Cinq jours avant la Pâque, Jésus descend du mont des Oliviers vers Jérusalem, assis sur un ânon, pendant que la foule étend ses manteaux et crie : « Hosanna au Fils de David ! »[1]. Les quatre Évangiles racontent la scène, chacun avec son accent propre, et tous y lisent l'accomplissement de l'oracle de Zacharie : « Voici ton roi qui vient » (Za 9, 9)[2]. Le Catéchisme y voit la manifestation du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa mort et de sa résurrection[3].
L'événement est unique dans le ministère public : Jésus, qui s'était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi[4], choisit ici le moment, prépare les détails et accepte l'acclamation messianique. Il entre dans la ville de David en Roi, mais sur une monture d'humble, et il pleure sur Jérusalem en la voyant[5]. Royauté revendiquée et humilité proclamée tiennent ensemble : c'est tout le mystère de cette journée.
Cet article lit les quatre récits comme l'Église les reçoit : des témoignages enracinés dans l'histoire, portés par des auteurs connus, datés du premier siècle, médités par les Pères, chantés par la liturgie et scrutés par la recherche moderne, dont les hypothèses sont examinées en fin de parcours.
Le dossier en une page : les quatre récits de l'entrée
Avant d'entrer dans le détail, voici comment les quatre Évangiles se répartissent la matière. Tous racontent la même journée, mais aucun ne dit exactement les mêmes choses : Matthieu donne l'accomplissement prophétique, Marc le mouvement, Luc les larmes, Jean la foule de la fête.
| Évangile | Forme du récit | Ce qu'il apporte en propre |
|---|---|---|
| Matthieu 21, 1-11 | Récit d'accomplissement | L'ânesse et l'ânon amenés ensemble, la citation explicite de Zacharie, l'acclamation au « Fils de David », la ville « en émoi »[6][7] |
| Marc 11, 1-11 | Récit bref et vif | L'envoi de deux disciples, l'ânon « sur lequel personne ne s'est encore assis », les manteaux et la verdure coupée aux champs, la visite du soir au Temple[8][9] |
| Luc 19, 28-44 | Récit de montée et de deuil | La descente du mont des Oliviers par « toute la multitude des disciples », les pharisiens rabroués (« les pierres crieront »), les pleurs sur Jérusalem et l'annonce du siège[10][11] |
| Jean 12, 12-19 | Récit de fête | Le lendemain de l'onction de Béthanie, la foule venue pour la fête avec des palmes, le « Roi d'Israël », la remarque sur les disciples qui ne comprirent qu'après la glorification[12][13] |
Ces quatre voix ne se contredisent pas, elles se complètent : Matthieu prouve, Marc montre, Luc pleure, Jean contemple. C'est le même événement vu de quatre angles, comme quatre témoins d'une même scène racontent chacun ce qui l'a frappé.
Matthieu : le Roi annoncé par les prophètes
Matthieu, l'évangéliste le plus juif des quatre, construit son récit comme une démonstration : tout ce qui arrive ce jour-là était écrit. Il est le seul à citer Zacharie en toutes lettres, et le seul à faire amener deux animaux.
L'ânesse et l'ânon
Jésus envoie deux disciples avec une consigne précise : dans le village d'en face, ils trouveront « une ânesse attachée et son petit avec elle », qu'ils devront détacher et amener ; si on les interroge, ils répondront : « Le Seigneur en a besoin »[14]. Les disciples obéissent, amènent les deux bêtes, disposent leurs manteaux dessus, et Jésus s'assoit[15]. Pourquoi deux animaux quand les trois autres récits n'en montrent qu'un ? Parce que l'oracle de Zacharie nomme les deux : « un âne, un ânon, le petit d'une ânesse » (Za 9, 9)[16]. Matthieu veut montrer que la prophétie s'accomplit à la lettre : la mère est amenée avec son petit, ce qui est d'ailleurs le plus naturel pour un jeune animal jamais monté. Jésus monte l'ânon, comme le précisent Marc et Luc[17]. Saint Augustin notait déjà que « l'un et l'autre furent amenés au Seigneur » et y lisait un sens spirituel : l'ânon, que personne n'avait monté, figure les nations appelées à la foi, et l'ânesse le peuple d'Israël[18]. L'examen détaillé de cette question appartient à la lecture liturgique des Rameaux, traitée dans le dimanche des Rameaux.
« Hosanna au Fils de David »
La foule qui précède et qui suit crie : « Hosanna », acclame le « Fils de David », bénit « celui qui vient au nom du Seigneur »[19]. Le titre de Fils de David est le titre messianique royal par excellence : il désigne l'héritier promis à David, celui dont le règne n'aura pas de fin (cf. 2 S 7, 12-16)[20]. En l'acceptant publiquement, Jésus revendique la royauté davidique au moment même où il va mourir. Matthieu ajoute un trait que nul autre ne donne : « toute la ville fut en émoi », et à la question « Qui est cet homme ? », les foules répondent : « C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée »[21]. L'émoi (le verbe grec signifie littéralement « trembler comme lors d'un séisme ») dit que Jérusalem sent passer quelque chose de plus grand qu'un pèlerin de plus.
« Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Évangile selon saint Matthieu, 21, 9, traduction liturgique AELF)[22]
Marc et Luc : le chemin du pèlerin et les larmes du prophète
Marc et Luc racontent la même montée, mais Luc, l'enquêteur, y ajoute le pathétique : c'est chez lui seul que Jésus pleure sur la ville.
Marc : la sobriété du témoin de Pierre
Marc va à l'essentiel : l'envoi des deux disciples, la consigne (« Le Seigneur en a besoin, et aussitôt il le renverra ici »), l'ânon trouvé dehors près d'une porte, des passants qui interrogent, la réponse qui les apaise[23]. Puis les manteaux étendus, la verdure « coupée dans les champs », et le double cri : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père ! »[24]. Marc est le seul à faire acclamer explicitement « le Règne » : la foule ne salue pas seulement un homme, elle salue l'arrivée du Royaume. Et Marc est le seul à clore la journée par une notation d'une grande vérité de témoin : le soir venu, Jésus jette un regard circulaire sur le Temple, puis, « comme il était déjà tard », retourne à Béthanie avec les Douze[25]. La purification du Temple attendra le lendemain : ce soir-là, le Roi inspecte sa maison en silence.
Luc : la multitude, les pharisiens et les pierres
Luc ordonne la scène en montée : Jésus marche en tête vers Jérusalem, arrive « près de Bethphagé et de Béthanie, près du mont appelé mont des Oliviers », envoie deux disciples chercher l'ânon « sur lequel personne ne s'est encore jamais assis », avec le même mot de passe : « Le Seigneur en a besoin »[26]. À la descente du mont, « toute la multitude des disciples », remplie de joie, loue Dieu pour les miracles vus et proclame : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! »[27]. Luc est le seul à faire dire « le Roi » en toutes lettres, et le seul à noter la réaction des pharisiens mêlés à la foule : « Maître, réprimande tes disciples ! » La réponse claque : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront »[28]. L'acclamation n'est pas une effusion qu'on peut faire taire : la création elle-même devrait la pousser si les hommes se taisaient.
Les pleurs sur Jérusalem
Puis vient le sommet pathétique du récit de Luc, absent des trois autres. En arrivant en vue de la ville, Jésus pleura sur elle[29]. Il pleure comme les prophètes pleuraient, et ses paroles mêlent le désir et le jugement : Jérusalem n'a pas reconnu « ce qui donne la paix », et des jours viendront où ses ennemis l'encercleront et ne laisseront pas « pierre sur pierre », « parce que tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait »[30]. Le Catéchisme reprend ce moment : quand Jérusalem est en vue, Jésus pleure sur elle et exprime « encore une fois le désir de son cœur »[31]. Quarante ans plus tard, en 70, les légions de Titus encercleront la ville et détruiront le Temple : les auditeurs de Luc, qui écrivaient après la catastrophe ou à sa veille, entendaient dans ces larmes une prophétie vérifiée.
« En arrivant en vue de la ville, Jésus pleura sur elle en disant : Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux. » (Évangile selon saint Luc, 19, 41-42, traduction liturgique AELF)[32]
Jean : la foule des Rameaux et l'heure venue
Jean raconte la même entrée, mais depuis la fête : ce n'est plus le cortège qui monte, c'est Jérusalem qui descend à sa rencontre. Son récit est le seul à nommer les palmes, et le seul à avouer que les disciples ne comprirent que plus tard.
Le lendemain : la fête vient au-devant de Jésus
« Le lendemain », soit le lendemain de l'onction de Béthanie, « la grande foule venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem »[33]. La foule ne suit donc pas Jésus depuis la Galilée : elle sort de la ville, elle est déjà rassemblée pour la Pâque, et elle vient au-devant de lui avec des « branches de palmiers »[34]. Ce détail change tout le tableau : l'entrée n'est pas seulement l'arrivée d'un groupe de pèlerins galiléens, c'est la rencontre de Jésus avec le rassemblement pascal lui-même. Le cri reprend le psaume 118 avec un ajout royal : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël ! »[35]. Et Jean cite Zacharie sous une forme brève : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici ton roi qui vient, assis sur le petit d'une ânesse »[36].
« Nous voudrions voir Jésus » : l'heure des nations
Jean enchaîne immédiatement l'entrée avec l'épisode des Grecs : des païens montés pour adorer pendant la fête demandent à voir Jésus, et Jésus répond : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié »[37]. L'entrée ouvre ainsi l'heure, c'est-à-dire la Passion : le Roi acclamé par Jérusalem va attirer à lui les nations. C'est le sens profond que Jean donne à la journée : l'acclamation d'Israël débouche sur l'appel des païens, et la royauté proclamée sur le chemin se consommera sur la croix, dont l'écriteau proclamera en trois langues « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs » (Jn 19, 19-20)[38].
Les disciples ne comprirent que plus tard
Jean ajoute une confidence d'une honnêteté désarmante : « Ses disciples ne comprirent pas cela sur le moment, mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se rappelèrent que cela avait été écrit à son sujet »[39]. L'aveu est précieux pour l'historien comme pour le croyant : les récits de l'entrée ne sont pas une mise en scène fabriquée après coup par des disciples qui auraient tout compris d'avance. Ils sont le souvenir d'hommes qui ont vécu une journée éblouissante sans la comprendre, et qui n'en ont saisi le sens qu'à la lumière de la résurrection. La mémoire précède l'intelligence : c'est la marque des témoignages vrais.
L'onction de Béthanie : une question de date loyalement posée
Jean situe l'onction de Marie à Béthanie « six jours avant la Pâque » (Jn 12, 1)[40], tandis que Marc et Matthieu la placent « deux jours avant la Pâque » (Mc 14, 1 ; Mt 26, 2)[41]. Faut-il y voir une contradiction ? Plusieurs lectures sont proposées depuis les Pères : deux onctions distinctes (celle de Jean au début de la semaine, celle de Marc à la fin), ou un récit anticipé chez Jean pour grouper les adieux de Béthanie avant l'entrée. L'Église n'a jamais tranché entre ces harmonisations, et l'article les signale sans trancher : l'essentiel, attesté par tous, est que l'onction de Béthanie précède immédiatement l'entrée et que Marie y annonce, par son parfum, la sépulture du Seigneur[42]. La chronologie fine de la semaine est détaillée plus bas.
« Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël ! » (Évangile selon saint Jean, 12, 13, traduction liturgique AELF)[43]
Le chemin : de Béthanie à Jérusalem
L'entrée suit un itinéraire précis, jalonné de lieux connus et vérifiables : Béthanie, Bethphagé, le mont des Oliviers, la vallée du Cédron, le Temple. La topographie des récits est exacte, et chaque lieu porte un sens.
Béthanie, le village des amis
Jésus vient de Jéricho, où il a guéri l'aveugle Bartimée (Mc 10, 46-52)[44], et il monte à Béthanie, « à quinze stades » de Jérusalem, soit environ trois kilomètres (Jn 11, 18)[45]. Béthanie est le village de Marthe, de Marie et de Lazare, que Jésus vient de ressusciter : c'est ce signe, dit Jean, qui a mis en mouvement la foule de l'entrée[46]. Béthanie est aussi le refuge des soirs de la Semaine sainte : chaque soir, Jésus y retourne dormir (Mc 11, 11)[47]. Le Roi qui entre dans sa capitale loge chez ses amis, pas au palais.
Bethphagé et le mont des Oliviers
De Béthanie, le chemin passe par Bethphagé, la « maison des figues » selon l'étymologie couramment reçue, un hameau sur le versant oriental du mont des Oliviers[48]. Le mont des Oliviers est une crête d'environ trois kilomètres qui domine Jérusalem depuis l'est, séparée de la ville par la vallée du Cédron. C'est un lieu chargé d'espérance : le prophète Zacharie annonçait que les pieds du Seigneur se poseraient sur le mont des Oliviers au jour de la délivrance (Za 14, 4)[49]. En descendant de cette montagne vers le Temple, Jésus inscrit ses pas dans la géographie même de l'attente d'Israël.
La dernière semaine, jour par jour
L'entrée ouvre la Semaine sainte. Voici la chronologie que les quatre récits permettent de reconstituer, en suivant l'ordre de Marc, le plus précis sur les jours.
- SamediL'onction de Béthaniesix jours avant la Pâque (Jn 12, 1)
Jésus arrive à Béthanie. Marie répand sur ses pieds un parfum de grand prix. Jésus y lit l'annonce de sa sépulture[50].
- DimancheL'entrée à Jérusalemcinq jours avant la Pâque
Descente du mont des Oliviers, manteaux, rameaux, Hosanna. Le soir, visite silencieuse du Temple, puis retour à Béthanie[51].
- LundiLe figuier et la purification du Templele Roi nettoie sa maison
Jésus maudit le figuier stérile, chasse les vendeurs du Temple : « Ma maison sera appelée maison de prière » (Mc 11, 17)[52].
- MardiLes controverses dans le Templequestions pièges et paraboles
Tribut à César, résurrection des morts, grand commandement, paraboles des vignerons et des noces (Mc 11, 27 à 13, 37)[53].
- MercrediLe silence et la trahisonle complot se noue
Judas va trouver les grands prêtres et convient avec eux de livrer Jésus (Mc 14, 10-11)[54].
- JeudiLa Cènele dernier repas pascal
Jésus mange la Pâque avec les Douze, institue l'Eucharistie, prie à Gethsémani où il est arrêté. Le dossier complet est à venir dans La Cène.
- VendrediLe procès et la Croixle Roi couronné d'épines
Comparution devant le sanhédrin puis Pilate, flagellation, crucifixion au Golgotha. Voir Le procès de Jésus et La crucifixion de Jésus.
« Voici ton roi » : Zacharie, les psaumes et les gestes royaux
Rien dans cette journée n'est improvisé : chaque geste de Jésus et de la foule reprend un texte ou un usage royal d'Israël. Pour comprendre l'entrée, il faut connaître trois références : l'oracle de Zacharie, le psaume du pèlerinage et les intronisations d'autrefois.
L'oracle de Zacharie 9, 9
Le prophète Zacharie, actif après l'exil à Babylone, au temps de la reconstruction du Temple (vers la fin du VIe siècle avant Jésus-Christ, selon la datation traditionnelle), annonce à Jérusalem la venue d'un roi d'un genre nouveau[55]. Voici son oracle, tel que Matthieu et Jean le citent :
« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un ânon, le petit d'une ânesse. » (Livre de Zacharie, 9, 9, traduction liturgique AELF)[56]
Trois traits définissent ce roi : il est juste, il est victorieux (le salut lui est donné), et il est humble, monté sur un âne, la monture des temps de paix, à l'opposé du cheval de guerre (cf. Za 9, 10, qui brise l'arc de guerre)[57]. La suite de l'oracle annonce un règne de paix « jusqu'aux extrémités de la terre ». En choisissant exactement cette monture, Jésus signe son entrée : il est bien le Roi annoncé, mais un Roi qui refuse la violence. Saint Jérôme, dans son commentaire sur Zacharie, y lit la figure du Christ doux, et toute la tradition après lui[58]. Benoît XVI, dans le chapitre qu'il consacre à l'entrée dans son livre sur Jésus, y voit le geste par lequel Jésus revendique le droit des rois tout en le transfigurant : une royauté de pauvreté qui accomplit la prophétie au lieu de la démentir[59].
Hosanna et le psaume 118
Le cri de la foule vient du psaume 118 (117 selon la numérotation grecque), le dernier du Hallel pascal, le chant des pèlerins qui montaient au Temple pour les fêtes[60]. Le psaume dit : « Donne, Seigneur, donne le salut ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! »[61]. « Hosanna » transcrit l'hébreu « sauve donc », une supplication devenue acclamation de joie : la foule demande le salut en proclamant celui qui l'apporte. En criant ce verset sur le passage de Jésus, les pèlerins font de lui le « venant » du psaume, l'envoyé de Dieu attendu à la fête. L'Église a gardé ce cri : chaque messe le reprend dans le Sanctus, juste avant la consécration[62].
« Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! » (Psaume 117, 25-26, traduction liturgique AELF)[63]
Manteaux, palmes et rameaux : des gestes d'intronisation
Étendre son manteau sous les pas de quelqu'un, c'est le reconnaître pour roi : ainsi fit-on pour Jéhu, quand on étendit les vêtements sous lui au sommet des marches en criant « Jéhu est roi ! » (2 R 9, 13)[64]. Couper des branches et joncher le chemin, c'est l'accueil réservé aux vainqueurs et aux libérateurs : ainsi accueillit-on Simon Maccabée entrant dans la citadelle de Jérusalem « avec des chants de louange et des rameaux de palmiers » (1 M 13, 51)[65]. Les palmiers de Jean renvoient aussi à la fête des Tentes, où Israël agitait le loulav, le bouquet de fête (Lv 23, 40)[66], et annoncent déjà les palmes des martyrs et de la foule de l'Apocalypse (Ap 7, 9)[67]. Chaque geste de la foule est donc un langage : sans prononcer le mot « roi », elle intronise.
L'ânon jamais monté : un animal réservé
Marc et Luc précisent que l'ânon est « sur lequel personne ne s'est encore assis »[68]. Le détail n'est pas pittoresque : dans la Loi, les animaux destinés à un usage sacré doivent n'avoir jamais porté le joug (cf. la génisse rousse de Nb 19, 2, la vache de Dt 21, 3, les vaches de l'arche en 1 S 6, 7)[69]. La monture du Roi qui entre dans la ville sainte est une bête réservée, intacte, comme il convient à un usage divin. Saint Jean Chrysostome, dans son homélie sur ce passage, admire que le Christ fasse concourir les bêtes elles-mêmes à la prophétie : la création obéit et porte son Seigneur[70].
La théologie de l'entrée : un Roi qui vient en pleurant
L'Église ne lit pas l'entrée comme une simple anecdote pittoresque : elle y voit le résumé de tout le mystère du Christ, Roi humble qui se manifeste avant de se livrer. Le Catéchisme lui consacre quatre paragraphes denses (n. 557 à 560), qui donnent la clé catholique de la journée[71].
La montée décidée et le Roi de gloire
Jésus « prit résolument le chemin de Jérusalem », sachant qu'il y allait pour mourir, après avoir annoncé par trois fois sa Passion[72]. Puis vient l'accueil : alors qu'il s'était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi, Jésus choisit le temps et prépare les détails de son entrée messianique. Acclamé comme Fils de David, il entre dans sa ville « monté sur un ânon » : il ne conquiert pas la Fille de Sion par la ruse ni par la violence, mais par l'humilité[73].
« Comment Jérusalem va-t-elle accueillir son Messie ? Alors qu'il s'était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi, Jésus choisit le temps et prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de David, son père. Il est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut. Or Roi de Gloire entre dans sa Ville monté sur un ânon : il ne conquiert pas la Fille de Sion, figure de son Église, par la ruse ni par la violence, mais par l'humilité qui témoigne de la Vérité. » (Catéchisme de l'Église catholique, § 559)[74]
Les enfants et les pauvres, sujets du Royaume
Ce jour-là, les sujets du Royaume ne sont ni les puissants ni les prêtres : ce sont les enfants et les « pauvres de Dieu », qui acclament comme les anges annonçaient aux bergers[75]. Matthieu raconte qu'après l'entrée, des enfants crient dans le Temple « Hosanna au Fils de David », au scandale des grands prêtres, et que Jésus leur répond par le psaume 8 : « De la bouche des enfants et des tout-petits, tu as fait monter la louange » (Mt 21, 15-16 ; Ps 8, 3)[76]. Les petits reconnaissent le Roi que les sages refusent : c'est la loi du Royaume, déjà proclamée dans les Béatitudes (voir Les Béatitudes).
Le lendemain : la purification du Temple
Le Roi qui vient d'entrer inspecte sa maison, puis la nettoie. Le lendemain de l'entrée (le jour même, dans le récit resserré de Matthieu), Jésus chasse les vendeurs du Temple : « Ma maison sera appelée maison de prière »[77]. L'entrée et la purification forment un seul geste royal : le Messie prend possession du lieu de la présence divine et en restaure l'usage. C'est ce geste, plus encore que l'entrée, qui scellera son arrestation : en touchant au Temple, Jésus touche au cœur du pouvoir religieux. La suite appartient au dossier de la Passion (voir La Passion selon les quatre évangiles).
« L'entrée de Jésus à Jérusalem manifeste la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection. C'est par sa célébration, le dimanche des Rameaux, que la liturgie de l'Église ouvre la grande Semaine Sainte. » (Catéchisme de l'Église catholique, § 560)[78]
Les témoins anciens : qui a écrit, quand, et d'où on le sait
L'Église reçoit les quatre récits de témoins connus, enracinés dans le premier siècle. Voici la position traditionnelle, portée par les témoins anciens et la réception canonique, avant l'examen des hypothèses modernes en fin d'article.
| Évangile | Auteur selon la tradition | Datation traditionnelle | Témoin ancien principal |
|---|---|---|---|
| Matthieu | L'apôtre Matthieu, d'abord en langue des Hébreux | Années 50 à 60 | Papias, relayé par Eusèbe (Histoire ecclésiastique, III, 39) : Matthieu composa les paroles du Seigneur en langue hébraïque[79] |
| Marc | Jean Marc, interprète de Pierre à Rome | Années 60 | Papias : Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude ce dont il se souvenait[80] |
| Luc | Luc, médecin compagnon de Paul | Vers 60 à 63 | Prologues anciens et saint Irénée : Luc, compagnon de Paul, consigna l'Évangile prêché par lui[81] |
| Jean | L'apôtre Jean, à Éphèse | Vers 90 à 100 | Saint Irénée, disciple de Polycarpe lui-même disciple de Jean : Jean publia son Évangile à Éphèse[82] |
Papias, Irénée et le canon : la chaîne de garde
Dès le début du IIe siècle, Papias d'Hiérapolis enquête auprès des compagnons des apôtres sur l'origine des Évangiles : c'est la première enquête historienne sur les auteurs sacrés, et elle nomme Matthieu et Marc[83]. Vers 180, saint Irénée de Lyon, qui avait connu Polycarpe, disciple de l'apôtre Jean, atteste les quatre Évangiles, ni plus ni moins, comparés aux quatre vents et aux quatre faces des chérubins[84]. Le fragment de Muratori (fin du IIe siècle) liste déjà les quatre Évangiles comme Écritures reçues[85]. Les quatre récits de l'entrée circulent donc ensemble, comme Écriture, dès le vivant des petits-enfants des témoins.
Les Pères lisent l'entrée : Augustin, Chrysostome, Jérôme
Les Pères ne se contentent pas de transmettre les récits, ils les méditent. Saint Augustin, dans son traité De l'accord des Évangélistes (vers 400), défend pied à pied la cohérence des quatre récits, jusque dans les détails qui semblent se contredire, comme les deux animaux de Matthieu face à l'ânon unique des trois autres[86]. Saint Jean Chrysostome consacre à l'entrée son homélie 66 sur saint Matthieu : il y admire un Roi qui envoie chercher sa monture comme un maître dispose de sa création, et une foule dont les enfants feront taire les docteurs[87]. Saint Jérôme, commentant Zacharie, fixe la lecture christologique de l'oracle : le juste, le sauveur et le pauvre, c'est le Christ entrant dans son Église[88]. Trois voix, trois siècles, une même lecture : l'entrée est un fait accompli en prophétie.
L'Église célèbre l'entrée : un renvoi, pas un doublon
L'entrée est célébrée chaque année le dimanche des Rameaux, qui ouvre la Semaine sainte : bénédiction des rameaux, procession qui rejoue la montée vers Jérusalem, puis lecture de la Passion[89]. L'histoire complète de cette fête, depuis la procession du mont des Oliviers décrite par la pèlerine Égérie au IVe siècle jusqu'au Missel actuel, est racontée dans l'article voisin, dossier complet à consulter ici : le dimanche des Rameaux. On n'en retient ici que l'essentiel : la liturgie ne commémore pas une idée, mais le fait raconté plus haut, et c'est elle qui a appris aux foules chrétiennes le cri de la route, repris à chaque messe dans le Sanctus.
Un événement historique solidement établi
Même les historiens les plus sobres sur le surnaturel conservent l'entrée à Jérusalem comme un fait : elle cumule les indices d'historicité que la critique elle-même a forgés.
Quatre attestations indépendantes
Les quatre Évangiles racontent l'entrée, avec des détails divergents qui excluent la copie servile : deux animaux chez Matthieu contre un seul ailleurs, verdure des champs chez Marc contre palmes chez Jean, pleurs chez Luc seul, foule des pèlerins chez Jean seul[90]. Quand quatre témoins racontent la même journée en se contredisant sur les détails secondaires tout en convergeant sur l'essentiel (la monture, l'acclamation, la royauté), l'historien y reconnaît la marque des souvenirs vrais, pas celle d'une légende concertée.
Le critère de l'embarras : un Messie sur un âne
Une communauté qui aurait inventé de toutes pièces une entrée triomphale aurait fait entrer son héros en conquérant, sur un cheval, aux acclamations des puissants. Or l'entrée réelle déjoue toutes les attentes messianiques de l'époque : un ânon d'emprunt, des manteaux de pauvres, des enfants pour cortège, et un Roi qui pleure. L'historien E. P. Sanders compte l'entrée et le geste au Temple qui la suit parmi les épisodes les mieux assurés de la vie de Jésus, précisément parce qu'ils cadrent mal avec ce qu'une légende aurait imaginé[91].
La topographie exacte et la Pâque bondée
Béthanie à quinze stades, Bethphagé sur le versant du mont des Oliviers, la descente vers le Cédron et le Temple : chaque lieu nommé existe et s'enchaîne dans l'ordre réel du terrain[92]. Et la foule immense s'explique : à la Pâque, Jérusalem débordait de pèlerins venus de tout le monde juif, que Flavius Josèphe décrit comme innombrables (ses chiffres précis sont discutés, pas l'affluence elle-même)[93]. L'entrée suppose exactement ce cadre : une fête de pèlerinage, une ville pleine, un prophète galiléen attendu. Le décor vérifiable porte le récit.
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'honnêteté commande d'exposer les hypothèses courantes de l'exégèse historico-critique sur ces récits, puis d'en montrer loyalement les limites. Cette section ne donne à aucune hypothèse le statut de verdict définitif.
Les hypothèses courantes sur l'entrée
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire les récits ainsi : Marc, écrit le premier vers 65-70, fournirait la trame que Matthieu et Luc, vers 80-90, auraient enrichie chacun à sa manière (hypothèse des deux sources) ; Matthieu aurait dédoublé l'ânon en deux bêtes par une lecture trop littérale du parallélisme hébreu de Zacharie ; Jean, écrit vers 90-110, aurait théologisé la scène (palmes, Roi d'Israël, incompréhension des disciples) à distance des faits[94]. Certains ajoutent que la foule pascale aurait été amplifiée par la liturgie des Rameaux, qui aurait rejailli sur les récits.
Quatre limites de méthode
D'abord, la datation tardive des Évangiles repose en partie sur un raisonnement circulaire : on date les textes après 70 parce qu'ils annoncent la ruine du Temple avec précision, ce qui suppose d'avance qu'une prophétie précise est impossible[95]. Ensuite, l'hypothèse des deux sources explique les ressemblances entre synoptiques, mais elle ne prouve rien sur la vérité des faits : une source commune, même supposée, peut transmettre un souvenir exact. Troisièmement, la thèse de la « maladresse » de Matthieu sous-estime l'évangéliste : amener la mère avec son petit est naturel, et Matthieu cite Zacharie en connaissance de cause, pas par contresens. Enfin, l'argument du silence (Josèphe ne raconte pas l'entrée) ne prouve rien : Josèphe ne fait pas la chronique des pèlerins de chaque Pâque, et son bref passage sur Jésus ne résume qu'à grands traits une carrière[96].
Pourquoi la position traditionnelle reste défendable
Quatre récits enracinés dans le premier siècle, portés par des auteurs nommés par les témoins les plus anciens, reçus ensemble dans le canon dès le IIe siècle, topographiquement exacts, embarrassants pour leurs propres auteurs, et confirmés dans leur cadre par l'histoire (la Pâque bondée, la ruine de 70 annoncée en pleurs) : tel est le dossier. Une partie de l'exégèse contemporaine propose d'y voir une construction tardive, mais ses reconstructions restent hypothétiques et ses datations, révisables. Le lecteur qui a suivi tout le parcours comprend pourquoi l'Église continue de lire l'entrée comme ses premiers auditeurs : le souvenir d'une journée réelle, où le Roi promis est venu à sa ville sur un ânon, et où sa ville ne l'a pas reconnu.
Pour aller plus loin
- Le dimanche des Rameaux : la fête liturgique, son histoire depuis Égérie, ses rameaux, sa procession, ses lectures.
- La Cène : le dernier repas pascal, quatre jours après l'entrée.
- La Passion selon les quatre évangiles : le dossier complet de la semaine qui suit l'entrée.
- Le procès de Jésus : devant le sanhédrin puis Pilate, le Roi jugé.
- La crucifixion de Jésus : au Golgotha, l'écriteau proclame le Roi des Juifs.
- Le baptême de Jésus : au Jourdain, le commencement de la vie publique que l'entrée achève de manifester.
- La Transfiguration : le Roi de gloire entrevu avant la montée à Jérusalem.
- Jésus retrouvé au Temple : à douze ans, la première montée vers la maison du Père.
- La Nativité de Jésus : à Bethléem, la ville de David où naît le Fils de David.
- Les Béatitudes : les pauvres et les doux, sujets du Royaume acclamé sur la route.
- Le Sermon sur la montagne : la charte du Royaume dont l'entrée est la manifestation.
- Les noces de Cana : le premier signe, où l'eau devient vin.
- Les tentations de Jésus au désert : le refus de la royauté facile, avant l'acceptation de la royauté humble.
- La vie cachée de Jésus : les trente ans de Nazareth qui précèdent la manifestation.
Notes
Notes et références
Évangile selon saint Matthieu, 21, 9, AELF : « Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient criaient : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
1 7 19 22Livre de Zacharie, 9, 9, traduction liturgique AELF (aelf.org) : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un ânon, le petit d'une ânesse. »
2 16 56Catéchisme de l'Église catholique, § 560 (vatican.va) : « L'entrée de Jésus à Jérusalem manifeste la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection. C'est par sa célébration, le dimanche des Rameaux, que la liturgie de l'Église ouvre la grande Semaine Sainte. »
3 78 89Évangile selon saint Jean, 6, 15, AELF : après la multiplication des pains, Jésus se rend compte qu'on va venir « l'enlever pour faire de lui leur roi » et se retire seul dans la montagne.
4Évangile selon saint Luc, 19, 41-42, AELF : « En arrivant en vue de la ville, Jésus pleura sur elle en disant : Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux. »
5 11 29 32Évangile selon saint Matthieu, 21, 1, traduction liturgique AELF (aelf.org) : « Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, vers Bethphagé, sur le mont des Oliviers, Jésus envoya deux disciples. »
6 48Évangile selon saint Marc, 11, 1-6, AELF : l'envoi des deux disciples vers le village d'en face, l'ânon attaché près d'une porte, dehors, et le mot de passe : « Le Seigneur en a besoin, et aussitôt il le renverra ici. »
8 23Évangile selon saint Marc, 11, 11, AELF : Jésus entra dans le Temple, « promena ses regards sur toutes choses et, comme c'était déjà le soir, sortit pour aller à Béthanie avec les Douze ».
9 25 47 51Évangile selon saint Luc, 19, 37-38, AELF : à la descente du mont des Oliviers, « toute la multitude des disciples » loue Dieu et proclame : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »
10 27Évangile selon saint Jean, 12, 12, AELF : « Le lendemain, la grande foule venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem. »
12 33Évangile selon saint Jean, 12, 16, AELF : « Ses disciples ne comprirent pas cela sur le moment, mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se rappelèrent que cela avait été écrit à son sujet et fait pour lui. »
13 39Évangile selon saint Matthieu, 21, 2, AELF : « Vous trouverez une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les-moi. »
14Évangile selon saint Matthieu, 21, 7, AELF : les disciples « amenèrent l'ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s'assit dessus ».
15Évangile selon saint Marc, 11, 7, AELF : « Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s'assoit dessus. »
17Saint Augustin, Traités sur l'Évangile de Jean, traité 51, sur Jn 12 : l'ânesse et l'ânon amenés ensemble au Seigneur, lus comme figures d'Israël et des nations appelées à la foi ; voir le développement complet dans le dimanche des Rameaux.
18Deuxième livre de Samuel, 7, 12-16 : la promesse de Nathan à David, une maison et un règne établis pour toujours.
20Évangile selon saint Matthieu, 21, 10-11, AELF : « Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en émoi et disait : Qui est cet homme ? Et les foules disaient : C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »
21Évangile selon saint Marc, 11, 9-10, AELF : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »
24Évangile selon saint Luc, 19, 28-30, AELF : Jésus marche en tête vers Jérusalem ; près de Bethphagé et de Béthanie, il envoie deux disciples chercher l'ânon « sur lequel personne ne s'est encore jamais assis ».
26Évangile selon saint Luc, 19, 39-40, AELF : « Maître, réprimande tes disciples ! » Jésus répond : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »
28Évangile selon saint Luc, 19, 43-44, AELF : annonce du siège, de l'encerclement et de la ruine, « parce que tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait ».
30Catéchisme de l'Église catholique, § 558 (vatican.va) : Jésus persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui ; « quand Jérusalem est en vue, il pleure sur elle et exprime encore une fois le désir de son cœur : Ah ! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! »
31Évangile selon saint Jean, 12, 13, AELF : « Les gens prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre. »
34Évangile selon saint Jean, 12, 13, AELF : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël ! »
35 43Évangile selon saint Jean, 12, 15, AELF : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici ton roi qui vient, assis sur le petit d'une ânesse. »
36Évangile selon saint Jean, 12, 23, AELF : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. »
37Évangile selon saint Jean, 19, 19-20, AELF : l'écriteau « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs », rédigé en hébreu, latin et grec.
38Évangile selon saint Jean, 12, 1, AELF : « Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu'il avait réveillé d'entre les morts. »
40 50Évangile selon saint Marc, 14, 1, AELF : « La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu dans deux jours » ; suit le récit de l'onction à Béthanie (Mc 14, 3-9).
41Évangile selon saint Jean, 12, 7, AELF : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! »
42Évangile selon saint Marc, 10, 46-52, AELF : la guérison de Bartimée à la sortie de Jéricho, juste avant la montée vers Jérusalem.
44Évangile selon saint Jean, 11, 18, AELF : « Béthanie se trouvait près de Jérusalem, à une distance de quinze stades », soit environ trois kilomètres.
45 92Évangile selon saint Jean, 12, 18, AELF : c'est parce que la foule avait appris le signe de Lazare qu'elle vint au-devant de Jésus.
46Livre de Zacharie, 14, 4 : au jour du Seigneur, « ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers ».
49Évangile selon saint Marc, 11, 17, AELF : « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »
52 77Évangile selon saint Marc, 12, 17, AELF : « Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu » ; le chapitre 12-13 rassemble les controverses du mardi dans le Temple.
53Évangile selon saint Marc, 14, 10-11 : Judas Iscariote se rend chez les grands prêtres pour leur livrer Jésus.
54Le livre de Zacharie se présente comme la parole adressée au prophète sous Darius, au temps de la reconstruction du Temple (Za 1, 1 : la deuxième année de Darius, soit 520 avant Jésus-Christ) ; la tradition y lit l'annonce du Roi humble des chapitres 9 à 14.
55Livre de Zacharie, 9, 10 : le roi fera disparaître chars, chevaux et arcs de guerre et « annoncera la paix aux nations ».
57Saint Jérôme, Commentaire sur Zacharie (dans ses commentaires des douze petits prophètes) : sur Za 9, 9, le juste, le sauveur et le pauvre lus comme figures du Christ doux entrant dans son Église.
58 88Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 2 : De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection, Éditions du Rocher, Monaco, 2011 : le chapitre consacré à l'entrée y lit le geste par lequel Jésus revendique la royauté annoncée tout en la définissant par la pauvreté, adossée à Za 9, 9.
59Le psaume 118 (117 grec) clôt le Hallel (Ps 113-118), chanté aux grandes fêtes, notamment à la Pâque.
60Psaume 117, 25-26, traduction liturgique AELF : « Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! »
61 63Catéchisme de l'Église catholique, § 559 (vatican.va) : l'entrée messianique préparée en détail, l'acclamation au fils de David, « Hosanna » qui veut dire « sauve donc, donne le salut », le Roi de Gloire monté sur un ânon, les enfants et les pauvres de Dieu, et l'acclamation reprise par l'Église dans le Sanctus.
62 73 74 75Deuxième livre des Rois, 9, 13 : pour l'intronisation de Jéhu, chacun prend son vêtement, les étend sous lui au haut des marches et sonne du cor en criant : « Jéhu est roi ! »
64Premier livre des Maccabées, 13, 51 : Simon entre dans la citadelle « avec des chants de louange et des rameaux de palmiers, au son des harpes, des cymbales et des lyres ».
65Livre du Lévitique, 23, 40 : pour la fête des Tentes, Israël prend « des fruits d'arbres superbes, des branches de palmiers, des rameaux d'arbres touffus ».
66Livre de l'Apocalypse, 7, 9 : la foule immense « vêtue de robes blanches, avec des palmes à la main ».
67Évangile selon saint Marc, 11, 2, AELF : « Vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s'est encore assis. »
68Livre des Nombres, 19, 2 : la génisse rousse « sans tache ni défaut, et qui n'a jamais porté le joug » ; même exigence en Dt 21, 3 et 1 S 6, 7.
69Saint Jean Chrysostome, Homélie 66 sur saint Matthieu (sur Mt 21, 1-11) : le Christ envoie chercher sa monture en maître de la création, la prophétie s'accomplit sous les yeux des chefs, et ce sont les enfants qui confesseront dans le Temple ce que les docteurs refusent.
70 87Catéchisme de l'Église catholique, § 557 (vatican.va) : « Or, comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem. Par cette décision, il signifiait qu'il montait à Jérusalem prêt à mourir. »
71 72Évangile selon saint Matthieu, 21, 15-16, AELF : les enfants crient « Hosanna au Fils de David ! » dans le Temple ; Jésus répond : « N'avez-vous jamais lu : De la bouche des enfants et des tout-petits, tu as fait monter la louange ? » (Ps 8, 3).
76Papias d'Hiérapolis, Explications des paroles du Seigneur, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : « Matthieu composa les paroles [du Seigneur] en langue hébraïque. »
79 83Papias d'Hiérapolis, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : « Marc, devenu l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, mais sans ordre, tout ce dont il se souvenait. »
80Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1 (newadvent.org) : Matthieu publia son Évangile chez les Hébreux pendant la prédication de Pierre et Paul à Rome ; Marc transmit par écrit la prédication de Pierre ; Luc consigna l'Évangile prêché par Paul ; Jean publia le sien à Éphèse.
81 82Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 11, 8 : il ne peut y avoir ni plus ni moins de quatre Évangiles, comme les quatre régions du monde et les quatre faces des chérubins.
84Fragment de Muratori, fin du IIe siècle : le plus ancien catalogue latin des Écritures reçues, qui liste les quatre Évangiles, dont Matthieu, Marc, Luc et Jean.
85Saint Augustin, De l'accord des Évangélistes (De consensu evangelistarum), vers 400 : défense méthodique de la cohérence des quatre récits évangéliques, y compris dans les détails de la Semaine sainte où les récits semblent diverger.
86Mt 21, 1-11 ; Mc 11, 1-11 ; Lc 19, 28-44 ; Jn 12, 12-19 : quatre récits directs du même événement, fait rare avant les récits de la Passion.
90E. P. Sanders, Jesus and Judaism, Fortress Press, Philadelphie, 1985 : l'entrée à Jérusalem et la démonstration au Temple comptent parmi les faits les plus solides de la fin du ministère, car ils expliquent l'arrestation mieux que toute reconstruction sans eux.
91Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, VI, 9, 3 : description des foules immenses de la Pâque à Jérusalem (les chiffres précis qu'il avance sont discutés par les historiens, l'affluence massive, elle, ne l'est pas).
93Hypothèse des deux sources : Marc premier (vers 65-70), repris par Matthieu et Luc (vers 80-90) avec une source de paroles dite Q ; Jean en dernier (vers 90-110), par strates successives. Une partie de l'exégèse contemporaine la tient pour acquise, d'autres la discutent (hypothèse de Griesbach, priorité matthéenne, école de Louvain).
94Le raisonnement circulaire consiste ici à dater un texte après 70 parce qu'il prédit la ruine du Temple avec précision, puis à conclure de cette datation que la prédiction est écrite après coup : la conclusion est déjà contenue dans la prémisse.
95Flavius Josèphe, Antiquités juives, XVIII, 63-64 (Testimonium flavianum) et XX, 200 (mention de Jacques, « frère de Jésus appelé Christ ») : Josèphe atteste Jésus, sa condamnation sous Pilate et la persistance de ses disciples, sans détailler chaque épisode du ministère.
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