Pape Clément III (Clemens III), de son nom de baptême Paolo Scolari, est le 174e pape de l'Église catholique selon la liste officielle du Saint-Siège. Romain de naissance, cardinal-évêque de Palestrina, il est élu le 19 décembre 1187 à Pise, deux jours après la mort de Grégoire VIII, au terme de l'année la plus mouvementée de l'histoire pontificale médiévale — l'année des trois papes.[1][2]
Son pontificat de trois ans et trois mois est dominé par un seul fait capital : le retour de la papauté à Rome. Depuis 1182, les papes vivaient hors de leur ville, chassés par la commune romaine insurgée. Le concordat du 31 mai 1188, négocié par Clément III avec le Sénat, met fin à six années d'exil et rend aux successeurs de Pierre leur siège épiscopal.[3][4] C'est l'acte de gouvernement le plus durable de son règne.
Clément III est aussi, par sa date, le pape de la Troisième Croisade. Élu trois mois après la chute de Jérusalem reprise par Saladin, il relance l'appel lancé par son prédécesseur, voit Frédéric Barberousse prendre la croix, et accompagne le départ de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion.[5][6] Sur le plan du gouvernement de l'Église, il libère l'Église d'Écosse de la tutelle d'York par sa bulle du 13 mars 1188 et crée cardinal, en septembre 1190, le jeune Lothaire de Segni, futur Innocent III.[7][8][9]
Il faut enfin lever d'emblée une confusion tenace : le pape légitime Clément III (Paolo Scolari) ne doit pas être confondu avec l'antipape Clément III, Guibert de Ravenne, qui avait usurpé ce nom un siècle plus tôt contre saint Grégoire VII. Les deux hommes portent le même nom et le même numéro ; un seul est pape.[10]
« Clément III, pape de 1187 à 1191, un Romain, fut fait cardinal-évêque de Palestrina par Alexandre III en 1180 ou 1181. Le 19 décembre 1187, il fut choisi à Pise pour succéder à Grégoire VIII. Le 31 mai 1188, il conclut avec les Romains un traité qui leva des difficultés anciennes. » — William Walker Rockwell, Encyclopædia Britannica, 11e éd., 1911, traduction française[11]
Pourquoi Clément III compte-t-il ?
Le pape qui ramène la papauté à Rome
Au XIIe siècle, l'évidence selon laquelle le pape réside à Rome n'en est pas une. Pendant des décennies, les pontifes ont dû fuir leur propre ville, en guerre contre une commune qui réclamait son autonomie. Le grand prédécesseur de Clément III, Alexandre III, était mort en exil à Civita Castellana en 1181 ; ses successeurs immédiats n'avaient pas davantage gouverné depuis Rome.[12] Le concordat de 1188 est donc bien plus qu'un arrangement local : c'est la fin pratique d'un demi-siècle d'errance pontificale et le rétablissement du pape dans le siège de Pierre. Aucun acte de Clément III n'a eu de conséquences aussi longues.
Le pape de la Troisième Croisade
La seconde raison tient à la chronologie. Clément III monte sur le trône au moment exact où l'Occident chrétien est saisi par l'effondrement du royaume latin de Jérusalem. Il n'a pas inventé la Troisième Croisade — l'appel décisif, l'Audita tremendi, est l'œuvre de Grégoire VIII — mais c'est sous son pontificat que les trois plus grands souverains d'Occident se croisent et partent.[13][14] Son rôle est celui d'un coordinateur diplomatique : faire la paix entre l'Empire et la papauté pour libérer Barberousse, presser les rois de France et d'Angleterre, organiser le soutien matériel de la chrétienté.
Ne pas confondre avec l'antipape Clément III
La troisième raison est négative mais essentielle pour une encyclopédie : ce pontificat est l'occasion de désamorcer une confusion historique majeure. Entre 1080 et 1100, un antipape impérial avait porté le nom de Clément III contre saint Grégoire VII et ses successeurs réformateurs. Que le Romain Paolo Scolari ait repris ce nom et ce numéro en 1187 — sans hésiter, l'antipape n'étant pas compté dans la série légitime — montre la sérénité avec laquelle l'Église distingue les vrais papes des usurpateurs.[15] Une section entière de cet article y est consacrée.
L'année des trois papes (1187)
Pour comprendre l'élection de Clément III, il faut entrer dans l'année 1187, l'une des plus dramatiques de l'histoire de l'Église : trois papes s'y succèdent en quelques semaines, sur fond de catastrophe en Terre sainte.
La catastrophe de Hattin et la chute de Jérusalem
Le 4 juillet 1187, à Hattin, en Galilée, l'armée du royaume latin de Jérusalem est anéantie par Saladin. La vraie Croix, relique majeure portée au combat, est capturée. En quelques semaines, les places fortes tombent les unes après les autres. Le 2 octobre 1187, Jérusalem se rend : après quatre-vingt-huit ans de présence latine ouverte par la première croisade, la Ville sainte repasse sous domination musulmane.[16][17] La nouvelle, parvenue en Occident à l'automne, provoque une onde de choc spirituelle et politique dont tout le pontificat de Clément III portera la marque.
Urbain III meurt de douleur
Le pape régnant, Urbain III, déjà en conflit ouvert avec l'empereur Frédéric Barberousse — au point de songer à l'excommunier —, s'est retiré à Ferrare. Selon la tradition rapportée par les chroniqueurs Ernoul et Benoît de Peterborough, il y meurt de chagrin le 19 ou 20 octobre 1187, après que Joscius, archevêque de Tyr, lui eut apporté la nouvelle du désastre de Hattin.[18][19] La cause exacte reste discutée : la Catholic Encyclopedia (1913) enregistre la mort sans indiquer de cause, et Guillaume de Newburgh fait observer que le rapport de Hattin ne serait parvenu au Saint-Siège qu'après l'élection de Grégoire VIII — Urbain III n'aurait peut-être jamais appris la reddition de Jérusalem elle-même, survenue le 2 octobre.[20] Sa mort ouvre une vacance dans le pire moment possible : la chrétienté a besoin d'une direction, et le Siège apostolique est vide.
Grégoire VIII et l'Audita tremendi
Le 21 octobre 1187, les cardinaux élisent Alberto di Morra, chancelier de l'Église romaine, qui prend le nom de Grégoire VIII. Dès le 29 octobre 1187, il promulgue la bulle Audita tremendi, texte fondateur qui appelle toute la chrétienté à la Troisième Croisade, prescrit le jeûne et la pénitence, et présente la perte de Jérusalem comme un châtiment des péchés de l'Occident plus que comme une victoire de l'islam.[21] Mais Grégoire VIII n'a pas le temps de gouverner : épuisé, il meurt à Pise le 17 décembre 1187, moins de deux mois après son élection.[22]
Le conclave de Pise
La Curie se trouve alors à Pise. C'est là que, le 19 décembre 1187, les cardinaux — ils ne sont qu'une poignée — élisent le cardinal-évêque de Palestrina, Paolo Scolari. Fait remarquable, l'élu n'est pas présent : retenu par la maladie, il ne peut assister au vote le jour de son élection et il est choisi en son absence, le rôle décisif revenant à Leone de Monumento, homme de confiance proche du parti impérial.[23][24] Le nouveau pape prend le nom de Clément III. Avec lui, l'Église passe en une seule année de trois papes : Urbain III, Grégoire VIII, Clément III.
Paolo Scolari avant le pontificat
Une famille romaine du rione Pigna
Contrairement à la plupart des grands papes du siècle, Paolo Scolari n'est ni un moine réformateur ni un canoniste de Bologne : c'est un clerc romain de souche. Il naît vers 1130 — date incertaine : la Catholic Encyclopedia (1913) la tient pour inconnue, et Miranda ne l'avance qu'avec un point d'interrogation (« 1130? ») — dans le rione de la Pigna, au cœur de Rome, dans une famille de bon niveau social mais non aristocratique — ni les Frangipani, ni les Pierleoni, ni les grandes lignées baronniales.[25][26][27] Son père se nomme Giovanni Scolari, sa mère Maria ; de cette dernière on ne connaît guère que le prénom. La tradition selon laquelle les Scolari auraient été apparentés à la mère d'Innocent III n'est pas démontrée.[28][29]
Cette origine compte pour comprendre son pontificat. Clément III est un homme enraciné dans Rome, qui connaît la ville, ses factions et son Sénat. C'est précisément ce profil de Romain pragmatique qui lui permettra de négocier avec la commune ce que des papes étrangers à la ville n'avaient pu obtenir.
Archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure
En 1176 — il est attesté comme archiprêtre dès le 3 mars —, Paolo Scolari est sous-diacre de l'Église romaine et archiprêtre de la basilique Sainte-Marie-Majeure, l'une des grandes basiliques patriarcales de Rome.[30][31] Cette charge le place au sommet du clergé romain séculier et le met en contact direct avec l'administration pontificale. Il appartient à la génération de clercs formés dans l'ombre du long pontificat d'Alexandre III (1159-1181), marqué par le schisme impérial et la lutte contre Barberousse.
Cardinal d'Alexandre III
En 1179 — l'année même du troisième concile du Latran —, Alexandre III le crée cardinal-diacre des Saints-Serge-et-Bacchus (consistoire de mars), puis l'attache au titre de Sainte-Pudentienne.[32][33] L'année suivante, en décembre 1180 ou janvier 1181 selon les sources, il est promu cardinal-évêque de Palestrina (l'antique Praeneste), l'un des sept sièges suburbicaires qui forment l'aristocratie du Sacré Collège.[34][35][36] À ce rang, il participe au gouvernement central de l'Église pendant les pontificats troublés de Lucius III, Urbain III et Grégoire VIII.
Une élection en l'absence de l'élu
Le détail de son élection mérite qu'on s'y arrête. Choisir un pape absent, retenu par la maladie, n'est pas une anomalie scandaleuse au XIIe siècle, mais c'est un signe : les cardinaux, réduits en nombre et pressés par l'urgence, cherchent un candidat de consensus, romain, expérimenté, acceptable à la fois pour la Curie et pour le parti impérial. Le futur Clément III n'est pas un homme de rupture ; c'est un homme de gouvernement et de compromis, et c'est exactement ce dont l'Église a besoin pour rentrer chez elle.
Le retour de la papauté à Rome
Pourquoi les papes avaient fui Rome
Depuis 1143, Rome s'était dotée d'un Sénat et d'une commune qui revendiquaient l'autonomie municipale et contestaient le pouvoir temporel du pape sur la ville. Le mouvement, nourri un temps par la prédication d'Arnaud de Brescia, avait durci les rapports entre la papauté et sa capitale. Sous Lucius III, Urbain III et Grégoire VIII, les papes avaient dû résider à Vérone, Ferrare ou Pise — partout sauf à Rome.[37][38] Une papauté sans Rome, c'était une papauté privée de son fondement symbolique : le pape est d'abord l'évêque de Rome, et son autorité universelle s'enracine dans ce siège précis.
Le concordat du 31 mai 1188
Clément III, Romain de naissance, rentre dans la ville dès février 1188 et engage aussitôt la négociation. Le 31 mai 1188, le Sénat ratifie un concordat qui est un véritable compromis entre deux légitimités.[39][40] Le texte n'écrase ni la commune ni la papauté : il les fait coexister.
Le tableau suivant résume les concessions réciproques telles que les décrivent les sources savantes.
| Le Sénat romain concède | Le pape concède |
|---|---|
| Reconnaissance de la souveraineté pontificale sur la ville | Reconnaissance de l'autonomie communale (élection des magistrats par les citoyens) |
| Restitution des regalia (droits et revenus régaliens) au pape | Maintien d'un Sénat romain élu |
| Engagement de défendre le pape et l'Église romaine | Versement de subsides aux sénateurs et fonctionnaires de la commune |
| Droit allégué de détruire Tusculum, cité rivale alliée de l'Empire (clause discutée, voir ci-dessous) | Le gouverneur de la ville reste nommé par le pape |
Le prix du retour : la commune et Tusculum
Le compromis a un prix, et il est lourd. Selon une interprétation historiographique courante, Clément III aurait concédé aux Romains, pour obtenir leur appui, le droit de raser Tusculum, la cité des comtes voisins, longtemps protégée par l'Empire et détestée par Rome.[41] Mais la destruction effective n'a lieu que le 17 avril 1191, après la mort de Clément III, en vertu du pacte conclu entre Henri VI et le nouveau pape Célestin III : ni le rattachement formel de cette clause au texte du 31 mai 1188, ni le rôle exact des troupes impériales n'ont pu être vérifiés ici.[42] Le pape paie donc son retour d'une concession politique douloureuse : il sacrifie un allié traditionnel de la papauté pour récupérer son siège.
Faut-il y voir une faiblesse ? L'historien catholique doit nuancer. Clément III n'avait guère le choix : sans accord avec la commune, la papauté restait condamnée à l'errance. Le concordat de 1188 est un acte de réalisme politique qui rétablit durablement le pape à Rome — résultat que ni la force ni l'intransigeance n'avaient obtenu en quarante ans. La sagesse d'un gouvernement ne se mesure pas seulement à sa pureté, mais à sa capacité de rendre possible ce qui était bloqué.
Le pape et la Troisième Croisade
Relancer l'élan de l'Audita tremendi
L'appel à la Troisième Croisade appartient à Grégoire VIII et à son Audita tremendi d'octobre 1187. Mais c'est Clément III qui, durant plus de trois ans, entretient et organise l'élan.[43][44] Il confirme les privilèges spirituels des croisés, mobilise les légats, et fait de la libération du Saint-Sépulcre la priorité diplomatique de son pontificat. Toute sa politique italienne et impériale est, en réalité, subordonnée à un objectif : libérer les souverains d'Occident de leurs querelles pour qu'ils partent en Terre sainte.
Frédéric Barberousse prend la croix
Le geste le plus spectaculaire est celui de l'empereur Frédéric Ier Barberousse. Le dimanche de Lætare, le 27 mars 1188, lors de la grande diète de Mayence appelée « Cour de Jésus-Christ », le vieil empereur prend solennellement la croix.[45] C'est l'aboutissement de la réconciliation entre l'Empire et la papauté que Clément III a méthodiquement préparée. Barberousse part en mai 1189 à la tête de la plus grande armée de la croisade — mais il se noie dans le Selef (le Saleph), en Asie Mineure, le 10 juin 1190, sans avoir atteint la Terre sainte. La mort de l'empereur disperse son armée et prive la croisade de son chef le plus prestigieux.[46]
Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion
Restent les rois de France et d'Angleterre. Clément III envoie l'archevêque de Tyr plaider auprès d'Henri II d'Angleterre et de Philippe II Auguste pour qu'ils se croisent.[47] Après la mort d'Henri II (1189), c'est son fils Richard Cœur de Lion qui prend le relais. En juillet 1190, Philippe Auguste et Richard Ier partent enfin pour l'Orient.[48] La croisade qu'ils mènent reprendra Saint-Jean-d'Acre et arrachera à Saladin une trêve assurant l'accès des pèlerins à Jérusalem — mais sans reconquérir la Ville sainte elle-même. Clément III sera mort avant d'en connaître l'issue.
L'effort économique contre l'adversaire
Le soutien à la croisade ne se limite pas aux discours. Dans la ligne du canon 24 du troisième concile du Latran (1179), qui interdisait de fournir aux musulmans les matériaux de guerre — bois, fer, armes —, on a parfois crédité la papauté de Clément III d'un durcissement de l'embargo commercial par une série de décrétales.[49] Mais les décrétales précises censées porter cette politique (registres, numéros de Jaffé-Loewenfeld) n'ont pu être établies, et la notice de référence invite elle-même à la prudence : d'après la Collectio Seguntina, beaucoup de décrétales attribuées à Clément III sont en réalité l'œuvre de son successeur Célestin III.[50] L'article ne retient donc ici aucune mesure économique précise de Clément III : l'arme économique reste, pour son pontificat, une hypothèse non vérifiée.
La paix avec l'Empire et la question sicilienne
Faire la paix avec Barberousse (avril 1189)
La réconciliation avec l'Empire est l'autre grand chantier. Pendant des décennies, la papauté et Frédéric Barberousse s'étaient affrontés — schisme des antipapes impériaux, conflits sur l'Italie, querelle avec Urbain III. Clément III renverse la table : en avril 1189, il conclut la paix avec l'empereur et s'engage à couronner empereur son fils, Henri VI.[51][52] Cette paix sert directement la croisade — elle libère Barberousse pour l'Orient — mais elle ouvre aussi un piège mortel : la question sicilienne.
Le piège de l'héritage sicilien
Henri VI a épousé en 1186 Constance de Hauteville, tante et héritière potentielle du royaume normand de Sicile. À la mort du roi Guillaume II en novembre 1189, sans descendance directe, l'Empire peut donc revendiquer la Sicile et l'Italie du Sud par le jeu de l'héritage. Or pour la papauté, voir le même souverain régner à la fois sur l'Empire au nord et sur la Sicile au sud, c'est se retrouver prise en tenaille : l'État pontifical serait encerclé. C'est exactement le danger que Clément III, puis ses successeurs, vont chercher à conjurer.[53]
Soutenir Tancrède contre Henri VI
Clément III choisit donc de soutenir le candidat normand national, Tancrède de Lecce, petit-fils illégitime de Roger II, contre les prétentions impériales.[54] Comme suzerain féodal du royaume de Sicile — la Sicile étant depuis 1059 un fief de l'Église —, le pape confirme en 1188 la souveraineté féodale du Saint-Siège sur le royaume et favorise Tancrède.[55] Le geste irrite profondément Henri VI, qui se considère comme le légitime héritier par sa femme. La crise est à son comble quand le pape meurt : Clément III n'aura pas eu le temps de couronner Henri VI, ce que fera son successeur Célestin III quelques semaines plus tard.[56][57]
« Malgré sa politique conciliante, Clément irrita Henri VI d'Allemagne en donnant la Sicile à Tancrède. La crise était aiguë lorsque le pape mourut, probablement dans la dernière partie de mars 1191. » — William Walker Rockwell, Encyclopædia Britannica, 11e éd., 1911, traduction française[58]
Le gouvernement de l'Église
Au-delà de la diplomatie, Clément III gouverne l'Église universelle. Trois actes méritent d'être retenus : la libération de l'Église d'Écosse, l'usage de la canonisation déléguée, et la création du cardinal qui deviendra Innocent III.
L'Église d'Écosse, fille de Rome
Le contentieux est ancien : l'archevêque d'York revendiquait depuis des siècles une juridiction métropolitaine sur les évêchés d'Écosse, ce que les rois écossais et leurs évêques refusaient obstinément. Le 13 mars 1188, Clément III tranche par une bulle : il soustrait l'Église d'Écosse à la juridiction légatine d'York, la rendant indépendante de tout pouvoir sauf de Rome.[59][60] Il règle au passage la querelle de l'élection de l'archevêque de Saint-Andrews avec le roi Guillaume le Lion.[61]
La formule canonique de la « fille spéciale » du Siège apostolique, sans intermédiaire, est consacrée par la bulle Cum universi de Célestin III (1192) : l'Ecclesia Scoticana y est déclarée « fille spéciale » du Siège apostolique et neuf évêchés y sont nommément reconnus — Saint-Andrews, Glasgow, Dunkeld, Dunblane, Brechin, Aberdeen, Moray, Ross et Caithness.[62] L'acte décisif reste celui de Clément III : c'est sa bulle du 13 mars 1188 qui rompt la tutelle d'York et rend l'Église d'Écosse dépendante de Rome seule.[63][64]
La bulle Cum universi de Célestin III (1192) consacre ainsi l'affranchissement décidé par Clément III dans sa bulle du 13 mars 1188 : l'Église d'Écosse y est reconnue fille spéciale du Siège apostolique, sans intermédiaire.[65][66]
Les canonisations et la canonisation déléguée
Clément III approuve la cause de Kjeld de Viborg (Danemark) — consentement pontifical donné en 1188, célébration et translation locales le 11 juillet 1189 — et canonise saint Otton de Bamberg, l'apôtre de la Poméranie, en 1189.[67][68] Ces procédures montrent comment, à la fin du XIIe siècle, la canonisation devient peu à peu une prérogative réservée au Siège romain — évolution qui culminera sous Innocent III. Le chiffre parfois avancé de quatre causes et l'emploi d'une procédure de canonizatio in forma commissoria n'ont pu être rattachés à une page exacte et ne sont pas retenus ici.
Le cardinal qui deviendra Innocent III
Détail qui paraîtra anecdotique et qui ne l'est pas : en septembre 1190, Clément III crée cardinal-diacre des Saints-Serge-et-Bacchus — son propre ancien titre — un jeune clerc de moins de trente ans, Lothaire de Segni.[69][70] Huit ans plus tard, ce cardinal sera élu pape sous le nom d'Innocent III et portera la papauté médiévale à son apogée. Clément III est ainsi, sans le savoir, celui qui ouvre la carrière du plus grand pape du Moyen Âge.
Mort et sépulture (1191)
Une fin avant le couronnement
Le pontificat de Clément III s'achève au moment le plus tendu. La crise sicilienne avec Henri VI est à son comble, l'empereur descend en Italie pour se faire couronner et conquérir son héritage normand. C'est alors que le pape meurt au palais du Latran, à Rome, en mars 1191, nécessairement avant le 30 mars : Petersohn tient le jour exact pour impossible à établir avec certitude, et les notices retiennent le 20 (Wikipédia anglophone, d'après Baaken), le 25, le 27 (la plupart des sources suivies par Miranda) ou le 29 mars (préférence de Petersohn, d'après le calendrier d'un sacramentaire romain contemporain conservé à Madrid).[71][72] La fourchette large que Petersohn recense dans les sources (jusqu'au 10 avril) est en effet incompatible avec l'élection du successeur Célestin III dès le 30 mars 1191[73] : la mort de Clément III se place donc entre le 20 et le 29 mars 1191. Il meurt avant d'avoir pu couronner Henri VI : ce sera l'œuvre de Célestin III, qui couronnera l'empereur le 15 avril 1191.
Le tombeau du Latran
Clément III est inhumé dans la basilique du Latran, cathédrale de Rome et siège épiscopal des papes. Il est enseveli dans un sépulcre de marbre devant l'ancien chœur des chanoines ; son tombeau a aujourd'hui disparu.[74] Le choix du Latran — et non de Saint-Pierre — est cohérent avec toute son œuvre : ce pape aura été, avant tout, celui qui a rendu aux papes leur siège romain. Il repose dans la cathédrale de la ville qu'il a reconquise par la négociation.
L'antipape Clément III (Guibert de Ravenne)
Une encyclopédie catholique doit lever ici une confusion fréquente. Un siècle avant Paolo Scolari, un autre homme avait porté le nom de Clément III — mais comme antipape, c'est-à-dire comme prétendant illégitime au Siège de Pierre.
Guibert de Ravenne
Guibert (ou Wibert) naît vers 1025 à Parme, dans une famille noble apparentée aux margraves de Canossa. Chancelier impérial pour l'Italie en 1057, il est nommé archevêque de Ravenne par l'empereur Henri IV en 1072.[75] Il s'oppose frontalement à la réforme grégorienne et à son champion, saint Grégoire VII, dans le grand conflit de la querelle des Investitures.
Le schisme wibertien
Au cœur de la lutte entre le Sacerdoce et l'Empire, Henri IV réunit en juin 1080 le synode de Brixen, qui prétend déposer Grégoire VII et désigne Guibert comme pape sous le nom de Clément III.[76] Intronisé au Latran le 24 mars 1084, il y couronne Henri IV empereur une semaine plus tard. Pendant vingt ans, ce schisme wibertien divise l'Église : Guibert s'oppose successivement à quatre papes légitimes — saint Grégoire VII, le bienheureux Victor III, le bienheureux Urbain II et Pascal II.[77] Il meurt à Civita Castellana le 8 septembre 1100.[78] Sa dépouille subira la damnatio memoriae : exhumée, elle est jetée dans le Tibre par le parti adverse.[79]
Pourquoi deux Clément III
Comment expliquer que Paolo Scolari ait repris, en 1187, un nom déjà porté par un antipape ? Précisément parce que l'antipape ne compte pas dans la liste légitime des successeurs de Pierre. Pour l'Église, après Clément I (Ier siècle) et Clément II (1046-1047), le vrai « troisième » Clément est Paolo Scolari.[80][81] Guibert de Ravenne, lui, n'est qu'un usurpateur qui s'était attribué ce nom. La réutilisation tranquille du nom et du numéro en 1187 est en elle-même une affirmation de légitimité : l'Église ne laisse pas un antipape confisquer un nom papal.
Ce que révèle ce pontificat
Un pape de transition décisif
Clément III n'est pas une grande figure spirituelle comme Léon IX, ni un géant du gouvernement comme Innocent III. Aucune œuvre théologique, aucun grand concile ne lui est dû. Et pourtant son pontificat est objectivement décisif : il referme la longue crise de l'exil romain et rétablit la papauté dans sa ville. Comme Clément II un siècle et demi plus tôt, il illustre une vérité de l'histoire de l'Église : certains papes pèsent par leur fonction plus que par leur personne. Leur figure individuelle disparaît derrière l'institution, et c'est par l'institution qu'ils agissent.
La papauté entre Rome, l'Empire et la croisade
Le règne de Clément III met sous les yeux du lecteur les trois forces qui structurent la papauté de la fin du XIIe siècle. D'abord Rome : ville indocile dont il faut négocier le retour. Ensuite l'Empire : partenaire et menace, qu'il faut apaiser pour la croisade mais contenir en Sicile. Enfin la croisade : grande cause spirituelle qui commande toute la diplomatie. Clément III gouverne au point d'équilibre de ces trois pressions, sans en résoudre aucune définitivement, mais en empêchant qu'aucune ne brise la papauté. C'est l'œuvre, modeste et réelle, d'un pape de gouvernement.
Chronologie
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| vers 1130 | Naissance de Paolo Scolari à Rome (rione Pigna) | Famille romaine non aristocratique |
| 1176 | Sous-diacre et archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure | Sommet du clergé romain séculier |
| 1179 | Créé cardinal-diacre par Alexandre III | Entrée au Sacré Collège |
| décembre 1180 (ou janvier 1181) | Cardinal-évêque de Palestrina | Rang suburbicaire majeur |
| 4 juillet 1187 | Désastre de Hattin | Effondrement du royaume de Jérusalem |
| 2 octobre 1187 | Chute de Jérusalem (Saladin) | Choc spirituel sur l'Occident |
| 19-20 octobre 1187 | Mort d'Urbain III à Ferrare | Première vacance de l'année |
| 21 octobre 1187 | Élection de Grégoire VIII | Deuxième pape de l'année |
| 29 octobre 1187 | Bulle Audita tremendi | Appel à la Troisième Croisade |
| 17 décembre 1187 | Mort de Grégoire VIII à Pise | Nouvelle vacance |
| 19 décembre 1187 | Élection de Clément III à Pise | Troisième pape de l'année, élu absent |
| février 1188 | Retour du pape à Rome | Fin pratique de l'exil |
| 13 mars 1188 | Affranchissement de l'Église d'Écosse (bulle de Clément III) | Indépendante de York, dépendante de Rome seule (« fille spéciale » consacrée par Cum universi de Célestin III, 1192) |
| 27 mars 1188 | Barberousse prend la croix à Mayence | Engagement impérial dans la croisade |
| 31 mai 1188 | Concordat avec le Sénat romain | Souveraineté pontificale + autonomie communale |
| avril 1189 | Paix avec Frédéric Barberousse | Engagement de couronner Henri VI |
| novembre 1189 | Mort de Guillaume II de Sicile | Ouverture de la crise sicilienne |
| 10 juin 1190 | Noyade de Barberousse dans le Saleph | Croisade privée de son chef |
| juillet 1190 | Départ de Philippe Auguste et de Richard Ier | Reprise de la croisade royale |
| septembre 1190 | Lothaire de Segni créé cardinal-diacre | Futur Innocent III |
| 20-29 mars 1191 (jour exact incertain ; avant l'élection de Célestin III le 30 mars) | Mort de Clément III à Rome | Sépulture au Latran (tombeau disparu) |
| 30 mars 1191 | Élection de Célestin III | Successeur de Clément III |
| 15 avril 1191 | Célestin III couronne Henri VI | Crise sicilienne léguée au successeur |
Pour aller plus loin
- Pape Grégoire VIII (1187) — prédécesseur immédiat, auteur de l'Audita tremendi qui lance la Troisième Croisade.
- Pape Urbain III (1185-1187) — mort à Ferrare en octobre 1187 à l'annonce du désastre de Hattin, selon la tradition des chroniqueurs Ernoul et Benoît de Peterborough.
- Pape Célestin III (1191-1198) — successeur qui couronne Henri VI et hérite de la crise sicilienne.
- Pape Clément II (1046-1047) — l'autre grand cas d'un pape de transition décisif par sa fonction.
- Pape saint Clément I — premier Clément, troisième successeur de Pierre.
- Pape saint Grégoire VII (1073-1085) — pape légitime contre qui régna l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne).
- Pape bienheureux Urbain II — l'un des papes opposés à l'antipape Guibert.
- Pape Alexandre III (1159-1181) — protecteur qui créa Paolo Scolari cardinal.
- Pape Innocent III — Lothaire de Segni, créé cardinal-diacre par Clément III en septembre 1190.
Notes et références
Jürgen Petersohn, "Clemente III", in Enciclopedia dei Papi, dir. Massimo Bray, Istituto della Enciclopedia Italiana / Treccani, Roma, 2000, II, p. 316-319 (référence reprise de la bibliographie Miranda ; texte italien de la notice en ligne vérifié le 4 octobre 2026) : notice biographique de référence — origine romaine (rione Pigna), famille Scolari non aristocratique, carrière (sous-diacre et archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, cardinal-diacre puis cardinal-évêque de Palestrina), élection le 19 décembre 1187 à Pise en l'absence de l'élu malade, retour à Rome en février 1188 et concordat ratifié le 31 mai 1188, paix avec l'Empire au printemps 1189 et engagement de couronner Henri VI, soutien à Tancrède de Lecce, création du cardinal Lothaire de Segni en 1190. Sur la mort : « Non è possibile precisare il giorno della morte di C. con certezza assoluta : le fonti indicano date tra il 20 marzo e il 10 aprile 1191 », avec une préférence pour la fin mars (peut-être le 29 mars, d'après le calendrier d'un sacramentaire romain contemporain conservé à Madrid). Sur les décrétales : « la parte delle decretali dovuta a lui è minore di quanto si fosse ritenuto in precedenza : come risulta dalla Collectio Seguntina molte delle decretali attribuite a C. sono invece opera del suo successore Celestino III ». URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-iii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
1 3 5 8 12 14 18 22 25 28 30 32 34 37 39 41 44 45 47 48 50 52 53 55 57 69William Walker Rockwell, "Clement III", The Encyclopædia Britannica, 11e éd., vol. 6, Cambridge University Press, 1911, p. 481 : Clément III (Paolo Scolari), Romain, créé cardinal-évêque de Palestrina par Alexandre III en 1180 ou 1181, élu à Pise le 19 décembre 1187 pour succéder à Grégoire VIII, traité avec les Romains le 31 mai 1188, paix avec Frédéric Barberousse en avril 1189, règlement de la querelle de Saint-Andrews avec Guillaume le Lion, affranchissement de l'Église d'Écosse de la juridiction d'York le 13 mars 1188, conflit avec Henri VI au sujet de l'octroi de la Sicile à Tancrède, mort probablement dans la dernière partie de mars 1191. Texte original : « Clement III. (Paolo Scolari), pope from 1187 to 1191, a Roman, was made cardinal bishop of Palestrina by Alexander III. in 1180 or 1181. On the 19th of December 1187 he was chosen at Pisa to succeed Gregory VIII. […] In spite of his conciliatory policy, Clement angered Henry VI. of Germany by bestowing Sicily on Tancred. The crisis was acute when the pope died, probably in the latter part of March 1191. »
2 4 11 35 38 40 51 54 56 58 60 61 64 72Grégoire VIII, bulle Audita tremendi, 29 octobre 1187 : appel à la Troisième Croisade en réponse au désastre de Hattin (4 juillet 1187) et à la chute de Jérusalem (2 octobre 1187), prescription du jeûne et de la pénitence, lecture de la perte de la Terre sainte comme châtiment des péchés de la chrétienté. Voir l'édition du texte et le commentaire de Thomas W. Smith, "Audita Tremendi and the Call for the Third Crusade Reconsidered, 1187-1188", Viator 49/3 (2018), p. 63-101.
6 13 16 21 43Sur la bulle de Clément III du 13 mars 1188 : le Dictionary of National Biography, s. v. « William the Lyon », rapporte qu'une bulle de Clément III du 13 mars 1188 déclara l'Église d'Écosse directement soumise au seul Siège de Rome — nul autre que le pape ou un légat a latere ne pouvant prononcer excommunication ou interdit contre l'Écosse, et nulle légation ne pouvant y être exercée que par un sujet écossais ou un délégué a latere (texte vérifié sur Wikisource le 4 octobre 2026). L'Encyclopædia Britannica (1911) confirme la soustraction de l'Église d'Écosse à la juridiction légatine d'York le 13 mars 1188. URL : https://en.wikisource.org/wiki/Dictionary_of_National_Biography,_1885-1900/William_the_Lyon.
7 59 63 66Salvador Miranda, "SEGNI, Lotario dei conti di (ca. 1160/1161-1216)", in The Cardinals of the Holy Roman Church — Biographical Dictionary, Florida International University (notice vérifiée en ligne le 4 octobre 2026) : neveu de Clément III ; créé cardinal-diacre des SS. Serge-et-Bacchus au consistoire de septembre 1190 (première souscription le 7 décembre 1190) ; élu pape le 8 janvier 1198 sous le nom d'Innocent III. URL : http://cardinals.fiu.edu/bios1190.htm.
9 70Sur l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne, vers 1025-1100), à ne pas confondre avec le pape légitime Clément III : Johann Peter Kirsch, « Guibert of Ravenna », in The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910 (notice vérifiée en ligne le 4 octobre 2026) — antipape sous le nom de Clément III, 1080 (intronisé 1084) à 1100 ; né à Parme vers 1025, d'une famille noble apparentée aux margraves de Canossa ; chancelier impérial pour l'Italie en 1057 ; archevêque de Ravenne en 1072 (sacré en 1073) ; désigné au synode de Brixen en juin 1080 contre saint Grégoire VII ; intronisé au Latran le 24 mars 1084, où il couronne Henri IV empereur le 31 mars ; opposé successivement à Grégoire VII, Victor III, Urbain II et Pascal II ; mort à Civita Castellana le 8 septembre 1100. URL : http://www.newadvent.org/cathen/07063a.htm.
10 15 75 76 77 78 81Louis Bréhier, « Crusades », in The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York (notice vérifiée en ligne le 4 octobre 2026) : le 4 juillet 1187, l'armée de Saladin anéantit celle des chrétiens sur les rives du lac de Tibériade, avant de marcher sur Jérusalem ; Frédéric Barberousse, parti de Ratisbonne le 11 mai 1189, franchit le détroit de Gallipoli entre le 21 et le 30 mars 1190, prend Iconium, puis se noie en tentant de franchir le Selef (Calycadnos) à cheval dans le Taurus. Le jour exact du 10 juin 1190, consensuel dans les ouvrages de référence, n'est pas daté au jour près par cette notice. URL : http://www.newadvent.org/cathen/04543c.htm.
17 46Sur la mort d'Urbain III à Ferrare : selon les chroniqueurs Ernoul et Benoît de Peterborough, le pape serait mort de choc et de chagrin après que Joscius, archevêque de Tyr, lui eut apporté la nouvelle de la défaite chrétienne de Hattin ; il est aussi couramment — mais à tort — affirmé qu'il mourut en apprenant la chute de Jérusalem, alors que Guillaume de Newburgh note que le rapport de Hattin (3-4 juillet) ne serait parvenu au Saint-Siège qu'après l'élection de Grégoire VIII, et qu'Urbain III n'apprit peut-être jamais la reddition du 2 octobre (synthèse de l'historiographie courante, art. anglophone « Pope Urban III », qui cite G. A. Loud, The Crusade of Frederick Barbarossa, 2019, p. 128, et la Catholic Encyclopedia 1913, s. v. « Pope Urban III » : mort à Ferrare le 19 octobre 1187, sans cause indiquée — URL : http://www.newadvent.org/cathen/15211a.htm). La date oscille entre le 19 octobre (Catholic Encyclopedia) et le 20 octobre (Petersohn, notice citée en [^petersohn-treccani]).
19 20Salvador Miranda, "SCOLARI, Paolo (1130?-1191)", in The Cardinals of the Holy Roman Church — Biographical Dictionary, consistoire de mars 1179, Florida International University : naissance vers 1130 au rione della Pigna, famille aisée de haut niveau social mais non aristocratique, fils de Giovanni Scolari et de Maria ; archiprêtre de la basilique libérienne dès le 3 mars 1176 ; créé cardinal-diacre des SS. Serge-et-Bacchus au consistoire de mars 1179, puis du titre de Sainte-Pudentienne ; nommé cardinal-évêque de Palestrina en décembre 1180 (ou janvier 1181) ; élu pape le 19 décembre 1187 sans avoir pu assister au vote pour cause de maladie ; mort le 27 mars 1191 au palais du Latran selon la plupart des sources consultées, inhumé dans un sépulcre de marbre devant l'ancien chœur des chanoines de la basilique du Latran, tombeau aujourd'hui disparu ; bibliographie : Brixius 1912, p. 65, n° 22 ; Cardella 1792, I, 2e partie, p. 131 ; Chacón 1677, I, col. 1099 et 1134-1150 ; Kelly 1986, p. 183-184 ; Petersohn 2000, II, p. 316-319. URL : http://cardinals.fiu.edu/bios1179.htm#Scolari.
23 26 29 31 33 36 74 80Marco Vendittelli, "Leone de Monumento", in Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani : Leone joua un rôle décisif dans la rapide élection de son successeur Clément III (le Romain Paolo Scolari), se faisant l'interprète de la volonté de l'empereur. Graphie confirmée : « Leone de Monumento » (sans guillemets).
24James Loughlin, « Pope Clement III » (Paolo Scolari), in The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908 (notice vérifiée en ligne le 4 octobre 2026) : « Date of birth unknown; elected 19 December, 1187; d. 27 March, 1191 » ; élu deux jours après la mort de Grégoire VIII à Pise, premier Romain élevé à la papauté depuis la rébellion du temps d'Arnaud de Brescia ; traité avec les Romains et entrée à Rome en février suivant ; organisateur de la Troisième Croisade ; investiture de Tancrède de Lecce en Sicile ; Église d'Écosse soustraite à York et soumise directement au Saint-Siège ; canonisations d'Otton de Bamberg et d'Étienne de Thiers. URL : http://www.newadvent.org/cathen/04018a.htm.
27Sur la destruction de Tusculum : l'Encyclopædia Britannica (1911), s. v. "Henry VI", rapporte que Célestin III rechignait à exécuter l'engagement de son prédécesseur et que l'appui des Romains fut acheté par la promesse royale de leur livrer Tusculum, ville détruite après le couronnement ; la destruction est datée du 17 avril 1191 et rattachée au pacte conclu entre Henri VI et Célestin III. Le rattachement d'une clause tusculane au concordat du 31 mai 1188 reste une interprétation non vérifiée ici.
42Sur le cadre canonique des restrictions commerciales avec les puissances musulmanes après le troisième concile du Latran (1179, canon 24) : voir John Gilchrist, "The Papacy and War against the 'Saracens', 795-1216", The International History Review 10/2 (1988), p. 174-197. Aucune décrétale précise de Clément III portant un durcissement de l'embargo n'est retenue ici (voir note [^petersohn-treccani] sur la Collectio Seguntina).
49Sur la bulle Cum universi : bulle de Célestin III, datée du 13 mars 1192, qui reconnaît l'Église d'Écosse comme « fille spéciale » du Siège apostolique, « sans intermédiaire » (« special daughter […] with no intermediary », selon la formule retenue par les historiens), et nomme neuf évêchés — Saint-Andrews, Glasgow, Dunkeld, Dunblane, Brechin, Aberdeen, Moray, Ross et Caithness (Galloway restant suffragant d'York). Le libellé latin exact n'ayant pu être vérifié mot à mot ici, il n'est pas cité. Cette bulle ne doit pas être confondue avec l'acte fondateur de Clément III — la bulle du 13 mars 1188 (voir [^ecosse-1188]) — qu'elle confirme quelques années plus tard. Voir A. D. M. Barrell, "The background to Cum universi: Scoto-papal relations, 1159-1192", The Innes Review 46/2 (automne 1995), p. 116-138 ; A. O. Anderson, "The Bull Cum Universi", The Scottish Historical Review 25/100 (1923), p. 335-341.
62 65Sur Kjeld (Ketillus) de Viborg : consentement pontifical de Clément III en 1188, célébration et translation locales le 11 juillet 1189 par l'archevêque Absalon ; voir la notice "Saint Kjeld", Wikipedia, et la Catholic Encyclopedia (1913), s. v. "Ancient See of Viborg in Denmark" (translation du corps de saint Kjeld le 11 juillet, sous l'évêque Niels I).
67Catholic Encyclopedia (1913), s. v. "St. Otto" : Otton de Bamberg, apôtre de la Poméranie, canonisé par Clément III en 1189.
68Sur l'incertitude du jour exact : la notice Miranda retient le 27 mars 1191 d'après la plupart des sources consultées, tout en relevant que certaines donnent le 25 mars, et Petersohn (Enciclopedia dei papi, II, p. 319) tient le jour pour impossible à déterminer avec certitude — fourchette recensée du 20 mars au 10 avril, avec une préférence pour la fin mars, peut-être le 29[^petersohn-treccani] ; la Catholic Encyclopedia (1913) donne le 27 mars 1191[^ce-clement], et le 20 mars est la date retenue par la Wikipédia anglophone, qui renvoie à Katrin Baaken, « Zu Wahl, Weihe und Krönung Papst Cölestins III. », Deutsches Archiv 41 (1985), p. 203-211. Or la Catholic Encyclopedia (1913), s. v. « Pope Celestine III », atteste l'élection de Célestin III le 30 mars 1191[^celestin-1191] : toute date postérieure au 30 mars est donc exclue. Voir aussi [^miranda-fiu] et [^rockwell-eb1911] (« probably in the latter part of March 1191 »).
71Catholic Encyclopedia (1913), s. v. "Pope Celestine III" (Giacinto Bobone) : élu successeur de Clément III le 30 mars 1191, ordonné prêtre le 13 avril et consacré évêque le lendemain, jour de Pâques. URL : http://www.newadvent.org/cathen/03478b.htm.
73Sur la damnatio memoriae de Guibert : « Guibert (Antipope) », Encyclopædia Britannica, 11e éd., 1911 — « His ashes, which were said by his followers to have worked miracles, were thrown into the water by Paschal II » (phrase vérifiée sur texte de 1911 le 4 octobre 2026 ; tomaison non contrôlée page en main, volume non disponible localement — fait au demeurant concordamment rapporté par les ouvrages de référence sur l'antipape).
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