Pape Jules II (1443-1513)

Giuliano della Rovere, neveu de Sixte IV et pape de 1503 à 1513 : surnommé « le terrible », il reconquit les États pontificaux par les armes, lança la basilique Saint-Pierre, fit peindre la voûte de la chapelle Sixtine et fonda la Garde suisse.

Ignispedia

Jules II (Iulius II), né Giuliano della Rovere le 5 décembre 1443 à Albisola, près de Savone, en Ligurie, gouverne l'Église de Rome du 1ᵉʳ novembre 1503 au 21 février 1513. Neveu du pape Sixte IV, il est l'un des pontifes les plus puissants et les plus contestés de la Renaissance : ses contemporains le surnommèrent « il terribile », le « terrible », autant pour son tempérament de feu que pour l'énergie avec laquelle il mena ses armées à la tête de ses troupes.[6][7]

Là où l'on attendait un pasteur, il fut d'abord un chef d'État et un capitaine de guerre : il rendit aux États pontificaux leur intégrité en chassant tour à tour César Borgia, les seigneurs de Pérouse et de Bologne, puis les Vénitiens, et enfin les Français hors d'Italie — entreprise que résume, dans une tradition postérieure attachée à son nom et jamais attestée comme une parole qu'il aurait prononcée, le cri « Fuori i barbari ! » — « Dehors les barbares ! ».[8] Ce même pape déclara la guerre à la simonie en frappant de nullité toute élection pontificale achetée (Cum tam divino, 14 janvier 1505) et convoqua le Ve concile du Latran pour répondre à un concile schismatique soutenu par la France.[9][10]

Mais Jules II compte parmi les plus grands mécènes de l'histoire de la papauté. C'est lui qui posa, le 18 avril 1506, la première pierre de la nouvelle basilique Saint-Pierre confiée à Bramante, qui contraignit Michel-Ange à peindre la voûte de la chapelle Sixtine (1508-1512), qui ouvrit à Raphaël les murs de ses appartements, qui fonda la Garde suisse pontificale et qui inaugura, avec le Laocoon et l'Apollon du Belvédère, ce qui allait devenir les musées du Vatican.[11][12][13]

L'historiographie catholique ne le canonise pas plus qu'elle ne le condamne. Un pamphlet satirique traditionnellement attribué à Érasme, rédigé dès 1514, le brocarda en le montrant casqué et cuirassé aux portes du Ciel.[14] Comprendre Jules II, c'est tenir ensemble le soldat, le fondateur d'œuvres d'art immortelles et le réformateur du droit des conclaves — sans gommer aucune de ces trois figures, et sans confondre la sainteté de l'Église avec la sainteté personnelle de ses pontifes.

Pourquoi Jules II reste le « pape terrible »

La mémoire populaire ne retient souvent de Jules II qu'une image : un vieillard barbu et furieux, cuirassé, exigeant de Michel-Ange qu'il descende de son échafaudage. La réalité est à la fois plus dure et plus grande.

Jules II dans une gravure publiée dans The Lives and Times of the Popes d'Artaud de Montor. L'image est distincte du portrait de Raphaël placé en Infobox. Wikimedia Commons, domaine public.

Jules II hérite en 1503 d'une papauté à terre. Les États pontificaux, l'assise temporelle du Saint-Siège, ont été dépecés par les seigneuries locales et par l'ambition de la maison Borgia. Le prestige spirituel de Rome est ruiné par la mémoire d'Alexandre VI, dont l'élection achetée de 1492 a durablement discrédité le Siège.[15] En dix ans, ce pontife va refonder l'État de l'Église par les armes, redonner à Rome son rang de capitale artistique de l'Europe, et engager une réforme du droit des élections pontificales. Il meurt en laissant un Siège romain plus fort qu'il ne l'avait trouvé.[16]

C'est précisément ce qui rend son pontificat instructif et inconfortable. Il illustre à l'extrême la tension de la papauté de la Renaissance : un pape qui sauve l'institution et magnifie la foi par l'art, mais qui le fait en endossant la cuirasse, en conduisant des guerres où des chrétiens s'entretuent[17][18] et en menant la vie d'un prince temporel. Ni légende dorée, ni légende noire : Jules II demande un regard qui distingue ce qui sert l'Église de ce qui la blesse.

Les sources principales

SourceNatureApport pour Jules II
The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Julius II » (1910)Synthèse catholique de référenceBiographie d'ensemble, guerres, mécénat, bilan moral nuancé
Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, t. VIGrande histoire savante de la papautéRécit détaillé du pontificat, politique italienne, conciles[19]
Bulle Cum tam divino (1505)Acte pontificalNullité des élections pontificales simoniaques
Actes du Ve concile du Latran (1512-1517)Source conciliaireCondamnation du conciliabule de Pise, réforme
Érasme, Iulius exclusus e coelis (1514)Satire contemporaineTémoignage critique sur l'image du « pape guerrier »
Archives de la Garde suisse pontificaleSource institutionnelleFondation du corps le 22 janvier 1506
Musées du Vatican (museivaticani.va)Source muséale officielleAcquisition du Laocoon (1506), cour du Belvédère

Le neveu de Sixte IV : ascension d'un della Rovere

Avant d'être un pape, Giuliano della Rovere fut d'abord un neveu de pape — et toute sa carrière ecclésiastique en porte la marque.

Une naissance ligure (1443)

Giuliano della Rovere naît le 5 décembre 1443 à Albisola, sur la côte ligure, près de Savone.[20][21] Sa famille, les della Rovere, est de petite noblesse provinciale et de fortune modeste : son père, Raffaele della Rovere, est le frère de Francesco della Rovere, le futur Sixte IV.[22] Comme son oncle, le jeune Giuliano est d'abord orienté vers l'Ordre des Frères Mineurs et étudie chez les franciscains, à Pérouse.

Tout bascule en 1471, quand son oncle Francesco est élu pape sous le nom de Sixte IV. La trajectoire de Giuliano devient alors celle d'un prince de l'Église, portée moins par la seule vocation que par la faveur de son oncle[23] — ce népotisme dont Sixte IV demeure l'un des exemples les plus cités.[24]

Cardinal à vingt-huit ans : l'empire des bénéfices

Quelques semaines après l'élection de son oncle, Giuliano est créé cardinal au consistoire du 16 décembre 1471 (la Catholic Encyclopedia de 1910 donne le 15 décembre ; le titre de San Pietro in Vincoli est assigné le 22 décembre), avec l'église titulaire de San Pietro in Vincoli (Saint-Pierre-aux-Liens) — la même que Sixte IV avait tenue.[25][26] Il n'a pas trente ans.

S'ouvre alors une accumulation vertigineuse de bénéfices ecclésiastiques : il sera évêque ou administrateur de Carpentras, Lausanne, Coutances, Viviers, Mende, Bologne et Ostie, archevêque d'Avignon de 1474 à 1503, abbé commendataire de nombreux monastères.[27][28] Ce cumul, choquant au regard de la discipline actuelle de l'Église, était la norme de la grande prélature de la Renaissance : le bénéfice y est autant une source de revenus et de pouvoir qu'une charge pastorale. Le futur Jules II ne réformera jamais cette logique en lui-même — c'est l'une des grandes contradictions de son règne.

Légat et homme de guerre avant la tiare

Très tôt, Giuliano se révèle un homme d'action plus que d'oraison. Sixte IV l'emploie comme légat dans des missions politiques et militaires : il pacifie l'Ombrie, conduit une légation en France (1480-1482) qui le rend familier de la cour de Louis XI, et joue un rôle de premier plan dans les affaires italiennes.[29] Sous le pontificat suivant, celui d'Innocent VIII (1484-1492), qu'il a largement contribué à faire élire, il est l'un des cardinaux les plus influents de la curie.

C'est dans ces années que se forge le tempérament du futur pape : un prélat rompu à la diplomatie, à la guerre et à l'intrigue, qui connaît les cours de France et d'Italie, et qui sait que le Saint-Siège, à cette époque, ne survit qu'en pesant comme une puissance temporelle parmi les autres.

L'exil et la haine d'Alexandre VI Borgia

Le grand drame de la vie de Giuliano della Rovere avant la papauté tient en un nom : Borgia.

La rivalité avec Rodrigo Borgia

En 1492, le conclave élit le cardinal valencien Rodrigo Borgia, qui devient Alexandre VI. Della Rovere, son rival le plus déterminé, avait tout fait pour l'empêcher. La haine entre les deux hommes est totale, personnelle et politique : l'un voit dans l'autre un simoniaque corrupteur, l'autre un ennemi à abattre.[30]

Craignant pour sa vie, della Rovere se retire fin 1492 dans son château fort d'Ostie.[31] Après une réconciliation apparente avec Alexandre VI (juillet 1493) à laquelle il ne se fie pas, il fuit par Gênes vers la cour de Charles VIII de France.[32] Commence un exil de plus de dix ans, où le cardinal devient l'âme de l'opposition à Alexandre VI.

Dix ans de fuite : la France et Charles VIII

Réfugié en France, della Rovere pousse le roi Charles VIII à l'expédition d'Italie de 1494 — la fameuse invasion qui ouvre les guerres d'Italie — dans l'espoir de déposer Alexandre VI par un concile.[33] Il accompagne même l'armée française jusqu'à Rome. Le projet échoue : Alexandre VI manœuvre, survit, et della Rovere doit reprendre le chemin de l'exil, partagé entre la France et le nord de l'Italie.

Il ne reverra Rome durablement qu'après la mort d'Alexandre VI, le 18 août 1503.[34][35] Ces dix années de fuite et de combats expliquent en partie la dureté du futur pape : il monte sur le trône de Pierre avec la conviction que seule la force restaure l'autorité, et avec une connaissance intime des puissances qui se disputent l'Italie.

L'élection de 1503 : le conclave le plus rapide de l'histoire

La conquête de la tiare par della Rovere fut aussi rapide qu'elle avait été longuement préparée.

Après le bref pontificat de Pie III

À la mort d'Alexandre VI, le conclave d'septembre 1503 n'élit pas della Rovere, mais un pape de transition, âgé et malade : Francesco Todeschini Piccolomini, qui prend le nom de Pie III. Son pontificat ne dure que vingt-six jours : il meurt le 18 octobre 1503.[36][37]

Della Rovere a su attendre. Lui-même cardinal le plus puissant, il a tissé son réseau, gagné les voix de ses anciens ennemis Borgia eux-mêmes, et préparé chaque détail. Le conclave qui s'ouvre le 31 octobre est le plus bref de l'histoire des conclaves — quelques heures à peine : della Rovere est élu dans la nuit du 31 octobre au 1ᵉʳ novembre 1503, presque par acclamation.[38][39][40] Il prend le nom de Jules II et est couronné le 26 novembre 1503[41].

« Ce fut le plus court conclave de l'histoire de la papauté. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Julius II »[42]

Cum tam divino : la guerre à la simonie

Élu si vite, et par des moyens qui lui valurent à lui-même le soupçon de promesses intéressées, Jules II frappe pourtant un grand coup contre la corruption électorale. Le 14 janvier 1505, il promulgue la bulle Cum tam divino, qui déclare nulle et invalide de plein droit toute élection pontificale entachée de simonie : un pape acheté n'est pas pape, et tout fidèle peut lui refuser obéissance.[43]

Le geste vise rétrospectivement l'élection d'Alexandre VI, achetée à prix d'or en 1492, et entend prémunir l'avenir. Jules II y reviendra solennellement à la fin de sa vie : il fera promulguer de nouveau la bulle comme décret du Ve concile du Latran, le 16 février 1513, cinq jours avant sa mort, pour l'inscrire définitivement dans le droit de l'Église.[44] Le pape mondain fut, sur ce point précis, un vrai réformateur.

Le pape guerrier : reconquérir les États pontificaux

C'est par les armes que Jules II a marqué l'histoire. En une décennie, il reconstitue l'État de l'Église, morceau par morceau, en personne, l'épée au côté.

En finir avec César Borgia

Sa première tâche est de neutraliser César Borgia, le fils d'Alexandre VI, qui s'était taillé une principauté en Romagne. Avec une habileté toute florentine, Jules II le flatte d'abord, puis le dépouille : il lui arrache les places fortes de Romagne, le fait arrêter, et brise définitivement la puissance Borgia.[45] Le futur héros du Prince de Machiavel finit fugitif, dépossédé par celui-là même qu'il avait aidé à élire.

Pérouse et Bologne (1506)

En 1506, Jules II prend lui-même la tête d'une armée pour soumettre les seigneurs qui s'étaient rendus indépendants de Rome. La ville de Pérouse, tenue par Giampaolo Baglioni, se soumet le 13 septembre 1506.[46][47] Le pape marche alors sur Bologne, dont il chasse le tyran Giovanni II Bentivoglio : déposé le 7 octobre 1506, Bentivoglio s'enfuit, et Jules II fait son entrée triomphale dans Bologne le 10 novembre 1506.[48][49]

Repère territorial : les États pontificaux en Italie centrale, avec Rome, l'Ombrie, les Marches, la Romagne et Bologne. Carte de 1789, postérieure de près de trois siècles au pontificat de Jules II (1503-1513) : elle sert uniquement de repère géographique général pour comprendre ses reconquêtes. Wikimedia Commons, domaine public.

C'est à Bologne, pour célébrer sa victoire, que Jules II commande à Michel-Ange une statue de bronze colossale à son effigie — œuvre détruite quelques années plus tard, fondue par les Bentivoglio revenus pour en faire un canon ironiquement baptisé « La Giulia ». L'épisode dit tout du personnage : un pape qui se fait représenter en conquérant, et dont l'image même devient enjeu de guerre.[50]

La ligue de Cambrai contre Venise (1508-1510)

La grande puissance qui restait à abattre était la République de Venise, qui s'était emparée de villes de Romagne appartenant à l'Église. Pour la briser, Jules II noue en décembre 1508 la ligue de Cambrai, coalition qui réunit contre Venise la France, l'Empire et l'Espagne.[51][52] Il y adhère officiellement le 23 mars 1509 et jette l'interdit sur Venise le 27 avril 1509.[53]

Venise est écrasée à la bataille d'Agnadel (14 mai 1509). Mais Jules II, ayant obtenu la restitution de ses villes, lève l'interdit le 24 février 1510 : il n'a jamais voulu détruire Venise, seulement la ramener à composition. Aussitôt son but atteint, il retourne ses alliances — car le véritable danger, désormais, n'est plus Venise mais la France, devenue trop puissante en Italie.

La Sainte Ligue et « Fuori i barbari » (1511-1512)

C'est là que se révèle le grand dessein politique de Jules II : chasser les puissances étrangères d'Italie. Contre la France de Louis XII, il forme en octobre 1511 la Sainte Ligue (Lega Santa), rassemblant l'Espagne, Venise, l'Angleterre et l'Empire autour du Saint-Siège.[54][55] Son mot d'ordre, resté célèbre dans la tradition, résume toute sa politique :

« Dehors les barbares ! » — cri que la tradition postérieure attribue à Jules II pour la Sainte Ligue, contre la domination étrangère en Italie ; aucune source contemporaine ne l'atteste comme une parole qu'il aurait prononcée[56]

Par « barbares », le pape entend les armées d'outre-monts, françaises au premier chef. Ce cri, qui sera repris des siècles plus tard par les patriotes du Risorgimento, fait de Jules II une figure paradoxale : un pape précurseur d'une certaine idée de l'indépendance italienne.

La bataille de Ravenne (1512)

Le choc décisif a lieu à Ravenne, le 11 avril 1512 — un dimanche de Pâques. L'armée française y remporte une victoire sanglante sur les forces de la Sainte Ligue, mais leur jeune général, Gaston de Foix, y trouve la mort.[57][58] Privés de leur chef et frappés par l'arrivée des Suisses au service du pape, les Français doivent évacuer le Milanais et l'Italie dans les mois qui suivent.

Le but de Jules II est atteint : à sa mort, les Français sont chassés d'Italie et les États pontificaux, agrandis et consolidés, forment de nouveau une puissance respectée. Sur le plan temporel, son pontificat est un succès complet — au prix d'années de guerre et d'un usage de la force que beaucoup, dès l'époque, jugèrent indigne du vicaire du Christ.

Le concile de Pise schismatique et le Ve concile du Latran

Aux armes, Louis XII de France avait répondu sur le terrain spirituel, en attaquant Jules II là où il était vulnérable : la réforme de l'Église.

Le conciliabule de Pise (1511)

En 1511, plusieurs cardinaux dissidents, ouvertement soutenus par le roi de France, convoquent à Pise un concile destiné à juger et déposer Jules II, sous prétexte qu'il n'avait pas tenu sa promesse électorale de réunir un concile.[59] Ce conciliabule de Pise — l'Église ne lui reconnaît pas le rang de concile légitime — ravive le vieux spectre du conciliarisme, la doctrine selon laquelle un concile serait supérieur au pape.

Jules II réagit avec sa vigueur coutumière : il prive de leurs fonctions les cardinaux schismatiques — quatre d'entre eux siégeaient à Pise, munis des procurations de trois absents — et les fait déclarer schismatiques.[60] Mais il comprend qu'une riposte purement répressive ne suffit pas : il faut opposer au faux concile un vrai concile.

Le Ve concile du Latran (1512)

Par la bulle Sacrosanctae Romanae Ecclesiae du 18 juillet 1511, Jules II convoque un concile œcuménique à Rome.[61] Retardé par la bataille de Ravenne, le Ve concile du Latran s'ouvre le 3 mai 1512 dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.[62] Ses premières sessions, tenues sous Jules II, condamnent le conciliabule de Pise et annulent ses actes. La Pragmatique Sanction française, qui limitait l'autorité pontificale dans le royaume, ne sera solennellement révoquée et condamnée que sous Léon X, à la XIᵉ session (19 décembre 1516, bulle Pastor aeternus), qui approuve dans le même temps le concordat conclu avec François Iᵉʳ.[63]

Jules II meurt avant la clôture du concile, que son successeur Léon X poursuivra jusqu'en 1517. Cette assemblée, qui réaffirme l'autorité du pape contre le conciliarisme, restera pourtant en deçà de la réforme en profondeur que l'Église aurait eu besoin : quelques mois après sa clôture, en 1517, Luther affichera ses thèses. L'occasion d'une réforme préventive avait été manquée — ce que la Réforme catholique devra accomplir, trop tard, au concile de Trente.

Le mécène : Saint-Pierre, Michel-Ange, Raphaël

Si la guerre fait la légende noire de Jules II, le mécénat artistique fait sa gloire impérissable. Aucun pape n'a, en si peu d'années, commandé autant de chefs-d'œuvre.

La nouvelle basilique Saint-Pierre (1506)

La vieille basilique constantinienne, vieille de douze siècles, menaçait ruine. Jules II prend une décision d'une audace inouïe : la raser pour en construire une neuve, la plus grande église de la chrétienté.[64] Il en confie le projet à l'architecte Donato Bramante et pose lui-même la première pierre le 18 avril 1506.[65][66]

Le chantier, qui durera plus d'un siècle et passera entre les mains de Raphaël, de Michel-Ange (auteur de la coupole) et du Bernin, est ainsi lancé par Jules II. La basilique actuelle, cœur visible du catholicisme, est née de sa volonté. Pour financer l'œuvre, ses successeurs recourront aux indulgences dont la prédication, en Allemagne, déclenchera la révolte de Luther : par ce fil paradoxal, la grandeur de Jules II touche aux origines de la Réforme protestante. Sur cette histoire, voir le dossier La construction de la basilique Saint-Pierre actuelle.

La voûte de la chapelle Sixtine (1508-1512)

La chapelle bâtie par son oncle Sixte IV n'avait qu'une voûte étoilée banale. Jules II charge Michel-Ange de la couvrir de fresques. L'artiste, qui se voulait sculpteur et rechignait à peindre, travailla de 1508 à 1512 dans des conditions épuisantes pour réaliser l'un des plus grands chefs-d'œuvre de l'art occidental : la voûte de la chapelle Sixtine, avec la Création d'Adam et les neuf scènes de la Genèse.[67][68]

Les rapports entre les deux hommes — également entiers, également « terribles » — furent orageux. Selon une tradition transmise par Vasari dans sa Vie de Michel-Ange, le pape impatient pressait sans cesse l'artiste d'en finir avec la chapelle — scène restée célèbre, dont la formulation exacte n'est toutefois pas établie.[69]

De cette collision de deux génies est née la chapelle Sixtine telle que le monde entier la connaît.

Les Chambres de Raphaël

Au même moment, Jules II appelle le jeune Raphaël pour décorer ses appartements privés du Vatican, les Stanze (Chambres de Raphaël). C'est là que le peintre d'Urbino réalise, entre autres, L'École d'Athènes et la Dispute du Saint-Sacrement.[70][71]

Raphaël, La Messe de Bolsena, Chambres du Vatican : Jules II est représenté agenouillé devant le miracle eucharistique. Wikimedia Commons, domaine public.

Dans la fresque de La Messe de Bolsena, Raphaël représente Jules II lui-même, agenouillé, assistant au miracle eucharistique de Bolsena — manière de relier le pape bâtisseur à la grande tradition eucharistique de l'Église. Le célèbre Portrait du pape Jules II (vers 1511, aujourd'hui à la National Gallery de Londres), où le vieux pontife apparaît pensif et barbu, est lui aussi de la main de Raphaël : il a fixé pour la postérité le visage du « pape terrible ».[72]

Le tombeau et le Moïse

Avant même la voûte Sixtine, Jules II avait commandé à Michel-Ange un tombeau monumental pour lui-même, projet pharaonique de dizaines de statues. La « tragédie du tombeau », sans cesse remaniée et réduite, occupa l'artiste pendant quarante ans. Il n'en reste qu'un fragment, mais sublime : le Moïse, aujourd'hui dans l'église San Pietro in Vincoli — l'église titulaire du cardinal della Rovere, où le monument réduit fut installé en 1545 ; Jules II lui-même est inhumé à la basilique Saint-Pierre, auprès de son oncle Sixte IV.[73][74][75]

Le Laocoon et la naissance des musées du Vatican

Le 14 janvier 1506, on déterre dans une vigne de l'Esquilin un groupe de marbre antique : le Laocoon, ce prêtre troyen étouffé par les serpents, célébré par Pline. Jules II, passionné d'art antique, envoie sur place son architecte Giuliano da Sangallo et Michel-Ange, puis acquiert l'œuvre et la fait dresser, avec l'Apollon du Belvédère, dans la cour du Belvédère du Vatican.[76]

Cette collection ouverte aux artistes et aux lettrés est considérée comme le noyau des futurs musées du Vatican. Le pape guerrier fut aussi, sans le savoir, l'un des fondateurs du plus grand musée d'art sacré du monde.

La Garde suisse pontificale (1506)

Un autre héritage très concret de Jules II veille encore aujourd'hui aux portes du Vatican : la Garde suisse pontificale. Soucieux d'une protection sûre et fidèle, le pape s'adresse en 1505 à la Confédération suisse pour obtenir un corps permanent de soldats.[77]

Le 22 janvier 1506, un premier contingent de cent cinquante hallebardiers, commandés par l'Uranais Kaspar von Silenen, arrive à Rome par la Piazza del Popolo et reçoit la bénédiction de Jules II.[78] Cette date est tenue pour l'acte de naissance de la Garde suisse, l'un des plus anciens corps militaires du monde encore en activité.[79] Elle dit le génie pratique de ce pape : derrière le mécène et le stratège, un administrateur qui bâtit des institutions durables.

Le pape et le Nouveau Monde (Universalis Ecclesiae regimini, 1508)

Pendant que Jules II guerroyait en Italie, l'Espagne et le Portugal organisaient l'évangélisation des terres récemment découvertes. Par la bulle Universalis Ecclesiae regimini du 28 juillet 1508, Jules II concède aux rois d'Espagne le patronage royal (patronato real) sur l'Église des Indes : le droit de présenter les candidats aux évêchés et de proposer l'érection des diocèses du Nouveau Monde.[80]

Ce privilège, qui prolonge les bulles d'Alexandre VI de 1493, donnera son cadre juridique à l'immense entreprise des missions espagnoles en Amérique. Il aura aussi un revers : en remettant à la Couronne un contrôle aussi étroit sur l'Église locale, il lia trop fortement la mission à l'État, au risque de subordonner le spirituel au politique — tension qui pèsera longtemps sur l'Église d'Amérique latine.

Chronologie du pontificat

DateÉvénementSens historique
5 décembre 1443Naissance de Giuliano della Rovere (Albisola)Origine ligure, neveu du futur Sixte IV
16 décembre 1471 (consistoire ; titre reçu le 22 ; la CE de 1910 donne le 15)Cardinal de Saint-Pierre-aux-LiensAscension par la faveur de son oncle Sixte IV
1492Fuite de Rome devant Alexandre VIDébut de dix ans d'exil et d'opposition
18 octobre 1503Mort de Pie III après 26 joursVoie libre pour della Rovere
1ᵉʳ novembre 1503Élection comme pape Jules IILe conclave le plus court de l'histoire
14 janvier 1506Découverte du LaocoonNaissance des collections du Belvédère
22 janvier 1506Arrivée des premiers gardes suissesFondation de la Garde suisse pontificale
18 avril 1506Première pierre de la basilique Saint-PierreLancement du plus grand chantier de la chrétienté
10 novembre 1506Entrée triomphale à BologneReconquête des États pontificaux
28 juillet 1508Bulle Universalis Ecclesiae regiminiPatronage espagnol sur l'Église du Nouveau Monde
1508-1512Voûte de la chapelle Sixtine (Michel-Ange)Chef-d'œuvre absolu de la Renaissance
Décembre 1508Ligue de Cambrai contre VeniseReconquête de la Romagne
Octobre 1511Sainte Ligue contre la France« Fuori i barbari ! » (tradition postérieure, non attestée comme parole prononcée)
3 mai 1512Ouverture du Ve concile du LatranRéponse au conciliabule de Pise
11 avril 1512Bataille de RavenneLes Français finissent chassés d'Italie
21 février 1513Mort à RomeFin d'un pontificat décisif et contesté

Bilan : un pape contradictoire

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Peu de pontifes ont laissé une mémoire aussi divisée que Jules II. L'évaluer suppose de tenir ensemble ses ombres et ses lumières.

Les ombres : la guerre et la mondanité

Au débit, l'histoire inscrit la violence. Jules II versa le sang de chrétiens dans des guerres entre puissances chrétiennes dont les mobiles, fût-ce pour l'Église, étaient largement temporels.[81][82] Il mena ses armées en personne, cuirassé, au mépris de l'image évangélique du pasteur. Il vécut en prince de la Renaissance, et eut, avant la papauté, des enfants : la Catholic Encyclopedia (1910) parle de trois filles, dont la mieux connue est Felice della Rovere (née vers 1483 de Lucrezia Normanni), qu'il maria honorablement à un Orsini — l'historiographie récente n'atteste avec certitude que Felice.[83] C'est cette figure de pape-soldat que tourne en dérision le dialogue satirique Iulius exclusus e coelis : un Jules II casqué et cuirassé y exige son entrée au Paradis au nom de ses victoires terrestres, et s'y voit refouler par saint Pierre, qui lui reproche ses guerres et ses mœurs de soldat.[84]

On notera aussi, sans anachronisme, un acte aux conséquences immenses : la dispense matrimoniale que Jules II accorda en décembre 1503 pour permettre au futur Henri VIII d'Angleterre d'épouser Catherine d'Aragon, veuve de son frère. Vingt ans plus tard, la contestation de cette dispense servira de prétexte au schisme anglican.[85]

Les lumières : l'État pontifical sauvé et la Renaissance

Au crédit, Jules II sauva l'État de l'Église. Là où Alexandre VI avait livré la papauté aux Borgia, il rendit au Saint-Siège son intégrité territoriale et son indépendance, condition concrète de la liberté du pape jusqu'à la création de l'État de la Cité du Vatican au XXᵉ siècle. Sur le plan doctrinal, il opposa au conciliarisme un vrai concile et frappa de nullité les élections simoniaques, réforme durable du droit des conclaves.

Surtout, il fit de Rome la capitale artistique de l'Europe. La basilique Saint-Pierre, la voûte de la chapelle Sixtine, les Chambres de Raphaël, les musées du Belvédère, la Garde suisse : tout ce qui, aujourd'hui encore, fait du Vatican un centre du monde porte la marque de sa volonté. Le mécène a magnifié la foi par la beauté, là même où le soldat l'avait parfois blessée.

Pourquoi Jules II compte aujourd'hui

La leçon de Jules II est celle de la distinction catholique entre l'homme et la fonction. L'Église n'a jamais enseigné que ses pontifes seraient personnellement saints ; elle enseigne que l'indéfectibilité du Siège de Pierre ne dépend pas de leurs vertus privées. Un pape peut faire la guerre, vivre en prince, et néanmoins défendre l'autorité du Siège, réformer le droit des conclaves et léguer à l'humanité des chefs-d'œuvre qui élèvent les âmes vers Dieu.

Comprendre Jules II, c'est donc apprendre à rendre grâce pour les œuvres sans absoudre les fautes, et à voir dans l'histoire de la papauté non pas une galerie de saints sans tache, mais une continuité que ni les vices ni les compromissions n'ont jamais rompue. Le « pape terrible » fut, à sa manière rude, l'un des grands restaurateurs du Siège de Pierre — et le dernier des grands papes de la Renaissance avant l'orage de la Réforme.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Numérotation conventionnelle des listes actuelles : Jules II y figure comme 216ᵉ pape des listes qui ne comptent plus l'élu Étienne (mars 752), mort trois jours après son élection avant sa consécration épiscopale ; les listes qui le comptent encore font de lui le 217ᵉ et décalent d'une unité tous les pontifes suivants. L'exclusion elle-même est celle de l'annuaire pontifical : à sa notice sur Étienne II, l'Annuario Pontificio joint la note selon laquelle, Étienne ayant été élu à la mort de Zacharie mais étant mort avant sa consecratio, son nom « n'est enregistré ni dans le Liber Pontificalis ni dans les autres listes des papes » (texte de la note cité dans « Biography of Pope-elect Stephen », https://www.biographies.net/people/en/pope-elect_stephen). Les répertoires courants situent le retrait des listes vaticanes en 1961 et donnent Jules II n° 216 (31 octobre 1503 – 21 février 1513) : List of popes, https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_popes, qui précise que l'élu Étienne « has not been on the Vatican's official list of popes since 1961 ». Vérification directe du 4 octobre 2026 : la page officielle du Saint-Siège (vatican.va, HTTP 200) l'intitule « 216° Papa della Chiesa Cattolica », avec « Inizio pontificato 1,26.XI.1503 — Fine pontificato 21.II.1513 »[^vatican] — ce qui confirme le rang de 216ᵉ sur la liste vaticane actuelle.

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  2. Page officielle « Giulio II », Le Saint-Siège, https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/giulio-ii.html (consultée le 4 octobre 2026, HTTP 200) : « 216° Papa della Chiesa Cattolica — Inizio pontificato 1,26.XI.1503 — Fine pontificato 21.II.1513 — Nome secolare Giuliano della Rovere — Nascita Albisola (Savona) ».

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  3. Felice della Rovere, née vers 1483 de Lucrezia Normanni, mariée en 1506 à Gian Giordano Orsini ; figure influente de la noblesse romaine (« Felice della Rovere », Wikipedia, en recoupement). Libellé exact de la Catholic Encyclopedia (1910) : « before he became pope he was the father of three daughters, the best known of whom, Felice, he gave in marriage to Giovanni Giordano Orsini in 1506 » ; la recherche récente ne connaît à Jules II qu'une fille attestée, Felice : Encyclopædia Britannica, art. « Julius II » (« as cardinal, Julius II fathered at least one illegitimate daughter, Felice ») ; S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, notice « Giuliano Della Rovere » (« He had an illegitimate daughter, Felice, by Lucrezia Normanni »). Verbatim CE contrôlé le 4 octobre 2026 sur la transcription New Advent (https://www.newadvent.org/cathen/08562a.htm, HTTP 200), identique à la lettre.

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  4. Ludwig von Pastor, Histoire des papes, vol. sur Adrien VI et Clément VII, ch. XX (Le divorce d'Henri VIII) : « On the 26th of December 1503 Pope Julius II had issued a Bull granting the necessary dispensation from the obstacle to a valid marriage caused by the first degree of affinity » (texte contrôlé le 4 octobre 2026 sur la transcription en ligne, conforme) ; en recoupement, « Pope Julius II », https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Julius_II : « In December 1503, Julius issued a dispensation allowing the future Henry VIII of England to marry Catherine of Aragon ». Catherine, veuve d'Arthur (mort en 1502), promise à son frère Henri ; mariage retardé par les tractations diplomatiques jusqu'à l'avènement d'Henri VIII (1509) — Katharine of Aragón, FactMonster (Columbia Encyclopedia), https://www.factmonster.com/encyclopedia/history/modern-europe/uk-ireland-bios/katharine-of-aragon ; la contestation ultérieure de cette dispense servira de ressort au schisme anglican.

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  5. « Pope Julius II », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/08562a.htm. Passages utilisés : naissance le 5 décembre 1443 à Albisola et famille ; création cardinalice (la CE donne le 15 décembre 1471) avec le titre de San Pietro in Vincoli et liste des bénéfices ; retraite au château d'Ostie fin 1492, réconciliation apparente de juillet 1493, fuite par Gênes vers Charles VIII ; conclave des 31 octobre-1ᵉʳ novembre 1503 ; ligue de Cambrai (adhésion le 23 mars 1509), Sainte Ligue (4 octobre 1511), Ravenne (11 avril 1512) ; pose de la première pierre de Saint-Pierre le 18 avril 1506 ; entrée triomphale à Bologne le 10 novembre 1506 (« Julius II entered Bologna triumphantly on 10 November »). (La CE donne le 15 décembre 1471 ; Pastor, Histoire des papes, t. VI, et S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (d'après Eubel), datent le consistoire de création du 16 décembre 1471, les titres étant assignés le 22 décembre — passage contrôlé dans l'édition anglaise en ligne de Pastor, vol. Sixte IV : « On the 16th December, 1471, a Consistory was held, and Pietro Riario […] and Giuliano della Rovere […] were created Cardinals ». L'article suit Pastor et Miranda : 16 décembre 1471.)

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  6. « Jules II », Wikipédia (encyclopédie collaborative, citée ici seulement en recoupement : les dates et les faits sont établis par la Catholic Encyclopedia, Pastor et les sources institutionnelles citées), https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_II.

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  7. « Fuori i barbari ! » (« Dehors les barbares ! »), cri que la tradition postérieure attache au nom de Jules II pour résumer sa politique d'expulsion des puissances étrangères, françaises au premier chef, hors d'Italie. L'historienne Christine Shaw, dans le chapitre de sa biographie consacré à ce tournant (Julius II : The Warrior Pope, Oxford, Blackwell, 1993, ch. IX, « Fuori i Barbari »), conclut qu'aucune source n'atteste que Jules II ait jamais prononcé ces mots, tout en montrant qu'il exprima à de nombreuses reprises, et sans ambiguïté, sa volonté de se débarrasser des Français. Aucune source contemporaine n'atteste donc ces mots comme une parole prononcée par lui ; le corps de l'article les présente exclusivement comme une tradition postérieure.

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  8. Jules II, bulle Cum tam divino, datée du 14 janvier 1505 (date lue dans le texte même de la bulle ; texte dans le Magnum Bullarium Romanum, t. III, Turin, 1859, p. 365-368), déclarant nulle et invalide toute élection pontificale simoniaque ; reprise et promulguée comme décret du Ve concile du Latran le 16 février 1513. Voir Thomas M. Izbicki, « Simonie und Papstwahl : Zur Bulle Cum tam divino Julius' II. », Annuarium Historiae Conciliorum, vol. 44, fasc. 2, 2012, p. 421 sq. ; Frederic J. Baumgartner, Behind Locked Doors, p. 95-97. (Le répertoire de S. Miranda catalogue l'acte « January 14 (February 19), 1505 » — double datation de décision et d'expédition ; la date du 14 janvier, lue dans l'acte, est retenue dans le corps.)

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  9. « Fifth Lateran Council (1512-17) », The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, 1910, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/09018b.htm. Convocation par la bulle Sacrosanctae Romanae Ecclesiae du 18 juillet 1511 ; ouverture le 3 mai 1512 ; condamnation du conciliabule de Pise sous les premières sessions (Jules II) ; révocation solennelle de la Pragmatique Sanction de Bourges à la XIᵉ session, le 19 décembre 1516, sous Léon X (bulle Pastor aeternus), avec approbation du concordat conclu avec François Iᵉʳ.

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  10. Basilica of Saint Peter, The Catholic Encyclopedia, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/13369b.htm : fondations posées par Jules II au printemps 1506 en présence de trente-cinq cardinaux, sur les plans de Bramante ; date du 18 avril 1506 établie par l'art. « Pope Julius II », https://www.newadvent.org/cathen/08562a.htm (« He laid the cornerstone of the gigantic Basilica of St. Peter on 18 April, 1506 »).

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  11. Musées du Vatican, musée Pio-Clementino : découverte du groupe du Laocoon le 14 janvier 1506 dans une vigne de l'Esquilin, expertise de Giuliano da Sangallo et de Michel-Ange, acquisition par Jules II et installation dans la cour du Belvédère avec l'Apollon du Belvédère. https://www.museivaticani.va.

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  12. Iulius exclusus e coelis (« Jules exclu du Ciel »), dialogue satirique en latin rédigé en 1514, après la mort du pape (première publication en 1517), attribué traditionnellement à Érasme — attribution qu'il récusa. Jules II, casqué et cuirassé, s'y voit refouler des portes du Paradis par saint Pierre. Le passage est paraphrasé dans le corps : aucune traduction française de référence n'a pu être localisée pour en garantir le verbatim.

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  13. Battle of Ravenna, Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/print/article/2096040 : engagement du 11 avril 1512, victoire française éclipsée par la mort du jeune commandant Gaston de Foix, face à une armée de la Sainte Ligue à dominante espagnole ; les Français doivent néanmoins évacuer l'Italie dans les mois suivants.

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  14. Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, t. VI (pontificat de Jules II, 1503-1513), trad. française, Paris, Plon. Ouvrage de référence générale pour le récit du pontificat (politique italienne, conciliabule de Pise, Ve concile du Latran) ; chaque fait daté du corps de l'article est établi par les sources localisées citées à son propre passage.

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  15. « Pope Julius II », Wikipedia (collaborative encyclopedia, cited here for cross-checking only: dates and facts are established by the Catholic Encyclopedia, Pastor and the cited institutional sources), https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Julius_II.

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  16. « Pope Pius III », The Catholic Encyclopedia : Francesco Todeschini Piccolomini, élu le 22 septembre 1503, mort le 18 octobre 1503 après un pontificat de vingt-six jours.

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  17. « Pope Julius II », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910. Texte anglais : « This was the shortest conclave in the history of the papacy. » Della Rovere est élu dans la nuit du 31 octobre au 1ᵉʳ novembre 1503. Jugement confirmé par l'historiographie actuelle : l'historien du Vatican Ambrogio Piazzoni (cité par l'Associated Press, mai 2025) tient le conclave d'octobre 1503, qui élit Jules II en quelques heures, pour le plus rapide observant la règle du délai ; History.com (« What Were the Longest—and Shortest—Papal Elections ? ») parle lui aussi du « shortest conclave in history » (environ dix heures).

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  18. Sur la statue de Bologne et le canon « la Giulia » : récit contemporain dans Vasari, Vie de Michel-Ange (voir note michelange) ; étude « The numerous failures of Michelangelo's bronze statue of Pope Julius II » (Mitteilungen des Kunsthistorischen Institutes in Florenz) : la statue, traînée puis conduite à la fournaise et fondue, fut recoulée en un canon surnommé ironiquement « La Giulia », d'après le pape (voir la notice de l'article, Tel Aviv University, https://cris.tau.ac.il/en/publications/broken-into-pieces-and-its-head-thrown-into-the-square-the-numero/).

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  19. Julius II, Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Julius-II : ligue de Cambrai, alliance anti-vénitienne formée en décembre 1508 (Louis XII, Maximilien Iᵉʳ, Ferdinand II), rejointe par Jules II en mars 1509 ; défaite vénitienne à Agnadel en mai 1509 ; interdit levé le 24 février 1510.

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  20. 1911 Encyclopædia Britannica, art. « Julius », https://en.wikisource.org/wiki/1911_Encyclop%C3%A6dia_Britannica/Julius : Sainte Ligue formée par Jules II avec Ferdinand d'Aragon et Venise contre la France, rejointe ensuite par Henri VIII et l'empereur ; les Français chassés d'Italie en 1512. Date de proclamation (4 octobre 1511) établie par la Catholic Encyclopedia, art. « Pope Julius II », https://www.newadvent.org/cathen/08562a.htm.

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  21. « Fifth Lateran Council (1512-17) », The Catholic Encyclopedia, vol. 9, 1910 : « Four cardinals then met at Pisa provided with proxies from three absent cardinals ». Eubel, Hierarchia catholica medii et recentioris aevi, t. III, 2ᵉ éd., 1923, p. 4, n. 1 : cinq cardinaux (Carvajal, Briçonnet, Francesco Borgia, Sanseverino, Prie) privés de leurs fonctions et déclarés schismatiques le 11 octobre 1511.

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  22. Sistine Chapel, Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/topic/Sistine-Chapel : voûte commandée par Jules II en 1508 et peinte par Michel-Ange de 1508 à 1512 (scènes de la Genèse, dont la Création d'Adam).

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  23. Giorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, 2ᵉ éd., Florence, Giunti, 1568, IIIᵉ partie, « Vita di Michelagnolo Buonarroti » : rapports orageux entre Jules II et Michel-Ange, statue de bronze de Bologne et « tragédie du tombeau ». Sur la statue : bronze achevé en 1508 pour San Petronio de Bologne, détruit en 1511 — voir Julius II, Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Julius-II.

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  24. Chambres de Raphaël : The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Julius II », https://www.newadvent.org/cathen/08562a.htm (« The famous frescoes of Michelangelo in the Sistine Chapel and of Raphael in the Stanze ») ; voir les notices des Musées du Vatican, https://www.museivaticani.va (Stanze di Raffaello : École d'Athènes, Dispute du Saint-Sacrement, appartements de Jules II décorés par Raphaël à partir de 1508).

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  25. Raphaël, Portrait du pape Jules II, vers 1511, huile sur bois, National Gallery, Londres. Voir la notice de la National Gallery, https://www.nationalgallery.org.uk/paintings/raphael-portrait-of-pope-julius-ii.

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  26. Tomb of Pope Julius II, The History of Art, https://www.thehistoryofart.org/michelangelo/tomb-of-pope-julius-ii/ : commande initiale en 1505, monument réduit installé en février 1545 dans le transept droit de San Pietro in Vincoli à Rome, avec le Moïse au centre du registre inférieur ; voir aussi Giorgio Vasari, Le Vite, 1568, IIIᵉ partie, « Vita di Michelagnolo Buonarroti ».

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  27. Tomb of Pope Julius II, https://en.wikipedia.org/wiki/Tomb_of_Pope_Julius_II : « Julius II, however, is buried next to his uncle Sixtus IV in St. Peter's Basilica » ; le monument des Vincoli, achevé en 1545, y est décrit comme un monument funéraire, le pape n'y étant pas inhumé. En recoupement : « Pope Julius II », https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Julius_II : « Despite the fact that the so-called "Tomb of Pope Julius II" by Michelangelo is in San Pietro in Vincoli in Rome, Julius is in fact buried in St. Peter's Basilica. »

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  28. Site officiel de la Garde suisse pontificale, rubrique histoire, https://www.schweizergarde.ch/paepstliche-schweizergarde/de/ueber-uns/geschichte/ : « Seit mehr als 500 Jahren steht die Schweizergarde im Dienste der Päpste […] Begonnen hat alles im Jahre 1506, als die ersten Schweizer auf Anfrage des damaligen… » — la Garde fait remonter sa fondation à 1506, à la demande du pape d'alors, Jules II (page « 1506 Gründung »). En recoupement : Pontifical Swiss Guard, https://en.wikipedia.org/wiki/Pontifical_Swiss_Guard (corps créé le 22 janvier 1506 par Jules II, l'une des plus anciennes unités militaires encore en activité) et Kaspar von Silenen, https://en.wikipedia.org/wiki/Kaspar_von_Silenen (premier contingent de 150 mercenaires suisses entré au Vatican le 22 janvier 1506 sous son commandement). L'appellation de « plus ancien corps » est aussi relayée par la presse (Religion News Service / Associated Press, mai 2018 : « historians consider the oldest standing army in the world » ; Guinness World Records, « The secrets of the oldest army in the world ») ; l'article retient la formulation prudente d'« un des plus anciens », attestée par les sources encyclopédiques.

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  29. Jules II, bulle Universalis Ecclesiae regimini (ou Universalis Ecclesiae) du 28 juillet 1508 (texte au Bullarium Romanum), concédant aux rois d'Espagne le patronage royal (patronato real) sur l'Église des Indes — droit de présentation aux évêchés et d'érection des diocèses du Nouveau Monde. Date confirmée par la doctrine : « On July 28, 1508, the bull Universalis ecclesiae was issued » (Patronato Real, Encyclopedia.com, https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/patronato-real) ; « by the bull universalis ecclesiae, July 28, 1508, he conceded universal patronage to the Spanish crown in the Indies » (« The Origins of Real Patronato de Indias », JSTOR, https://www.jstor.org/stable/25012517). La date du 28 juillet 1508 est ainsi établie par ces deux références. À ne pas confondre avec la bulle Universalis Ecclesiae de Pie IX (1850, rétablissement de la hiérarchie en Angleterre). Prolonge les bulles Inter caetera (1493) d'Alexandre VI et Eximiae devotionis (1501).

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