L'objection de l'Inquisition est, avec celle des croisades et des abus, l'arme anticléricale la plus courante : « Comment peux-tu croire à une religion qui a torturé et brûlé des millions de gens ? » Elle est efficace parce qu'elle mêle un fait réel — il y a bien eu des tribunaux ecclésiastiques qui ont envoyé des hommes au bûcher — à une légende massivement fausse sur les chiffres, les méthodes et la nature de ces tribunaux.
Cet article n'est pas le dossier historique complet : celui-ci existe déjà et traite les huit grandes objections, sources primaires en main, dans La légende noire de l'inquisition et, pour l'Espagne, dans La légende sanglante de l'Inquisition espagnole. Il s'agit ici d'une boîte à outils conversationnelle : comment répondre, en quelques minutes, sans mentir ni s'écraser, à quelqu'un qui vous lance l'Inquisition au visage.
La règle d'or tient en une phrase : ni déni, ni honte. La mauvaise réponse catholique consiste soit à nier les faits (« ça n'est jamais arrivé »), soit à les endosser tels que la propagande les raconte (« oui, c'est horrible, je ne sais pas quoi dire »). La bonne réponse tient ensemble trois choses : on reconnaît la faute réelle, on distingue ce que l'objection amalgame, et on rétablit les ordres de grandeur que les archives ont établis.
Trois repères suffisent pour ne jamais être pris au dépourvu : il n'y a pas eu une Inquisition mais plusieurs ; les estimations actuelles se comptent en milliers sur six siècles, non en millions ; et l'Église a demandé publiquement pardon pour les fautes de ses fils lors de l'acte pénitentiel général de la Journée du pardon du 12 mars 2000[2] — le volet Inquisition renvoyant au symposium international de 1998 et au document Mémoire et réconciliation[3].
Comprendre l'objection avant d'y répondre
Ce que la personne a vraiment en tête
Quand quelqu'un dit « l'Inquisition », il ne pense presque jamais à un fait précis. Il pense à une image : une salle obscure, des cagoules, des instruments de torture, des bûchers de masse, une Église toute-puissante qui terrorise l'Europe pendant des siècles. Cette image ne vient pas des archives ; elle vient du roman gothique, de l'opéra romantique, du cinéma hollywoodien et de quatre siècles de polémique. L'historien américain Edward Peters a montré que « l'Inquisition » au singulier, comme machine unique et omniprésente, est un mythe forgé, distinct des inquisitions historiques réelles[4].
La première erreur serait donc de répondre à la lettre de l'objection (les chiffres) sans toucher son ressort (l'image). Avant de citer une statistique, il faut faire apparaître que l'interlocuteur défend une représentation de cinéma, pas un dossier d'archives.
Le piège du singulier
La faille de l'objection est dans son premier mot : « l'Inquisition ». Il n'y en a jamais eu une seule. Il y eut au moins quatre institutions distinctes, séparées par les siècles, les pays, les procédures et l'intensité répressive :
- l'Inquisition médiévale (à partir de 1231), tribunaux pontificaux mal coordonnés contre l'hérésie cathare et vaudoise ;
- l'Inquisition espagnole (1478-1834), créée par les rois d'Espagne et largement contrôlée par la couronne, et non par Rome, avec ses tribunaux américains (Mexico, Lima, Carthagène) ;
- l'Inquisition romaine, érigée en 1542 et réorganisée sous le nom de Saint-Office par la constitution Sapienti consilio de saint Pie X (29 juin 1908)[5], qui jugea Galilée en 1633[6] ;
- l'Inquisition portugaise (1536-1821), son tribunal de Goa et sa juridiction sur le Brésil et le Cap-Vert.
Mélanger ces institutions, c'est comme reprocher à « la justice » d'avoir à la fois inventé l'habeas corpus et organisé la Terreur de 1793. Faire poser cette distinction à l'interlocuteur — « de laquelle parles-tu ? » — suffit le plus souvent, d'expérience, à désamorcer l'objection, parce que personne ne sait répondre. Le détail de ces quatre histoires est exposé dans le dossier complet.
La méthode en trois temps
Plutôt qu'un catalogue de ripostes, il faut une méthode qui fonctionne quelle que soit la forme exacte de l'objection. Elle tient en trois mouvements, à exécuter dans l'ordre.
Premier temps : reconnaître la faute réelle
Ne jamais commencer par les chiffres ni par les comparaisons. Le premier mot doit être un mot de vérité douloureuse : oui, des hommes ont été torturés et envoyés au bûcher au nom de la foi ; oui, c'est un échec spirituel de chrétiens ; oui, l'Église d'aujourd'hui le rejette sans réserve. Cette reconnaissance n'est pas une concession tactique : c'est la position officielle de l'Église elle-même, qui a demandé pardon pour « la violence à laquelle certains d'entre eux ont eu recours dans le service à la vérité » — paroles de Jean-Paul II dans l'homélie de la Journée du pardon[7].
Refuser ce premier temps, c'est se condamner à passer pour un négationniste, et tout ce qu'on dira ensuite sera disqualifié. Le reconnaître d'emblée désarme l'agressivité et donne le droit, ensuite, de corriger les exagérations.
Deuxième temps : distinguer ce qu'on amalgame
Une fois la faute reconnue, on a gagné le droit de distinguer. L'objection fonctionne par fusion de réalités séparées ; la réponse consiste à les déplier une à une :
- distinguer les quatre inquisitions, qui n'ont ni la même époque, ni la même autorité, ni la même intensité ;
- distinguer le tribunal ecclésiastique (qui jugeait) du bras séculier, c'est-à-dire le pouvoir civil (qui exécutait) ;
- distinguer la politique royale (l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492 est un décret du roi, pas une sentence d'inquisiteur) de l'action des tribunaux ;
- distinguer les péchés des membres de la sainteté de l'Église comme Corps du Christ.
Ces distinctions ne servent pas à fuir la responsabilité ; elles servent à la situer exactement. Un système qui remet l'hérétique au bras séculier en sachant ce qui l'attend porte une responsabilité morale entière — mais il n'a pas « brûlé des millions de gens lui-même », et le dire avec précision n'est pas une excuse, c'est de l'honnêteté.
Troisième temps : rétablir les ordres de grandeur
C'est seulement maintenant, après avoir reconnu et distingué, qu'on a le droit d'avancer les chiffres — et ils sont accablants pour la légende. Toutes inquisitions confondues, sur six siècles, les historiens proposent un ordre de grandeur de 6 500 à 10 000 exécutions — une estimation proposée à partir des travaux sur l'Espagne et des études sur les autres tribunaux, non un chiffre d'archives[8]. C'est dramatique pour chaque victime ; c'est sans aucun rapport avec les « millions » de la propagande. À titre de comparaison, la guerre de Trente Ans (1618-1648), d'abord conflit entre catholiques et protestants devenu guerre européenne (interventions du Danemark, de la Suède puis de la France), a coûté, selon les estimations des historiens, entre 4,5 et 8 millions de morts en trente ans[9].
Les chiffres à connaître par cœur
Trois chiffres, mémorisés une fois pour toutes, permettent de tenir n'importe quelle conversation. Le tableau ci-dessous oppose le mythe et les archives.
| Ce que dit la légende | Ce que disent les archives | Source |
|---|---|---|
| « Des millions de victimes » | ~6 500 à 10 000 exécutions, toutes inquisitions, 1231-1834 environ | Ordre de grandeur proposé par le présent article à partir des travaux sur l'Espagne (Kamen 2014 ; Bennassar 1979 ; Contreras-Henningsen 1986) et des études sur les autres tribunaux |
| « 30 000 brûlés rien qu'en Espagne » | ~3 000 à 5 000 exécutions en 3 siècles et demi | Kamen 2014, Bennassar 1979 |
| « La torture était systématique » | Torture dans ~2 % des procès (Espagne) | Henningsen 1980 |
Le chiffre des « millions » n'a aucune source archivistique. Le chiffre intermédiaire célèbre — 31 912 brûlés pour l'Espagne — provient d'un seul auteur, Juan Antonio Llorente, ancien secrétaire de l'Inquisition devenu polémiste anticlérical sous Napoléon, dont les extrapolations à partir de séries très incomplètes ont été démontées une à une depuis le XIXᵉ siècle[10]. Aujourd'hui, les estimations archivistiques actuelles — Contreras-Henningsen, Bennassar, Kamen — retiennent quelques milliers d'exécutions pour l'Espagne, très loin des chiffres de Llorente.
Le travail décisif est celui de Jaime Contreras et Gustav Henningsen (1986) : en dépouillant les rapports envoyés par les tribunaux espagnols à Madrid entre 1540 et 1700, ils ont recensé 44 674 procès pour seulement 826 exécutions en personne[11]. L'historien français Bartolomé Bennassar aboutit indépendamment au même ordre de grandeur de 3 000 à 5 000 exécutions pour toute la période espagnole[12]. La référence contemporaine, l'historien britannique Henry Kamen, conclut sa révision historique en jugeant que l'Inquisition espagnole ne fut ni le pire système répressif de l'Europe moderne, ni un instrument particulièrement raciste, ni l'ancêtre des camps du XXᵉ siècle : un tribunal religieux dont l'objectif déclaré causa des souffrances réelles, dans des proportions très inférieures à l'image forgée par l'historiographie romantique (résumé de la thèse défendue dans The Spanish Inquisition: A Historical Revision, Yale University Press, 4ᵉ éd. 2014[13]).
L'argument est d'autant plus fort que cette révision chiffrée ne vient pas d'apologistes catholiques : elle vient des archives elles-mêmes, dépouillées par Contreras et Henningsen, Bennassar, puis Kamen[14] [15] [16]. Quand on relativise les chiffres, on ne fait donc pas de l'apologétique : on suit l'état de la science.
Réponses express aux phrases qui reviennent
Voici, après la méthode, des ripostes courtes aux formules toutes faites que l'on entend le plus souvent. Chacune renvoie au dossier complet pour le détail.
« L'Église a tué des millions de personnes »
Aucun chiffre comparable n'existe dans les archives : l'ordre de grandeur mondial, toutes inquisitions et tous siècles confondus — 6 500 à 10 000 exécutions — est une estimation proposée à partir des travaux sur l'Espagne (Contreras-Henningsen, Bennassar, Kamen) et des études sur les autres tribunaux[17]. Toute autre affirmation relève de la propagande, pas de l'histoire.
« L'Église brûlait elle-même les gens »
Le tribunal ecclésiastique prononçait la sentence d'hérésie ; c'est le pouvoir civil — roi, ville, juge laïc — qui exécutait, selon le principe canonique ecclesia abhorret a sanguine (« l'Église a horreur du sang »). Cette distinction est réelle, mais elle n'efface pas la responsabilité morale : un système qui livre au bûcher en sachant ce qui suivra y participe. La bonne réponse n'est pas « ce n'était pas nous » ; c'est reconnaître que des fils de l'Église y ont participé par des méthodes que la conscience catholique d'aujourd'hui ne peut plus assumer (paraphrase de l'auteur, d'après Mémoire et réconciliation, chap. 5, § c)[18].
« La torture était systématique »
Faux. La torture inquisitoriale était encadrée (durée limitée, médecin obligatoire, interdiction de mutiler) et statistiquement rare : environ 2 % des procès de l'Inquisition espagnole[19] — bien moins que dans les justices civiles du même temps. L'aveu sous torture devait en outre être ratifié librement pour être valable. Cela ne rend pas la torture acceptable — le Catéchisme la condamne sans appel[20] — mais cela contredit l'image de la chambre de torture permanente.
« Et Galilée ? »
Galilée n'a pas été torturé, n'a pas été jeté en cachot, n'a pas été condamné à mort : il a été assigné à résidence et contraint d'abjurer une thèse qu'il présentait — à tort, dans l'état des preuves de 1633 — comme physiquement démontrée[21]. Le procès reste une erreur ecclésiale, et l'Église l'a reconnu officiellement : Jean-Paul II l'a dit sans détour le 31 octobre 1992, au terme d'une commission d'étude de onze ans[22] [23]. Peu d'institutions reconnaissent ainsi leurs torts, quatre siècles après.
« L'Inquisition a brûlé les sorcières »
C'est presque l'inverse de la vérité. Les trois quarts environ des personnes exécutées pour sorcellerie en Europe l'ont été dans les territoires du Saint-Empire germanique — terres catholiques comme protestantes — hors de toute juridiction inquisitoriale[24] [25]. En Espagne, l'Inquisition a au contraire freiné la chasse aux sorcières : dès 1614, après l'enquête de l'inquisiteur Alonso de Salazar Frías, elle exigea des preuves matérielles et cessa quasiment d'exécuter.
« J'en suis arrivé à la conclusion qu'il n'y a eu ni sorcières ni ensorcelés dans toutes ces régions, jusqu'à ce qu'on en parle et qu'on en écrive. » (paraphrase en français ; voir la note pour la teneur du texte) — Alonso de Salazar Frías, Cuarta relación, mars 1612[26]
« Et les Juifs ? »
L'Inquisition espagnole n'avait pas juridiction sur les juifs : elle ne jugeait que des baptisés, les conversos soupçonnés de judaïser en secret. L'expulsion de 1492 est un décret royal, pas une sentence inquisitoriale. Et la papauté, depuis la bulle Sicut Judaeis (renouvelée par une vingtaine de papes), interdisait formellement, sous peine d'excommunication, de baptiser de force, de tuer ou de spolier les juifs[27] ; Innocent IV condamna même expressément les accusations de meurtre rituel[28]. Tout cela n'efface pas l'antijudaïsme médiéval, mais interdit le récit d'une Église unilatéralement persécutrice — et refuse l'amalgame anachronique avec la Shoah[29].
« Ça prouve qu'on ne peut pas se fier à l'Église »
C'est l'objection la plus sérieuse, et elle se traite en deux temps. Un : les fautes sont réelles et ne s'effacent pas avec les chiffres. Deux : elles engagent la responsabilité des chrétiens de ce temps et des structures qui les ont produites, mais non la sainteté de l'Église comme Corps mystique du Christ. C'est la distinction classique entre les péchés des membres et la sainteté de l'Église elle-même[30]. La sainteté de l'Église ne dépend pas de celle de ses membres, mais de la fidélité du Christ qui la sanctifie. On retrouve la même logique pour les abus et les croisades.
L'argument qui retourne l'objection
La meilleure réponse ne se contente pas de se défendre : elle retourne l'objection en argument. Car le fait le plus remarquable de toute cette histoire n'est pas qu'il y ait eu des inquisitions — toutes les civilisations ont réprimé la dissidence — mais le geste accompli par l'Église en demandant publiquement pardon de ces violences, pour les fautes de ses fils[31].
Cette repentance avait été préparée de longue main : dès 1994, dans Tertio Millennio Adveniente, Jean-Paul II annonçait que l'Église devait, à l'approche du Jubilé, reconnaître les fautes de ses fils[32]. Le 12 mars 2000, premier dimanche de Carême du Jubilé, il préside dans la basilique Saint-Pierre la Journée du pardon, célébration pénitentielle solennelle du Jubilé[33].
Paraphrase de la 2ᵉ intention, introduite par un représentant de la Curie romaine : que chacun, regardant le Christ doux et humble de cœur, reconnaisse que même des hommes d'Église ont parfois employé, au nom de la foi et dans le devoir de défendre la vérité, des méthodes non conformes à l'Évangile (original anglais vérifié en note). — Prière universelle de la Journée du pardon, basilique Saint-Pierre, 12 mars 2000[34]
Ce geste repose sur un travail doctrinal sérieux, Mémoire et réconciliation de la Commission théologique internationale (2000)[35], préparé notamment par le symposium international d'historiens réuni à Rome en octobre 1998 (actes : Borromeo dir., 2003[36]), qui distingue les fautes des fils de l'Église de la sainteté de l'Église elle-même, et il ne renie aucun dogme. On peut le dire à l'interlocuteur sans triomphalisme : « L'institution que tu accuses s'est accusée elle-même, publiquement, en l'an 2000. »
La fin doctrinale de la coercition religieuse
Ce repentir n'est pas un calcul de communication : il prolonge une décision doctrinale du concile Vatican II. La déclaration Dignitatis Humanae (1965) tranche définitivement la question.
« La personne humaine a droit à la liberté religieuse. [...] En matière religieuse, nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience ni empêché d'agir selon sa conscience. » — Vatican II, Dignitatis Humanae, n° 2, 7 décembre 1965[37]
Et cette doctrine n'est pas une concession à l'esprit du temps : elle redécouvre le germe propre de l'Évangile. « Vous ne savez de quel esprit vous êtes », dit Jésus aux disciples qui voulaient faire tomber le feu du ciel sur un village hostile (Luc 9, 55, trad. d'après la Vulgate). « Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu » (Jean 18, 36, Bible de Jérusalem). La coercition religieuse était, en réalité, étrangère à l'Évangile ; son rejet est un retour à la source, non une rupture.
Le ton juste : ni avocat, ni procureur
La dernière clé n'est pas un argument mais une attitude. Devant l'objection de l'Inquisition, deux postures font perdre la conversation. Le procureur, qui s'écrase et concède tout, donne raison à la légende et trahit les victimes en acceptant qu'on les compte par millions. L'avocat, qui minimise et excuse tout, passe pour un fanatique et perd toute crédibilité dès la première statistique.
La posture juste est celle de l'historien croyant : il ne nie rien, il ne maquille rien, mais il refuse aussi qu'on remplace les archives par un récit de cinéma. Il dit la faute, il dit le chiffre, il dit le pardon. Cette discipline — ouvrir les archives, lire, distinguer, refuser à la fois le mensonge militant et la pieuse cécité — est exactement celle que l'Église s'est appliquée à elle-même en ouvrant les archives du Saint-Office aux chercheurs en janvier 1998[38]. C'est aussi celle qui rend l'histoire, loin de ruiner la foi, étonnamment favorable au catholicisme dès qu'on la lit sérieusement : voir Et si l'histoire n'était pas celle qu'on nous a toujours racontée ? et Pourquoi le catholicisme est la vraie religion.
En résumé : la réponse en une minute
Si l'on ne devait retenir qu'une trame, la voici, prête à l'emploi :
- Reconnaître : « Oui, des hommes ont été torturés et brûlés au nom de la foi, et c'est un échec que l'Église elle-même rejette. »
- Distinguer : « Mais il n'y a pas eu une Inquisition : il y en a eu plusieurs, sur six siècles, et c'est le pouvoir civil qui exécutait. »
- Rétablir : « Les historiens proposent 6 500 à 10 000 exécutions au total — un ordre de grandeur estimé, pas un chiffre d'archives — et non des millions[39]. »
- Retourner : « Et l'Église a demandé publiquement pardon[40], en l'an 2000, de cette histoire. »
Reconnaître, distinguer, rétablir, retourner : avec cette trame, l'objection la plus redoutée du répertoire anticlérical devient l'occasion de montrer qu'une foi peut regarder son passé en face sans le nier ni le maquiller.
Pour aller plus loin
- La légende noire de l'inquisition — le dossier historique complet : quatre institutions, archives, chiffres, et les huit grandes objections traitées une à une.
- La légende sanglante de l'Inquisition espagnole — l'étude spécialisée sur l'Espagne, Contreras-Henningsen et Salazar Frías.
- Les croisades — l'autre grande objection historique, à tenir avec la même méthode.
- Comment répondre à l'objection des abus ? — même distinction entre péchés des membres et sainteté de l'Église.
- Et si l'histoire n'était pas celle qu'on nous a toujours racontée ? — lire l'histoire de l'Église avec méthode.
Notes et références
Saint Jean-Paul II, Journée du pardon, première messe du Carême du Jubilé, basilique Saint-Pierre, 12 mars 2000. Homélie, § 4, sur vatican.va : « Demandons pardon [...] pour la violence à laquelle certains d'entre eux ont eu recours dans le service à la vérité [...] ». Prière universelle (« Confession des fautes et demande de pardon », II) : 2ᵉ intention, introduite par un représentant de la Curie romaine, « Let us pray that each one of us, looking to the Lord Jesus, meek and humble of heart, will recognize that even men of the Church, in the name of faith and morals, have sometimes used methods not in keeping with the Gospel in the solemn duty of defending the truth. » (texte officiel anglais sur vatican.va).
1 2 7 33 34 40Commission théologique internationale, Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé, document rendu public le 7 mars 2000, chap. 5, § 5.3 « The Use of Force in the Service of Truth » (« L'usage de la force au service de la vérité ») — citant saint Jean-Paul II, lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente, 10 novembre 1994, n° 35 : « le consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d'intolérance et même de violence dans le service de la vérité ». Traduction française dans La Documentation Catholique n° 2222, 21 mai 2000, p. 462-481 ; texte en ligne sur vatican.va.
3 18 30 31 35Edward Peters, Inquisition, Free Press, New York, 1988, p. 305 et passim. Ouvrage de référence sur la distinction entre inquisitions historiques (au pluriel) et « The Inquisition » (mythe polémique au singulier).
4Saint Pie X, constitution apostolique Sapienti consilio, 29 juin 1908 : réforme de la Curie romaine ; la Suprême Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle devient la Sacrée Congrégation du Saint-Office.
5Sur l'absence de torture physique dans le procès de Galilée : Maurice A. Finocchiaro, The Galileo Affair: A Documentary History, University of California Press, Berkeley, 1989 ; Annibale Fantoli, Galileo: For Copernicanism and for the Church, 3ᵉ éd., Vatican Observatory Publications, 2003.
6 21Henry Kamen, The Spanish Inquisition: A Historical Revision, 4ᵉ édition, Yale University Press, 2014, chap. 9 « The Inquisition and Spanish Society ». Estimation 3 000 à 5 000 exécutions pour l'Espagne seule, sur l'ensemble de la période 1478-1834. L'ordre de grandeur mondial de 6 500 à 10 000 exécutions, toutes inquisitions confondues, est une estimation propre du présent article (addition des estimations par tribunal) : ce n'est pas un chiffre d'archives.
8 13 16 17 39Peter H. Wilson, Europe's Tragedy: A History of the Thirty Years War, Allen Lane, Londres, 2009, p. 4 et 787 ; Quentin Outram, « The Demographic impact of early modern warfare », Social Science History, vol. 26, n° 2, 2002, p. 245-272 (p. 248). Fourchette de 4,5 à 8 millions de morts, militaires et civils (combats, famine, épidémies).
9Juan Antonio Llorente, Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne, 4 vol., Treuttel et Würtz, Paris, 1817-1818. Extrapolations critiquées par l'historiographie postérieure, notamment Bennassar et Kamen.
10Jaime Contreras et Gustav Henningsen, « Forty-four Thousand Cases of the Spanish Inquisition (1540-1700): Analysis of a Historical Data Bank », dans G. Henningsen et J. Tedeschi (éd.), The Inquisition in Early Modern Europe: Studies on Sources and Methods, Northern Illinois University Press, DeKalb, 1986, p. 100-129. 44 674 procès recensés, 826 exécutions en personne.
11 14Bartolomé Bennassar, L'Inquisition espagnole, XVe-XIXe siècle, Hachette, Paris, 1979, chap. IV « Les peines ». Ordre de grandeur de 3 000 à 5 000 exécutions sur l'ensemble de la période.
12 15Gustav Henningsen, The Witches' Advocate: Basque Witchcraft and the Spanish Inquisition, 1609-1614, University of Nevada Press, Reno, 1980, p. 487-491. Statistiques sur l'usage minoritaire de la torture dans les procès de sorcellerie basques (Espagne) ; ordre de grandeur recoupé pour l'Espagne (« torture was applied in an estimated two percent of cases », Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law, vol. 49, n° 1, 2021).
19Catéchisme de l'Église catholique, n° 2298 : condamnation de la torture et reconnaissance que des pratiques contraires furent jadis tolérées par des autorités ecclésiastiques légitimes, désormais récusées sans réserve.
20Saint Jean-Paul II, discours à l'Académie pontificale des sciences, 31 octobre 1992. Texte officiel : Acta Apostolicae Sedis 85 (1993), p. 764-772.
22Commission pontificale d'étude sur l'affaire Galilée, instituée par Jean-Paul II le 3 juillet 1981, travaux 1981-1992 sous la direction du cardinal Paul Poupard.
23Brian P. Levack, The Witch-Hunt in Early Modern Europe, Longman, Londres, 1987 (3ᵉ éd. 2006, p. 23 : env. 90 000 procès et 45 000 exécutions pour sorcellerie en Europe entre 1450 et 1750).
24Wolfgang Behringer, Witches and Witch-Hunts: A Global History, Polity Press, Cambridge, 2004 : sur la période 1560-1660, les trois quarts environ des exécutés parlaient un dialecte allemand et près de cinq sur six vivaient dans les limites du Saint-Empire d'avant 1648 (terres catholiques comme protestantes).
25Alonso de Salazar Frías, Cuarta relación, rapport adressé à l'inquisiteur général Bernardo de Sandoval y Rojas, mars 1612. Le français ci-dessus paraphrase la conclusion du document : il n'y a eu ni sorcières ni ensorcelés là où l'on n'en a ni parlé ni écrit — teneur rapportée par la littérature académique (« There were neither witches nor bewitched until they were talked and written about ») d'après les travaux de G. Henningsen. Édition : Gustav Henningsen (éd.), The Salazar Documents: Inquisitor Alonso de Salazar Frías and Others on the Basque Witch Persecution, Brill, Leyde, 2004.
26Bulle pontificale Sicut Judaeis, renouvelée par une vingtaine de papes entre Calixte II (vers 1120) et Clément XIV (1775) : interdiction du baptême forcé, du meurtre, de la spoliation et de la profanation des cimetières juifs. Voir S. Grayzel, The Church and the Jews in the XIIIth Century, Hermon Press, New York, 1966.
27Innocent IV, lettre aux prélats d'Allemagne et de France, 5 juillet 1247 : condamnation expresse des accusations de meurtre rituel et des mesures prises contre les juifs à ce prétexte (lettres d'Innocent IV de 1247 éditées dans S. Grayzel, op. cit.).
28Henry Kamen, The Spanish Inquisition: A Historical Revision, Yale University Press, 4ᵉ éd. 2014, chap. 4 « The Inquisition and the Conversos ». Sur la lecture plus sévère mais convergente, voir B. Netanyahu, The Origins of the Inquisition in Fifteenth-Century Spain, Random House, New York, 1995.
29Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente, 10 novembre 1994, n° 33-36 (sur les fautes des fils de l'Église). Texte officiel : Acta Apostolicae Sedis 87 (1995), p. 5-41.
32Ouverture aux chercheurs, début 1998, de l'Archivio della Congregazione per la Dottrina della Fede (fonds du Saint-Office jusqu'à la mort de Léon XIII, 1903), sous l'impulsion du cardinal Joseph Ratzinger, préfet ; le symposium international d'octobre 1998 (cf. Borromeo dir. 2003) en est issu.
36 38Concile Vatican II, déclaration Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, promulguée par Paul VI le 7 décembre 1965, n° 2. Texte officiel : Acta Apostolicae Sedis 58 (1966), p. 929-946.
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