Comment répondre à l'objection de l'enfer éternel ?

Comment répondre avec justesse quand on vous objecte qu'un Dieu d'amour ne peut pas condamner pour l'éternité ? Un guide pratique : l'enfer n'est pas une vengeance de Dieu, mais un refus libre « verrouillé de l'intérieur ».

Ignispedia

« Comment pouvez-vous croire à un Dieu d'amour qui condamne des gens à brûler éternellement ? » — l'objection de l'enfer éternel est l'une des plus fréquentes que rencontre un catholique, et l'une des plus redoutables, parce qu'elle ne s'adresse pas d'abord à l'intelligence mais au cœur. Elle prend la forme d'une indignation morale : un châtiment sans fin paraît cruel, disproportionné, incompatible avec la bonté même de Dieu. Mal préparé, le croyant se met à défendre une image que l'Église elle-même ne professe pas — et il a perdu d'avance.

Cet article n'est pas un exposé de la doctrine de l'enfer : pour cela, voir Que dit l'Église sur l'enfer ?. Ce n'est pas non plus le dossier exhaustif des objections, traité ailleurs en détail dans L'enfer — réponses aux principales objections. C'est un guide pratique : comment écouter l'objection, éviter les pièges qu'elle tend, et y répondre avec justesse et charité dans une vraie conversation — au travail, en famille, sur les réseaux, ou face à sa propre conscience troublée.

Le fil conducteur tient en une phrase : ce n'est pas Dieu qui jette les âmes en enfer ; c'est l'âme qui, jusqu'au bout, refuse Dieu. Tout l'art de la réponse consiste à faire passer l'interlocuteur d'une image fausse — un tyran céleste qui torture — à une vérité plus grave et plus respectueuse : un Amour qui va jusqu'à respecter le « non » définitif de celui qu'il aime.

L'objectif d'une bonne réponse n'est jamais de gagner un débat ni d'effrayer. C'est d'ouvrir une porte : montrer que la foi catholique, sur ce point précisément où on la croit cruelle, est en réalité la plus haute affirmation de la liberté et de la dignité humaines.

Bien comprendre l'objection avant d'y répondre

La première faute, en apologétique, est de répondre trop vite. L'objection de l'enfer éternel n'est pas une seule objection mais un faisceau d'objections différentes, qui n'appellent pas la même réponse. Identifier laquelle on a en face de soi est déjà la moitié du travail.

Les quatre formes de l'objection

On peut ramener l'essentiel à quatre formulations, qu'il est utile d'avoir en tête pour reconnaître immédiatement à quoi l'on a affaire.

Les quatre formes de l'objection de l'enfer éternel. Reconnaître laquelle est posée oriente toute la réponse. Infographie originale Ignispedia.

L'objection de cruauté. « Faire souffrir quelqu'un pour toujours, c'est de la barbarie. » Elle vise la souffrance de l'enfer, imaginée comme une torture physique sans fin. C'est la plus viscérale, et celle qui repose le plus sur une caricature.

L'objection de disproportion. « Une faute commise en quelques années de vie ne peut pas mériter une peine infinie. » Elle vise la mesure : un déséquilibre entre un péché borné dans le temps et une sanction sans limite. C'est l'objection la plus philosophique des quatre.

L'objection d'incompatibilité avec l'amour. « Un Dieu qui aime vraiment ne laisserait personne se perdre. » Elle vise la cohérence de la foi elle-même : si Dieu est amour et tout-puissant, l'enfer semble de trop. C'est l'objection la plus profonde, et la plus sincère.

L'objection d'archaïsme. « L'enfer, c'est une invention pour faire peur et tenir les gens. » Elle vise l'origine de la doctrine, réduite à un instrument de contrôle social. Elle est plus rhétorique que rationnelle, mais très répandue.

Une même personne peut passer de l'une à l'autre en quelques phrases. Le réflexe à acquérir : demander une précision avant de répondre — « Qu'est-ce qui te choque exactement : la souffrance, la durée, ou le fait même que Dieu le permette ? » Cette simple question désamorce l'agressivité et révèle le vrai point sensible.

Ce que l'objecteur défend vraiment

Derrière presque toutes ces formes se cache une intuition juste : Dieu est amour, et l'amour ne se réjouit pas de la perte de quiconque. Il faut le voir et le dire. L'objecteur n'est pas, le plus souvent, un cynique : c'est quelqu'un qui prend l'amour de Dieu plus au sérieux que beaucoup de croyants tièdes. Son erreur n'est pas d'aimer trop l'idée d'un Dieu bon ; c'est de croire que la bonté de Dieu doit supprimer la liberté de l'homme.

C'est pourquoi la meilleure réponse ne commence jamais par « mais si, l'enfer existe ». Elle commence par : « Tu as raison sur l'essentiel — Dieu ne veut la perte de personne. L'Église l'enseigne aussi clairement que toi. » Le Catéchisme est sur ce point d'une netteté que beaucoup d'objecteurs ignorent :

« Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu'à la fin. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1037[1]

Reconnaître la part de vérité de l'adversaire n'est pas une concession tactique : c'est de l'honnêteté, et c'est ce qui rend la suite audible.

La caricature qu'il faut refuser des deux côtés

Il existe une image populaire de l'enfer — flammes, fourches, démons cornus, Dieu vengeur qui expédie les pécheurs au cachot — que l'objecteur attaque et que, trop souvent, le croyant défend sans le vouloir. Or cette image n'est pas la doctrine catholique. La refuser n'est pas brader la foi : c'est la débarrasser d'une gangue folklorique qui la rend indéfendable.

Le piège classique : l'objecteur décrit une caricature, le croyant se sent obligé de la justifier, et la conversation s'enlise dans la défense d'une position que personne ne devrait tenir. La parade est de désolidariser d'emblée la foi de la caricature : « Si c'était vraiment ça, je serais athée avec toi. Mais ce n'est pas ce que l'Église enseigne. »

La première règle : ne pas défendre la caricature

Avant toute argumentation positive, il faut déminer. Tant que l'interlocuteur croit que les chrétiens adorent un bourreau, aucun argument ne passera.

L'enfer n'est pas une chambre de torture où Dieu jette les gens

L'image fausse et l'image juste : qui ferme la porte de l'enfer ? Infographie originale Ignispedia.

Le malentendu central est de se représenter l'enfer comme un lieu de supplices où un Dieu actif enferme les coupables, à la manière d'un juge qui envoie un condamné au bagne. L'Église ne définit pas l'enfer ainsi. Jean-Paul II, dans une catéchèse restée célèbre, a recentré la compréhension :

« Plus qu'un lieu, l'enfer indique la situation dans laquelle se trouve celui qui s'éloigne librement et définitivement de Dieu, source de vie et de joie. » — Jean-Paul II, Audience générale du 28 juillet 1999[2]

Le déplacement est décisif pour la conversation : l'enfer cesse d'être un décor (où l'on serait jeté) pour devenir un état (dans lequel on se met). Le Catéchisme va dans le même sens en plaçant la peine principale non dans le feu, mais dans la perte :

« La peine principale de l'enfer consiste en la séparation éternelle d'avec Dieu en qui seul l'homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1057[3]

Cela ne nie pas la souffrance de l'enfer ; cela en change la nature. Le langage du « feu » dans l'Évangile traduit en images une réalité spirituelle — le déchirement d'un être fait pour Dieu et séparé de lui pour toujours — bien plus que des flammes matérielles. Pour la conversation courante, retenir : la peine de l'enfer, c'est d'abord la perte de Dieu, pas un brasier.

Commencer par donner raison à l'interlocuteur

La meilleure ouverture est presque toujours un accord. « Tu trouves monstrueux qu'un Dieu d'amour torture des gens pour l'éternité ? Moi aussi. Et l'Église aussi : ce n'est pas ce qu'elle enseigne. » On gagne ainsi trois choses : on désarme l'hostilité, on se range du côté de l'amour de Dieu — non contre lui —, et on s'autorise à reconstruire l'image juste sur des bases saines.

Cette tactique n'est pas une ruse : elle correspond au but même de la doctrine de l'enfer, qui n'a jamais été d'effrayer pour effrayer, mais d'appeler à la liberté responsable. Le Catéchisme le dit expressément :

« Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l'Église au sujet de l'enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l'homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1036[4]

Cinq réponses justes à garder en mémoire

Une fois la caricature écartée, voici les cinq réponses de fond — courtes, mémorisables, réutilisables — qui couvrent l'essentiel des situations. Elles ne remplacent pas le dossier argumenté de L'enfer — réponses aux principales objections ; elles en sont la version de poche, à dégainer en conversation.

« Ce n'est pas Dieu qui damne : l'enfer est verrouillé de l'intérieur »

C'est la réponse maîtresse, et il faut la posséder parfaitement. Dieu ne condamne pas au sens où un tyran punit : il ratifie un refus que la créature porte en elle. L'écrivain C. S. Lewis l'a formulé d'une image devenue classique :

« Je crois volontiers que les damnés sont, en un sens, des rebelles qui ont réussi jusqu'au bout ; que les portes de l'enfer sont verrouillées de l'intérieur. » — C. S. Lewis, Le Problème de la souffrance, chapitre 8 (« L'enfer »)[5]

L'image est juste parce qu'elle inverse le sens de la serrure. On imagine l'enfer comme une prison fermée de l'extérieur par un geôlier divin ; Lewis le décrit comme une porte que le damné tient fermée de l'intérieur, refusant « même les premières étapes de cet abandon de soi par lequel seule l'âme peut atteindre un bien quelconque »[6]. L'enfer n'est pas une cellule où l'on serait retenu malgré soi ; c'est une porte qu'on refuse d'ouvrir.

La même intuition trouve sa formule la plus célèbre dans Le Grand Divorce :

C. S. Lewis (1898-1963) : « les portes de l'enfer sont verrouillées de l'intérieur ». Portrait issu de Wikimedia Commons.

« Il n'y a au fond que deux sortes de gens : ceux qui disent à Dieu : "Que ta volonté soit faite", et ceux à qui Dieu dit, à la fin : "Que ta volonté soit faite". » — C. S. Lewis, Le Grand Divorce entre le Ciel et l'Enfer[7]

L'enfer, c'est Dieu qui finit par dire à l'homme : « que ta volonté soit faite » — c'est-à-dire qui respecte, jusque dans son issue tragique, le « non » que l'homme a voulu.

« L'enfer est le prix de ta liberté prise au sérieux »

Beaucoup d'objecteurs veulent à la fois une liberté humaine réelle et l'impossibilité de se perdre. Or les deux sont contradictoires. Une liberté qui ne pourrait jamais dire « non » pour de bon ne serait pas une liberté : ce serait un mécanisme. Si l'amour de Dieu est une proposition et non une contrainte, alors la possibilité du refus définitif est inscrite dans la proposition elle-même.

Formulation de poche : « Tu veux un Dieu qui force tout le monde à l'aimer ? Ce ne serait plus de l'amour, ce serait un viol des consciences. L'enfer est le risque que Dieu accepte de courir pour que ton "oui" soit vraiment le tien. » L'enfer, sous cet angle, n'est pas un défaut du système : c'est l'ombre portée de la dignité d'un être capable d'aimer, donc capable de refuser.

« L'éternité n'est pas une durée de peine, c'est un état devenu définitif »

C'est la réponse à l'objection de disproportion (« une faute finie ne mérite pas une peine infinie »). L'erreur de l'objection est de se représenter l'enfer comme une sentence à durée déterminée — sauf qu'elle serait infiniment longue. Ce n'est pas ainsi qu'il faut le penser.

L'éternité de l'enfer ne tient pas à la gravité d'un acte passé qu'on punirait très longtemps ; elle tient à la fixité d'un état. Après la mort, le choix fondamental de l'âme se cristallise : il n'y a plus de temps pour se reprendre, plus d'avenir où changer d'avis. L'enfer est éternel non parce que Dieu prolonge indéfiniment une punition, mais parce que le refus de Dieu, une fois définitif, l'est. Benoît XVI décrit cette possibilité extrême :

« Il peut y avoir des personnes qui ont détruit totalement en elles le désir de la vérité et la disponibilité à l'amour. […] Dans de semblables individus, il n'y aurait plus rien de remédiable et la destruction du bien serait irrévocable : c'est cela qu'on indique par le mot "enfer". » — Benoît XVI, encyclique Spe Salvi (2007), § 45[8]

Formulation de poche : « L'enfer n'est pas une peine de prison très longue ; c'est ce qui arrive quand quelqu'un a fait de son refus de Dieu sa nature même, et qu'il n'y a plus rien en lui qui veuille en sortir. » (Pour l'argument classique de la dignité infinie de l'Offensé, développé par saint Anselme, voir le traitement détaillé dans L'enfer — réponses aux principales objections.)

« Un amour qui ne pourrait pas être refusé ne serait pas un amour »

C'est la réponse à l'objection d'incompatibilité — la plus profonde. Elle consiste à montrer que l'enfer, loin de contredire l'amour de Dieu, en est la conséquence. Dieu veut sincèrement le salut de tous :

« Dieu, notre Sauveur […] veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » — Saint Paul, 1 Tm 2, 3-4[9]

Mais vouloir sauver quelqu'un sans son consentement, ce n'est pas l'aimer, c'est le posséder. L'amour authentique demande une réponse libre ; il ne peut donc pas exclure d'avance le refus. Un Dieu qui supprimerait l'enfer en forçant tout le monde au Ciel ne serait pas plus aimant : il serait moins respectueux. L'enfer est le revers de la grandeur d'une création appelée non à subir Dieu, mais à l'aimer.

« L'Église ne déclare personne en enfer — et elle espère »

Dernière réponse, souvent décisive face à l'objection « alors la plupart des gens sont damnés ? ». Point capital, et largement ignoré : l'Église, qui canonise des saints, n'a jamais déclaré qu'une seule âme nommée est en enfer. Elle affirme l'existence et l'éternité de l'enfer comme possibilité réelle, mais elle ne prononce le destin éternel de personne en particulier. Elle confie au contraire chaque défunt à la miséricorde de Dieu et espère le salut.

La doctrine enseigne donc une possibilité — l'enfer est réel, et nul ne peut présumer s'en exempter par avance — sans jamais en faire une statistique. Formulation de poche : « L'Église dit que l'enfer est possible, pas qu'il est plein. Elle ne sait le nom d'aucun damné, et elle prie pour que personne ne s'y perde. »

Répondre selon la personne en face

Adapter la réponse à l'interlocuteur : à chaque profil, une porte d'entrée différente. Infographie originale Ignispedia.

Une bonne réponse n'est pas seulement vraie : elle est ajustée à celui qui écoute. La même vérité ne se dit pas de la même façon à un athée militant, à un croyant tiède, ou à quelqu'un que la peur a blessé.

À l'athée qui trouve l'idée monstrueuse

Avec lui, inutile de citer le Catéchisme : il ne reconnaît pas son autorité. Le terrain commun est la liberté. On peut lui accorder qu'un Dieu-tortionnaire serait monstrueux — « on est d'accord » — puis montrer que la conception catholique n'est pas celle-là, mais celle d'un respect radical du choix humain. L'angle qui touche un athée n'est pas la peur du châtiment, c'est la cohérence : si l'on tient à la liberté humaine, il faut en accepter le risque ; un monde où personne ne pourrait jamais dire « non » à l'Absolu serait un monde sans véritable liberté.

À celui qui croit en un « Dieu gentil » sans jugement

Profil très répandu aujourd'hui : un Dieu vaguement bienveillant qui « accueille tout le monde » et pour qui rien n'a de conséquence éternelle. Ici le danger n'est pas la peur, mais l'indifférence. La bonne réponse souligne que supprimer le jugement, c'est rendre les choix humains insignifiants : si tout finit pareil, le bien et le mal, l'amour et la cruauté, le bourreau et sa victime se valent. Or notre conscience proteste : nous voulons que la justice existe. L'enfer est le nom du sérieux que Dieu accorde à nos actes — il est le contraire d'un Dieu qui se moque de ce que nous faisons.

À la personne blessée par une prédication de la peur

Beaucoup ont reçu, dans l'enfance ou dans certains milieux, une prédication de l'enfer faite de menaces et de terreur. Pour eux, l'objection est d'abord une blessure. La pire réponse serait d'argumenter froidement. Il faut d'abord reconnaître que cette prédication a pu être abusive et déformante — « on a parfois utilisé l'enfer comme un fouet, et c'est une trahison de l'Évangile » — puis présenter la doctrine réelle, ordonnée à la miséricorde et à la liberté. Le but de l'enseignement sur l'enfer est un appel à la conversion par amour, non par épouvante.

À l'adolescent ou au croyant qui doute

Avec un jeune ou un croyant qui vacille, l'efficacité ne vient pas d'un argument écrasant mais d'une image juste et d'une honnêteté sur ce qu'on ignore. L'image de la porte verrouillée de l'intérieur parle à tous les âges. On peut aussi reconnaître franchement le mystère : nous ne savons pas qui est sauvé, l'Église espère pour tous, et l'enfer est moins une menace brandie qu'une liberté vertigineuse — celle de pouvoir dire « non » à l'Amour. Présenté ainsi, le dogme cesse d'être un repoussoir pour devenir une affirmation de la grandeur de l'homme.

Les objections-pièges et comment ne pas s'y faire prendre

Certaines reprises de l'objection sont des pièges : des questions qui paraissent imparables mais reposent sur un présupposé qu'il suffit de nommer pour les désamorcer.

« Alors la plupart des gens sont en enfer ? »

Le piège suppose que l'Église tiendrait un compte des damnés. Elle n'en tient aucun. Réponse : « L'Église affirme que l'enfer est possible, jamais qu'il est peuplé de telle ou telle proportion d'humanité. Elle ne nomme aucun damné et espère le salut de tous. » On peut ajouter que les saints invitent à craindre pour soi et à espérer pour les autres — l'inverse exact du réflexe qui consiste à se rassurer sur soi et à damner autrui.

« Et les gens qui n'ont jamais connu le Christ ? »

Le piège suppose que l'Église condamnerait automatiquement les non-chrétiens. Faux : elle enseigne que celui qui, sans faute de sa part, ignore le Christ et son Église mais cherche Dieu d'un cœur sincère et s'efforce d'accomplir sa volonté, peut être sauvé. La damnation ne frappe pas l'ignorance involontaire, mais le refus libre et conscient du bien connu[10]. Pour le détail, renvoyer à Qu'arrive-t-il à ceux qui n'ont jamais entendu parler de Jésus ? et Peut-on être sauvé sans connaître Jésus ?.

« Le feu éternel, vous y croyez vraiment ? »

Le piège enferme dans une alternative : ou bien des flammes matérielles (et c'est absurde), ou bien rien (et la doctrine s'effondre). La sortie est de rappeler que l'Église n'a jamais défini la nature physique du feu, et que la peine principale de l'enfer est la perte de Dieu, non un brasier. Le « feu » de l'Évangile dit, en image, la réalité brûlante d'un être séparé pour toujours de Celui pour qui il était fait. Nier les flammes de bande dessinée n'est pas nier l'enfer ; c'est le comprendre.

« Si Dieu savait qu'ils seraient damnés, pourquoi les créer ? »

Le piège confond la prescience de Dieu (il sait) avec la causalité (il déciderait). Que Dieu connaisse d'avance un refus ne signifie pas qu'il le cause : un médecin qui prévoit qu'un patient refusera son traitement n'est pas l'auteur de ce refus. Dieu crée chaque homme pour le bonheur et lui donne tous les moyens du salut ; la possibilité de la perte vient de la liberté de la créature, non d'un décret divin. (Cette objection, dite de la prescience, est traitée à fond dans L'enfer — réponses aux principales objections.)

Ce que disent les saints : la peur n'est pas le dernier mot

Sur l'enfer, les mystiques tiennent un langage qui surprend l'objecteur : ils en parlent avec gravité, mais toujours ordonné à la miséricorde. Comprendre cela aide à répondre que la doctrine n'est pas une arme de terreur, mais un appel.

Faustine : pourquoi Dieu montre l'enfer

Sainte Faustine Kowalska (1905-1938) : la vision de l'enfer reçue « par ordre de Dieu », par miséricorde et non pour désespérer. Portrait issu de Wikimedia Commons.

Sainte Faustine Kowalska rapporte, dans son Petit Journal, une vision de l'enfer reçue par ordre de Dieu « pour en parler aux âmes et témoigner que l'enfer existe ». Sa description confirme, de l'intérieur de l'expérience mystique, ce que dit la théologie : le premier des tourments n'est pas le feu, c'est la perte :

« Le premier tourment qui constitue l'enfer, c'est la perte de Dieu ; le deuxième, le remords perpétuel de la conscience ; le troisième, le sort qui ne changera plus jamais. » — Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, § 741[11]

Détail capital pour la conversation : Faustine ajoute qu'elle a écrit cela « sur l'ordre de Dieu, pour qu'aucune âme ne puisse s'excuser en disant qu'il n'y a pas d'enfer » — autrement dit, par miséricorde, pour avertir et sauver, jamais pour désespérer.

Fatima : l'enfer et la main tendue

En 1917, les trois enfants de Fatima reçoivent eux aussi une vision de l'enfer, lors de l'apparition du 13 juillet[12]. Mais le message qui l'accompagne n'est pas la terreur : c'est un appel à la prière et au sacrifice « pour la conversion des pécheurs » et pour que les âmes ne « tombent » pas. La vision de l'enfer y est immédiatement suivie de la révélation de la miséricorde et de l'invitation à intercéder. Là encore, l'enfer n'est pas montré pour écraser, mais pour mobiliser l'amour.

Le but de la doctrine : un appel, pas une menace

C'est la conclusion qui doit rester. L'Église n'enseigne pas l'enfer pour terrifier, mais pour dire au plus haut prix la valeur de chaque choix humain et la réalité de la liberté. Benoît XVI, après avoir décrit la possibilité de l'enfer, souligne aussitôt que, « chez la plupart des hommes », demeure « une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l'amour, pour Dieu »[13]. La doctrine de l'enfer est encadrée, dans la foi catholique, par l'espérance du salut — elle n'est jamais le dernier mot.

Une boîte à outils : les phrases-clés

Pour finir, un récapitulatif utilisable tel quel. Le tableau ci-dessous associe à chaque forme de l'objection une réponse de poche et sa source. Il n'épuise pas le sujet — il donne de quoi ouvrir la conversation sans tomber dans les pièges.

Quand on vous dit…Répondez en substance…Appui
« C'est cruel de faire souffrir pour toujours »La peine de l'enfer, c'est d'abord la perte de Dieu, pas un brasier ; Dieu ne torture personneCEC § 1057 ; Jean-Paul II 1999
« Une faute finie ne mérite pas une peine infinie »L'enfer n'est pas une peine longue, c'est un refus devenu définitif après la mortSpe Salvi § 45
« Un Dieu d'amour ne damnerait personne »Justement : ce n'est pas Dieu qui damne, l'enfer est verrouillé de l'intérieurC. S. Lewis ; CEC § 1037
« Alors la plupart des gens sont damnés ? »L'Église dit l'enfer possible, jamais qu'il est plein ; elle ne nomme aucun damné et espère pour tousCEC § 1058
« Et ceux qui n'ont jamais connu le Christ ? »La damnation frappe le refus libre du bien connu, pas l'ignorance involontaireCEC § 847
« Le feu éternel, sérieusement ? »L'Église n'a jamais défini des flammes matérielles ; le « feu » est l'image de la séparation d'avec DieuCEC § 1057
« C'est juste une invention pour faire peur »Au contraire : la doctrine affirme la valeur éternelle de tes choix et le respect de ta libertéCEC § 1036

La règle d'or, sous toutes ces formules : ne jamais défendre un Dieu-bourreau, toujours défendre un Amour qui respecte la liberté jusqu'au bout. Celui qui possède cette clé n'a plus à craindre l'objection de l'enfer éternel : il peut en faire, à l'inverse, l'une des plus belles portes d'entrée vers le vrai visage de Dieu.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1037, op. cit. : « Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu'à la fin. »

    1
  2. Jean-Paul II, Audience générale du 28 juillet 1999, L'enfer comme refus définitif de Dieu, texte officiel sur vatican.va : « Plus qu'un lieu, l'enfer indique la situation dans laquelle se trouve celui qui s'éloigne librement et définitivement de Dieu, source de vie et de joie. »

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1057, op. cit. : « La peine principale de l'enfer consiste en la séparation éternelle d'avec Dieu en qui seul l'homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. »

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 1036, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992 : l'enseignement sur l'enfer comme « appel à la responsabilité » et « appel pressant à la conversion ».

    4
  5. C. S. Lewis, The Problem of Pain (1940), ch. 8, « Hell » : « I willingly believe that the damned are, in one sense, successful, rebels to the end; that the doors of hell are locked on the inside. […] they certainly do not will even the first preliminary stages of that self-abandonment through which alone the soul can reach any good. » Trad. fr. Le Problème de la souffrance, éd. Raphaël.

    5 6
  6. C. S. Lewis, The Great Divorce (1945), ch. 9 : « There are only two kinds of people in the end: those who say to God, "Thy will be done", and those to whom God says, in the end, "Thy will be done". » Trad. fr. Le Grand Divorce entre le Ciel et l'Enfer.

    7
  7. Benoît XVI, encyclique Spe Salvi (30 novembre 2007), § 45, texte officiel sur vatican.va : « Il peut y avoir des personnes qui ont détruit totalement en elles le désir de la vérité et la disponibilité à l'amour. […] Dans de semblables individus, il n'y aurait plus rien de remédiable et la destruction du bien serait irrévocable : c'est cela qu'on indique par le mot "enfer". »

    8
  8. Première lettre de saint Paul à Timothée 2, 3-4 (traduction liturgique AELF) : « Dieu, notre Sauveur […] veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

    9
  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 847, op. cit. : « Ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent […] d'accomplir sa volonté […], peuvent arriver au salut éternel » (citant Lumen Gentium 16).

    10
  10. Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal. La Miséricorde Divine dans mon âme, § 741, éd. Apostolat de la Miséricorde Divine / Marians. Vision de l'enfer reçue « sur l'ordre de Dieu », énumérant les tourments des damnés, dont le premier est la perte de Dieu.

    11
  11. Sœur Lucie de Fatima, Troisième Mémoire (août 1941), dans Memórias da Irmã Lúcia, Secretariado dos Pastorinhos, Fatima : récit de la vision de l'enfer du 13 juillet 1917, immédiatement suivie de l'appel à prier et à se sacrifier pour la conversion des pécheurs.

    12
  12. Benoît XVI, Spe Salvi (2007), § 46 : « chez la plupart des hommes » demeure « une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l'amour, pour Dieu », même recouverte par les compromis avec le mal.

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