Pape Lucius III (1181-1185)

Élu en 1181 puis chassé de Rome après quelques mois par la commune insurgée, le pape Lucius III gouverne l'Église depuis l'exil et promulgue à Vérone, en 1184, la décrétale Ad Abolendam contre les Cathares et les Vaudois — l'acte de naissance de l'Inquisition épiscopale. Il meurt à Vérone en 1185.

Ignispedia

Lucius III (Lucius III), né Ubaldo Allucingoli — probablement de la famille Allucingoli — à Lucques, à une date inconnue que les notices situent vers 1100, et mort à Vérone le 25 novembre 1185, gouverne l'Église pendant un peu plus de quatre ans, du 1ᵉʳ septembre 1181 à sa mort. La numérotation de l'Annuario Pontificio le compte comme le 171ᵉ pape, successeur d'Alexandre III et prédécesseur d'Urbain III.[1][2][3]

Vieux cardinal-évêque d'Ostie au moment de son élection, formé dans l'entourage d'Innocent II et artisan, sous Alexandre III, de la paix de Venise qui avait réconcilié la papauté et l'Empereur en 1177, Ubaldo monte sur le trône de Pierre à un âge avancé, à la tête d'une chrétienté épuisée par dix-huit ans de schisme.[4][5] Son pontificat est presque entièrement un pontificat d'exil : chassé de Rome par la commune insurgée après quelques mois, il gouverne l'Église depuis Velletri, Anagni, puis Vérone, sans jamais reprendre durablement sa ville.[6][7]

Son nom reste pourtant attaché à l'un des textes les plus lourds de conséquences du Moyen Âge : la décrétale Ad Abolendam, promulguée à Vérone le 4 novembre 1184 d'un commun accord avec l'empereur Frédéric Barberousse. En frappant d'anathème perpétuel les Cathares, les Vaudois et plusieurs autres mouvements, et surtout en imposant aux évêques de rechercher activement les hérétiques pour les livrer au bras séculier, ce texte fonde ce que les historiens appellent l'Inquisition épiscopale — l'ancêtre, une trentaine d'années avant le IVᵉ concile du Latran (1215), des procédures inquisitoriales.[8][9]

Le reste de son court règne se joue dans un face-à-face sans vainqueur avec l'Empire : quatre contentieux — les ordinations du schisme, la double élection de Trèves, le couronnement impérial du jeune Henri VI refusé par le pape, et les terres de la comtesse Mathilde de Toscane — restent ouverts à sa mort. Lucius III s'éteint à Vérone à l'automne 1185, laissant à l'Église un dossier doctrinal majeur et un siège romain toujours fermé.[10][11]

Pourquoi Lucius III compte-t-il ?

Le pape de la décrétale Ad Abolendam

Lucius III doit sa place dans l'histoire presque entièrement à un texte : la décrétale Ad Abolendam diversam haeresium pravitatem (« Pour abolir la malice des diverses hérésies »).[12] Avant 1184, la lutte contre l'hérésie était dispersée, occasionnelle, laissée à l'initiative locale. Avec Ad Abolendam, l'Église se dote pour la première fois d'une procédure générale, obligatoire et permanente : tout évêque doit désormais visiter une à deux fois l'an les paroisses suspectes, faire jurer les habitants de dénoncer les hérétiques, juger les suspects et livrer les obstinés au pouvoir civil.[13][14]

C'est cette mécanique — recherche active, dénonciation jurée, collaboration imposée du bras séculier — que les historiens nomment l'Inquisition épiscopale, par opposition à l'Inquisition pontificale que confiera aux Dominicains le pape Grégoire IX entre 1231 et 1233 — l'année 1234 étant celle de la promulgation du Liber Extra. Le texte de Lucius III sera repris dans sa substance par le canon 3 (Excommunicamus) du IVᵉ concile du Latran en 1215.[15] C'est ici, à Vérone, sous le pontificat de Lucius III, que cette procédure s'enracine : un acte de défense de la foi dont les développements ultérieurs — croisade des Albigeois (1209), tribunaux pontificaux confiés aux Dominicains (1231-1233) — dépasseront le cadre épiscopal de 1184.[16][17]

Un pape sans Rome

Le second trait qui définit ce pontificat est paradoxal : Lucius III est un pape sans Rome. Élu à Velletri, il n'entre dans la Ville qu'en novembre 1181 et doit en repartir dès le mois de mars 1182, soit après quelques mois à peine.[18][19] La cause en est la commune romaine, ce gouvernement municipal né de la révolte de 1143-1144 — éclatée à la mort d'Innocent II, sous Célestin II puis Lucius II — et qui conteste depuis lors le pouvoir temporel du pape sur sa propre cité.[20] Lucius III, au caractère intransigeant, refuse les largesses d'argent que les Romains attendaient de chaque nouveau pontife — la New Catholic Encyclopedia relève qu'il fut le seul pape de cette période connu pour avoir refusé de distribuer ces gratifications.[21]

Le résultat est une papauté itinérante, gouvernant la chrétienté universelle par lettres et légats depuis les villes du Latium, puis depuis l'Italie du Nord. Ce destin n'a rien d'anecdotique : il illustre une vérité catholique constante, déjà éprouvée par les prédécesseurs de Lucius — la fonction du successeur de Pierre demeure intacte alors même que l'homme est dépouillé de Rome. Le pape sans Ville reste le pape.

L'héritier de la paix de Venise

On ne comprend pas l'élection de Lucius III sans le drame qui l'a précédée : le schisme ouvert en 1159, lorsque l'élection d'Alexandre III fut contestée par une série d'antipapes soutenus par Frédéric Barberousse. Ce schisme avait duré près de dix-huit ans, jusqu'à la grande réconciliation de la paix de Venise en 1177.[22] Or le cardinal Ubaldo Allucingoli avait été l'un des négociateurs de cette paix : choisir cet homme pour succéder à Alexandre III, c'était choisir la continuité et la modération à l'égard de l'Empire.[23][24]

C'est tout le sens de ce pontificat : prolonger l'œuvre de pacification d'Alexandre III sans rouvrir la guerre, tout en tenant ferme sur les droits de l'Église. Lucius III y réussit à demi — l'entente sur la lutte contre l'hérésie sera totale, mais les contentieux territoriaux et dynastiques resteront ouverts, et c'est sous ses successeurs que la rupture menacera de nouveau.

Les sources principales

La connaissance de Lucius III repose d'abord sur ses actes pontificaux — lettres, bulles et privilèges —, mais ses registres ne nous sont pas parvenus, ce qui appauvrit considérablement notre information par rapport à des pontificats mieux documentés.[25] Ce qui subsiste de sa correspondance est catalogué dans les grands répertoires de Philipp Jaffé, les Regesta Pontificum Romanorum, instrument de référence pour dater ses interventions.[26] La New Catholic Encyclopedia note que le Liber Censuum, le grand registre des revenus de l'Église romaine, aurait été commencé sous son pontificat ; la datation habituellement retenue place toutefois la compilation proprement dite plus tard : entreprise sous Clément III, elle est achevée en 1192, sous Célestin III, par le camérier Cencius, le futur Honorius III.[27][28]

Le document central de son règne, la décrétale Ad Abolendam, est conservé dans les grandes collections canoniques — texte latin édité notamment par Friedberg (Corpus iuris canonici, t. 2, col. 780-782) — et a été intégré au droit canonique classique par les compilations de décrétales du XIIIᵉ siècle, ce qui assura sa diffusion universelle.[29][30]

Pour la biographie et la trame du pontificat, les notices de référence se croisent : l'article « Pope Lucius III » de la Catholic Encyclopedia (New Advent), la notice de la New Catholic Encyclopedia, celle de l'Encyclopædia Britannica et les articles encyclopédiques modernes fournissent un cadre fiable, vérifié ici fait par fait.[31][32][33][34]

Ubaldo Allucingoli, du diocèse de Lucques à la pourpre cardinalice

Origines à Lucques et le lien cistercien

Ubaldo Allucingoli naît à Lucques, en Toscane — la Catholic Encyclopedia donne sa date de naissance comme inconnue (« Born at Lucca, unknown date ») ; les notices modernes avancent vers 1100 (Wikipedia anglais : c. 1100), tandis que la Britannica propose 1097 avec un point d'interrogation.[35][36][37] Il passe pour appartenir à la noblesse locale : les notices modernes de seconde main le donnent pour fils d'un certain Orlando Allucingoli — mais ni la Catholic Encyclopedia (« Born at Lucca, unknown date ») ni la New Catholic Encyclopedia ne nomment son père, et l'appartenance même à la famille Allucingoli reste une attribution probable, non prouvée.[38][39][40]

Une tradition tenace, encore répétée par plusieurs notices, fait de lui un moine cistercien, disciple de l'ordre alors rayonnant de Bernard de Clairvaux.[41] La recherche moderne se montre plus prudente : si Ubaldo a entretenu des liens étroits avec les Cisterciens, rien ne prouve qu'il ait fait profession dans l'ordre — la New Catholic Encyclopedia écrit qu'on l'a « longtemps cru cistercien », mais qu'il « semble n'être jamais devenu moine ».[42][43] La question reste débattue, et l'honnêteté commande de la présenter comme telle plutôt que d'asséner la légende monastique. Ce qui est certain, c'est qu'il s'est formé dans le milieu réformateur du XIIᵉ siècle, héritier de la réforme grégorienne et marqué par l'idéal de liberté de l'Église.

Cardinal d'Innocent II : Sant'Adriano puis Santa Prassede

La carrière d'Ubaldo se fait dans la curie romaine sous le pontificat d'Innocent II, le pape du IIᵉ concile du Latran. En décembre 1138, Innocent II le crée cardinal-diacre de Sant'Adriano.[44] Trois ans plus tard, en 1141, il est promu cardinal-prêtre de Santa Prassede — la Catholic Encyclopedia précise la date du 23 février 1141.[45]

Dès cette époque, Ubaldo est employé comme diplomate pontifical. Innocent II l'envoie comme légat en France ; sous Eugène III, premier pape cistercien et disciple de saint Bernard, il est légat en Sicile.[46] Le cardinal de Lucques entre ainsi dans le cercle restreint des hommes de confiance que la papauté envoie négocier aux frontières de la chrétienté — apprentissage diplomatique qui décidera de sa carrière.

Évêque d'Ostie, légat et artisan de la paix de Venise

Vers 1158-1159, sous le pape Adrien IV, Ubaldo accède au sommet du Sacré Collège en devenant cardinal-évêque d'Ostie et Velletri, l'une des sept églises suburbicaires et la dignité traditionnellement réservée au doyen des cardinaux ; la Catholic Encyclopedia place sa consécration au 1ᵉʳ janvier 1159.[47][48] Il exerce alors les plus hautes légations : on le trouve envoyé au royaume de Sicile (1166-1167) puis à Constantinople (1167, 1168-1169), aux deux extrémités du monde latin et grec.[49]

« En 1177, il fut chargé par le pape Alexandre III de prendre part au fameux congrès de paix de Venise, où une entente amiable fut conclue entre Alexandre III et l'empereur Frédéric Iᵉʳ. » — Catholic Encyclopedia, article « Pope Lucius III »[50]

Frédéric Iᵉʳ Barberousse, empereur du Saint-Empire — adversaire d'Alexandre III pendant le schisme, réconcilié à Venise en 1177, puis interlocuteur de Lucius III à Vérone. Buste-reliquaire de Cappenberg (bronze doré, vers 1160 ; don de 1171, dit fait « à la ressemblance de l'empereur »). Wikimedia Commons, domaine public.

La paix de Venise de 1177 met fin à dix-huit ans de schisme impérial : Frédéric Barberousse reconnaît enfin Alexandre III comme pape légitime.[51] Le cardinal d'Ostie y joue un rôle de premier plan. Cette expérience décisive — avoir traité directement avec l'Empereur et scellé la réconciliation — fera de lui, quatre ans plus tard, le candidat naturel pour continuer cette politique.

L'élection de Velletri (1ᵉʳ septembre 1181)

La mort d'Alexandre III et le conclave

Le pape Alexandre III, l'un des plus grands pontifes du Moyen Âge, meurt à Civita Castellana le 30 août 1181, après un règne de vingt-deux ans.[52][53] Deux jours plus tard, le 1ᵉʳ septembre 1181, le Sacré Collège réuni à Velletri élit pour lui succéder le vieux cardinal-évêque d'Ostie, Ubaldo Allucingoli, qui prend le nom de Lucius III.[54] Il est consacré et couronné le dimanche suivant, 6 septembre 1181.[55][56]

L'élection se fait sans heurt notable, dans le respect des règles fixées par le IIIᵉ concile du Latran qu'Alexandre III venait de réunir en 1179 : la majorité des deux tiers des cardinaux, désormais requise, écarte le risque d'une double élection comme celles qui avaient ensanglanté le siècle. Lucius III est, en ce sens, le premier fruit de la procédure conciliaire qui régit encore aujourd'hui l'élection des papes.

Un pape âgé pour un siège épuisé

Le choix d'Ubaldo Allucingoli est celui d'un homme âgé et expérimenté, non d'un jeune réformateur. À plus de quatre-vingts ans selon les estimations les plus hautes, le nouveau pape incarne la continuité : il a traversé sept pontificats — d'Innocent II, qui l'a créé cardinal en décembre 1138, à Alexandre III —, il connaît l'Empereur, il a négocié la paix.[57][58] L'Église attend de lui qu'il prolonge l'œuvre d'Alexandre III sans rouvrir les plaies.

Mais le siège qu'il reçoit est épuisé. Rome est aux mains de sa commune ; l'Italie du Nord, organisée en Ligue lombarde, sort à peine de la guerre contre l'Empereur ; la Sicile normande inquiète au sud ; et au loin, le royaume latin de Jérusalem chancelle. Le pontificat de Lucius III sera, d'un bout à l'autre, un gouvernement de crise mené par un vieillard sans capitale.

Le pape chassé de sa ville

Le bras de fer avec la commune romaine

Lucius III gagne Rome en novembre 1181, mais le séjour tourne court. Le conflit avec la commune romaine est immédiat et frontal. Les Romains réclament du nouveau pape les gratifications d'usage et la reconnaissance de leurs privilèges municipaux ; ils se heurtent aussi à lui sur la question de Tusculum, cité voisine que Rome veut détruire et que le pape protège.[59][60] Le caractère inflexible de Lucius III ne fait qu'envenimer la rupture.

« Il fut le seul pape de cette période que l'on connaisse pour avoir refusé d'accorder aux Romains des bénéfices ou des présents. » — New Catholic Encyclopedia, article « Lucius III »[61]

Le résultat est sans appel : dès le mois de mars 1182, après cinq mois à peine, Lucius III doit quitter Rome.[62][63] Il ne la reverra plus que par intermittence. Comme tant de papes du XIIᵉ siècle, il fait l'expérience que la possession de la Ville ne se confond pas avec l'exercice de la primauté.

Velletri, Anagni, Vérone : une papauté itinérante

Chassé de Rome, le pape se replie d'abord sur les villes du Latium pontifical — Velletri, son ancien évêché, puis Anagni, la forte cité des papes —, avant de gagner finalement l'Italie du Nord et de s'établir à Vérone à l'automne 1184.[64][65] Cette itinérance n'est pas une errance : chacune de ces villes est un véritable siège de gouvernement, d'où partent les lettres, les sentences et les légations qui administrent l'Église universelle.

Le gouvernement de l'Église depuis l'exil

Loin de paralyser le pontificat, l'exil en montre au contraire l'activité. Depuis Velletri, Lucius III absout le roi Guillaume Iᵉʳ d'Écosse, dit le Lion, le 17 mai 1182, levant les censures ecclésiastiques qui pesaient sur le roi et son royaume, et lui envoie la Rose d'or en gage de réconciliation — geste que la Catholic Encyclopedia date du 17 mars 1183.[66][67] Le 8 juillet 1184, il consacre la cathédrale de Bologne, geste solennel au cœur de la ville qui était alors la capitale du droit en Europe.[68] Il intervient dans les affaires ecclésiastiques de plusieurs royaumes — absolution de l'Écosse, arbitrage entre Antioche et Tyr pour le diocèse de Tripoli, soutien à l'archevêque élu de Trèves —, canonise (Bruno de Segni en 1183) et reçoit appels et suppliques de toute la chrétienté.[69][70]

Ce gouvernement à distance prépare le grand acte de son règne. Car c'est en s'établissant à Vérone, sur les terres d'Empire, que Lucius III va rencontrer Frédéric Barberousse et promulguer avec lui la décrétale qui portera son nom dans l'histoire.

Le concile de Vérone (1184)

Une rencontre au sommet avec Frédéric Barberousse

À l'automne 1184, Lucius III et l'empereur Frédéric Iᵉʳ Barberousse se retrouvent à Vérone, dans une grande diète doublée d'un synode ecclésiastique qui se tient d'octobre à novembre.[71][72] C'est le sommet de toute une époque : le pape et l'Empereur, naguère adversaires du schisme et réconciliés à Venise, siègent côte à côte pour régler les affaires de la chrétienté. Plusieurs dossiers sont sur la table — l'hérésie, la croisade, les contentieux entre le Sacerdoce et l'Empire.

Sur un point au moins, le pape et l'Empereur sont d'un parfait accord : la répression de l'hérésie. Pour Frédéric comme pour Lucius, les sectes qui se multiplient dans les villes d'Italie et du Languedoc menacent à la fois la foi de l'Église et l'ordre du monde. De cette convergence va naître Ad Abolendam.

Ad Abolendam : la naissance de l'Inquisition épiscopale

Le 4 novembre 1184, à Vérone, Lucius III promulgue la décrétale Ad Abolendam diversam haeresium pravitatem.[73][74] Le texte ouvre par un anathème perpétuel lancé contre une liste de mouvements nommément désignés :

« Nous décrétons que tous les Cathares et Patarins, ceux qui se font appeler du faux nom d'Humiliés ou de Pauvres de Lyon, les Passagins, les Joséphins et les Arnaldistes seront soumis à un anathème perpétuel. » — Lucius III, décrétale Ad Abolendam, Vérone, 4 novembre 1184 (trad. française de l'article d'après le latin)[75]

À ces sectes nommées, le pape ajoute tous ceux qui prêchent sans l'autorisation de l'Église, publiquement ou en secret — visant ainsi le prédicateur laïc, figure montante du temps, qui s'arroge un ministère que seul le sacerdoce confère.[76][77] Mais l'innovation décisive n'est pas dans la condamnation : elle est dans la procédure.

Les sectes condamnées à Vérone

Le tableau ci-dessous récapitule les mouvements visés par Ad Abolendam et ce qui leur était reproché. Plusieurs étaient des groupes mal définis ; certains existaient à peine en 1184, mais l'Église entendait couper court à toute contestation antisacramentelle.[78]

MouvementFoyerReproche principal
CatharesLanguedoc, Italie du NordDualisme ; rejet de la matière, des sacrements et de la chair
PatarinsItalie du NordCités séparément des Cathares dans l'anathème de 1184
Vaudois (Pauvres de Lyon)Lyonnais, vallées alpinesPrédication laïque sans mandat ; contestation du clergé
Humiliés (aile dissidente)LombardiePrédication non autorisée des laïcs
ArnaldistesItalieDisciples d'Arnaud de Brescia : rejet du pouvoir temporel du clergé
Joséphins, PassaginsItalieGroupes mineurs, tendances judaïsantes ou antisacramentelles
L'expulsion des Cathares de Carcassonne (1209), enluminure des Grandes Chroniques de France. C'est contre le catharisme, principal mouvement visé par Ad Abolendam, que se déploiera bientôt la croisade des Albigeois. Wikimedia Commons, domaine public.

La grande affaire du temps est le catharisme : ce dualisme venu d'Orient, qui oppose un dieu bon de l'esprit à un dieu mauvais de la matière, nie l'Incarnation, méprise les sacrements et conduit, dans ses formes extrêmes, au refus du mariage et de la procréation. Face à cette négation de la création et de la chair du Christ, l'Église ne pouvait voir qu'une rupture radicale avec la foi.

La procédure : visite, dénonciation, bras séculier

Le cœur d'Ad Abolendam est un dispositif d'enquête permanent. Pour la première fois, le texte impose à chaque évêque une obligation positive de rechercher l'hérésie, et non plus seulement d'attendre qu'elle se dénonce :

« Que chaque archevêque ou évêque, par lui-même, par son archidiacre, ou par d'autres personnes honnêtes et capables, visite une ou deux fois l'an la paroisse où l'on rapporte que demeurent des hérétiques. » — Lucius III, décrétale Ad Abolendam, 1184 (trad. française de l'article d'après le latin)[79]

Les habitants doivent jurer de signaler ceux qu'ils savent ou soupçonnent hérétiques ; les suspects qui ne se justifient pas, et les hérétiques avérés qui refusent d'abjurer ou retombent dans l'erreur, sont remis au pouvoir civil pour subir le « châtiment dû » (animadversio debita).[80][81] Les clercs convaincus d'hérésie sont d'abord dégradés, c'est-à-dire dépouillés de leur ordre, avant d'être livrés au bras séculier. La décrétale prévoit enfin tout un arsenal de peines civiles : perte des charges publiques, incapacité de témoigner ou de tester, confiscation des fiefs.

Le texte va plus loin encore : il enrôle de force le pouvoir temporel dans la lutte. Comtes, barons et consuls des cités doivent prêter serment d'assister l'Église :

« Tous les comtes, barons, gouverneurs et consuls des cités promettront sous serment d'aider puissamment et efficacement l'Église contre les hérétiques. » — Lucius III, décrétale Ad Abolendam, 1184 (trad. française de l'article d'après le latin)[82]

Ce serment imposé aux princes est une nouveauté lourde de sens : il soude pour des siècles la répression de l'hérésie à l'autorité civile, et c'est lui qui rendra possibles, plus tard, la croisade des Albigeois (1209) et les tribunaux de l'Inquisition proprement dite.[83]

Ce que la décrétale n'est pas : Inquisition épiscopale et Inquisition pontificale

Il faut ici corriger une erreur répandue. Lucius III n'a pas créé l'Inquisition au sens où on l'entend d'ordinaire — c'est-à-dire le tribunal pontifical permanent, confié à des juges délégués, indépendants des évêques. Ce que fonde Ad Abolendam, c'est l'Inquisition épiscopale : l'évêque, dans son diocèse, devient enquêteur et juge de l'hérésie.[84][85]

L'Inquisition pontificale proprement dite ne naîtra qu'un demi-siècle plus tard, lorsque le pape Grégoire IX, entre 1231 et 1233, confiera la traque de l'hérésie à des inquisiteurs dominicains nommés directement par Rome. Entre les deux, le IVᵉ concile du Latran de 1215 reprendra la substance d'Ad Abolendam dans son canon 3 et systématisera la procédure.[86] La distinction n'est pas une nuance d'érudit : elle évite à la fois le contresens qui ferait de Lucius III l'inventeur des tribunaux d'inquisition, et l'erreur inverse qui nierait que sa décrétale est bien la matrice juridique des procédures inquisitoriales postérieures.

Sur le fond, le jugement catholique doit rester équilibré. Le devoir de protéger les fidèles contre une hérésie qui, comme le catharisme, niait l'Incarnation, la bonté de la création et les sacrements, est légitime, et il faut le comprendre dans un monde où l'unité de la foi fondait aussi l'unité sociale. Mais l'enrôlement du bras séculier qu'Ad Abolendam inaugure ouvrira une voie dont les développements, aux siècles suivants, dépasseront le cadre de 1184. Précisons la portée réelle du texte : il prononce l'anathème, organise l'enquête épiscopale et prévoit contre les obstinés la dégradation des clercs, des incapacités civiles et la remise au bras séculier pour le « châtiment dû » — sans prononcer lui-même ni peine de mort ni supplice, et sans créer de tribunal permanent, qui ne naîtra qu'en 1231-1233.[87][88] Le texte de Vérone reste d'abord un acte de défense de la foi — et c'est à cette lumière, celle d'un pasteur gardant son troupeau, qu'il faut le juger. Pour l'histoire longue de cette répression, voir Les hérétiques et la légende noire de l'Inquisition.

Les quatre contentieux avec l'Empire

L'accord sur l'hérésie n'a pas effacé les désaccords. À Vérone, quatre dossiers opposent encore le pape et l'Empereur, et aucun n'est résolu à la mort de Lucius III.[89][90] Ils dessinent en creux la rivalité permanente du Sacerdoce et de l'Empire qui structure tout le Moyen Âge.

Les ordinations du schisme

Premier contentieux : le sort des évêques et clercs allemands ordonnés par les antipapes durant le schisme de 1159-1177. Fallait-il reconnaître la validité de leurs ordres et les maintenir dans leurs charges, ou les déposer ? Frédéric, qui les avait soutenus, voulait leur reconnaissance ; le pape s'y refusait. La question reste en suspens à la mort de Lucius III.[91][92]

La double élection de Trèves

Deuxième contentieux : la double élection à l'archevêché de Trèves, où deux candidats rivaux se disputaient le siège, l'un soutenu par le pape, l'autre par l'Empereur. Ce conflit local, jamais tranché sous Lucius III, deviendra l'un des points de rupture entre Frédéric et le successeur de Lucius, Urbain III.[93]

Le couronnement d'Henri VI refusé

Troisième contentieux, le plus lourd : Frédéric Barberousse demande au pape de couronner empereur son fils Henri, le futur Henri VI, du vivant même du père, afin d'assurer la succession impériale. Lucius III refuse.[94][95] Derrière ce refus se profile une menace dynastique : le mariage projeté d'Henri avec Constance de Hauteville, héritière du royaume normand de Sicile. Une telle union — célébrée en 1186, sous le successeur de Lucius — placerait l'État pontifical pris en tenaille entre l'Empire au nord et la Sicile au sud. Le vieux pape, lucide, ne veut pas armer cet encerclement.

Les terres mathildiques

Quatrième contentieux : les terres de la comtesse Mathilde de Toscane, morte en 1115 après avoir légué ses vastes domaines à l'Église romaine — legs que l'Empire revendiquait comme fiefs d'Empire. Ce litige sur les « biens mathildiques », qui empoisonnait les relations entre Rome et l'Empire depuis près d'un siècle, n'est pas davantage réglé à Vérone.[96][97] Il faudra des décennies pour que la question soit close.

La croisade qui n'eut pas lieu

Le patriarche Héraclius et l'appel de Jérusalem

À Vérone, un autre dossier brûlant s'invite : le salut de la Terre sainte. Le royaume latin de Jérusalem, miné par la lèpre de son roi Baudouin IV et par les querelles de succession, sent monter la menace de Saladin. En 1184, une ambassade de la plus haute solennité parcourt l'Occident pour appeler au secours : le patriarche latin de Jérusalem, Héraclius, accompagné des grands maîtres du Temple et de l'Hôpital, visite tour à tour le pape Lucius III, l'empereur Frédéric Barberousse, le roi Philippe II de France et le roi Henri II d'Angleterre.[98][99]

À Vérone, l'Empereur promet de préparer une croisade vers la Terre sainte, et le pape soutient le projet.[100][101] Mais l'expédition tarde, prisonnière des querelles européennes. Lucius III meurt avant d'avoir rien pu entreprendre, et c'est seulement après le désastre de Hattin et la chute de Jérusalem en 1187 que partira la troisième croisade — trop tard pour reprendre la Ville sainte. L'appel d'Héraclius, entendu à Vérone, n'aura pas été suivi à temps.

Mort à Vérone et héritage (1185)

La cathédrale de Vérone

La cathédrale Santa Maria Matricolare de Vérone, où Lucius III fut inhumé en 1185, loin du tombeau de Pierre. Photo : Coaterflagman, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Lucius III meurt à Vérone le 25 novembre 1185, sans avoir pu regagner Rome.[102][103] Il est inhumé dans la cathédrale de Vérone, Santa Maria Matricolare, loin du tombeau de Pierre.[104] Le jour même de sa mort, les cardinaux élisent pour lui succéder l'archevêque de Milan Uberto Crivelli, qui prend le nom d'Urbain III — un homme bien plus hostile à l'Empire, dont le pontificat rouvrira aussitôt l'affrontement que Lucius avait su contenir.[105][106]

Le jugement de l'histoire et de l'Église

Que reste-t-il de Lucius III ? Un pontificat bref, dont les registres sont perdus — mais qui a fixé un acte durable et incarné une vérité de fond.

L'acte durable, c'est la décrétale Ad Abolendam, matrice de l'Inquisition épiscopale, dont la substance sera reprise par le canon 3 (Excommunicamus) du Latran de 1215 avant de nourrir l'Inquisition pontificale de Grégoire IX. Lucius III n'a pas créé les tribunaux d'inquisition, et il faut le redire contre une légende tenace ; mais il a posé le principe qui les rendra possibles. C'est, dans l'histoire de l'Église, un de ces moments où la défense légitime de la foi engage l'institution dans une voie dont les développements — de la croisade des Albigeois aux tribunaux pontificaux — dépasseront le cadre épiscopal posé à Vérone.[107][108]

La vérité de fond, c'est celle du pape sans Rome. Élu hors de la Ville, chassé d'elle après cinq mois, mort à des centaines de kilomètres de Saint-Pierre, Lucius III aura gouverné l'Église universelle depuis l'exil, par la seule autorité de sa charge. Son pontificat rappelle, à sa manière modeste, que le siège de Pierre n'est pas un territoire mais une fonction, et qu'un pape dépouillé de tout reste le centre visible de la communion catholique.

Chronologie

  1. date inconnue (vers 1100)
    Naissance à Lucques
    probablement famille Allucingoli

    Ubaldo Allucingoli naît à Lucques, en Toscane — les notices modernes le rattachent, sans preuve, à la famille Allucingoli de la noblesse locale.[109][110][111]

  2. décembre 1138
    Cardinal-diacre de Sant'Adriano
    création par Innocent II

    Ubaldo entre dans le Sacré Collège sous le pontificat d'Innocent II.[112]

  3. 1141
    Cardinal-prêtre de Santa Prassede
    légations en France et en Sicile

    Il devient l'un des diplomates de la curie romaine.[113]

  4. vers 1158-1159
    Cardinal-évêque d'Ostie et Velletri
    doyen du Sacré Collège

    Il accède à la première dignité cardinalice sous Adrien IV.[114]

  5. 1177
    Paix de Venise
    fin du schisme impérial

    Le cardinal d'Ostie négocie la réconciliation d'Alexandre III et de Frédéric Barberousse.[115]

  6. 1ᵉʳ septembre 1181
    Élection à Velletri
    couronné le 6 septembre

    À la mort d'Alexandre III, Ubaldo est élu pape sous le nom de Lucius III.[116]

  7. novembre 1181
    Entrée à Rome
    conflit immédiat avec la commune

    Le séjour romain tourne court face à la commune insurgée.[117]

  8. mars 1182
    Départ forcé de Rome
    le pape chassé de sa ville

    Après cinq mois, Lucius III doit quitter Rome pour le Latium.[118]

  9. 8 juillet 1184
    Consécration de la cathédrale de Bologne
    gouvernement depuis l'exil

    Le pape exerce pleinement son ministère depuis ses résidences successives.[119]

  10. octobre-novembre 1184
    Synode de Vérone
    rencontre avec Frédéric Barberousse

    Pape et Empereur règlent ensemble la question de l'hérésie et de la croisade.[120]

  11. 4 novembre 1184
    Décrétale Ad Abolendam
    naissance de l'Inquisition épiscopale

    Anathème contre les Cathares et les Vaudois, recherche des hérétiques imposée aux évêques.[121]

  12. 1184
    Ambassade du patriarche Héraclius
    appel au secours de Jérusalem

    L'Empereur promet une croisade qui ne partira qu'après 1187.[122]

  13. 25 novembre 1185
    Mort à Vérone
    sépulture dans la cathédrale

    Lucius III meurt loin de Rome ; Urbain III lui succède le jour même.[123]

Pour aller plus loin

Notes et sources

Notes et références

  1. Rang de Lucius III : n° 171 de la liste chronologique des papes correspondant à l'Annuario Pontificio (« I Sommi Pontefici Romani », hors antipapes) — entrée « 1 September 1181 – 25 November 1185 ». L'Annuario, édition officielle du Saint-Siège, est ici l'autorité de la numérotation ; des listes anciennes comptaient différemment selon les noms retenus ou exclus, d'où la référence explicite à la numérotation actuelle.

    1
  2. Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York, 1910), article « Pope Lucius III », vol. IX ; édition en ligne New Advent (consultée) : naissance à Lucques, cardinal-prêtre de Santa Prassede (23 février 1141), légations en France et en Sicile, évêque d'Ostie et Velletri (1ᵉʳ janvier 1159), congrès de paix de Venise (1177), élection à Velletri (1ᵉʳ septembre 1181) et couronnement (6 septembre), départ de Rome (mars 1182), envoi de la Rose d'or à Guillaume d'Écosse (17 mars 1183), consécration de la cathédrale de Bologne (8 juillet 1184), synode de Vérone (octobre-novembre 1184) contre les Cathares, Vaudois et Arnaldistes, mort à Vérone le 25 novembre 1185. Le lieu de l'élection (Velletri, et non Rome) est corroboré par F. Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter : « [Lucius III] was not even elected in Rome, but was raised to the Papacy by the College of Cardinals assembled at Velletri » (cité dans les références de la notice « 1181 papal election », consultée). URL : https://www.newadvent.org/cathen/09412b.htm.

    2 4 11 19 23 31 35 39 45 46 47 50 54 56 58 60 63 67 68 71 92 102 110 113 116 119 120
  3. Notices encyclopédiques modernes (index) : Wikipedia (anglais), articles « Pope Lucius III » et « 1185 papal election » (consultés) — utilisés comme index : chaque fait repris dans le corps est corroboré par la CE ou la NCE, sauf mention explicite d'attribution (ex. la naissance « vers 1100 » et le père « Orlando », donnés comme avancés par les notices modernes). La succession le jour même de la mort est confirmée par la Catholic Encyclopedia, article « Pope Urban III » : « On 25 November of this year Lucius died at Verona, and the archbishop was elected to succeed him on the same day » (consulté sur Wikisource). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Lucius_III.

    3 34 36 38 42 52 105 109
  4. New Catholic Encyclopedia, article « Lucius III, Pope » — texte intégral consulté en ligne (reprise Encyclopedia.com) : pontificat « Sept. 1, 1181 (consecrated, Velletri Sept. 6, 1181) to Nov. 25, 1185 », cardinal-diacre de Sant'Adriano (1138), cardinal-évêque d'Ostie et Velletri sous Adrien IV (1158), légations au royaume de Sicile (1166-1167) et à Constantinople (1167, 1168-1169), tradition cistercienne réfutée (« long thought to have been a Cistercian, but seems never to have become a monk »), refus des bénéfices aux Romains et exil après cinq mois (« exile from the city after only five months »), absolution de Guillaume d'Écosse (17 mai 1182), synode de Vérone et bulle Ad Abolendam (4 novembre 1184) contre des groupes nommés séparément (Cathars, Patarines, Humiliati, Poor of Lyons, Passagines, Josephines, Arnaldists), quatre contentieux avec Frédéric Iᵉʳ (ordinations schismatiques, archevêché de Trèves, couronnement d'Henri, biens de Mathilde de Toscane), ambassadeurs de Jérusalem à Vérone et accord sur la croisade, registres perdus (« His Registers do not survive (but certainly existed) »), Liber Censuum commencé sous son pontificat (« during his pontificate the Liber Censuum was begun »), sépulture dans la cathédrale de Vérone. Verbatim du passage cité dans le corps de l'article : « On accession, he was the only pope of this period who is known to have refused to bestow beneficia or gifts on the Romans ». URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/lucius-iii-pope.

    5 6 10 18 21 24 25 27 32 40 43 44 48 49 53 55 59 61 62 64 69 72 89 91 93 95 97 99 101 103 104 106 111 112 114 117 118 123
  5. Encyclopædia Britannica, article « Lucius III (pope) » : Ubaldo Allucingoli de Lucques, tradition cistercienne, cardinal sous Innocent II, évêque d'Ostie, élection le 1ᵉʳ septembre 1181, conflit avec la commune romaine et exil, synode de Vérone (1184) avec Frédéric Barberousse contre les hérétiques, refus de couronner Henri VI, litige des terres de Mathilde de Toscane, mort à Vérone le 25 novembre 1185. URL : https://www.britannica.com/biography/Lucius-III.

    7 33 37 41 57 65 90 94 96
  6. Wikipedia (anglais), article « Ad abolendam » (consulté) — utilisé comme index : décrétale et bulle de Lucius III, écrite à Vérone et émise le 4 novembre 1184 après le concile de Vérone, en accord avec Frédéric Iᵉʳ ; sectes nommées (Cathares, Patarins, Humiliés, Vaudois/Pauvres de Lyon, Passagins, Joséphins, Arnaldistes) ; condamnation de la prédication non autorisée ; obligation faite aux évêques de visiter les paroisses, remise des hérétiques au bras séculier, serment des pouvoirs civils, peines civiles ; substance du texte reprise par le canon 3 (Excommunicamus) du IVᵉ concile du Latran (1215) ; les premiers inquisiteurs dominicains sont nommés par Grégoire IX à partir de 1231 (l'année 1234 est celle de la promulgation du Liber Extra). Le dispositif de 1184 (recherche des hérétiques, tribunal épiscopal, remise au bras séculier pour la debita animadversio) est corroboré par la Catholic Encyclopedia (1913), article « Inquisition » (consulté sur New Advent). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Ad_abolendam.

    8 14 16 74 76 78 81 83 84 107
  7. Lucius III, Ad Abolendam (Vérone, 1184) : les trois passages français cités dans le corps sont la traduction de l'article, établie d'après le texte latin (éditions citées à la note précédente) — la traduction anglaise d'Edward Peters (Heresy and Authority in Medieval Europe, 1980), dont la pagination n'a pas été vérifiée à l'exemplaire en session, n'est plus invoquée. Passages traduits : la visite épiscopale des paroisses une ou deux fois l'an, la remise des condamnés au pouvoir séculier pour l'animadversio debita avec dégradation préalable des clercs, et le serment d'assistance imposé aux comtes, barons et consuls.

    9 13 77 79 80 82 87
  8. Lucius III, décrétale Ad Abolendam diversam haeresium pravitatem, Vérone, 4 novembre 1184 ; texte latin de la condamnation : « Imprimis ergo Catharos et Patarinos et eos, qui se Humiliatos vel Pauperes de Lugduno falso nomine mentiuntur, Passaginos, Iosephinos, Arnaldistas perpetuo decernimus anathemati subiacere. » — texte vérifié d'après la notice latine « Ad abolendam » (consultée en ligne), qui donne les éditions : Emil Friedberg (éd.), Corpus iuris canonici, t. 2 (Leipzig, 1879), col. 780-782 ; G. Gonnet (éd.), Enchiridion fontium Valdensium (Torre Pellice, 1958), pp. 50-53 ; J.-P. Migne (éd.), Patrologia Latina, t. 201, col. 1297-1300 (tome corroboré par la CE, qui imprime les lettres de Lucius III en « P.L., CCI, 1071-1376 »). Volumes non recollés à l'exemplaire papier en session. En ligne : https://la.wikipedia.org/wiki/Ad_abolendam.

    12 29 73 75 121
  9. IVᵉ concile du Latran (1215), canon 3 (Excommunicamus), qui reprend et systématise la procédure d'Ad Abolendam contre les hérétiques ; et Grégoire IX, premiers inquisiteurs dominicains nommés à partir de 1231 (lettres de 1231-1233 aux provinces dominicaines et aux évêques du Midi ; le Liber Extra, promulgué par la bulle Rex pacificus du 5 septembre 1234, en assure ensuite la diffusion dans le droit canonique). D'après la notice « Ad abolendam » (Wikipedia, consultée) pour la reprise par le canon 3, et la Catholic Encyclopedia (1913), article « Inquisition » (consulté sur New Advent), pour le dispositif de 1184 et ses développements ; l'édition N. P. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, n'ayant pas été recollée à la page en session, n'est plus invoquée.

    15 17 30 85 86 88 108
  10. Commune de Rome (1143-1144) : à la mort d'Innocent II (24 septembre 1143), les Romains rétablissent le Sénat et proclament la commune — sous le bref pontificat de Célestin II, puis contre Lucius II, qui meurt le 15 février 1145 après avoir marché sur le Capitole contre le sénateur Pierleoni. D'après la Catholic Encyclopedia, articles « Pope Innocent II » et « Pope Lucius II » (consultés sur New Advent : sénat établi sous Innocent II, pouvoir temporel arraché au pape, Pierleoni frère de l'antipape Anaclet II élu sénateur) ; la notice Wikipedia « Commune of Rome » n'a servi que d'index — la CE ne donne que le nom de famille Pierleoni, le prénom Giordano venant des notices modernes. URL : https://www.newadvent.org/cathen/09412a.htm.

    20
  11. Paix de Venise (1177) : réconciliation de l'empereur Frédéric Iᵉʳ Barberousse et du pape Alexandre III, mettant fin au schisme impérial ouvert en 1159 ; le cardinal-évêque d'Ostie Ubaldo Allucingoli, futur Lucius III, participe au congrès de paix. D'après la Catholic Encyclopedia, article « Pope Lucius III », et la notice « Peace of Venice ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/09412b.htm.

    22 51 115
  12. Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ édition revue par S. Loewenfeld, F. Kaltenbrunner et P. Ewald, Leipzig, 1885-1888 : répertoire des actes du pontificat, instrument de datation des lettres et privilèges dont les registres originaux n'ont pas été conservés — référence reprise de la Catholic Encyclopedia elle-même, qui la cite dans ses « Sources » (« JAFFÉ, Regesta pontificum Romanorum (Leipzig, 1885-8) ») ; volumes non consultés à l'exemplaire en session.

    26
  13. Datation du Liber Censuum : la New Catholic Encyclopedia (article « Lucius III », consulté) écrit que le Liber Censuum fut commencé sous son pontificat (« during his pontificate the Liber Censuum was begun ») ; la compilation proprement dite est l'œuvre de 1192 de Cencius Camerarius (le futur Honorius III), camérier de Clément III puis de Célestin III, à partir des recueils antérieurs (notamment la Collectio canonum du cardinal Deusdedit, 1087). D'après la Catholic Encyclopedia, article « Pope Honorius III » (« While he was papal chamberlain [...] he compiled the "Liber censuum Romanae ecclesiae" [...] It was begun under Clement III and completed in 1192 under Celestine III ») ; la notice Wikipedia « Liber Censuum » n'a servi que d'index. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Liber_Censuum.

    28
  14. Date de l'absolution de Guillaume Iᵉʳ d'Écosse : la New Catholic Encyclopedia (article « Lucius III, Pope ») donne le 17 mai 1182 — « On May 17, 1182 he absolved William the Lion, king of Scotland, lifted the interdict on his kingdom [...] and sent him a golden rose » — et la notice « Jocelin » de la Catholic Encyclopedia (l'évêque Jocelin de Glasgow, artisan de la réconciliation) place l'obtention de l'absolution en 1182 : « In 1182 Jocelin visited Rome, obtained from Lucius III the absolution of King William the Lion from ecclesiastical censures » (https://www.newadvent.org/cathen/08418a.htm ; même texte sur wikisource et catholic.com). La Catholic Encyclopedia (article « Pope Lucius III ») ne date, elle, que l'envoi de la Rose d'or : « sent him the Golden Rose on 17 March, 1183 » — d'où l'ancienne formulation « en 1183 », ici corrigée : absolution le 17 mai 1182, Rose d'or le 17 mars 1183. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/lucius-iii-pope.

    66 70
  15. Ambassade du patriarche Héraclius de Jérusalem (1184) : Héraclius, patriarche latin de Jérusalem, accompagné des grands maîtres du Temple (Arnaud de Torroja, mort à Vérone) et de l'Hôpital (Roger de Moulins), parcourt l'Occident pour solliciter du secours face à la menace de Saladin ; la délégation visite Lucius III, l'empereur Frédéric Barberousse, Philippe II de France et Henri II d'Angleterre ; à Vérone, l'Empereur promet de préparer une croisade. Le cœur du fait (ambassade de Jérusalem à Vérone, promesse impériale de croisade) est corroboré par la New Catholic Encyclopedia (article « Lucius III ») et la Catholic Encyclopedia (article « Pope Lucius III ») ; le détail de l'itinéraire et des personnes vient de Wikipedia (anglais), article « Heraclius of Jerusalem » (consulté), utilisé comme index. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Heraclius_of_Jerusalem.

    98 100 122