La doctrine de la guerre juste (en latin bellum iustum) est l'enseignement par lequel l'Église catholique fixe les conditions très strictes auxquelles le recours à la force armée peut, par exception, demeurer moralement légitime. Loin d'être une autorisation de faire la guerre, elle est d'abord une doctrine de limitation : elle existe pour réduire au minimum la violence, protéger les innocents et rappeler que la paix, et non la guerre, est l'état normal voulu par Dieu pour les hommes.[1]
Le Catéchisme l'inscrit dans le cinquième commandement — « Tu ne tueras pas » — sous le titre significatif « Éviter la guerre ».[2] L'Église n'y canonise jamais la guerre : elle reconnaît seulement que, « aussi longtemps que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorité internationale compétente », on ne peut refuser à une nation injustement agressée le droit de légitime défense.[3] Mais ce droit n'est pas un blanc-seing : il est encadré par des conditions « rigoureuses de légitimité morale » que l'on appelle traditionnellement les critères de la « guerre juste ».[4]
Cette doctrine est l'une des plus anciennes de la pensée chrétienne. Élaborée par saint Augustin au Vᵉ siècle, formalisée par saint Thomas d'Aquin au XIIIᵉ, approfondie par l'École de Salamanque au XVIᵉ — où elle donne naissance au droit international moderne — elle est reprise par le Magistère contemporain, de Gaudium et spes à Fratelli tutti. Elle se situe au croisement de plusieurs principes de la doctrine sociale : la dignité de la personne humaine, le bien commun, l'autorité politique et, surtout, la paix.
Comprendre la guerre juste, c'est tenir ensemble deux affirmations que l'Église n'a jamais séparées : la violence n'est jamais bonne en soi, et pourtant un peuple a le devoir grave de défendre les innocents contre un agresseur injuste.[5] Tout l'enjeu de la doctrine est de maintenir cette tension sans la trahir ni d'un côté — par un pacifisme qui livrerait les faibles à l'oppresseur — ni de l'autre — par un bellicisme qui ferait de la guerre un instrument ordinaire de la politique.
Qu'est-ce que la doctrine de la guerre juste ?
Une doctrine de limitation, non de légitimation
Le premier contresens à écarter est de croire que la « guerre juste » serait une manière de bénir la guerre. C'est exactement l'inverse. La doctrine part d'un constat sombre : la guerre est un mal, et « toute guerre » entraîne « des maux et des injustices ».[6] Précisément parce qu'elle est un mal, il faut l'enserrer dans des limites si étroites que la quasi-totalité des guerres réelles s'y trouvent condamnées.
L'Église n'a donc pas inventé la doctrine de la guerre juste pour rendre la guerre possible — la guerre n'a jamais eu besoin de justification pour exister — mais pour la rendre rare, encadrée et, autant que possible, impossible. Comme l'enseigne Francisco de Vitoria, la guerre n'est juste que pour répondre à une injustice subie, et jamais au prix de la vie d'innocents.[7] La logique est celle de la médecine de guerre, non de la conquête : on n'ampute que pour sauver le corps.
« Le respect et la croissance de la vie humaine demandent la paix. La paix n'est pas seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l'équilibre des forces adverses. […] Elle est "tranquillité de l'ordre". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2304[8]
Guerre juste, légitime défense, pacifisme : situer les termes
Le langage de l'Église a évolué. Le Catéchisme de 1992 parle moins de « guerre juste » que de « légitime défense par la force militaire »[9] — façon de souligner que la seule guerre concevable est défensive, jamais offensive ou de conquête. L'expression traditionnelle de « guerre juste » n'est pas abandonnée, mais elle désigne désormais « les éléments traditionnels » d'une doctrine entièrement réordonnée à la défense des innocents.[10]
Trois positions s'opposent classiquement, et la doctrine catholique tient une voie de crête entre elles :
| Position | Thèse centrale | Jugement de l'Église |
|---|---|---|
| Bellicisme / raison d'État | La guerre est un instrument normal de la politique ; la force prime le droit | Rejeté : « ce n'est pas parce que la guerre est engagée que tout devient licite »[11] |
| Doctrine de la guerre juste | La force n'est licite qu'en légitime défense, sous conditions très strictes | Position catholique : légitime défense encadrée (CEC 2308-2309)[12] |
| Pacifisme intégral | Tout recours à la force est toujours intrinsèquement mauvais | Respecté comme témoignage (CEC 2306), mais non imposé : la défense des innocents reste un devoir[13] |
L'Église reconnaît et honore le témoignage des non-violents : « ceux qui renoncent à l'action violente et sanglante […] rendent témoignage à la charité évangélique ».[14] Mais elle ne fait pas de la non-violence absolue une obligation universelle, car laisser massacrer un peuple sans défense ne serait pas de la charité : ce serait une démission. La dignité des victimes fonde un véritable devoir de protection.
La place dans la doctrine sociale et morale
La guerre juste n'est pas un chapitre isolé : elle est le point où plusieurs principes de la doctrine sociale se rencontrent. Elle suppose une autorité politique légitime, seule habilitée à décider du recours aux armes ; elle est ordonnée au bien commun et à la paix ; elle est mesurée par la dignité de la personne humaine, qui interdit de traiter les non-combattants comme des moyens. Elle est aussi le prolongement, au plan international, du principe de légitime défense que la morale reconnaît à tout innocent injustement attaqué.[15]
« L'interdit du meurtre n'abroge pas le droit de mettre hors d'état de nuire un injuste agresseur. La légitime défense est un devoir grave pour qui est responsable de la vie d'autrui ou du bien commun. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2321[16]
Aux sources de la doctrine : d'Augustin à Salamanque
La doctrine de la guerre juste n'est pas tombée du ciel toute faite : elle s'est construite par couches successives, chaque grand auteur ajoutant une condition ou une limite. Cette histoire est aussi celle de la naissance du droit international.
Saint Augustin : « faire la guerre pour avoir la paix »
C'est saint Augustin (354-430) qui, le premier, donne à la pensée chrétienne une doctrine cohérente de la guerre. Devant un christianisme parfois tenté par un pacifisme qui aurait livré l'Empire aux invasions, Augustin distingue la violence privée — toujours coupable — et la défense de l'ordre commun confiée à l'autorité légitime. Sa formule la plus célèbre, adressée au général Boniface, renverse la logique guerrière :
« Car on ne cherche pas la paix pour faire la guerre : c'est la guerre qu'on fait pour obtenir la paix. » — Saint Augustin, Lettre 189 à Boniface[17]
Pour Augustin, la guerre n'est jamais une fin : son seul but légitime est de rétablir la paix et de réparer une injustice. Il fixe déjà deux critères qui traverseront toute la tradition : la guerre suppose une cause juste (répondre à une injustice) et une intention droite (vouloir la paix, non le pillage, la vengeance ou la domination). Ce qui rend une guerre coupable, écrit-il, ce n'est pas le fait de combattre, mais « le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, un esprit implacable et sans paix, la fureur de la riposte, la passion de dominer ».[18] La paix, pour Augustin, est « la tranquillité de l'ordre »[19] — définition que le Catéchisme reprend encore aujourd'hui mot pour mot.[20]
Saint Thomas d'Aquin : les trois conditions
Huit siècles plus tard, saint Thomas d'Aquin (1225-1274) recueille l'héritage augustinien et lui donne sa forme classique dans la Somme théologique (IIa-IIae, question 40, article 1). À la question « Faire la guerre est-il toujours un péché ? », il répond que non, à condition que trois réquisits soient réunis :
« Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises. La première est l'autorité du prince sous l'ordre de qui la guerre doit être menée. […] La seconde est une cause juste : il faut que ceux qu'on attaque l'aient mérité par quelque faute. La troisième est que l'intention de ceux qui font la guerre soit droite : qu'ils visent à promouvoir le bien ou à éviter le mal. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 40, a. 1[21]
Ces trois conditions — auctoritas principis (l'autorité légitime), causa iusta (la cause juste), recta intentio (l'intention droite) — structurent encore aujourd'hui tout l'enseignement de l'Église. La première exclut la guerre privée : un particulier ne peut déclencher une guerre, car « il appartient à ceux qui ont la charge de l'autorité de défendre le bien commun ».[22] La deuxième exige une véritable injustice subie, non un prétexte. La troisième scrute le cœur : même une cause juste devient coupable si elle sert la vengeance, la cupidité ou la soif de pouvoir.
L'École de Salamanque : Vitoria, Suárez et le droit des gens
Au XVIᵉ siècle, la conquête de l'Amérique pose des questions inédites : a-t-on le droit de faire la guerre aux Indiens ? pour les évangéliser ? pour annexer leurs terres ? Le dominicain Francisco de Vitoria (1483-1546), professeur à Salamanque, répond dans sa Relectio de iure belli (1539) par une série de non qui fondent le droit international moderne. On ne peut faire la guerre, enseigne-t-il :
- ni pour cause de différence de religion : la foi ne se propage pas par les armes ;
- ni pour étendre un empire ou pour la gloire d'un prince ;
- ni de façon disproportionnée, car la disproportion conduit à tuer des innocents, ce qui rend la guerre injuste.[23]
Vitoria pose ainsi que tous les peuples, chrétiens ou non, appartiennent à une seule communauté humaine régie par un « droit des gens » (ius gentium) — intuition qui fera de lui l'un des pères du droit international.[24] Son successeur jésuite Francisco Suárez (1548-1617) systématise la matière dans son traité De bello : il précise les conditions de la déclaration de guerre, distingue plus nettement la guerre défensive (toujours possible contre une agression) de la guerre offensive (soumise à des conditions plus dures), et développe la proportionnalité comme critère décisif.[25]
Dans sa 3e question (§§ 10-12), Francisco de Vitoria écarte successivement trois motifs illégitimes : ni la diversité de religion (1re proposition), ni l'extension de l'empire (2e proposition), ni la gloire ou l'avantage propre du prince (3e proposition) ne sont des causes justes de guerre[26].
L'apport de Salamanque est capital : avec elle, la doctrine de la guerre juste cesse d'être seulement une morale individuelle pour devenir un droit entre les nations, applicable même aux peuples qui ne sont pas chrétiens. C'est de cette racine théologique que sortiront, par Grotius, le droit international et les futures conventions humanitaires.
- Ve siècleSaint Augustincause juste et intention droite
- XIIIe siècleSaint Thomas d'Aquinles trois conditions
Dans la Somme théologique (II-II, q. 40), Thomas formalise les trois conditions : autorité légitime, cause juste, intention droite. La structure de la doctrine est fixée pour des siècles.[29]
- 1539Francisco de Vitorianaissance du droit des gens
Face à la conquête de l'Amérique, Vitoria interdit la guerre de religion, de conquête et disproportionnée, et fonde le ius gentium, racine du droit international.[30]
- 1621Francisco Suárezla proportionnalité
Suárez systématise la matière dans De bello : conditions de la déclaration de guerre, distinction défensif/offensif, proportionnalité comme critère décisif.[31]
- 1963-1965Pacem in terris & Gaudium et spesl'âge atomique
Jean XXIII puis Vatican II resserrent la doctrine : à l'âge des armes de destruction massive, la condamnation de la guerre totale devient absolue (GS 80).[32][33]
- 2020Fratelli tuttiune doctrine « en révision »
Le pape François juge « très difficile aujourd'hui » de défendre les critères classiques de la « guerre juste », sans pour autant abolir le droit de légitime défense.[34]
Le jus ad bellum : à quelles conditions une guerre peut-elle être juste ?
Le jus ad bellum — le « droit d'entrer en guerre » — désigne les conditions auxquelles le recours aux armes peut être moralement légitime. Le Catéchisme les énumère au paragraphe 2309, en avertissant d'emblée qu'il faut les « considérer avec rigueur ».
Les quatre conditions du Catéchisme (§ 2309)
Le texte est d'une grande précision. Les quatre conditions doivent être réunies à la fois — il suffit qu'une seule manque pour que la guerre soit injuste :
« Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d'une légitime défense par la force militaire. […] Il faut à la fois : — Que le dommage infligé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain. — Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces. — Que soient réunies les conditions sérieuses de succès. — Que l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2309[35]
| # | Condition (CEC § 2309) | Ce qu'elle exige | Critère classique |
|---|---|---|---|
| 1 | Dommage durable, grave et certain infligé par l'agresseur | Une agression réelle et sérieuse, non un grief mineur ou supposé | causa iusta (cause juste) |
| 2 | Tous les autres moyens épuisés (impraticables ou inefficaces) | La guerre est l'ultime recours, jamais le premier | ultima ratio (dernier recours) |
| 3 | Conditions sérieuses de succès | Refus de l'aventure désespérée qui sacrifie des vies en vain | probabilité de succès |
| 4 | Pas de maux pires que le mal à éliminer | Le remède ne doit pas être pire que le mal | proportionnalité |
1. Un dommage durable, grave et certain
La première condition reprend la cause juste de saint Thomas, mais la durcit : le dommage doit être « durable, grave et certain ».[36] Trois adjectifs, trois verrous. Durable : pas une offense passagère. Grave : pas un différend mineur que la diplomatie peut régler. Certain : pas une simple suspicion ni une menace hypothétique. Cette exigence de certitude pèse lourd contre les doctrines de « guerre préventive » fondées sur des dangers conjecturaux : on ne fait pas la guerre sur une présomption.
2. L'échec de tous les autres moyens
La deuxième condition fait de la guerre un « dernier recours » (ultima ratio). Elle n'est légitime qu'« une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifiques »,[37] lorsque « tous les autres moyens d'y mettre fin se sont révélés impraticables ou inefficaces ».[38] Négociation, médiation, sanctions, recours aux instances internationales : tout doit avoir été sincèrement tenté. C'est ici que la doctrine rejoint l'appel constant de l'Église au dialogue et à la construction de la paix.
3. Des conditions sérieuses de succès
La troisième condition peut surprendre, mais elle est de pure charité : il faut un « espoir fondé de réussite ». Engager une nation dans une guerre perdue d'avance, sacrifier des vies sans chance réelle de rétablir la justice, serait un crime de plus, non un acte de défense. La doctrine refuse l'héroïsme suicidaire qui multiplie les morts pour rien.
4. La proportionnalité : ne pas causer des maux pires
La quatrième condition est devenue, à l'âge atomique, la plus redoutable. Le recours aux armes ne doit pas « entraîner des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer ».[39] Et le Catéchisme ajoute aussitôt une remarque décisive : « La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l'appréciation de cette condition. »[40] Autrement dit : avec les armes nucléaires, biologiques et chimiques, le critère de proportionnalité est devenu presque impossible à satisfaire, car une telle guerre risque toujours de causer des maux supérieurs à toute injustice qu'elle prétendrait réparer. C'est le point où la doctrine classique rencontre la condamnation moderne de la course aux armements.
Qui juge ? Le jugement prudentiel de l'autorité légitime
Le Catéchisme précise enfin qui doit apprécier ces conditions : « L'appréciation de ces conditions de légitimité morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. »[41] Ce n'est ni à un particulier, ni à un groupe armé de décider : seule l'autorité politique légitime peut engager une nation dans la guerre, et elle en porte devant Dieu la responsabilité.
Cette clause du « jugement prudentiel » ne transforme pas la doctrine en simple opinion : les conditions, elles, sont objectives et obligatoires. Mais leur application à une situation concrète — telle guerre, ici et maintenant — demande la vertu de prudence, c'est-à-dire un discernement honnête, éclairé et désintéressé. C'est précisément parce que ce jugement est difficile et exposé à l'aveuglement des passions que l'Église multiplie les appels à la retenue : dans le doute, la présomption joue en faveur de la paix.
Le jus in bello : la loi morale demeure dans la guerre
Même lorsqu'une guerre serait légitimement entreprise, tout n'y est pas permis. À côté du jus ad bellum (le droit d'entrer en guerre), la tradition distingue le jus in bello (le droit dans la guerre) : les règles morales qui continuent de s'imposer pendant les combats. C'est ici que la doctrine catholique est la plus ferme — et la plus actuelle.
« Tout ne devient pas licite » (§ 2312)
Le principe fondateur du jus in bello est que la guerre n'abolit jamais la loi morale :
« L'Église et la raison humaine déclarent la validité permanente de la loi morale durant les conflits armés. "Ce n'est pas parce que la guerre est malheureusement engagée que tout devient par le fait même licite entre les parties adverses." » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2312[42]
Cette phrase, citée de Gaudium et spes, ruine d'avance toute logique du « à la guerre comme à la guerre ». Le soldat ne cesse pas d'être un homme tenu par sa conscience ; l'ennemi ne cesse pas d'être une personne. La fin — même juste — ne justifie jamais les moyens intrinsèquement mauvais.
La protection des non-combattants et des prisonniers
La première règle du jus in bello est la distinction entre combattants et non-combattants. Le Catéchisme l'énonce avec force :
« Il faut respecter et traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés et les prisonniers. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2313[43]
Les civils, les blessés, les prisonniers ne sont pas des cibles : viser délibérément des innocents est toujours un crime, quel que soit le camp et quelle que soit la cause. C'est l'application directe de la dignité de la personne humaine, qui ne s'éteint pas avec la déclaration de guerre. Cette exigence est l'ancêtre théologique des conventions de Genève et de tout le droit humanitaire international.
Crimes de guerre, génocide et guerre totale (§ 2313-2314)
Le Catéchisme va plus loin : certains actes sont des crimes absolus, que nul ordre ne peut justifier. C'est ici qu'apparaît le devoir de désobéir :
« Les actions délibérément contraires au droit des gens et à ses principes universels, comme les ordres qui les commandent, sont des crimes. Une obéissance aveugle ne suffit pas à excuser ceux qui s'y soumettent. Ainsi l'extermination d'un peuple, d'une nation ou d'une minorité ethnique doit être condamnée comme un péché mortel. On est moralement tenu de résister aux ordres qui commandent un génocide. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2313[44]
Le procès de Nuremberg avait posé en droit ce que la théologie morale affirmait depuis toujours : « j'obéissais aux ordres » n'excuse pas un crime contre l'humanité. La conscience droite a le dernier mot, même sous l'uniforme. Quant à la guerre totale — celle qui frappe indistinctement civils et combattants — Vatican II l'a condamnée sans appel, et le Catéchisme reprend ses paroles :
« Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants, est un crime contre Dieu et contre l'homme lui-même, qui doit être condamné fermement et sans hésitation. » — Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 80 (cité par CEC § 2314)[45]
Le Catéchisme précise le danger propre à notre époque : « un risque de la guerre moderne est de fournir l'occasion aux détenteurs des armes scientifiques, notamment atomiques, biologiques ou chimiques, de commettre de tels crimes ».[46] Le bombardement de zones habitées, l'arme nucléaire employée contre des populations, le terrorisme d'État : tout cela tombe sous cette condamnation absolue.
L'objection de conscience et le service militaire
La doctrine de la guerre juste a une conséquence concrète pour chaque citoyen. D'un côté, l'Église honore le service militaire : ceux qui « se vouent au service de la patrie dans la vie militaire sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples » et « concourent au bien commun de la nation et au maintien de la paix ».[47] De l'autre, elle reconnaît le droit à l'objection de conscience :
« Les pouvoirs publics pourvoiront équitablement au cas de ceux qui, pour des motifs de conscience, refusent l'emploi des armes, tout en demeurant tenus de servir sous une autre forme la communauté humaine. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2311[48]
Soldat fidèle au bien commun ou objecteur fidèle à sa conscience : les deux vocations sont reconnues. Ce qui n'est jamais permis, c'est de participer à un crime de guerre — là, la désobéissance devient un devoir.[49]
La paix, horizon de toute la doctrine
La doctrine de la guerre juste n'a de sens que rapportée à son contraire et à sa fin : la paix. L'Église ne s'intéresse aux conditions de la guerre que pour mieux servir la paix — qui n'est pas un simple silence des armes, mais un ordre positif à construire. Sur ce thème, voir l'article dédié La paix ; on en rappelle ici l'essentiel pour situer la guerre juste.
La paix n'est pas seulement l'absence de guerre (§ 2304)
Reprenant saint Augustin, le Catéchisme refuse de réduire la paix à un équilibre de la terreur ou à une trêve : elle est « tranquillité de l'ordre », « œuvre de la justice » et « effet de la charité ».[50] Une paix qui ne reposerait que sur la peur réciproque n'est qu'une guerre suspendue. La vraie paix suppose « la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité ».[51]
Les racines de la guerre : injustice, inégalités, péché du cœur (§ 2317)
Si l'on veut éviter la guerre, il faut s'attaquer à ses causes. Le Catéchisme les nomme : « Les injustices, les inégalités excessives d'ordre économique ou social, l'envie, la méfiance et l'orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. »[52] La guerre extérieure plonge ses racines dans le cœur de l'homme — d'où la parole du Christ qui demande d'abord « la paix du cœur » et dénonce « la colère meurtrière et la haine ».[53]
« Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure où, unis dans l'amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence. » — Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 78 (cité par CEC § 2317)[54]
Le débat contemporain : la « guerre juste » a-t-elle encore un sens ?
L'apparition des armes de destruction massive a profondément déplacé l'accent du Magistère. Sans jamais nier le droit de légitime défense, l'Église contemporaine souligne avec une insistance croissante que la guerre moderne rend la « guerre juste » de plus en plus difficile à concevoir.
L'âge des armes de destruction massive
Le tournant est l'arme atomique. Dès lors qu'une guerre peut anéantir des villes entières et des générations à venir, la quatrième condition du jus ad bellum — ne pas causer de maux pires que le mal à éliminer — devient quasi impossible à remplir. Jean XXIII l'écrit dans Pacem in terris (1963) : « il devient humainement impossible de penser que la guerre soit, en notre ère atomique, le moyen adéquat pour obtenir justice d'une violation de droits » (en latin, la formule fameuse : alienum est a ratione).[55] Vatican II demande « un examen de la guerre dans un esprit entièrement nouveau ».[56]
De Jean XXIII à Jean-Paul II : « Non à la guerre ! »
Les papes du XXᵉ siècle ont fait de l'appel à la paix un cri répété. À la tribune de l'ONU, le 4 octobre 1965, Paul VI lance la formule restée célèbre :
« Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! C'est la paix qui doit guider le destin des peuples et de l'humanité tout entière. » — Paul VI, discours à l'ONU, 4 octobre 1965[57]
Saint Jean-Paul II, qui s'est opposé aux deux guerres du Golfe (1991 et 2003), résume cette conviction dans son discours au corps diplomatique du 13 janvier 2003, à la veille de la guerre d'Irak :
« NON À LA GUERRE ! Elle n'est jamais une fatalité. Elle est toujours une défaite de l'humanité. » — Jean-Paul II, aux membres du corps diplomatique, 13 janvier 2003[58]
François et Fratelli tutti : une doctrine « en révision » ?
Le pape François prolonge cette ligne dans son encyclique Fratelli tutti (2020), où il pose ouvertement la question de la pertinence des critères classiques :
« Nous ne pouvons plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilité hypothétique qu'on lui attribue. Face à cette réalité, il est aujourd'hui très difficile de défendre les critères rationnels, mûris en d'autres temps, pour parler d'une possible "guerre juste". Plus jamais la guerre ! » — Pape François, Fratelli tutti, n. 258[59]
Ces mots ont été parfois interprétés comme une abolition de la doctrine de la guerre juste. C'est aller trop vite. Le pape ne déclare pas que la légitime défense serait devenue illégitime ; il constate que, dans les conditions des guerres modernes, les critères classiques sont « très difficiles » à satisfaire — ce qui est exactement ce que disait déjà le Catéchisme en pesant « très lourdement » la puissance des armes modernes.[60] Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège, l'a redit le 2 juillet 2024 : interrogé sur l'Ukraine et le Moyen-Orient, il a jugé que le concept de « guerre juste » doit être revu et qu'il n'y a pas encore de position définitive — une doctrine « en cours de révision », non supprimée.[61]
Continuité, non rupture : ce que l'Église maintient
Comment lire cette évolution ? Selon l'herméneutique de la continuité : il n'y a pas rupture, mais resserrement progressif d'une doctrine qui fut, dès l'origine, une doctrine de limitation. Trois affirmations demeurent fermes :
- Le droit de légitime défense subsiste. Une nation injustement agressée peut se défendre, et ceux qui ont la charge des innocents en ont le devoir grave.[62][63] Renoncer à toute défense livrerait les faibles à l'oppresseur.
- Les conditions sont plus strictes que jamais. À l'âge des armes de destruction massive, presque aucune guerre réelle ne les remplit. La présomption joue toujours plus en faveur de la paix.
- Le jus in bello est absolu. La protection des non-combattants, l'interdiction du génocide et de la guerre totale ne souffrent aucune exception, hier comme aujourd'hui.[64][65]
L'Église ne passe donc pas du « oui à la guerre juste » au « non à toute défense ». Elle approfondit une même vérité : la guerre est un mal, la paix est le bien à construire, et la force n'est tolérée qu'en ultime recours pour protéger l'innocent. La doctrine de la guerre juste, comprise comme le droit de résistance à l'oppression au plan interne (voir L'autorité politique selon l'Église), reste une clause d'exception, jamais une politique.
Artisans de paix : la dimension spirituelle
Au-delà du droit et de la morale, la question de la guerre est, pour le chrétien, une question spirituelle. La paix n'est pas seulement un objectif politique : elle est un don du Christ et une béatitude.
Le Christ, Prince de la paix
L'Écriture annonce le Messie comme « Prince de la paix » (Is 9, 5), et le Catéchisme voit dans la paix terrestre « l'image et le fruit de la paix du Christ ».[66] Par sa Croix, le Christ a « tué la haine dans sa propre chair » (Ep 2, 16) et réconcilié les hommes avec Dieu : « Il est notre paix » (Ep 2, 14).[67] La paix chrétienne n'est donc pas une simple absence de conflit : elle jaillit de la réconciliation opérée à la Croix.
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » — Évangile selon saint Matthieu 5, 9[68]
Prier et agir contre « l'antique servitude de la guerre »
Enfin, le Catéchisme ne se contente pas de juger la guerre : il appelle à prier et agir pour l'éviter. L'Église « presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bonté divine nous libère de l'antique servitude de la guerre ».[69] La guerre y est nommée une « servitude » — un esclavage dont l'humanité doit être libérée, non une fatalité à laquelle se résigner.
« À cause des maux et des injustices qu'entraîne toute guerre, nous devons faire tout ce qui est raisonnablement possible pour l'éviter. L'Église prie : "De la famine, de la peste et de la guerre, délivre-nous, Seigneur." » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2327[70]
Travailler pour la justice, réduire les inégalités qui nourrissent les conflits, désarmer son propre cœur de la colère et de la haine : c'est ainsi que le chrétien devient « artisan de paix ». La doctrine de la guerre juste, en définitive, n'a qu'un but : que la guerre devienne toujours plus impensable, et la paix toujours plus réelle.
Pour aller plus loin
Sur la paix et le désarmement :
Sur les principes frères de la doctrine sociale :
Sur la vie, la justice et la violence :
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2307 : « Le cinquième commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. À cause des maux et des injustices qu'entraîne toute guerre, l'Église presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bonté divine nous libère de l'antique servitude de la guerre (cf. GS 81). » Texte officiel sur Vatican.va.
1 2 6 69Catéchisme de l'Église catholique, § 2308 : « Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'œuvrer pour éviter les guerres. Aussi longtemps cependant "que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifiques, le droit de légitime défense" (GS 79). » Texte officiel sur Vatican.va.
3 12 37 63Catéchisme de l'Église catholique, § 2309 : « Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d'une légitime défense par la force militaire. La gravité d'une telle décision la soumet à des conditions rigoureuses de légitimité morale. Il faut à la fois : — Que le dommage infligé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain ; — Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces ; — Que soient réunies les conditions sérieuses de succès ; — Que l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l'appréciation de cette condition. Ce sont les éléments traditionnels énumérés dans la doctrine dite de la "guerre juste". L'appréciation de ces conditions de légitimité morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. » Texte officiel sur Vatican.va.
4 9 10 35 36 38 39 40 41 60Catéchisme de l'Église catholique, § 2321 : « L'interdit du meurtre n'abroge pas le droit de mettre hors d'état de nuire un injuste agresseur. La légitime défense est un devoir grave pour qui est responsable de la vie d'autrui ou du bien commun. » Texte officiel sur Vatican.va.
5 15 16 62Francisco de Vitoria, Relectio de iure belli (1539), 3e question, 4e proposition (§ 13 : la seule cause juste de la guerre est l'injustice subie, iniuria accepta) ; 4e question (§ 35 : le massacre des innocents n'est jamais licite en soi ni intentionnellement). Éd. E. Nys, trad. anglaise J. P. Bate, Washington, Carnegie Institution, 1917.
7Catéchisme de l'Église catholique, § 2304 : « Le respect et la croissance de la vie humaine demandent la paix. La paix n'est pas seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l'équilibre des forces adverses. La paix ne peut s'obtenir sur terre sans la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité. Elle est "tranquillité de l'ordre" (S. Augustin, De civitate Dei, 19, 13). Elle est œuvre de la justice (cf. Is 32, 17) et effet de la charité (cf. GS 78). » Texte officiel sur Vatican.va.
8 20 50 51Catéchisme de l'Église catholique, § 2312 : « L'Église et la raison humaine déclarent la validité permanente de la loi morale durant les conflits armés. "Ce n'est pas parce que la guerre est malheureusement engagée que tout devient par le fait même licite entre les parties adverses" (GS 79). » Texte officiel sur Vatican.va.
11 42Catéchisme de l'Église catholique, § 2306 : « Ceux qui renoncent à l'action violente et sanglante, et recourent pour la sauvegarde des droits de l'homme à des moyens de défense à la portée des plus faibles rendent témoignage à la charité évangélique, pourvu que cela se fasse sans nuire aux droits et obligations des autres hommes et des sociétés. » Reconnaissance du témoignage non-violent. Texte officiel sur Vatican.va.
13 14Saint Augustin, Lettre 189 à Boniface (vers 418), § 6 : « Non enim pax quaeritur ut bellum exerceatur, sed bellum geritur ut pax acquiratur » — « Car on ne cherche pas la paix pour faire la guerre, mais on fait la guerre pour acquérir la paix. » Augustin y rappelle au général romain que le soldat chrétien doit garder la paix dans le cœur même au combat. Citée par saint Thomas, Somme théologique, II-II, q. 40, a. 1.
17 27Saint Augustin, Contra Faustum manichaeum, livre XXII, ch. 74-75 : « Ce qu'on reprend à bon droit dans la guerre, c'est le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, un esprit implacable et sans paix, la fureur de la riposte, la passion de dominer, et tout ce qui leur ressemble. » Augustin distingue le fait matériel de combattre et les vices intérieurs qui rendent la guerre coupable. Citée par saint Thomas, Somme théologique, II-II, q. 40, a. 1.
18 28Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XIX, ch. 13 : « Pax omnium rerum tranquillitas ordinis » — « La paix de toutes choses est la tranquillité de l'ordre. » Définition reprise littéralement par le Catéchisme, § 2304.
19Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 40, a. 1 (« Faire la guerre est-il toujours un péché ? ») : « Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises. Premièrement, l'autorité du prince sous l'ordre de qui la guerre doit être menée (auctoritas principis)… Deuxièmement, une cause juste (causa iusta) : il faut que ceux qu'on attaque l'aient mérité par quelque faute… Troisièmement, une intention droite chez ceux qui font la guerre (recta intentio), de sorte qu'ils visent à promouvoir le bien ou à éviter le mal. » Thomas y cite saint Augustin (Contra Faustum et la Lettre 189).
21 22 29Francisco de Vitoria, Relectio de iure belli (1539), 3e question : prop. 1 (§ 10 : la diversité de religion n'est pas une cause de guerre juste), prop. 2 (§ 11 : l'extension de l'empire n'est pas une cause juste de guerre), prop. 3 (§ 12 : ni la gloire personnelle du prince, ni aucun autre avantage pour lui, n'est une cause juste de guerre) ; prop. 4 (§ 13 : la seule cause juste est l'injustice subie, iniuria accepta). Éd. E. Nys, trad. anglaise J. P. Bate, Washington, Carnegie Institution, 1917.
23 26 30Francisco de Vitoria, Relectio de Indis (1539) : tous les peuples, chrétiens ou non, forment une seule communauté humaine régie par un ius gentium (droit des gens). Cette intuition fait de Vitoria, avec l'École de Salamanque, l'un des fondateurs du droit international moderne.
24Francisco Suárez, De bello (disputation XIII de De triplici virtute theologica : caritate, publié en 1621) : Suárez systématise la doctrine de la guerre juste — autorité légitime, cause juste, droite manière de conduire la guerre — distingue guerre défensive et offensive, et développe la proportionnalité comme critère central. Avec Vitoria, il prolonge la doctrine thomiste dans le droit des gens.
25 31Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et spes (7 décembre 1965), n. 80 : le concile appelle à « considérer la guerre avec un esprit entièrement nouveau » et condamne sans appel la guerre totale : « Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières… est un crime contre Dieu et contre l'homme. » Cf. aussi n. 79 (légitime défense) et n. 81 (course aux armements). Texte officiel sur Vatican.va.
32 56Jean XXIII, encyclique Pacem in terris (11 avril 1963), n. 127 : « Quare aetate hac nostra, quae vi atomica gloriatur, alienum est a ratione, bellum iam aptum esse ad violata iura sarcienda » — en français officiel : « C'est pourquoi il devient humainement impossible de penser que la guerre soit, en notre ère atomique, le moyen adéquat pour obtenir justice d'une violation de droits. » Première remise en cause magistérielle de la possibilité d'une guerre « juste » à l'ère des armes de destruction massive. Texte officiel sur Vatican.va.
33 55Pape François, encyclique Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 258 : « Nous ne pouvons plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilité hypothétique qu'on lui attribue. Face à cette réalité, il est aujourd'hui très difficile de défendre les critères rationnels, mûris en d'autres temps, pour parler d'une possible "guerre juste". Plus jamais la guerre ! » Voir aussi nn. 255-262. Texte officiel sur Vatican.va.
34 59Catéchisme de l'Église catholique, § 2313 : « Il faut respecter et traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés et les prisonniers. Les actions délibérément contraires au droit des gens et à ses principes universels, comme les ordres qui les commandent, sont des crimes. Une obéissance aveugle ne suffit pas à excuser ceux qui s'y soumettent. Ainsi l'extermination d'un peuple, d'une nation ou d'une minorité ethnique doit être condamnée comme un péché mortel. On est moralement tenu de résister aux ordres qui commandent un génocide. » Texte officiel sur Vatican.va.
43 44 49 64Catéchisme de l'Église catholique, § 2314, citant Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 80, § 4 : « "Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants, est un crime contre Dieu et contre l'homme lui-même, qui doit être condamné fermement et sans hésitation." Un risque de la guerre moderne est de fournir l'occasion aux détenteurs des armes scientifiques, notamment atomiques, biologiques ou chimiques, de commettre de tels crimes. » Texte officiel sur Vatican.va.
45 46 65Catéchisme de l'Église catholique, § 2310 : « Les pouvoirs publics ont dans ce cas le droit et le devoir d'imposer aux citoyens les obligations nécessaires à la défense nationale. Ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S'ils s'acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix (cf. GS 79). » Texte officiel sur Vatican.va.
47Catéchisme de l'Église catholique, § 2311 : « Les pouvoirs publics pourvoiront équitablement au cas de ceux qui, pour des motifs de conscience, refusent l'emploi des armes, tout en demeurant tenus de servir sous une autre forme la communauté humaine (cf. GS 79). » Fondement du droit à l'objection de conscience. Texte officiel sur Vatican.va.
48Catéchisme de l'Église catholique, § 2317 : « Les injustices, les inégalités excessives d'ordre économique ou social, l'envie, la méfiance et l'orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. » Le paragraphe cite ensuite Gaudium et spes 78 : « Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace… Mais, dans la mesure où, unis dans l'amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence. » Texte officiel sur Vatican.va.
52 54Catéchisme de l'Église catholique, § 2302 : « En rappelant le précepte : "Tu ne tueras pas" (Mt 5, 21), notre Seigneur demande la paix du cœur et dénonce l'immoralité de la colère meurtrière et de la haine. » Texte officiel sur Vatican.va.
53Paul VI, discours à l'Assemblée générale de l'ONU, New York, 4 octobre 1965 : « Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! C'est la paix qui doit guider le destin des peuples et de l'humanité tout entière. » Appel repris par les papes suivants, notamment dans Fratelli tutti. Texte officiel sur Vatican.va.
57Jean-Paul II, discours aux membres du corps diplomatique accrédités près le Saint-Siège, 13 janvier 2003 (à la veille de la guerre d'Irak) : « NON À LA GUERRE » ! Elle n'est jamais une fatalité. Elle est toujours une défaite de l'humanité. Le pape y rappelle que « le droit international, le dialogue loyal, la solidarité entre États, l'exercice si noble de la diplomatie » sont les moyens dignes de l'homme pour résoudre les différends. Texte officiel sur Vatican.va.
58Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège, propos aux journalistes avant la remise du prix littéraire des Ambassadeurs à l'ambassade d'Italie près le Saint-Siège, Rome, 2 juillet 2024, sur les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient et la déclaration de la Commission Justice et Paix de Terre sainte : « We know that there is a lot of discussion today on the concept of "just war" as a war of defence. However, with the weapons that are available today this concept has become very difficult, and I believe that there is not a definitive position, and this concept is being reviewed » — la guerre n'est jamais une guerre juste ; le concept doit être revu, sans position définitive à ce jour. Rapporté par Antonella Palermo et Lisa Zengarini, Vatican News, « Cardinal Parolin: "The concept of just war needs to be reviewed" », 2 juillet 2024 : https://www.vaticannews.va/en/vatican-city/news/2024-07/cardinal-parolin-the-concept-of-just-war-needs-to-be-reviewed.html. Le pape François n'a pas supprimé le droit de légitime défense (cf. CEC 2308-2309), mais souligne la difficulté croissante d'appliquer les critères classiques à l'âge des armes modernes.
61Catéchisme de l'Église catholique, § 2305 : « La paix terrestre est image et fruit de la paix du Christ, le "Prince de la paix" messianique (Is 9, 5). Par le sang de sa croix, il a "tué la haine dans sa propre chair" (Ep 2, 16 ; cf. Col 1, 20-22)… "Il est notre paix" (Ep 2, 14). Il déclare "bienheureux les artisans de paix" (Mt 5, 9). » Texte officiel sur Vatican.va.
66 67Évangile selon saint Matthieu 5, 9 : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Septième béatitude, citée par le Catéchisme aux §§ 2305 et 2330 comme horizon de toute la doctrine sur la paix.
68Catéchisme de l'Église catholique, § 2327 : « À cause des maux et des injustices qu'entraîne toute guerre, nous devons faire tout ce qui est raisonnablement possible pour l'éviter. L'Église prie : "De la famine, de la peste et de la guerre, délivre-nous, Seigneur." » Texte officiel sur Vatican.va.
70