Pape Pie II (1405-1464)

Pie II (1405-1464), l'humaniste Enea Silvio Piccolomini devenu pape, condamna le conciliarisme par la bulle Execrabilis, dédia son règne à une croisade contre les Turcs et mourut à Ancône en l'attendant — laissant la seule autobiographie jamais écrite par un pape et la cité idéale de Pienza.

Ignispedia

Pie II (en latin Pius II), né Enea Silvio Piccolomini le 18 octobre 1405 à Corsignano, en Toscane sienoise, gouverne l'Église de Rome du 19 août 1458, jour de son élection, au 14 août 1464.[1][2] Il succède à Calixte III, premier pape Borgia, et précède Paul II.

Sa vie est l'une des plus extraordinaires de toute l'histoire de la papauté. Avant d'être pape, Piccolomini fut le plus brillant humaniste de son temps : secrétaire de concile, diplomate, poète couronné par l'empereur Frédéric III, auteur d'une comédie licencieuse et d'un roman d'amour à succès, courtisan spirituel et mondain.[3][4] Il fut aussi, dans sa jeunesse, un conciliariste acharné, partisan de l'antipape Félix V contre le pape légitime. Sa conversion à la cause romaine, en 1445, puis son ascension fulgurante — prêtre à quarante et un ans, évêque, cardinal, pape en treize ans — font de lui un cas unique.[5][6]

Devenu pape, il renia publiquement son passé : par la bulle Execrabilis (18 janvier 1460), il condamna comme « exécrable » tout appel du pape à un concile futur, brisant net la doctrine conciliariste qu'il avait défendue jeune homme ; et par la bulle de rétractation de 1463, il invita la chrétienté à oublier l'humaniste pour ne retenir que le pontife.[7][8] Son grand dessein fut la croisade contre les Turcs, après la chute de Constantinople de 1453 : il y consacra le congrès de Mantoue, son éloquence, ses finances et, finalement, sa vie. Il mourut à Ancône, le 14 août 1464, en attendant une flotte qui ne partit jamais.[9][10]

« Ne faites pas plus de cas de l'homme privé que du pontife : rejetez Énée, accueillez Pie. » — Pie II, bulle de rétractation In minoribus agentes, 26 avril 1463[11]

Pourquoi Pie II compte-t-il ?

L'humaniste devenu pape

Ignispedia — la conversion publique d'Enea Silvio Piccolomini : de l'humaniste conciliariste de Bâle au pape Pie II, auteur d'Execrabilis et de la rétractation de 1463. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Aucun pape n'a incarné aussi pleinement la rencontre, parfois explosive, entre la Renaissance et la papauté. Piccolomini est d'abord un homme de lettres : il connaît Virgile, Cicéron et les Grecs, écrit un latin élégant, fréquente les cercles humanistes de Florence et de Sienne.[12][13] Élevé à la tiare, il porte cette culture au sommet de l'Église — mais il l'a aussi reniée, conscient que le poète mondain et le vicaire du Christ ne pouvaient être le même homme. Sa figure pose, mieux qu'aucune autre, la question du rapport entre la sagesse du monde et la foi : peut-on servir Dieu avec les armes des humanistes ?

Le pape qui brisa le conciliarisme

Le second titre de gloire — ou de notoriété — de Pie II est doctrinal. Depuis le concile de Constance (1414-1418) et le Grand Schisme d'Occident, une partie de l'Occident tenait que le concile général était supérieur au pape.[14][15] Piccolomini lui-même avait défendu cette thèse à Bâle. Devenu Pie II, il la frappa d'anathème par la bulle Execrabilis : nul ne peut, sous peine d'excommunication, en appeler du jugement du pape à un concile futur. C'est l'un des actes les plus décisifs de la restauration de la primauté pétrinienne au seuil de l'époque moderne — un acte que toute la tradition catholique a confirmé.[16]

Le dernier grand croisé

Enfin, Pie II est, selon l'expression consacrée, le pape de la dernière croisade pontificale de type médiéval conduite par un pape en personne. Là où ses prédécesseurs avaient lancé des appels restés sans suite, lui voulut prendre la croix en personne, vieux et podagre, et conduire lui-même l'expédition.[17][18] Le geste échoua : les princes se dérobèrent, la flotte tarda, la mort le surprit à Ancône. Mais ce dévouement jusqu'au bout, cette obstination presque chevaleresque d'un lettré devenu soldat de la foi, donnent à son pontificat sa grandeur tragique. Avec lui, écrit-on souvent, s'éteint l'idéal médiéval de la croisade.

Les sources principales

Un cas unique : le pape qui a écrit sa propre vie

Pie II jouit d'un privilège que ne possède aucun autre pape : il a laissé son autobiographie. Ses Commentarii rerum memorabilium (« Commentaires sur les choses mémorables »), rédigés en treize livres durant son pontificat, sont la seule autobiographie jamais écrite par un pape régnant.[19][20] Il y raconte tout — son enfance, ses ambassades, le conclave qui l'élut, ses voyages, la beauté des paysages toscans, ses désillusions devant les princes. C'est un document de premier ordre, mais aussi un plaidoyer : Pie II s'y peint comme il voulait être vu. L'historien doit le lire avec admiration et prudence.

Tableau des témoins

Le tableau ci-dessous récapitule les principales sources documentant la vie de Pie II et la prudence requise pour chacune.

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Pie II, Commentarii rerum memorabiliumv. 1462-1464Autobiographie en 13 livres ; conclave de 1458 raconté de l'intérieurSource directe mais apologétique
Pie II, In minoribus agentes26 avril 1463, au recteur et à l'Université de CologneRétractation solennelle et personnelle de ses écrits conciliaristes de jeunesseActe pontifical solennel, ton humble, sans portée dogmatique
Enciclopedia dei Papi (Treccani)2000Synthèse savante italienne, chronologie préciseRéférence académique moderne
Catholic Encyclopedia (New Advent)1911Biographie catholique complète et datéeSource ancienne mais détaillée
Cecilia M. Ady, Pius II1913Première grande biographie critique anglaiseÉrudition solide, regard victorien
Ludwig von Pastor, History of the Popes, vol. III1894Récit catholique de référence du pontificatCatholique érudit du XIXe siècle

Les bulles, les orations et les notices modernes

Au-delà de l'autobiographie, le pontificat se documente par ses actes : la bulle Vocavit nos convoquant Mantoue (1458), la bulle Execrabilis (1460), la bulle de rétractation (1463), la bulle de croisade Ezechielis prophetae (1463).[21][22][23] Pie II fut aussi un orateur fameux : ses discours, comme la grande oration Cum bellum hodie prononcée à Mantoue en 1459, circulèrent dans toute l'Europe.[24] Pour la trame critique, les notices de référence — Enciclopedia dei Papi de la Treccani, Catholic Encyclopedia, Encyclopaedia Britannica — et les biographies de Cecilia Ady et de Ludwig von Pastor restent les ouvrages de fond.[25][26][27][28][29]

Avant le pontificat : Enea Silvio Piccolomini

Une naissance noble mais ruinée à Corsignano

Enea Silvio Piccolomini naît le 18 octobre 1405 à Corsignano, petit bourg de la Val d'Orcia, dans le territoire de Sienne.[30][31] Il est l'aîné de dix-huit enfants de Silvio Piccolomini et de Vittoria Forteguerri. Les Piccolomini sont une grande famille noble de Sienne, apparentée aux Tolomei — mais ils ont été exclus du pouvoir depuis 1385, lorsque le parti des nobles fut chassé de la ville, et le père d'Énée vit dans une demi-ruine, à la campagne.[32] L'enfant grandit donc avec une double conscience : celle d'un sang illustre et celle d'une fortune perdue. Tout, dans sa vie, sera une reconquête.

L'étudiant de Sienne et de Florence

À dix-huit ans, vers 1423, Énée est envoyé étudier le droit à l'université de Sienne ; mais il délaisse vite la jurisprudence pour les lettres classiques, sa vraie passion.[33][34] En 1429, il gagne Florence pour entendre les leçons de grec du célèbre humaniste Francesco Filelfo ; il y fréquente Leonardo Bruni et Poggio Bracciolini, les maîtres du premier humanisme. De retour à Sienne, il étudie le droit canon auprès du grand juriste Niccolò Tedeschi (le « Panormitain »). De cette double formation — humaniste et juridique — naîtra l'homme complet : le lettré qui sait aussi manier les affaires et les chancelleries.

Le secrétaire du concile de Bâle

Sa carrière publique commence au concile de Bâle, où il arrive au printemps 1432 comme secrétaire du cardinal Domenico Capranica.[35][36] Le concile, ouvert en 1431, s'oppose de plus en plus violemment au pape Eugène IV, au nom de la supériorité du concile sur le pape. Le jeune Piccolomini s'y jette avec ardeur : il devient l'un des partisans les plus engagés de la thèse conciliariste, gravit les échelons de la bureaucratie conciliaire — écrivain, abréviateur, puis premier abréviateur — et se fait remarquer, le 16 novembre 1436, par un discours qui le pose en orateur de talent.[37] Il sert au passage plusieurs prélats et accomplit des missions lointaines, dont une ambassade secrète en Écosse (1435) qui faillit lui coûter la vie dans une tempête, et lui valut la goutte dont il souffrit toute sa vie.[38]

Le partisan de l'antipape Félix V

L'engagement de Piccolomini atteint son point extrême lorsque le concile de Bâle, dans sa phase rebelle, dépose Eugène IV et élit, le 5 novembre 1439, un antipape : Amédée VIII de Savoie, sous le nom de Félix V.[39][40] Énée assiste à l'élection, se met au service de l'antipape comme secrétaire, et rédige même en 1440 un Libellus pour défendre la légitimité de Félix V.[41] C'est le sommet de son erreur de jeunesse : il a pris parti, par la plume et par la fonction, contre le pape légitime de l'Église. Il s'en repentira amèrement, et toute sa politique pontificale sera, en un sens, la réparation de cette faute.

Le poète couronné de Frédéric III

En 1442, sa vie bascule une première fois. Lassé de Bâle, il passe au service du roi des Romains Frédéric III de Habsbourg. Le 27 juillet 1442, à Francfort, l'empereur le couronne poète lauréat — distinction humaniste suprême — puis l'attache à sa chancellerie impériale.[42][43] Installé à Wiener Neustadt comme secrétaire, Piccolomini devient le plus brillant des diplomates de l'Empire. C'est là qu'il négociera, quelques années plus tard, le Concordat de Vienne (1448) qui régla les rapports de l'Église et de l'Allemagne.[44]

Les écrits profanes : Chrysis et Les Deux Amants

Ces années de cour sont aussi celles de ses écrits mondains, ceux qu'il reniera plus tard. En 1444, il compose une comédie licencieuse à la manière antique, Chrysis ; en 1444, un roman d'amour, De duobus amantibus historia (« Histoire des deux amants »), qui connut un immense succès et fut l'un des premiers best-sellers de l'imprimerie naissante.[45][46] Il écrit aussi un traité satirique, De curialium miseriis (« Sur les misères des courtisans »), et de nombreux poèmes. Cette production gaillarde, brillante et profane, fit longtemps la célébrité d'Énée Silvio — et deviendra, pour le pape Pie II, un poids à porter.

La conversion à la cause romaine (1445)

Au printemps 1445, Piccolomini est envoyé à Rome en ambassade auprès d'Eugène IV. Là, devant le pape, il accomplit un geste décisif : il renonce publiquement à la cause conciliaire et se rallie au Siège apostolique.[47][48] Absous de l'excommunication encourue, il met dès lors son génie diplomatique au service de la réconciliation entre l'Empire et Rome. Cette conversion n'est pas seulement politique : elle marque le début d'un retournement intérieur. L'homme de lettres mondain s'oriente lentement vers le sacerdoce et vers une vie plus grave.

Du sous-diacre au cardinal (1446-1456)

L'ascension est alors rapide. Ordonné sous-diacre au printemps 1446, puis prêtre le 4 mars 1447 à l'âge de quarante et un ans, Piccolomini est nommé la même année évêque de Trieste, puis, en 1450, évêque de Sienne, sa ville d'origine.[49][50] Diplomate infatigable d'Eugène IV puis de Nicolas V, il prépare le couronnement impérial de Frédéric III (1452) et tisse partout son réseau. En reconnaissance de ses services, le pape Calixte III le crée cardinal le 17 décembre 1456, avec l'église titulaire de Santa Sabina.[51] Moins de deux ans plus tard, le conclave fera de lui le pape.

L'élection de 1458

Le conclave après Calixte III

Calixte III meurt le 6 août 1458. Le conclave s'ouvre le 16 août, réunissant dix-huit cardinaux sur vingt-quatre.[52][53] Pie II en a laissé, dans ses Commentarii, un récit saisissant et sans pareil : les tractations nocturnes, les promesses, les manœuvres du puissant cardinal français Guillaume d'Estouteville pour acheter les voix, et la résistance des partisans de Piccolomini.[54] C'est l'un des rares conclaves de l'histoire raconté de l'intérieur par l'élu lui-même. Le 19 août 1458, après deux scrutins, Énée Silvio l'emporte par accession des voix et devient pape.

Le choix du nom Pie

Élu, Piccolomini choisit un nom lourd de sens : Pie, Pius. Le choix n'est pas dévot mais littéraire autant que spirituel : il fait écho au héros de Virgile, le pius Aeneas, « le pieux Énée », qui porte le même prénom que lui.[55][56] L'humaniste reste fidèle à lui-même jusque dans son nom de pape — mais en le transformant : l'« Énée » profane du poète devient le « Pie » du pontife. Il est couronné le 3 septembre 1458. Le programme du nouveau règne est clair dans son esprit : sauver la chrétienté menacée par les Turcs.

Le grand combat : la croisade contre les Turcs

L'ombre de Constantinople

Ignispedia — le grand projet de croisade de Pie II : appel de Mantoue en 1459, hésitation des princes, attente d'Ancône en 1464 et arrivée trop tardive de la flotte. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Tout le pontificat de Pie II est dominé par une catastrophe survenue cinq ans avant son élection : la prise de Constantinople par Mehmed II, le 29 mai 1453.[57][58] La chute de la ville de Constantin avait frappé l'Occident de stupeur ; on craignait désormais une marée ottomane sur l'Italie même. Pie II fit de la riposte l'affaire de sa vie. Dès le 13 octobre 1458, par la bulle Vocavit nos, il convoqua les princes chrétiens à un grand congrès à Mantoue pour organiser la croisade.[59]

Le congrès de Mantoue (1459)

Pie II quitta Rome le 22 janvier 1459 et, après un long voyage par Sienne et Florence, ouvrit solennellement la diète de Mantoue le 1er juin 1459.[60][61] Il y prononça, le 26 septembre, l'une de ses plus célèbres orations, Cum bellum hodie, appel passionné à l'unité de la chrétienté contre l'islam conquérant.[62] Mais l'expérience fut une épreuve amère : le pape arriva le premier et attendit des mois des princes qui se firent prier, vinrent en retard, ou n'envoyèrent que des ambassadeurs chargés de marchander des avantages particuliers.

« Nous avons passé bien des nuits sans sommeil à y réfléchir, et nous retournant dans notre lit, nous étions au désespoir. » — Pie II, à propos de l'organisation de la croisade, Commentarii[63]

L'échec des princes chrétiens

Le congrès de Mantoue se solda par un demi-échec. On vota bien, sur le papier, une croisade de trois ans et des subsides ; mais aucun souverain ne s'engagea vraiment. La France, l'Empire, la Bourgogne, Venise, chacun avait ses calculs ; l'unité de la chrétienté que rêvait Pie II appartenait déjà au passé médiéval.[64][65] Le pape comprit que, s'il voulait une croisade, il devrait la conduire lui-même — un vieil homme malade prenant la tête des armées de la foi, faute de princes pour le faire.

La lettre à Mehmed II

Parmi les gestes les plus singuliers de son pontificat figure une longue lettre adressée au sultan Mehmed II, l'Epistola ad Mahomatem, rédigée vers 1461.[66][67] Pie II y invitait le conquérant à se convertir au christianisme et à se faire baptiser, lui promettant d'être reconnu comme le plus grand prince de la chrétienté. La lettre, sans doute jamais envoyée, est en réalité un traité d'apologétique et de stratégie politique, exposant au sultan, par la raison et l'histoire, la supériorité de la foi chrétienne. Elle témoigne de l'esprit de l'humaniste, persuadé que la parole pouvait vaincre là où les armées tardaient.

L'alun de Tolfa : « la victoire sur le Turc »

La Providence parut un moment lui sourire. En 1462, un de ses familiers, Giovanni di Castro, découvrit dans les collines volcaniques de Tolfa, près de Rome, d'immenses gisements d'alun — minéral indispensable à la teinture des draps, qu'on importait jusque-là des Turcs à grands frais.[68] La découverte privait l'ennemi d'une ressource et enrichissait le trésor pontifical.

« Aujourd'hui je vous apporte la victoire sur le Turc. Ces collines vous donneront le nerf de la guerre, c'est-à-dire l'argent, tout en le retirant aux Turcs. » — Giovanni di Castro à Pie II, à propos des mines d'alun de Tolfa[69]

Pie II affecta les revenus de l'alun à la croisade : la richesse de Tolfa devint, pour des décennies, l'un des grands financements de la Chambre apostolique.

Execrabilis : le pape contre le conciliarisme

La bulle du 18 janvier 1460

Ignispedia — la logique doctrinale d'Execrabilis : Pie II condamne l'appel du pape à un concile futur et réaffirme l'autorité romaine après la crise conciliariste. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au cœur du pontificat se trouve un acte doctrinal capital. Le 18 janvier 1460, Pie II promulgua la bulle Execrabilis, ainsi nommée d'après son premier mot.[70] Elle condamne, comme un « abus exécrable et inouï aux temps anciens », la pratique consistant à en appeler du jugement du pape à un futur concile général. Quiconque ose un tel appel encourt l'anathème, dont seul le pape peut absoudre, et seulement à l'article de la mort.

« Nous condamnons de tels appels et les réprouvons comme erronés et détestables. » — Pie II, bulle Execrabilis, 18 janvier 1460[71]

Le geste est lourd de sens : c'est l'ancien conciliariste de Bâle qui frappe d'interdit la thèse même qu'il avait défendue. Execrabilis est l'un des grands actes de la reconstruction de l'autorité pontificale après le Grand Schisme ; la tradition catholique y a vu la réaffirmation solennelle de la primauté du successeur de Pierre sur toute assemblée.

« Rejetez Énée, accueillez Pie » : la rétractation de 1463

Trois ans plus tard, Pie II alla plus loin encore et s'attaqua à son propre passé. Par la bulle In minoribus agentes (« Quand nous étions dans un rang inférieur »), datée du 26 avril 1463 et adressée au recteur et à l'Université de Cologne, il rétracta solennellement, à titre personnel, ses écrits de jeunesse favorables au concile de Bâle et à l'antipape Félix V.[72] Avec une humilité célèbre, il demanda qu'on distinguât l'homme d'autrefois du pape d'aujourd'hui :

« Beaucoup de choses nous déplaisent désormais que, plus jeune, nous avions approuvées. Ne faites pas plus de cas de l'homme privé que du pontife : rejetez Énée, accueillez Pie. » — Pie II, In minoribus agentes, 26 avril 1463[73]

Cet aveu public, rare chez un souverain pontife, scelle la cohérence intérieure de son règne : Execrabilis condamnait la doctrine, la rétractation condamnait l'auteur. Le pape avait vaincu l'humaniste.

Le pape humaniste et bâtisseur

Pienza, la cité idéale

Pie II n'oublia jamais son village natal. Il décida d'en faire une cité idéale, modèle d'urbanisme de la Renaissance, et la rebaptisa de son nom : Pienza, « la ville de Pie ».[74] L'architecte florentin Bernardo Rossellino, peut-être conseillé par Leon Battista Alberti, dirigea les travaux à partir de 1459 : autour d'une place harmonieuse s'élevèrent la cathédrale — consacrée par le pape le 29 août 1462 —, le Palazzo Piccolomini et le palais épiscopal. Pienza est considérée comme la première application des principes humanistes d'urbanisme ; son centre est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.[75] Dans cette pierre dorée de la Val d'Orcia, l'humaniste devenu pape a laissé son rêve de beauté chrétienne.

La canonisation de sainte Catherine de Sienne

Pie II honora aussi la grande sainte de sa patrie. En 1461, il canonisa Catherine de Sienne (1347-1380), la mystique dominicaine qui avait travaillé au retour des papes d'Avignon à Rome.[76][77] Le choix est révélateur : en élevant aux autels la femme qui avait servi l'unité de l'Église et la dignité du Siège apostolique un siècle plus tôt, le pape sienois inscrivait son propre combat — contre le schisme et le conciliarisme — dans une longue lignée spirituelle. Catherine deviendra plus tard docteur de l'Église et patronne de l'Italie et de l'Europe.

Le défenseur de Rome et de ses reliques

Humaniste épris d'Antiquité, Pie II fut l'un des premiers à se soucier de la conservation des monuments antiques de Rome : par la bulle Cum almam nostram urbem (28 avril 1462), il interdit de démolir et de piller les ruines romaines pour en faire de la chaux.[78] Il enrichit aussi le trésor spirituel de la Ville : en 1462, il accueillit solennellement à Rome la relique de la tête de saint André, sauvée de Grèce devant l'avance turque, et prononça à cette occasion un discours fameux. Le pape lettré savait que la mémoire, sacrée comme profane, était un patrimoine à défendre.

Mort à Ancône (1464)

Le dernier voyage

Faute de princes, Pie II résolut de prendre la croix en personne. Vieux, épuisé par la goutte et la fièvre, il quitta Rome le 18 juin 1464 pour Ancône, sur l'Adriatique, où devait se rassembler la flotte de croisade.[79] Il y arriva le 18 juillet, dans une ville surpeuplée et ravagée par la peste, et attendit des navires qui ne venaient pas. Quand la flotte vénitienne du doge Cristoforo Moro parut enfin au large, le 12 août, le pape mourant ne put la contempler que de la fenêtre de sa chambre.

« Malheur à vous, malheur à vous si vous abandonnez l'œuvre de Dieu ! » — exhortation de Pie II à ses cardinaux réunis autour de son lit, le 13 août 1464, la veille de sa mort à Ancône[80]

Le 14 août 1464, deux jours après avoir vu la flotte, Pie II rendit l'âme.[81][82] Avec lui mourut, selon l'expression consacrée, la dernière croisade pontificale de type médiéval conduite par un pape en personne : les expéditions postérieures — Otrante en 1481 sous Sixte IV, la Sainte Ligue et Lépante en 1571 sous saint Pie V — ne furent plus menées par un pape prenant lui-même la croix.[83] Son corps fut ramené à Rome et inhumé à Saint-Pierre, près de la relique de saint André ; on le transféra en 1614 à l'église Sant'Andrea della Valle, où repose son tombeau.

Héritage et postérité

Une frise du pontificat

  1. 18 octobre 1405
    Naissance à Corsignano
    Famille noble ruinée

    Enea Silvio Piccolomini naît dans la Sienne rurale, aîné de dix-huit enfants d'une grande famille exclue du pouvoir.

  2. 1432
    Le concile de Bâle
    Secrétaire et conciliariste

    Arrivé à Bâle comme secrétaire du cardinal Capranica, il devient l'un des plus ardents partisans de la supériorité du concile sur le pape.

  3. 1439-1440
    Au service de l'antipape Félix V
    Le sommet de l'erreur

    Il assiste à l'élection de l'antipape et rédige un Libellus pour défendre sa légitimité contre le pape Eugène IV.

  4. 27 juillet 1442
    Poète couronné
    Au service de Frédéric III

    Frédéric III le couronne poète lauréat à Francfort et l'attache à la chancellerie impériale ; il écrit alors ses œuvres profanes.

  5. 1445-1447
    Conversion et sacerdoce
    Du courtisan au prêtre

    Rallié à la cause romaine devant Eugène IV (1445), il est ordonné prêtre en 1447 à quarante et un ans et devient évêque de Trieste.

  6. 17 décembre 1456
    Cardinal
    Créé par Calixte III

    Évêque de Sienne depuis 1450, il reçoit le chapeau cardinalice de Calixte III avec le titre de Santa Sabina.

  7. 19 août 1458
    Élection au conclave
    Il devient Pie II

    Sur dix-huit cardinaux présents, il l'emporte malgré les manœuvres du cardinal d'Estouteville ; il prend le nom de Pie, en écho au « pius Aeneas » de Virgile.

  8. 1er juin 1459
    Congrès de Mantoue
    Le rêve de croisade

    Le pape ouvre la diète de Mantoue pour unir la chrétienté contre les Turcs, mais les princes se dérobent.

  9. 18 janvier 1460
    Bulle Execrabilis
    Contre le conciliarisme

    Pie II condamne par l'anathème tout appel du pape à un concile futur — l'ancien conciliariste restaure la primauté pétrinienne.

  10. 1461
    Canonisation de Catherine de Sienne
    La sainte de sa patrie

    Le pape sienois élève aux autels la mystique qui avait servi l'unité de l'Église et le retour des papes à Rome.

  11. 26 avril 1463
    Bulle de rétractation
    « Rejetez Énée, accueillez Pie »

    Pie II renie solennellement ses écrits de jeunesse favorables à Bâle et à l'antipape.

  12. 14 août 1464
    Mort à Ancône
    En attendant la flotte

    Venu prendre la croix en personne, le pape meurt deux jours après avoir vu paraître la flotte vénitienne ; lui succède Paul II.

Le successeur : Paul II

À Pie II succéda le cardinal vénitien Pietro Barbo, sous le nom de Paul II (1464-1471).[84] Moins lettré que son prédécesseur, parfois en froid avec les humanistes de la curie, Paul II abandonna le grand projet de croisade auquel Pie II avait sacrifié sa vie. La dynastie sienoise des Piccolomini donnera cependant un autre pape : le neveu de Pie II, Francesco Todeschini Piccolomini, régnera brièvement en 1503 sous le nom de Pie III.

Que retenir de Pie II ?

Pie II occupe une place à part dans l'histoire de la papauté. Il fut le plus grand humaniste jamais monté sur le trône de Pierre, et l'un de ceux qui en relevèrent l'autorité avec le plus de fermeté.[85][86] Sa vie réunit des extrêmes qui semblent inconciliables : le poète mondain et le pape réformateur, le conciliariste de Bâle et l'auteur d'Execrabilis, le lettré sceptique et le croisé mort à Ancône. Cette unité retrouvée par-dessus tant de contradictions est précisément ce qui fait de lui une figure fascinante — l'homme d'un seul reniement réussi, celui de soi-même au profit de Dieu.

La leçon spirituelle : la conversion d'une vie

Le legs le plus profond de Pie II n'est ni Execrabilis, ni Pienza, ni la croisade manquée : c'est l'exemple d'une conversion. Voici un homme qui avait tout pour réussir selon le monde — le talent, la gloire littéraire, l'esprit, le succès — et qui, parvenu au sommet, eut le courage de renier publiquement ce qui l'avait fait briller, pour ne servir plus que l'Église. « Rejetez Énée, accueillez Pie » n'est pas une formule d'orgueil, mais un acte d'humilité : la reconnaissance qu'un homme peut se tromper longtemps, et que la grâce peut redresser une vie entière.

Sa croisade échoua, ses contemporains se dérobèrent, sa flotte arriva trop tard. Mais le vieux pape podagre qui s'obstina jusqu'à mourir face à la mer, à Ancône, en attendant des navires qui ne partiraient pas, offre l'image d'une fidélité qui ne calcule plus. « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu » (Mt 6, 33) : Pie II, qui avait longtemps cherché autre chose, finit par ne plus chercher que cela. C'est en quoi le pape humaniste, malgré ses ombres, demeure une grande figure spirituelle de la fin du Moyen Âge.

Pour aller plus loin

Notes et sources

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, "Pope Pius II", vol. 12, New York, Robert Appleton Company, 1911 ; transcription New Advent : Enea Silvio de' Piccolomini, né à Corsignano près de Sienne le 18 octobre 1405, élu le 19 août 1458, mort à Ancône le 14 août 1464 ; ne reçut les ordres sacrés qu'à quarante et un ans après une vie mondaine d'écrivain de littérature profane et de secrétaire ; couronné poète impérial par Frédéric III ; prit le nom de Pie d'après le « pius Aeneas » de Virgile ; détermination de mener la croisade après la chute de Constantinople (1453). URL : https://www.newadvent.org/cathen/12126c.htm.

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  2. "Pio II", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana (Treccani), Rome, 2000 : Enea Silvio Piccolomini, né à Corsignano le 18 octobre 1405 de Silvio Piccolomini et Vittoria Forteguerri, aîné de dix-huit enfants, famille noble sienoise écartée du pouvoir depuis 1385 ; études de droit à Sienne (1423), grec à Florence sous Filelfo (1429) ; arrivée à Bâle (1432) comme secrétaire du cardinal Capranica ; élection de l'antipape Félix V (5 novembre 1439) et Libellus de 1440 ; couronne de poète à Francfort (27 juillet 1442) ; conversion à la cause romaine (1445) ; prêtre (4 mars 1447), évêque de Trieste puis de Sienne (1450), cardinal (17 décembre 1456) ; conclave de 18 cardinaux et élection le 19 août 1458, couronnement le 3 septembre ; bulle Vocavit nos (13 octobre 1458), diète de Mantoue (1er juin 1459), bulle Execrabilis (18 janvier 1460), bulle de rétractation (26 avril 1463) ; mort à Ancône le 14 août 1464. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/pio-ii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.

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  3. Encyclopaedia Britannica, "Pius II (pope)", notice biographique : Enea Silvio Piccolomini (1405-1464), « outstanding Italian humanist and astute politician » ; secrétaire au concile de Bâle, orateur, secrétaire de l'antipape Félix V, rupture avec Bâle (1445) ; réconciliation des princes allemands avec Rome ; élu pape le 19 août 1458 ; congrès de Mantoue (1er juin 1459) où il se trouva d'abord seul ; bulle Execrabilis (17/18 janvier 1460) condamnant l'appel du pape au concile ; mort à Ancône (14-15 août 1464) le cœur tourné vers l'Orient ; reconstruction de Corsignano en Pienza par Bernardo Rossellino. URL : https://www.britannica.com/biography/Pius-II.

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  4. "Pope Pius II", Wikipedia (anglais) : né le 18 octobre 1405 à Corsignano, mort le 14 août 1464 à Ancône ; poète lauréat de Frédéric III (Francfort, 27 juillet 1442) ; ordonné prêtre le 4 mars 1447 ; évêque de Trieste (17 avril 1447) puis de Sienne (23 septembre 1450) ; cardinal (17 décembre 1456) ; élu le 19 août 1458, couronné le 3 septembre ; bulle Execrabilis (18 janvier 1460) ; congrès de Mantoue (1459) ; Epistola ad Mahomatem à Mehmed II ; canonisation de Catherine de Sienne (1461) ; mines d'alun de Tolfa (1462) ; bulle Cum almam nostram urbem protégeant les ruines de Rome (28 avril 1462) ; œuvres : Commentarii, Historia de duobus amantibus, Chrysis, De Europa, Cosmographia, Historia Bohemica, Historia Friderici III ; successeur Paul II. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Pius_II.

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  5. Cecilia M. Ady, Pius II (Aeneas Silvius Piccolomini), the Humanist Pope, Methuen, Londres, 1913 : première grande biographie critique anglaise du pape, attentive à la fois à l'humaniste et au pontife ; consultable sur Internet Archive (archive.org/details/piusiiaeneassilv00adycuoft).

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  6. Bulle Execrabilis, Pie II, 18 janvier 1460 : condamne comme « exécrable et inouï aux temps anciens » (incipit « Execrabilis et pristinis temporibus inauditus… ») tout appel du jugement du pape à un futur concile général, et frappe d'anathème ipso facto, réservé au pape, ceux qui s'en rendent coupables. Texte original latin du passage condamnatoire : « huiusmodi provocationes damnamus et tamquam erroneas ac detestabiles reprobamus ». Source : "Execrabilis", Wikipedia, et traductions anglaises du texte (virgosacrata.com / unitedeuropeanchristendom.com). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Execrabilis.

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  7. Pie II, bulle de rétractation In minoribus agentes, 26 avril 1463, adressée au recteur et aux membres de l'Université de Cologne : le pape y rétracte solennellement, à titre personnel, ses écrits de jeunesse favorables au concile de Bâle et à l'antipape Félix V — rétractation solennelle d'un passé d'auteur, non définition dogmatique. Texte original latin : « Multa nobis nunc displicent, quae iuvenes probavimus. […] Nec privatum hominem pluris facite quam pontificem: Aeneam rejicite, Pium recipite. » (« Beaucoup de choses nous déplaisent désormais que, plus jeunes, nous avions approuvées. […] Ne faites pas plus de cas de l'homme privé que du pontife : rejetez Énée, accueillez Pie. ») Source : Enciclopedia dei Papi (Treccani), "Pio II" ; Catholic Encyclopedia, "Pope Pius II" ; "Pope Pius II", Wikipedia (bulla In Minoribus Agentes au recteur et à l'Université de Cologne, « Aeneam rejicite, Pium recipite »).

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  8. Congrès (diète) de Mantoue (1459) : convoqué par la bulle Vocavit nos (13 octobre 1458) ; Pie II quitte Rome le 22 janvier 1459 et ouvre solennellement la diète le 1er juin 1459 pour organiser la croisade contre les Ottomans ; oration Cum bellum hodie prononcée le 26 septembre 1459, l'une des plus célèbres du pape, largement diffusée en Europe (éd. et trad. Michael von Cotta-Schönberg, Collected Orations of Pope Pius II, n° 45). Le congrès n'aboutit à aucun engagement réel des princes. Source : "Council of Mantua (1459)", Wikipedia ; Treccani, "Pio II".

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  9. La croisade et la mort à Ancône (1464) : Pie II prend la croix et quitte Rome le 18 juin 1464 pour Ancône, où devait se rassembler la flotte ; il y arrive le 18 juillet dans une ville frappée par la peste ; la flotte vénitienne du doge Cristoforo Moro paraît au large le 12 août ; le pape meurt le 14 août 1464, deux jours après l'avoir aperçue de sa fenêtre. La veille de sa mort, le 13 août, après avoir communié, il exhorte ses cardinaux à ne pas abandonner l'œuvre de Dieu (« Vae vobis, vae vobis si opus Dei deseritis »), passage du livre XII des Commentarii, éd. Rome 1584, p. 656-657. Avec lui s'éteint, selon l'expression consacrée, la dernière croisade pontificale de type médiéval conduite par un pape en personne. Source : Encyclopaedia Britannica, "Pius II" ; Treccani, "Pio II" ; N. Housley, Crusading and the Ottoman Threat, 1453-1505, Oxford University Press, 2012 ; N. Bisaha, "Pope Pius II and the Crusade" (communion et adresse aux cardinaux le 13 août 1464).

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  10. Pie II (Aeneas Sylvius Piccolomini), Commentarii rerum memorabilium quae temporibus suis contigerunt (« Commentaires sur les choses mémorables de son temps »), 13 livres rédigés v. 1462-1464, première impression 1584 (Rome). Édition et traduction anglaise de référence : Commentaries, éd. Margaret Meserve et Marcello Simonetta, I Tatti Renaissance Library, Harvard University Press, 2003-2018. Seule autobiographie laissée par un pape régnant ; contient le récit de l'intérieur du conclave de 1458 (manœuvres du cardinal Guillaume d'Estouteville) et les confidences du pape sur la croisade. Le passage des « nuits sans sommeil » s'y trouve au livre VII, dans l'adresse aux six cardinaux après le retour de Mantoue (« Noctes meditando plurimas insomnes duximus, & nunc dextrorsum incumbentes lateri, nunc sinistro… »), éd. Rome 1584, p. 347-348. Voir aussi la recension : Bryn Mawr Classical Review 2004.11.08.

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  11. Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. III, Londres, 1894 : récit catholique de référence du pontificat de Pie II, du congrès de Mantoue, de la bulle Execrabilis et de la croisade d'Ancône.

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  12. L'antipape Félix V et le conciliarisme de Bâle : le concile de Bâle, dans sa phase rebelle, dépose Eugène IV et élit le 5 novembre 1439 Amédée VIII de Savoie comme antipape sous le nom de Félix V ; Enea Silvio Piccolomini, présent à l'élection, devient secrétaire de l'antipape et rédige en 1440 un Libellus dialogorum de generalis concilii authoritate défendant la légitimité de Félix V et la supériorité du concile. Source : Treccani, "Pio II" ; Catholic Encyclopedia, "Pope Pius II".

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  13. Couronnement comme poète lauréat (27 juillet 1442) : à Francfort, le roi des Romains Frédéric III de Habsbourg couronne Enea Silvio Piccolomini poeta laureatus, plus haute distinction littéraire humaniste, et l'attache à la chancellerie impériale. Source : Wikipedia, "Pope Pius II" ; Treccani, "Pio II".

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  14. Concordat de Vienne (17 février 1448) : accord entre le pape Nicolas V et le roi des Romains Frédéric III réglant les nominations et revenus de l'Église d'Allemagne ; négocié pour la partie impériale par Enea Silvio Piccolomini, alors secrétaire de Frédéric III. Source : "Concordat of Vienna", Wikipedia.

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  15. Pie II (avant son pontificat), De duobus amantibus historia (« Histoire des deux amants », ou Historia de Eurialo et Lucretia), 1444 ; roman épistolaire d'amour qui connut un succès européen considérable et fut l'un des premiers textes largement diffusés par l'imprimerie. L'auteur composa aussi la comédie Chrysis (1444) et le traité satirique De curialium miseriis (1444). Œuvres reniées par le pape dans sa bulle de rétractation de 1463. Source : Britannica, "Pius II" ; Treccani, "Pio II".

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  16. Conclave pontifical de 1458 : ouvert le 16 août 1458 à Rome après la mort de Calixte III (6 août) ; sur vingt-quatre cardinaux vivants, dix-huit présents ; affrontement entre le parti de Piccolomini et celui du cardinal Guillaume d'Estouteville ; élection d'Enea Silvio Piccolomini le 19 août 1458 par accession des voix, couronnement le 3 septembre. Source : "1458 papal conclave", Wikipedia ; récit de première main dans les Commentarii de Pie II, livre I.

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  17. Choix du nom Pie : Enea Silvio Piccolomini, élu pape, prend le nom de Pie (Pius) en référence à l'épithète virgilienne pius Aeneas (« le pieux Énée »), héros de l'Énéide qui porte le même prénom que lui. Source : Catholic Encyclopedia, "Pope Pius II" ; Virgile, Énéide, I, 220 et passim.

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  18. Pie II, Epistola ad Mahomatem (« Lettre à Mehmed II »), rédigée vers 1461 : longue lettre-traité invitant le sultan ottoman Mehmed II à se convertir au christianisme et à recevoir le baptême, lui promettant la reconnaissance comme prince de la chrétienté ; exposé apologétique de la supériorité de la foi chrétienne. Probablement jamais envoyée. Édition et traduction : Epistola ad Mahomatem II (Epistle to Mohammed II), éd. A. R. Baca, New York, 1990. Source : Wikipedia, "Pope Pius II".

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  19. Découverte des mines d'alun de Tolfa (1462) : Giovanni di Castro, familier de Pie II, découvre dans les monts de la Tolfa, au nord-ouest de Rome, d'immenses gisements d'alun (alunite), minéral indispensable à la teinture des draps, jusque-là importé du Levant ottoman. Paroles rapportées au livre VII des Commentarii (« Hodie, inquit, tibi victoriam de Turca affero… Haec tibi minera nervos belli administrabit… » — « Aujourd'hui je vous apporte la victoire sur le Turc… Cette mine vous donnera le nerf de la guerre »), éd. Rome 1584, p. 340-341. Pie II affecta les revenus de l'alun à la croisade. Source : "Tolfa", Wikipedia ; récit des Commentarii de Pie II, livre VII.

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  20. Pienza (Corsignano) : Pie II fait reconstruire son village natal de Corsignano en cité idéale de la Renaissance et la rebaptise Pienza (« ville de Pie ») ; travaux dirigés par l'architecte florentin Bernardo Rossellino à partir de 1459, peut-être conseillé par Leon Battista Alberti ; cathédrale consacrée le 29 août 1462 ; Palazzo Piccolomini et palais épiscopal autour de la place. Considérée comme la première application des principes humanistes d'urbanisme ; centre historique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1996. Source : "Pienza", Wikipedia.

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  21. Canonisation de sainte Catherine de Sienne (1461) : Pie II canonise le 29 juin 1461 la mystique dominicaine Catherine de Sienne (1347-1380), artisane du retour des papes d'Avignon à Rome et du service de l'unité de l'Église. Catherine sera proclamée docteur de l'Église (1970) et co-patronne de l'Europe (1999). Source : Catholic Encyclopedia, "Pope Pius II" ; Treccani, "Pio II".

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  22. Expéditions postérieures à 1464 : prise ottomane d'Otrante (1480), croisade prêchée par Sixte IV — bulle Cogimur iubente altissimo (8 avril 1481) et indulgences — et reprise de la ville en septembre 1481 ; Sainte Ligue organisée par saint Pie V et victoire navale de Lépante (7 octobre 1571). Source : Cambridge Modern History, vol. I, ch. XIX (Otrante 1480-1481) ; "Holy League (1571)" et "Battle of Lepanto", Wikipedia (Sainte Ligue de Pie V, 7 octobre 1571).

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