La Renaissance chrétienne (XVe-XVIe siècle)

Entre 1400 et 1530, papes humanistes, artistes croyants et théologiens philologues recomposent la culture catholique : Bibliothèque vaticane, chapelle Sixtine, basilique Saint-Pierre, humanisme chrétien d'Érasme et de Thomas More — la matrice du futur concile de Trente.

Ignispedia

La Renaissance chrétienne désigne la grande recomposition culturelle, artistique et spirituelle qui traverse l'Église catholique au XVe et au début du XVIe siècle, principalement en Italie, et qui rayonne ensuite sur toute l'Europe latine. Loin d'être un retour païen contre la foi, ce mouvement est porté par des papes, des cardinaux, des ordres religieux, des humanistes catholiques et des artistes croyants qui veulent retrouver la pureté des sources chrétiennes — Écriture, Pères grecs et latins, liturgie ancienne, philosophie platonicienne lue comme préparation évangélique — tout en confiant à la beauté visible un nouveau rôle théologique[1].

Le terme français renaissance s'impose tardivement, popularisé au XIXe siècle par Jules Michelet puis Jacob Burckhardt dans La Civilisation de la Renaissance en Italie (Bâle, 1860)[2]. Les contemporains, eux, parlent de rinascita (Vasari, 1550), restauratio, renovatio ou aetas aurea — la renaissance des lettres et des arts s'inscrit pour eux dans une perspective religieuse : restaurer la vetera (les choses anciennes) pour mieux servir la foi, dans la lignée de saint Augustin lisant les philosophes païens comme spoliatio Aegyptiorum, dépouille légitime à la disposition du peuple de Dieu[3].

Cette renaissance catholique a un coût et un revers. Le mécénat pontifical entraîne une fiscalité ecclésiastique alourdie, le népotisme cardinalice atteint un sommet sous Alexandre VI Borgia, et la quête de magnificence financière finit par déclencher la vente des indulgences qui servira de détonateur à Luther en 1517. L'historiographie catholique récente — Hubert Jedin, John W. O'Malley, Massimo Firpo, Adriano Prosperi, Charles Stinger — a néanmoins montré que la Renaissance romaine n'est pas une parenthèse païenne dans l'histoire de l'Église, mais bien la matrice doctrinale et institutionnelle d'où sortiront la réforme catholique, le concile de Trente, les nouvelles congrégations missionnaires et la spiritualité ignatienne[4].

L'article qui suit retrace cette histoire en partant de sa définition, de ses foyers italiens, de ses grandes figures pontificales, humanistes et artistiques, des crises qui l'ont traversée — Savonarole, Borgia, sac de Rome —, et de la manière dont elle prépare directement le tournant tridentin et la mission catholique moderne.

Qu'est-ce que la Renaissance chrétienne ?

Une définition ecclésiale, pas seulement esthétique

Pour le grand public, la Renaissance évoque d'abord les chefs-d'œuvre de la peinture italienne et les villas florentines. Cette réduction esthétique trahit la profondeur du phénomène. Pour comprendre ce qu'il est dans l'Église, il faut tenir ensemble trois plans[5] :

  1. Un plan culturel : la redécouverte des studia humanitatis — grammaire, rhétorique, poésie, histoire, philosophie morale —, des auteurs antiques redécouverts en grec ancien et en latin classique.
  2. Un plan artistique : la naissance d'un nouveau langage visuel — perspective, anatomie, proportion — au service de sujets très majoritairement religieux.
  3. Un plan religieux : un effort de retour aux sources (ad fontes) — Pères de l'Église, Écriture en langues originales, liturgie patristique — porté par des papes, des évêques et des théologiens, et qui prépare directement la grande réforme catholique du XVIe siècle.

Les historiens parlent d'humanisme chrétien pour désigner la convergence de ces trois plans. Charles Stinger décrit le Vatican de l'époque comme le moment où la papauté, malgré ses contradictions, tente de fonder sa légitimité sur une culture renouvelée, capable de répondre aux humanistes, aux conciliaristes et aux princes — la Renaissance romaine n'étant dès lors pas une parenthèse profane entre Avignon et Trente[6].

L'enracinement médiéval

Fra Angelico, L'Annonciation (San Marco, Florence, vers 1442). Peinte pour la cellule d'un frère dominicain, l'œuvre incarne la continuité gothique-Renaissance d'une foi qui structure tout le langage visuel. Wikimedia Commons, domaine public.

Contrairement à un cliché coriace, la Renaissance n'est pas le contraire du Moyen Âge. Elle prolonge des dynamiques médiévales déjà engagées dans les ordres mendiants, dans les universités, dans la Devotio moderna rhénane et flamande, et dans la fréquentation patristique encouragée depuis le XIIe siècle par les écoles cisterciennes, victorines et dominicaines. Jacques Le Goff, dans Un long Moyen Âge (Tallandier, 2004), conteste même la coupure abrupte de Michelet : la Renaissance n'est pour lui qu'une renaissance parmi d'autres — après les renaissances carolingienne, ottonienne et du XIIe siècle —, soit la dernière sous-période d'un long Moyen Âge qui se prolonge jusqu'au XVIIIe siècle[7].

La continuité est visible chez les premiers grands artistes du Quattrocento : Fra Angelico (vers 1395-1455), dominicain au couvent San Marco de Florence, peint pour ses frères des cellules nues où chaque fresque sert la méditation. Béatifié par Jean-Paul II le 3 octobre 1982, puis proclamé patron des artistes le 18 février 1984[8], il incarne la jonction parfaite entre l'iconographie médiévale et la nouvelle science perspective de Filippo Brunelleschi.

Renaissance « païenne » et Renaissance chrétienne

Une partie de l'historiographie ancienne, héritée de Burckhardt et plus encore du XIXe siècle anticlérical, a opposé une Renaissance païenne (humanistes admirateurs des Anciens, papes mécènes mondains) à une Renaissance chrétienne (Fra Angelico, Savonarole, Érasme). Cette opposition est contestée par plusieurs historiens de la Rome pontificale et de la Réforme italienne — notamment John W. O'Malley dans Trent (2013), Massimo Firpo dans ses travaux sur la Réforme italienne et Juan de Valdés (2015), et Charles Stinger dans The Renaissance in Rome (1985)[9][10][11].

Trois faits le montrent :

  • Les humanistes éditent massivement les Pères de l'Église : la patrologie moderne naît à la Renaissance, avec les éditions d'Origène, de saint Jean Chrysostome, de saint Basile, de saint Jérôme procurées par Érasme et son cercle.
  • Les papes mécènes, même les moins exemplaires moralement, commandent un art très majoritairement religieux : la chapelle Sixtine, la Pietà, la Disputation du Saint-Sacrement ne sont pas des sujets antiques mais des manifestes théologiques.
  • Les laïcs humanistes les plus brillants — Marsile Ficin prêtre à Florence, Pic de la Mirandole disciple de Savonarole, saint Thomas More martyr de la foi, Vittoria Colonna amie de Michel-Ange — sont des chrétiens convaincus, dont la quête de sagesse ancienne est pensée comme propédeutique à l'Évangile.

Qui sont les papes de la Renaissance ?

La papauté joue un rôle décisif dans le mouvement. Entre Martin V (1417-1431), qui clôt le Grand Schisme d'Occident au concile de Constance, et Léon X (1513-1521) qui assiste impuissant à l'éclat de la Réforme luthérienne, une dizaine de pontifes successifs portent à des degrés divers l'identité « Renaissance » de l'Église romaine[12].

#PapePontificatApport majeur à la Renaissance chrétienne
1Martin V1417-1431Retour de la papauté à Rome (28 septembre 1420), restauration des États pontificaux
2Eugène IV1431-1447Concile de Florence, union avec les Grecs (6 juillet 1439)
3Nicolas V1447-1455Refondation de la Bibliothèque vaticane (1451), commande à Fra Angelico de la chapelle Niccolina
4Pie II1458-1464Bulle Execrabilis (18 janvier 1460), tentative de croisade après la chute de Constantinople
5Sixte IV1471-1484Construction de la Chapelle Sixtine (1473-1481), bulle Cum praeexcelsa (28 février 1476) sur l'Immaculée Conception
6Alexandre VI1492-1503Bulle Inter caetera (4 mai 1493), partage des Indes ; mécénat artistique et excès personnels (cf. décadence Borgia)
7Jules II1503-1513Première pierre de la nouvelle basilique Saint-Pierre (18 avril 1506), commandes à Michel-Ange (Sixtine 1508-1512) et Raphaël (Stanze 1508-1517)
8Léon X1513-1521Achèvement des Stanze de Raphaël, mais publication des indulgences pour Saint-Pierre déclenchant la crise luthérienne (1517)
9Adrien VI1522-1523Pape réformateur austère, rejette la Renaissance fastueuse — meurt après 20 mois
10Clément VII1523-1534Subit le sac de Rome (6 mai 1527), refus de l'annulation d'Henri VIII (1533)

Trois figures résument le mouvement.

Nicolas V (1447-1455) et la Bibliothèque vaticane

Nicolas V (Tomaso Parentucelli, 1397-1455), humaniste, refondateur de la Bibliothèque vaticane en 1451. Wikimedia Commons, domaine public.

Tomaso Parentucelli (1397-1455), élu pape sous le nom de Nicolas V le 6 mars 1447, est le premier pape pleinement humaniste. Ancien bibliothécaire du cardinal Niccolò Niccoli à Florence, ami de Cosme de Médicis et de Leon Battista Alberti, il connaît personnellement la fine fleur des studia humanitatis italiens.

Dès 1451, il refonde sur le Vatican une bibliothèque publique d'envergure encyclopédique, dont les statuts seront définitivement fixés par sa bulle Ad decorem militantis Ecclesiae du 15 juin 1475 — c'est-à-dire sous Sixte IV, qui consolide l'institution[13]. À la mort de Nicolas V, le fonds compte déjà environ 1 200 manuscrits grecs et latins, ce qui en fait la plus grande collection chrétienne d'Occident.

Sa volonté est explicitement théologique. Vespasiano da Bisticci, le libraire florentin qui fournissait personnellement le pape en manuscrits, rapporte son dessein : rassembler en un lieu sûr et accessible les meilleurs livres grecs et latins, pour l'usage commun des doctes et l'utilité de la foi[14].

C'est lui qui charge Fra Angelico de fresquer la chapelle privée du Vatican (la Cappella Niccolina, 1448-1450) avec les vies des saints Étienne et Laurent. Il commande aussi à Lorenzo Valla la traduction latine de Thucydide et d'Hérodote, et compte parmi ses proches le cardinal Bessarion — Grec passé à Rome, qui défendra Platon contre Georges de Trébizonde dans son In calumniatorem Platonis (1469).

Jules II (1503-1513), le pape bâtisseur

Jules II (Giuliano della Rovere) peint par Raphaël (vers 1511-1512). National Gallery, Londres. Wikimedia Commons, domaine public.

Giuliano della Rovere (1443-1513), neveu de Sixte IV, devient pape sous le nom de Jules II le 1er novembre 1503. Tempérament guerrier, il reconquiert militairement les États pontificaux, fonde la Garde suisse (22 janvier 1506) et convoque le Vᵉ concile du Latran en 1512.

Mais c'est avant tout un pape bâtisseur. Le 18 avril 1506, il pose la première pierre de la nouvelle basilique Saint-Pierre, dessinée par Donato Bramante sur un plan en croix grecque (Michel-Ange reviendra ensuite au plan centré en croix grecque ; c'est Carlo Maderno, au début du XVIIe siècle, qui l'allongera en croix latine). Il décide la démolition de la vieille basilique constantinienne, geste discuté par les humanistes — Érasme, dans son Julius exclusus posthume, lui reprochera d'avoir bâti un monument à sa gloire plutôt qu'à celle de Pierre[15].

Il appelle à Rome Michel-Ange Buonarroti (1475-1564) pour son tombeau, projet qui s'étirera jusqu'en 1545 ; il lui confie surtout la voûte de la Chapelle Sixtine (1508-1512), 480 m² de fresques d'une intensité théologique inégalée. La même année 1508, il appelle Raphaël (1483-1520) pour décorer la Stanza della Segnatura (achevée en 1511), où voisinent quatre fresques résumant la vision intellectuelle de la Renaissance chrétienne : Disputation du Saint-Sacrement (théologie), École d'Athènes (philosophie), Le Parnasse (poésie), Vertus cardinales et théologales (droit)[16].

Léon X (1513-1521) et la crise luthérienne

Jean de Médicis (1475-1521), fils de Laurent le Magnifique, est élu pape le 11 mars 1513 à 37 ans, après avoir été cardinal-diacre à 13 ans. La formule célèbre que la tradition lui attribue — « Dieu nous a donné la papauté, jouissons-en » —, attestée par un ambassadeur vénitien contemporain et discutée par les historiens depuis Pastor, résume la dimension culturelle et fastueuse de son pontificat[17].

C'est sous lui que sont publiées les Stanze de Raphaël, achevée la première phase de Saint-Pierre, agrandie la Bibliothèque vaticane et créée la chaire de grec au Studium romain. Mais c'est aussi sous lui que la nécessité de financer Saint-Pierre conduit à la prédication d'indulgences plénières dans l'Empire : concédées par Léon X, confiées pour la province de Magdebourg à Albert de Mayence, elles sont prêchées notamment par Tetzel dès le printemps 1517 — prédication contre laquelle Martin Luther rédige ses 95 thèses, datées traditionnellement du 31 octobre 1517[18][19]. La bulle de condamnation Exsurge Domine du 15 juin 1520, promulguée par Léon X, ouvre la rupture protestante. La Renaissance romaine entre alors dans sa crise irréversible.

L'humanisme chrétien : retour aux Pères et aux Écritures

L'Académie platonicienne de Florence

À côté des papes, le foyer décisif de la Renaissance chrétienne est Florence, sous le règne politique des Médicis. Cosme l'Ancien (1389-1464), puis son petit-fils Laurent le Magnifique (1449-1492), accueillent dans la villa de Careggi un cercle d'humanistes qui s'organise en Académie platonicienne[20].

Le maître en est Marsile Ficin (1433-1499), prêtre, traducteur intégral en latin de Platon (1484) et de Plotin (1492), auteur de la Theologia Platonica de immortalitate animorum (1474). Sa thèse cardinale : la philosophie de Platon n'est pas l'adversaire du christianisme mais sa praeparatio, dans la ligne d'Eusèbe de Césarée et de saint Augustin : la sagesse platonicienne, ordonnée à Dieu et à la beauté de l'âme, prépare l'intelligence à recevoir l'Évangile[21][22].

L'académie ne dit pas que Platon vaut le Christ — elle dit que Platon prépare à comprendre le Christ. C'est la même attitude que saint Justin Martyr face aux philosophes au IIe siècle.

Pic de la Mirandole et la dignité de l'homme

Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), élève de Marsile Ficin, auteur du Discours sur la dignité de l'homme. Wikimedia Commons, domaine public.

Giovanni Pico della Mirandola (1463-1494) est le plus brillant disciple de Ficin. À vingt-trois ans, il publie ses 900 conclusions philosophiques, cabalistiques et théologiques qu'il propose de défendre publiquement à Rome au début de 1487. Le Discours sur la dignité de l'homme (Oratio de hominis dignitate) qui devait servir d'introduction est devenu un manifeste de la philosophie chrétienne de l'homme : Dieu place l'homme au centre du cosmos non pour le clore mais pour qu'il choisisse librement son rang, soit vers les bêtes soit vers les anges[23].

Treize de ses 900 thèses sont condamnées par une commission désignée par Innocent VIII au début de 1487. Pic se rétracte par sa Apologia (1487), puis se rapproche de Savonarole, dont il devient à Florence l'ami et l'admirateur, et meurt à trente et un ans, le 17 novembre 1494 — peut-être empoisonné : son squelette exhumé en 2007 portait des traces d'arsenic[24]. Il avait, dit-on, demandé à mourir en habit dominicain.

Érasme de Rotterdam : le prince des humanistes catholiques

Érasme de Rotterdam (vers 1466-1536) peint par Hans Holbein le Jeune (vers 1523). Le « prince des humanistes » fut prêtre catholique et resta fidèle à Rome contre Luther. Wikimedia Commons, domaine public.

Desiderius Erasmus (vers 1466-1536), prêtre catholique et humaniste universel, est sans doute la figure la plus influente de l'Europe lettrée des années 1500-1530. Son Novum Instrumentum omne (Bâle, mars 1516) est la première édition imprimée du Nouveau Testament en grec, accompagnée d'une traduction latine retravaillée et d'annotations philologiques : c'est la matrice de toute la critique textuelle moderne[25].

Ses Adages, ses Colloques, son Éloge de la folie (1511) — dédié à Thomas More dont il était l'hôte à Londres —, sa Methodus et son Enchiridion militis christiani (Manuel du soldat chrétien, 1503) diffusent partout en Europe un idéal d'humanitas christiana : retour à l'Écriture en langues originales, retour aux Pères, dépouillement liturgique, charité sociale, paix entre princes chrétiens. C'est l'esprit de la philosophia Christi, expression qu'il forge.

Quand Luther rompt avec Rome, Érasme refuse de le suivre. Sa réponse polémique De libero arbitrio (Bâle, septembre 1524) attaque frontalement la thèse luthérienne du serf-arbitre. Luther répondra par De servo arbitrio (décembre 1525), rompant définitivement[26]. Érasme meurt à Bâle le 12 juillet 1536, fils fidèle de l'Église catholique, après avoir refusé de signer les confessions protestantes — y compris quand la ville où il vivait était devenue réformée.

Thomas More : humaniste, chancelier, martyr canonisé

Saint Thomas More (1478-1535), chancelier d'Angleterre, peint par Holbein en 1527. Décapité pour avoir refusé de reconnaître Henri VIII chef de l'Église d'Angleterre. Canonisé par Pie XI en 1935. Wikimedia Commons, domaine public.

Sir Thomas More (1478-1535) est l'incarnation anglaise de l'humanisme chrétien. Ami intime d'Érasme, auteur de L'Utopie (Louvain, 1516), avocat à Londres, juge, puis lord chancelier d'Angleterre entre 1529 et 1532, il refuse de prêter serment d'allégeance au Act of Supremacy (3 novembre 1534) par lequel Henri VIII s'autoproclame chef de l'Église d'Angleterre. Emprisonné à la Tour de Londres le 17 avril 1534, jugé pour haute trahison le 1er juillet 1535, il est décapité sur Tower Hill le 6 juillet 1535.

Ses dernières paroles rapportées par les chroniqueurs — « Je meurs serviteur du Roi, mais de Dieu d'abord » (« I die the King's good servant, but God's first ») — sont devenues la devise des catholiques anglais sous la persécution[27]. Pie XI le canonise le 19 mai 1935 (quatre cents ans après son martyre) ; Jean-Paul II le proclame patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques le 31 octobre 2000[28].

L'art de la Renaissance comme théologie visible

La Chapelle Sixtine : la voûte de Michel-Ange (1508-1512)

La voûte de la Chapelle Sixtine est probablement l'œuvre la plus connue de la Renaissance chrétienne — et l'une des plus mal comprises. Michel-Ange Buonarroti y peint, à la commande de Jules II, neuf scènes centrales du livre de la Genèse (de la Séparation de la lumière des ténèbres au Sacrifice de Noé), encadrées par sept prophètes d'Israël et cinq sibylles païennes, plus les ancêtres du Christ dans les lunettes et quatre épisodes vétérotestamentaires aux pendentifs.

L'iconographie n'est pas une fantaisie de l'artiste. Marcia Hall a démontré qu'elle suit une théologie augustinienne explicite, probablement programmée par le théologien dominicain Egidio da Viterbo, futur cardinal et auteur d'une Historia XX saeculorum : le récit suit l'attente du salut, du chaos primitif à la promesse du Messie qui culmine sur l'autel par la Création d'Adam — figure du Verbe incarné à venir[29].

Michel-Ange, La Pietà (1498-1499). Sculptée à 24 ans pour le cardinal Jean de Bilhères. Basilique Saint-Pierre, Rome. Wikimedia Commons, domaine public.

Le Jugement dernier sur le mur de l'autel, commandé par Clément VII et achevé sous Paul III en 1541, est postérieur de trente ans à la voûte : il appartient à un autre climat, celui du sac de Rome, du concile de Trente en gestation et de la spiritualité plus dramatique de Vittoria Colonna, l'amie spirituelle de Michel-Ange à laquelle il dédie ses sonnets religieux[30].

Michel-Ange n'est pas un artiste laïcisé. Ses Rime, ses sonnets et sa correspondance montrent un croyant tourmenté qui consacre les dernières années de sa vie au chantier de Saint-Pierre[31] : la bonne peinture comme la bonne sculpture ont pour lui pour fin de faire connaître Dieu et de conduire le spectateur vers le ciel, comme il l'explique en substance à son neveu Leonardo dans ses lettres romaines[32].

Raphaël et la Disputation du Saint-Sacrement

Raphaël, L'École d'Athènes (1509-1511). Cette fresque de la philosophie païenne fait face dans la même salle à la Disputation du Saint-Sacrement (théologie). La Renaissance romaine pose les deux ordres en dialogue, non en opposition. Wikimedia Commons, domaine public.

Dans la Stanza della Segnatura, Raphaël (Raffaello Sanzio, 1483-1520) déploie le programme intellectuel de la Renaissance romaine en quatre fresques. Sur le mur sud, la Disputa del Sacramento (en réalité Disputatio : la dispute théologique sur l'Eucharistie, achevée en 1509) montre, au registre céleste, la Trinité et l'Église triomphante ; au registre terrestre, les Pères de l'Église (Augustin, Ambroise, Jérôme, Grégoire) et les docteurs (Thomas d'Aquin, Bonaventure, Duns Scot) entourent l'ostensoir. C'est une synthèse théologique en peinture, une catéchèse spatiale de la présence réelle à la veille des controverses protestantes de 1517[33].

En face, sur le mur nord, la célèbre École d'Athènes (1509-1511) rassemble les philosophes anciens autour de Platon (montrant le ciel) et d'Aristote (montrant la terre). Ces deux fresques se font face : pour Jules II et son théologien, la philosophie ancienne et la théologie chrétienne dialoguent sans concurrence. C'est la thèse de Marsile Ficin matérialisée sur près de 40 m².

Léonard de Vinci et la perspective religieuse

Léonard de Vinci (1452-1519) offre un visage plus ambivalent : si ses grands sujets chrétiens — la Cène (Milan, Sainte-Marie-des-Grâces, 1495-1498), qui capte l'instant précis où Jésus annonce « l'un de vous me livrera » (Mt 26, 21) comme un drame théologique de la fidélité humaine devant la Passion — témoignent d'une méditation intense sur l'Évangile, ses carnets personnels mêlent aussi des interrogations philosophiques et naturalistes, si bien que les historiens restent partagés sur sa foi personnelle. Sa Vierge aux Rochers (Louvre / National Gallery), sa Sainte Anne Trinitaire (Louvre) et sa Vierge à l'œillet (Munich) n'en sont pas moins des méditations mariales rigoureuses.

La Renaissance et la diffusion de la Parole

L'imprimerie au service de l'Église

Le premier livre imprimé par Johannes Gutenberg à Mayence en 1455 est une Bible — la Bible à 42 lignes, dont une cinquantaine d'exemplaires nous sont parvenus — une vingtaine complets[34]. Ce n'est pas un détail : à la fin du XVe siècle, les ouvrages religieux — Bibles, livres d'heures, missels, Pères de l'Église, sermonnaires, traités spirituels — occupent une place considérable dans la production des presses[35].

L'imprimerie permet à l'Église :

  • de diffuser la Bible comme jamais auparavant — les éditions bibliques se multiplient dans toute l'Europe dès les premières décennies de l'imprimerie ;
  • d'éditer les Pères avec une précision philologique nouvelle (édition d'Origène par Érasme en 1536, de saint Jérôme en 1516, de saint Augustin par les Mauristes au siècle suivant) ;
  • de standardiser la liturgie romaine au XVIe siècle, préparant la grande réforme tridentine du Missale Romanum (1570).

La Bible polyglotte d'Alcalá

L'œuvre exégétique la plus impressionnante de la Renaissance catholique est la Bible polyglotte d'Alcalá (Biblia Complutensis), réalisée à l'université d'Alcalá de Henares en Espagne sous la direction du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, archevêque de Tolède. Imprimée en six volumes entre 1514 et 1517, autorisée par Léon X le 22 mars 1520, elle présente sur la même page l'hébreu, l'araméen, le grec et la Vulgate latine[36].

C'est un monument de science philologique catholique : 600 exemplaires imprimés, plus de quinze ans de travaux d'érudits juifs convertis, helléniques et latinistes, fondés sur des manuscrits prêtés par le pape lui-même. Quand Érasme publie son Novum Instrumentum en mars 1516, il sait que le Nouveau Testament grec d'Alcalá est déjà imprimé depuis 1514 (mais non encore publié) — il publie le sien en hâte pour ne pas être devancé.

La crise au cœur de la Renaissance

Savonarole, prophète tragique de Florence

Jérôme Savonarole (1452-1498), dominicain, peint par Fra Bartolomeo (vers 1498). Le prédicateur tragique de Florence dénonça les excès de la Renaissance mondaine. Wikimedia Commons, domaine public.

Girolamo Savonarole (1452-1498), dominicain ferrarais, prieur du couvent San Marco de Florence à partir de 1491, dénonce avec une violence prophétique la mondanité des Médicis, des banquiers florentins et du pape Alexandre VI. Excommunié le 12 mai 1497, condamné par un tribunal mixte civil et ecclésiastique, il est pendu puis brûlé sur la Piazza della Signoria le 23 mai 1498[37].

Sa figure est complexe. Pic de la Mirandole était son ami, Botticelli son disciple (qui aurait brûlé certains tableaux profanes dans les bûchers des vanités), Michel-Ange marqué par ses sermons jusqu'à la fin. Aucune cause de béatification n'a abouti, mais le P. Innocenzo Venchi OP, postulateur général de l'Ordre dominicain, a porté dans les années 1990 des initiatives en vue d'une cause de béatification[38].

Les Borgia : l'envers obscur du mécénat pontifical

L'élection d'Alexandre VI (Rodrigo Borgia) le 11 août 1492 marque la dérive la plus grave du mécénat pontifical. Si Alexandre VI poursuit la politique culturelle de ses prédécesseurs — il convoque Pinturicchio pour les fresques de l'appartement Borgia (1492-1494), accueille les humanistes, soutient les missions ibériques avec la bulle Inter caetera du 4 mai 1493 —, sa vie privée scandaleuse, ses enfants reconnus (César, Lucrèce, Jofré), le népotisme outrancier au profit de sa famille, et son rôle ambigu dans plusieurs morts suspectes sont attestés par les ambassadeurs vénitiens et le Diarium de Johann Burchard, son maître de cérémonies[39].

L'article spécialisé La décadence des papes Borgia retrace dans le détail le pontificat d'Alexandre VI et les répercussions de sa famille jusqu'au sac de Rome de 1527.

Le sac de Rome (6 mai 1527) : la fin symbolique

Sous Clément VII (Giulio de Médicis, 1523-1534), les troupes impériales de Charles Quint — en majorité des Landsknechte allemands luthériens et des mercenaires espagnols — assiègent Rome. Le 6 mai 1527, la ville est prise et livrée à un sac de plusieurs jours, l'un des plus brutaux de l'histoire moderne[40].

Le pape se réfugie au château Saint-Ange, puis à Orvieto. Selon les chroniqueurs, plusieurs milliers de Romains sont tués, les églises pillées, les reliques profanées, les religieuses violentées, et les manuscrits de la Bibliothèque vaticane saccagés. Pour les humanistes survivants — Pietro Aretino, Pietro Bembo, Pole, Sadolet —, c'est la fin d'une époque.

André Chastel y voit le moment où le rêve de Renaissance romaine consonne brutalement avec le jugement biblique de Babylone : pour lui, le sac clôt la Renaissance plus encore que le pontificat de Clément VII, brisant une confiance humaniste que ni Paul III ni le concile de Trente ne restaureront telle quelle[41].

La Renaissance, antichambre du concile de Trente

Une Église qui s'éveille à la nécessité de se réformer

Loin d'être un échec, la Renaissance catholique prépare directement le grand mouvement de la réforme catholique du XVIᵉ siècle. Trois lignées doivent être distinguées[42] :

  • la réforme institutionnelle voulue par les humanistes — visites pastorales, formation du clergé, résidence des évêques —, déjà préconisée par Gasparo Contarini dans le Consilium de emendanda Ecclesia remis à Paul III le 9 mars 1537 ;
  • la réforme spirituelle portée par les nouveaux ordres — Théatins (1524), Capucins (1525), Barnabites (1530), Ursulines (1535), Jésuites (approuvés le 27 septembre 1540 par Paul III) ;
  • la réforme doctrinale entérinée par le concile de Trente (13 décembre 1545 — 4 décembre 1563).

Le grand concile est la réponse magistérielle que la Renaissance n'avait pas su produire seule. Il définit le canon biblique, fixe la doctrine de la justification (session VI, 13 janvier 1547), précise les sacrements, réforme le clergé, exige la résidence des évêques et la création des séminaires. Mais il prolonge plutôt qu'il ne renie la Renaissance : Trente cite Augustin, Jérôme, Cyrille d'Alexandrie, Thomas d'Aquin — exactement les auteurs édités par les humanistes —, et utilise les compétences philologiques nouvelles pour fixer la Vulgate (session IV, 8 avril 1546).

Une diffusion mondiale

Basilique Saint-Pierre, Rome. Première pierre posée par Jules II le 18 avril 1506, achevée sous Urbain VIII en 1626. La nouvelle Saint-Pierre est l'aboutissement architectural de la Renaissance chrétienne. Wikimedia Commons, photographie sous licence libre.

La Renaissance chrétienne diffuse mondialement la foi catholique. Le même mouvement qui restaure la Bibliothèque vaticane envoie les missionnaires franciscains au Mexique (1524), dominicains en Amérique du Sud, jésuites au Japon (saint François-Xavier débarque à Kagoshima le 15 août 1549), en Chine (Matteo Ricci entre à Pékin en 1601), au Vietnam et en Inde.

Le patronage royal portugais et espagnol — régi par le Padroado et le Patronato real confirmés par les bulles Inter caetera (1493) et Eximiae devotionis (1493) de Borgia — fait de la Renaissance la première mondialisation chrétienne. La basilique de Saint-Pierre rebâtie à partir de 1506 n'est pas une vanité : c'est l'autel central d'une Église devenue véritablement universelle au sens géographique du terme.

La Renaissance comme prolongement, non comme rupture

Pour résumer en une phrase ce que la recherche historique catholique récente a établi (Hubert Jedin, Storia del Concilio di Trento, 4 vol., 1949-1981 ; John O'Malley, Trent : What Happened at the Council, 2013 ; Charles Stinger, The Renaissance in Rome, 1985 ; Massimo Firpo, Juan de Valdés and the Italian Reformation, 2015) :

« La Renaissance n'est pas l'antichambre païenne d'une Réforme protestante inéluctable. Elle est la matrice catholique d'une réforme intra-ecclésiale dont le concile de Trente est le résultat. Sans la philologie de Lorenzo Valla, sans le grec d'Érasme, sans l'iconographie augustinienne de la Sixtine, sans la Bible d'Alcalá, sans les nouveaux ordres réformateurs, Trente n'aurait pas eu d'outils. » — Synthèse de l'historiographie ecclésiale contemporaine[43][44][45]

Ce qui rend la Renaissance chrétienne théologiquement intéressante, ce n'est ni la magnificence des fresques, ni l'éclat des académies, ni la grandeur des papes bâtisseurs. C'est qu'elle a posé, en image et en livre, la question centrale que la modernité posera ensuite indéfiniment : comment l'Église catholique peut-elle dire son message éternel dans la culture changeante des hommes ? À cette question, elle a répondu — pas parfaitement, parfois mal, mais réellement — par l'Évangile en grec d'Érasme, par la Vulgate critique d'Alcalá, par la voûte théologique de Michel-Ange, par la Pietà mariale du Vatican, et par les missions au bout du monde. C'est cet héritage, et non les seuls scandales Borgia, que retient l'historiographie ecclésiale sérieuse.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Peter Burke, Culture and Society in Renaissance Italy, Batsford, Londres, 1972 (édition américaine : Scribner, New York) ; édition revue et augmentée sous le titre The Italian Renaissance — Culture and Society in Italy, 3e éd. revue, Polity, Cambridge, 2014 (diffusion américaine : Princeton University Press), ISBN 978-0691162409. Voir aussi Peter Burke, The European Renaissance — Centres and Peripheries, Blackwell, Oxford, 1998 — synthèse classique des dimensions culturelles et religieuses de la Renaissance européenne.

    1
  2. Jacob Burckhardt, Die Cultur der Renaissance in Italien, Schweighauser, Bâle, 1860 ; traduction française La Civilisation de la Renaissance en Italie, Plon, Paris, 1885 ; édition courante : trad. H. Schmitt révisée par Robert Klein, Le Livre de Poche / coll. Pluriel, 2012. Œuvre fondatrice de l'historiographie de la Renaissance, à laquelle on doit l'idée d'une « individualisation » caractéristique de l'époque, depuis débattue par toute l'historiographie ecclésiale et culturelle.

    2
  3. William Barry, article The Renaissance, in The Catholic Encyclopedia, vol. XII, Robert Appleton Company, New York, 1911. Texte disponible sur newadvent.org/cathen/12765b.htm. Présentation classique de la Renaissance dans sa double dimension humaniste et chrétienne. La formule de la « dépouille des Égyptiens » (spoliatio Aegyptiorum) vient de saint Augustin, De doctrina christiana, II, 40, 60.

    3
  4. John W. O'Malley (S.J.), Trent — What Happened at the Council, Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge (MA), 2013, ISBN 978-0674066977. Étude de référence par un historien jésuite américain. Voir aussi John W. O'Malley, The First Jesuits, Harvard University Press, 1993, sur la genèse de la Compagnie de Jésus comme aboutissement institutionnel de la Renaissance catholique.

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  5. Charles L. Stinger, The Renaissance in Rome, Indiana University Press, Bloomington, 1985, rééd. 1998, ISBN 978-0253213273. Étude exhaustive (446 p.) du pontificat humaniste à Rome de 1417 à 1527, fondée sur les archives vaticanes.

    5 6 11 45
  6. Jacques Le Goff, Un long Moyen Âge, Tallandier, Paris, 2004, ISBN 978-2847341227. Voir aussi Jacques Le Goff, Faut-il vraiment découper l'histoire en tranches ?, Seuil, Paris, 2014, où il prolonge sa thèse d'une continuité essentielle Moyen Âge / Renaissance.

    7
  7. Saint Jean-Paul II, homélie en la basilique Sainte-Marie-sur-Minerve à Rome, 18 février 1984 — « proclamo il Beato Angelico patrono presso Dio degli artisti, specialmente dei pittori » ; béatification le 3 octobre 1982. Texte sur vatican.va, URL stable : vatican.va/content/john-paul-ii/it/homilies/1984/documents/hf_jp-ii_hom_19840218_giubileo-artisti.html.

    8
  8. Massimo Firpo, Juan de Valdés and the Italian Reformation, Routledge, 2015, ISBN 978-1472432551 ; voir aussi Massimo Firpo, La presa di potere dell'Inquisizione romana 1550-1553, Laterza, Rome-Bari, 2014. Sur la fluidité de la frontière entre Renaissance, Réforme et Contre-Réforme italienne.

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  9. Ludwig von Pastor, Geschichte der Päpste seit dem Ausgang des Mittelalters, 16 vol., Herder, Fribourg, 1886-1933 ; traduction française Histoire des Papes depuis la fin du Moyen Âge, 22 vol., Plon, Paris, 1888-1962. Référence catholique majeure pour le pontificat de Martin V à Pie VI. Pour la Renaissance : tomes I-VIII (Martin V à Adrien VI). Réédition partielle disponible en numérique sur archive.org.

    12 13
  10. Vespasiano da Bisticci, Vite di uomini illustri del secolo XV, manuscrit composé entre 1480 et 1498, première édition imprimée par Angelo Mai, Vita Niccolaus V, Spicilegium Romanum, vol. I, Rome, 1839 ; édition critique moderne par Aulo Greco, Le Vite, 2 vol., Istituto Nazionale di Studi sul Rinascimento, Florence, 1970-1976. Témoignage de première main du libraire-éditeur florentin qui fournissait personnellement Nicolas V en manuscrits.

    14
  11. Érasme de Rotterdam (paternité débattue, attribution traditionnellement reconnue par Erika Rummel), Iulius exclusus e coelis, Bâle, 1517 (post-mortem de Jules II, mort le 21 février 1513). Édition critique : Erika Rummel (éd. et trad. anglaise), Julius Excluded from Heaven, a Dialogue, by Desiderius Erasmus, University of Toronto Press, 2005, ISBN 978-0802089236. Satire d'Érasme contre Jules II refusé à la porte du ciel par saint Pierre.

    15
  12. Giorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, 1re édition Florence, 1550 ; 2e édition augmentée Florence, 1568 ; édition critique moderne par Paola Barocchi et Rosanna Bettarini, 6 vol., Sansoni, Florence, 1966-1987. Traduction française : trad. André Chastel et al., 12 vol., Berger-Levrault puis Actes Sud / Imprimerie nationale, 1981-1989. Source fondatrice de l'historiographie artistique.

    16 31 33
  13. Ludwig von Pastor, Histoire des Papes, vol. VIII : Léon X, trad. fr. Plon, Paris, 1922. Le mot « godiamoci il papato » attribué à Léon X est transmis par les dépêches vénitiennes contemporaines, puis repris dans la Storia d'Italia de Francesco Guicciardini, livre XIV (Florence, 1561 posthume). Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VI, § 56, en donne la version anglaise — « Let us enjoy the papacy, for God has given it to us » — d'après le témoignage de l'ambassadeur vénitien Marino Giorgi, et note que Pastor lui-même en discute la portée.

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  14. Léon X, bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520, condamnant 41 propositions de Martin Luther. Texte canonique reproduit dans Heinrich Denzinger et Adolf Schönmetzer, Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, n° 1451-1492 ; édition française Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf, 2010. Voir aussi Hubert Jedin, Storia del Concilio di Trento, vol. I, Morcelliana, Brescia, 1949, sur la genèse de la rupture.

    19
  15. Paul Oskar Kristeller, The Philosophy of Marsilio Ficino, Columbia University Press, 1943, rééd. Peter Smith, Gloucester (MA), 1964 ; traduction française La Pensée de Marsile Ficin, Vrin, Paris, 1988. Voir aussi James Hankins, Plato in the Italian Renaissance, 2 vol., Brill, Leyde, 1990, ISBN 978-9004087662. Études de référence sur l'Académie florentine.

    20 22
  16. Marsile Ficin, Theologia Platonica de immortalitate animorum, Florence, 1474. Édition critique bilingue latin / anglais : Michael J.B. Allen et James Hankins (éd.), Platonic Theology, 6 vol., I Tatti Renaissance Library, Harvard University Press, 2001-2006, ISBN 978-0674003453. Traduction française partielle par Pierre Caye et Stéphane Toussaint dans Théologie platonicienne de l'immortalité des âmes, Belles Lettres, Paris, 2006.

    21
  17. Giovanni Pico della Mirandola, Oratio de hominis dignitate, manuscrit de 1486, première édition imprimée posthume, Opera omnia, Bologne, 1496. Édition critique récente : Francesco Bausi (éd.), Discorso sulla dignità dell'uomo, Guanda, Parme, 2003 ; traduction française par Yves Hersant, Œuvres philosophiques, PUF, Paris, 1993, ISBN 978-2130456193.

    23
  18. Exhumation des corps de Pic de la Mirandole et de Politien à San Marco de Florence en 2007, sous la direction du Pr Giorgio Gruppioni (université de Bologne) : des concentrations élevées d'arsenic relevées dans les ossements suggèrent un empoisonnement. Résultats annoncés en février 2008 (dépêches reprises par The Telegraph ; comptes rendus secondaires consultés : phys.org, « Renaissance mystery solved », février 2008 ; Italy Magazine, « 500-Year-Old murder investigation confirms poison » ; Italy On This Day, notice Giovanni Pico della Mirandola). La référence exacte à The Lancet n'ayant pu être vérifiée, elle n'est pas reprise ici.

    24
  19. Érasme de Rotterdam, Novum Instrumentum omne, Bâle, Froben, mars 1516. Première édition imprimée du Nouveau Testament en grec, avec traduction latine révisée et annotations. Fac-similé numérisé : Bayerische Staatsbibliothek, signature 2 A.gr.b. 25. Pour le contexte philologique : Erika Rummel, Erasmus' Annotations on the New Testament, University of Toronto Press, 1986.

    25
  20. Érasme de Rotterdam, De libero arbitrio diatribe sive collatio, Bâle, Froben, septembre 1524 ; Martin Luther, De servo arbitrio, Wittenberg, décembre 1525. Édition bilingue commentée des deux textes : trad. fr. Pierre Mesnard et Pierre Jundt, Discussion, Libre arbitre — Serf arbitre, Labor et Fides, Genève, 2001. La rupture entre Érasme et Luther y est intégralement documentée.

    26
  21. Reginald Pole (cardinal), Pro ecclesiasticae unitatis defensione, Rome, 1538, livre III. Réédition critique : Reginald Pole, Defense of the Unity of the Church, trad. Joseph G. Dwyer, Newman Press, 1965. Le cardinal Pole, cousin éloigné d'Henri VIII et futur archevêque de Canterbury sous Marie Tudor, rapporte les dernières paroles de More. Voir aussi Richard Marius, Thomas More — A Biography, Knopf, New York, 1984.

    27
  22. Saint Jean-Paul II, lettre apostolique motu proprio E sancti Thomae Mori, 31 octobre 2000, proclamant saint Thomas More patron céleste des responsables de gouvernement et des hommes politiques. Texte intégral sur vatican.va, URL stable : vatican.va/content/john-paul-ii/fr/motu_proprio/documents/hf_jp-ii_motu-proprio_20001031_thomas-more.html.

    28
  23. Marcia B. Hall (éd.), Michelangelo's Last Judgment, Cambridge University Press, 2005, ISBN 978-0521783644 ; et Marcia B. Hall, Michelangelo : The Frescoes of the Sistine Chapel, Abrams, New York, 2002. Voir aussi John Shearman, The Vatican Stanze : Functions and Decorations, Oxford University Press, 1972, sur le programme théologique d'Egidio da Viterbo.

    29
  24. Vittoria Colonna, Rime spirituali, première édition Parme, 1538 ; édition critique récente : Alan Bullock (éd.), Rime, Laterza, Bari, 1982. Sur sa relation spirituelle avec Michel-Ange : Abigail Brundin, Vittoria Colonna and the Spiritual Poetics of the Italian Reformation, Ashgate, 2008, ISBN 978-0754655954.

    30
  25. Michel-Ange Buonarroti, Carteggio, lettre à Leonardo Buonarroti, Rome, 22 juin 1556. Édition critique en cinq volumes : Giovanni Poggi, Paola Barocchi et Renzo Ristori (éd.), Il Carteggio di Michelangelo, Sansoni puis SPES, Florence, 1965-1983.

    32
  26. Stephan Füssel, Gutenberg und seine Wirkung, Insel Verlag, Frankfurt, 1999 ; traduction anglaise Gutenberg and the Impact of Printing, Ashgate, 2003. Sur la cinquantaine d'exemplaires conservés de la Bible à 42 lignes (1455), dont une vingtaine complets : voir le recensement de la Gutenberg-Gesellschaft à Mayence.

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  27. Roger Chartier, L'Ordre des livres — Lecteurs, auteurs, bibliothèques en Europe entre XIVe et XVIIIe siècle, Alinea, Aix-en-Provence, 1992, rééd. Le Seuil. Sur l'ampleur du corpus : l'Incunabula Short Title Catalogue de la British Library recense en ligne près de 30 000 éditions du XVe siècle, sans ventilation par sujet publiée qui permettrait d'établir un pourcentage précis d'ouvrages religieux.

    35
  28. Erika Rummel, Jiménez de Cisneros — On the Threshold of Spain's Golden Age, Tempe (AZ), Arizona Center for Medieval and Renaissance Studies, 1999, ISBN 978-0866982351 ; Adrian Schenker, The Polyglot Bibles of Antwerp, Paris and London 1568-1657, in Hebrew Bible / Old Testament, vol. II, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 2008. La Biblia Complutensis est numérisée intégralement par la Biblioteca Histórica Marqués de Valdecilla de l'Université Complutense de Madrid.

    36
  29. Massimo Firpo, Storia di Savonarola, Carocci, Rome, 2018 (avec Fabrizio Biferali) ; voir aussi Donald Weinstein, Savonarola — The Rise and Fall of a Renaissance Prophet, Yale University Press, 2011, ISBN 978-0300111934. Sur le procès et l'exécution : les actes du procès sont conservés à l'Archivio di Stato de Florence et ont été édités par Roberto Ridolfi.

    37
  30. Innocenzo Venchi OP, « Iniziative dell'Ordine Domenicano per promuovere la causa di beatificazione del Ven. fra Girolamo Savonarola O.P. », in Studi Savonaroliani. Verso il V centenario, éd. Gian Carlo Garfagnini, Florence, 1996, p. 93-97 ; voir aussi « (Girolamo) Savonarola : a saint after all ? », article présentant le P. Venchi comme porteur de la cause de Savonarole (repris sur thefreelibrary.com). Le P. Venchi fut postulateur général de l'Ordre des Prêcheurs de 1976 à 2003. Aucune cause n'a abouti à ce jour.

    38
  31. Ludwig von Pastor, Histoire des Papes, vol. V : Alexandre VI, Plon, Paris, 1898 ; voir aussi Johann Burchard, Liber notarum, journal du maître des cérémonies pontifical de 1483 à 1506. Édition critique : Enrico Celani, Liber notarum, 2 vol., Rerum Italicarum Scriptores, Città di Castello, 1907-1942. Source primaire essentielle pour le pontificat Borgia.

    39
  32. André Chastel, Le Sac de Rome 1527 — Du premier maniérisme à la Contre-Réforme, Gallimard, Paris, 1984, ISBN 978-2070702770. Étude classique de l'événement, de ses témoignages contemporains (Bembo, Sadolet, Vettori) et de ses effets sur la culture italienne et européenne.

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