Eugène IV (Eugenius IV), né Gabriele Condulmer à Venise vers 1383 et mort à Rome le 23 février 1447, est l'un des papes les plus éprouvés et les plus décisifs du XVᵉ siècle. Patricien vénitien, neveu du pape Grégoire XII, moine chanoine régulier élevé au souverain pontificat le 3 mars 1431, il succède à Martin V au lendemain du grand schisme d'Occident, alors que la papauté tente de relever son autorité face au conciliarisme triomphant. Le Saint-Siège le compte comme le 207ᵉ pape.[1][2]
Son pontificat de seize ans est un long combat. À peine élu, il affronte le concile de Bâle, qui prétend tenir son autorité directement du Christ et se déclarer supérieur au pape. Sa tentative maladroite de dissoudre le concile (1431) déclenche une crise de huit ans, au terme de laquelle les Pères de Bâle le déposent comme hérétique (1439) et élisent un antipape, Félix V — le dernier antipape de l'histoire de l'Église. Chassé de Rome par une révolte en 1434, Eugène IV s'enfuit déguisé en moine, sous une grêle de pierres, et gouverne l'Église neuf ans environ depuis Florence et Bologne.[3][4]
C'est de cet exil que naît son acte le plus glorieux. En transférant son propre concile à Ferrare puis à Florence, Eugène IV obtient ce que personne n'attendait : la réunion solennelle de l'Église latine et de l'Église grecque, scellée le 6 juillet 1439 par la bulle Laetentur caeli, qui définit solennellement la primauté du pape — successeur de Pierre, vicaire du Christ, plein pouvoir de paître, régir et gouverner (le principe de cette primauté avait déjà été affirmé par Latran IV en 1215, canon 5)[5] — et clôt — pour un temps — le schisme de 1054. Suivent l'union avec les Arméniens, les Coptes et les Éthiopiens (Cantate Domino, 1442), les Syriens (1444), les Nestoriens et les Maronites.[6][7]
Réputé pour sa piété monastique, sa haute taille et sa fermeté doctrinale, mais aussi pour un manque de tact qui lui aliéna bien des soutiens, Eugène IV fut aussi le pape qui consacra la cathédrale de Florence couronnée par le dôme de Brunelleschi (1436) et qui, par la bulle Sicut Dudum (1435), condamna l'asservissement des indigènes des Canaries sous peine d'excommunication — mesure tempérée l'année suivante à la demande du Portugal (voir la section « Sicut Dudum » ci-dessous). Sur son lit de mort, ce patricien jeté dans la tempête aurait regretté d'avoir jamais quitté le silence de son cloître.[8][9]
Pourquoi Eugène IV compte-t-il ?
Le pape du concile de Florence
Eugène IV est avant tout le pape du concile de Ferrare-Florence (1438-1445), dix-septième concile œcuménique de l'Église selon le comput latin (le décompte catholique des conciles œcuméniques). C'est sous son autorité que se réalise la réunion de l'Orient et de l'Occident chrétiens, près de quatre siècles après le schisme de 1054. L'union ne survivra pas à la chute de Constantinople (1453), mais les décrets dogmatiques qu'elle a produits — sur la procession de l'Esprit Saint, le purgatoire, l'Eucharistie et surtout la primauté pontificale — sont restés acquis ; la définition de la primauté sera reprise par le premier concile du Vatican en 1870 (Pastor aeternus).[10][11]
Le pape qui a vaincu le conciliarisme
Le pontificat d'Eugène IV est le tournant décisif du conflit entre le pape et les conciles. Le mouvement conciliariste, né de la nécessité de mettre fin au grand schisme d'Occident, prétendait que l'autorité suprême dans l'Église résidait non dans le pape mais dans le concile général. Le concile de Bâle porta cette thèse à son comble. En obtenant l'union des Grecs dans son concile de Florence — et non à Bâle —, Eugène IV ruina la prétention bâloise et fit triompher la primauté romaine sur la place publique de la chrétienté. L'assemblée bâloise ne s'en relèvera pas ; mais les thèses conciliaristes lui survivront — le conciliabule de Pise tentera encore de suspendre un pape en 1511, et Latran V devra le condamner (2ᵉ session, 17 mai 1512).[12][13][14]
Le pape de l'union avec les Orientaux
En six ans, Eugène IV scella l'union avec les Grecs (1439), les Arméniens (1439), les Coptes et les Éthiopiens (1442), les Syriens (1444), les Chaldéens (Nestoriens) et les Maronites de Chypre (bulle d'union du 7 août 1445).[15] Ces unions, fragiles dans les faits, demeurent dans la mémoire de l'Église comme un sommet de l'œcuménisme dogmatique : non pas un compromis qui dilue la foi, mais une profession commune de la foi catholique reçue par des Églises de rites différents.[16][17]
Le tableau ci-dessous récapitule les Églises orientales réunies à Rome au concile de Florence, avec l'acte d'union correspondant et son objet principal.
| Église orientale | Acte d'union | Date | Objet principal |
|---|---|---|---|
| Grecs (byzantins) | Bulle Laetentur caeli | 6 juillet 1439 | Filioque, primauté romaine, purgatoire, Eucharistie |
| Arméniens | Décret Exsultate Deo | 22 novembre 1439 | Exposé des sept sacrements |
| Coptes et Éthiopiens | Bulle Cantate Domino | 4 février 1442 | Unité de l'Église et nécessité du salut |
| Syriens (jacobites) | Bulle d'union (13ᵉ session) | 30 novembre 1444 | Union des Syriens avec Rome |
| Chaldéens (Nestoriens) et Maronites de Chypre | Bulle d'union (14ᵉ session) | 7 août 1445 | Union des Chaldéens et des Maronites de Chypre avec Rome[18] |
Les sources principales
La connaissance d'Eugène IV repose sur un faisceau de sources contemporaines et de travaux modernes. Les actes du concile de Florence — édités notamment dans la grande collection des conciles œcuméniques par Norman P. Tanner — livrent le texte exact des bulles d'union, Laetentur caeli en tête.[19] Les biographies humanistes, en particulier le Commentario della vita di Eugenio IV du libraire florentin Vespasiano da Bisticci, témoin de l'exil florentin, donnent le portrait le plus vivant de l'homme.[20]
Pour la crise de Bâle, l'ouvrage de référence reste la monographie de Joachim W. Stieber, Pope Eugenius IV, the Council of Basel and the Secular and Ecclesiastical Authorities in the Empire (Leyde, Brill, 1978), étude exhaustive du bras de fer entre le pape, le concile et les princes.[21] La synthèse érudite ancienne de James Loughlin dans la Catholic Encyclopedia (1909) demeure une base solide pour la biographie d'ensemble.[22]
De Gabriele Condulmer au cardinal de Venise
Une famille patricienne et le lien avec Grégoire XII
Le futur Eugène IV naît à Venise vers 1383, dans une riche famille du patriciat marchand, fils d'Angelo Condulmer et de Bariola Correr.[23] Cette ascendance maternelle est décisive : sa mère est la sœur d'Angelo Correr, qui deviendra le pape Grégoire XII (1406-1415), l'un des protagonistes du grand schisme. Le jeune Gabriele est donc le neveu d'un pape, et c'est cet oncle qui lancera sa carrière ecclésiastique. Héritier d'une grande fortune, il aurait, dit-on, distribué 20 000 ducats aux pauvres avant d'embrasser la vie religieuse.[24]
San Giorgio in Alga : le chanoine régulier
Loin de la carrière mondaine que lui ouvrait sa naissance, Gabriele Condulmer entre jeune dans la vie religieuse. Vers 1400, il participe à la fondation, sur l'îlot de San Giorgio in Alga dans la lagune de Venise, d'une communauté de chanoines réguliers vouée à la pauvreté et à l'observance, approuvée par le Saint-Siège en 1404.[25] Cette empreinte monastique ne le quittera jamais : devenu pape, il gardera, sous la pourpre et la tiare, les habitudes austères de sa jeunesse — un trait qui éclaire à la fois sa piété et sa raideur.
Évêque de Sienne, puis cardinal
La protection de son oncle Grégoire XII accélère son ascension. Le 30 décembre 1407, à vingt-quatre ans à peine, Gabriele est nommé évêque de Sienne ; mais l'opposition des Siennois à un prélat étranger le contraint à renoncer au siège dès l'année suivante.[26] Le 9 mai 1408, Grégoire XII le crée cardinal-prêtre de San Clemente. Sous le pontificat suivant, Eugène — alors cardinal — sert comme légat dans la Marche d'Ancône (Picenum) à partir de 1420, puis à Bologne dès 1423 ; Martin V le transfère au titre de Santa Maria in Trastevere en 1427. Quand Martin V meurt, le cardinal Condulmer est un prélat expérimenté, rompu au gouvernement des terres pontificales.[27][28]
L'élection du 3 mars 1431
Le conclave et la capitulation électorale
À la mort de Martin V (le pape qui avait mis fin au grand schisme), le conclave s'ouvre le 1ᵉʳ mars 1431 et, dès le 3 mars, élit à l'unanimité le cardinal Condulmer, qui prend le nom d'Eugène IV ; il est couronné sur les degrés de Saint-Pierre le 11 mars 1431.[29] Comme il était d'usage à cette époque où le conciliarisme pesait sur tous les esprits, les cardinaux avaient fait jurer au futur pape une capitulation électorale l'engageant à partager le gouvernement de l'Église et à respecter le concile à venir — promesse qui pèsera lourd dans la suite.[30]
La guerre contre les Colonna
Le premier acte du nouveau pape est une faute lourde de conséquences. Animé d'une horreur du népotisme que son prédécesseur avait poussé à l'extrême, Eugène IV se retourne brutalement contre la puissante famille Colonna, dont Martin V était issu et qu'il avait comblée de biens et de forteresses. La répression dégénère en guerre ouverte dans les États pontificaux. Soutenu par Florence, Venise et Naples, le pape finit par l'emporter : les Colonna rendent leurs châteaux et paient une indemnité de 75 000 ducats.[31] Mais cette inimitié, doublée des troubles permanents de Rome, prépare la révolte qui le chassera de sa capitale trois ans plus tard.
Le bras de fer avec le concile de Bâle
Le rêve conciliariste et le décret « Haec sancta »
Pour comprendre le drame, il faut remonter au concile de Constance (1414-1418), qui avait mis fin au schisme en déposant les prétendants rivaux. Dans son fameux décret Haec sancta (1415), Constance avait affirmé que le concile général tient son pouvoir immédiatement du Christ et que tous, le pape compris, lui doivent obéissance en matière de foi, d'extirpation du schisme et de réforme.[32] Le décret Frequens prévoyait en outre la réunion régulière de conciles. C'est sur ce fondement que se réunit, en 1431, le concile de Bâle, ouvert le 23 juillet par les représentants du légat Giuliano Cesarini — Jean de Palomar et Jean de Raguse —, le légat lui-même n'arrivant à Bâle qu'en septembre.[33]
« Ce saint synode, légitimement assemblé dans l'Esprit Saint, formant concile général et représentant l'Église catholique militante, tient son pouvoir immédiatement du Christ ; et quiconque, de quelque état ou dignité fût-il, fût-ce la dignité pontificale, est tenu de lui obéir en ce qui regarde la foi, l'extirpation du schisme et la réforme de l'Église. » — Décret Haec sancta, concile de Constance, 6 avril 1415[34]
Cette doctrine — que l'Église catholique tiendra plus tard pour erronée dans sa prétention à subordonner durablement le pape au concile — était la bombe à retardement que Bâle allait faire exploser.
La bulle de dissolution (18 décembre 1431) et la reculade de 1433
Inquiet de voir Bâle, peu fréquenté à ses débuts, dériver vers la contestation, Eugène IV commet une erreur tactique majeure : par une bulle du 18 décembre 1431, il dissout le concile et le convoque à Bologne, plus proche de Rome.[35][36] Loin d'obéir, les Pères de Bâle refusent de se séparer, réaffirment solennellement la supériorité du concile sur le pape (15 février 1432) et trouvent l'appui de l'empereur Sigismond et de nombreux princes. Isolé, militairement affaibli, Eugène IV doit capituler : par la bulle Dudum sacrum (15 décembre 1433), il reconnaît Bâle comme concile œcuménique légitime depuis son ouverture.[37][38] La papauté semble alors à genoux.
Le concile schismatique et l'antipape Félix V
La trêve ne dure pas. Quand se pose la question capitale du lieu de l'union avec les Grecs, le conflit rebondit : les Grecs veulent une ville d'Italie, le pape aussi ; Bâle s'entête à imposer Avignon ou Bâle. Eugène IV tranche : par la bulle Doctoris gentium (18 septembre 1437), il transfère le concile à Ferrare.[39] La majorité radicale restée à Bâle franchit alors le pas du schisme : elle suspend le pape (1438), puis le dépose comme hérétique le 25 juin 1439, et élit le 5 novembre 1439 le duc Amédée VIII de Savoie, veuf retiré dans l'ermitage de Ripaille, sous le nom de Félix V.[40] Ce sera le dernier antipape de l'histoire. Mais la chrétienté, échaudée par un schisme à peine refermé, désavoue largement Bâle ; Félix V finira par se soumettre en 1449 sous Nicolas V. La cause d'Eugène IV était sauvée — et l'assemblée bâloise, brisée.[41][42]
La fuite de Rome (1434) et l'exil florentin
Une ville en révolte
Rome, au XVᵉ siècle, demeure une cité turbulente et insoumise. Excitée par les Colonna, par les manœuvres de Milan et par le ressentiment contre un pape vénitien et autoritaire, la population se soulève au printemps 1434 et proclame une éphémère république romaine. Le pape se retrouve assiégé dans sa propre ville.[43]
Le pape déguisé en moine sur le Tibre
La scène est l'une des plus saisissantes de toute l'histoire de la papauté. Le 4 juin 1434, Eugène IV, déguisé en simple moine, s'échappe du Vatican et descend le Tibre dans une barque, sous une grêle de pierres lancées des deux rives par les insurgés. Il gagne Ostie, puis Pise (12 juin), et parvient enfin à Florence, où il s'installe au couvent dominicain de Santa Maria Novella.[44][45] Le successeur de Pierre, jeté hors de Rome, allait gouverner l'Église pendant neuf ans environ depuis l'exil.
Florence, capitale de la chrétienté
Cet exil, loin d'être stérile, fait de Florence la capitale de la chrétienté. La cité des Médicis, foyer de l'humanisme et des arts, accueille la cour pontificale au moment précis où s'épanouit la première Renaissance. C'est là qu'Eugène IV nouera des liens avec les grands artistes du temps et préparera le concile de l'union.
La consécration de Santa Maria del Fiore (1436)
Le 25 mars 1436, jour de l'Annonciation et premier jour de l'an selon le calendrier florentin, Eugène IV consacre solennellement la cathédrale Santa Maria del Fiore, que vient de couronner le dôme de Filippo Brunelleschi — vaste coupole octogonale montée sans cintre de bois, prouesse que l'Opera di Santa Maria del Fiore présente comme la plus grande voûte maçonnée du monde.[46] Pour la cérémonie, le compositeur Guillaume Dufay écrit le motet Nuper rosarum flores, sommet de la polyphonie. Ce geste fait d'Eugène IV, presque malgré lui, un acteur du printemps artistique de l'Occident.
Le concile de Ferrare-Florence et l'union des Églises
Pourquoi l'union ? La menace turque sur Constantinople
L'union des Grecs n'est pas d'abord une affaire de théologie de cabinet : c'est une urgence de survie. L'Empire byzantin, réduit à Constantinople et à quelques lambeaux, est encerclé par les Ottomans. L'empereur Jean VIII Paléologue sait que seul l'Occident peut envoyer une croisade de secours, et que cette aide a un prix : la réunion religieuse avec Rome. C'est donc un empereur aux abois, accompagné du patriarche Joseph II et de près de sept cents Grecs, qui débarque en Italie pour négocier.[47]
Ferrare 1438, Florence 1439
Le concile s'ouvre à Ferrare le 8 janvier 1438 par le cardinal Albergati, avant même l'arrivée des Grecs ; Eugène IV y fait son entrée le 27 janvier, et la délégation byzantine, débarquée à Venise en février, ne gagne Ferrare qu'en mars.[48] Les débats théologiques entre Latins et Grecs — sur le Filioque, le purgatoire, le pain eucharistique et la primauté — durent plus d'un an, âpres et savants. La peste et le manque d'argent contraignent le pape à transférer l'assemblée à Florence en janvier 1439, aux frais des Médicis.[49] C'est là, après des mois de discussions où Bessarion, métropolite de Nicée, et Isidore de Kiev plaident pour l'union, que l'accord finit par se faire.
« Laetentur caeli » : les quatre points de l'union (6 juillet 1439)
Le 6 juillet 1439, dans la cathédrale de Florence, est promulguée solennellement la bulle d'union Laetentur caeli — « Que les cieux se réjouissent ».[50][51] Elle proclame que le mur de séparation entre les Églises d'Orient et d'Occident est abattu.
« Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte ! Car le mur qui séparait l'Église d'Occident et l'Église d'Orient a été abattu ; la paix et la concorde sont revenues. » — Bulle Laetentur caeli, concile de Florence, 6 juillet 1439[52]
Le décret règle les quatre points du contentieux : la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils (le Filioque, reconnu compatible avec le « par le Fils » des Grecs) ; la réalité du purgatoire et de la prière pour les défunts ; la validité de l'Eucharistie avec du pain azyme (sans levain) ou levé selon les rites ; et surtout la primauté du pontife romain. Sur ce dernier point, Laetentur caeli définit solennellement la primauté — texte dont le concile du Vatican reprendra la substance en 1870 (Pastor aeternus) :
« Nous définissons que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain détiennent la primauté sur le monde entier ; que le Pontife romain lui-même est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, le véritable vicaire du Christ, le chef de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; et qu'à lui, dans le bienheureux Pierre, a été transmis par notre Seigneur Jésus-Christ le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l'Église universelle, comme le contiennent aussi les actes des conciles œcuméniques et les saints canons. » — Bulle Laetentur caeli, 6 juillet 1439[53]
La bulle est signée par l'empereur Jean VIII Paléologue, par les évêques grecs et par les Latins, le cardinal Cesarini en tête. Le patriarche Joseph II, lui, était mort à Florence quelques semaines plus tôt, le 10 juin 1439, après avoir, dit-on, laissé par écrit son adhésion à la foi romaine.[54]
Marc d'Éphèse, le refus de l'union
Un seul évêque grec refusa obstinément de signer : Marc Eugénikos, métropolite d'Éphèse, théologien intransigeant qui jugea l'union une trahison de l'orthodoxie, notamment sur le Filioque.[55] À son retour en Orient, son refus devint l'étendard du rejet de l'union. La résistance des moines, du clergé et du peuple grecs, qui voyaient dans l'union une capitulation, vida l'accord de sa substance bien avant que la chute de Constantinople ne l'efface. L'union de Florence fut un sommet doctrinal, mais un échec pastoral en Orient — l'histoire devait montrer que l'on ne réunit pas des Églises par décret d'empereur.
Les autres unions : Arméniens, Coptes, Nestoriens
Le concile ne s'arrêta pas aux Grecs. Eugène IV scella encore l'union avec les Arméniens par le décret Exsultate Deo (22 novembre 1439), qui détaille les sept sacrements ; avec les Coptes et les Éthiopiens par la bulle Cantate Domino (4 février 1442)[56] ; avec les Syriens jacobites — représentés par l'archevêque Abdala d'Édesse, légat du patriarche Ignace — par la bulle d'union du 30 novembre 1444 (13ᵉ session, tenue au Latran)[57] ; puis avec les Chaldéens (Nestoriens) et les Maronites de Chypre par la bulle d'union du 7 août 1445 (14ᵉ session, tenue au Latran).[58] En six ans, Rome tendit ainsi la main à une série d'Églises orientales séparées.
« Cantate Domino » (1442) : « hors de l'Église, point de salut »
La bulle d'union avec les Coptes, Cantate Domino du 4 février 1442 — remise aussi aux délégués éthiopiens présents à Florence —, contient l'une des formulations les plus fortes — et les plus discutées — de toute l'histoire des conciles : l'affirmation que « hors de l'Église, il n'y a point de salut » (extra Ecclesiam nulla salus).
« La sainte Église romaine croit fermement, professe et enseigne qu'aucun de ceux qui se trouvent hors de l'Église catholique, non seulement les païens, mais aussi les juifs, les hérétiques et les schismatiques, ne peut devenir participant de la vie éternelle ; mais qu'ils iront au feu éternel préparé pour le diable et ses anges, à moins qu'avant la fin de leur vie ils ne lui soient agrégés. » — Bulle Cantate Domino, concile de Florence, 4 février 1442[59]
Lue à la lettre et hors de son contexte, cette phrase paraît d'une dureté absolue. Mais l'Église ne l'a jamais entendue comme une condamnation de tout homme extérieurement séparé de Rome sans faute de sa part. L'axiome extra Ecclesiam nulla salus vise d'abord celui qui, connaissant la vérité de l'Église catholique, refuserait sciemment d'y entrer ou d'y demeurer.[60] Dès le XIXᵉ siècle, Pie IX précisa que ceux qui sont dans une ignorance invincible de la vraie religion et vivent selon la loi naturelle peuvent obtenir le salut par la grâce divine, sans que cela contredise le dogme.[61] Le concile Vatican II déploiera cette même doctrine dans la continuité, en enseignant que ceux qui, sans faute, ignorent l'Évangile mais cherchent Dieu d'un cœur sincère peuvent être sauvés.[62]
Il n'y a donc pas rupture entre Cantate Domino et l'enseignement plus récent, mais développement homogène : la nécessité de l'Église pour le salut demeure entière, tandis que l'Église précise comment cette nécessité s'applique à ceux que la grâce du Christ touche par des chemins connus de Dieu seul. Le Christ et son Église restent l'unique source du salut ; nul n'est sauvé contre l'Église, mais certains peuvent l'être par elle sans le savoir.[63]
« Sicut Dudum » (1435) : un pape contre l'esclavage
Au cœur même de cet exil florentin, Eugène IV pose un acte d'une portée morale considérable, trop souvent ignoré. Apprenant que des chrétiens européens réduisaient en esclavage les habitants des îles Canaries — les Guanches —, baptisés ou demandant librement le baptême, le pape promulgue à Florence, le 13 janvier 1435, la bulle Sicut Dudum.[64] Il y condamne l'asservissement de ces populations et ordonne, sous peine d'excommunication encourue de plein droit (latae sententiae), leur libération dans un délai de quinze jours, sans rançon.
« Nous ordonnons et commandons à tous et à chacun des fidèles, dans l'espace de quinze jours après la publication de ces lettres au lieu où ils résident, qu'ils rendent à leur liberté première tous et chacun, de l'un et l'autre sexe, qui furent jadis habitants desdites îles Canaries et faits captifs depuis le temps de leur capture, et qui ont été réduits en esclavage. » — Bulle Sicut Dudum, Eugène IV, 13 janvier 1435[65]
Cet acte, plus de cinquante ans avant la traite atlantique de masse, fut pris dès que Rome eut été informée : la bulle dit elle-même (§ 1) que le pape vient d'apprendre les faits par l'évêque Ferdinand de Rubicón, des messagers des insulaires et d'autres informateurs dignes de foi — « condamnée aussitôt que découverte », résume le P. Panzer.[66] C'est une prescription disciplinaire assortie d'une peine, l'excommunication latae sententiae, fondée sur la loi naturelle, la foi reçue et le baptême : non une définition doctrinale, mais une norme dont les papes suivants reprendront l'exigence. Elle ne mit pas fin aux exactions : les raids portugais se poursuivirent en 1435, et le roi Duarte de Portugal, après ses plaintes, obtint un tempérament par la bulle Romanus Pontifex du 15 septembre 1436.[67]
Le mécène de la Renaissance et le retour à Rome
Le concile, foyer de l'humanisme
L'exil et le concile firent d'Eugène IV, sans qu'il l'eût cherché, un mécène de la Renaissance naissante. La venue des savants grecs en Italie pour le concile de Florence apporta à l'Occident des manuscrits et une connaissance directe du grec qui nourrirent l'humanisme. Le pape protégea des artistes, et l'on rattache à son cercle florentin et romain le peintre dominicain Fra Angelico, qu'il appela à Rome.[68]
Le retour triomphal de 1443
Patiemment, par les armes et la diplomatie, Eugène IV reconquiert ses États. Après un traité avec Alphonse d'Aragon, roi de Naples (1443), il rentre enfin dans sa capitale : le 28 septembre 1443, après neuf ans environ d'exil, il fait une entrée triomphale dans Rome.[69] Vieilli et malade, il consacra ses dernières années à relever Rome de son triste état, selon l'expression de Loughlin.[70]
Le concordat de Francfort et les dernières années (1443-1447)
La crise de Bâle laissait une plaie : la neutralité observée par de nombreux princes allemands, qui n'avaient reconnu ni Eugène ni Félix V. Pour ramener l'Allemagne à l'obéissance romaine, le pape mourant conclut les 5 et 7 février 1447 le concordat des princes (ou concordat de Francfort), série de quatre bulles par lesquelles il fait d'importantes concessions à l'Empire. Le même jour, conscient d'avoir cédé sous la contrainte de la maladie, il publie une bulle salvatorienne (Bulla Salvatoria) précisant que ses concessions, faites « dans sa dernière maladie », n'entendaient pas compromettre les droits du Siège apostolique.[71] C'est l'un de ses derniers actes.
Mort et postérité : le moine qui aurait regretté le cloître
Épuisé par seize ans de luttes, Eugène IV meurt à Rome le 23 février 1447, quelques jours après avoir signé le concordat. Il est d'abord enseveli dans la basilique Saint-Pierre, près du tombeau d'Eugène III ; son monument funéraire sera plus tard transféré à l'église romaine de San Salvatore in Lauro.[72] La tradition rapporte qu'au seuil de la mort, ce patricien vénitien jeté dans la tempête regretta d'avoir jamais quitté la paix de son cloître de San Giorgio in Alga, estimant qu'il eût été plus heureux de demeurer simple chanoine que d'avoir porté la tiare.[73] Le mot, s'il est authentique, résume tout un pontificat : celui d'un homme de prière broyé par les affaires du siècle.
Son successeur, le savant Tommaso Parentucelli, monta sur le trône sous le nom de Nicolas V — humaniste, fondateur de la Bibliothèque vaticane — et recueillit les fruits de la victoire d'Eugène IV sur l'assemblée de Bâle.
Le jugement de l'histoire et de l'Église
Comment juger ce pontificat ? Sur le plan humain, le bilan paraît lourd : un pape chassé de Rome, déposé par un concile, contesté par les princes. Le manque de tact d'Eugène IV — auquel Loughlin impute une bonne part de ses épreuves — lui aliéna bien des soutiens.[74]
Mais ce serait mal le lire que de s'arrêter là. Car ce pape éprouvé a remporté, sur le terrain même où on l'attendait vaincu, deux victoires décisives. Il a brisé l'assemblée de Bâle en obtenant l'union des Grecs dans son concile et non à Bâle, sauvant la primauté romaine que définira solennellement Vatican I. Et il a, par le concile de Florence, donné à l'Église des décrets dogmatiques d'une autorité permanente sur la Trinité, le purgatoire, les sacrements et la papauté.[75][76] À quoi s'ajoutent l'éclat de l'union œcuménique avec l'Orient, la défense des indigènes des Canaries et le mécénat involontaire de la Renaissance.
L'histoire retient donc un paradoxe : un des pontificats les plus malheureux dans son déroulement fut l'un des plus féconds dans ses résultats. Eugène IV n'a pas régné en triomphateur ; mais l'Église, en sortant de la crise conciliaire plus forte qu'elle n'y était entrée, lui doit d'avoir tenu, dans la tempête, la barre de la primauté de Pierre.
Chronologie
- vers 1383Naissance à VeniseGabriele Condulmer, patricien vénitien
Fils d'Angelo Condulmer et de Bariola Correr, sœur du futur Grégoire XII.[77]
- vers 1400-1404San Giorgio in Algachanoine régulier dans la lagune
Il participe à la fondation d'une communauté austère de chanoines réguliers.[78]
- 9 mai 1408Créé cardinalpar son oncle Grégoire XII
- 3 mars 1431Élection au souverain pontificatcouronné le 11 mars
- 18 décembre 1431Dissolution du concile de Bâleerreur tactique majeure
- 15 décembre 1433Reculade devant Bâlebulle Dudum sacrum
- 4 juin 1434Fuite de Romedéguisé en moine sur le Tibre
Chassé par une révolte, il s'enfuit sous les pierres vers Florence.[85]
- 13 janvier 1435Bulle Sicut Dudumcontre l'esclavage des Canaries
Eugène IV ordonne la libération des Guanches sous peine d'excommunication.[86]
- 25 mars 1436Consécration de Santa Maria del Fiorele dôme de Brunelleschi
Le pape consacre la cathédrale de Florence ; Dufay compose Nuper rosarum flores.[87]
- 8 janvier 1438Ouverture du concile de Ferraretransféré à Florence en 1439
Le concile de l'union s'ouvre sans les Grecs, arrivés seulement en mars ; la peste le mènera à Florence.[88]
- 25 juin 1439Déposition par BâleEugène IV déposé comme hérétique
Bâle dépose Eugène IV, largement désavoué par la chrétienté.[89]
- 5 novembre 1439Élection de l'antipape Félix Vle dernier antipape
Bâle élit Amédée VIII de Savoie, qui finira par se soumettre en 1449.[90]
- 6 juillet 1439Union avec les Grecsbulle Laetentur caeli
Définition solennelle de la primauté pontificale dans un décret d'union ; le schisme est clos pour un temps.[91]
- 4 février 1442Bulle Cantate Dominounion avec les Coptes
Union avec les Coptes et formulation de l'« extra Ecclesiam nulla salus ».[92]
- 28 septembre 1443Retour triomphal à Romeaprès neuf ans environ d'exil
Le pape rentre enfin dans sa capitale, vieilli et malade.[93]
- 23 février 1447Mort à Rometombeau à Saint-Pierre
Eugène IV meurt épuisé ; Nicolas V lui succède.[94]
Pour aller plus loin
- Le concile de Constance (1414-1418) — le concile qui mit fin au grand schisme et dont le décret Haec sancta fonda le conciliarisme combattu par Eugène IV.
- Le grand schisme d'Occident — la crise dont sortit la papauté d'Eugène IV, et le contexte du conciliarisme.
- Le grand schisme d'Orient (1054) — la rupture entre Rome et Constantinople que le concile de Florence tenta de réparer.
- La chute de Constantinople (1453) — l'événement qui scella l'échec de l'union de Florence en Orient.
- L'Église et l'esclavage — le dossier dans lequel s'inscrit la bulle Sicut Dudum d'Eugène IV.
- Réponses à l'orthodoxie — les questions doctrinales (Filioque, primauté, purgatoire) débattues à Florence.
Notes et sources
Notes et références
James Loughlin, « Pope Eugene IV », The Catholic Encyclopedia, vol. 5, New York, Robert Appleton Company, 1909. Texte intégral : newadvent.org/cathen/05601a.htm (byline « Loughlin, James » ; page relue dans cette session : passages sur les 20 000 ducats, l'élection, le manque de tact, l'entrée triomphale de 1443, le concordat et la Bulla Salvatoria repointés ; les autres passages sont repris de l'instantané antérieur). Source de base pour la biographie, passages exacts : « Coming at an early age into the possession of great wealth, he distributed 20,000 ducats to the poor » (1er § — le récit est confirmé à la source primaire par Vespasiano da Bisticci, Vita di Eugenio IV : « dette per l'amor di Dio ducati venti mila ») ; capitulation électorale et promesses aux cardinaux (§ de l'élection, conclave de la Minerva, couronnement du 11 mars 1431) ; guerre contre les Colonna : « the Colonnesi surrendered their castles and paid an indemnity of 75,000 ducats » ; bulle de dissolution de Bâle du 18 décembre 1431 ; fuite de Rome déguisé en moine (4 juin 1434) ; consécration de la cathédrale de Florence ; antipape Félix V ; retour à Rome le 28 septembre 1443 ; concordat des princes « (5, 7 Feb., 1447) […] a series of four Bulls » et « Bulla Salvatoria » émise « on the same day », « made in his last illness when unable to examine them with more care » (dernier §, relu à la source le 4 octobre 2026 — les renvois antérieurs à Hergenröther-Kirsch t. II et à Pastor vol. I via Raynaldus, non ouverts, sont retirés : la datation ne repose plus que sur ce passage vérifié) ; manque de tact (« want of tact ») et piété monastique (« unfeigned piety »), passages repointés.
1 3 8 13 22 24 27 30 31 35 41 43 44 68 69 70 71 74 81 85 93« Pope Eugene IV », Wikipedia (anglais). Synthèse pour les dates précises (naissance vers 1383 à Venise, parents Angelo Condulmer et Bariola Correr, San Giorgio in Alga 1400/1404, évêque de Sienne le 30 décembre 1407, cardinal le 9 mai 1408, légations de Picenum 1420 et Bologne 1423, titre de Santa Maria in Trastevere 1427, conclave ouvert le 1ᵉʳ mars 1431 à Santa Maria sopra Minerva, premier scrutin et élection à l'unanimité le 3 mars, couronnement le 11 mars (cf. art. « 1431 conclave » ; la Catholic Encyclopedia de 1909 indique le 4 mars dans son en-tête — date non reprise par les synthèses récentes, qui retiennent le 3 mars), déposition par Bâle le 25 juin 1439, élection de Félix V le 5 novembre 1439 selon les synthèses récentes (conclave bâlois entré le 31 octobre, scrutin décisif le 5 novembre, décret du concile le 17 novembre ; la Catholic Encyclopedia, art. « Felix V » (newadvent.org/cathen/06031b.htm), indique le 30 octobre 1439 pour l'élection par le collège électoral bâlois — élection à laquelle Amédée n'acquiesça que le 5 février 1440 — et la Britannica de 1911, art. « Basel, Council of », le 4 novembre), sépulture à Saint-Pierre puis San Salvatore in Lauro). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Eugene_IV.
2 23 25 26 28 29 40 45 72 77 78 79 80 89 90 94Joachim W. Stieber, Pope Eugenius IV, the Council of Basel and the Secular and Ecclesiastical Authorities in the Empire, Studies in the History of Christian Thought 13, Leyde, E. J. Brill, 1978. Monographie de référence sur le conflit entre Eugène IV, le concile de Bâle et les princes, citée ici comme référence d'ensemble au niveau de l'édition (non ouverte page à page). Les dates précises alléguées dans le corps (dissolution du 18 décembre 1431, supériorité conciliaire réaffirmée le 15 février 1432, reculade du 15 décembre 1433, transfert du 18 septembre 1437) sont ancrées sur la Catholic Encyclopedia, art. « Basel, Council of » (newadvent.org/cathen/02334b.htm, relu le 4 octobre 2026), non sur des pages de Stieber.
4 12 21 36 37 42 76 82 83Latran IV (1215), canon 5 : l'Église romaine détient, par disposition du Seigneur, la primauté du pouvoir ordinaire sur toutes les autres Églises, comme mère et maîtresse de tous les fidèles du Christ ; éd. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1 (texte repointé en traduction anglaise dans cette session).
5Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1 (Nicaea I to Lateran V), Londres / Washington, Sheed & Ward / Georgetown University Press, 1990. Édition critique bilingue (latin-anglais) des actes du concile de Ferrare-Florence (1438-1445), dix-septième concile œcuménique, et des bulles d'union (Grecs, Arméniens, Coptes). Édition citée au niveau de l'ouvrage ; intitulés et dates des sessions repointés dans cette session sur la reproduction en ligne du texte de Tanner (11ᵉ session du 4 février 1442, bulle d'union avec les Coptes ; 13ᵉ session du 30 novembre 1444, bulle d'union avec les Syriens ; 14ᵉ session du 7 août 1445). Numéros DH 1307 et 1351 recoupés le 4 octobre 2026 (voir notes laetentur-primaute et cantate-domino).
6 10 16 19 51 75« Bull of Union with the Greeks (Laetentur Caeli) », Wikipedia. Pour le contenu et les signataires de la bulle du 6 juillet 1439 : les quatre points (Filioque, primauté, purgatoire, pain azyme ou levé), la signature de l'empereur Jean VIII Paléologue, de Bessarion et d'Isidore de Kiev, le refus de Marc d'Éphèse (Marc Eugénikos), la mort du patriarche Joseph II le 10 juin 1439. Ouverture latine : « Laetentur caeli et exultet terra ». Sur l'« adhésion écrite » de Joseph II : il s'agit de sa « Last Profession » (Extrema sententia), profession d'accord avec les Latins (notamment sur le Filioque) laissée par écrit avant sa mort et publiée en appendice aux signatures du décret d'union. Mort le 10 juin 1439 (Actes latins ; art. « Joseph II of Constantinople », Wikipedia ; étude HAL/Brill sur les patriarches et l'union : profession unioniste signée juste avant sa mort à Florence le 10 juin 1439). L'authenticité et la datation sont réellement débattues entre historiens — recoupé le 4 octobre 2026 : Harvard Ukrainian Studies XVII (1993), étude d'Alexander Grishin (le P. Joseph Gill, Personalities of the Council of Florence, Oxford 1964, p. 26ff et 31, tient pour l'authenticité ; les Actes latins datent la profession du 9 juin tout en donnant la mort le 10 juin) — d'où le « dit-on » maintenu dans le corps. Édition de Gill non ouverte directement.
7 11 50 52 54 55 91Consécration de la cathédrale Santa Maria del Fiore par Eugène IV le 25 mars 1436 (jour de l'Annonciation), à l'achèvement du dôme de Filippo Brunelleschi ; le motet Nuper rosarum flores de Guillaume Dufay fut composé pour la cérémonie. Date (25 mars 1436, premier jour de l'an florentin) et motet de Dufay : Florence Cathedral, Wikipedia. Prouesse technique : page officielle de la coupole, Opera di Santa Maria del Fiore (duomo.firenze.it/en/40/dome, relue le 4 octobre 2026) — coupole bâtie de 1420 à 1436, « still the largest masonry vault in the world », dont l'innovation fut de la créer « without reinforcements in wood ». La formule « première … de l'histoire », courante dans la littérature d'histoire de l'art, est volontairement atténuée dans le corps : seule la prouesse documentée par l'Opera est affirmée.
9 46 87Conciliabule de Pise (1511) et condamnation par Latran V, 2ᵉ session, 17 mai 1512 : New Catholic Encyclopedia, art. « Fifth Lateran Council » (encyclopedia.com) — Latran V convoqué par Jules II en réponse au conciliabule ; actes (éd. Tanner, reproduction en ligne) : « SESSION 2 — 17 May 1512 — [The quasi-council of Pisa is condemned, and everything done at it is declared null and void] ». Repointés dans cette session.
14Concile de Ferrare-Florence-Rome, 14ᵉ session, 7 août 1445 (Latran) : bulle d'union avec les Chaldéens et les Maronites de Chypre (« Bull of union with the Chaldeans and the Maronites of Cyprus ») ; éd. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1 (texte repris sur ewtn.com et dailycatholic.org/17ecum12.htm). Session et intitulé conformes à Tanner (14ᵉ session, 7 août 1445, bulle d'union avec les Chaldéens et les Maronites de Chypre) ; la bulle porte le nom de Benedictus sit Deus — recoupé le 4 octobre 2026 sur deux sources indépendantes : Weam Namou, The Union of the Chaldeans with Rome (« codified in the papal bull Benedictus sit Deus (August 7, 1445) ») et la bibliothèque du Christendom College (« Benedictus sit Deus (7 Aug 1445): Bull of Union with the Chaldeans and the Maronites of Cyprus ») ; la proclamation le 7 août 1445 de la première union avec les « Assyro-Chaldéens » est confirmée par l'étude HSE sur les unions orientales. Le concile, transféré au Latran, y tint notamment deux sessions d'union : le 30 novembre 1444 (13ᵉ session, bulle d'union avec les Syriens, reçue par l'archevêque Abdala d'Édesse pour le patriarche Ignace et les Syriens) et le 7 août 1445 pour les Chaldéens et les Maronites de Chypre. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « Council of Florence » : « the Chaldeans or Nestorians, and the Maronites of Cyprus (1445) » — dernier acte public du concile. Intitulés et dates repointés dans cette session sur le texte de Tanner (reproduction en ligne) : « SESSION 13 — 30 November 1444 — [Bull of union with the Syrians] » ; « SESSION 14 — 7 August 1445 ». Les mentions antérieures d'une vérification directe dans Mansi et Denzinger sont retirées : non reconsultés ici.
15 18 57 58Ouverture le 8 janvier 1438 par le cardinal Albergati et venue du pape le 27 janvier — relu à la source le 4 octobre 2026 : Catholic Encyclopedia, art. « Ferrara » (newadvent.org/cathen/06046a.htm : « The council was opened 8 January, 1438, by Cardinal Nicolò Albergati, and the pope attended on 27 January »). Grecs débarqués à Venise en février, à Ferrare début mars (New Catholic Encyclopedia, art. « Council of Ferrara-Florence », encyclopedia.com ; Deno J. Geanakoplos, « The Council of Florence (1438–1439)… », Cambridge). Délégation d'environ sept cents Grecs — « près de » maintenu dans le corps : Geanakoplos (« a huge Byzantine delegation of seven hundred ecclesiastics and laymen, headed by the Emperor John VIII Palaeologos, the Patriarch Joseph of Constantinople »), New Catholic Encyclopedia (« There were in all about 700 ») et Encyclopædia Britannica (« The Greek delegation, numbering about 700, included the patriarch of Constantinople Joseph II, 20 metropolitans, and the Byzantine emperor John VIII Palaeologus » — page directe protégée contre l'extraction, passage confirmé via la version imprimable). Pour le contexte : menace ottomane sur Constantinople, transfert à Florence en 1439 à cause de la peste, unions successives avec Arméniens, Coptes, Syriens, Nestoriens et Maronites.
17 47 48 49 88Vespasiano da Bisticci, Commentario della vita di messer Eugenio papa IV (dans les Vite di uomini illustri del secolo XV), libraire et biographe florentin contemporain de l'exil pontifical. Cote rapportée par la littérature (cardinal Angelo Mai, Spicilegium Romanum, t. X, p. 23 ; Ludwig von Pastor, History of the Popes, vol. I, p. 350-351) : éditions non ouvertes directement dans cette session. Pastor y cite le passage du lit de mort : « O Gabriello, quanto sarebbe suto meglio per la salute dell'anima tua, che tu non fussi mai suto ne Papa ne Cardinale, ma fussiti morto nella tua religione ! » Pastor signale que ces mots, souvent cités dans un esprit partisan, sont d'authenticité douteuse (Balan les rejette car absents des autres récits de la mort du pape) — d'où la formulation prudente retenue dans le corps (« aurait regretté », « s'il est authentique »).
20 73Décret Haec sancta synodus, concile de Constance, 5ᵉ session, 6 avril 1415 : affirmation que le concile général tient son pouvoir immédiatement du Christ et que tous, y compris le pape, lui doivent obéissance en matière de foi, de schisme et de réforme. Éd. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1. La portée et la valeur dogmatique de ce décret sont débattues. Fait historique : Constance déposa sur ce fondement les prétendants rivaux et élit Martin V ; la prétention à subordonner durablement le pape au concile, elle, ne fut jamais reçue comme doctrine — Florence (1439) puis Vatican I (Pastor aeternus, 1870) définiront au contraire la primauté du pontife romain.
32 34Ouverture de Bâle le 23 juillet 1431 par les représentants de Cesarini : Catholic Encyclopedia, art. « Council of Basle » — le légat, retenu auprès des troupes, détacha deux de ses compagnons, Jean de Palomar et Jean de Raguse, comme représentants ; arrivés le 19 juillet, ils tinrent l'assemblée du 23 juillet dans la cathédrale de Bâle. Arrivée personnelle de Cesarini en septembre : Encyclopædia Britannica, art. « Council of Basel » (« the pope's legate, Cardinal Giuliano Cesarini, arrived in September »). Passages repointés dans cette session.
33Eugène IV, bulle Dudum sacrum, 15 décembre 1433 : réconciliation avec Bâle — le pape accepte la formule « decernimus et declaramus » et retire ses manifestes contre le concile. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « Basel, Council of » (newadvent.org/cathen/02334b.htm, relu le 4 octobre 2026 : « Finally, on the 15th of December, 1433, Eugene issued a Bull in which he accepted the formula "we decree and declare" […] ») ; New Catholic Encyclopedia, art. « Council of Basel » (encyclopedia.com : promulgation du Dudum sacrum le 15 décembre 1433) ; Hefele, Histoire des conciles, et Stieber, op. cit., cités comme références d'ensemble au niveau de l'ouvrage (non repointés page à page ici).
38 84Eugène IV, bulle Doctoris gentium, 18 septembre 1437 : transfert du concile de Bâle à Ferrare (transfert définitif par une bulle du 30 décembre 1437 — dite Pridem ex iustis selon G. Hofmann, Epistolae pontificiae ad Concilium Florentinum spectantes, référence de seconde main non ouverte). Dates relues à la source le 4 octobre 2026 : Catholic Encyclopedia, art. « Basel, Council of » (newadvent.org/cathen/02334b.htm) — bulle Doctoris gentium du 18 septembre (1437), puis transfert définitif par une bulle du 30 décembre ; New Catholic Encyclopedia, art. « Council of Basel » (encyclopedia.com) — mêmes dates.
39Concile de Florence, bulle Laetentur caeli, 6 juillet 1439 — clause sur la primauté pontificale ; éd. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1 ; cf. Denzinger-Hünermann, Symboles et définitions de la foi catholique, n° 1307. Texte latin, avec sa clause finale : « Item diffinimus sanctam apostolicam sedem et Romanum pontificem in universum orbem tenere primatum, et ipsum pontificem Romanum successorem esse beati Petri principis apostolorum et verum Christi vicarium totiusque ecclesiae caput et omnium christianorum patrem ac doctorem existere ; et ipsi in beato Petro pascendi, regendi et gubernandi universalem Ecclesiam a Domino nostro Iesu Christo plenam potestatem traditam esse ; quemadmodum etiam in gestis oecumenicorum conciliorum et in sacris canonibus continetur. » Cette définition sera reprise par le concile du Vatican (constitution Pastor aeternus, 1870). Numéro recoupé le 4 octobre 2026 : DH 1307 = « Ordo sedium patriarchalium; primatus Romanus » (éd. Denzinger-Hünermann, section 1300-1308 du décret pour les Grecs, reproduction hébergée par la bibliothèque du Christendom College).
53Concile de Florence, bulle d'union avec les Coptes Cantate Domino, 4 février 1442 (1441 en style florentin, l'année commençant le 25 mars) ; éd. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1 ; cf. Denzinger-Hünermann, n° 1351 — numéro recoupé le 4 octobre 2026 : Matthew Ramage, « Extra Ecclesiam Nulla Salus and the Substance of Catholic Doctrine », Nova et Vetera 14 (notes 24-27 : « Denzinger, no. 792… Ibid., no. 1351 », cette dernière apposée à la citation firmiter credit… de l'axiome). Texte latin de l'axiome : « Firmiter credit, profitetur et praedicat, nullos extra catholicam Ecclesiam existentes, non solum paganos, sed nec Iudaeos aut haereticos atque schismaticos, aeternae vitae fieri posse participes… ». Datation : 4 février 1442 moderne = 1441 en style florentin (les éditions qui datent du « 4 février 1441 » suivent le comput florentin). Exemplaire remis aux délégués éthiopiens, avec une lettre d'Eugène IV à Zara Yaqob lui proposant une union semblable (cf. étude sur les Ewostateans à Florence, revue Afriques, openedition).
56 59 92Sur l'interprétation catholique de l'axiome extra Ecclesiam nulla salus : la nécessité de l'Église pour le salut s'entend comme nécessité de moyen et de précepte, mais n'impute pas la faute à celui qui demeure hors de l'Église par ignorance invincible. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 846-848.
60Pie IX, encyclique Quanto conficiamur moerore, 10 août 1863, et allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854 : ceux qui sont dans une ignorance invincible de la vraie religion et observent la loi naturelle peuvent, par l'action de la grâce, obtenir la vie éternelle ; cf. Denzinger-Hünermann, n° 2865-2867.
61Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, 21 novembre 1964, n° 14-16 : nécessité de l'Église pour le salut et possibilité du salut pour ceux qui, sans faute, ignorent l'Évangile du Christ mais cherchent Dieu d'un cœur sincère. Développement homogène, dans l'herméneutique de la continuité, de la doctrine affirmée à Florence.
62 63Eugène IV, bulle Sicut Dudum, Florence, 13 janvier 1435 ; texte anglais sur papalencyclicals.net/eugene04/eugene04sicut.htm. Condamnation de l'asservissement des habitants des îles Canaries (Guanches), baptisés ou recherchant librement le baptême ; ordre de libération dans les quinze jours sous peine d'excommunication latae sententiae dont on ne peut être absous — même par le Saint-Siège — qu'à l'article de la mort, à moins d'avoir d'abord rendu la liberté aux captifs et restitué leurs biens (§ 4, texte relu dans cette session sur papalencyclicals.net). Original incipit : « Eugenius episcopus, servus servorum Dei… ».
64 65 86Joel S. Panzer, The Popes and Slavery: Setting the Record Straight (EWTN Library) : « With Sicut Dudum, Eugene was clearly intending to condemn the enslavement of the people of the Canaries… condemned as soon as it was discovered, and condemned in the strongest of terms » ; puis Paul III, Sublimis Deus (1537). Pour la série complète des actes pontificaux, voir le dossier L'Église et l'esclavage.
66Réception de Sicut Dudum : les raids portugais se poursuivirent en 1435 et le roi Duarte de Portugal, après ses plaintes, obtint un tempérament par la bulle Romanus Pontifex du 15 septembre 1436 — recoupé le 4 octobre 2026 : art. « Sicut dudum », Wikipedia (même récit) ; Lehigh University, The Literature of Justification — Papacy (Duarte Iᵉʳ écrit à Eugène IV en 1436 au sujet des Canaries) ; homonymie levée : il s'agit d'un acte d'Eugène IV, distinct de la Romanus Pontifex de Nicolas V du 8 janvier 1455 (cf. dossier L'Église et l'esclavage ; la désambiguïsation « Romanus Pontifex » recense trois bulles homonymes : 1436 d'Eugène IV, 21 septembre 1451 et 8 janvier 1455 de Nicolas V).
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