Urbain III (Urbanus III), né Uberto Crivelli à Cuggiono, près de Milan, vers 1120, et mort à Ferrare le 20 octobre 1187, gouverne l'Église pendant moins de deux ans, du 25 novembre 1185 à sa mort. Le Saint-Siège le compte comme le 172ᵉ pape de l'Église catholique, successeur de Lucius III et prédécesseur de Grégoire VIII.[1][2]
Archevêque de Milan au moment de son élection, Uberto Crivelli appartient à une famille que l'empereur Frédéric Iᵉʳ Barberousse avait durement frappée : lors du sac de Milan en 1162, plusieurs de ses parents avaient été proscrits ou mutilés.[3][4] De cette blessure naît l'un des traits qui définissent tout son pontificat : Urbain III est le pape de la rupture avec l'Empire, là où son prédécesseur Lucius III avait su contenir l'affrontement. Cas rarissime et attesté, il conserve l'archevêché de Milan une fois devenu pape — notamment parce que le couronnement du roi d'Italie revenait de droit à l'archevêque ambrosien, et qu'il entendait empêcher l'Empereur de s'en saisir.[5][6][7]
Son court règne se joue presque entièrement dans un bras de fer avec Frédéric Barberousse : opposition au mariage d'Henri VI avec Constance de Sicile (1186), qui menaçait de prendre l'État pontifical en tenaille ; querelle de l'archevêché de Trèves, où le pape consacre Folmar contre le candidat impérial ; invasion des États pontificaux par Henri VI ; et siège du pape et de sa curie dans Vérone. Sur le point de prononcer l'excommunication de l'Empereur, Urbain III quitte Vérone pour Venise, mais s'arrête malade à Ferrare, où il meurt.[8][9][10]
Sa mort, le 20 octobre 1187, coïncide avec la catastrophe de la Terre sainte : trois mois plus tôt, l'armée latine avait été anéantie à Hattin (4 juillet 1187) et la Vraie Croix perdue. Plusieurs chroniqueurs rapportent qu'Urbain III mourut de chagrin à cette nouvelle. C'est son successeur Grégoire VIII qui, dès le 29 octobre 1187, appellera par la bulle Audita tremendi à la troisième croisade.[11][12]
Pourquoi Urbain III compte-t-il ?
Le pape de la rupture avec l'Empire
Là où Lucius III avait prolongé la modération de la paix de Venise (1177), Urbain III rouvre presque aussitôt l'affrontement entre le Sacerdoce et l'Empire.[13][14] Ennemi déclaré de Frédéric Barberousse avant même son élection, il refuse les compromis sur les deux points les plus sensibles du temps : l'encerclement de l'État pontifical par l'union de l'Empire et de la Sicile, et l'emprise impériale sur les évêchés. Son pontificat n'a ni la durée ni l'éclat de celui d'Alexandre III, mais il marque le moment où la papauté, à peine sortie d'un schisme de dix-huit ans, choisit de tenir tête plutôt que de composer.
Cette fermeté lui a valu, chez certains historiens, la réputation d'un intransigeant qui aurait imprudemment relancé une guerre que son prédécesseur avait apaisée. Le jugement mérite d'être nuancé : ce que défend Urbain III — la liberté de l'Église dans la nomination de ses évêques et la sauvegarde de l'indépendance du Saint-Siège face à un empire qui voulait l'enserrer — touche au cœur de l'enjeu grégorien. Sa rigidité n'est pas un caprice : elle prolonge, dans un contexte plus périlleux, le combat de la réforme grégorienne.
L'archevêque de Milan qui n'a jamais quitté Milan
Le second trait qui singularise ce pontificat est canoniquement remarquable : Urbain III reste archevêque de Milan après son élection au siège de Pierre.[15][16] Le cas est rarissime. La raison en est précise : depuis Charlemagne, le couronnement du roi d'Italie appartenait par tradition à l'archevêque de Milan, et en gardant ce titre, le pape entendait priver l'Empereur d'un appui canonique pour faire couronner son fils. Quand Frédéric contourna l'obstacle en faisant sacrer Henri par le patriarche d'Aquilée, Urbain III y vit une usurpation directe de ses droits.[17][18]
Ce détail, d'apparence technique, dit toute la logique du règne : pour Urbain III, les dignités ecclésiastiques ne sont pas des honneurs négociables mais des remparts de la liberté de l'Église. Garder Milan, c'était garder une digue contre l'absorption impériale.
Un règne court écrasé par deux ombres
Enfin, le pontificat d'Urbain III est tout entier saisi entre deux ombres qui le dépassent. Au nord, Frédéric Barberousse, le plus puissant souverain d'Occident, qui ferme les cols des Alpes et lance son fils ravager les terres de l'Église. À l'est, Saladin, qui écrase l'armée du royaume latin à Hattin (4 juillet 1187) puis prend Jérusalem (2 octobre 1187), dix-huit jours avant la mort du pape. Entre ces deux pressions, le vieux pape milanais n'a ni le temps ni les moyens d'une grande œuvre : il meurt en moins de deux ans, vaincu moins par les hommes que par l'enchaînement des catastrophes. Son règne est l'histoire d'une fermeté sans répit dans un monde qui s'effondre.
Les sources principales
La connaissance d'Urbain III repose sur ses actes pontificaux — lettres, bulles, privilèges — dont un grand nombre furent intégrés au droit canonique classique par les compilateurs de décrétales du XIIIᵉ siècle ; à ce titre, plusieurs de ses décisions juridiques ont survécu bien au-delà de leur occasion.[19][20] Les répertoires de Philipp Jaffé, les Regesta Pontificum Romanorum, restent l'instrument de référence pour dater ses interventions.[21]
Pour la trame politique du pontificat — l'élection, la querelle de Trèves, l'affaire d'Henri VI, le siège de Vérone, la mort à Ferrare —, les notices encyclopédiques de référence se recoupent : l'article « Pope Urban III » de la Catholic Encyclopedia (New Advent, 1912), la notice de la New Catholic Encyclopedia, celle de l'Encyclopædia Britannica, les bases prosopographiques comme Catholic-Hierarchy, et les articles encyclopédiques modernes en français et en anglais fournissent un cadre fiable, vérifié ici fait par fait.[22][23][24][25][26][27]
Pour les circonstances de sa mort, la documentation est plus délicate : les chroniqueurs contemporains — Benoît de Peterborough, Ernoul, Guillaume de Newburgh — ne s'accordent pas sur ce qu'Urbain III savait, au juste, de la catastrophe de Terre sainte au moment d'expirer. Cette divergence, loin d'être un détail, oblige à distinguer soigneusement ce qui est attesté de ce qui relève de l'embellissement hagiographique (voir plus bas).[28]
Uberto Crivelli, du sac de Milan à la chaire de Pierre
Une famille milanaise broyée par Barberousse
Uberto Crivelli naît vers 1120 à Cuggiono, bourg de la campagne milanaise, dans une famille de la noblesse de Milan. Les Crivelli sont des vavasseurs — petite noblesse féodale — possédant de nombreuses terres, et ils comptent parmi les plus fermes adversaires de l'empereur dans la ville.[29][30] De cette maison sortira peut-être un autre pape : le futur Célestin IV (1241), que l'ancienne généalogie des Castiglioni donne pour neveu d'Uberto Crivelli — filiation que les notices critiques modernes tiennent pour non établie.[31][32]
Pour comprendre l'homme, il faut comprendre la plaie milanaise. Au cœur du XIIᵉ siècle, Milan, fière cité de la Ligue lombarde, résiste à la volonté de Frédéric Barberousse de soumettre les communes d'Italie du Nord. La réponse impériale est terrible :
« En mars 1162, Frédéric Barberousse rase Milan. » — d'après les chroniques et la notice « Urbain III » ; le quantième précis varie selon les sources (voir note)[33]
Le sac de Milan de 1162 n'est pas une bataille ordinaire : la ville capitule en mars 1162, elle est démantelée et sa population dispersée. Elle ne se relèvera qu'en 1167, sous la conduite de consuls parmi lesquels un Crivelli, Arialdo.[34][35] Et la famille Crivelli paie un prix de sang. La Catholic Encyclopedia le note sans détour :
« Lors du sac de Milan en 1162, l'empereur avait fait proscrire ou mutiler plusieurs parents du pape. » — Catholic Encyclopedia, article « Pope Urban III »[36]
Cette phrase éclaire tout le reste. L'inimitié d'Urbain III envers Barberousse n'est pas seulement politique ou doctrinale : elle est personnelle, enracinée dans la mémoire d'une famille meurtrie. L'historien qui voudrait juger sa fermeté sans tenir compte de cette blessure manquerait l'essentiel de l'homme.
L'exil français et le retour à Milan
Après la destruction de leur ville, Uberto et plusieurs Crivelli s'exilent en France. Là, le jeune clerc poursuit sa formation et devient archidiacre de Bourges, l'une des grandes Églises du royaume capétien.[37] Cet exil français n'est pas un simple épisode : il inscrit Uberto Crivelli dans le réseau de la chrétienté ultramontaine, hors de portée de l'Empire, et le forme à un horizon plus large que celui des seules querelles lombardes.
Quand Milan se relève de ses ruines, Uberto revient dans sa ville. Il y devient chanoine puis archidiacre de la cathédrale, et se range résolument du côté de l'archevêque réformateur Galdino della Sala contre les clercs restés proches de l'Empereur.[38] Ce dernier, créé cardinal par Alexandre III en 1165 puis archevêque de Milan en 1166, avait suivi le pape en exil avant de revenir soutenir la Ligue lombarde ; il mourra en pleine chaire, le 18 avril 1176, au terme d'un sermon contre les cathares. La tradition attribue sa canonisation à Alexandre III lui-même ; le titre de « saint » est en tout cas attesté dès une lettre d'Urbain III du 19 décembre 1185 — le modèle même du pasteur combattant que le futur Urbain III eut sous les yeux durant ses années milanaises.[39] En 1170, il fonde le monastère San Pietro all'Olmo, geste de fondateur qui témoigne de son enracinement dans la vie religieuse milanaise.[40] L'homme qui montera sur le trône de Pierre n'est donc pas un courtisan de curie : c'est un pasteur lombard, façonné par l'épreuve et par la réforme.
Cardinal, évêque de Verceil, archevêque de Milan
L'ascension d'Uberto Crivelli dans la hiérarchie de l'Église se fait par étapes que les sources permettent de dater, non sans quelques divergences qu'il faut signaler honnêtement.
| Étape | Date | Dignité | Pape |
|---|---|---|---|
| Entrée au Sacré Collège | septembre 1173 | cardinal | Alexandre III |
| Promotion | 1182 | cardinal-prêtre de San Lorenzo in Damaso | Lucius III |
| Épiscopat | décembre 1182 | évêque de Verceil | Lucius III |
| Métropole | 1185 (mai) | archevêque de Milan | Lucius III |
D'après les bases prosopographiques, Uberto Crivelli est d'abord créé cardinal en septembre 1173 sous Alexandre III.[41][42] En 1182, sous Lucius III, il est promu cardinal-prêtre de San Lorenzo in Damaso et reçoit la même année l'évêché de Verceil.[43][44] Enfin, en 1185, Lucius III l'élève à la dignité d'archevêque de Milan, la grande métropole ambrosienne.[45][46]
Il faut ici prévenir une confusion fréquente. Plusieurs notices résument sa carrière en disant qu'il fut « créé cardinal par Lucius III en 1182 ».[47][48] La formule est imprécise : Uberto Crivelli était déjà cardinal depuis 1173, sous Alexandre III ; ce que Lucius III lui confère en 1182, c'est une promotion (le titre presbytéral de San Lorenzo in Damaso) et l'évêché de Verceil.[49] L'honnêteté historique commande de tenir les deux dates : 1173 pour le cardinalat, 1182 pour la promotion. C'est ce souci d'exactitude — vérifier chaque date plutôt que recopier un résumé — qui distingue une notice fiable d'une approximation.
L'élection de Vérone (25 novembre 1185)
Lucius III meurt, l'archevêque lui succède le jour même
Le pape Lucius III meurt à Vérone le 25 novembre 1185, après un pontificat d'exil de quatre ans passé loin de Rome.[50][51] Le Sacré Collège, réuni dans la même ville, n'attend pas : le jour même, il élit pour lui succéder l'archevêque de Milan Uberto Crivelli, qui prend le nom d'Urbain III.[52][53] La New Catholic Encyclopedia souligne qu'il fut le choix unanime des cardinaux rassemblés à Vérone.[54] Il est consacré et couronné le 1ᵉʳ décembre 1185.[55][56]
Le choix ne s'est cependant pas porté d'emblée sur l'archevêque milanais. Selon le Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani), le candidat le mieux placé était d'abord l'abbé cistercien Henri de Marsy, de l'abbaye d'Hautecombe — et c'est seulement après le renoncement de ce candidat mieux coté que le Sacré Collège se tourna vers Uberto Crivelli.[57] Ce détail, absent des notices anglophones les plus diffusées, confirme que l'élection de Vérone, pour rapide qu'elle fût, ne fut pas une simple formalité en faveur du seul archevêque de Milan.
La rapidité de l'élection n'a rien d'étonnant : depuis le IIIᵉ concile du Latran (1179), la majorité des deux tiers suffit à désigner un pape, écartant le risque de double élection qui avait ensanglanté le siècle. Mais le choix d'Uberto Crivelli a une signification politique lourde. Élire l'archevêque de Milan, dont la famille avait été broyée par Barberousse, c'était désigner un homme prêt à l'affrontement — exactement l'inverse de la modération de Lucius III.
Pourquoi garder l'archevêché de Milan ?
Le geste le plus singulier de l'élection est ce qui ne se produit pas : Urbain III ne renonce pas à son archevêché de Milan.[58][59] Normalement, l'élévation au pontificat met fin à toute charge épiscopale antérieure. En conservant Milan, Urbain III accomplit un acte délibéré, dont la raison est canonique et politique à la fois.
Le couronnement du roi d'Italie revenait traditionnellement à l'archevêque de Milan. Or Frédéric Barberousse voulait faire couronner son fils Henri roi d'Italie pour assurer la succession impériale. En gardant le siège ambrosien, Urbain III se réservait — ou retirait à l'Empereur — la maîtrise canonique de ce couronnement.[60][61] La Catholic Encyclopedia relève cette intention : il conserva l'archevêché « peut-être à cette fin » de faire valoir les droits du Saint-Siège sur le couronnement d'Henri.[62]
C'est ici qu'apparaît la cohérence profonde du règne. Pour Urbain III, un titre ecclésiastique n'est pas un ornement : c'est un levier juridique au service de la liberté de l'Église. Garder Milan, c'était garder la clé d'un couronnement que l'Empereur convoitait.
Le bras de fer avec Frédéric Barberousse
L'histoire du pontificat d'Urbain III est presque tout entière celle de son conflit avec l'Empire. Quatre dossiers s'enchaînent et s'aggravent mutuellement, jusqu'à l'invasion et au siège.
Le mariage d'Henri VI et Constance de Sicile
Le premier péril est dynastique et géographique. Frédéric Barberousse a négocié pour son fils Henri — le futur Henri VI — un mariage capital : celui de Constance de Hauteville, fille du roi Roger II et héritière du royaume normand de Sicile. Le 27 janvier 1186, à Milan — dans la basilique Sant'Ambrogio même —, Constance épouse Henri VI.[63][64] Le mariage unit un prince d'à peine vingt et un ans à une princesse de trente et un ans, restée sans fiançailles jusqu'à un âge inhabituel pour l'époque : ce retard nourrira, dès Boccace, la légende d'une Constance ayant été religieuse avant d'être mariée par dispense pontificale — légende que les historiens modernes jugent sans fondement historique.[65] Pour la papauté, cette union est un cauchemar stratégique : si l'Empire au nord et la Sicile au sud tombent dans la même main, l'État pontifical se trouve pris en tenaille, encerclé du septentrion au midi.
C'est exactement ce que les Normands de Sicile avaient longtemps empêché : ils étaient les protecteurs naturels de la papauté contre l'Empire. Voir la Sicile passer aux Hohenstaufen, c'était perdre ce contrepoids vital. La Britannica résume l'enjeu : le mariage « le confrontait à la perspective inquiétante d'une domination des Hohenstaufen sur l'Italie du Sud et l'Italie du Nord ».[66] Urbain III s'y oppose de toutes ses forces : il y voit, selon les sources, une tentative de ruiner le pouvoir pontifical, et suspend de leurs fonctions les prélats qui avaient pris part à la cérémonie.[67]
Le couronnement d'Henri VI et l'affront d'Aquilée
Le mariage milanais est aussitôt suivi d'un acte plus grave encore. Peu après la cérémonie, Henri VI est couronné roi d'Italie à Milan — mais non par l'archevêque de la ville, puisque cet archevêque est Urbain III lui-même, qui refuse. C'est le patriarche d'Aquilée, gagné par l'Empereur, qui accomplit le couronnement à sa place.[68][69]
« Le patriarche d'Aquilée fut induit par l'empereur à accomplir cet office, bien qu'il revînt au pape en vertu de l'archevêché de Milan qu'il avait conservé. » — d'après la Catholic Encyclopedia et la notice « Pope Urban III »[70][71]
Pour Urbain III, c'est une usurpation caractérisée de ses droits, un affront délibéré à son autorité. Le couronnement de 1186 transforme une opposition diplomatique en conflit ouvert : l'Empereur a passé outre le refus du pape, et le pape ne peut l'accepter sans renier le sens même de sa décision de garder Milan.
La querelle de Trèves : Folmar contre Rodolphe
Le troisième dossier porte sur l'un des grands archevêchés d'Empire : Trèves. Une double élection y oppose deux candidats. Folmar de Karden (Folmar de Carden) a été canoniquement élu par une partie du chapitre ; mais Frédéric Barberousse a accordé l'investiture au candidat de la minorité, Rodolphe (Rudolf). Le conflit met face à face deux principes : l'élection canonique par l'Église, et l'investiture par le pouvoir impérial — exactement la matière de la querelle des Investitures.[72][73]
Urbain III tranche pour l'Église, et le fait avec éclat. La Catholic Encyclopedia est précise :
« Le 31 mai, il promut au cardinalat l'archidiacre Folmar, et le lendemain le consacra archevêque de Trèves, contrairement à une promesse qu'il avait faite à l'empereur ; car bien que Folmar eût été canoniquement élu, Frédéric avait accordé l'investiture à Rodolphe, le candidat de la minorité. » — Catholic Encyclopedia, article « Pope Urban III »[74]
En consacrant Folmar archevêque de Trèves le 1ᵉʳ juin 1186, contre le candidat impérial et contre une promesse faite à Frédéric, Urbain III pose un geste de défi.[75][76] La réponse impériale ne se fait pas attendre. Mais un fait doit être noté avec honnêteté : l'épiscopat allemand, dans sa majorité, ne suit pas le pape ; il se range du côté de Frédéric.[77] La fermeté d'Urbain III, juste sur le principe, le laisse en partie isolé devant l'Empire.
Ce schisme trévirois survivra d'ailleurs à Urbain III lui-même : ni Folmar ni Rodolphe ne parviendront jamais à prendre pleinement possession du siège archiépiscopal, ravagé par leur rivalité. Ce n'est que le 26 juin 1189 — près de deux ans après la mort d'Urbain III — que le pape Clément III, par bulle de ce jour, déposera les deux prétendants pour y installer un troisième homme, Jean Iᵉʳ (consacré en 1190). Folmar mourra la même année en exil à Northampton, en Angleterre ; l'historien allemand Bernhard von Simson le dépeint comme « der unruhige, ehrgeizige und harte Mann » (« cet homme agité, ambitieux et dur »).[78]
L'invasion des États pontificaux et le siège de Vérone
La rupture devient guerre. Frédéric Barberousse ferme les cols des Alpes contre les messagers du pape vers l'Allemagne, coupant Urbain III de ses appuis ultramontains, et envoie son fils Henri ravager les États pontificaux.[79] La New Catholic Encyclopedia résume le point culminant : les conflits « aboutirent à une invasion de l'Italie et au siège du pape et de la curie à Vérone ».[80]
Le pape se retrouve assiégé dans la ville même où il avait été élu. Sa situation est d'autant plus précaire que Vérone est une cité de la marche impériale, peu disposée à laisser le pontife transformer ses murs en base d'une croisade contre l'Empereur. L'étau se resserre autour d'un règne qui n'a pas trois ans.
Vers l'excommunication empêchée
Acculé, Urbain III prend la décision la plus grave qu'un pape puisse prendre contre un souverain chrétien : excommunier Frédéric Barberousse. Mais il ne peut le faire depuis Vérone. La Britannica l'explique : les citoyens de Vérone refusèrent de permettre cet acte dans leur ville, et le pape dut chercher ailleurs un lieu où prononcer la sentence.[81]
Urbain III décide alors de gagner Venise, cité libre et hostile à l'Empire, pour y rendre publiquement son jugement.[82][83] L'excommunication de l'Empereur le plus puissant d'Occident est sur le point d'être prononcée. Mais le pape n'atteindra jamais Venise : la mort l'arrête en chemin.
Le pape, le droit et le gouvernement de l'Église
Réduire Urbain III à son conflit avec l'Empire serait injuste. Comme tout pape du XIIᵉ siècle, il gouverne l'Église universelle par lettres, sentences et privilèges, et son apport au droit n'est pas négligeable.
Les décrétales d'Urbain III
Un grand nombre des lettres décrétales d'Urbain III — réponses pontificales à des questions juridiques posées par des évêques ou des juges délégués — furent jugées assez importantes pour être recueillies par les canonistes et insérées dans les grandes compilations de décrétales du XIIIᵉ siècle, qui formeront le socle du droit canonique classique jusqu'au Corpus Iuris Canonici.[84][85] Ainsi, par un paradoxe fréquent au Moyen Âge, un pape au pontificat bref et politiquement malheureux a laissé dans le droit de l'Église une trace plus durable que dans la politique de son temps.
Cette activité juridique rappelle une vérité de fond : le gouvernement ordinaire de l'Église — trancher des litiges, confirmer des élections, protéger des monastères, répondre aux appels venus de toute la chrétienté — se poursuit même sous un pape assiégé. La primauté pétrinienne ne se mesure pas seulement aux grands gestes ; elle s'exerce dans la patiente administration de la justice ecclésiastique.
La chute de la Terre sainte et la mort à Ferrare (1187)
Hattin, la Vraie Croix et l'effondrement du royaume latin
Tandis qu'Urbain III s'épuise contre l'Empire, l'Orient latin s'effondre. Le 4 juillet 1187, à Hattin, près du lac de Tibériade, l'armée du royaume de Jérusalem est anéantie par Saladin. Le roi Guy de Lusignan est fait prisonnier, les ordres militaires décimés, et surtout la Vraie Croix — la relique la plus sacrée de la chrétienté, portée au combat — est perdue.[86] Privé de son armée, le royaume latin n'a plus de défense : ville après ville tombe, et Jérusalem elle-même se rend à Saladin le 2 octobre 1187.[87]
C'est l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire chrétienne médiévale. Quatre-vingt-huit ans après la conquête de la Ville sainte par la première croisade (1099), la Jérusalem terrestre échappe de nouveau aux chrétiens. La nouvelle de Hattin se répand en Occident pendant l'été et l'automne 1187, frappant de stupeur les cours et l'Église.
Mort de chagrin ? Le débat des chroniqueurs
Urbain III meurt à Ferrare le 20 octobre 1187, en route vers Venise.[88][89][90] Sur les causes de cette mort, les chroniqueurs divergent, et l'historien rigoureux doit distinguer les versions.
| Source | Ce qu'elle rapporte | Limite |
|---|---|---|
| Benoît de Peterborough | Le pape meurt de saisissement et de chagrin en apprenant le désastre chrétien | Récit hagiographique, tend à édifier |
| Ernoul (chronique d'Orient latin) | Mort de douleur à la nouvelle de la catastrophe de Terre sainte | Source partiale, écho de la version du chagrin |
| Guillaume de Newburgh | La nouvelle n'est parvenue qu'après l'élection de Grégoire VIII | Plus sobre, recoupe la chronologie |
La tradition la plus répandue veut qu'Urbain III soit mort de chagrin en apprenant la chute de la Terre sainte.[91] Mais il faut ici une précision chronologique que les notices rapides escamotent trop souvent. La nouvelle du désastre de Hattin (4 juillet) était, elle, parvenue en Occident à l'automne 1187.[92] En revanche, s'agissant de la chute de Jérusalem (2 octobre 1187), l'arrivée exacte de la nouvelle à Rome et à Ferrare dans les derniers jours d'octobre est discutée entre historiens : la bulle Audita tremendi elle-même, promulguée par Grégoire VIII le 29 octobre — soit neuf jours après la mort d'Urbain III —, déplore déjà le désastre de la Terre sainte, de sorte qu'on ne peut plus affirmer sans nuance que l'information n'avait « pas encore atteint l'Europe ».[93] Il est donc, à tout le moins, fragile de tenir pour établi qu'Urbain III serait mort de chagrin à l'annonce de la prise de Jérusalem : si le vieux pape est bien mort de saisissement, c'est plus sûrement à l'annonce de Hattin et de la perte de la Vraie Croix.[94][95]
En revanche, la nouvelle du désastre de Hattin (4 juillet) avait, elle, largement eu le temps de gagner l'Occident à l'automne. Si le vieux pape est bien mort de saisissement, c'est donc à l'annonce de Hattin et de la perte de la Vraie Croix, non de la chute de Jérusalem.[96][97] Cette distinction n'est pas une coquetterie d'érudit : elle illustre la méthode d'une encyclopédie sérieuse, qui ne recopie pas une belle légende sans confronter les dates. Guillaume de Newburgh, en notant que la nouvelle vint après l'élection du successeur, a sans doute raison contre l'embellissement.
Grégoire VIII, Audita tremendi et la troisième croisade
À la mort d'Urbain III, les cardinaux élisent aussitôt Grégoire VIII (Alberto di Morra), dont le pontificat ne durera que deux mois.[98] Ce pape éphémère accomplit pourtant deux actes décisifs : il renoue avec l'Empire, mettant fin au bras de fer qu'Urbain III avait poussé jusqu'à l'excommunication, et il lance l'appel à la croisade que la catastrophe d'Orient rendait urgent.
Le 29 octobre 1187, Grégoire VIII promulgue la bulle Audita tremendi, qui déplore le désastre de Hattin, l'exécution des Templiers et des Hospitaliers, et la perte de la Vraie Croix, et appelle la chrétienté à la troisième croisade.[99] Cette croisade — celle de Frédéric Barberousse lui-même, de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste — naît donc dans les semaines mêmes qui suivent la mort d'Urbain III. Le pape milanais n'aura pas vu la réconciliation ni la riposte : il meurt à la charnière exacte entre l'ère du conflit qu'il incarnait et l'ère de la croisade que son successeur ouvrira.
Le jugement de l'histoire et de l'Église
Un intransigeant ?
Le buste reproduit ci-contre, le Cappenberger Kopf, fut longtemps présenté — à partir d'une hypothèse de 1886 — comme le seul portrait contemporain connu de Frédéric Barberousse. Les inscriptions et les analyses (laboratoire en 1978, microscopie 3D et fluorescence X en 2021) ont depuis réfuté cette identification : l'objet, commandé avant 1158 par Otton de Cappenberg, est dès l'origine un reliquaire de saint Jean l'Évangéliste — la tradition y voit un don de son filleul l'empereur à son parrain. Il n'en demeure pas moins le témoin matériel le plus proche de l'entourage immédiat de Barberousse — l'honnêteté encyclopédique commande de le signaler plutôt que de reconduire une légende du XIXᵉ siècle.[100]
Que penser d'Urbain III ? Le reproche le plus courant est celui d'intransigeance : en relançant l'affrontement avec Barberousse que Lucius III avait apaisé, il aurait, dit-on, exposé l'Église à une guerre qu'elle n'avait pas les moyens de gagner, et serait mort vaincu, isolé d'un épiscopat allemand passé à l'Empereur.
Le jugement n'est pas faux, mais il est incomplet. Car ce que défendait Urbain III était juste. Le mariage sicilien menaçait réellement d'étouffer l'indépendance du Saint-Siège entre deux mâchoires impériales ; l'investiture de Rodolphe à Trèves contre un élu canonique violait réellement la liberté de l'Église. Sur ces deux points, Urbain III tenait la ligne grégorienne : ne pas livrer au pouvoir séculier la nomination des évêques, ne pas laisser l'Empire encercler la papauté. Sa fermeté n'était pas une humeur, mais une fidélité.
On peut juger qu'il manqua de la prudence politique de son prédécesseur, et que sa précipitation à consacrer Folmar ou à vouloir excommunier l'Empereur ne tenait pas assez compte du rapport de forces. Mais le catholique qui regarde ce pontificat doit reconnaître qu'il défendait, dans des conditions désespérées, un principe qui le dépassait : la liberté de l'épouse du Christ face aux puissances de ce monde.
Ce que ce pontificat enseigne
Trois leçons se dégagent de ce règne bref et tragique.
D'abord, que la fonction pétrinienne demeure intacte sous la pression la plus extrême : assiégé dans Vérone, coupé de l'Allemagne, isolé devant l'Empereur, Urbain III continue de gouverner, de juger, de consacrer — et meurt en chemin pour accomplir un acte d'autorité. Le pape vaincu reste le pape.
Ensuite, que la fermeté doctrinale a un coût, et qu'elle n'est pas toujours récompensée dans le temps des hommes : Urbain III défendit la juste cause et mourut sans la voir triompher. L'Église n'évalue pas ses pasteurs au seul succès terrestre.
Enfin, que les catastrophes se nouent : la mort d'Urbain III, à la jonction du conflit impérial et de l'effondrement de la Terre sainte, rappelle qu'aucun pontificat ne se joue en vase clos. C'est dans ce monde fracturé — entre Barberousse et Saladin — que le vieil archevêque de Milan tint son rang jusqu'au bout, puis s'éteignit à Ferrare, le regard tourné vers une Jérusalem perdue.
Chronologie
- vers 1120Naissance à Cuggionofamille Crivelli de Milan
Uberto Crivelli naît dans la noblesse milanaise, famille hostile à l'Empereur.[101]
- mars 1162Sac de Milan par Barberoussedes Crivelli proscrits ou mutilés
La destruction de Milan et le malheur de sa famille marquent à jamais le futur pape.[102]
- années 1160Exil en Francearchidiacre de Bourges
Uberto s'exile puis revient à Milan comme chanoine et archidiacre de la cathédrale.[103]
- 1170Fondation de San Pietro all'Olmoun pasteur lombard
Il fonde un monastère et soutient l'archevêque réformateur Galdino.[104]
- septembre 1173Créé cardinalpar Alexandre III
Uberto Crivelli entre dans le Sacré Collège.[105]
- 1182Cardinal-prêtre et évêque de Verceilpromotions sous Lucius III
Il reçoit le titre de San Lorenzo in Damaso et l'évêché de Verceil.[106]
- 1185Archevêque de Milanla grande métropole ambrosienne
Lucius III l'élève au siège de saint Ambroise.[107]
- 25 novembre 1185Élu pape à Véronele jour même de la mort de Lucius III
Choix unanime des cardinaux ; il prend le nom d'Urbain III et garde Milan.[108]
- 1ᵉʳ décembre 1185Consécration et couronnement172ᵉ pape
Urbain III est couronné à Vérone.[109]
- 27 janvier 1186Mariage d'Henri VI et Constance de Sicilela menace de l'encerclement
L'union se conclut à Milan ; Urbain III y voit un péril mortel pour l'État pontifical.[110]
- 1ᵉʳ juin 1186Consécration de Folmar à Trèvescontre le candidat impérial
Le pape consacre l'élu canonique contre Rodolphe, investi par Frédéric.[111]
- 1186-1187Invasion et siège de VéroneHenri VI ravage les États pontificaux
Frédéric ferme les cols des Alpes ; le pape est assiégé dans Vérone.[112]
- 4 juillet 1187Désastre de Hattinla Vraie Croix perdue
Saladin anéantit l'armée latine ; le royaume de Jérusalem s'effondre.[113]
- 20 octobre 1187Mort à Ferrareen route vers Venise
Sur le point d'excommunier l'Empereur, Urbain III meurt, accablé par la catastrophe d'Orient.[114]
- 29 octobre 1187Audita tremendiGrégoire VIII appelle à la croisade
Pour aller plus loin
- Pape Lucius III (1181-1185) — le prédécesseur direct d'Urbain III, mort à Vérone, dont il fut fait cardinal-prêtre puis archevêque de Milan.
- Pape Alexandre III (1159-1181) — le grand pape du schisme et de la paix de Venise, qui créa Uberto Crivelli cardinal en 1173.
- La réforme grégorienne — la querelle des Investitures et la liberté de l'Église, enjeu de fond du conflit de Trèves.
- Les croisades — le désastre de Hattin, la chute de Jérusalem et la troisième croisade appelée par Grégoire VIII.
- La première croisade — la conquête de Jérusalem en 1099, perdue de nouveau l'année de la mort d'Urbain III.
Notes et sources
Notes et références
Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York, 1912), article « Pope Urban III », vol. XV ; édition en ligne New Advent : Uberto de la noble famille milanaise des Crivelli, créé cardinal et archevêque de Milan, mort de Lucius III à Vérone le 25 novembre 1185 et élection le jour même, couronnement le 1ᵉʳ décembre, conservation de l'archevêché de Milan en raison du droit de couronner le roi d'Italie, parents proscrits ou mutilés lors du sac de Milan de 1162, promotion de Folmar au cardinalat le 31 mai et consécration comme archevêque de Trèves le 1ᵉʳ juin 1186 contre le candidat impérial Rodolphe, fermeture des cols des Alpes par Frédéric et envoi d'Henri ravager les États pontificaux, mort à Ferrare après un pontificat d'un an et onze mois, successeur Grégoire VIII. Texte original (extraits) : « at the sack of Milan in 1162 the emperor had caused several of the pope's relatives to be proscribed or mutilated » ; « On 31 May he promoted to the cardinalate the archdeacon Folmar, and next day consecrated him as Archbishop of Trier, contrary to a promise he had made to the emperor, for though Folmar had been canonically elected, Frederick had granted investiture to Rudolf, the candidate of the minority. » URL : https://www.newadvent.org/cathen/15211a.htm.
1 3 5 8 15 17 19 22 30 34 36 45 47 50 52 55 58 60 62 70 72 74 75 79 84 89 102 107 111Wikipédia (français), article « Urbain III » : Uberto Crivelli né vers 1120 à Cuggiono, famille de vavasseurs milanais opposés à Barberousse, « grand-oncle » de Célestin IV (affirmation non sourcée dans cet article, nuancée dans le corps — voir [^celestin-parente]), sac de Milan en mars 1162 (Wikipédia précise le 26 mars, quantième que les chroniques ne confirment pas unanimement : la Catholic Encyclopedia ne retient que « March, 1162 » et d'autres notices placent la reddition au 6 mars, la destruction s'étalant sur plusieurs semaines) et exil en France (archidiacre de Bourges), retour à Milan comme chanoine puis archidiacre, soutien de l'archevêque Galdino, fondation du monastère San Pietro all'Olmo en 1170, cardinal de San Lorenzo in Damaso et évêque de Verceil en 1182, élection le 25 novembre 1185 et consécration le 1ᵉʳ décembre à Vérone, 172ᵉ pape, mariage de Constance et Henri VI le 27 janvier 1186 et suspension des prélats participants, consécration de Folmar de Karden à Trèves le 1ᵉʳ juin 1186, ravage des États pontificaux par Henri, ralliement de l'épiscopat germanique à Frédéric, départ vers Venise pour juger de l'excommunication de Frédéric, malaise et arrêt à Ferrare, mort le 20 octobre 1187. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Urbain_III.
2 27 29 32 33 37 38 40 43 51 63 67 77 82 101 103 104 106 110Wikipedia (anglais), article « Pope Urban III » : Uberto Crivelli né vers 1120 à Cuggiono, étudiant à Bologne, créé cardinal en septembre 1173 par Alexandre III, cardinal-prêtre en 1182, archevêque de Milan en 1185, conservation de l'archevêché de Milan comme pape, refus de couronner Henri roi d'Italie, couronnement accompli par le patriarche d'Aquilée induit par l'Empereur, mariage d'Henri et Constance héritière de Sicile, mort à Ferrare le 20 octobre 1187 « de saisissement et de chagrin » (chroniqueurs Ernoul et Benoît de Peterborough) après la défaite de Hattin, successeur Grégoire VIII. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Urban_III.
4 7 11 16 18 26 28 42 59 61 68 71 91 95 97Paolo Grillo, notice « Urbano III, papa », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 97, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), Rome, 2020 : famille Crivelli (père Guala, frères Pietro, Domenico, Pastore, Guala), lignée de valvassori engagés contre Frédéric Barberousse dès 1117 ; exil d'Uberto en France (chapitre de Bourges, archidiacre) après la destruction de Milan en 1162 ; retour et archidiaconat aux côtés de Galdino ; cardinalat de San Lorenzo in Damaso et légation pontificale en Lombardie en 1182 sous Lucius III ; élection de novembre 1185 « dopo la rinuncia del candidato più quotato », l'abbé cistercien d'Hautecombe Henri de Marsy ; conservation de la chaire archiépiscopale milanaise par le pape nouvellement élu ; noces de Constance et Henri VI le 27 janvier 1186 à Sant'Ambrogio et couronnement par le patriarche d'Aquilée Goffredo ; nomination de Volcmaro à Trèves le 1ᵉʳ juin 1186 ; mort à Ferrare le 20 octobre 1187. La notice renvoie pour les dates aux Annales Veronenses (MGH, Scriptores, XIX, éd. Pertz, 1866, p. 5) et pour les actes à Jaffé, Regesta, t. 2, pp. 206-208. Texte vérifié à la source le 4 octobre 2026. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-urbano-iii_(Dizionario-Biografico)/.
6 35 57Encyclopædia Britannica, article « Urban III (pope) » : Umberto Crivelli né à Milan, créé cardinal et archevêque de Milan par Lucius III, auquel il succède le 25 novembre 1185 ; opposition au mariage d'Henri VI et Constance de Sicile (« the ominous prospect of Hohenstaufen domination of southern and northern Italy ») ; consécration de Folmar archevêque de Trèves le 1ᵉʳ juin 1186 contre le candidat impérial Rodolphe, suivie de l'envoi d'Henri envahir les États pontificaux ; mort à Ferrare les 19-20 octobre 1187 alors qu'il se rendait à Venise pour excommunier l'Empereur, les citoyens de Vérone ayant refusé d'autoriser cet acte dans leur ville ; successeur Grégoire VIII. URL : https://www.britannica.com/biography/Urban-III.
9 14 24 48 66 73 76 81 83 90 114New Catholic Encyclopedia, article « Urban III, Pope » (repris par Encyclopedia.com) : Uberto Crivelli né à Milan, ancien archevêque de Milan, choix unanime des cardinaux réunis à Vérone le 25 novembre 1185 ; l'un des plus fermes adversaires de Frédéric Barberousse dans la curie avant son élection ; opposition au couronnement impérial d'Henri, querelle de l'archevêché de Trèves aggravant les relations avec l'Empereur, conflits aboutissant « à une invasion de l'Italie et au siège du pape et de la curie à Vérone » ; mort à Ferrare le 20 octobre 1187 ; pontificat du 25 novembre 1185 au 20 octobre 1187. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/urban-iii-pope.
10 13 20 23 53 54 80 85 108 112Grégoire VIII, bulle Audita tremendi du 29 octobre 1187 appelant à la troisième croisade après le désastre de Hattin (4 juillet 1187), l'exécution des Templiers et des Hospitaliers et la perte de la Vraie Croix ; texte édité dans la Patrologia Latina, vol. 202, col. 1539-1542 (Gregorii VIII Epistolæ et privilegia, éd. J.-P. Migne, Paris, 1855) ; régeste dans Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ éd., t. 2, p. 528-535 (actes de Grégoire VIII). Sur la diffusion des nouvelles d'Orient en Occident à l'automne 1187, voir Jonathan Phillips, The Third Crusade and Beyond (Routledge) : les nouvelles des désastres de Hattin et de Jérusalem parvinrent en Occident avant la promulgation d'octobre — d'où la fragilité de toute affirmation tranchée sur ce qu'Urbain III savait ou ignorait le 20 octobre. Compléments encyclopédiques : Wikipedia (anglais), articles « Audita tremendi » et « Pope Gregory VIII » : bataille de Hattin le 4 juillet 1187, chute de Jérusalem le 2 octobre 1187, mort d'Urbain III le 20 octobre 1187 rapportée comme due au chagrin à l'annonce de Hattin ; élection de Grégoire VIII, encyclique Audita tremendi émise le 29 octobre 1187. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Audita_tremendi ; https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Gregory_VIII.
12 86 87 92 93 94 96 98 99 113 115Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ édition revue par S. Loewenfeld, F. Kaltenbrunner et P. Ewald, Leipzig, 1885-1888, t. 2, pp. 206-208 : régestes des actes du pontificat d'Urbain III (1185-1187), instrument de datation des lettres, décrétales et privilèges du pape, dont plusieurs furent intégrés aux compilations canoniques du XIIIᵉ siècle. Pour les actes de Grégoire VIII (dont Audita tremendi), voir le même recueil, t. 2, pp. 528-535.
21Catholic-Hierarchy, notice « Pope Urban III (Uberto Crivelli) » : créé cardinal en septembre 1173, cardinal-prêtre de San Lorenzo in Damaso en août 1182, évêque de Verceil en décembre 1182, archevêque de Milan le 9 mai 1185, élu pape le 25 novembre 1185, installé le 1ᵉʳ décembre 1185, mort le 20 octobre 1187. URL : https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/bcrivu.html.
25 41 44 46 49 56 105 109Parenté avec Célestin IV (Goffredo Castiglioni) : Pompeo Litta, Famiglie celebri di Italia — Castiglioni di Milano, Turin, 1835, fait de Célestin IV le fils de Cassandra Crivelli, et donc le neveu d'Uberto Crivelli (repris par Wikipedia (italien), article « Papa Celestino IV »). En sens inverse, Wikipedia (anglais), article « Pope Celestine IV », prévient que Goffredo « is often referred to as son of a sister of Pope Urban III, but this claim is without foundation » (« souvent présenté comme le fils d'une sœur d'Urbain III, mais cette affirmation est sans fondement »). En l'absence de source contemporaine établissant la filiation, l'article la présente comme une tradition généalogique, non comme un fait. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Celestine_IV.
31Saint Galdino della Sala — Paolo Grillo, notice DBI « Urbano III » (savante) : Uberto Crivelli, devenu archidiacre de la cathédrale, « affiancando l'arcivescovo Galdino » dans l'éloignement des prêtres compromis avec Frédéric ; mort de Galdino en 1176 ; première attestation du titre de « santo » dans une lettre d'Urbain III du 19 décembre 1185. Wikipedia (italien), article « San Galdino » : né vers 1096 à Milan, soutien d'Alexandre III pendant le schisme, exil avec le pape (Gênes, Montpellier/Maguelonne, Clermont, Sicile, Rome), retour en 1165, créé cardinal de Santa Sabina en 1165 puis archevêque de Milan en 1166, légat apostolique en Lombardie, déposition des clercs nommés par l'antipape Victor IV ; mort en chaire le 18 avril 1176 dans l'église Santa Tecla, au terme d'un sermon contre les cathares ; canonisé par Alexandre III. Archidiocèse de Milan (chiesadimilano.it, 21 février 2011) : Galdino compatron de Milan avec Charles Borromée, fête le 18 avril dans le rite ambrosien. URL : https://it.wikipedia.org/wiki/Galdino_della_Sala.
39Encyclopædia Britannica et Wikipedia (anglais), articles « Henry VI (Holy Roman emperor) » : mariage d'Henri VI et de Constance de Hauteville, héritière du royaume de Sicile, célébré à Milan le 27 janvier 1186 ; couronnement d'Henri comme roi d'Italie à Milan peu après, menaçant d'unir la Sicile à l'Empire et de prendre l'État pontifical en tenaille ; couronnement impérial d'Henri VI reporté, finalement obtenu en 1191 sous Célestin III. URL : https://www.britannica.com/biography/Henry-VI-Holy-Roman-emperor ; https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_VI,_Holy_Roman_Emperor.
64 69Constance de Hauteville — mariage avec Henri VI le 27 janvier 1186 en la basilique Sant'Ambrogio de Milan : Paolo Grillo, notice DBI « Urbano III » (« il giorno 27 [gennaio 1186] furono celebrate nella basilica di S. Ambrogio le solenni nozze fra Costanza d'Altavilla ed Enrico VI »). Sur le mariage et son contexte, voir Walter Fröhlich, « The Marriage of Henry VI and Constance of Sicily: Prelude and Consequences », Anglo-Norman Studies, XV (1992) ; sur Constance, Hubert Houben, Kaiser Friedrich II. (1194–1250), Stuttgart, Kohlhammer, 2008, p. 26 ; Jacqueline Alio, Queens of Sicily 1061–1266 (2018). Née le 2 novembre 1154, fille posthume de Roger II (d'où ses 31 ans au mariage) ; fiançailles annoncées seulement le 29 octobre 1184 à Augsbourg, à un âge inhabituel pour une princesse ; légende, rapportée par Boccace dans le De mulieribus claris, d'une Constance recluse ou religieuse avant son mariage — légende que les historiens modernes jugent incompatible avec les sources (« Constance had never become a nun » : Joachim Camerarius, Hugo Falcandus, Richard de San Germano, François-Eudes de Mézeray). Relais encyclopédique : Wikipedia (anglais), article « Constance I of Sicily ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Constance_I_of_Sicily.
65Fin du schisme de Trèves — bulle de Clément III du 26 juin 1189 déposant les deux prétendants : éditée dans le Mainzer Urkundenbuch, t. II, n° 130. Déposition des deux rivaux : Benoît de Peterborough, Gesta Henrici II, éd. William Stubbs (Rolls Series), t. 2, p. 79, n. 1. Mort de Folmar en exil à Northampton en 1189 : Roger de Hoveden, Chronica, éd. William Stubbs (Rolls Series), t. 3, p. 18 (le même rapporte, p. 8, « Formalis Treverensis archiepiscopus » parmi les prélats au couronnement de Richard Iᵉʳ le 3 septembre 1189, et p. 15 le conseil de Pipewell). Avènement de Jean Iᵉʳ (archidiacre de Spire) en 1190 : Bernhard Endrulat, « Johann I., Erzbischof von Trier », Allgemeine Deutsche Biographie, t. 14 (1881), p. 420. Jugement de Bernhard von Simson : Geschichte der deutschen Kaiserzeit, t. VI (1895), p. 142 — « der unruhige, ehrgeizige und harte Mann » (« l'homme agité, ambitieux et dur »). Relais encyclopédique : Wikipedia (anglais), article « Folmar of Karden » ; Wikipedia (allemand), article « Folmar von Karden ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Folmar_of_Karden.
78Date de mort retenue : le 20 octobre 1187 — New Catholic Encyclopedia, article « Urban III, Pope » (pontificat « Nov. 25, 1185 to Oct. 20, 1187 ») ; Catholic-Hierarchy (« Died : 20 Oct 1187 ») ; Paolo Grillo, notice DBI « Urbano III » (« si spense il 20 ottobre » — la notice renvoie pour les dates aux Annales Veronenses, MGH, Scriptores, XIX, p. 5) ; Wikipedia (anglais), article « Pope Urban III » (« died 20 October 1187 »). Variante : la Catholic Encyclopedia de 1912 (New Advent) donne le 19 octobre 1187 (« died at Ferrara, 19 October, 1187 »). Texte vérifié à la source le 4 octobre 2026 : https://www.newadvent.org/cathen/15211a.htm.
88Cappenberger Kopf (conservé au trésor de l'église Saint-Jean-l'Évangéliste de Cappenberg, Selm) — Lothar Lambacher, Wibke Bornkessel, Boaz Paz, « Neue Befunde am Cappenberger Kopf », dans Knut Görich (dir.), Cappenberg 1122–2022. Der Kopf, das Kloster und seine Stifter, Ratisbonne, Schnell & Steiner, 2022, pp. 313–327 (analyse de laboratoire de 1978, p. 321 ; microscopie 3D d'août 2021 et fluorescence X, pp. 322–325) ; Ulrich Rehm, « Kein Barbarossakopf. Das Cappenberger Johannes-Reliquiar », ibid., pp. 365–379. Objet : bronze doré (31,4 cm, 4,6 kg) commandé par Otton de Cappenberg avant 1158 pour abriter une relique de saint Jean l'Évangéliste ; hypothèse de l'archiviste Friedrich Philippi (1886) y voyant un portrait de Frédéric Iᵉʳ Barberousse, reçue pendant plus d'un siècle ; réfutation par les inscriptions et les analyses de 1978 et 2021. Conclusion scientifique de 2021 : « Beide Inschriften, die den Cappenberger Kopf als Johannesreliquiar ausweisen, zählen daher zur ursprünglichen Konzeption des Bildwerks » (« Les deux inscriptions qui identifient le Cappenberger Kopf comme un reliquaire de saint Jean appartiennent donc à la conception d'origine de l'œuvre »). Relais encyclopédique : Wikipedia (allemand), article « Cappenberger Kopf ». URL : https://de.wikipedia.org/wiki/Cappenberger_Kopf.
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