L'ordre des Dominicains, dont le nom officiel est l'ordre des Prêcheurs (Ordo Praedicatorum, O.P.), est l'un des deux grands ordres mendiants nés au début du XIIIᵉ siècle, en même temps que les Franciscains. Fondé par un chanoine espagnol, Dominique de Guzmán, il naît d'une intuition précise : pour répondre à l'hérésie et à l'ignorance, l'Église a besoin d'hommes capables de prêcher la vérité avec autant de pauvreté que de science. Approuvé par Honorius III en 1216, l'ordre invente une manière neuve d'être religieux — non plus enfermé dans un cloître, mais itinérant, savant et voué à la parole.[2][3]
Là où les anciens moines fuyaient le monde pour le contempler, les Prêcheurs choisissent d'aller au-devant de lui : sur les routes, dans les villes nouvelles, et surtout dans les universités. Dès le 15 août 1217, Dominique « disperse » ses premiers frères : sept vers Paris, les autres vers l'Espagne et l'Italie — Bologne, l'autre grand centre universitaire avec Paris, accueillera les frères en 1218. En une génération, l'ordre couvre l'Europe et donne à l'Église ses plus grands théologiens : Thomas d'Aquin, Albert le Grand, et plus tard Catherine de Sienne — trois docteurs de l'Église issus d'une même famille religieuse.[4][5][6]
La vie dominicaine repose sur quatre piliers indissociables — la vie commune, la prière liturgique, l'étude et la prédication — résumés par la formule de Thomas d'Aquin : contemplata aliis tradere, « transmettre aux autres ce que l'on a contemplé ». L'ordre se distingue aussi par un gouvernement électif et représentatif : les prieurs, les provinciaux et le maître de l'ordre sont élus, et ce sont les chapitres, en partie formés de délégués élus, qui font les lois de l'ordre.[7]
Pauvreté mendiante, primat de l'étude, dévotion au rosaire, rôle de premier plan — et parfois redouté — dans l'Inquisition médiévale : huit siècles après Dominique, l'ordre des Prêcheurs demeure l'une des grandes familles spirituelles vivantes de l'Église, présent sur tous les continents sous le même habit blanc et la même cappa noire.[8][9]
Qu'est-ce que l'ordre des Prêcheurs ?
Un ordre « mendiant » et non monastique
Pour comprendre l'originalité des Dominicains, il faut les distinguer des moines. Le moine — bénédictin, cistercien ou chartreux — est lié par le vœu de stabilité à un monastère où il prie et travaille au sein d'une communauté fixée en un lieu. Le frère prêcheur, lui, est un mendiant et un itinérant : son couvent s'implante en ville et sa mission l'envoie sur les routes.[10][11]
L'ordre mendiant — dont les Dominicains et les Franciscains sont les deux modèles — répond à une situation nouvelle : au début du XIIIᵉ siècle, la vie communale se développe rapidement dans les villes, et les couvents mendiants, à la différence de ceux des Bénédictins et des Cisterciens, s'y implantent pour évangéliser les foules urbaines — marchands, artisans, étudiants —, sans domaines ni revenus fixes, vivant de l'aumône.[12] Cette présence nouvelle ne va pas sans frictions : les mendiants se heurtent notamment, dans les universités et les diocèses, à l'opposition d'une partie des maîtres et du clergé séculier.[13][14]
Prêcher : la raison d'être de l'ordre
Tout, chez les Dominicains, est ordonné à un seul but : la prédication pour le salut des âmes. Les Constitutions primitives le disent expressément : l'ordre a été fondé dès l'origine pour la prédication et le salut des âmes.[15] Son nom officiel dit sa mission : l'ordre des Prêcheurs.[16][17]
« Et comment seront-ils prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés ? selon qu'il est écrit : “Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent le bonheur !” » — Saint Paul, Épître aux Romains 10, 15 (traduction Crampon)[18]
Ce verset de saint Paul est la charte biblique de l'ordre. Le frère prêcheur n'est pas un orateur qui parle de lui-même : il est envoyé, missus, par l'Église, pour transmettre une vérité reçue. De là vient l'exigence dominicaine d'étudier avant de parler : on ne prêche bien que ce qu'on a d'abord compris et contemplé.
Frères prêcheurs, Jacobins, « Frères noirs » : les noms de l'ordre
L'ordre a porté plusieurs noms, selon les pays et les époques :
- Ordre des Prêcheurs (Ordo Praedicatorum, O.P.) : son nom officiel, attesté dès 1217.
- Dominicains : du nom du fondateur, Dominicus — l'usage le plus répandu aujourd'hui.
- Jacobins : en France, du nom du premier couvent parisien, situé rue Saint-Jacques (Sancti Jacobi). Le club révolutionnaire de 1789 doit lui aussi son nom aux Dominicains, mais à un autre établissement : il siégeait dans leur couvent de la rue Saint-Honoré, et non au Saint-Jacques médiéval.[19][20]
- Frères noirs (Black Friars) : en Angleterre, à cause de la cappa noire portée sur l'habit blanc — par contraste avec les Grey Friars (Franciscains) et les White Friars (Carmes).[21]
- Domini canes : « les chiens du Seigneur », jeu de mots latin sur Dominicani, lié à une vision de la mère de Dominique et au rôle des frères comme « gardiens » de la foi (voir plus bas).
La naissance d'un ordre pour la prédication
Le récit détaillé de la fondation est traité à part : voir La fondation des Dominicains. On en rappelle ici seulement les étapes décisives qui expliquent la nature de l'ordre.
Dominique et l'hérésie cathare en Languedoc
Au tournant du XIIIᵉ siècle, le Languedoc est gagné par l'hérésie cathare (ou albigeoise), un dualisme qui oppose un Dieu bon, créateur des esprits, à un dieu mauvais, créateur de la matière. Les « parfaits » cathares séduisent les foules par une vie d'ascèse rigoureuse, qui fait paraître fade le clergé installé. En 1206, le chanoine Dominique de Guzmán, accompagnant son évêque Diègue d'Osma, comprend qu'on ne convaincra ces hommes ni par la richesse ni par la force, mais par une sainteté égale à la leur, jointe à la vérité de la doctrine.[22][23]
De cette intuition naît tout l'ordre : opposer à l'hérésie non pas la croisade seule, mais des prédicateurs pauvres, savants et saints, capables de battre les « parfaits » sur leur propre terrain — l'austérité — tout en portant la doctrine catholique.
Prouille, premier foyer (1206-1207)
Avant même les frères, c'est une communauté de femmes qui inaugure l'œuvre. Vers 1206-1207, Dominique fonde à Prouille, au pied de Fanjeaux, un monastère destiné aux femmes arrachées au catharisme — souvent des filles de la petite noblesse que la pauvreté avait livrées aux « parfaits ». Ce monastère contemplatif, antérieur à l'ordre lui-même, restera le berceau des Dominicains et le modèle du Second Ordre (les moniales).[24][25]
L'approbation : Religiosam vitam (1216) et les frères dits « Prêcheurs » (1217)
En 1215, Dominique réunit ses premiers compagnons à Toulouse, dans la maison de Pierre Seila, et obtient de l'évêque Foulques la charge officielle de prêcher dans le diocèse. La même année, il accompagne l'évêque au concile de Latran IV (1215), où le pape Innocent III l'encourage. Après la mort d'Innocent III, son successeur Honorius III confirme la communauté par la bulle Religiosam vitam, le 22 décembre 1216 : c'est l'acte de naissance canonique de l'ordre.[26][27][28]
Quelques semaines plus tard, une seconde bulle, Gratiarum omnium (21 janvier 1217), désigne pour la première fois les frères comme praedicatores, « prêcheurs ». C'est sous ce nom — l'ordre des Prêcheurs — que la communauté sera désormais connue.[29][30]
La Règle de saint Augustin et le concile de Latran IV
Un détail juridique a marqué l'ordre pour toujours. Le concile de Latran IV (1215) avait interdit la création de règles religieuses nouvelles, pour éviter la prolifération des fondations. Dominique dut donc choisir une règle déjà approuvée : il prit la Règle de saint Augustin, brève et souple, centrée sur la charité fraternelle et la vie commune, qu'il connaissait comme chanoine.[31][32]
Mais cette règle ancienne fut complétée par des Constitutions propres, taillées sur mesure pour la prédication. C'est là le génie dominicain : marier une règle de communion (Augustin) et une législation d'apostolat (les Constitutions), souple, révisable, et entièrement ordonnée au salut des âmes.
« Dispersez le grain » : l'essaimage de 1217
Le grain semé fructifie
À peine l'ordre approuvé, Dominique prit une décision qui stupéfia ses frères : au lieu de les garder groupés à Toulouse, il les dispersa à travers l'Europe. Le 15 août 1217, il envoya ses quelques compagnons — ils étaient à peine une quinzaine — vers Paris, l'Espagne et l'Italie. Devant des frères inquiets de voir cette poignée d'hommes jetée aux quatre vents, Dominique, selon les témoignages recueillis pour sa canonisation, leur demanda de ne pas s'opposer à son dessein : il savait ce qu'il faisait.[33][34]
« Ne vous opposez pas à moi : je sais bien ce que je fais. » — Saint Dominique, parole rapportée par les témoins de la dispersion (procès de canonisation ; traduction française dans le corps)[35]
L'image du grain appartient à un autre témoignage : c'est le récit de Pierre Ferrand qui compare les frères dispersés au grain — amassé, il pourrit ; semé, il fructifie. Le bienheureux Jourdain de Saxe reprend cette image dans son Libellus, non comme une parole de Dominique, mais comme le commentaire du narrateur.[36]
Ce geste fondateur dit tout de l'ordre : il n'est pas fait pour se conserver, mais pour se donner. La mission prime la sécurité.
Paris et Bologne : l'ordre aux universités
Dominique envoya délibérément ses frères dans les deux grands centres universitaires de la chrétienté : Paris, capitale de la théologie, et Bologne, capitale du droit. À Paris, les frères arrivent dès l'automne 1217 — les premiers y parviennent le 12 septembre — et logent d'abord dans une maison louée près de Notre-Dame ; la maison de Saint-Jacques leur est donnée en 1218 — le 6 août, selon le récit du bienheureux Jourdain de Saxe —, et ils s'y installent.[37][38] À Bologne, autour de Réginald d'Orléans, brillant recruteur d'étudiants, l'ordre prend pied dans l'autre capitale savante. Le calcul était lucide : pour former des prédicateurs savants, il fallait s'établir là où l'on enseignait et où l'on recrutait les jeunes intelligences de l'Europe.[39][40]
Ce choix fit des Dominicains, en une génération, le grand ordre intellectuel de l'Église. Sur les bancs de l'université de Paris, où ils ouvrent leurs écoles dès 1229-1230 et occupent deux chaires de théologie, ils donneront bientôt à la chrétienté ses maîtres — au point de provoquer, à partir de 1252, la fameuse querelle des mendiants avec les maîtres séculiers : limitation à une seule chaire réclamée par l'université, campagne de Guillaume de Saint-Amour (De periculis novissimorum temporum), tranchée par Alexandre IV à Anagni en 1256.[41]
L'expansion foudroyante
La croissance fut spectaculaire. À la mort de Dominique, en 1221, l'ordre comptait déjà une soixantaine de couvents organisés en huit provinces (Espagne, Provence, France, Lombardie, Rome, Allemagne, Hongrie, Angleterre). Quelques décennies plus tard, les Prêcheurs étaient présents de l'Irlande à la Terre sainte, et leurs studia essaimaient dans toute l'Europe.[42][43]
| Étape | Date | Événement |
|---|---|---|
| Prouille | vers 1206-1207 | Premier monastère (moniales converties du catharisme) |
| Toulouse | 1215 | Première communauté de prêcheurs ; concile de Latran IV |
| Religiosam vitam | 22 décembre 1216 | Confirmation de l'ordre par Honorius III |
| Gratiarum omnium | 21 janvier 1217 | Frères désignés pour la première fois comme praedicatores (« Prêcheurs ») |
| Dispersion | 15 août 1217 | Envoi des frères vers Paris, l'Espagne, l'Italie |
| Saint-Sixte (Rome) | 3 décembre 1218 | Honorius III donne aux frères le monastère de Saint-Sixte[44] |
| 1ᵉʳ chapitre général | mai 1220 | Bologne : Constitutions, pauvreté mendiante, gouvernement |
| Mort de Dominique | 6 août 1221[45] | Bologne ; ≈ 60 couvents, 8 provinces |
Une constitution nouvelle : pauvreté, étude, gouvernement
Les deux premiers chapitres généraux, tenus à Bologne en 1220 et 1221, dotèrent l'ordre d'une législation d'une étonnante modernité. Trois traits la distinguent.
La pauvreté mendiante (1220)
Au chapitre de 1220, sur l'exemple des Franciscains, l'ordre renonça à toute propriété de revenus et de domaines : les frères vivraient désormais de l'aumône et du travail de la prédication, sans rentes assurées. C'est l'adoption de la pauvreté mendiante, qui faisait des Prêcheurs des hommes libres, sans attaches terriennes, disponibles pour la mission.[46][47]
Cette pauvreté était ordonnée au service de la prédication : on était pauvre pour être libre et crédible dans l'annonce de l'Évangile.[48]
Le primat de l'étude et la « dispense »
L'innovation la plus profonde fut la place donnée à l'étude. Pour les anciens moines, l'étude était subordonnée à la prière et au travail manuel. Chez les Dominicains, elle devient une observance à part entière, presque un acte religieux : on étudie pour prêcher, et donc pour sauver les âmes.[49][50]
De là une règle inscrite dès les Constitutions primitives : la dispense. Leur prologue donne au supérieur le pouvoir de dispenser un frère des observances communes — jeûnes, offices, pénitences — chaque fois qu'elles nuiraient à l'étude, à la prédication ou au bien des âmes, puisque l'ordre a été fondé dès l'origine pour la prédication et le salut des âmes. C'était inverser la logique monastique : la loi se plie à la mission.[51]
À cette dispense primitive s'ajouta, plus tard, une précision juridique distincte : au chapitre dit « généralissime » de 1236, l'ordre déclara que ses Constitutions n'obligeaient pas sous peine de péché, mais seulement à accomplir la pénitence prévue — afin que le frère serve Dieu dans la liberté de la charité, non dans la peur.[52]
Un gouvernement « démocratique » avant l'heure
Le troisième trait est le plus saisissant pour un lecteur moderne : le gouvernement représentatif de l'ordre. Là où la féodalité du temps reposait sur l'hérédité et la contrainte, les Prêcheurs se donnèrent une constitution élective et délibérative :[53][54]
- les prieurs de couvent et les provinciaux sont élus par leurs frères, et non nommés d'en haut ;
- le maître de l'ordre, successeur de Dominique, est élu par les représentants des provinces — à l'origine à vie ; le mandat de neuf ans est une évolution ultérieure[55] ;
- le chapitre général, assemblée du gouvernement de l'ordre, vote les lois ; une constitution nouvelle n'entre en vigueur qu'après avoir été approuvée par trois chapitres généraux successifs, ce qui empêche tout changement précipité ;
- les délégués sont des représentants élus des couvents et des provinces, non de simples notables.
Cette architecture — élection à tous les niveaux, triple approbation des lois nouvelles, primauté de l'assemblée sur le chef — a frappé les historiens du droit, qui y voient l'un des plus anciens systèmes constitutionnels d'Occident. Le maître de l'ordre y est moins un monarque qu'un serviteur du chapitre.[56]
Les quatre piliers de la vie dominicaine
La tradition résume la vie du frère prêcheur par quatre piliers indissociables, gravés au sens propre dans l'iconographie de l'ordre : la vie commune, la prière liturgique, l'étude et la prédication. Aucun ne va sans les autres.[57]
La vie commune sous la Règle de saint Augustin
La Règle de saint Augustin fait de la charité fraternelle le premier fondement : « N'avoir qu'un seul cœur et qu'une seule âme tournés vers Dieu ». La vie commune — même toit, même table, mêmes biens, même prière — n'est pas une simple organisation pratique : elle est le lieu où se vérifie l'amour que le frère ira ensuite prêcher.[58]
La prière liturgique et le Salve Regina
Avant de prêcher la Parole, le Dominicain la chante. L'office choral et la messe rythment sa journée. C'est à la tradition dominicaine que l'on doit l'usage de chanter chaque soir, à complies, le Salve Regina : usage commencé par les Prêcheurs vers 1221 et rapidement propagé par eux — avant le milieu du siècle, l'antienne entre, par le bréviaire franciscain réformé, dans le bréviaire romain. Au sein de l'ordre, cet usage est attesté à Bologne en 1230 et étendu à tout l'ordre par le chapitre général de Limoges en 1250. La procession aux flambeaux vers un autel ou une image de la Vierge, elle, est une coutume proprement dominicaine — à distinguer de l'antienne elle-même, bien plus ancienne. La prière liturgique est la source contemplative où le prédicateur puise ce qu'il transmettra.[59]
L'étude de la vérité : Veritas
L'ordre a pris pour devise un seul mot : Veritas, « la Vérité ». L'étude dominicaine n'est pas une curiosité intellectuelle : elle est la recherche de la Vérité qui est le Christ, pour pouvoir la donner. C'est cette conviction qui a fait des couvents dominicains de véritables écoles de théologie, et qui a produit, en une seule famille, Thomas d'Aquin et Albert le Grand, les deux maîtres de la scolastique.[60][61]
La prédication : contemplata aliis tradere
Le sommet de la vie dominicaine est la prédication, comprise non comme un simple discours, mais comme le débordement d'une contemplation. Thomas d'Aquin, dans la Somme théologique, a donné de la vocation de son ordre la formule la plus célèbre :
« De même qu'il est plus grand d'illuminer que de briller seulement, de même il est plus grand de transmettre aux autres ce qu'on a contemplé que de contempler seulement. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 188, a. 6[62]
Contemplata aliis tradere — « transmettre aux autres ce que l'on a contemplé » — résume tout l'ordre : on ne donne aux autres que ce dont on est soi-même plein. La prédication dominicaine n'oppose pas l'action et la contemplation : elle fait de l'action le fruit de la contemplation. C'est aussi le sens de l'autre devise de l'ordre, tirée de la préface de son missel : Laudare, benedicere, praedicare — « louer, bénir, prêcher ».[63][64]
La famille dominicaine : les branches de l'ordre
Comme les Franciscains, les Dominicains ne forment pas un seul corps, mais une famille à plusieurs branches, toutes nées de l'intuition de Dominique.[65][66]
| Branche | Origine | Vie | Aujourd'hui |
|---|---|---|---|
| Premier Ordre | 1215-1217 | Frères prêcheurs (clercs et coopérateurs) : prédication, étude, mission | Ordo Praedicatorum (O.P.) |
| Second Ordre | Prouille, 1206-1207 | Moniales contemplatives de stricte clôture, « cœur priant » de l'ordre | Moniales dominicaines |
| Laïcat dominicain | XIIIᵉ siècle | Laïcs vivant l'esprit dominicain dans le monde (anciennement Tiers-Ordre) | Fraternités laïques de saint Dominique |
| Sœurs apostoliques | à partir du XIIIᵉ s. | Congrégations vouées à l'enseignement, aux soins, aux missions | Sœurs dominicaines |
Le Second Ordre : les moniales de Prouille
Les moniales sont, chronologiquement, la première branche de l'ordre : Prouille est antérieur aux frères. Vouées à la stricte clôture, à l'office choral et à la pénitence, elles sont le versant contemplatif de la prédication. Dominique voulait que ses prêcheurs, lancés sur les routes, fussent portés par la prière de communautés cachées. La logique est limpide : on ne prêche bien que soutenu par ceux qui prient.[67][68]
Le laïcat et le Tiers-Ordre : Catherine de Sienne
Très tôt, des laïcs voulurent partager la spiritualité dominicaine sans quitter le monde : ce fut le Tiers-Ordre (aujourd'hui Fraternités laïques de saint Dominique). Sa figure la plus éclatante est sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, mystique, conseillère des papes, docteur de l'Église — preuve que l'idéal dominicain de vérité et de feu apostolique pouvait embraser une laïque autant qu'un frère.[69][70]
Une pépinière de saints et de docteurs
Peu d'ordres ont donné à l'Église une telle moisson de saints, de docteurs, de papes et de penseurs. L'ordre des Prêcheurs compte notamment trois docteurs de l'Église — un fait remarquable dans l'histoire des ordres religieux.[71]
| Figure | Dates | Titre / rôle |
|---|---|---|
| Saint Dominique | v. 1170-1221[72] | Fondateur de l'ordre |
| Saint Albert le Grand | v. 1200-1280 | Docteur de l'Église ; maître de Thomas, savant universel |
| Saint Thomas d'Aquin | 1225-1274 | Docteur de l'Église (« Docteur angélique ») ; la Somme théologique |
| Sainte Catherine de Sienne | 1347-1380 | Docteur de l'Église ; tertiaire, mystique, conseillère des papes |
| Saint Vincent Ferrier | v. 1350-1419 | Grand prédicateur itinérant (« l'ange de l'Apocalypse ») |
| Bienheureux Fra Angelico | v. 1395-1455 | Peintre du couvent San Marco ; patron des artistes |
| Saint Pie V | 1504-1572 | Pape dominicain ; Lépante, Quo primum, Notre-Dame du Rosaire |
| Sainte Rose de Lima | 1586-1617 | Tertiaire ; première sainte canonisée du Nouveau Monde |
| Saint Martin de Porrès | 1579-1639 | Frère convers de Lima ; charité envers les pauvres et les malades |
Les mystiques rhénans et les grands prédicateurs
L'ordre a aussi porté un courant mystique puissant, notamment dans l'aire germanique : Maître Eckhart, Jean Tauler et Henri Suso, les « mystiques rhénans », ont marqué profondément la spiritualité chrétienne — non sans que certaines propositions d'Eckhart aient été examinées par Rome. À côté d'eux, de grands prédicateurs comme saint Vincent Ferrier parcoururent l'Europe en appelant à la pénitence.[73][74]
Las Casas et la défense des Indiens
L'esprit dominicain de vérité prit aussi un visage prophétique et social. Dès 1511, à Saint-Domingue, le frère Antonio de Montesinos dénonça en chaire le traitement infligé aux Indiens ; après lui, le dominicain Bartolomé de las Casas consacra sa vie à défendre les peuples du Nouveau Monde et leur dignité. C'est encore l'École dominicaine de Salamanque qui, avec Francisco de Vitoria (De indis, leçon de 1539 sur la conquête du Nouveau Monde), ouvrit la voie à la réflexion moderne sur le droit des gens.[75][76]
Le rosaire et la dévotion mariale dominicaine
S'il est une dévotion liée à l'ordre dans la mémoire catholique, c'est le rosaire. La tradition rapporte que la Vierge Marie elle-même remit le rosaire à saint Dominique pour combattre l'hérésie — tradition que les papes ont reçue et enseignée : Léon XIII rappelle que le rosaire fut institué par saint Dominique, et Benoît XV écrit que la Reine du Ciel « se servit de son ministère pour enseigner à l'Église le Très Saint Rosaire ».[77]
La tradition de saint Dominique
Cette réception pontificale n'enlève rien à l'exactitude historique : aucun témoignage contemporain du vivant de Dominique ne documente le récit de la remise du rosaire, et la forme du rosaire telle que nous la connaissons — la méditation des mystères de la vie du Christ et de Marie au fil des Ave Maria — s'est fixée progressivement entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle. Les historiens situent sa diffusion décisive auprès du dominicain Alain de la Roche (Alanus de Rupe, † 1475), qui releva et propagea les confréries du Rosaire au XVᵉ siècle, en plaçant cette dévotion sous le patronage de Dominique.[78][79]
Il faut donc distinguer trois plans : la tradition de l'institution par Dominique, reçue par les papes sans qu'elle engage pour autant l'autorité dogmatique ; l'absence d'attestation contemporaine du récit au XIIIᵉ siècle ; et l'évolution historique de la forme, achevée au XVᵉ siècle. C'est par les Dominicains que le rosaire est devenu l'une des prières les plus aimées de la chrétienté.[80]
Alain de la Roche, Lépante et Notre-Dame du Rosaire
Le rôle dominicain culmine au XVIᵉ siècle. Le pape saint Pie V, lui-même dominicain, attribua à la récitation du rosaire la victoire de la flotte chrétienne à Lépante, le 7 octobre 1571, contre la flotte ottomane. En action de grâces, il institua la fête de Notre-Dame de la Victoire, devenue la fête de Notre-Dame du Rosaire (7 octobre). La dévotion mariale et le combat spirituel restent ainsi au cœur de l'identité dominicaine.[81][82]
Les Prêcheurs et l'Inquisition
L'histoire de l'ordre comporte une page redoutée : le rôle de premier plan des Dominicains dans l'Inquisition médiévale. Cette page doit être regardée en face, sans la nier ni la caricaturer.[83]
Pourquoi des inquisiteurs dominicains ?
Né pour réfuter l'hérésie par la prédication, l'ordre était naturellement désigné pour la tâche, plus juridique, de rechercher et juger les hérétiques quand la papauté décida d'institutionnaliser cette procédure. En 1231, le pape Grégoire IX nomma des inquisiteurs pontificaux, choisis pour l'essentiel parmi les Dominicains et les Franciscains ; par ses bulles d'avril 1233, il confia aux Prêcheurs la charge d'inquisiteurs pour les diocèses de France.[84][85]
L'Inquisition médiévale était une procédure judiciaire écrite, conduite selon le droit canonique, à une époque où le droit civil punissait lui-même l'hérésie : dès 1224, une constitution de l'empereur Frédéric II envoyait au bûcher les hérétiques condamnés par un tribunal d'Église.[86] Ses registres permettent d'en mesurer l'activité. Celui du dominicain Bernard Gui, inquisiteur à Toulouse, rassemble 938 actes judiciaires rendus de 1308 à 1323 contre 636 personnes : 43 livrent un condamné vivant au bras séculier, c'est-à-dire au bûcher, et 66 font exhumer et brûler les restes de défunts ; la plupart des autres imposent la prison (307) ou le port de croix de couleur (135), et 274 accordent une grâce ou une libération.[87] Les abus furent réels : le dominicain Robert le Bougre fit brûler plus de 180 personnes au Mont-Aimé, en Champagne, en mai 1239, avant d'être destitué par le pape et condamné à la prison perpétuelle.[88] En 2004, Jean-Paul II rappelait qu'« avant de demander pardon, il est nécessaire d'avoir une connaissance exacte des faits », et appelait les fils de l'Église à revenir « dans un esprit de repentir » sur « le consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d'intolérance et même de violence dans le service de la vérité ».[89] Le sujet propre de l'Inquisition est traité ailleurs ; on se borne ici à situer la place qu'y tint l'ordre.
Domini canes : « les chiens du Seigneur »
Le surnom de Domini canes, « les chiens du Seigneur », joue sur le mot Dominicani. Selon l'historien dominicain Pierre Mandonnet, ce jeu de mots n'est pas médiéval : le mot Dominicanus restait très rare aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles. L'image du chien, elle, est ancienne : depuis saint Grégoire le Grand, le chien dont l'aboiement chasse l'ennemi loin du troupeau figure le prédicateur.[90] Le bienheureux Jourdain de Saxe rapporte en outre qu'avant même de concevoir Dominique, sa mère — la bienheureuse Jeanne d'Aza, selon la tradition — vit en songe qu'elle portait en son sein un petit chien tenant dans sa gueule une torche ardente, qui, sorti de son sein, semblait embraser le monde entier. Jourdain y lit l'annonce d'un prédicateur qui réveillerait les âmes endormies dans le péché et répandrait par toute la terre le feu que le Christ est venu y jeter. Le chien à la torche est resté l'un des emblèmes de l'ordre.[91][92]
L'ordre des Prêcheurs aujourd'hui
Huit siècles après Dominique, l'ordre demeure vivant et présent sur tous les continents. À la fin de 2025, on comptait 5 111 frères (dont 3 993 prêtres), sans compter les moniales contemplatives, les milliers de sœurs apostoliques et les laïcs dominicains.[93]
Fidèle à sa vocation première, l'ordre reste une grande maison d'étude et de prédication : il anime des facultés de théologie (comme l'Angelicum à Rome), l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, des maisons d'édition, des revues, et continue de fournir à l'Église théologiens, prédicateurs et missionnaires. Depuis le 13 juillet 2019, l'ordre est gouverné par le frère Gerard Francisco Timoner III, philippin — le premier Asiatique à succéder à Dominique comme maître de l'ordre.[94][95]
Sous le même habit blanc et la même cappa noire qu'au XIIIᵉ siècle, le frère prêcheur d'aujourd'hui poursuit la même tâche : contempler, puis transmettre — contemplata aliis tradere —, et chanter chaque soir, à complies, le Salve Regina que les frères chantent depuis les premières générations de l'ordre.[96]
Pour aller plus loin
- La fondation des Dominicains — le récit détaillé de la naissance de l'ordre, de Prouille à l'approbation de 1216.
- Saint Dominique — la vie du fondateur, le prédicateur d'Osma et de Toulouse.
- Saint Thomas d'Aquin — le « Docteur angélique », gloire intellectuelle de l'ordre.
- La Somme théologique — l'œuvre maîtresse de la théologie dominicaine.
- Sainte Catherine de Sienne — la tertiaire dominicaine, mystique et docteur de l'Église.
- L'université de Paris et la scolastique — le cadre où les Dominicains forgèrent la grande théologie médiévale.
- Ordre franciscain — l'autre grand ordre mendiant, né au même moment.
- Ordre cistercien et ordre des Chartreux — les grandes familles contemplatives du siècle précédent.
- L'histoire des ordres religieux — pour situer les Dominicains dans la grande floraison religieuse de l'Église.
Notes et références
Curie générale de l'ordre des Prêcheurs, Statistiques de l'Ordre des Prêcheurs (situation à la fin de l'année 2025), présentées dans « De nouvelles statistiques offrent un aperçu mondial de l'Ordre dominicain », site officiel de l'ordre, 7 février 2026 (op.org) : « L'Ordre des Prêcheurs a clôturé l'année 2025 avec 5 111 frères dans le monde » ; « Au total, l'Ordre compte 3 993 prêtres, aux côtés d'évêques, de diacres transitoires et permanents, 210 frères coopérateurs et de frères engagés dans différentes étapes de formation ». Version anglaise de la même page : « New statistics offer global snapshot of Dominican Order ». Copie archivée de la page française : web.archive.org.
1 93Repères : bulle Religiosam vitam (Honorius III, 22 décembre 1216), acte de naissance canonique de l'ordre ; bulle Gratiarum omnium (Honorius III, 21 janvier 1217), première pièce où les frères sont dits praedicatores ; dispersion du 15 août 1217 (Jourdain de Saxe, Libellus, n° 47-48) ; chapitres généraux de Bologne (1220-1221) ; Règle de saint Augustin complétée par les Constitutions propres ; élection du frère Gerard Timoner comme maître de l'ordre le 13 juillet 2019 (site officiel de l'ordre, op.org). Devises : Veritas ; Laudare, benedicere, praedicare (préface du missel dominicain) ; Contemplata aliis tradere (Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 188, a. 6 — cf. [^contemplata]). Pour l'histoire d'ensemble : « Order of Preachers », Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/12354c.htm).
2 4 8 10 16 19 21 22 24 26 29 31 33 39 42 46 49 53 60 63 65 69 73 75 94« Order of Preachers », Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/12354c.htm) : histoire de l'ordre depuis Dominique ; autorisation initiale et fondation ; approbation du 22 décembre 1216 ; dispersion du 15 août 1217 ; couvents de Paris et de Bologne ; don du monastère romain de Saint-Sixte aux frères ; premier chapitre général à Bologne (mai 1220) ; adoption de la pauvreté mendiante (1220) ; Constitutions et gouvernement électif ; nature mendiante et intellectuelle de l'ordre. La date précise du don de Saint-Sixte (3 décembre 1218) ne vient pas de cet article : cf. [^saint-sixte].
3 14 17 23 27 40 43Bienheureux Jourdain de Saxe († 1237), deuxième maître de l'ordre, Libellus de principiis Ordinis Praedicatorum (« Petit livre sur les origines de l'ordre des Prêcheurs », vers 1233), éd. H. C. Scheeben, MOPH, t. XVI, Rome, 1935 : source primaire la plus ancienne sur Dominique et les débuts de l'ordre. Récit de la dispersion (n° 47-48) : les frères, « surpris » par ce plan inattendu, l'acceptent — aucune scène d'opposition, aucune parole directe de Dominique. La phrase sur le grain (« le grain porte du fruit une fois semé ; amassé, il pourrit ») y figure comme le commentaire du narrateur, avec renvoi au récit de Pierre Ferrand (F. 31). Le Libellus ne justifie donc aucune citation continue attribuée à Dominique sur ce point : cf. [^acta-dispersion].
5 36 37Docteurs de l'Église dominicains : saint Albert le Grand (proclamé docteur en 1931), saint Thomas d'Aquin (inscrit parmi les docteurs par Pie V en 1567, « Docteur angélique » et « Docteur commun ») et sainte Catherine de Sienne (proclamée docteur par Paul VI en 1970). Trois docteurs issus d'un même ordre médiéval, fait remarquable souligné par l'historiographie de l'ordre : Albert le Grand proclamé docteur par la bulle In thesauris sapientiae de Pie XI (16 décembre 1931) ; Catherine de Sienne par Paul VI (4 octobre 1970).
6 61 71Constitutions primitives de l'ordre des Prêcheurs, élaborées aux chapitres généraux de Bologne (1220-1221) et connues par leur rédaction de 1228 (éd. Heinrich Denifle, Archiv für Literatur- und Kirchengeschichte des Mittelalters, t. I) : le prieur conventuel est élu par les frères de son couvent ; le prieur provincial, par le chapitre provincial, formé des prieurs et de deux frères élus par chaque couvent ; le maître de l'ordre, par le chapitre général, formé des prieurs provinciaux et de deux frères élus par chaque province ; une constitution nouvelle n'est valable qu'après avoir été approuvée par trois chapitres généraux successifs. Analyse : Ernest Barker, The Dominican Order and Convocation. A Study of the Growth of Representation in the Church during the Thirteenth Century, Oxford, Clarendon Press, 1913, p. 14-18, qui y voit une « démocratie représentative » dont les responsables sont « plutôt les serviteurs de ce corps que ses seigneurs » (texte original : « a representative democracy » ; « rather servants of that body than its lords »), et qui cite le jugement de l'historien Albert Hauck (Kirchengeschichte Deutschlands, t. IV, p. 390) : « l'exemple le plus parfait que le Moyen Âge ait produit de l'aptitude des corporations monastiques à se donner une constitution » (« the most perfect example that the Middle Ages have produced of the faculty of monastic corporations for constitution-building ») ; Pierre Mandonnet, « Order of Preachers », The Catholic Encyclopedia, t. XII, New York, Robert Appleton, 1911 : « le trait caractéristique du gouvernement est le système électif qui prévaut dans tout l'ordre » (« The characteristic feature of government is the elective system which prevails throughout the order »). Institutions ici décrites dans leur état primitif (1220-1228) : la fréquence des chapitres et la durée des mandats — dont celui du maître, à l'origine à vie (cf. [^maitre-vie]) — ont évolué depuis.
7 54 56Le rosaire et les Dominicains, réception pontificale : Léon XIII, encyclique Supremi apostolatus officio (1ᵉʳ septembre 1883) — le rosaire « institué par saint Dominique » (reprenant Grégoire XIII : « the Rosary had been instituted by St. Dominic to appease the anger of God and to implore the intercession of the Blessed Virgin Mary ») ; Benoît XV, encyclique Fausto appetente die (29 juin 1921, VIIᵉ centenaire de saint Dominique), n° 11 — la Reine du Ciel « se servit de son ministère pour enseigner à l'Église le Très Saint Rosaire » (« she used his ministry to teach the Most Holy Rosary to the Church »), prière dont la formule fut « initiée par le Fondateur des Prêcheurs et diffusée au loin par ses disciples », avec exhortation finale à la suite de Léon XIII (texte sur vatican.va). Historiquement : aucun témoignage contemporain du vivant de Dominique ne documente le récit de la remise ; la forme (méditation des mystères au fil des Ave Maria) et la diffusion se fixent entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle, la propagation décisive étant liée au dominicain Alain de la Roche et aux confréries du Rosaire (cf. [^alain]). Cf. aussi Catholic Encyclopedia, « The Rosary ».
9 77 78 80 81Ordres mendiants : Dominicains et Franciscains sont les deux grands ordres mendiants nés au XIIIᵉ siècle. À la différence des Bénédictins, des Cisterciens et des moines en général, leurs couvents sont situés dans les villes, où la vie communale se développe rapidement au début du XIIIᵉ siècle ; ils se consacrent à l'évangélisation des foules. L'article relève aussi que la principale opposition vint des universités, des évêques et du clergé séculier. Cf. « Mendicant Friars », Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/10183c.htm).
11 12 13La dispense dans le prologue des Constitutions primitives (chapitres de Bologne, 1220-1221 ; rédaction de 1228) : « le prélat aura le pouvoir de dispenser les frères de son couvent quand il le jugera opportun, surtout en ce qui entrave l'étude, la prédication ou le bien des âmes, puisqu'il est établi que notre ordre a été fondé dès l'origine pour la prédication et le salut des âmes ». Cf. « Order of Preachers », Catholic Encyclopedia, et Pierre Mandonnet, St. Dominic and His Work. À distinguer de la déclaration de 1236 sur l'obligation ad poenam : cf. [^dispense-1236].
15 51Saint Paul, Épître aux Romains 10, 14-15, dans La Sainte Bible, traduction du chanoine Augustin Crampon, édition révisée de 1923, Paris, Desclée, Société de S. Jean l'Évangéliste : « Comment donc invoquera-t-on celui en qui on n'a pas encore cru ? Et comment croira-t-on en celui dont on n'a pas entendu parler ? Et comment en entendra-t-on parler s'il n'y a pas de prédicateur ? Et comment seront-ils prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés ? selon qu'il est écrit : “Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent le bonheur !” » (citant Isaïe 52, 7). Texte latin de la Vulgate clémentine : « quomodo vero praedicabunt nisi mittantur ? sicut scriptum est : Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona ! »
18Club des Jacobins, rue Saint-Honoré : les révolutionnaires siégeaient dans le réfectoire du couvent dominicain de la rue Saint-Honoré — établissement distinct du Saint-Jacques médiéval de la rue Saint-Jacques. Cf. Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I (témoignage contemporain : « the refectory of the Dominican Convent […] in the rue St. Honoré »).
20Monastère Notre-Dame de Prouille (Languedoc, près de Fanjeaux), fondé par Dominique vers 1206-1207 pour accueillir des femmes converties du catharisme, antérieur à l'ordre des frères ; il est le berceau de l'ordre et le modèle du Second Ordre (moniales contemplatives). La fondation est située en 1206 par certaines sources, en 1207 par d'autres : la date précise est laissée ouverte, les deux dates circulant dans l'historiographie. Cf. « Order of Preachers », Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/12354c.htm).
25 67Bulle Religiosam vitam (Honorius III, 22 décembre 1216) : confirme la communauté de prêcheurs réunie autour de Dominique à Toulouse et l'érige canoniquement, sous la Règle de saint Augustin. Acte de naissance juridique de l'ordre. Cf. Catholic Encyclopedia, « Order of Preachers » (newadvent.org/cathen/12354c.htm).
28Bulle Gratiarum omnium (Honorius III, 21 janvier 1217) : première pièce pontificale où les frères de Dominique sont désignés comme praedicatores, « prêcheurs » — première attestation du nom de l'ordre, plutôt qu'acte formel de dénomination : bulle « recognizing Dominic's followers as an order [...] universally authorized to preach ». Cf. Catholic Encyclopedia, « Order of Preachers » (newadvent.org/cathen/12354c.htm).
30Règle de saint Augustin : le concile de Latran IV (1215) ayant interdit la fondation de règles religieuses nouvelles, Dominique adopta une règle déjà approuvée, la Règle de saint Augustin (brève, centrée sur la vie commune et la charité fraternelle : « N'avoir qu'un seul cœur et qu'une seule âme tournés vers Dieu »), qu'il complétait par les Constitutions propres de l'ordre. Cf. Catholic Encyclopedia, « Order of Preachers » et « Rule of St. Augustine » (newadvent.org/cathen/12354c.htm).
32 58Réponse de Dominique aux frères inquiets de la dispersion : parole rapportée par les dépositions du procès de canonisation, Acta canonizationis S. Dominici, éd. Monumenta Ordinis Fratrum Praedicatorum Historica (MOPH), t. XVI, Rome, 1935, p. 143-144. Parole rapportée (témoignage, non autographe) ; traduction française dans le corps.
34 35Paris, 1217-1218 : première installation dès l'automne 1217 dans une maison louée près de Notre-Dame (premiers frères arrivés le 12 septembre, selon Pierre Mandonnet, St. Dominic and His Work) ; maison de Saint-Jacques donnée à l'ordre en 1218 — le 6 août, selon le bienheureux Jourdain de Saxe, Libellus, n° 53 — par le maître Jean de Saint-Quentin et l'université de Paris, à l'instigation d'Honorius III.
38Querelle des mendiants à Paris : les Dominicains ouvrent leurs écoles en 1229-1230 et occupent deux chaires de théologie (les Mineurs suivent en 1231) ; à partir de 1252, l'université veut les limiter à une seule chaire ; campagne de Guillaume de Saint-Amour (De periculis novissimorum temporum), condamnée par Alexandre IV à Anagni en 1256, l'auteur étant banni de France. Cf. « Mendicant Friars » et « William of St-Amour », Catholic Encyclopedia (le second renvoyant au premier pour le récit du conflit ; Denifle, Chartularium, I, 26, pour la limitation à une chaire).
41Don de Saint-Sixte : la date du 3 décembre 1218 est donnée par Jean Guiraud, Saint Dominique (coll. « Les Saints »), chapitre IV. Guiraud s'appuie sur le Cartulaire de Saint-Sixte publié par le P. Balme — pièce non directement vérifiée ici.
44Saint Dominique de Guzmán : né à Calaruega (Vieille-Castille) vers 1170, mort à Bologne le 6 août 1221. Cf. J. B. O'Connor, « St. Dominic », The Catholic Encyclopedia (« b. at Calaroga, in Old Castile, c. 1170; d. August 6, 1221 »).
45 72Pauvreté mendiante adoptée au chapitre général de Bologne (1220) : renonciation aux possessions, aux revenus et aux domaines, vie d'aumône ordonnée au service de la prédication. Cf. Catholic Encyclopedia, « Order of Preachers » (newadvent.org/cathen/12354c.htm). Aucune comparaison avec la spiritualité franciscaine n'est développée ici.
47 48Primat de l'étude : dans la législation dominicaine, l'étude devient une observance régulière ordonnée à la prédication et au salut des âmes — innovation par rapport au monachisme, où l'étude était subordonnée à la prière et au travail manuel. Les couvents se dotent de studia et l'ordre s'implante dans les universités. Cf. Catholic Encyclopedia, « Order of Preachers » (newadvent.org/cathen/12354c.htm).
50Chapitre « généralissime » de 1236 : l'ordre y déclara que ses Constitutions n'obligeaient pas sous peine de péché, mais sous peine d'accomplir la pénitence (« The order warded off this new difficulty by declaring in the generalissimo chapter of 1236, that the Constitutions did not oblige under pain of sin, but under pain of doing penance ») — « Order of Preachers », Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/12354c.htm). Décision distincte et postérieure de la dispense primitive du prologue (cf. [^dispense]).
52Maître de l'ordre, élection à vie puis mandat de neuf ans : « Although originally elected for life, the Master is now elected for a nine-year term in an Elective General Chapter » — page officielle « Master of the Order », site de l'ordre (op.org/master-of-the-order).
55Les quatre piliers de la vie dominicaine (vie commune, prière liturgique, étude, prédication) : présentation traditionnelle de l'identité de l'ordre, ordonnée à la formule contemplata aliis tradere. Devises Veritas et Laudare, benedicere, praedicare (cette dernière tirée de la préface du missel dominicain). Cf. ressources de l'ordre (op.org, dominicains.fr).
57 64Le Salve Regina à complies : l'usage de l'antienne à complies fut commencé par les Dominicains vers 1221 et rapidement propagé par eux ; avant le milieu du siècle, elle entrait, par le bréviaire franciscain réformé, dans le bréviaire romain — H. Henry, « Salve Regina », Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/13409a.htm). Au sein de l'ordre, cet usage est attesté à Bologne en 1230 (témoignage de Jourdain de Saxe) et étendu à tout l'ordre par le chapitre général de Limoges en 1250 ; la procession aux flambeaux après complies vers un autel ou une image mariale est une coutume proprement dominicaine — Kristin Hoefener, « Salve regina in late medieval Dominican communities » (HAL hal-03866671). Antienne et procession sont donc deux objets distincts, de dates différentes.
59 96Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 188, a. 6 : « sicut enim maius est illuminare quam lucere solum, ita maius est contemplata aliis tradere quam solum contemplari » (« de même qu'il est plus grand d'illuminer que de briller seulement, de même il est plus grand de transmettre aux autres ce qu'on a contemplé que de contempler seulement »). Texte fondant la supériorité de la vie « mixte » (contemplation + prédication) propre aux Prêcheurs. Traduction française dans le corps, original latin ci-dessus.
62La famille dominicaine : Premier Ordre (frères prêcheurs), Second Ordre (moniales contemplatives, dont Prouille est le berceau), laïcat dominicain (anciennement Tiers-Ordre, aujourd'hui Fraternités laïques de saint Dominique) et congrégations de sœurs apostoliques — religieuses vouées à l'enseignement, aux soins et aux missions, distinctes du laïcat. Cf. sites de l'ordre (op.org, dominicains.fr).
66 68Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, mystique, autrice du Dialogue, conseillère des papes (retour de la papauté d'Avignon à Rome), proclamée docteur de l'Église par Paul VI (4 octobre 1970) et copatronne de l'Europe par Jean-Paul II (1ᵉʳ octobre 1999). Voir l'article qui lui est consacré : sainte-catherine-de-sienne.
70Mystiques rhénans dominicains : Maître Eckhart (v. 1260-1328), Jean Tauler (v. 1300-1361) et Henri Suso (v. 1295-1366), grands représentants de la mystique germanique de l'ordre ; certaines propositions d'Eckhart furent examinées et en partie condamnées par la bulle In agro dominico (Jean XXII, 1329). Grands prédicateurs : saint Vincent Ferrier (v. 1350-1419). Cf. Catholic Encyclopedia, « Order of Preachers ».
74Dominicains et défense des Indiens : sermon d'Antonio de Montesinos à Saint-Domingue (Avent 1511, 4ᵉ dimanche de l'Avent) dénonçant les mauvais traitements infligés aux Indiens — texte conservé par Bartolomé de las Casas, Historia de las Indias, livre III ; engagement de Las Casas (v. 1484-1566), dominicain, défenseur des peuples du Nouveau Monde ; École dominicaine de Salamanque : Francisco de Vitoria (v. 1483-1546), De indis (leçon de 1539 sur la conquête du Nouveau Monde), à l'origine de la réflexion moderne sur le droit des gens.
76Alain de la Roche (Alanus de Rupe, vers 1428-1475), dominicain breton, promoteur des confréries du Rosaire et de la dévotion mariale au psautier de la Vierge ; il joua un rôle majeur dans la diffusion du rosaire et dans le rattachement de cette dévotion à saint Dominique. Mort à Zwolle (Hollande) le 8 septembre 1475 — Catholic Encyclopedia, « Alanus de Rupe » (« Born about 1428; died at Zwolle in Holland, 8 September, 1475 »). Le lieu précis de sa naissance reste discuté (la Bretagne est assurée ; Dinan — où il entra dans l'ordre — et Sizun sont avancés) : Dinan n'est donc pas donné ici comme lieu de naissance.
79Bataille de Lépante (7 octobre 1571) : victoire navale de la Sainte Ligue sur la flotte ottomane. Le pape dominicain saint Pie V (1504-1572) attribua la victoire au rosaire et institua la fête de Notre-Dame de la Victoire, devenue fête de Notre-Dame du Rosaire (7 octobre).
82Joseph Blötzer, « Inquisition », The Catholic Encyclopedia, t. VIII, New York, Robert Appleton, 1910 : inquisiteurs choisis surtout dans les ordres mendiants, « especially from that of the Dominicans » ; commission confiée au prieur et au sous-prieur des Dominicains de Friesach dès le 27 novembre 1231 ; obligation pour l'inquisiteur de suivre « the established rules of canonical procedure » ; constitution de Frédéric II de 1224, selon laquelle les hérétiques condamnés par un tribunal d'Église doivent périr par le feu sur l'autorité impériale (« auctoritate nostra ignis iudicio concremandos »).
83 84 86Bulles de Grégoire IX d'avril 1233 : par une bulle du 20 avril 1233, le pape annonce aux évêques de France l'envoi des frères Prêcheurs contre les hérétiques du royaume ; un extrait de cette même bulle a été publié par Percin sous la date du 13 avril ; la bulle Ille humani generis est datée du 22 avril 1233. Voir Charles Homer Haskins, Studies in Mediaeval Culture, Oxford, Clarendon Press, 1929, p. 209-210 et n. 1 ; Henry Charles Lea, A History of the Inquisition of the Middle Ages, t. I, New York, Harper & Brothers, 1887, p. 301, n., et p. 328.
85Annette Pales-Gobilliard (éd. et trad.), Le Livre des sentences de l'inquisiteur Bernard Gui, 1308-1323, Paris, CNRS Éditions (Sources d'histoire médiévale, 30), 2002, t. I, p. 28-33 (sermons du 3 mars 1308 au 19 juin 1323 ; 636 personnes, 371 hommes et 265 femmes, frappées de 938 actes judiciaires) et t. II, p. 1646, tableau n° 1, « Actes de justice rendus par Bernard Gui (1308-1323) » : 43 remises à la cour séculière (et 3 autres « s'ils vivaient »), 66 exhumations suivies de crémation, 277 condamnations au Mur et 30 au Mur strict, 80 condamnations aux croix simples et 55 aux croix doubles, 135 grâces des croix et 139 relaxes du Mur. Édition en accès libre sur persee.fr.
87Charles Homer Haskins, « Robert le Bougre and the Beginnings of the Inquisition in Northern France », dans Studies in Mediaeval Culture, Oxford, Clarendon Press, 1929, ch. X, p. 222-225 : au Mont-Aimé, en mai 1239, « more than a hundred and eighty Cathari were burnt » ; Robert fut ensuite démis de sa charge par le pape et condamné à la prison perpétuelle (d'après Matthieu Paris). Voir aussi J. Blötzer, art. cité : « he was first deposed and then incarcerated for life ».
88Jean-Paul II, Lettre au cardinal Roger Etchegaray à l'occasion de la présentation de l'ouvrage « L'Inquisizione » (actes du symposium international tenu au Vatican du 29 au 31 octobre 1998), 15 juin 2004, n° 1 et 3, texte français sur vatican.va.
89Pierre Mandonnet, St. Dominic and His Work, trad. Mary Benedicta Larkin, Saint-Louis et Londres, B. Herder, 1948, appendice VI, « Domini Canes » : les hommes des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles « had no thought of such a verbal relationship », le mot Dominicanus étant alors « exceedingly rare » ; le chien figure le prédicateur depuis saint Grégoire le Grand, qui, commentant le Cantique des cantiques, compare les saints prédicateurs à des chiens dont l'aboiement oblige l'adversaire à abandonner le troupeau ; le souvenir du songe de la mère de Dominique explique le chien portant une torche enflammée des armoiries de l'ordre.
90 92Bienheureux Jourdain de Saxe, Libellus de principiis Ordinis Praedicatorum, n° 5, éd. Heribert Christian Scheeben, Monumenta Ordinis Fratrum Praedicatorum Historica, t. XVI, Rome, Institutum historicum FF. Praedicatorum, 1935, p. 27-28 : « Cuius matri, antequam ipsum conciperet, in visione monstratum est, quod catulum gestaret in utero, qui facem ardentem in ore portabat et de ventre egrediens omnem orbem succendere videbatur. Quo prefigurabatur concipiendum ab ea predicatorem insignem, qui sacre eruditionis latratu soporatas peccatis animas ad vigilantiam excitaret et ignem, quem dominus Iesus venit mittere in terram, mundo spargeret universo. » Jourdain ne nomme pas la mère de Dominique ; la tradition l'appelle Jeanne d'Aza, béatifiée par Léon XII en 1828 (John Bonaventure O'Connor, « St. Dominic », The Catholic Encyclopedia, t. V, New York, Robert Appleton, 1909).
91Frère Gerard Francisco Timoner III (né Gerard Francisco Timoner Parco III à Daet, Philippines, le 26 janvier 1968 ; profession en 1989, prêtre en 1995), dominicain, élu 88ᵉ maître de l'ordre des Prêcheurs le 13 juillet 2019 par le chapitre général de Biên Hòa (Vietnam), pour un mandat de neuf ans (2019-2028), premier Asiatique à occuper cette charge, succédant au Français Bruno Cadoré — « Fr Gerard TIMONER, OP is the new Master of the Order of Preachers », site officiel de l'ordre (op.org), 13 juillet 2019. Mandat de neuf ans (cf. [^maitre-vie]). Les actes particuliers de 2026 parfois cités (janvier, septembre) n'ont pas été vérifiés à la source : ils ne figurent donc pas ici.
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