Pape Innocent VIII (1484-1492)

Pape de la Renaissance, le Génois Giovanni Battista Cibo fut le premier à reconnaître ouvertement ses enfants ; créature du cardinal della Rovere, il signa la bulle décriée sur la sorcellerie, retint le prince ottoman Djem en otage et vendit les offices de la curie avant de mourir en 1492.

Ignispedia

Pape Innocent VIII (Innocentius VIII), de son nom de baptême Giovanni Battista Cibo, Génois né en 1432, est élu le 29 août 1484 et meurt le 25 juillet 1492. Successeur de Sixte IV, prédécesseur de Rodrigo Borgia (Alexandre VI), il appartient à cette papauté de la Renaissance où le siège de Pierre, sorti du Grand Schisme d'Occident, se trouva mêlé plus que jamais aux intrigues dynastiques de l'Italie, à l'argent et au pouvoir temporel.[1][2][3][4][5]

Son pontificat est celui d'un homme faible plutôt que méchant. Les sources catholiques anciennes louent unanimement sa bonté et son désir de paix entre les princes chrétiens ; mais elles reconnaissent aussi qu'il fut la créature du cardinal Giuliano della Rovere — le futur Jules II —, dont l'élection fut manœuvrée par le cardinal, qui le gouverna longtemps de loin.[6][7] Premier pape à reconnaître ouvertement ses enfants naturels, il fit du népotisme une politique d'État, mariant son fils Franceschetto à la fille de Laurent le Magnifique et faisant créer cardinal in pectore un enfant de treize ans, le futur Léon X (9 mars 1489 ; publication en 1492).[8][9][10][11]

Trois actes ont fixé sa mémoire. D'abord la bulle Summis desiderantes affectibus (5 décembre 1484), la « bulle tant décriée » sur la sorcellerie, qui autorisa deux inquisiteurs allemands et que le dominicain Heinrich Kramer plaça abusivement en tête de son sinistre manuel, le Malleus Maleficarum.[12][13] Ensuite l'affaire du prince Djem, frère du sultan Bayézid II, retenu otage à Rome contre une rente annuelle et le don de la Sainte Lance, solennellement reçue à Rome le 31 mai 1492.[14][15][16] Enfin la vénalité des offices : pour renflouer un trésor épuisé par la guerre, Innocent VIII créa et vendit des charges curiales par dizaines.[17][18]

Et pourtant ce pape débordé n'a ni renié la foi ni rompu la chaîne de Pierre. Il canonisa Léopold III d'Autriche, lança le Belvédère vatican et mourut réconforté par les sacrements, dans une dignité que Treccani souligne.[19][20] On peut donc le ranger parmi les pontifes indignes mais légitimes dont la médiocrité, à la veille de la Réforme protestante, rendit plus criante encore la nécessité d'un grand redressement de l'Église — lecture que partagent les historiens de la papauté, de Duffy à Kelly et Walsh.[21][22][23][24]

Pourquoi Innocent VIII marque-t-il un tournant ?

Le premier pape à reconnaître ouvertement ses enfants

Le fait le plus scandaleux du pontificat n'est pas un crime, mais une rupture de pudeur. Avant d'entrer dans le clergé, alors qu'il vivait en homme du monde à la cour de Naples, Giovanni Battista Cibo avait eu au moins deux enfants, Franceschetto et Teodorina.[25][26] Des papes avant lui avaient eu une descendance ; aucun ne l'avait affichée. Innocent VIII, lui, reconnut publiquement les siens, les établit, les enrichit et les maria au grand jour.[27][28]

Cette transparence cynique inaugure un style. Une épigramme latine anonyme joue sur son nom — In-nocens, l'« innocent », contre nocens, le « coupable ». (La statue parlante de Pasquino ne fut retrouvée et installée à Rome qu'en 1501, neuf ans après la mort d'Innocent VIII : l'épigramme ne peut donc pas être une pasquinade du vivant du pape.[29])

« Huit garçons et autant de filles engendra le Coupable : Rome pourra à bon droit l'appeler son père. » — épigramme latine anonyme, citée — sans nom d'auteur — par l'Encyclopædia Britannica (11ᵉ édition, 1911)[30]

Le trait est exagéré — Innocent VIII n'eut pas seize enfants —, mais il vise juste : avec lui, le népotisme cesse d'être une faiblesse honteuse pour devenir un instrument de gouvernement assumé. C'est ce glissement, plus que le nombre, qui fait époque.[31]

La créature du cardinal della Rovere

Le second trait décisif est la dépendance du pape envers celui qui l'avait fait élire. Les notices concordent (Catholic Encyclopedia, Britannica 1911, Treccani) : l'élection de Cibo, comme jadis sa promotion au cardinalat, fut l'œuvre de Giuliano della Rovere, neveu de Sixte IV et futur Jules II.[32][33] L'ambassadeur florentin le jugea « homme plus fait pour être conseillé que pour conseiller » et le dépeignit comme « totalement asservi » à della Rovere.[34]

« Innocent VIII s'appuya sur la volonté plus forte du cardinal della Rovere, le futur Jules II. » — Encyclopædia Britannica, 11ᵉ édition (1911), article « Innocent VIII » (traduit de : « relied on the stronger will of Cardinal della Rovere, afterwards Julius II »)[35]

Cette tutelle explique beaucoup : la mollesse de la politique italienne, l'incohérence des alliances, l'incapacité à réformer. Un pape téléguidé ne pouvait pas être un grand pape. La Providence, ici, ne donne pas à l'Église un pasteur fort — mais elle ne lui retire pas pour autant la validité du siège.[36]

Le pape de la bulle sur la sorcellerie

Enfin, et bien malgré lui, Innocent VIII est passé à la postérité comme « le pape des sorcières ». La bulle Summis desiderantes affectibus, signée trois mois après son élection, est devenue l'une des pièces favorites de la légende noire anticatholique, comme s'il avait déclenché à lui seul les bûchers de l'Europe moderne.[37][38] La réalité, on le verra, est beaucoup plus nuancée — au point que la Catholic Encyclopedia parle d'une bulle « tant décriée ».[39] Mais le mal était fait : un texte pontifical s'est trouvé associé, par la faute d'un inquisiteur sans scrupule, au plus tristement célèbre manuel de chasse aux sorcières.

Giovanni Battista Cibo avant la tiare

Un Génois entre Naples et Rome

Giovanni Battista Cibo naît à Gênes en 1432.[40][41][42] Son père, Arano (Aronne) Cibo, est un personnage en vue : présent à la cour de Naples, il deviendra sénateur de Rome sous le pape Calixte III.[43][44] La mère, Teodorina de Mari, appartient à une famille alliée aux Doria, l'une des grandes maisons de la république génoise.[45] Cibo n'est donc pas un homme du peuple, mais un fils de la patriciat marchand ligure, élevé dans le sillage du pouvoir.

Sa jeunesse se passe pour une bonne part à Naples, dans l'entourage royal, puis à Rome. C'est cette période séculière, avant l'entrée dans les ordres, qui le voit devenir père de Franceschetto et de Teodorina.[46] Ce n'est qu'après la mort de son père, vers 1457, qu'il embrasse pleinement l'état clérical — itinéraire fréquent chez les cadets de bonne famille, pour qui l'Église était autant une carrière qu'une vocation.[47]

Évêque de Savone, puis cardinal

L'ascension de Cibo est rapide et toute curiale. Paul II le nomme évêque de Savone le 5 novembre 1466 (sacre le 28 janvier 1467 et prise de possession le 25 avril 1467 — d'où le millésime 1467 donné par la Britannica), puis il est transféré à Molfetta en 1472.[48][49][50] Le tournant vient avec Sixte IV : le 7 mai 1473, sur l'intervention décisive du cardinal Giuliano della Rovere, Cibo est créé cardinal-prêtre.[51][52] Il devient ensuite camerlingue du Sacré Collège, charge qui le place au cœur de l'administration pontificale.[53]

Comme tant de prélats de son temps, Cibo doit donc son élévation non à la sainteté ni même au génie, mais à un réseau et à un protecteur. Quand Sixte IV meurt, en août 1484, le cardinal génois est un homme du sérail, conciliant, sans ennemis violents — exactement le profil qu'un faiseur de pape comme della Rovere pouvait souhaiter porter au trône.[54][55]

Le conclave de 1484 : simonie et capitulation électorale

La mort de Sixte IV et une Rome en armes

À la mort de Sixte IV (12 août 1484), Rome sombre dans le désordre coutumier des vacances du siège : émeutes, règlements de comptes entre les Colonna et les Orsini, maisons pillées.[56][57] C'est dans cette ville fiévreuse que s'ouvre le conclave. L'enjeu n'est pas seulement spirituel : il s'agit de savoir quelle faction contrôlera la papauté et ses immenses ressources.

Les promesses nocturnes et l'élection du 29 août 1484

Le récit des sources est concordant et accablant. Le conclave s'ouvre le 26 août avec vingt-cinq cardinaux ; le 28 août, avant le premier scrutin, les cardinaux signent une capitulation électorale — un engagement censé lier le futur pape, mais qui, note la Catholic Encyclopedia, visait surtout à « sauvegarder les intérêts personnels des électeurs ».[58][59] Puis vient la nuit décisive : della Rovere, grand dominateur du conclave, écarte d'abord ses voix du Vénitien Barbo pour effrayer le camp adverse, puis, dans la nuit du 28 août, fait avancer Cibo comme candidat de compromis, à coups d'offres simoniaques ; à l'aube du 29 août, il dispose déjà de dix-huit voix pour le Génois, acclamé à neuf heures du matin.[60]

Au matin du 29 août 1484, Giovanni Battista Cibo est donc acclamé souverain pontife.[61] L'élection a été, de l'aveu général, achetée : c'est l'une des manifestations les plus nettes de la simonie électorale qui empoisonnait alors le conclave — celle-là même que le concile, un siècle plus tard, s'efforcera d'extirper. Le scénario se répétera, en pire, à la mort d'Innocent VIII, lorsque Rodrigo Borgia achètera à son tour la tiare.[62]

Pourquoi le nom d'« Innocent VIII » ?

Le cardinal Cibo choisit de régner sous le nom d'Innocent VIII, en hommage à son compatriote ligure Innocent IV (Sinibaldo Fieschi, Génois lui aussi).[63] Le choix n'est pas anodin : il inscrit le nouveau pape dans une continuité génoise et dans le souvenir d'un grand canoniste du XIIIᵉ siècle. L'ironie de l'histoire voudra que ce nom d'« Innocent » devienne, sous sa plume, la matière des satires les plus mordantes de la Rome de la Renaissance.[64]

Rome ingouvernable et la guerre des barons contre Naples

Une Ville livrée à l'insécurité

Le gouvernement temporel d'Innocent VIII fut faible. La Catholic Encyclopedia le dit sans détour : « l'insécurité régnait à Rome sous son règne, faute d'une répression suffisante des crimes » — même si le pape châtia durement les faussaires de bulles pontificales.[65] Cette mollesse policière, jointe à la dépendance envers della Rovere, livra la Ville aux factions et aux brigands, et ternit durablement l'image du pontificat.[66][67]

La conjuration des barons et la guerre contre Ferrante (1485-1486)

Le grand conflit du règne oppose le pape au roi de Naples, Ferrante d'Aragon (Ferdinand Iᵉʳ). Le pouvoir dur et fiscal de Ferrante provoque la conjuration des barons (1485), à laquelle Innocent VIII apporte son soutien, espérant affirmer la suzeraineté pontificale sur le royaume.[68][69] Le 14 octobre 1485, il publie une bulle protégeant L'Aquila et les barons révoltés ; le 30 novembre 1485, il nomme le condottiere Roberto Sanseverino gonfalonier de l'Église.[70]

La guerre tourne court. La défaite de Montorio (mai 1486) ruine les plans pontificaux, et la paix du 11 août 1486 met fin au conflit : Ferrante promet de reconnaître la suzeraineté du pape — promesses qu'il trahit systématiquement.[71] Dès le 29 juin 1487, le roi refuse de payer le cens féodal.[72]

L'excommunication de Ferrante et l'appel à la France

Excédé par les parjures du Napolitain, Innocent VIII fait instruire un procès par contumace : le 11 septembre 1489, il prononce la déchéance théorique de Ferrante, le privant de sa couronne.[73][74] Mais le pape n'a pas les moyens militaires d'imposer sa sentence. Pire : pour faire pression, il en vient à inviter le roi de France, Charles VIII, à intervenir en Italie.[75][76]

Cet appel à la France est lourd de conséquences. Il prépare la grande invasion française de 1494 qui ouvrira un demi-siècle de guerres d'Italie — désastre que la mort d'Innocent VIII, en 1492, lui épargnera de voir. Le pape voulait soumettre Naples ; il avait surtout ouvert la péninsule aux armées étrangères.[77]

Summis desiderantes affectibus : la bulle « tant décriée »

Ce que dit réellement la bulle du 5 décembre 1484

Trois mois après son élection, le 5 décembre 1484, Innocent VIII publie la bulle Summis desiderantes affectibus (« Désirant avec une ardeur suprême »).[78][79] Le texte déplore la diffusion de la sorcellerie en Allemagne et confirme les pouvoirs de deux inquisiteurs dominicains, Heinrich Kramer (dit Institoris) et Jacob Sprenger, en nommant cinq diocèses : Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg et Brême.[80] La bulle affirme l'existence de personnes qui « s'abandonnent aux démons, incubes et succubes » et nuisent par leurs maléfices aux récoltes, aux bêtes et aux hommes.[81]

« De nombreuses personnes des deux sexes, oublieuses de leur propre salut, se sont abandonnées aux démons, incubes et succubes, et par leurs incantations ont fait périr des enfants jusque dans le sein de leur mère. » — bulle Summis desiderantes affectibus, Innocent VIII, 5 décembre 1484[82]

Le point capital, trop souvent tu, est celui-ci : la bulle ne crée rien de neuf. Elle ne définit aucun dogme, ne proclame aucune doctrine nouvelle, n'invente aucune procédure : elle réaffirme des pouvoirs inquisitoriaux déjà conférés, dans le cadre d'un conflit de juridiction entre des évêques allemands rétifs et les inquisiteurs envoyés de Rome.[83] Les historiens la qualifient de texte « clairement politique », motivé par ces querelles de compétence.[84]

Le Malleus Maleficarum : une récupération abusive

Page de titre du Malleus Maleficarum (« Le Marteau des sorcières »), ici dans l'édition de Cologne (1520). C'est en tête de l'édition de Spire (1487) que Heinrich Kramer inséra abusivement la bulle d'Innocent VIII. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Ce qui a fait la noirceur du document n'est pas son contenu propre, mais son usage frauduleux. N'ayant pas obtenu sur le terrain le soutien qu'il espérait, Heinrich Kramer compile ses thèses dans un manuel publié à Spire en 1487, le Malleus Maleficarum (« Le Marteau des sorcières »), et y insère la bulle en préface — laissant croire à une approbation pontificale du livre.[85] Or il n'en était rien : la lettre pontificale n'était « pas une approbation du livre, mais une charge donnée aux inquisiteurs » ; et l'« approbation » de la faculté de Cologne imprimée en tête du Malleus est elle-même d'authenticité contestée depuis J. Hansen — point sur lequel C. S. Mackay (The Malleus Maleficarum, Cambridge University Press, 2009) s'écarte de l'opinion reçue, d'après le compte rendu de The Medieval Review (08.04.27).[86]

« La bulle d'Innocent n'institua rien de nouveau. » — synthèse historique sur la bulle Summis desiderantes affectibus[87]

Mieux : selon les synthèses encyclopédiques, le Malleus fut désavoué par les autorités ecclésiastiques : la faculté de théologie de Cologne en aurait condamné l'ouvrage peu après sa parution, en jugeant les procédures contraires au droit et à la prudence — un épisode dont l'authenticité et la portée exactes restent discutés par les spécialistes.[88] Loin d'être le bras armé de l'Église, le manuel de Kramer fut un dévoiement rejeté par des théologiens sérieux de son temps.

Ce que l'histoire honnête doit reconnaître

Il faut tenir les deux bouts de la vérité, sans légende noire ni blanchiment. D'un côté, Innocent VIII a réellement signé un texte qui prêtait foi à la sorcellerie et armait des inquisiteurs : un catholique n'a pas à le nier, ni à prétendre que la bulle serait un faux. De l'autre, l'idée que ce pape aurait déclenché les grandes chasses aux sorcières est historiquement fausse : la bulle n'a rien créé, l'Inquisition romaine s'est généralement montrée plus prudente que les tribunaux séculiers face aux accusations de sorcellerie, et le Malleus lui-même aurait été désavoué par des théologiens catholiques de Cologne.[89][90]

Les grands bûchers de l'Europe moderne furent surtout l'œuvre de juridictions civiles, catholiques et protestantes, aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles — bien après Innocent VIII. Réduire ce drame complexe à une bulle de 1484, c'est confondre une cause lointaine avec une responsabilité directe. La part de vérité — la crédulité d'une époque, partagée par toute la chrétienté — ne doit pas masquer la part de mensonge d'une propagande qui fait d'un pape médiocre l'inventeur d'un fléau qui le dépasse. (Pour le dossier complet, voir La chasse aux sorcières.)[91]

La croisade qui n'eut pas lieu et le prince Djem

Le frère du sultan, otage de la chrétienté

L'épisode le plus romanesque du pontificat est l'affaire Djem. Après la mort de Mehmed II, deux fils se disputent l'Empire ottoman ; le vaincu, le prince Djem (Zizim), se réfugie d'abord chez les chevaliers de Rhodes (les Hospitaliers), qui en font un précieux otage politique.[92][93] En mars 1489, Djem est transféré à la garde du pape : le 13 mars 1489, il fait dans Rome une entrée solennelle.[94]

La situation est extraordinaire : le frère du sultan vit captif au cœur de la chrétienté, sous la protection du successeur de Pierre. Tant qu'Innocent VIII le tient, il dispose d'un levier diplomatique unique sur le nouveau sultan, Bayézid II, qui redoute par-dessus tout de voir son rival relâché à la tête d'une coalition chrétienne.[95][96]

Le marché avec Bayézid II : ducats et Sainte Lance

Bayézid II paie pour la captivité de son frère. Il verse une rente annuelle afin que Djem reste enfermé loin de l'Empire — 40 000 ducats par an selon la Britannica 1911 pour le traité de 1489 conclu avec le pape, 45 000 selon Treccani pour la convention passée avec l'Ordre de Rhodes qui le gardait jusque-là.[97][98] Le sultan ajoute à ce versement un présent insigne : la Sainte Lance — la pointe (le « fer ») de la lance qui, selon la tradition, perça le côté du Christ — solennellement reçue à Rome le 31 mai 1492.[99][100][101]

« En 1489, Innocent VIII convint avec le sultan Bayézid II de retenir au Vatican son frère fugitif, le prince Djem, en échange d'un paiement annuel et du don de la Sainte Lance. » — Encyclopædia Britannica, 11ᵉ édition (1911) (traduit de : « concluded in 1489 a treaty with Bayezid II., agreeing in consideration of an annual payment of 40,000 ducats and the gift of the Holy Lance, to detain the sultan's fugitive brother Jem in close confinement in the Vatican »)[102]

Le pape consacre une part de cet argent — 15 000 ducats par an, selon Treccani — à l'entretien fastueux de son prisonnier princier.[103] La relique elle-même fit débat à Rome : au temps de sa réception, de sérieux doutes sur son authenticité s'exprimèrent, nourris par l'existence d'autres lances rivales conservées à Nuremberg et à Paris, et par la découverte contestée d'Antioche en 1098.[104] L'arrangement a quelque chose de troublant : le chef de la chrétienté tire profit d'un marché conclu avec le grand ennemi musulman. Mais il a aussi une logique : tant que Djem est à Rome, Bayézid n'attaque pas les Balkans chrétiens, de peur de voir son frère lâché contre lui.[105][106]

Le congrès de 1490 et le rêve de croisade

Innocent VIII ne se résigna pas tout à fait. Reprenant l'antique projet d'une croisade contre les Turcs, il réunit en 1490 un congrès des princes chrétiens à Rome pour organiser une expédition.[107][108] Mais le conflit avec Naples, les divisions de l'Italie et le manque d'argent firent capoter l'entreprise : la croisade n'eut jamais lieu.[109] Le rêve d'unité de la chrétienté contre l'Islam se brisa, comme tant d'autres, sur les rivalités des princes — et le fer de la Sainte Lance demeura, à Saint-Pierre, le seul fruit tangible de toute l'affaire.[110]

Le népotisme érigé en politique

Le mariage Cibo-Médicis (1488)

C'est dans sa famille qu'Innocent VIII mit toute son énergie. Le grand coup fut l'alliance avec les Médicis. Le 20 janvier 1488, son fils Franceschetto Cibo épouse Maddalena de Médicis, fille de Laurent le Magnifique, le maître de Florence.[111][112] Pour un fils naturel de pape, c'était une union princière ; pour Laurent, un investissement politique de premier ordre.

Un enfant cardinal : Jean de Médicis, futur Léon X

Le retour que Laurent obtint dépasse l'imagination. En échange de sa fille, il fit donner la barrette cardinalice à son propre fils, Giovanni de' Medici — âgé de treize ans.[113][114] Innocent VIII le créa cardinal in pectore lors du consistoire du 9 mars 1489, son nom restant secret jusqu'à son investiture publique, en 1492.[115] Cet enfant deviendra, vingt ans plus tard, le pape Léon X — celui sous le pontificat duquel éclatera la Réforme de Luther.

L'épisode dit tout d'une époque : la pourpre romaine, qui aurait dû couronner la vertu et la science, se négociait comme une dot, d'un népotisme envers ses deux enfants reconnus que la synthèse anglophone résume comme aussi prodigue qu'éhonté.[116]

La vénalité des offices

Les guerres avaient vidé le trésor ; Innocent VIII le remplit par un expédient que la Catholic Encyclopedia juge « répréhensible » : la création et la vente de charges.[117] Les chiffres, conservés par Treccani, sont éloquents. En 1486, le collège des piombatori (les scelleurs des bulles de plomb) est porté à 52 places, vendues 500 ducats chacune : recette immédiate, 26 000 ducats.[118] En 1487, le collège des secrétaires apostoliques passe de 6 à 30 membres, pour un produit de 62 400 ducats.[119][120]

« Confronté à l'épuisement des finances, il recourut à l'expédient répréhensible de créer de nouveaux offices et de les accorder au plus offrant. » — The Catholic Encyclopedia, article « Pope Innocent VIII », 1910[121]

Le procédé, présenté comme une réforme administrative, consacrait la corruption : on achetait une fonction sacrée comme un titre de rente. C'est précisément ce commerce des choses saintes que les réformateurs catholiques, puis le concile de Trente, dénonceront comme l'une des plaies de l'Église pré-tridentine.[122][123]

Mécène malgré tout : le Belvédère et les arts

Faut-il pour autant ne retenir de ce pontificat que ses ombres ? Ce serait injuste. Comme tous les papes de la Renaissance, Innocent VIII fut aussi un mécène. Il fit édifier au Vatican la villa du Belvédère, résidence d'été sur la colline dominant le palais, que Mantegna orna de fresques (depuis disparues) ; cette villa deviendra le noyau du futur Cortile del Belvedere.[124][125] Il fit décorer par le Pinturicchio l'édicule élevé pour l'ostension de la Sainte Lance, et confia son tombeau à l'un des plus grands bronziers du siècle, Antonio del Pollaiuolo.[126] Sa chapelle musicale accueillit des compositeurs de premier plan, dont Josquin des Prés et Heinrich Isaac.[127]

Sur le terrain doctrinal, son bilan est mince mais non nul. En 1485, il canonise Léopold III d'Austriche, margrave pieux du XIIᵉ siècle, à la demande de l'empereur Frédéric III.[128] En 1486-1487, il fait condamner treize des neuf cents thèses du jeune philosophe Jean Pic de la Mirandole et lui refuse l'absolution — épisode qui révèle la méfiance de la curie envers les audaces intellectuelles de l'humanisme.[129] Pic ne sera relevé de la censure que par le pape suivant, Alexandre VI.[130] Sur le front de l'hérésie, deux décisions datent de 1487. D'une part, Innocent VIII confirma les pouvoirs de Thomas de Torquemada : nommé grand inquisiteur de Castille par Sixte IV en 1483, celui-ci vit sa charge étendue puis confirmée pour l'ensemble des royaumes d'Espagne par deux actes d'Innocent VIII, des 11 février 1486 et 6 février 1487 — ce que la Britannica 1911 résume, en raccourci, comme une « nomination » de 1487.[131][132] D'autre part, par la bulle Id Nostri Cordis du 27 avril 1487, le pape offrit une indulgence plénière à qui s'engagerait dans une croisade contre les Vaudois des Alpes — appel que la Catholic Encyclopedia confirme — et en confia l'exécution sur le terrain à son légat Albert Cataneo (Alberto de' Capitanei), archidiacre de Crémone, accrédité auprès de Charles VIII de France et de Charles II de Savoie.[133][134] L'expédition de 1488, menée sur deux fronts — les Alpes du Dauphiné et les vallées piémontaises, avec jonction prévue dans la vallée d'Angrogna —, se heurta à une résistance acharnée et échoua : les croisés furent repoussés et l'entreprise s'enlisa.[135] L'épisode appartient au cadre médiéval de la répression de l'hérésie, que l'Église d'alors tenait pour un devoir des princes chrétiens ; il illustre, comme le reste du pontificat, un pouvoir qui employait les moyens de son temps sans en obtenir les résultats. (Pour le dossier complet sur l'Inquisition, sa justice et sa légende, voir Comment répondre à l'objection de l'Inquisition et Les hérétiques et la légende noire de l'Inquisition.)

La mort (1492) et la légende noire

Un pape épuisé, une fin chrétienne

Dès l'été 1492, Innocent VIII n'est plus qu'une ombre. Miné par des fièvres récurrentes tout au long du règne, il sombre dans un état d'épuisement extrême ; un témoin contemporain le décrit incapable d'absorber autre chose que quelques gouttes de lait.[136] Il meurt à Rome le 25 juillet 1492, vers soixante ans.[137][138] Treccani souligne qu'il s'éteignit « réconforté par les sacrements », dans une attitude lucide et digne devant la mort.[139] Quelles qu'aient été ses faiblesses, il mourut en catholique, muni des secours de l'Église.

La légende de la transfusion de sang

À cette mort s'est attachée une légende tenace : un médecin aurait tenté de sauver le pape en lui faisant boire le sang de trois jeunes garçons, qui en seraient morts avec lui. Le récit vient du Diarium du Romain Stefano Infessura (v. 1435-1500) : contemporain des faits, mais membre des milieux humanistes antipapalistes, dont les historiens catholiques contestent la fiabilité.[140] L'historiographie moderne n'y voit pas une transfusion au sens actuel — la circulation du sang était alors inconnue — mais un breuvage de sang administré par voie orale ; et l'identification du médecin, présenté comme juif, au savant Abraham de Balmes est elle aussi contestée.[141] L'épisode illustre la facilité avec laquelle la légende noire des papes de la Renaissance a brodé, à partir d'une source partisane, des récits invérifiables qu'une encyclopédie sérieuse doit signaler comme tels.

Le tombeau de Pollaiuolo et la Sainte Lance

Le monument funéraire d'Innocent VIII par Antonio del Pollaiuolo (achevé en 1498), basilique Saint-Pierre. Le pape y figure deux fois : gisant dans la mort en bas, et vivant sur son trône en haut, tenant le fer de la Sainte Lance. Source : Wikimedia Commons, Torvindus, CC BY-SA 3.0.

Le destin posthume d'Innocent VIII tient à un chef-d'œuvre. Son tombeau de bronze, sculpté par Antonio del Pollaiuolo, le représente deux fois — gisant dans la mort et vivant sur son trône, tenant de la main gauche le fer de la Sainte Lance offert par Bayézid II.[142][143] C'est l'un des très rares monuments papaux à avoir été transféré intact de l'ancienne basilique constantinienne dans la basilique actuelle, en 1621, par les soins d'un descendant de la famille Cibo.[144] Paradoxe saisissant : ce pape souvent jugé médiocre repose sous l'un des plus beaux bronzes funéraires de la Renaissance romaine, et son effigie tient encore aujourd'hui la relique la plus inattendue de tout son règne.[145]

Ce que révèle ce pontificat

Le règne d'Innocent VIII est un avertissement déguisé en chronique. Trois enseignements s'en dégagent pour l'intelligence catholique de l'histoire.

D'abord, l'indéfectibilité du siège de Pierre ne dépend pas de la sainteté de ses titulaires. Innocent VIII fut un pape faible, mondain, népotiste ; il acheta sa tiare et vendit des offices. Et pourtant, ni la foi ni la succession apostolique ne furent rompues : il transmit intacts le dépôt révélé, les sacrements, le pouvoir des clés. L'Église confesse que le Christ a bâti son Église sur Pierre, selon la promesse faite à Césarée (Mt 16, 18) — non parce que les papes seraient saints, mais parce que la promesse est divine.[146][147]

« En effet, le Pontife romain a sur l'Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l'Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu'il peut toujours librement exercer. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 882 (citant Vatican II, Lumen gentium, n° 22)[148]

Ensuite, ce pontificat éclaire les causes de la crise qui va déchirer l'Occident. Quand on observe la vénalité, le népotisme, la mondanité d'un Innocent VIII — puis, en pire, de son successeur Alexandre VI Borgia —, on comprend la violence de l'indignation qui, une génération plus tard, portera la Réforme protestante. L'Église n'avait pas perdu la vraie foi ; mais ses pasteurs avaient cruellement besoin d'une réforme des mœurs, que Trente finira par accomplir.[149][150][151]

Enfin, l'histoire d'Innocent VIII rappelle que Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Ce pape sans grandeur a tout de même canonisé un saint, protégé des artistes, gardé la chrétienté d'une attaque turque par le jeu paradoxal de l'affaire Djem, et il est mort réconforté par les sacrements. La légende noire a fait de lui un monstre ; la vérité en fait un homme médiocre dans une fonction sublime — ce qui est, à bien y réfléchir, un plus grand mystère encore : que la sainteté de l'Église puisse traverser, sans se perdre, la médiocrité de ses serviteurs.[152][153][154]

Chronologie

  1. 1432
    Naissance à Gênes

    Giovanni Battista Cibo naît dans une famille du patriciat génois alliée aux Doria.

  2. avant 1457
    Vie séculière et deux enfants

    À la cour de Naples, le futur pape a deux enfants reconnus, Franceschetto et Teodorina, avant d'entrer dans le clergé.

  3. 1466 — 1472
    Évêque de Savone puis de Molfetta

    Première carrière épiscopale sous Paul II.

  4. 7 mai 1473
    Créé cardinal

    Sixte IV le fait cardinal sur l'intervention de Giuliano della Rovere.

  5. 29 août 1484
    Élu pape Innocent VIII

    Élection conduite par della Rovere ; voix achetées par promesses de bénéfices.

  6. 5 décembre 1484
    Bulle Summis desiderantes affectibus

    Confirmation des inquisiteurs Kramer et Sprenger en Allemagne ; texte plus tard inséré dans le Malleus Maleficarum.

  7. 1485 — 1486
    Guerre des barons contre Ferrante de Naples

    Soutien à la révolte ; défaite de Montorio ; paix du 11 août 1486, bientôt trahie.

  8. 1487
    Vénalité des offices et procès Pic de la Mirandole

    Vente massive de charges curiales ; condamnation de treize thèses de Pic.

  9. 20 janvier 1488
    Mariage Cibo-Médicis

    Franceschetto épouse Maddalena de Médicis, fille de Laurent le Magnifique.

  10. 9 mars 1489
    Jean de Médicis cardinal à 13 ans

    Le futur Léon X est créé cardinal in pectore.

  11. 13 mars 1489
    Le prince Djem otage à Rome

    Le frère de Bayézid II entre dans Rome ; rente annuelle versée par le sultan.

  12. 1490
    Congrès de croisade

    Réunion des princes chrétiens à Rome ; l'expédition contre les Turcs n'aura jamais lieu.

  13. 31 mai 1492
    La Sainte Lance reçue à Rome

    Bayézid II remet au pape la Sainte Lance, solennellement reçue à Rome le 31 mai 1492.

  14. 25 juillet 1492
    Mort d'Innocent VIII

    Il meurt réconforté par les sacrements ; Alexandre VI lui succède en août.

Pour aller plus loin


Notes et références

  1. The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910, article « Pope Innocent VIII » (Giovanni Battista Cibo), par Nicholas Weber, repris par New Advent : né à Gênes en 1432, nom pris en l'honneur de son compatriote Innocent IV, élection du 29 août 1484 largement due à Giuliano della Rovere, capitulation électorale destinée à sauvegarder les intérêts des électeurs, « bonté universellement louée », souci de la paix entre princes chrétiens, conflit avec Ferrante de Naples entravant la croisade, prince Djem retenu à Rome, « bulle tant décriée contre la sorcellerie » du 5 décembre 1484, expédient répréhensible de la création et vente d'offices au plus offrant, insécurité à Rome faute de répression suffisante des crimes, châtiment des faussaires de bulles, unique canonisation (Léopold d'Autriche, 6 janvier 1485), appel à une croisade contre les Vaudois, mort le 25 juillet 1492. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08019b.htm (article en ligne, sans pagination). Textes originaux : « Its primary object was to safeguard the personal interests of the electors » (capitulation) ; « On 5 Dec., 1484, he issued his much-abused Bull against witchcraft » ; « 31 May, 1492, he solemnly received at Rome the Holy Lance » ; « he resorted to the objectionable expedient of creating new offices and granting them to the highest bidders » ; « Insecurity reigned at Rome during his rule owing to insufficient punishment of crime ».

    1 6 12 16 17 20 21 32 36 38 39 40 58 63 65 66 79 90 101 117 121 123 128 133 149 152
  2. Enciclopedia dei Papi, « Innocenzo VIII », Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), Rome, 2000 : notice biographique de référence — naissance à Gênes en 1432 (Giovan Battista Cibo), fils d'Aronne Cibo et de Teodorina de' Mari (famille alliée aux Doria), deux enfants naturels (Franceschetto et Teodorina) nés à la cour napolitaine, entrée dans le clergé après la mort du père, évêque de Savone (5 novembre 1466) puis de Molfetta (1472), cardinal le 7 mai 1473, élection du 29 août 1484, guerre des barons (bulle du 14 octobre 1485, Roberto Sanseverino gonfalonier le 30 novembre 1485, défaite de Montorio mai 1486, paix du 11 août 1486, refus du cens le 29 juin 1487, déchéance de Ferrante le 11 septembre 1489), mariage de Franceschetto et Maddalena de' Medici (20 janvier 1488), cardinalat de Giovanni de' Medici le 9 mars 1489 à treize ans, arrivée du prince Djem à Rome le 13 mars 1489, rente de 45 000 ducats versée par Bayézid II et 15 000 ducats annuels d'entretien, condamnation des thèses de Pic de la Mirandole (1486-1487, jamais absous par Innocent VIII), vénalité des offices (piombatori portés à 52 places vendues 500 ducats l'une, soit 26 000 ducats en 1486 ; secrétaires apostoliques portés à 30, soit 62 400 ducats en 1487), villa du Belvédère (architecte Iacopo da Pietrasanta, fresques de Mantegna), mécénat (Pinturicchio, Pollaiolo, Josquin des Prés), mort le 25 juillet 1492 « réconforté par les sacrements », tombeau de bronze de Pollaiolo à Saint-Pierre représentant le pape tenant la Sainte Lance. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/innocenzo-viii_(Enciclopedia-dei-Papi)/ (notice en ligne, sans pagination ; références données par section et verbatims). Texte original : « con la sinistra regge la santa lancia ». Verbatims relevés dans la notice : Savone, « il 5 novembre 1466 fu da questi promosso vescovo di Savona » ; l'ambassadeur florentin, « Uomo atto più a essere consigliato che a consigliare, lo giudicò l'ambasciatore fiorentino, che lo ritrasse come totalmente asservito a Giuliano della Rovere » (et « Egli è papa et plusquam papa » à propos du cardinal) ; conclave, « dopo avere sottoscritto una capitolazione elettorale » le 28 août, « avanzando anche profferte simoniache » dans « la notte del 28 agosto », « all'alba del 29 agosto Giuliano della Rovere disponeva già di diciotto voti » ; barons, bulle « del 14 ottobre 1485 », « Il 30 novembre Roberto prestò giuramento, fu nominato gonfaloniere della Chiesa », « Alfonso di Calabria batté il Sanseverino ai primi di maggio nella battaglia di Montorio », paix signée « l'11 agosto » 1486, « il 29 giugno 1487... Ferrante ricusò nuovamente » le cens, « L'11 settembre 1489 » sentence de déchéance lue au consistoire ; Djem, « Il 13 marzo 1489 Djem arrivò a Roma », « avrebbe versato 45.000 ducati all'anno all'Ordine gerosolimitano » (convention avec d'Aubusson), « spendendo ben 15.000 ducati l'anno per il suo mantenimento » ; Lance, « Il 31 maggio 1492, il cimelio... giunse a Roma », conservée au Palazzo Apostolico comme dévotion privée ; vénalité, « nel 1486 vennero portati a cinquantadue e messi in vendita a 500 ducati l'uno... 26.000 ducati », secrétaires « formato fino ad allora di sei membri... venne portato a trenta membri », opération de « 62.400 ducati » fin 1487 ; Belvédère de « Iacopo da Pietrasanta », fresques « del Mantegna e del Pinturicchio », chapelle papale avec « Josquin Des Prèz e Heinrich Ysaac » ; mort, « si spense il 25 luglio 1492, confortato dai sacramenti e da un contegno lucido e dignitoso ».

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  3. Encyclopædia Britannica, article « Innocent VIII (pope) » : né en 1432 à Gênes, mort le 25 juillet 1492 à Rome, nom de naissance Giovanni Battista Cibo, évêque de Savone (1467 — millésime du sacre : nommé le 5 novembre 1466, sacré le 28 janvier 1467) par Paul II, cardinal (1473) par Sixte IV, élection de 1484 « manipulée par le cardinal Giuliano della Rovere (futur Jules II), dont Innocent resta l'instrument », bulle de 1484 reconnaissant et condamnant la sorcellerie puis envoi d'inquisiteurs en Allemagne, persécution de Pic de la Mirandole (1486), accord de 1489 avec Bayézid II pour retenir le prince Djem au Vatican contre un paiement annuel et le don de la Sainte Lance, déchéance de Ferdinand de Naples (1489), guerres qui épuisèrent le trésor pontifical, financement par la création et la vente de nouveaux offices, « basses mœurs privées », États pontificaux réduits à l'insolvabilité et à l'anarchie. URL : https://www.britannica.com/biography/Innocent-VIII.

    3 7 14 41 49 54 74 76 93 99 107 109 138
  4. J. N. D. Kelly & Michael J. Walsh, The Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ édition, Oxford University Press, 2010 (ISBN 978-0-19-929581-4), article « Innocent VIII » : Giovanni Battista Cibo, né à Gênes en 1432, deux enfants naturels (Franceschetto et Teodorina) reconnus avant la cléricature, pontificat faible largement dominé par le cardinal della Rovere, népotisme et alliance matrimoniale avec les Médicis, mort le 25 juillet 1492 ; notice de synthèse conforme à l'appréciation traditionnelle du pontificat (un dictionnaire se cite par entrée : édition et ISBN ci-dessus).

    4 24 42
  5. Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. V (pontificats d'Innocent VIII puis début d'Alexandre VI, 1484-1497), traduction anglaise de Frederick Ignatius Antrobus, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co., 1898 (3ᵉ éd. du volume anglais) — ouvrage de référence fondé sur les archives secrètes du Vatican, Livre I « Innocent VIII, 1484-1492 », pp. 227-372 : chap. I « Election of Innocent VIII », pp. 227-248 (élection manœuvrée par Giuliano della Rovere, qui « promotes the election of Cardinal Cibò », capitulation du 28 août 1484) ; chap. II-III sur la guerre contre Naples, pp. 249-287 (« An exhausted treasury added to the difficulty of the situation », au sujet de l'année 1486) ; chap. IV-V « The Eastern Question — The Turkish Prince Dschem », pp. 288-321 (prise en charge du prince, arrivée à Rome et réception, pp. 298-303 ; « Bajazet makes proposals to the Pope, who accepts a pension for Dschem — The Sultan a tributary of the Pope ») ; chap. VI « Innocent VIII and the Defence of the Church », pp. 334-372 (« The number of the College of Secretaries increased in order to raise money », p. 352 ; « Creation of the College of Piombatori with an entrance fee », p. 353 ; « Cardinal Giuliano della Rovere — his force of character and influence during the reign of Innocent VIII »). Passages et table des matières vérifiés sur le texte intégral numérisé : Internet Archive, identifiant historyofpopesf05past.

    5 106 120
  6. Wikipedia (anglais), article « Pope Innocent VIII » : Giovanni Battista Cybo né le 5 novembre 1432 à Gênes, fils d'Arano Cybo et de Teodorina de Mari, enfants naturels Franceschetto et Teodorina, évêque de Savone (1467) et de Molfetta (1472), cardinal le 7 mai 1473, camerlingue, élection du 29 août 1484, bulle Summis desiderantes affectibus (5 décembre 1484), conjuration des barons et conflit avec Ferrante de Naples, appel à Charles VIII de France, prince Djem transféré au pape en mars 1489 (rente de Bayézid II, Sainte Lance reçue en 1492), mariage Franceschetto-Maddalena de' Medici, cardinalat de Giovanni de' Medici (futur Léon X), création et vente d'offices, villa du Belvédère, condamnation de Pic de la Mirandole, Savonarole (« chastised him for his worldly ambitions », d'après Roberto Ridolfi, The Life of Girolamo Savonarola, 1959) et népotisme « as lavish as it was shameless », récit de la mort (sang des trois garçons), mort le 25 juillet 1492, tombeau de bronze de Pollaiuolo transféré dans la nouvelle basilique Saint-Pierre en 1621, successeur Alexandre VI. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Innocent_VIII (les faits Torquemada-Vaudois, désormais intégrés au corps, y sont documentés par l'article « Id Nostri Cordis », bulle du 27 avril 1487).

    9 26 43 50 51 53 56 62 69 75 77 92 95 100 105 110 114 116 124 136 143 144
  7. Wikipédia (français), article « Innocent VIII » : Giovanni Battista Cibo, Génois né en 1432, évêque de Savone puis de Molfetta, cardinal sous Sixte IV, élu le 29 août 1484 avec l'appui de Giuliano della Rovere, pape de la Renaissance, bulle sur la sorcellerie de 1484, népotisme et reconnaissance publique de ses enfants, alliance avec les Médicis, affaire du prince Djem, mort le 25 juillet 1492, sépulture à Saint-Pierre, successeur Alexandre VI.

    10
  8. Dr. F. L. Glaser (éd.), introduction de Pope Alexander VI and his Court: Extracts from the Latin Diary of Johannes Burchardus (Johannes Burchardus, maître des cérémonies pontificales), Nicholas L. Brown, New York, 1921, pp. xii-xiii : « He was the first Pope who dared to acknowledge his son in public » (« Il fut le premier pape qui osa reconnaître son fils en public »). La notice Treccani confirme la reconnaissance elle-même (« Li riconobbe e allevò »), sans formuler la primauté, que ni Treccani ni la Catholic Encyclopedia ne formulent. Outre l'introduction de Glaser, une seconde attestation indépendante l'établit : A. H. Johnson, Europe in the Sixteenth Century, 1494-1598, 5ᵉ édition (Project Gutenberg, ebook n° 42025), chap. I : « Innocent VIII. (1484–1492), [...] was the first Pope who openly acknowledged his children » (« [...] fut le premier pape à reconnaître ouvertement ses enfants »). Textes vérifiés sur le fac-similé numérisé (Internet Archive, identifiant popealexandervih0000burc) et sur l'édition numérique Gutenberg.

    11 28
  9. « Summis desiderantes affectibus » (notice de synthèse historique et texte) : bulle d'Innocent VIII datée du 5 décembre 1484, adressée aux inquisiteurs dominicains Heinrich Kramer (Institoris) et Jacob Sprenger, nommant cinq diocèses (Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg, Brême), réaffirmant des pouvoirs inquisitoriaux déjà conférés dans le cadre d'un conflit de juridiction avec des évêques allemands ; la bulle « n'institua rien de nouveau » et ne contient aucune définition dogmatique ; texte qualifié de « clairement politique » par les historiens ; inséré abusivement par Kramer en préface du Malleus Maleficarum (Spire, 1487) pour suggérer une approbation pontificale qui n'existait pas — la lettre étant « non une approbation du livre mais une charge donnée aux inquisiteurs » ; selon ces mêmes synthèses, le Malleus aurait été condamné par la faculté de théologie de Cologne — épisode rapporté par les encyclopédies (Wikipédia, Britannica) mais dont l'authenticité et la portée restent discutées dans la littérature savante. Texte original cité : « Many persons of both sexes, unmindful of their own salvation … have abandoned themselves to devils, incubi and succubi, and by their incantations, charms, and conjurings … have slain infants yet in the mother's womb » ; « Innocent's Bull enacted nothing new ». Sources : article « Summis desiderantes affectibus », Wikipedia ; Malleus Maleficarum, Britannica.

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 552-553 : sur la primauté de Pierre dans le collège des Douze, fondée sur la confession de Césarée et la parole du Christ : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16, 18). L'indéfectibilité de l'Église et la perpétuité de la succession de Pierre reposent sur cette promesse divine, non sur la qualité morale ou politique de chaque pontife.

    22 146 153
  11. Eamon Duffy, Saints and Sinners: A History of the Popes, Yale University Press, 1ʳᵉ éd. 1997 (4ᵉ éd. 2014) : IVᵉ partie « Protest and Division », chap. I « The Renaissance Popes » — le passage consacré à Innocent VIII (1484-1492) relève la rébellion fomentée à Naples et l'alliance des Médicis par le mariage de son fils illégitime Franceschetto ; le développement sur le mariage Médicis et le chapeau cardinalice obtenu pour Giovanni, 13 ans, futur Léon X, se trouve dans l'édition de 2014, p. 189 (passage repris dans la littérature savante). La thèse d'ensemble du chapitre — mondanité et vénalité des papes de la Renaissance rendant nécessaire le redressement disciplinaire accompli par le concile de Trente, dans la continuité du siège malgré l'indignité de certains titulaires — fonde la lecture « papes indignes mais légitimes ».

    23 151 154
  12. Pasquino, la première des « statues parlantes » de Rome : fragment antique retrouvé en 1501 lors de travaux de voirie et dressé la même année sur son piédestal, près de l'actuelle piazza di Pasquino ; les épigrammes affichées sur son socle — les « pasquinades » — ne commencent qu'après cette installation. Sources : article « Pasquino », Wikipédia (italien) : « Fu ritrovata nel 1501... » ; article « Talking statues of Rome », Wikipédia (anglais) : « In 1501, the statue was found during road construction and set up in the piazza ». La Britannica 1911, qui rapporte l'épigramme Octo nocens..., ne mentionne pas Pasquino et ne nomme aucun auteur : aucun rattachement de cette pièce à Pasquino n'est sourcé, et la date précise du « premier discours » (13 août 1501) avancée par la version précédente de cet article n'a été retrouvée dans aucune source — elle est donc retirée.

    29
  13. Encyclopædia Britannica, 11ᵉ édition (1911), vol. 14, pp. 581-582, article « Innocent VIII », repris par Wikisource : règne du 29 août 1484 au 25 juillet 1492, « relied on the stronger will of Cardinal della Rovere, afterwards Julius II », bulle Summis desiderantes (5 décembre 1484), traité de 1489 avec Bayézid II (« an annual payment of 40,000 ducats and the gift of the Holy Lance »), nomination en 1487 de Torquemada comme grand inquisiteur d'Espagne et indulgence plénière pour une croisade contre les Vaudois, mariage de Franceschetto avec la fille de Laurent de Médicis, curie « notoriously corrupt », mort le 25 juillet 1492, successeur Alexandre VI. URL : https://en.wikisource.org/wiki/1911_Encyclop%C3%A6dia_Britannica/Innocent/Innocent_VIII. Épigramme latine rapportée sans nom d'auteur (« concerning whom the epigram is quoted ») : « Octo nocens pueros genuit, totidemque puellas: — Hunc merito poterit dicere Roma patrem. » (jeu de mots sur In-nocens / nocens) ; l'article ne nomme aucun auteur et ne mentionne pas Pasquino.

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  14. Catholic Encyclopedia, vol. 8 (1910), article « The Holy Lance » (Herbert Thurston), repris par New Advent : au temps de l'envoi de la lance à Innocent VIII, de sérieux doutes sur son authenticité s'exprimèrent à Rome — « as Burchard's "Diary" (I, 473-486, ed. Thuasne) plainly shows » — à cause des lances rivales conservées à Nuremberg, Paris, etc., et de la découverte supposée d'Antioche par révélation à Pierre Barthélemy en 1098, pendant la première croisade. Texte original : « At the time of the sending of the lance to Innocent VIII, great doubts as to its authenticity were felt at Rome ». La réception solennelle du 31 mai 1492 est consignée par Burchard (Diarium, I, p. 484, éd. Thuasne : le pape et le Sacré Collège à Sainte-Marie-du-Peuple pour recevoir l'ambassadeur de Bayézid).

    104
  15. Catholic Encyclopedia (1913), article « Tomas de Torquemada » : Torquemada, assistant-inquisiteur depuis le 11 février 1482, fut nommé par Sixte IV grand inquisiteur de Castille en 1483, juridiction étendue à l'Aragon le 17 octobre 1483 ; « Innocent VIII approved the act of his predecessor, and under date of 11 February, 1486, and 6 February, 1487, Torquemada was given the dignity of grand inquisitor for the kingdoms of Castile, Leon, Aragon, Valencia, etc. » (passage vérifié sur la numérisation Wikisource de l'article). URL : https://www.catholic.com/encyclopedia/tomas-de-torquemada.

    132
  16. J. A. Wylie (James Aitken Wylie, 1808-1890, pasteur presbytérien écossais), The History of the Waldenses, Londres, Cassell & Co., édition des années 1880 (l'ouvrage forme le livre 16 de The History of Protestantism, 1878 ; source protestante, à lire comme telle) : chap. 2 (« Crusade of Pope Innocent VIII — His Bull of 1487 — The Army Assembles ») et chap. 4 (« Cataneo's Expedition (1488) Against the Dauphinese and Piedmontese Confessors — Defeat of Cataneo's Expedition ») : pour exécuter sa bulle, Innocent VIII nomma légat Albert Cataneo (Alberto de' Capitanei), archidiacre de Crémone, muni de lettres pontificales à tous les princes et accrédité auprès de Charles VIII de France et de Charles II de Savoie pour obtenir l'appui de leurs armes ; l'expédition de 1488, attaquant sur deux points opposés de la chaîne alpine avec jonction prévue dans la vallée d'Angrogna, y fut défaite. Corroboration catholique : la Catholic Encyclopedia (article « Pope Innocent VIII », 1910) confirme l'appel à une croisade contre les Vaudois ; la bulle Id Nostri Cordis du 27 avril 1487 (indulgence plénière pour la croisade contre les Vaudois) est documentée par l'article encyclopédique « Id Nostri Cordis ». Texte de Wylie en ligne (chap. 4) : https://www.reformedreader.org/history/wylie/ch04.htm (chap. 2 et 3 sur le même site).

    134 135
  17. Stefano Infessura (v. 1435-1500), Diarium urbis Romae (Diario della Città di Roma), éd. Oreste Tommasini, Fonti per la Storia d'Italia, vol. V, Rome, 1890 : source contemporaine du récit des trois garçons — un médecin présenté comme juif propose de sauver le pape mourant avec le sang de trois enfants de dix ans (un ducat chacun), bue par le pontife ; les garçons meurent et le médecin s'enfuit. Infessura, proche des humanistes païens de l'académie de Pomponio Leto, appartient au parti antipapal ; les auteurs catholiques (Pastor et autres) contestent la fiabilité du récit. L'historiographie moderne (synthèses d'histoire de la transfusion : sang administré par la bouche, la circulation étant inconnue ; identification erronée du médecin à Abraham de Balmes) n'y voit pas une transfusion au sens actuel.

    140 141
  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 882 : « En effet, le Pontife romain a sur l'Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l'Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu'il peut toujours librement exercer. » Le paragraphe cite le concile Vatican II, Lumen gentium, n° 22, en continuité avec la constitution Pastor aeternus du premier concile du Vatican (1870) sur la primauté de droit divin du successeur de Pierre. Texte vérifié sur l'édition vaticane en ligne : https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P24.HTM.

    147 148
  19. Concile de Trente (1545-1563), décrets de réforme sur les bénéfices, la résidence des évêques, la simonie et la discipline du clergé : la grande réponse catholique aux abus de la curie pré-tridentine (vénalité des offices, cumul des bénéfices, mondanité), dont le pontificat d'Innocent VIII offre une illustration typique. Voir l'article Ignispedia Le concile de Trente.

    150