemand mystique

L'œuvre d'Eckhart se répartit en deux massifs de nature très différente, dont la coexistence explique bien des malentendus.

L'Opus tripartitum : le versant scolastique

Fragment manuscrit d'un texte attribué à Maître Eckhart, Universitätsbibliothek Göttingen — Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

En latin, Eckhart avait conçu un projet gigantesque, l'Opus tripartitum (« l'Œuvre en trois parties ») : un Livre des propositions, un Livre des questions et un Livre des commentaires de l'Écriture. L'ensemble est resté inachevé, mais il en subsiste des prologues d'une grande densité spéculative et de vastes commentaires de la Genèse, de l'Exode, de la Sagesse et de l'Évangile de Jean. Ce versant montre un Eckhart scolastique rigoureux, argumentant more geometrico, soucieux de démontrer et de distinguer.[28][29]

Sermons et traités allemands : le versant mystique

L'autre versant, en moyen-haut-allemand, est celui qui l'a rendu immortel : une centaine de sermons authentiques, et quelques traités spirituels d'une profondeur inépuisable. C'est là qu'Eckhart forge, pour un public non universitaire, ses grands thèmes — et c'est là, aussi, que le langage se fait hyperbolique, paradoxal, comme aimanté par l'excès. Les principaux traités sont :[30][31]

Œuvre allemandeGenreThème central
Reden der Unterweisung (Entretiens spirituels / Instructions)Traité de jeunesseObéissance, détachement, vie intérieure du religieux
Buoch der götlichen Trœstunge (Le Livre de la consolation divine)TraitéConsolation dans la souffrance par la conformité à Dieu
Von dem edeln Menschen (De l'homme noble)Sermon-traitéL'« homme noble », l'âme régénérée à l'image de Dieu
Von Abgeschiedenheit (Du détachement)TraitéLe détachement, plus haute des vertus
Predigten (les Sermons)PrédicationNaissance de Dieu, étincelle de l'âme, union, homme juste

« J'ai lu beaucoup d'écrits, tant des maîtres païens que des prophètes et de l'Ancien et du Nouveau Testament… et je n'ai trouvé aucune vertu meilleure que le pur détachement de toutes choses. » — Maître Eckhart, Du détachement[32]

Le cœur de la doctrine

La pensée d'Eckhart n'est pas un système clos, mais un petit nombre d'intuitions reprises inlassablement sous mille angles. En voici les grands axes, présentés dans leur sens droit.

Le détachement (Abgeschiedenheit) et la Gelassenheit

Repères biographiques de Maître Eckhart — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au fondement de tout, il y a le détachement. Pour Eckhart, l'âme ne peut recevoir Dieu qu'à proportion de son vide : tant qu'elle est encombrée d'images, de désirs propres, d'attaches créées, elle n'a pas de place pour l'Infini. Le détachement (Abgeschiedenheit) et l'abandon (Gelassenheit, le fait de « se laisser » entre les mains de Dieu) sont les deux noms de cette libération. C'est une doctrine profondément traditionnelle — celle de la nada de Thomas à saint Jean de la Croix — mais qu'Eckhart pousse à un radicalisme d'expression inouï.[33][34]

« Quiconque cherche Dieu par une voie particulière obtient la voie et manque Dieu, qui est caché dans la voie. Mais qui cherche Dieu sans voie le saisit tel qu'il est en lui-même. » — Maître Eckhart, Sermon 5b[35]

La naissance de Dieu dans l'âme (Gottesgeburt)

Le thème le plus lumineux d'Eckhart est celui de la naissance du Verbe dans l'âme. De toute éternité, le Père engendre son Fils ; or, dit Eckhart, cette génération éternelle ne se produit pas seulement « là-haut », mais au plus intime de l'âme détachée : le Père y engendre son Fils, et l'âme naît avec lui à la vie divine. C'est une transposition audacieuse — mais fondée sur la doctrine johannique et paulinienne de la filiation adoptive et de l'inhabitation trinitaire.[36][37]

« Le Père engendre son Fils sans cesse, et je dis plus : il m'engendre, moi son Fils, et le même Fils. » — Maître Eckhart, Sermon 6[38]

Prise à la lettre, une telle phrase peut inquiéter : elle semble abolir la distance entre le Fils unique et l'âme adoptée. Prise dans son intention — l'âme configurée au Christ par grâce, « fils dans le Fils » — elle ne dit rien d'autre que saint Paul : « vous avez reçu un Esprit d'adoption filiale » (Rm 8, 15). Tout l'art de lire Eckhart tient dans ce discernement entre la formule vertigineuse et le sens catholique qu'elle recouvre.[39][40]

L'étincelle de l'âme (Fünklein, grunt, scintilla animae)

Au plus profond de l'âme, Eckhart désigne un point qu'il nomme l'étincelle (Fünklein), le fond (grunt) ou, en latin, la scintilla animae : un lieu secret, « incréé et incréable », où l'âme touche Dieu. Cette expression — « quelque chose dans l'âme qui est incréé » — figure parmi les propositions les plus vivement censurées, car elle paraît attribuer à l'âme une part divine, non créée.[41][42]

Les principaux mots-clés de la mystique eckhartienne — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La lecture bienveillante — celle de la mystique orthodoxe — y voit une manière hyperbolique de dire l'image de Dieu (imago Dei) gravée en l'âme, ce sommet de l'esprit que les Pères appelaient déjà le fine mentis. La lecture stricte des juges d'Avignon, elle, retint le risque panthéiste. Les deux lectures disent quelque chose de vrai : Eckhart pensait catholiquement, mais parlait dangereusement.[43][44]

Dieu et la Déité (Gott / Gottheit)

La distinction la plus spéculative d'Eckhart oppose Dieu (Gott) et la Déité (Gottheit). Dieu désigne le Dieu tripersonnel en relation avec les créatures — Créateur, Père, Fils, Esprit ; la Déité désigne l'abîme divin considéré en lui-même, au-delà de toute distinction, ce « désert silencieux » où l'âme unie se perd. Eckhart va jusqu'à prier « Dieu de le délivrer de Dieu » — formule provocante pour dire le dépassement de toute image de Dieu vers Dieu même.[45][46]

Cette distinction, mal comprise, peut sembler poser deux dieux ou nier la Trinité. En réalité, elle prolonge la théologie négative du Pseudo-Denys : Dieu est si transcendant qu'aucun de nos concepts, fût-ce le mot « Dieu », ne l'épuise. L'orthodoxie de l'intention est réelle ; l'imprudence du vocabulaire aussi.[47]

L'homme juste et l'agir « sans pourquoi »

Enfin, Eckhart décrit l'homme juste : celui dont la volonté est devenue une avec celle de Dieu, au point d'agir « sans pourquoi » (sunder warumbe). Le juste ne fait pas le bien pour obtenir une récompense, ni même pour la vertu : il agit par pur amour, comme Dieu lui-même agit, gratuitement. C'est l'exact contraire de l'orgueil illuministe : non pas l'âme qui se croit au-dessus de la loi, mais l'âme si accordée à Dieu que la loi est devenue sa nature.[48][49]

« Si quelqu'un demandait à un homme vrai qui agit à partir de son propre fond : pourquoi agis-tu ? — s'il répondait droitement, il ne dirait rien d'autre que : j'agis parce que j'agis. » — Maître Eckhart, sur l'agir « sans pourquoi »[50]

Le procès (1326-1329)

L'enquête de Cologne

En 1326, l'archevêque de Cologne, Henri II de Virnebourg, prélat rigoureux et défiant à l'égard des mystiques, ouvre une enquête inquisitoriale contre Eckhart. On extrait de ses sermons et de ses écrits une longue liste de propositions suspectes. Fait remarquable — et douloureux — une partie des accusations viendrait de frères de son propre ordre. Le 13 février 1327, dans l'église des Dominicains de Cologne, Eckhart lit publiquement une protestation d'innocence, déclarant qu'il peut se tromper mais ne saurait être hérétique, car l'hérésie est affaire de volonté obstinée, non d'erreur.[51][52][53]

« Moi, maître Eckhart, docteur en théologie sacrée, j'atteste devant tous, prenant Dieu à témoin, que j'ai toujours détesté toute erreur dans la foi… ; si quelque chose d'erroné se trouvait dans ce que j'ai écrit, dit ou prêché, je le révoque ici expressément, en public. » — Maître Eckhart, protestation de Cologne (13 février 1327) [traduction du latin][54]

L'appel à Avignon et la Défense

Contestant la compétence de l'archevêque, Eckhart fait appel au pape et part pour Avignon, alors siège de la papauté. Il y rédige une longue Défense (le dossier connu sous le nom de Votum Avenionense rassemble les vingt-huit articles, sa justification de chacun et la réfutation des commissaires ; texte traduit dans Colledge & McGinn). Sa ligne de défense est constante : ses formules sont vraies dans leur sens, mais on les a détachées de leur contexte et prises à la lettre là où elles étaient hyperboliques.[55][56][57]

C'est à Avignon, semble-t-il, que la mort le surprend, vers 1327-1328, avant tout verdict. La bulle du 27 mars 1329 le dit déjà mort : elle atteste qu'il professa la foi catholique « au terme de sa vie » [traduction française d'après Colledge & McGinn (1981), pp. 77-81].[58][59][60]

La bulle In agro dominico (27 mars 1329)

Jean XXII, pape d'Avignon qui promulgua la bulle In agro dominico — gravure ancienne, Wikimedia Commons, domaine public.

Le 27 mars 1329, Jean XXII promulgue la bulle In agro dominico — « Dans le champ du Seigneur » —, ainsi nommée d'après l'image évangélique de l'ennemi qui sème l'ivraie dans le champ du maître. Elle censure vingt-huit propositions tirées d'Eckhart, réparties ainsi :[61][62]

Bloc de la bulleNombreQualification
Articles 1 à 1515Condamnés comme hérétiques
Articles 16 à 2611Condamnés comme mal sonnants, très téméraires et suspects d'hérésie
Articles 27 et 28 (ajoutés)2Condamnés comme hérétiques

Avant de la promulguer, Jean XXII avait fait examiner les griefs par de nombreux docteurs en théologie et par le collège des cardinaux ; le 15 avril 1329, il ordonna à l'archevêque de Cologne, Henri II de Virnebourg, d'en assurer la publication dans toute sa province ecclésiastique.[63]

Parmi les articles condamnés : l'affirmation que le monde a existé de toute éternité (art. 1) ; que l'homme extérieur peut consentir au mal sans que l'homme intérieur y consente ; qu'il y a « quelque chose dans l'âme qui est incréé et incréable » ; ou encore certaines formules identifiant trop étroitement l'action de l'âme juste à l'action divine.[64][65]

La censure de 1329 et sa clause décisive — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Mais la clause la plus importante de la bulle est sa conclusion. Jean XXII y consigne qu'Eckhart, à la fin de sa vie, avait professé la foi catholique et révoqué et désavoué d'avance tout ce que sa prédication pouvait contenir d'erroné :[66][67]

« Eckhart lui-même, au terme de sa vie, professant la foi catholique, a révoqué et aussi déploré les vingt-six articles… et généralement tout ce qu'il avait écrit ou enseigné qui pourrait engendrer dans l'esprit des fidèles un sens hérétique ou erroné. » — bulle In agro dominico, conclusion [traduction française d'après Colledge & McGinn (1981), pp. 77-81][68][69]

Cet écart apparent — vingt-huit articles censurés, vingt-six révoqués — tient à l'histoire du dossier : les deux derniers articles de la liste furent joints après la mort du maître, à partir d'autres extraits de ses œuvres, et ne figuraient donc pas parmi les vingt-six qu'Eckhart avait pu désavouer de son vivant.[70][71]

Comment lire un mystique condamné ? La lecture catholique

Hyperbole mystique et rigueur dogmatique

Le cas Eckhart illustre une tension permanente dans l'histoire de l'Église : celle entre le langage débordant des mystiques et la précision exigeante du dogme. Le mystique parle depuis l'expérience de l'union et cherche des mots pour l'excès de Dieu ; il use volontiers du paradoxe, de l'hyperbole, de la négation. Le magistère, lui, doit veiller à ce que ces mots, entendus par le grand nombre, ne dérivent pas vers l'erreur. Les deux ont raison à leur niveau. La condamnation de 1329 n'est pas le triomphe d'une théologie sur une autre : c'est un acte de prudence pastorale protégeant les fidèles de formules périlleuses.[72][73]

Ce que l'Église n'a pas dit

Il faut être précis, car le malentendu est tenace. La bulle n'a jamais déclaré Eckhart hérétique. Elle n'a pas condamné sa personne, ni sa foi, ni son intention. Elle a censuré vingt-huit propositions — des phrases —, en précisant qu'elles pouvaient « engendrer un sens hérétique » dans l'esprit des fidèles. La nuance est capitale : on ne juge pas ici un cœur, mais un effet de langage. Eckhart est mort soumis à l'Église, dans la foi, réconcilié.[74][75]

De fait, plusieurs des propositions condamnées peuvent recevoir un sens parfaitement catholique dès qu'on les replace dans leur contexte de prédication — ce que les commissaires d'Avignon, travaillant sur des extraits sans les manuscrits complets, ne pouvaient pas toujours faire.[76][77]

La postérité orthodoxe : Tauler, Suso, la Devotio moderna

Transmission catholique de la mystique rhénane — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La preuve la plus éclatante qu'Eckhart n'était pas un hérétique, c'est sa descendance spirituelle — impeccablement catholique. Ses deux plus grands disciples, tous deux dominicains, ont porté sa doctrine du détachement en la purifiant de ses excès de langage :[78][79]

  • Jean Tauler (v. 1300-1361), le prédicateur de Strasbourg, dont les sermons sur le fond de l'âme nourriront jusqu'à Luther, puis, dans un sens catholique, toute la spiritualité rhénane ;
  • le bienheureux Henri Suso (v. 1295-1366), auteur du Livre de la Sagesse éternelle, qui défendit la mémoire de son maître tout en adoucissant ses formules.

Par eux et par les Pays-Bas de Ruusbroec, l'esprit d'Eckhart passe dans la Devotio moderna et dans son chef-d'œuvre, L'Imitation de Jésus-Christ. Une racine qui a produit de tels fruits ne pouvait pas être pourrie.[80][81]

Éclipse et redécouverte

Des siècles de demi-silence

Après 1329, le nom d'Eckhart s'efface prudemment. Ses sermons continuent de circuler, souvent sous couvert d'anonymat ou attribués à Tauler, dans les milieux mystiques ; mais le personnage lui-même sombre dans l'oubli officiel. Pendant près de cinq siècles, il n'est plus qu'une ombre suspecte à l'arrière-plan de la mystique allemande.[82][83]

La récupération romantique et idéaliste — et ses malentendus

Le XIXᵉ siècle allemand le redécouvre avec passion. Les romantiques, puis les idéalistes — on cite volontiers Hegel — et plus tard des philosophes comme Heidegger, voient en Eckhart un ancêtre. Mais cette redécouverte s'accompagne d'un lourd malentendu : on récupère Eckhart comme un penseur de l'immanence, un panthéiste avant l'heure, voire un précurseur d'une spiritualité sans Église. Au XXᵉ siècle, la mode le tire encore ailleurs, vers un syncrétisme oriental ou New Age qui le coupe entièrement de sa foi dominicaine.[84][85]

Ces lectures, pour suggestives qu'elles soient, restent partielles et manquent le vrai Eckhart : ni panthéiste romantique, ni maître zen déguisé — un frère prêcheur, fils de saint Dominique, qui prêchait le Christ, la Trinité et la grâce, et qui mourut dans la communion de l'Église.[86][87]

La réhabilitation dominicaine et le regard de l'Église contemporaine

Feuillet manuscrit de In agro dominico, Stadtbibliothek Mainz, ms. I 151, fol. 201r — Wikimedia Commons, domaine public.

Au XXᵉ siècle, l'édition critique de ses œuvres latines et allemandes (entreprise depuis 1936) rend enfin possible une lecture rigoureuse, non plus sur des extraits mais sur les textes complets et contextués. Le jugement des spécialistes catholiques s'en trouve profondément adouci.[88][89]

En 1980, l'ordre des Prêcheurs a demandé au Saint-Siège de lever la condamnation — demande restée alors sans réponse de Rome (McGinn, 2004).[90] Dans les dernières décennies du siècle, l'ordre aurait renouvelé une démarche de réhabilitation de son grand maître. Selon des relais secondaires — la notice Wikipedia, qui invoque le Maître de l'ordre Timothy Radcliffe sans source primaire accessible, corroborée sur ce point par Notre Dame Magazine (cf. [91]) —, Rome aurait répondu en 1992 qu'il n'y avait pas lieu de lever une censure, au motif qu'Eckhart n'aurait jamais été condamné nommément, mais seulement certaines propositions qu'on lui attribuait.[92] Faute de lettre ou de déclaration dominicaine vérifiable, cette réponse romaine reste à confirmer sur pièce ; aucun propos n'en est donc cité ici au mot près.[93]

L'ordre dominicain et plusieurs spécialistes catholiques lisent aujourd'hui Eckhart comme un immense théologien mystique, dont certaines formules demandent prudence mais dont la substance nourrit la foi ; l'Église, elle, n'a ni levé la censure des propositions ni canonisé leur auteur.[94][95]

Que retenir de Maître Eckhart ?

Un maître, non un hérétique

Comment lire Maître Eckhart dans l'Église — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le premier acquis est de vocabulaire spirituel : Maître Eckhart n'est pas un hérétique. Il est un maître condamné dans quelques-unes de ses formules, mort dans la foi et la soumission, dont l'orthodoxie de fond est tenue pour défendable par l'ordre dominicain et plusieurs spécialistes catholiques — sans que la censure des propositions ait été levée. Le prendre pour un rebelle à l'Église, c'est se tromper aussi lourdement que les idéalistes qui en firent un panthéiste.[96][97]

Une leçon sur le langage de Dieu

La seconde leçon est plus profonde : Eckhart enseigne malgré lui la juste économie du langage mystique. Devant l'abîme de Dieu, les mots débordent toujours ; c'est bon signe. Mais ces mots doivent rester au service de la foi commune, non la brouiller. Entre l'audace du contemplatif et la vigilance du dogme, l'Église tient les deux bouts — et le cas Eckhart en est l'illustration parfaite.

Un trésor spirituel à recevoir avec discernement

Reste, enfin, l'essentiel : une doctrine du détachement d'une pureté rare. Se vider de soi pour se laisser envahir par Dieu, agir « sans pourquoi » par pur amour, laisser le Verbe naître au fond de l'âme — tout cela est le cœur le plus sûr de la mystique catholique, celui de Jean de la Croix, de Thérèse, de l'abandon à la Divine Volonté — vivre dans la Divine Volonté : non seulement faire la volonté de Dieu, mais laisser sa Volonté vivre en nous comme en Adam avant la faute. Lu dans l'Église et avec l'Église, Maître Eckhart demeure un guide vers l'union à Dieu.[98][99]

« L'œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit : mon œil et l'œil de Dieu sont un seul œil, un seul regard, une seule connaissance et un seul amour. » — Maître Eckhart, Sermon « Beati pauperes spiritu »[100]

Pour aller plus loin

  • Lire Saint Albert le Grand (1200-1280) : le fondateur du studium de Cologne, source de la ligne néoplatonicienne dont Eckhart hérite.
  • Lire Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) : le maître de l'ordre dont Eckhart se réclame et qu'il prolonge du côté mystique.
  • Lire Le Pseudo-Denys l'Aréopagite : la grande source de la théologie négative qui inspire la distinction Gott / Gottheit.
  • Lire La Devotio moderna : le mouvement spirituel héritier de la mystique rhénane, jusqu'à L'Imitation de Jésus-Christ.
  • Lire L'ordre des Dominicains : la famille religieuse d'Eckhart, vouée à l'étude et à la prédication de la vérité.
  • Retenir l'essentiel : Maître Eckhart, dominicain et maître de Paris, fut le plus grand prédicateur mystique du Moyen Âge allemand ; ses formules audacieuses sur le détachement et la naissance de Dieu dans l'âme lui valurent la censure de 1329, mais il mourut soumis à l'Église, et sa doctrine, reçue avec discernement, reste un trésor spirituel.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (New Advent), "Meister Eckhart (Johannes Eckhart)" : newadvent.org. Notice classique : naissance vers 1260 à Hochheim près de Gotha, carrière dominicaine (prieur d'Erfurt, provincial de Saxe 1303, vicaire de Bohême 1307), enseignement à Paris (maîtrise 1302) et à Cologne, enquête de l'archevêque Henri de Virnebourg (1327), appel à Rome, bulle de 1329 condamnant 17 propositions comme hérétiques et 11 comme mal sonnantes, évaluation de son orthodoxie de fond.

    1 9 19 22 24 51
  2. Stanford Encyclopedia of Philosophy, "Meister Eckhart" : plato.stanford.edu. Synthèse académique de référence : distinction Gott / Gottheit, naissance du Verbe (Gottesgeburt, bullitio / ebullitio), fond et étincelle de l'âme (grunt, scintilla animae), détachement (Abgeschiedenheit) et Gelassenheit, homme juste et agir « sans pourquoi », Questions parisiennes sur l'intellect et l'être, double régence à Paris, déroulé du procès (74 propositions réduites à 28), sources des sermons Pr. 5b et de l'« agir parce que j'agis ». Sur la mort : la SEP retient un décès avant le 30 avril 1328 — probablement le 28 janvier 1328, peut-être à Avignon (hypothèse adossée à une source dominicaine du XVIIᵉ siècle, cf. W. Senner) ; la Catholic Encyclopedia de 1913 donnait pour sa part 1327, à Cologne — d'où la formulation prudente « vers 1327-1328 » retenue dans cet article. Sur la double chaire de Paris : la SEP précise qu'en 1311 Eckhart fut rappelé à Paris pour un second mandat de maître, « distinction jusque-là accordée au seul Thomas d'Aquin » (McGinn 2001, p. 2 s. ; Ruh 1996, p. 239 s.).

    2 3 7 10 11 13 15 21 23 26 28 35 36 42 43 45 47 49 50 55 72 76 82 84 88
  3. Bernard McGinn, The Mystical Thought of Meister Eckhart: The Man from Whom God Hid Nothing, Crossroad, 2001. Étude majeure sur la théologie mystique d'Eckhart : détachement, fond de l'âme, naissance de Dieu, distinction Gott / Gottheit, filiation avec Albert le Grand et le Pseudo-Denys, postérité de Tauler, Suso et de la Devotio moderna, et critique des lectures panthéistes ou syncrétistes modernes. Complété par son discours présidentiel « Evil-sounding, rash, and suspect of heresy » (Catholic Historical Review 90/2, 2004) : les 15 premiers articles, plus les 2 derniers ajoutés, condamnés comme hérétiques (soit 17 au total), et 11 comme mal sonnants, téméraires et suspects d'hérésie — soit le décompte exact de la bulle (cf. [^agro]) ; traduction de la conclusion sur les vingt-six articles révoqués, et fait de la demande dominicaine de 1980 restée alors sans réponse de Rome.

    4 12 27 34 40 46 79 81 85 87 90 95 99
  4. Jean XXII, bulle In agro dominico, 27 mars 1329 (Avignon). Acte de censure des 28 articles d'Eckhart : articles 1-15 et 27-28 condamnés comme hérétiques, articles 16-26 comme mal sonnants, téméraires et suspects d'hérésie ; préambule sur l'ivraie semée « dans le champ du Seigneur » ; clause finale attestant qu'Eckhart, au terme de sa vie, professa la foi catholique et révoqua d'avance tout sens erroné de ses écrits. Texte de référence dans Denzinger. Les traductions françaises du préambule et de la conclusion citées dans cet article suivent la traduction anglaise publiée de Colledge & McGinn (cf. [^colledge], pp. 77-81), dont McGinn reprend les passages décisifs (« wished to know more than he should » ; « The aforesaid Eckhart… professed the Catholic faith at the end of his life and revoked and also deplored the twenty-six articles… », cf. [^mcginn]). Pour le latin : regeste dans les Acta Echardiana n. 65 (LW V, p. 595, via eckhart.de, site de Loris Sturlese) ; meilleure édition du texte : M.-H. Laurent (1936), pp. 435-446 — aucun extrait latin au mot près n'est cité ici, faute de contrôle sur l'édition papier.

    5 17 41 59 61 64 66 68 70 74 96
  5. Denzinger, Enchiridion Symbolorum, bulle In agro dominico (Jean XXII, 1329) : ancienne numérotation DS 501 s. (trad. Roy, Sources of Catholic Dogma : « In agro dominico, Mar. 27, 1329 — 501 (1)… »). Recueil magistériel donnant le texte latin officiel des articles condamnés et de la clause de révocation ; référence pour la qualification exacte (hérétiques / mal sonnants et suspects). Texte aussi dans Denzinger-Schönmetzer, pp. 290-295 (via eckhart.de). La numérotation de l'édition Hünermann (DH) n'a pu être vérifiée sur aucune source accessible : elle reste à compléter sur l'édition papier, et n'est pas avancée ici.

    6 62 67
  6. Démarche dominicaine de réhabilitation et réponse romaine de 1992, connues par des relais secondaires : la notice Wikipedia (rubrique ajoutée au printemps 2010, sans source primaire citée) et, en relais indépendant, Notre Dame Magazine (« A Mystic for Our Time »), qui rapporte la même demande de 1992 et la réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi d'après les propres mots du P. Timothy Radcliffe ; la teneur prêtée à la réponse romaine est en outre conforme à la lettre de 1992 du P. Radcliffe au président de l'Eckhart Society, citée sur un forum public (« we tried to have the censure lifted… told… no need since he had never been condemned by name »). Antécédent établi : dès 1980, l'ordre avait demandé la levée de la condamnation, sans réponse de Rome à cette date (McGinn, 2004, cf. [^mcginn]). La lettre vaticane de 1992 elle-même restant introuvable, aucune citation au mot près n'est reprise dans cet article : seule la démarche est mentionnée, au conditionnel, comme information à confirmer sur pièce.

    8 75 77 91 93 97
  7. Wikipedia (EN), "Meister Eckhart" : en.wikipedia.org. Article encyclopédique utilisé ici comme index, recoupé point par point : protestation publique du 13 février 1327 à Cologne (confirmée par la notice allemande, lecture publique notariée, et par Schaff) ; appel et départ pour Avignon puis commission de théologiens (SEP) ; décès avant le 30 avril 1328 (SEP ; notice allemande : « † vor dem 30. April 1328 vermutlich in Avignon ») ; bulle du 27 mars 1329 ; disciples Tauler et Suso (McGinn 2001) ; réception idéaliste (McGinn 2001). Seule la rubrique « réhabilitation dominicaine / lettre Radcliffe 1992 » reste sans primaire (cf. [^radcliffe]).

    14 20 25 31 52 56 58 78 80 83 92 94
  8. Edmund Colledge & Bernard McGinn (éd. et trad.), Meister Eckhart: The Essential Sermons, Commentaries, Treatises, and Defense, Classics of Western Spirituality, Paulist Press, 1981. Édition anglaise de référence : traités allemands (Le Livre de la consolation divine, De l'homme noble, Du détachement, Entretiens spirituels), sermons majeurs (dont le Sermon 6 « il m'engendre, moi son Fils »), Défense d'Avignon (Votum Avenionense), traduction anglaise de la bulle In agro dominico (pp. 77-81, source des traductions françaises du préambule et de la conclusion citées dans cet article), et introduction sur la distinction entre formules hyperboliques et sens orthodoxe.

    16 18 29 30 37 38 39 44 48 57 60 65 69 73 86 89
  9. Maître Eckhart, Von Abgeschiedenheit (Du détachement), traité allemand. Source de la thèse « aucune vertu n'est meilleure que le pur détachement » et de la doctrine du vide de l'âme réceptrice de Dieu ; texte dans l'édition critique allemande (Die deutschen Werke, éd. J. Quint) et traductions courantes.

    32 33 98
  10. Protestatio du 13 février 1327 (Acta Echardiana n. 54), lue en l'église des Dominicains de Cologne puis traduite au peuple en langue vulgaire ; lecture publique notariée (notice allemande). Ouverture latine vérifiée sur Philip Schaff, History of the Christian Church VI (qui cite l'acte) : « Ego magister Ekardus, doctor sac. theol., protestor ante omnia, quod omnem errorem in fide et omnem deformitatem in moribus semper in quantum mihi possibile fuit, sum detestatus, etc. » — extrait, la suite relevant de la formule de révocation conditionnelle. La formule « je puis me tromper, mais je ne puis être hérétique » (d'inspiration augustinienne) n'est pas une citation : c'est un résumé du sens de l'acte, employé comme tel dans le corps de l'article.

    53 54
  11. Winfried Trusen, Der Prozess gegen Meister Eckhart: Vorgeschichte, Verlauf und Folgen, Rechts- und Staatswissenschaftliche Veröffentlichungen der Görres-Gesellschaft, Neue Folge 54, Ferdinand Schöningh, Paderborn, 1988, 207 p. ISBN 3-506-73354-0 (monographie citée dans la bibliographie de la SEP). Étude de référence sur le procès d'Eckhart : instruction menée par l'archevêque Henri II de Virnebourg à Cologne, examen des griefs par de nombreux docteurs en théologie et par le collège des cardinaux à Avignon, publication de la bulle ordonnée le 15 avril 1329 dans toute la province ecclésiastique de Cologne. L'existence et la teneur de cette lettre d'envoi à l'archevêque de Cologne sont corroborées par l'édition Laurent reprise sur eckhart.de (Acta n. 65 : « Venerabili fratri… archiepiscopo Coloniensi… Tam per inquisitionem… quam per indaginem… ») ; seule la date exacte du 15 avril 1329 repose sur Trusen seul.

    63 71
  12. Maître Eckhart, Sermon « Beati pauperes spiritu » (sur Mt 5, 3). Source de la formule la plus célèbre d'Eckhart sur l'union du regard : « l'œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit ». Sermon sur la pauvreté d'esprit et le détachement comme voie d'union.

    100