La première croisade est l'expédition militaire et pénitentielle organisée à l'appel du pape Urbain II au concile de Clermont, le 27 novembre 1095, et qui aboutit, après trois années d'une marche éprouvante, à la prise de Jérusalem le 15 juillet 1099[3]. Elle naît d'une demande explicite et répétée de l'empereur byzantin Alexis Iᵉʳ Comnène[4][5], débordé par l'avancée seldjoukide en Anatolie depuis la défaite de Manzikert (1071), et débouche sur la fondation de quatre États latins d'Orient dont la durée s'échelonne d'un demi-siècle (Édesse, ville prise en 1144, derniers restes jusqu'en 1150[6]) à près de deux siècles (Jérusalem, 1099-1291, soit 192 ans avec l'interruption de 1187 à 1229).
Sur le plan militaire, c'est la seule croisade à avoir pris Jérusalem par les armes et fondé durablement un royaume latin d'Orient. Les expéditions ultérieures n'obtiennent aucun résultat comparable : deuxième (1147-1149), troisième (1189-1192), quatrième (dévoyée sur Constantinople en 1204), cinquième (1217-1221), septième et huitième (1248-1270) échouent ou se dispersent. Seule la sixième (1228-1229) recouvre Jérusalem — non par les armes mais par le traité diplomatique de Jaffa (18 février 1229) entre Frédéric II et le sultan Al-Kamil, et pour quinze ans seulement (1229-1244). Cette singularité, immédiatement perçue comme miraculeuse par les contemporains, est un fait historique avant d'être un objet apologétique : aucune campagne médiévale comparable n'a réuni autant de princes hostiles, parcouru quelque 4 000 kilomètres depuis l'Occident jusqu'à Jérusalem sans ligne de ravitaillement pré-établie — en s'appuyant sur l'aide byzantine puis sur les prises et le ravitaillement maritime[7] —, soutenu un siège de sept mois (Antioche, 21 octobre 1097 – 3 juin 1098) puis livré, en nette infériorité numérique selon les sources latines, la bataille du 28 juin 1098 en sortant victorieuse[8].
Le dossier est aussi celui d'ombres documentées : les massacres anti-juifs de Rhénanie au printemps 1096, commis par des bandes incontrôlées face auxquelles les évêques locaux protégèrent les Juifs ; le désastre de Civetot en octobre 1096 qui anéantit la croisade populaire ; le massacre de Jérusalem du 15 juillet 1099, dont les chiffres médiévaux sont rhétoriques mais qui reste un crime objectif. L'apologétique catholique honnête ne nie rien de cela ; elle le tient ensemble avec la réalité de la menace turque sur Byzance, la piété pénitentielle des croisés dûment attestée par leurs chartes, et la doctrine catholique de la guerre juste (Augustin, Cité de Dieu XIX et Contra Faustum XXII, 74 ; Thomas d'Aquin, Somme théologique IIa-IIae, q. 40 — exposée dans l'article hub).
L'article qui suit reprend la première croisade pièce par pièce : le contexte oriental et occidental de 1095, le discours de Clermont et ses quatre versions, la croisade populaire de Pierre l'Ermite, le départ des quatre grandes armées baronniales, l'accueil tendu à Constantinople, la traversée de l'Anatolie avec Nicée et Dorylée, le long calvaire d'Antioche avec la trahison de Firouz et la découverte de la Sainte Lance, la marche finale vers Jérusalem, le siège et la prise des 7 juin - 15 juillet 1099, enfin la bataille d'Ascalon qui clôt l'expédition. Pour le panorama des huit croisades, le sac de Constantinople en 1204, la guerre juste, les dix objections modernes et le pardon de saint Jean-Paul II, voir l'article hub Les croisades (1095-1291).
« Que ceux qui étaient autrefois habitués à se quereller méchamment dans des guerres privées contre les fidèles combattent désormais contre les infidèles, et qu'ils mènent à une fin victorieuse la guerre qui aurait déjà dû être commencée. Que ceux qui étaient des brigands deviennent maintenant des soldats. » — Urbain II, discours de Clermont (27 novembre 1095) d'après Fulcher de Chartres : version rédigée vers 1101, non le verbatim prononcé (non conservé)[9]
Sources et méthode
Aucune autre expédition médiévale n'est aussi richement documentée par ses contemporains que la première croisade. Le médiéviste John France, dans son histoire militaire de référence[10], souligne ce paradoxe heureux : pour aucun autre événement militaire du Moyen Âge avant le XIIIᵉ siècle, des témoins oculaires latins, byzantins et musulmans ne peuvent être croisés avec autant de densité sur les mêmes journées.
Trois sources latines de témoins directs dominent l'historiographie. Les Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, rédigées vers 1100-1101 par un croisé anonyme du contingent normand de Bohémond, restées sobres et factuelles, sont la source narrative la plus précieuse[11]. Raymond d'Aguilers, chapelain du comte Raymond IV de Saint-Gilles, témoigne du point de vue provençal et donne le récit le plus dramatique de la découverte de la Sainte Lance[12]. Fulcher de Chartres, prêtre du contingent du comte Étienne de Blois puis du futur roi Baudouin Iᵉʳ, écrit à partir de 1101 et continue son Historia jusqu'en 1127[13].
À côté, trois récits latins de non-témoins informés complètent : Robert le Moine, prieur de Senuc, qui revendique d'avoir été à Clermont[14] ; Baudri de Dol, archevêque, présent à Clermont également[15] ; Guibert de Nogent, abbé bénédictin, qui écrit vers 1109 à partir de témoins[16]. Plus tardif mais d'une importance documentaire majeure, Albert d'Aix rédige sa volumineuse Historia Ierosolimitana vers 1119-1130 à partir de témoins rentrés au pays — son texte conserve des éléments absents partout ailleurs, notamment sur la croisade populaire et sur les massacres rhénans[17].
Côté grec, l'Alexiade d'Anne Comnène, fille aînée de l'empereur Alexis Iᵉʳ, écrite vers 1148, est la grande source byzantine[18]. Côté musulman, deux chroniqueurs syriens écrivent à un siècle d'écart : Ibn al-Qalanisi (vers 1140) à Damas[19] et Ibn al-Athir (vers 1230) à Mossoul[20]. Côté juif enfin, trois chroniques hébraïques — Salomon bar Siméon, Eliezer bar Nathan, chronique de Mayence anonyme — conservent la mémoire des pogroms de Rhénanie[21].
Cette polyphonie n'élimine pas les divergences ; elle les rend lisibles. Jonathan Riley-Smith, qui a renouvelé tout le champ des crusade studies à partir de 1986 par le dépouillement des chartes de donations et de testaments de croisés, en tire la méthode : croiser les chroniques narratives, mais aussi les sources diplomatiques (chartes, lettres, bulles), pour reconstituer non seulement les faits, mais la mentalité réelle des participants[22].
L'Orient et l'Occident à la veille de 1095
Pour comprendre l'appel de Clermont, il faut tenir ensemble deux trajectoires qui convergent au début des années 1090 : l'effondrement militaire de Byzance face aux Seldjoukides et la mutation de l'Église latine sous l'effet de la réforme grégorienne.
L'Empire byzantin sous la pression seldjoukide
Le 26 août 1071, à Manzikert en Arménie orientale, l'armée de l'empereur Romain IV Diogène est écrasée par celle du sultan seldjoukide Alp Arslan[23]. L'empereur lui-même est capturé — événement sans précédent depuis sept siècles. Relâché peu après, il est renversé à Constantinople, aveuglé, exilé, et meurt en 1072.
Les conséquences territoriales sont catastrophiques. En une décennie, les Seldjoukides occupent la quasi-totalité de l'Anatolie, cœur militaire, agricole et fiscal de l'Empire byzantin. Vers 1080, leur cousin Süleyman Iᵉʳ fonde à Nicée — à moins de 200 kilomètres de Constantinople — le sultanat seldjoukide de Roum, qui devient une menace directe sur la capitale impériale. Antioche tombe en 1084 ; les anciennes provinces orientales chrétiennes, peuplées d'Arméniens, de Syriaques jacobites, de melkites et de maronites, passent sous domination turque.
L'empereur Alexis Iᵉʳ Comnène, monté sur le trône en avril 1081 après plusieurs années de guerre civile, hérite d'un Empire mutilé. Il stabilise d'abord les frontières danubiennes contre les Petchenègues (victoire décisive de Lebounion, 29 avril 1091) avant de tenter de reconquérir l'Anatolie. Mais il n'a ni hommes ni argent. La solution qu'il met en œuvre depuis le début des années 1090 est l'appel à des mercenaires latins — d'abord Normands d'Italie du Sud, puis Francs et Flamands.
Anne Comnène, témoin direct depuis le palais des Blachernes, raconte les ambassades envoyées à Rome :
« Mon père, voyant que les choses tournaient mal et que les armées romaines [byzantines] ne suffiraient plus, dépêcha des lettres en plusieurs endroits, et notamment auprès de l'évêque de Rome, sollicitant le secours des nations d'Occident contre les barbares qui dévastaient la terre. » — Anne Comnène, Alexiade, livre X, vers 1148[24]
L'ambassade décisive est envoyée au concile de Plaisance que tient Urbain II du 1ᵉʳ au 7 mars 1095. Devant les évêques réunis, les envoyés d'Alexis exposent la situation des chrétiens d'Orient et demandent des troupes. Le chroniqueur Bernold de Constance, témoin du concile, note dans sa Chronicon : « Le seigneur pape exhorta beaucoup, parmi tant d'autres choses, [...] à promettre fidèlement par serment qu'ils iraient porter secours à l'empereur contre les païens, dans la mesure du possible »[25]. Plaisance est donc le moment fondateur de la croisade : sept mois avant Clermont, Urbain II a déjà décidé d'agir.
Pèlerinages et Lieux saints
Pendant les trois siècles qui séparent la conquête arabe de Jérusalem (638) de l'appel de Clermont, les pèlerinages restent possibles vers la Terre sainte, mais à conditions variables, selon les pouvoirs musulmans locaux. Deux épisodes marquent durablement la mémoire latine.
D'abord, en 1009, le calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah ordonne la destruction du Saint-Sépulcre par ses troupes. La rotonde sépulcrale et le tombeau du Christ sont rasés ; le sanctuaire chrétien le plus important du monde n'est plus qu'une ruine. La chronique du patriarche melkite d'Antioche Yahya ibn Sa'id (mort vers 1066) en donne le récit le plus détaillé[26]. Le sanctuaire sera reconstruit par les Byzantins à partir de 1048, sous l'empereur Constantin IX Monomaque, mais l'événement laisse une trace : il prouve qu'aucune protection durable des Lieux saints n'est garantie par le pouvoir musulman.
Ensuite, à partir des années 1070, les Turcs seldjoukides sunnites prennent le contrôle de la Palestine au détriment des Fatimides chiites. Les routes de pèlerinage deviennent dangereuses ; les marchands italiens (Venise, Pise, Amalfi) qui assurent depuis longtemps la logistique des pèlerinages témoignent de l'instabilité croissante. Plusieurs grands pèlerinages collectifs des années 1064-1065 (notamment celui de Gunther de Bamberg, dit Magna Germanorum peregrinatio, mené par 7 000 Allemands) avaient déjà été dévastés par des attaques en Palestine.
L'Occident grégorien
L'appel de Clermont s'inscrit dans la grande réforme grégorienne lancée par Grégoire VII (pape de 1073 à 1085). Cette réforme a trois axes principaux : libération de l'Église face aux princes laïcs (querelle des investitures), réaffirmation de la papauté comme magistère suprême, et canalisation de la violence chevaleresque par la trêve de Dieu et la paix de Dieu.
Dès 1074, Grégoire VII avait conçu un projet d'expédition vers l'Orient pour secourir les chrétiens menacés et reconquérir le Saint-Sépulcre. Une lettre du 7 décembre 1074, adressée à l'empereur Henri IV, parle déjà de « cinquante mille hommes » prêts à partir avec lui en Terre sainte[27]. Le projet n'aboutit pas — la querelle des investitures éclate l'année suivante — mais l'idée est lancée et circulera pendant vingt ans dans la curie romaine. Quand Urbain II monte sur le trône pontifical en mars 1088, il est l'héritier direct de cette intuition grégorienne.
Sur le plan social, l'Occident des années 1080-1090 connaît une forte poussée démographique, des fils cadets sans héritage, une chevalerie nombreuse, et des violences privées que les évêques tentent vainement d'enrayer par les serments de paix. L'idée de canaliser cette violence vers une cause jugée légitime — défense des chrétiens d'Orient, libération du Saint-Sépulcre — est dans l'air bien avant Clermont.
L'appel d'Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095)
Du 18 au 28 novembre 1095, Urbain II préside un concile à Clermont, en Auvergne. L'assemblée traite d'abord de questions internes à l'Église : trêve de Dieu, excommunication du roi de France Philippe Iᵉʳ pour adultère, lutte contre la simonie et le nicolaïsme. Mais le 27 novembre, dans un champ extérieur à la ville pour accueillir une foule trop nombreuse pour entrer dans la cathédrale, Urbain II prononce un discours qui change l'histoire de la Méditerranée.
Le pape et son contexte
Eudes de Châtillon, né vers 1042 en Champagne, ancien moine clunisien devenu cardinal-évêque d'Ostie sous Grégoire VII, est élu pape le 12 mars 1088 et prend le nom d'Urbain II. Il a passé les premières années de son pontificat à reconstruire l'autorité pontificale ébranlée par la querelle des investitures et par l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne), qui occupait Rome avec le soutien de l'empereur Henri IV. Urbain II ne peut entrer dans Rome qu'en 1093. En 1095, il sillonne la France pour consolider la réforme.
L'historien français Alain Demurger présente Urbain II comme un pape avant tout diplomate : après sept années passées à éviter la rupture frontale avec l'empereur et à reconstituer patiemment un réseau de fidélités, l'appel de Clermont couronne un long calcul à la fois politique et spirituel — et non un coup de force improvisé[28].
Le déroulement du concile
Le concile de Clermont rassemble environ 300 clercs français, évêques et abbés, outre une foule considérable de chevaliers et de paysans. Les sessions à huis clos abordent les canons disciplinaires : interdiction du commerce des charges ecclésiastiques (canon 1), pénitence du pèlerinage à Jérusalem (canon 2), trêve de Dieu (canons 11-12), restitution des biens d'Église, lutte contre l'investiture laïque. Trente-deux canons sont adoptés, dont le texte critique est établi à partir des collections canoniques contemporaines[29].
Le 27 novembre 1095, le pape sort de la ville pour prêcher en plein air. Aucun verbatim sténographique ne nous est parvenu. Quatre chroniqueurs ont écrit leur version du discours, plusieurs années après les faits, chacun avec son public et sa théologie propres. Le tableau ci-dessous résume leur statut.
| Chroniqueur | Statut | Date de rédaction | Présent à Clermont ? | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Fulcher de Chartres | prêtre, chapelain d'Étienne de Blois puis de Baudouin Iᵉʳ | vers 1101 | oui | sobriété et précision documentaire |
| Robert le Moine | prieur de Senuc | vers 1107-1110 | revendique l'avoir été | rhétorique grandiose, succès médiéval immense |
| Baudri de Dol | archevêque de Dol-de-Bretagne | vers 1107 | oui | accent sur l'oppression des chrétiens orientaux |
| Guibert de Nogent | abbé bénédictin de Nogent | vers 1109 | non, second-hand | accent providentiel et apocalyptique |
Les quatre versions divergent sur les formulations exactes mais convergent sur cinq points : (1) appel à secourir les chrétiens d'Orient ; (2) menace turque sur les Lieux saints ; (3) prise de la croix comme pèlerinage armé pénitentiel ; (4) rémission des péchés pour ceux qui partent par pure dévotion ; (5) cri d'acclamation « Deus vult » — « Dieu le veut ».
Quatre récits, un même noyau
Fulcher de Chartres, le plus proche dans le temps et le plus sobre, insiste sur la canalisation de la violence chevaleresque :
« Que ceux qui étaient autrefois habitués à se quereller méchamment dans des guerres privées contre les fidèles combattent désormais contre les infidèles, et qu'ils mènent à une fin victorieuse la guerre qui aurait déjà dû être commencée. Que ceux qui étaient des brigands deviennent maintenant des soldats. » — Urbain II, version de Fulcher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 3[30]
Robert le Moine met en scène, au cœur de son récit, le grand cri populaire qui aurait jailli au milieu du discours :
« Une race tout à fait étrangère à Dieu, une génération qui n'a pas dirigé son cœur et n'a pas confié son esprit à Dieu, a envahi les terres de ces chrétiens, les a dépeuplées par le pillage et le feu. [...] Sur qui donc incombe la tâche de venger ces torts et de récupérer ce territoire, sinon sur vous, à qui Dieu a donné plus que tout autre peuple ? » — Urbain II, version de Robert le Moine, Historia Iherosolimitana, vers 1107[31]
À la fin du discours, selon Robert, « tous les assistants s'écrièrent d'une seule voix : "Dieu le veut ! Dieu le veut !" » — « Deus vult ! Deus vult ! »[32]. Urbain II aurait alors ordonné que cette acclamation devienne le cri de guerre des croisés, et invité chacun à coudre une croix de tissu sur son épaule comme signe distinctif du vœu (d'où le mot crucesignati, « ceux qui sont marqués de la croix », d'où viendra le mot croisés).
Baudri de Dol insiste sur la réparation due aux chrétiens orientaux opprimés. Guibert de Nogent accentue la dimension providentielle et lit la croisade comme un signe des derniers temps. Le médiéviste français Jean Flori, dans son grand ouvrage de référence La guerre sainte. La formation de l'idée de croisade dans l'Occident chrétien (Aubier, 2001), montre que ces quatre récits sont des reconstructions rhétoriques, fidèles dans l'esprit mais retravaillées par chaque auteur selon son public et sa théologie[33]. Le vrai discours d'Urbain II n'est pas conservé ; mais le noyau commun aux quatre témoins est solide.
L'innovation : l'indulgence de croisade
L'innovation théologique majeure de Clermont est l'indulgence de croisade, consignée dans le canon 2 du concile :
« Quiconque, par dévotion seulement et non pour gagner honneur ou argent, partira pour Jérusalem afin de libérer l'Église de Dieu, ce voyage lui sera compté pour toute pénitence. » — Canon 2 du concile de Clermont, 1095[34]
Ce canon est précis. Il ne dit pas : « quiconque tue un musulman ira directement au ciel ». Il dit : « quiconque accomplit, par dévotion pure, le pèlerinage à Jérusalem pour libérer l'Église, verra ce voyage compté pour pénitence intégrale ». Trois précisions importent.
Premièrement, la condition est « par dévotion seulement et non pour gagner honneur ou argent ». L'indulgence ne couvre pas ceux qui partent pour le butin ou la gloire. Le critère est intérieur.
Deuxièmement, ce qui est remis, ce sont les peines temporelles des péchés déjà commis et confessés — pas les péchés futurs. L'indulgence présuppose la confession et le repentir[35]. La doctrine catholique, alors comme maintenant, n'a jamais accordé d'absolution préventive aux crimes futurs.
Troisièmement, l'indulgence de croisade est l'adaptation d'une institution déjà ancienne : la pénitence canonique commuée en pèlerinage. Depuis le VIIIᵉ-IXᵉ siècles, l'Église imposait à certains pécheurs graves des pèlerinages de longue durée à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Rome ou à Jérusalem, à la place ou en complément des peines tarifées. Clermont applique cette logique à un pèlerinage armé, parce que le chemin de Jérusalem est désormais militairement dangereux.
L'historien Christopher Tyerman, professeur à Oxford, insiste sur cette centralité de la pénitence : sans elle, les croisades deviennent inexplicables — elles sont d'abord un acte pénitentiel, dont la dimension militaire est ordonnée à la libération des Lieux saints[36].
Une prédication itinérante (1095-1096)
Urbain II ne s'arrête pas à Clermont. Pendant dix mois, de novembre 1095 à août 1096, il sillonne le centre et le sud de la France pour prêcher la croisade en personne : Limoges (Noël 1095), Angers (10 février 1096), Le Mans, Tours, Saintes, Bordeaux, Toulouse, Saint-Gilles-du-Gard, Nîmes (juillet 1096). Il consacre des autels, distribue des reliques, prêche dans les cathédrales[37].
Parallèlement, d'autres prédicateurs portent l'appel : Pierre l'Ermite au nord (de la Berry à la Picardie, puis vers l'Allemagne rhénane), Robert d'Arbrissel dans l'Ouest, Géraud de Cahors, Hugues de Die. Le mouvement déborde rapidement les cadres prévus par le pape : Clermont avait visé la chevalerie, mais c'est tout un peuple qui se met en marche.
La croisade populaire (mars-octobre 1096)
Bien avant le départ des barons, des bandes populaires se mettent en route. La date officielle du grand départ fixée à Clermont — 15 août 1096, fête de l'Assomption — n'est pas tenue par les premiers contingents. Dès mars-avril 1096, des paysans, des artisans pauvres, des moines errants, quelques chevaliers de petite condition partent par les routes de Lorraine, de Rhénanie, de Hongrie, en direction de Constantinople.
Pierre l'Ermite et Gautier sans Avoir
Le prédicateur le plus célèbre de ce mouvement est Pierre l'Ermite, dit aussi Pierre d'Amiens (vers 1050 - 1115). Petit, maigre, vêtu d'une tunique grossière, monté sur un âne, il prêche depuis l'automne 1095 dans le nord de la France et la Rhénanie. La tradition tardive le fera inspirateur direct de l'appel d'Urbain II — un pèlerin revenu d'un voyage à Jérusalem qui aurait convaincu le pape — mais Jean Flori a montré que cette légende est une construction des chroniqueurs postérieurs[38]. Pierre l'Ermite est un prédicateur de second rang devenu un chef populaire par charisme propre, non un ambassadeur d'Alexis Comnène.
Vers Pâques 1096, plusieurs colonnes se mettent en marche. Gautier sans Avoir (Walterus Sine Habere), un chevalier français, part avec un petit contingent en avance et atteint Constantinople le 20 juillet 1096. Pierre l'Ermite suit, arrive à Constantinople le 1ᵉʳ août avec une troupe de 20 000 à 30 000 personnes (estimation prudente d'Asbridge[39]) — hommes, femmes, enfants, vieillards, sans logistique sérieuse.
Les pogroms anti-juifs de Rhénanie (avril-mai 1096)
Sur la route, plusieurs bandes incontrôlées commettent en avril-mai 1096 des massacres anti-juifs dans les communautés juives de la Rhénanie. Ce sont des crimes documentés, face auxquels les évêques locaux protégèrent et secoururent les Juifs (Spire, Mayence, Cologne — voir ci-dessous).
Trois épisodes principaux ressortent :
- Worms (18-25 mai 1096) : la communauté juive est attaquée par les bandes du comte Emich de Leiningen. Environ 800 morts. Les évêques locaux interviennent, mais les rescapés sont massacrés dans le palais épiscopal lui-même[40].
- Mayence (27 mai 1096) : l'archevêque Ruthard ouvre son palais aux Juifs et tente de les protéger. Sa garde est débordée. Plus de 1 000 morts ; nombreux suicides collectifs des familles juives pour éviter le baptême forcé. La chronique hébraïque de Salomon bar Siméon en donne le récit le plus poignant[41].
- Cologne (30 mai - 1ᵉʳ juin 1096) : l'archevêque Hermann III cache les Juifs dans des villages voisins. Les bandes les retrouvent et en massacrent environ 800.
Ces violences ne font pas partie du programme pontifical. Aucune bulle de croisade ne mentionne les Juifs comme cible. Plusieurs évêques rhénans — Ruthard de Mayence, Hermann III de Cologne, Jean Iᵉʳ de Spire[42] — défendent les Juifs au péril de leur autorité. Le pape Calixte II réitérera la protection des Juifs par la bulle Sicut Iudaeis non vers 1120, régulièrement renouvelée par ses successeurs jusqu'à Nicolas V (1447) — preuve d'une doctrine constante de protection contre la conversion forcée[43].
Le médiéviste Robert Chazan souligne ce qui rend les massacres de 1096 historiquement décisifs : ils ont eu lieu malgré l'autorité ecclésiastique, et non grâce à elle — évêques et clergé urbain prirent le parti des Juifs, tandis que les massacres furent le fait de bandes marginales[44].
Le désastre de Civetot (21 octobre 1096)
Arrivée à Constantinople le 1ᵉʳ août 1096, la croisade populaire se révèle vite ingérable. Pierre l'Ermite tente d'imposer une discipline ; il échoue. Alexis Iᵉʳ Comnène, embarrassé par cette horde indisciplinée, les fait transporter dès le 6 août sur la rive asiatique du Bosphore. Le camp de Civetot (Kibotos), près de Nicomédie, devient une plaque tournante d'incursions désordonnées contre les villages turcs.
Le 21 octobre 1096, ignorant les conseils de Pierre l'Ermite (alors à Constantinople pour négocier des subsides), un groupe d'environ 20 000 personnes — chevaliers, paysans, femmes et enfants — se lance vers Nicée. À six kilomètres de Civetot, en forêt, ils tombent dans une embuscade seldjoukide préparée par les troupes de Kılıç Arslan Iᵉʳ. Selon Anne Comnène et Albert d'Aix, le massacre est total : seuls quelques milliers d'hommes parviennent à se replier sur un fortin maritime où la flotte byzantine vient les secourir[45]. La croisade populaire est anéantie ; Pierre l'Ermite, miraculeusement épargné parce qu'il n'était pas avec ses troupes ce jour-là, rejoindra la grande armée des barons.
Le désastre de Civetot fait dire à Kılıç Arslan, selon Albert d'Aix, que les Francs sont une menace négligeable — appréciation qui lui coûtera très cher l'année suivante.
La croisade des barons : quatre armées sur la route (août 1096 - mai 1097)
Pendant que la croisade populaire s'épuisait, les grands princes d'Occident préparaient leur départ avec sérieux. Quatre grandes armées baronniales se mettent en route à partir de l'été 1096, chacune par un itinéraire distinct. Aucun roi européen n'est de la partie : ni l'empereur Henri IV (en pleine querelle avec le pape), ni le roi de France Philippe Iᵉʳ (excommunié), ni le roi d'Angleterre Guillaume II le Roux (peu pieux), ni les rois d'Espagne (occupés à la Reconquista). Ce sont les ducs, comtes et grands seigneurs qui mènent.
Godefroy de Bouillon
Godefroy de Bouillon (vers 1060-1100), duc de Basse-Lotharingie, est le fils aîné d'Eustache II de Boulogne. Sa mère, Ide de Lorraine (vers 1040-1113), célèbre pour sa piété, est vénérée comme bienheureuse (fête le 13 avril)[46]. Profondément religieux, Godefroy hypothèque son fief de Bouillon à l'évêché de Liège pour financer son départ — geste typique des croisés de la première heure et qui contredit la thèse marxiste de la croisade comme entreprise économique. Riley-Smith a démontré, par dépouillement des chartes, que la majorité des premiers croisés perdaient de l'argent à partir[47].
Godefroy part en août 1096 avec son frère Eustache III de Boulogne, son frère cadet Baudouin de Boulogne (futur Baudouin Iᵉʳ de Jérusalem), et Baudouin du Bourcq (futur Baudouin II de Jérusalem). Sa route passe par l'Allemagne du Sud, la Hongrie (où il négocie habilement le passage avec le roi Coloman), Belgrade, la via militaris romaine à travers les Balkans. Arrivée à Constantinople : 23 décembre 1096.
Hugues de Vermandois et Robert de Normandie
Hugues de Vermandois (1057-1101), frère cadet du roi de France Philippe Iᵉʳ, mène un petit contingent d'aristocratie capétienne. Il part par l'Italie du Sud, fait naufrage sur la côte épirote, et est intercepté par les Byzantins qui l'escortent jusqu'à Constantinople, où il arrive en novembre 1096. Sa présence est plus symbolique que militaire.
Robert II de Normandie (vers 1051-1134), dit Courteheuse, fils aîné de Guillaume le Conquérant, hypothèque le duché de Normandie à son frère Guillaume II le Roux, roi d'Angleterre, pour la somme de 10 000 marcs d'argent — environ le quart du revenu annuel de la couronne anglaise[48]. Il part avec son cousin Robert II de Flandre et son beau-frère Étienne II de Blois (époux d'Adèle, fille de Guillaume le Conquérant). Hivernage en Italie ; passage en Épire en avril 1097 ; arrivée à Constantinople en mai 1097.
Étienne de Blois est un témoin précieux : il écrit à sa femme Adèle des lettres datées qui sont parmi les rares témoignages personnels de la croisade conservés[49]. Sa désertion ultérieure devant Antioche (juin 1098) constituera le grand scandale moral de la croisade.
Raymond IV de Saint-Gilles et Adhémar du Puy
Raymond IV de Saint-Gilles (vers 1041-1105), comte de Toulouse et marquis de Provence, est le doyen des chefs croisés — il a près de 55 ans en 1096, un âge avancé pour l'époque, et est borgne suite à une ancienne blessure. Riche, pieux, ambitieux, il a fait construire une partie du sanctuaire de Saint-Gilles-du-Gard où Urbain II vient prêcher en juillet 1096. Premier des grands princes à prendre la croix, il jouit d'une autorité morale considérable sur l'expédition — mais il n'est pas désigné par le pape comme chef des armées : le seul mandat pontifical formel est celui du légat Adhémar de Monteil, évêque du Puy (vers 1045-1098).
Adhémar du Puy est la figure morale décisive de la croisade. Ancien chevalier devenu évêque en 1077, il est nommé légat pontifical dès Clermont — c'est lui qui aurait demandé le premier au pape, à la fin du discours du 27 novembre, à recevoir personnellement la croix. Il accompagne le contingent provençal de Raymond IV, mais il exerce son autorité spirituelle sur toutes les armées latines. Sa mort en août 1098 sera l'un des grands drames de la croisade ; tant qu'il vivait, les chefs surent rester unis.
Le contingent provençal part le 15 octobre 1096, traverse l'Italie du Nord, la Slovénie, la Dalmatie (où la traversée hivernale fut éprouvante), Durazzo, Thessalonique. Arrivée à Constantinople : 27 avril 1097.
Bohémond et Tancrède
Bohémond de Tarente (vers 1054-1111), fils aîné de Robert Guiscard, chef normand d'Italie du Sud, est le plus ambigu des chefs croisés. Il a combattu Alexis Iᵉʳ dans les Balkans entre 1081 et 1085 — son père Robert Guiscard rêvait de prendre Constantinople. Quand Bohémond apprend, en juillet 1096, le passage à Bari de Hugues de Vermandois en route pour la croisade, il prend la croix et embarque avec son neveu Tancrède de Hauteville (vers 1075-1112). Il mène un petit contingent normand-italien (environ 4 000 hommes) très professionnel. Traversée de l'Adriatique en octobre-novembre 1096 ; arrivée à Constantinople : 9 avril 1097.
Bohémond est militairement le plus expérimenté de tous les chefs croisés ; politiquement, c'est l'aventurier le plus dangereux pour Alexis Iᵉʳ. Toute la suite de la croisade sera marquée par sa rivalité personnelle avec Raymond IV de Saint-Gilles et par sa politique propre vis-à-vis de Byzance.
Constantinople (décembre 1096 - mai 1097)
L'arrivée successive des quatre armées baronniales à Constantinople, entre fin 1096 et avril 1097, met l'empereur Alexis Iᵉʳ Comnène dans une position délicate. Il avait demandé des mercenaires latins placés sous son commandement ; il voit arriver, par vagues, des dizaines de milliers de combattants menés par des princes orgueilleux qui n'entendent obéir à personne — et parmi lesquels figure son ancien ennemi mortel, Bohémond.
L'accueil byzantin
Anne Comnène, qui a une douzaine d'années en 1096, décrit dans l'Alexiade l'angoisse mêlée de fascination que provoque l'arrivée des Francs. Les contingents sont logés hors les murs, dans des camps successifs ; les chefs sont reçus en cérémonie au palais impérial. Anne décrit Bohémond avec une précision presque amoureuse — il était grand, blond, avec « quelque chose de séduisant dans son apparence, qui était cependant gâté par la terreur qu'il inspirait »[50].
Alexis manœuvre habilement. Il offre des présents somptueux aux chefs latins, leur fournit le ravitaillement, leur consent des avances en or — mais il exige en contrepartie un serment de fidélité personnelle.
Le serment de fidélité
Le serment que prête chaque chef croisé à Alexis Iᵉʳ entre décembre 1096 et avril 1097 est l'un des actes diplomatiques les plus discutés de toute la croisade. Sa formule exacte n'est pas conservée ; les chroniqueurs latins et grecs en donnent des versions divergentes. Le serment comporte deux engagements :
- Restituer à l'Empire byzantin toutes les villes anciennement byzantines (avant Manzikert 1071) que les croisés reprendraient — au premier rang desquelles Antioche et Nicée.
- Reconnaître Alexis comme suzerain des conquêtes croisées.
Godefroy de Bouillon refuse d'abord, résiste un mois entier, puis cède après un blocus byzantin de son camp et prête serment le 20 janvier 1097. Raymond IV, plus pieux, refuse durablement la formule de vassalité personnelle, mais consent à respecter les biens de l'empereur. Bohémond, en revanche, prête le serment immédiatement et avec ostentation — ce qui inquiète Raymond, car Bohémond est l'ennemi traditionnel d'Alexis et son zèle apparent dissimule un calcul.
L'historien Steven Runciman voit dans la question du serment « la racine de toutes les difficultés ultérieures entre Byzance et les Latins, jusqu'au sac de 1204 »[51]. Mais sa lecture, classique en 1951, est aujourd'hui nuancée : Thomas Asbridge et Jonathan Harris montrent qu'Alexis a tenu ses engagements dans la mesure de ses moyens, et que les ruptures sont venues d'épisodes ponctuels, surtout du retrait byzantin de Philomélion en juin 1098 et de la prise unilatérale d'Antioche par Bohémond[52].
La défiance latine
Sous les courtoisies de palais, la défiance s'installe. Les Latins méprisent les Grecs comme efféminés, doubles, plus diplomates que guerriers ; les Grecs voient les Latins comme barbares, brutaux, sans manières, et dangereusement nombreux. Quand le dernier contingent (celui de Robert de Normandie) est passé sur la rive asiatique en mai 1097, Alexis souffle. Il n'enverra qu'un détachement symbolique, sous le général Tatikios, pour accompagner l'armée croisée jusqu'à Antioche.
La traversée de l'Asie Mineure (mai-octobre 1097)
Une fois passées sur la rive asiatique, les armées croisées font leur jonction et marchent vers leur premier objectif : Nicée, capitale du sultanat seldjoukide de Roum, à 90 kilomètres au sud-est de Constantinople. Effectifs combinés estimés : environ 60 000 personnes, dont 30 000 à 40 000 combattants (5 000 à 7 000 cavaliers lourds, le reste fantassins), plus une masse de non-combattants (clercs, femmes, serviteurs, marchands)[53].
Le siège de Nicée (14 mai - 19 juin 1097)
Nicée est protégée par une double enceinte murale longue d'environ cinq kilomètres, percée d'une centaine de tours (114 tours relevées)[54], et bordée à l'ouest par le lac d'İznik. Le sultan Kılıç Arslan Iᵉʳ est absent — parti en Anatolie centrale combattre les Danichmendides, il a sous-estimé la menace franque après le désastre de Civetot. Sa famille et son trésor sont dans la ville.
Le 14 mai 1097, les croisés investissent les murs sur trois côtés. Le 16 mai, Kılıç Arslan tente une percée pour secourir sa capitale ; il est repoussé. Les croisés font construire sur place des machines de jet — pierrières et mangonneaux — ainsi que des tours mobiles. Mais ils ne peuvent investir le côté du lac — par où les Turcs ravitaillent la ville en nuit. Alexis Iᵉʳ envoie alors un détachement byzantin et fait transporter par voie de terre des galères sur le lac, qui ferment le ravitaillement le 17 juin.
Le 19 juin 1097, la garnison ouvre secrètement les portes au général byzantin Manuel Boutoumitès plutôt qu'aux Latins. C'est un coup de maître politique d'Alexis Iᵉʳ : il récupère Nicée intacte, sauve les habitants du sac (et donc gagne un instrument diplomatique pour ses relations futures avec les Turcs), et frustre les Latins. Les chroniqueurs latins, Raymond d'Aguilers en tête, en gardent une rancune durable[55].
La bataille de Dorylée (1ᵉʳ juillet 1097)
Le 26 juin 1097, les croisés repartent en deux colonnes, à un jour de marche l'une de l'autre, à travers le plateau anatolien. Le 1ᵉʳ juillet au matin, près de Dorylée (l'actuelle Eskişehir), l'avant-garde de Bohémond est attaquée par les forces concentrées de Kılıç Arslan, alliées aux Danichmendides — environ 10 000 cavaliers turcs, dont la tactique de harcèlement à l'arc sur cavalerie légère décime l'armée croisée surprise.
Pendant six heures, le contingent de Bohémond résiste à pied, en cercle défensif, autour des chariots et des non-combattants. Vers midi, la deuxième colonne arrive : Godefroy, Raymond, Adhémar du Puy. La contre-attaque latine fait basculer la bataille. L'arrière-garde, conduite par les évêques Adhémar du Puy et Godefroy, prend les Turcs à revers.
Le Gesta Francorum rapporte :
« Les Turcs craignaient terriblement nos cavaliers cuirassés. [...] Ils ne savaient pas si nous étions des hommes ou des démons. Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans les siècles des siècles, prit pitié de nous et nous donna la victoire. » — Gesta Francorum, livre III, ch. 9, vers 1100[56]
Pertes turques : environ 3 000. Pertes croisées : 4 000 selon les chiffres latins, probablement quelques centaines en réalité. Surtout, l'armée de Kılıç Arslan est désorganisée ; il ne peut plus s'opposer frontalement à la progression croisée. Le chemin de Cilicie est ouvert.
L'épreuve anatolienne (juillet-octobre 1097)
Les trois mois suivants sont une marche cauchemardesque à travers le plateau anatolien en plein été. Kılıç Arslan applique la tactique de la terre brûlée : champs incendiés, puits empoisonnés, villages évacués. Les croisés progressent dans une chaleur écrasante, sans ravitaillement. Les chevaux meurent par centaines ; les chevaliers marchent à pied, parfois portés sur des chèvres ou des bœufs. Albert d'Aix rapporte que « la plupart des grands seigneurs allaient à pied, portant leurs armes »[57].
À Iconium (Konya, l'actuelle Konya), capitale de Kılıç Arslan, abandonnée par les Turcs, les croisés trouvent enfin du ravitaillement et de l'eau. À Héraclée (Ereğli), ils repoussent une dernière fois les Danichmendides en septembre. Puis les chefs se séparent. Baudouin de Boulogne et Tancrède partent vers la Cilicie pour ouvrir un théâtre secondaire (Tarse, Adana, Mamistra) ; Baudouin poursuivra ensuite vers l'est jusqu'à Édesse, où il s'imposera comme régent du prince arménien Thoros en mars 1098, puis comme comte d'Édesse après l'assassinat de ce dernier — fondant ainsi le premier État latin d'Orient.
Le gros de l'armée descend par les Portes ciliciennes, traverse les Taurus, arrive le 21 octobre 1097 devant Antioche.
Antioche : sept mois de siège (21 octobre 1097 - 3 juin 1098)
Antioche-sur-l'Oronte est, en 1097, l'une des plus grandes villes du monde méditerranéen : population estimée à 40 000-60 000 habitants, longue muraille d'environ 12 kilomètres construite par l'empereur Justinien au VIᵉ siècle, quelque 400 tours, citadelle sur le mont Silpios à 500 mètres au-dessus de la ville basse. Reprise par les Byzantins en 969 puis conquise par les Seldjoukides en 1084, elle est défendue depuis 1086 par le gouverneur Yaghi-Siyan.
Le verrou stratégique
Antioche est le verrou de toute la route vers Jérusalem : pas moyen d'avancer plus au sud sans neutraliser cette place forte, dont la garnison pourrait couper toute retraite. Les croisés l'ont compris ; ils ne peuvent pas la contourner.
Le 21 octobre 1097, les croisés établissent leurs camps face aux portes nord et ouest. Ils ne peuvent pas encercler la ville complètement — leurs effectifs (environ 30 000 combattants après les pertes anatoliennes) sont insuffisants pour une enceinte d'environ 12 km. Ils établissent trois camps fortifiés : le camp de Bohémond face à la porte Saint-Paul, celui de Raymond face à la porte du Chien, celui de Godefroy face à la porte du Pont.
Famine et désertions
L'hiver 1097-1098 est terrible. Pluies torrentielles dès novembre ; gelées de décembre à février ; ravitaillement insuffisant ; les nourritures qu'on trouve s'épuisent. La famine commence vers Noël. Raymond d'Aguilers décrit l'envolée des prix, les chevaux qui dépérissent faute de fourrage et les désertions qui se multiplient[58].
Les chevaux meurent en masse ; le nombre de cavaliers tombe d'environ 5 000 en octobre 1097 à moins de 1 000 en juin 1098[59]. Les soldats mangent du chien, du chat, du rat ; certains croisés mangent les cadavres trouvés, tuent leurs propres bêtes de bât. Les désertions se multiplient — y compris parmi les chefs.
Le 20 janvier 1098, Pierre l'Ermite lui-même, désespéré, tente de quitter le camp avec Guillaume le Charpentier, vicomte de Melun. Tancrède les rattrape ; ils sont ramenés sous escorte. Pierre se voit infliger une humiliation publique mais n'est pas exclu.
Le général byzantin Tatikios, prétextant aller chercher des renforts, quitte définitivement le camp en février 1098 et regagne Constantinople. Sa désertion sera plus tard un argument pour Bohémond : si Byzance abandonne, le serment de fidélité tombe.
La trahison de Firouz (3 juin 1098)
Le 9 février 1098, Bohémond repousse une armée seldjoukide de secours venue de Ridwan d'Alep au gué de l'Oronte. Le 4 mars, Raymond Pilet et le port voisin de Saint-Siméon (Souwaydiyya) tombent aux mains des croisés grâce à des navires génois, ce qui permet enfin un ravitaillement maritime. Mais l'arrivée annoncée d'une immense armée seldjoukide sous Kerbogha, atabeg de Mossoul (en mai 1098) menace de prendre les croisés en tenaille.
Bohémond joue alors son grand coup. Il a noué, depuis février, des contacts secrets avec Firouz, un renégat arménien chrétien converti à l'islam, commandant de trois tours sur la muraille sud-ouest. Bohémond propose aux autres chefs un marché : Antioche pour lui si elle est prise par ses moyens. Raymond IV refuse — le serment à Alexis exige restitution à Byzance — mais les autres chefs cèdent.
Dans la nuit du 2 au 3 juin 1098, soixante croisés conduits par Bohémond escaladent la tour des Deux-Sœurs, ouverte par Firouz. Ils ouvrent la porte du Pont. À l'aube, les croisés déferlent dans la ville. Yaghi-Siyan s'enfuit ; il sera tué quelques heures plus tard par des paysans arméniens qui le reconnaissent. La ville basse tombe en quelques heures ; la citadelle sur le mont Silpios, en revanche, reste aux mains de la garnison turque commandée par le fils de Yaghi-Siyan.
Antioche : le contre-siège de Kerbogha (5-28 juin 1098)
À peine maîtres de la ville basse, les croisés se retrouvent assiégés à leur tour. Le 5 juin 1098, l'armée de Kerbogha arrive devant Antioche. Effectifs estimés : 35 000 à 75 000 hommes selon les sources — sans doute 35 000 à 50 000 en réalité, contre 20 000 croisés survivants dont moins de 1 000 cavaliers[60]. Le rapport de forces semble écrasant.
L'étau musulman
Kerbogha s'installe sur le plateau au nord et investit le pont fortifié. Il prend contact avec la garnison de la citadelle, encore turque, qui descend par moments vers la ville basse pour harceler les croisés. Bohémond doit construire un mur intérieur pour isoler le mont Silpios du reste d'Antioche. La famine reprend ; cette fois aggravée par la perte du ravitaillement maritime.
Le moral s'effondre. Plusieurs grands seigneurs tentent ou réussissent à s'enfuir. Étienne II de Blois, l'un des plus puissants barons de l'armée[61], monte au monastère de Saint-Siméon le 2 juin (la veille de la prise) sous prétexte de maladie ; quand il apprend l'arrivée de Kerbogha, il déserte avec son contingent. Sa retraite vers Constantinople sera décisive : rencontrant Alexis Iᵉʳ à Philomélion en juin 1098, il convainc l'empereur que les croisés sont perdus. Alexis renonce à les rejoindre et fait demi-tour avec son armée. Cette décision sera plus tard l'argument-clé de Bohémond pour refuser de restituer Antioche à Byzance : l'empereur a manqué à sa parole en abandonnant son armée alliée à son sort.
La vision et la Sainte Lance
Dans cette situation désespérée, à l'intérieur d'Antioche, un événement bouleverse l'armée. Un pauvre Provençal du nom de Pierre Barthélémy raconte avoir reçu, depuis novembre 1097, plusieurs visions de saint André. Dans la dernière, vers la fin mai 1098, l'apôtre lui révélerait que la Sainte Lance — celle qui transperça le côté du Christ en croix selon Jean 19, 34 — est enterrée sous le pavement de la basilique Saint-Pierre d'Antioche.
Pierre, illettré, raconte d'abord sa vision à Raymond IV, par l'intermédiaire de son chapelain Raymond d'Aguilers (notre principal témoin). Adhémar du Puy reste sceptique. Le 14 juin 1098, douze hommes — dont Pierre Barthélémy, Raymond IV, Raymond d'Aguilers, l'évêque d'Orange Guillaume — creusent à l'endroit indiqué dans la basilique. Toute la journée, ils ne trouvent rien. Vers le soir, Pierre Barthélémy entre lui-même dans le trou et, selon Raymond d'Aguilers, tire des entrailles de la terre un fer de lance.
Raymond d'Aguilers, témoin oculaire, écrit :
« Quand donc nous eûmes longtemps creusé en vain, et que certains commençaient à désespérer, l'enfant qui se trouvait dans le trou — c'était Pierre lui-même — se mit à crier de joie. Il avait vu la pointe de la Lance. Il sauta, vêtu de sa chemise seulement, dans la fosse, et il sortit de la terre la Sainte Lance avec une dévotion remplie de larmes. Et nous tous qui étions présents, nous l'embrassâmes en pleurant, et nous fûmes remplis d'une joie immense. » — Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 11, vers 1100[62]
L'authenticité historique de la relique fut contestée immédiatement par certains croisés (notamment dans le contingent normand de Bohémond, qui n'a pas intérêt à voir l'influence de Raymond augmenter par un prodige). Adhémar du Puy resta réservé. Pierre Barthélémy lui-même se soumettra, le 8 avril 1099 (Vendredi saint, devant Arqa), à une ordalie par le feu : il traversa un brasier pour défendre la véracité de sa vision, en sortit gravement brûlé et mourut de ses blessures le 20 avril[63].
Sans trancher sur l'objet matériel, les historiens contemporains sont unanimes sur son effet psychologique : la découverte du 14 juin 1098 a redonné un moral surnaturel à une armée prête à se rendre. Thomas Asbridge y voit l'un des ressorts décisifs de la victoire du 28 juin : authentique ou non, la Lance a, ce jour-là, sauvé la croisade[64].
La bataille du 28 juin 1098
Trois jours de jeûne et de processions précèdent l'assaut. Le 28 juin 1098 au matin, les croisés ouvrent les portes d'Antioche et sortent en ordre de bataille. Selon Raymond d'Aguilers, ils sont divisés en six corps : Hugues de Vermandois et Robert de Normandie ouvrent ; Godefroy de Bouillon et Robert de Flandre marchent ensemble ; Tancrède et les deux Eustaches en troisième ; Adhémar du Puy porte la Sainte Lance dans le quatrième ; Raymond IV, malade, reste dans la ville pour surveiller la citadelle ; Bohémond commande la réserve.
Kerbogha, certain de sa victoire, accepte l'offre d'un duel d'honneur transmis par Pierre l'Ermite (devenu négociateur officieux). Quand il voit l'armée croisée déployée en plaine, malgré sa supériorité numérique, il ne charge pas immédiatement. Il laisse manœuvrer. Une partie de ses contingents (Soqman, Janah ad-Dawla) se retire sans combattre — manifestation classique des divisions internes de la coalition seldjoukide qu'Albert d'Aix décrit longuement. Le Gesta Francorum raconte que les croisés virent trois chevaliers en armes blanches descendre des collines pour combattre à leurs côtés — que l'auteur anonyme identifie aux saints Georges, Mercure (Mercurius) et Démétrius[65]. Rapportée comme un fait par le témoin, elle donna l'élan décisif.
La bataille tourne en quelques heures à l'avantage des Latins. Kerbogha s'enfuit ; le camp musulman est pillé ; la citadelle se rend ; Antioche est définitivement chrétienne. La nouvelle, qui parviendra à Rome en novembre 1098, transformera la perception de la croisade en prodige incontestable.
L'année perdue (juillet 1098 - mai 1099)
L'année qui suit la bataille d'Antioche est, paradoxalement, la plus lente de toute la croisade. Sept mois s'écoulent entre la victoire du 28 juin 1098 et la reprise effective de la marche vers Jérusalem en mars 1099.
La mort d'Adhémar (1ᵉʳ août 1098)
Une épidémie — probablement le typhus — éclate à Antioche en juillet. Elle décime l'armée et emporte le 1ᵉʳ août 1098 le légat Adhémar du Puy. Sa mort est une catastrophe morale. Tant qu'il vivait, il avait su tenir ensemble les chefs hétérogènes. Sans lui, leurs rivalités explosent[66].
Le différend Bohémond / Raymond
La grande question est : à qui Antioche ? Bohémond, qui a permis la prise par sa diplomatie secrète, exige la principauté pour lui. Raymond IV, qui a le serment à Alexis comme conscience, refuse — Antioche doit retourner à Byzance. Les deux camps s'entre-tuent presque. Pendant des mois, les chefs envoient ambassadeurs et lettres dans toutes les directions ; ils marchandent ; les simples soldats, eux, demandent qu'on marche enfin vers Jérusalem.
Maarat-an-Numan est prise les 11-12 décembre 1098, et sa chute s'accompagne d'un massacre attesté avec des épisodes de cannibalisme sur les morts musulmans, dûment rapportés par les chroniqueurs latins eux-mêmes — preuve par l'absurde de leur honnêteté documentaire[67]. Puis, sous la pression de ses propres troupes qui menacent de continuer sans lui vers Jérusalem, Raymond IV fait démanteler les murs de la ville le 5 janvier 1099 et, le 13 janvier, part de Maarat en direction du sud pieds nus, en habit de simple pèlerin. Bohémond reste à Antioche.
Mais la marche est lente. Pendant ces mois perdus, les Fatimides du Caire, profitant de l'effondrement seldjoukide en Syrie, reprennent Jérusalem aux Turcs (août 1098). Quand les croisés y arriveront, ce ne sera plus la garnison turque attendue ; ce seront des troupes fatimides bien organisées, sous le gouverneur Iftikhar al-Dawla.
Le siège de Jérusalem (7 juin - 15 juillet 1099)
Le 7 juin 1099, l'armée croisée arrive devant Jérusalem. Sur les 60 000 à 100 000 partis trois ans plus tôt, il en reste environ 12 000 à 15 000 — 11 000 à 12 000 fantassins, 1 200 à 1 300 cavaliers, plus quelques milliers de non-combattants[68]. C'est une armée fondue, mais aguerrie, fanatisée par l'objectif.
L'arrivée
Après près de trois ans de marche, les croisés découvrent enfin la ville sainte[69].
La ville est défendue par une garnison fatimide d'environ 3 000 à 4 500 hommes, dont 400 cavaliers d'élite égyptiens venus du Caire. Iftikhar al-Dawla a fait évacuer les sources d'eau autour de la ville, fait empoisonner les puits, et chassé les chrétiens orientaux (orthodoxes melkites) hors les murs pour qu'ils ne servent pas de cinquième colonne[70].
Les tours de siège
Le 13 juin, un premier assaut spontané échoue. Les croisés n'ont pas le matériel. Ils manquent de bois (la région a peu d'arbres), d'eau, de nourriture. La situation est critique. Le 17 juin, l'arrivée de navires génois et anglais à Jaffa apporte le bois nécessaire à la construction de tours de siège. Plusieurs charpentiers génois, dont Guglielmo Embriaco (dit Testa di Maglio), sont décisifs.
Pendant trois semaines, les croisés bâtissent deux grandes tours mobiles (l'une commandée par Godefroy au nord, l'autre par Raymond au sud) ainsi qu'un bélier.
La procession du 8 juillet
Le 8 juillet 1099, l'armée tout entière, prêtres en tête, fait pieds nus le tour des murailles de Jérusalem en procession solennelle, à la manière de Josué autour de Jéricho, en chantant le Magnificat et en portant des reliques. Cette procession, racontée par toutes les sources latines, est un acte religieux de toute première importance. Elle traduit la conviction théologique des croisés : la prise de Jérusalem n'est pas d'abord un acte militaire, c'est un acte liturgique[71].
« Nous montâmes sur le mont des Oliviers, jeûnant, et nous priâmes Dieu, faisant le tour de la cité avec une procession de prêtres et de clercs nous précédant. Les Sarrasins, debout sur les murailles, nous insultaient et insultaient la croix. » — Gesta Francorum, livre X, ch. 38, vers 1100[72]
L'assaut du 15 juillet
Le 14 juillet au matin, les deux tours de siège sont approchées des murs en deux secteurs distincts. Le combat dure toute la journée du 14 et la matinée du 15. Vers midi le 15 juillet 1099, sur le secteur de Godefroy de Bouillon au nord, Letholdus de Tournai et son frère Gilbert sont les premiers à franchir le mur. Godefroy suit immédiatement. La porte Saint-Étienne s'ouvre. Au sud, le mur de Raymond résiste plus longtemps, mais la garnison fatimide, prise en étau, abandonne la position et se réfugie dans la tour de David.
Iftikhar al-Dawla négocie sa reddition contre la vie sauve : il est escorté hors de la ville avec sa garde personnelle vers Ascalon — seul groupe musulman significativement épargné le 15 juillet 1099.
Le massacre du 15 juillet : honnêteté historique
Ce qui se passe ensuite dans Jérusalem entre le 15 juillet à midi et le 17 juillet est l'épisode le plus chargé apologétiquement de toute la croisade. L'apologétique catholique honnête ne nie pas ; elle distingue.
Les sources latines
Trois chroniqueurs latins témoignent du massacre.
Le Gesta Francorum (anonyme du contingent normand, témoin oculaire) :
« Nos hommes pourchassaient et massacraient les Sarrasins jusqu'au Temple de Salomon, où le carnage fut si grand que nos hommes pataugeaient dans le sang jusqu'aux chevilles. » — Gesta Francorum, livre X, ch. 38, vers 1100[73]
Raymond d'Aguilers, chapelain de Raymond IV de Saint-Gilles :
« Si je dis la vérité, elle dépassera votre capacité de croire. Qu'il suffise de dire qu'au Temple et dans le portique de Salomon, on chevauchait dans le sang jusqu'aux genoux et jusqu'à la bride des chevaux. » — Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 38, vers 1100[74]
Fulcher de Chartres mentionne « 10 000 morts » au Temple, dans une formule rhétorique typiquement médiévale (chiffres ronds, valeur symbolique).
Ces récits n'épargnent personne : ni les hommes ni les femmes ni les enfants musulmans. Une partie de la communauté juive de Jérusalem périt dans l'incendie de la synagogue principale, où ils s'étaient réfugiés selon Ibn al-Qalanisi[75].
Les sources musulmanes et la Geniza du Caire
Les sources musulmanes du XIIᵉ et XIIIᵉ siècle donnent des chiffres très élevés. Ibn al-Athir, écrivant vers 1230 à Mossoul, parle de 70 000 morts au sanctuaire du Rocher seul[76]. Ce chiffre est aujourd'hui considéré comme fortement exagéré par la totalité des historiens : la population totale de Jérusalem à cette date est estimée à 20 000-30 000 habitants au maximum, en comptant les réfugiés affluant des campagnes.
Un document de grande importance, mis en lumière par l'historien Benjamin Z. Kedar à partir de la Geniza du Caire (dépôt de documents juifs trouvé à la synagogue Ben Ezra), apporte un témoignage quasi contemporain : une lettre écrite à Ashkelon (Ascalon) dans l'année qui suit la prise, où les anciens de la communauté décrivent la chute de la ville et la rançon des captifs. Kedar en souligne l'intérêt : elle confirme les violences, tout en documentant le rachat de captifs — un tableau plus nuancé que celui des chroniqueurs musulmans, rédigés un siècle plus tard[77].
Que disent les historiens modernes ?
Les estimations actuelles convergent sur 3 000 à 10 000 morts, sur une population résiduelle évaluée à 15 000-30 000. Conor Kostick, dans The Siege of Jerusalem: Crusade and Conquest in 1099 (Continuum, 2009), montre que les chiffres médiévaux sont rhétoriques, conçus pour amplifier le sens religieux de la victoire ou pour mobiliser l'indignation musulmane, et ne doivent jamais être lus comme des recensements modernes[78].
Jonathan Riley-Smith insiste sur un fait souvent oublié : les massacres de villes prises d'assaut étaient la norme du droit de la guerre médiéval, partagée par chrétiens, musulmans et byzantins. Après Hattin (4 juillet 1187), Saladin lui-même fera exécuter les Templiers et les Hospitaliers capturés ; la prise d'Édesse par Zengi (24 décembre 1144) s'accompagne de massacres et de déportations. Le massacre de Jérusalem n'est ni unique ni typiquement chrétien : il est typiquement médiéval.
Cela ne justifie pas moralement le crime. Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne : « Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants est un crime contre Dieu et contre l'homme lui-même, à condamner avec fermeté et sans hésitation » (CEC § 2314, texte en ligne sur vatican.va)[79]. Mais la défense honnête de l'Église ne consiste pas à nier le sang versé ; elle consiste à l'inscrire dans la logique d'une guerre médiévale où chrétiens, musulmans et juifs partageaient les mêmes pratiques cruelles. Et Jean-Paul II, au Jubilé de l'an 2000, a publiquement demandé pardon pour les fautes commises par des fils de l'Église dans cet ordre d'actes[80].
Évaluation honnête
Une position catholique solide tient quatre points ensemble :
- Le massacre est documenté et avéré. L'apologétique catholique ne le nie pas.
- Les chiffres médiévaux sont rhétoriques. L'estimation moderne est de l'ordre de quelques milliers de morts, non de 70 000.
- Le sac d'une ville prise d'assaut était la norme médiévale. Cela n'innocente pas les croisés, mais ôte l'argument « les chrétiens, eux, étaient particulièrement barbares ».
- L'Évangile ne sanctifie pas le massacre. L'Église, dès Augustin, exige l'intention droite des combattants ; et Jean-Paul II en 2000 a demandé pardon, au nom de l'Église, pour les fautes commises par ses fils dans cet ordre d'actes.
Ascalon et la fin de la croisade (12 août 1099)
Le 22 juillet 1099, les chefs croisés se réunissent dans la basilique du Saint-Sépulcre pour élire un chef du nouveau royaume. Raymond IV refuse — par humilité ou par calcul. Godefroy de Bouillon accepte, mais refuse le titre de roi — « il n'acceptait pas de porter une couronne d'or là où le Christ avait porté une couronne d'épines », selon la formule transmise par Guillaume de Tyr[81]. Il prend le titre d'advocatus Sancti Sepulchri — « avoué du Saint-Sépulcre », c'est-à-dire défenseur juridique et militaire du sanctuaire.
À peine élu, Godefroy doit faire face à une contre-offensive fatimide. Le vizir du Caire, Al-Afdal Shahanshah, qui n'avait pu venir à temps pour défendre Jérusalem, débarque à Ascalon avec une grande armée — 20 000 à 50 000 hommes selon les sources. Godefroy regroupe ses chefs : Robert de Normandie, Robert de Flandre, Tancrède, Eustache de Boulogne. Raymond IV est convoqué et accepte de marcher. L'armée croisée mobilise environ 10 000 hommes, dont 1 200 cavaliers.
Le 12 août 1099, à l'aube, les croisés surprennent l'armée fatimide encore en train de prendre position sur la plage d'Ascalon, à 80 kilomètres au sud-ouest de Jérusalem. L'attaque latine est foudroyante. Al-Afdal lui-même s'enfuit ; sa bannière est prise par les croisés et déposée plus tard au Saint-Sépulcre. La bataille consolide définitivement le royaume de Jérusalem naissant.
« Et notre Seigneur Jésus-Christ, qui livra ce jour la cité de Sa résurrection à ses chevaliers, donna aussi en peu d'heures la victoire à son peuple sur l'innombrable armée des Sarrasins. » — Gesta Francorum, livre X, ch. 39, vers 1100[82]
Après Ascalon, la plupart des croisés considèrent leur vœu accompli et rentrent au pays. Raymond IV refuse de se soumettre à Godefroy, part vers le nord, et tentera plus tard de fonder le comté de Tripoli (siège de la ville dès 1102, prise en 1109). Bohémond reste à Antioche. Tancrède s'établit en Galilée. Godefroy, lui, meurt le 18 juillet 1100, un an après la prise — épuisé, sans doute par une maladie infectieuse. Son frère Baudouin lui succède, et accepte cette fois la couronne royale (Noël 1100, à Bethléem) : c'est officiellement le début du royaume de Jérusalem.
Quatre États latins, jusqu'à deux siècles de présence chrétienne
La première croisade fonde quatre États latins qui survivront — selon les cas — entre 50 et 192 ans :
- Comté d'Édesse (1098-1144), fondé par Baudouin de Boulogne en mars 1098. Capitale Édesse (actuelle Şanlıurfa, Turquie). Premier à tomber, repris par Zengi le 24 décembre 1144. Sa chute déclenche la deuxième croisade.
- Principauté d'Antioche (1098-1268), fondée par Bohémond en juin 1098. Capitale Antioche. Tombe aux mains du sultan mamelouk Baybars en mai 1268.
- Royaume de Jérusalem (1099-1291), fondé par Godefroy de Bouillon le 22 juillet 1099. Capitale Jérusalem (1099-1187, puis 1229-1244), puis Acre. Disparaît avec la chute d'Acre le 18 mai 1291.
- Comté de Tripoli (1109-1289 ; siège dès 1102), fondé par Raymond IV de Saint-Gilles puis son fils Bertrand, qui prend la ville le 12 juillet 1109. Capitale Tripoli. Tombe en avril 1289 face à Qalawun.
Ces États ne sont pas des colonies de peuplement au sens moderne. Les Francs n'y représentent jamais plus de 15-20 % de la population. Le reste se compose de chrétiens orientaux (orthodoxes, jacobites, melkites, maronites, arméniens), de musulmans (sunnites, chiites, ismaïliens, druzes), de Juifs, de Samaritains. La société latine d'Orient est multireligieuse, plurilingue, et défensive : elle ne projette pas, elle se défend.
La première croisade dans la conscience catholique
Pourquoi elle a réussi militairement
Aucune campagne médiévale comparable n'a réussi dans ces conditions. Plusieurs facteurs convergent :
- La fragmentation politique du monde musulman au tournant du XIᵉ-XIIᵉ siècle. Seldjoukides en guerre civile depuis 1092 ; Fatimides chiites du Caire en conflit avec les Abbassides sunnites de Bagdad ; Atabegs syriens (Damas, Alep, Mossoul) divisés entre eux. Les coalitions de Kerbogha (Antioche 1098) puis d'al-Afdal (Ascalon 1099) ne parvinrent pas à se maintenir.
- La supériorité technique de la cavalerie cuirassée franque dans les engagements rangés.
- La discipline morale imposée par Adhémar du Puy tant qu'il vécut, et la conviction religieuse des participants, qui leur permit d'endurer la famine, la marche, la maladie sans renoncer.
- La chance objective : la mort opportune de plusieurs adversaires (Yaghi-Siyan, le sultan Berkyaruq absorbé par ses guerres civiles), la victoire-éclair d'Ascalon, etc.
Les contemporains, eux, l'interprétèrent unanimement comme un prodige divin. Gesta Dei per Francos, « les actes de Dieu accomplis par les Francs », est le titre de Guibert de Nogent — et c'est dans cette perspective qu'il faut entendre toute l'historiographie croisée de la première génération.
Pourquoi elle a marqué la mémoire
La première croisade a fixé pour des siècles l'image idéale du croisé : pèlerin armé, marqué de la croix, partant par dévotion pure. Toutes les croisades ultérieures la prendront comme modèle de référence — y compris dans leurs échecs. Saint Bernard de Clairvaux, prêchant la deuxième croisade à Vézelay le 31 mars 1146, invoque explicitement l'exemple de 1099 ; Innocent III, lançant la quatrième en 1198, en appelle aux héros de la première.
Mais la première croisade marque aussi par ses ombres : pogroms rhénans, massacre de Maarat avec ses scènes de cannibalisme, massacre de Jérusalem, brouille durable avec Byzance. Ces ombres seront amplifiées par les croisades suivantes — notamment la quatrième en 1204 — au point que, à la fin du XIIIᵉ siècle, le mot « croisade » commence à charrier une ambivalence morale dont l'Église elle-même prendra acte.
Le pardon de Jean-Paul II
Le 12 mars 2000, premier dimanche de Carême, dans la basilique Saint-Pierre, saint Jean-Paul II célèbre la Journée du Pardon du grand Jubilé. Sept demandes de pardon sont prononcées par cinq cardinaux et deux évêques, sous la présidence du pape. La deuxième, prononcée par le cardinal Joseph Ratzinger, vise les « péchés commis dans le service de la vérité » — « même des hommes d'Église, au nom de la foi et de la morale, ont parfois recouru à des méthodes non conformes à l'Évangile dans le devoir solennel de défendre la vérité »[83].
Un an plus tard, à Athènes, l'archevêque Christodoulos énumère devant le pape les griefs historiques orthodoxes — dont le sac de Constantinople de 1204 (qui n'est pas le fait de la première croisade, mais qui clôt le dossier des croisades dans la conscience pontificale moderne). Jean-Paul II répond, le 4 mai 2001, par une demande de pardon générale qui nomme explicitement le sac : « Pour les occasions passées et présentes où des fils et des filles de l'Église catholique ont péché par action ou par omission contre leurs frères et sœurs orthodoxes, que le Seigneur nous accorde le pardon que nous lui demandons » (traduction du texte anglais officiel), avant d'ajouter : « Je pense au sac désastreux de la ville impériale de Constantinople »[84]. Ce double geste — liturgie de Saint-Pierre et réponse d'Athènes — accompagne désormais toute approche catholique honnête des croisades. Tenir ensemble la réalité de la menace turque sur Byzance, la piété pénitentielle authentique des croisés, la doctrine catholique de la guerre juste, et le sang versé indument, les pogroms rhénans, le massacre de Jérusalem, le sac de Constantinople — voilà l'attitude qui convient à un catholique cultivé du XXIᵉ siècle.
Pour les détails de la doctrine de la guerre juste (Augustin, Thomas d'Aquin, Bernard de Clairvaux), la condamnation constante de la conversion forcée, la réfutation des dix grandes objections modernes et les implications du Jubilé de l'an 2000, voir l'article hub Les croisades (1095-1291).
Pour aller plus loin
- Les croisades (1095-1291) — l'article-hub qui couvre les huit croisades, la doctrine de la guerre juste, les dix objections et le pardon de Jean-Paul II.
- Comment répondre à l'objection des croisades ? — réponse apologétique courte, format question-réponse.
- La crise des Templiers — le procès et la suppression de l'ordre du Temple, héritage direct des États latins d'Orient.
- L'islam — contexte religieux, doctrinal et historique du monde musulman face auquel se déroule la croisade.
- La réforme grégorienne — le grand mouvement de réforme ecclésiale dont la croisade est l'un des prolongements.
- L'histoire plaide en faveur du catholicisme — la continuité de l'Église à travers les siècles.
- Concile du Latran I (1123) — premier concile œcuménique d'Occident, contemporain de la consolidation des États latins.
- La chute de Constantinople — la fin de l'Empire byzantin en 1453, lointaine conséquence des fractures aggravées par les croisades.
Notes et références
John France, Victory in the East, op. cit., p. 122-142, étude détaillée des effectifs et de leur logistique. France conclut à environ 30 000-40 000 combattants effectifs au printemps 1097, soit l'une des plus grosses concentrations militaires du Moyen Âge occidental.
1 7 53Canon 2 du concile de Clermont, 1095 : « Quicumque pro sola devotione, non pro honoris vel pecuniae adeptione, ad liberandam Ecclesiam Dei Hierusalem profectus fuerit, iter illud pro omni poenitentia ei reputetur », éd. Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, vol. XX, col. 815-816, Venise, 1775. Voir aussi Norman Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, Georgetown University Press, 1990, vol. 1, p. 188 ; et Robert Somerville, Pope Urban II, The Collectio Britannica, and the Council of Melfi (1089), Oxford University Press, 1996, p. 89-92.
2 34Jonathan Riley-Smith, The First Crusade and the Idea of Crusading, University of Pennsylvania Press, 1986, p. 22-30 et 142-152. Étude fondée sur le dépouillement de plus de 600 chartes de donations et testaments de croisés conservés dans les archives ecclésiastiques européennes.
3 22Anne Comnène, Alexiade, livres X-XI, vers 1148, éd. et trad. Bernard Leib, Anne Comnène, Alexiade, 3 vol., Les Belles Lettres, Paris, 1937-1945, t. II, p. 207-289 et t. III, p. 5-71. Anne Comnène (1083-1153), fille aînée d'Alexis Iᵉʳ, écrivit son histoire après s'être retirée au monastère de Kécharitôménè à Constantinople. Trad. anglaise courante : E. R. A. Sewter, The Alexiad of Anna Comnena, Penguin Classics, 1969.
4 18 24Bernold de Constance, Chronicon, année 1095, éd. Ian S. Robinson, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum, Nova Series 14, Hahn, Hannover, 2003, p. 528. Bernold (vers 1054-1100), chroniqueur réformateur grégorien, est le seul témoin oculaire latin direct du concile de Plaisance.
5 25La ville d'Édesse est prise par Zengi le 24 décembre 1144 (cf. corps de l'article) ; Joscelin II conserve les restes du comté autour de Turbessel, à l'ouest de l'Euphrate, jusqu'à sa capture par Nur al-Din en 1149/1150 — chronologie standard : règne de Joscelin II 1131-1150, conquête turque du comté en 1150 (Oxford Reference, entrée « County of Edessa »), chute de Turbessel en 1151.
6John France, Victory in the East, op. cit., p. 269-281. Les chroniques latines parlent de 200 000 à 300 000 hommes dans l'armée de Kerbogha — chiffre rhétorique caractéristique. France estime les effectifs réels à 35 000-50 000.
8 60Fulcher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 3, vers 1101, éd. Heinrich Hagenmeyer, Heidelberg, Carl Winter, 1913, p. 132-138 ; trad. dans Edward Peters (éd.), The First Crusade: The Chronicle of Fulcher of Chartres and Other Source Materials, University of Pennsylvania Press, 2ᵉ éd., 1998, p. 24-29. Texte original latin de la phrase citée : « Eos qui antea fideles oppugnare consueverant in privatis bellis, contra infideles pugnare nunc oporteat, et hoc bellum, quod iampridem inceptum esse debuerat, victorioso fine producere. Modo fiant milites qui dudum extiterunt raptores. »
9 30John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade, Cambridge University Press, 1994, p. 374. France (1939-2021), professeur d'histoire militaire médiévale à Swansea, a renouvelé l'étude tactique de la croisade.
10Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, éd. et trad. Rosalind Hill, The Deeds of the Franks and the Other Pilgrims to Jerusalem, Oxford Medieval Texts, Clarendon Press, Oxford, 1962. Rédaction anonyme du contingent normand sud-italien de Bohémond, achevée vers 1100-1101, probablement à Antioche puis Jérusalem.
11Raymond d'Aguilers, Liber (titré dans certains manuscrits Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem), éd. John Hugh Hill et Laurita L. Hill, Le « Liber » de Raymond d'Aguilers, Documents relatifs à l'histoire des croisades de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. IX, Paris, Geuthner, 1969 ; trad. dans August C. Krey et al. (éd.), Raymond d'Aguilers: Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem, University of Pennsylvania Press, 1968.
12Fulcher de Chartres, Historia Hierosolymitana (1095-1127), éd. Heinrich Hagenmeyer, Heidelberg, Carl Winter, 1913. Traduction anglaise complète : Frances Rita Ryan (trad.), A History of the Expedition to Jerusalem, 1095-1127, University of Tennessee Press, 1969.
13Robert le Moine, Historia Iherosolimitana, vers 1107-1110, dans Recueil des Historiens des Croisades, Historiens Occidentaux, t. III, Paris, Imprimerie nationale, 1866, p. 717-882. Traduction anglaise : Carol Sweetenham, Robert the Monk's History of the First Crusade, Ashgate, 2005. Robert (vers 1055-1122), moine bénédictin et prieur de Senuc dans le diocèse de Reims, est l'un des chroniqueurs les plus lus du Moyen Âge — plus de 80 manuscrits conservés.
14 31Baudri de Dol (ou Baudri de Bourgueil), Historia Jerosolimitana, vers 1107, livre I, dans Recueil des Historiens des Croisades, Historiens Occidentaux, t. IV, Paris, Imprimerie nationale, 1879, p. 5-111. Édition critique récente : Steven Biddlecombe (éd.), The Historia Ierosolimitana of Baldric of Bourgueil, Boydell Press, 2014.
15Guibert de Nogent, Dei gesta per Francos, vers 1109, éd. R. B. C. Huygens, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 127A, Brepols, Turnhout, 1996. Traduction anglaise : Robert Levine, The Deeds of God through the Franks, Boydell, 1997.
16Albert d'Aix-la-Chapelle, Historia Ierosolimitana, vers 1119-1130, éd. et trad. Susan B. Edgington, Albert of Aachen: Historia Ierosolimitana, History of the Journey to Jerusalem, Oxford Medieval Texts, Clarendon Press, 2007. Albert n'a pas participé à la croisade mais a recueilli des témoignages directs de croisés rentrés en Rhénanie.
17Ibn al-Qalanisi, Dhayl Tarikh Dimashq (« Continuation de la Chronique de Damas »), trad. partielle H. A. R. Gibb, The Damascus Chronicle of the Crusades, Luzac, Londres, 1932 ; trad. française Roger Le Tourneau, Damas de 1075 à 1154, Institut français de Damas, 1952. Ibn al-Qalanisi (vers 1071-1160), notaire et chroniqueur damascène, est le plus ancien témoin musulman.
19Ibn al-Athir, al-Kâmil fî al-târîkh (« La Somme parfaite des chroniques »), trad. D. S. Richards, The Chronicle of Ibn al-Athir for the Crusading Period from al-Kamil fi'l-Ta'rikh, Part 1: The Years 491–541/1097–1146, Ashgate, 2006. Ibn al-Athir (1160-1233), chroniqueur de la cour de l'atabeg de Mossoul, écrit plus d'un siècle après les événements.
20Édition critique des trois chroniques hébraïques de 1096 : Eva Haverkamp (éd.), Hebräische Berichte über die Judenverfolgungen während des Ersten Kreuzzugs, Monumenta Germaniae Historica, Hahn, Hannover, 2005. Trad. anglaise commentée : Robert Chazan, European Jewry and the First Crusade, University of California Press, 1987, p. 225-318. Les trois chroniques sont attribuées respectivement à Salomon bar Siméon (forme longue, vers 1140), Eliezer bar Nathan (forme moyenne) et à un anonyme de Mayence (forme brève, probablement antérieure).
21Thomas Asbridge, The First Crusade: A New History, Oxford University Press, 2004, p. 13-22. Asbridge (né en 1969), professeur d'histoire médiévale à Queen Mary University of London. Voir aussi Speros Vryonis Jr., The Decline of Medieval Hellenism in Asia Minor and the Process of Islamization from the Eleventh through the Fifteenth Century, University of California Press, 1971, p. 96-104.
23Yahya ibn Sa'id d'Antioche, Histoire, éd. et trad. I. Kratchkovsky et A. Vasiliev, Patrologia Orientalis, t. XVIII et XXIII, Paris, 1924-1932 ; trad. française partielle dans Marius Canard, « La destruction de l'église de la Résurrection par le calife Hakim », Byzantion, 35, 1965, p. 16-43.
26Grégoire VII, lettre à l'empereur Henri IV, 7 décembre 1074, Registrum Gregorii VII, II, 31, éd. Erich Caspar, Monumenta Germaniae Historica, Epistolae Selectae 2, 1920-1923, p. 165-168. Voir l'analyse de H. E. J. Cowdrey, Pope Gregory VII, 1073-1085, Clarendon Press, 1998, p. 481-487.
27Alain Demurger, Croisades et croisés au Moyen Âge, Flammarion, coll. Champs Histoire, Paris, 2006, p. 38. Demurger (né en 1939), médiéviste français, spécialiste des ordres militaires et des croisades.
28Édition critique des conciles d'Urbain II : Robert Somerville, The Councils of Urban II, Annuarium Historiae Conciliorum Supplementum 1, Schöningh, Amsterdam, 1972 ; et Robert Somerville, Pope Urban II's Council of Piacenza, March 1-7, 1095, Oxford University Press, 2011.
29Robert le Moine, Historia Iherosolimitana, I, 2, op. cit. Texte original : « Cumque haec et plurima alia hujusmodi sanctissimus papa fudisset, omnium qui aderant affectus in unum ita conciliavit, ut acclamarent : "Deus vult ! Deus vult !" »
32Jean Flori, La guerre sainte. La formation de l'idée de croisade dans l'Occident chrétien, Aubier, coll. Historique, Paris, 2001, 3ᵉ partie. Flori (1936-2018), directeur de recherche au CNRS, l'une des grandes références françaises sur la pensée chevaleresque et la guerre sainte.
33Catéchisme de l'Église catholique, § 1471 (texte en ligne sur vatican.va) : « L'indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée... » — d'où « péchés confessés » dans le corps et l'Infobox : la faute est déjà pardonnée (confession et repentir préalables), seule la peine temporelle reste à remettre.
35Christopher Tyerman, God's War: A New History of the Crusades, Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2006, p. 56. Tyerman (né en 1953), professeur d'histoire médiévale à Hertford College, Oxford.
36Itinéraire reconstitué par Alfons Becker, Papst Urban II., 3 vol., Schriften der Monumenta Germaniae Historica 19, 1964-2012, vol. 2 (1988), p. 435-449 ; et René Crozet, « Le voyage d'Urbain II et ses négociations avec le clergé de France (1095-1096) », Revue historique, 179, 1937, p. 271-310.
37Jean Flori, Pierre l'Ermite et la première croisade, Fayard, Paris, 1999, p. 90-160. Flori démontre que le récit traditionnel d'un Pierre l'Ermite ambassadeur réel d'Alexis Comnène repose sur des sources tardives ; mais la figure de l'ermite prédicateur ayant tenté un pèlerinage à Jérusalem dans les années 1090 est solidement attestée.
38Thomas Asbridge, The First Crusade, op. cit., p. 78-93. Asbridge estime l'effectif total de la croisade populaire (toutes branches confondues, Gautier sans Avoir, Pierre l'Ermite, Folkmar, Gottschalk, Emich de Leiningen) à environ 50 000-60 000 personnes, dont 20 000-30 000 atteignirent Constantinople.
39Pour les pogroms de Rhénanie, voir Robert Chazan, European Jewry and the First Crusade, op. cit., p. 50-84 et p. 99-128 ; et Jeremy Cohen, Sanctifying the Name of God: Jewish Martyrs and Jewish Memories of the First Crusade, University of Pennsylvania Press, 2004. Dates et bilans précis dans la chronique de Salomon bar Siméon.
40Salomon bar Siméon, Chronique de la première croisade, vers 1140, dans Eva Haverkamp (éd.), Hebräische Berichte, op. cit., p. 253-456 ; et Robert Chazan, European Jewry, op. cit., p. 225-242 (extraits traduits). Bar Siméon serait un Juif rhénan ayant rédigé sa chronique à partir de témoignages des survivants.
41Johannes Iᵉʳ, comte du Kraichgau, évêque de Spire de 1090 à 1104 : c'est lui qui, en mai 1096, accueille dans son palais les Juifs de Spire menacés par les bandes d'Emich de Leiningen. Sur l'épisode de Spire (3 mai 1096), voir Robert Chazan, European Jewry and the First Crusade, op. cit., et la chronique de Salomon bar Siméon.
42Solomon Grayzel, The Church and the Jews in the Thirteenth Century, Hermon Press, New York, 2 vol., 1933-1989, donne le texte critique de la bulle Sicut Iudaeis non (Calixte II, vers 1120) et de ses renouvellements pontificaux, dont la chaîne se prolonge jusqu'à Nicolas V (1447).
43Robert Chazan, European Jewry and the First Crusade, University of California Press, Berkeley, 1987, p. 50. Chazan (né en 1936), professeur émérite d'histoire juive à NYU, est l'autorité de référence sur les communautés juives de Rhénanie au XIᵉ siècle.
44Anne Comnène, Alexiade, X, 6, et Albert d'Aix, Historia Ierosolimitana, I, 19-22, sur le désastre de Civetot, 21 octobre 1096. Voir aussi Jean Flori, Pierre l'Ermite, op. cit., p. 290-310.
45Ide de Boulogne (ou de Lorraine), vers 1040 – 13 avril 1113, épouse d'Eustache II de Boulogne et mère de Godefroy de Bouillon : la tradition hagiographique la vénère comme beata — ainsi Alban Butler, Butler's Lives of the Saints, éd. Burns, Continuum, 2000 — avec un culte local au 13 avril, jour de sa mort ; aucune canonisation formelle n'a été prononcée.
46Jonathan Riley-Smith, The First Crusaders, 1095-1131, Cambridge University Press, 1997, p. 81-113, étude exhaustive des engagements financiers des croisés, des hypothèques, des ventes de terres et des contrats avec les monastères. Conclusion : la croisade fut une opération financièrement ruineuse pour la grande majorité des participants laïcs.
47Mise en gage du duché de Normandie pour 10 000 marcs : base de données des croisés vers la Terre sainte 1095-1149 (DHI, Londres), fiche « Robert II de Normandie » ; Encyclopaedia Britannica, 11ᵉ éd., 1911, art. « Robert, dukes of Normandy » ; Medieval France: An Encyclopedia : « pledging the duchy to William Rufus for a loan of 10,000 marks of silver ».
48Étienne II de Blois, lettres à son épouse Adèle, datées de Constantinople (24 juin 1097) et d'Antioche (29 mars 1098), éd. Heinrich Hagenmeyer, Die Kreuzzugsbriefe aus den Jahren 1088-1100, Innsbruck, 1901, p. 138-149. Étienne (vers 1045-1102), comte de Blois et de Chartres, époux d'Adèle d'Angleterre (fille de Guillaume le Conquérant), désertera Antioche le 2 juin 1098 — geste qui le déshonorera ; il repartira en croisade en 1101 pour se racheter et mourra à Ramla.
49 61Anne Comnène, Alexiade, XIII, 10, éd. Leib, t. III, p. 122-124. Le portrait physique de Bohémond — taille, blondeur, regard, voix — est l'un des passages les plus saisissants de la prose grecque médiévale.
50Steven Runciman, A History of the Crusades, vol. 1, The First Crusade and the Foundation of the Kingdom of Jerusalem, Cambridge University Press, 1951, p. 178-186. La History of the Crusades de Runciman (1903-2000), publiée en 3 volumes (1951-1954), est la grande synthèse classique anglophone, encore largement lue malgré ses biais pro-byzantins.
51Jonathan Harris, Byzantium and the Crusades, Bloomsbury, 2ᵉ éd., 2014, ch. 4-5. Harris (né en 1961), professeur à Royal Holloway, défend une réhabilitation nuancée de la politique d'Alexis Iᵉʳ contre les charges runcimaniennes.
52Enceinte d'İznik (l'antique Nicée) : environ 4 970 mètres, quatre portes principales, douze portes secondaires et 114 tours défensives relevées ; voir Turkish Archaeological News, « Fortifications of Iznik (Nicaea) », et The Art of Wayfaring, « The Town of İznik (Nicaea) » (quelque 114 tours de formes et dimensions variées, mur en grande partie doublé).
54Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 4, sur la reddition de Nicée aux Byzantins. Voir aussi Anne Comnène, Alexiade, XI, 1-2, qui donne la version byzantine de l'épisode.
55Gesta Francorum, livre III, ch. 9, éd. Hill, p. 19-20. Texte original : « Turci enim metuunt ualde armatos milites nostros. [...] Vere nesciebant nos esse homines aut daemones. Dominus uero noster Iesus Christus, qui benedictus est in saecula, miseratus est nostris et nobis tribuit uictoriam. »
56Albert d'Aix, Historia Ierosolimitana, III, 1-5, sur la traversée anatolienne de l'été 1097, éd. Edgington, p. 138-148.
57Raymond d'Aguilers, Liber, sur la famine du siège d'Antioche (hiver 1097-1098), éd. Hill et Hill ; trad. John Hugh Hill et Laurita L. Hill, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem, American Philosophical Society, Philadelphie, 1968 : les prix s'envolent (deux sous suffisant à peine à la ration de pain d'un homme pour un jour), les chevaux dépérissent faute de grain, les désertions se multiplient.
58John France, Victory in the East, op. cit., p. 159-168, sur la fonte de la cavalerie croisée pendant le siège d'Antioche.
59Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 11, éd. Hill et Hill, p. 75-76. Texte original : « Cum diutius frustra fodissemus, et quidam iam desperarent, puer ille qui in fovea erat — id est Petrus ipse — coepit prae gaudio exclamare. Viderat cuspidem Lanceae. In foveam saliit, sola tunica vestitus, et de terra extraxit Sanctam Lanceam cum devotione plena lacrymarum. Et nos omnes qui aderamus, eam flentes osculati sumus, et gaudio immenso repleti. »
62Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 18, sur l'ordalie du 8 avril 1099 (Vendredi saint) — Pierre Barthélémy traverse un brasier portant la Sainte Lance, en sort gravement brûlé, et meurt le 20 avril. Voir l'analyse de Colin Morris, The Sepulchre of Christ and the Medieval West, Oxford University Press, 2005, p. 178-190.
63Thomas Asbridge, The First Crusade, op. cit., p. 226. Voir aussi sa contribution : Thomas Asbridge, « The Holy Lance of Antioch: Power, Devotion and Memory on the First Crusade », Reading Medieval Studies, 33, 2007, p. 3-36.
64Gesta Francorum, livre IX, ch. 29, éd. Hill, p. 69. La vision des trois chevaliers blancs — albas vestes — descendant des montagnes pour combattre aux côtés des croisés est rapportée comme un fait par l'auteur anonyme, témoin oculaire du contingent normand. L'auteur les nomme Georgius, Mercurius et Demetrius : le deuxième est saint Mercure, martyr militaire vénéré en Orient, et non saint Maurice d'Agaune.
65Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 13, éd. Hill et Hill (mort d'Adhémar du Puy à Antioche, 1ᵉʳ août 1098, suivie du récit de son apparition en vision). Sur son rôle, voir aussi John H. Hill et Laurita L. Hill, Raymond IV, Count of Toulouse, Syracuse University Press, 1962, p. 90-95.
66Pour les épisodes de cannibalisme à Maarat-an-Numan, décembre 1098-janvier 1099, voir Fulcher de Chartres, Historia, I, 25 ; Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 13 ; et l'analyse de Jay Rubenstein, Armies of Heaven: The First Crusade and the Quest for Apocalypse, Basic Books, 2011, p. 226-235.
67Pour la défense fatimide de Jérusalem en juin-juillet 1099, voir John France, Victory in the East, op. cit., p. 333-355 ; et Carole Hillenbrand, The Crusades: Islamic Perspectives, Edinburgh University Press, 1999, p. 63-69.
68 70Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 14, éd. Hill et Hill (arrivée devant Jérusalem, 7 juin 1099, et ouverture du siège).
69Pour la procession du 8 juillet 1099, voir Gesta Francorum, X, 38 ; Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 14 ; Fulcher de Chartres, Historia, I, 27. Analyse théologique dans Penny J. Cole, The Preaching of the Crusades to the Holy Land, 1095-1270, Medieval Academy of America, 1991, p. 18-25.
71Gesta Francorum, livre X, ch. 38, éd. Hill, p. 90. Texte original : « Nudis pedibus eos ambulasse super Montem Oliveti. »
72Gesta Francorum, livre X, ch. 38, éd. Hill, p. 91. Le texte latin parle des croisés pataugeant dans le sang « jusqu'aux chevilles » (ad cavillas) — à distinguer de la formule de Raymond d'Aguilers (« jusqu'aux genoux et jusqu'à la bride des chevaux », cf. note suivante).
73Raymond d'Aguilers, Liber, ch. 38, éd. Hill et Hill, p. 150. Texte original : « Si verum dixero, fidem vestram excedet. Sufficiat dicere, quod in templo et porticu Salomonis equitabatur in sanguine usque ad genua, et usque ad frenos equorum. »
74Ibn al-Qalanisi, Damascus Chronicle, trad. Gibb, op. cit., p. 47-48, sur l'incendie de la synagogue principale dans laquelle s'étaient réfugiés des Juifs de Jérusalem.
75Ibn al-Athir, al-Kâmil fî al-târîkh, an 492 H. (1099), dans D. S. Richards (éd. et trad.), The Chronicle of Ibn al-Athir, op. cit., p. 21-22.
76Benjamin Z. Kedar, « The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades », Crusades, vol. 3, Society for the Study of the Crusades and the Latin East, 2004, p. 15-75. Kedar (né en 1938), professeur émérite à l'Université hébraïque de Jérusalem.
77Conor Kostick, The Siege of Jerusalem: Crusade and Conquest in 1099, Continuum, Londres, 2009, p. 178-198. Estimations actuelles convergentes : entre 3 000 et 10 000 morts, sur une population résiduelle de 15 000-30 000.
78Catéchisme de l'Église catholique, § 2314, éditions du Vatican, 1992, complété 1997 (texte en ligne sur vatican.va) : « Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants est un crime contre Dieu et contre l'homme lui-même, à condamner avec fermeté et sans hésitation. » Voir aussi le § 2313 sur l'extermination d'un peuple, condamnée comme un péché mortel.
79Saint Jean-Paul II, homélie de la Journée du Pardon, dimanche 12 mars 2000, premier dimanche de Carême, basilique Saint-Pierre, texte intégral sur Vatican.va. Voir aussi la Confessio peccatorum liturgique du même jour, Acta Apostolicae Sedis, vol. 92, 2000, p. 425-430.
80Guillaume de Tyr, Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, IX, 9, vers 1175, éd. R. B. C. Huygens, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 63-63A, Brepols, 1986, vol. 1, p. 432. Guillaume (vers 1130-1186), archevêque de Tyr, est la grande source historique latine du XIIᵉ siècle sur les États latins.
81Gesta Francorum, livre X, ch. 39, éd. Hill, p. 97. Sur la bataille d'Ascalon, voir John France, Victory in the East, op. cit., p. 360-365.
82Deuxième des sept demandes de pardon de la liturgie pénitentielle du 12 mars 2000 (premier dimanche de Carême, basilique Saint-Pierre), prononcée par le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi : « Prions pour que chacun de nous, regardant le Seigneur Jésus, doux et humble de cœur, reconnaisse que même des hommes d'Église, au nom de la foi et de la morale, ont parfois recouru à des méthodes non conformes à l'Évangile dans le devoir solennel de défendre la vérité. » Texte officiel dans les Acta Apostolicae Sedis, vol. 92, 2000, p. 425-430 (texte de la Confessio peccatorum repris notamment par EWTN, Universal Prayer: Confession of Sins and Asking for Forgiveness). Les sept demandes furent portées par cinq cardinaux et deux évêques, qui allumèrent sept cierges sur l'autel : « Five cardinals and two bishops took turns [...] confessing seven broad categories of sins » (Los Angeles Times, 13 mars 2000 ; même décompte dans Christianity Today, mars 2000).
83Saint Jean-Paul II, discours à l'archevêque Christodoulos, Athènes, 4 mai 2001 : « For the occasions past and present, when sons and daughters of the Catholic Church have sinned by action or omission against their Orthodox brothers and sisters, may the Lord grant us the forgiveness we beg of him. [...] I am thinking of the disastrous sack of the imperial city of Constantinople [...] » (texte anglais officiel, bulletin de la Salle de presse du Saint-Siège, 4 mai 2001 ; la version française du corps de l'article est notre traduction). Le pape nomme donc explicitement le sac de 1204, contrairement à ce qu'indiquait la version précédente de cet article.
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