Saint Junípero Serra (1713-1784)

Saint Junípero Serra (1713-1784), franciscain majorquin et professeur de philosophie devenu missionnaire, fonda neuf des vingt-et-une missions de Californie et défendit les Indiens contre les abus militaires (Representación de 1773). Béatifié en 1988, canonisé par équipollence par le pape François en 2015.

Ignispedia

Junípero Serra (Petra, 1713 — Carmel, 1784) est un prêtre franciscain majorquin, professeur de philosophie devenu missionnaire infatigable dans le Mexique puis la Californie du XVIIIᵉ siècle, où il fonde neuf des vingt-et-une missions qui donneront naissance aux principales villes de l'État américain — San Diego, Los Angeles (par sa mission voisine de San Gabriel), San Francisco, Santa Clara, Ventura.[1][2] Entré chez les Frères mineurs à seize ans, docteur en théologie et titulaire de la chaire de philosophie de l'Université Lullienne de Palma, il renonce à trente-cinq ans à une carrière universitaire enviable pour s'embarquer vers le Nouveau Monde, animé d'un seul désir : porter l'Évangile aux païens du Nouveau Monde.[3]

Missionnaire pendant neuf ans chez les Indiens Pames de la Sierra Gorda, au Mexique, il devient en 1767, à cinquante-quatre ans, le supérieur franciscain chargé de reprendre les missions de Basse-Californie après l'expulsion des jésuites, puis le fondateur des missions de Haute-Californie à partir de 1769. Marchant malgré une jambe blessée qui ne guérira jamais, il installe la première mission à San Diego le 16 juillet 1769 et en fonde huit autres jusqu'à sa mort, faisant de la mission San Carlos Borromeo de Carmel son quartier général.[4][5]

Loin d'être un simple bâtisseur, Serra est aussi un défenseur intransigeant des Indiens contre les abus des soldats espagnols : en 1773, à soixante ans, il entreprend un voyage de plus de trois mille kilomètres jusqu'à Mexico pour obtenir du vice-roi une charte de trente-deux articles protégeant les populations autochtones des exactions militaires — la Representación.[6][7] Mystique de la pénitence et de la confiance absolue en la Providence, il meurt à Carmel le 28 août 1784, épuisé par trente-cinq ans d'apostolat missionnaire.

Béatifié par saint Jean-Paul II en 1988, il est canonisé par le pape François le 23 septembre 2015 à Washington, par la voie rare de la canonisation par équipollence.[8][9] Sa mémoire, vénérée par des générations de catholiques californiens comme celle du père fondateur d'un État, est aujourd'hui contestée par une partie de l'opinion publique américaine, qui lui impute les souffrances du système des missions ; plusieurs de ses statues ont été déboulonnées ou décapitées entre 2015 et 2020.[10] Cet article expose sa vie, sa spiritualité et examine loyalement cette controverse, sans céder le dernier mot à une lecture anachronique qui ignore le contexte colonial du XVIIIᵉ siècle ni les travaux des meilleurs historiens du sujet.

L'enfant de Petra et la vocation franciscaine (1713-1730)

Naissance à Majorque dans une famille de paysans (24 novembre 1713)

Maison natale de Serra, Petra — Oriol Saborit Estrada, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Miquel Josep Serra i Ferrer naît le 24 novembre 1713 à Petra, petite bourgade agricole de l'île de Majorque, dans les Baléares espagnoles. Il est baptisé le jour même en l'église Saint-Pierre du village.[11] Ses parents, Antoni Serra et Margarida Rosa Ferrer, mariés en 1707, sont de modestes paysans, « riches de foi et de charité véritable » selon la tradition franciscaine locale.[12] Enfant de santé fragile mais d'intelligence précoce, le petit Miquel travaille dès l'âge de sept ans aux champs familiaux, cultivant blé et légumineuses, tout en fréquentant l'école tenue par les franciscains du couvent de Petra, où il apprend à lire, écrire, compter, le latin et le chant liturgique.[13]

Une piété simple et déjà marquée imprègne son enfance : selon la tradition locale, l'enfant saluait les passants d'une formule pieuse propre à l'île, « Ameu a Déu ! » (« Aimez Dieu ! »), habitude qu'il propagera plus tard jusqu'en Amérique.[14] À seize ans, ses parents, mesurant ses dons malgré sa constitution délicate, l'envoient étudier la philosophie au couvent Saint-François de Palma de Majorque.

L'entrée chez les Franciscains et le nom de « Junípero » (14 septembre 1730)

Un an plus tard, le jeune homme demande à entrer dans l'Ordre des Frères mineurs, dans sa branche réformée dite alcantarine. Il est reçu au noviciat du couvent de Jésus, près de Palma, le 14 septembre 1730.[15][16] En entrant en religion, il choisit le nom de Junípero, en mémoire du frère Junipère, célèbre compagnon de saint François d'Assise réputé pour sa simplicité et son humilité absolue — un choix de nom qui dit déjà tout un programme spirituel.[17][18]

Sa santé fragile lui vaut d'abord des dispenses partielles à certaines observances communes ; mais ses supérieurs, discernant en lui une âme d'une trempe peu commune, ne s'y arrêtent pas. Il prononce ses vœux solennels le 15 septembre 1731 — et, fait notable rapporté par son compagnon Francisco Palóu, premier biographe du saint, ses infirmités d'enfance s'atténuent alors presque entièrement, comme si le don total de sa vie à Dieu avait scellé sa vocation jusque dans son corps.[19][20]

Le professeur de philosophie de l'Université Lullienne (1730-1749)

Des études brillantes et l'ordination sacerdotale (1737)

De Petra à la mission — infographie originale IA. Évocations illustrées ; repères biographiques USCCB et Catholic Encyclopedia cités dans le texte.

Serra poursuit au couvent de Palma des études de philosophie puis de théologie qui le distinguent rapidement : il est ordonné prêtre en 1737.[21] Poursuivant sa formation, il obtient en 1742 le doctorat de théologie de l'Université Lullienne de Palma — l'université fondée sur l'héritage du philosophe et mystique majorquin Raymond Lulle — où il occupe ensuite la prestigieuse chaire de philosophie Duns Scot.[22][23]

Professeur reconnu, il enseigne la philosophie et la théologie à plus de soixante étudiants, parmi lesquels deux futurs compagnons de mission décisifs, Francisco Palóu et Juan Crespí, qui l'accompagneront jusqu'en Californie et laisseront les premiers témoignages écrits sur sa vie.[24] Lorsque son cours s'achève en 1743, il fait ses adieux à ses étudiants avec l'humour grave qui le caractérise : il les prie, pour le bien de son âme, de ne garder de lui que la prière pour le repos de son âme, signe de son détachement des honneurs académiques.[25]

L'appel missionnaire et le renoncement à la carrière universitaire (1749)

Malgré une position enviable — chaire universitaire, réputation de prédicateur savant dans toute l'île —, Serra n'est pas satisfait : il consacre son temps libre à prêcher inlassablement dans les villages de Majorque.[26] En 1748, il confie à Palóu son désir ancien de partir comme missionnaire aux Indes occidentales. Après les démarches nécessaires auprès de ses supérieurs, la permission est accordée : à trente-cinq ans, Serra renonce à sa chaire et embarque avec Palóu pour Cadix, puis pour le Nouveau Monde, en 1749.[27]

Le départ vers la Nouvelle-Espagne — infographie originale IA. Évocations illustrées ; USCCB et Clairval cités dans le texte.

La traversée de quatre-vingt-dix jours est rude ; Serra, fidèle à l'esprit franciscain de pénitence, décide de parler le moins possible pour mieux supporter le rationnement d'eau à bord.[28] Débarqué à Veracruz, il choisit, en stricte observance de la règle franciscaine qui prescrit la marche à pied plutôt que la monture, de rallier Mexico — plus de quatre cents kilomètres — en cheminant. C'est au cours de cette marche qu'une piqûre d'insecte, probablement de moustique, s'infecte à sa jambe gauche : la blessure ne guérira jamais complètement et le fera souffrir jusqu'à sa mort, trente-cinq ans plus tard.[29][30] Il arrive à Mexico le 1er janvier 1750 et rejoint le collège apostolique de San Fernando, pépinière de missionnaires franciscains pour le Nouveau Monde.[31]

Le missionnaire de la Sierra Gorda (1750-1758)

Neuf ans chez les Indiens Pames

Dès son arrivée au collège de San Fernando, Serra est envoyé dans la région montagneuse de la Sierra Gorda, à une centaine de kilomètres au nord de Querétaro, où vit le peuple pame.[32] Il y demeure neuf ans, de 1750 à 1758, apprenant rapidement la langue pame, dans laquelle il traduit les prières fondamentales et le catéchisme, et parcourant à pied — malgré sa jambe désormais toujours douloureuse — plus de huit mille kilomètres au service des cinq missions de la région.[33][34]

Sa méthode, qu'il reproduira toute sa vie, est déjà en place : implanter d'abord une chapelle, organiser ensuite l'habitat et l'agriculture, associer l'évangélisation à l'apprentissage de techniques agricoles et artisanales européennes. Les cinq missions franciscaines de la Sierra Gorda, dont l'essor doit beaucoup à son apostolat de 1750 à 1758 — Santiago de Jalpan, Tancoyol, Landa, Tilaco et Concá — seront inscrites en 2003 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.[35] En 1752, un épisode significatif atteste sa méthode d'inculturation plutôt que de rupture brutale : des Pames chrétiens lui présentent une statue de la divinité Cachum, « mère du soleil », de leur ancien culte — signe de la profondeur avec laquelle Serra avait su gagner leur confiance sans se contenter d'une conversion de façade.[36] Il défend également juridiquement les terres de la mission contre l'appétit des colons espagnols, en invoquant les Lois des Indes qui protégeaient en principe les terres indiennes.[37]

La méthode pénitentielle du prédicateur

C'est également à cette période que se développe la spiritualité pénitentielle si caractéristique de Serra, dont ses compagnons franciscains, en particulier Palóu, laissent un témoignage détaillé.[38][39] Prêchant dans les missions comme lors de ses passages à Mexico, il use de moyens spectaculaires pour toucher les consciences : il se frappe la poitrine avec une pierre depuis la chaire, se flagelle avec une chaîne de fer qu'il porte nouée sous son habit, et approche de sa peau nue la flamme d'un cierge à quatre branches en prêchant sur l'enfer et la pénitence.[40][41] Le règlement du collège de San Fernando limitait en principe ces pratiques pour éviter toute infirmité permanente, et Palóu note lui-même que ces excès causaient à Serra des douleurs thoraciques et des essoufflements.[42]

« Zèle insatiable, amour de la mortification, renoncement à soi-même et confiance absolue en Dieu. » — la Catholic Encyclopedia (Zephyrin Engelhardt, 1913) résumant le caractère du P. Serra, trad. française de l'original anglais donné en note[43]

Un épisode rapporté par ses biographes illustre la puissance de cette prédication : lors d'un sermon à Mexico où Serra se flagellait publiquement en chaire, un fidèle bouleversé lui arracha la chaîne des mains pour se châtier lui-même avec une violence telle qu'il s'effondra et mourut peu après avoir reçu les derniers sacrements.[44] L'anecdote, rapportée par les premiers témoins franciscains, dit combien la faconde pénitentielle de Serra, typique de la spiritualité baroque hispanique du XVIIIᵉ siècle, produisait sur les foules un effet saisissant — et combien elle demande, pour un lecteur d'aujourd'hui, à être replacée dans son époque plutôt que jugée avec une sensibilité anachronique.

De la Basse-Californie à l'expédition de Haute-Californie (1767-1769)

L'expulsion des jésuites et la nomination de Serra (1767)

Par décret du 27 février 1767 (publié à Mexico en juillet 1767), Charles III d'Espagne expulse, pour des raisons de politique intérieure européenne, tous les jésuites des territoires de la couronne espagnole, y compris les missions de Basse-Californie que la Compagnie de Jésus dirigeait depuis des décennies.[45][46] Le vide laissé par ce départ brutal doit être comblé : en juillet 1767, Serra, alors âgé de cinquante-quatre ans, est nommé supérieur d'un groupe de quinze franciscains envoyés reprendre ces missions, avec Francisco Palóu comme second.[47]

Les franciscains trouvent une population indienne déjà décimée par les épidémies antérieures : environ 7 150 âmes dans les missions à leur arrivée, un chiffre qui continuera de décroître — environ 5 000 en 1772, lorsque les franciscains transmettront à leur tour ces missions aux dominicains pour se concentrer sur la Haute-Californie.[48] Ce recul démographique, documenté par les registres des missions elles-mêmes, tient d'abord aux épidémies de variole, de rougeole et de maladies vénériennes importées par les Européens depuis plusieurs générations déjà — un fait majeur à garder présent à l'esprit pour évaluer plus loin la controverse sur la mortalité indienne.

La fondation de San Fernando de Velicatá et le franchissement vers le nord (mai 1769)

Le 14 mai 1769, Serra fonde dans une simple hutte de terre la mission San Fernando Rey de España de Velicatá, en Basse-Californie, célébrant l'événement par des salves de mousquet en guise d'encens faute d'autre moyen.[49] Cette fondation marque son premier acte en tant que fondateur de mission ; elle prépare l'étape suivante, décisive : l'expédition Portolá-Serra vers la Haute-Californie encore inexplorée par la couronne espagnole, lancée pour devancer une éventuelle expansion russe ou britannique sur la côte pacifique.

« Je ne reculerai pas » : la jambe blessée sur la route de San Diego

Vers la Haute-Californie — infographie originale IA. Évocations illustrées ; Diario de Serra, édition Beebe–Senkewicz, cité dans le texte.

Sur cette route, la jambe de Serra, enflée et douloureuse depuis vingt ans, s'aggrave au point que le gouverneur Gaspar de Portolá, chef militaire de l'expédition, lui propose de le faire porter en arrière vers la première mission pour s'y rétablir. Le récit qu'en donne Serra lui-même dans son journal de voyage, traduit et publié par les historiens Rose Marie Beebe et Robert Senkewicz, est resté un des témoignages les plus célèbres de sa détermination :

Serra y décrit son pied gauche très enflammé, affection douloureuse dont il souffre depuis plus d'un an et qui a désormais gagné la moitié de sa jambe, d'après la traduction académique de son journal par Beebe et Senkewicz.[50]

À Portolá qui lui propose de rebrousser chemin, il répond en substance que Dieu lui a donné la force d'arriver jusque-là et que, dût-il mourir en route, il ne reculera pas : on l'enterrera où l'on voudra, et il sera heureux de rester parmi les païens si telle est la volonté de Dieu.[51]

Un muletier de l'expédition improvise finalement pour lui un cataplasme d'herbes et de suif qui apaise suffisamment la plaie pour permettre à Serra de continuer sur une civière portée, en partie, par des Indiens chrétiens de l'expédition.[52] L'épisode, loin d'être une anecdote pieuse isolée, condense tout le caractère de l'homme : une volonté indomptable soudée à un abandon total à la Providence, prête à accepter jusqu'à la mort en pays inconnu plutôt que de renoncer à la mission reçue.

Le fondateur des missions de Haute-Californie (1769-1784)

San Diego de Alcalá, première mission (16 juillet 1769)

L'expédition atteint San Diego le 1er juillet 1769 après une marche harassante depuis Loreto.[53] Le 16 juillet 1769, Serra y fonde la mission San Diego de Alcalá, première des vingt-et-une missions franciscaines qui joalonneront à terme la côte californienne jusqu'à Sonoma, au nord de San Francisco.[54][55] Un mois plus tard, le 15 août 1769, une attaque menée par une vingtaine d'Indiens contre le campement de la mission coûte la vie au jeune serviteur de Serra, José María Vergerano, tué d'une flèche et mort à ses pieds — premier deuil, souvent oublié, d'une entreprise missionnaire qui ne fut jamais menée sans risque pour ses propres artisans.[56]

Les fondations suivantes et le quartier général de Carmel

Sur les quinze années qui suivent, Serra fonde ou supervise la fondation de huit autres missions, établissant sa résidence et son centre d'opérations à la mission San Carlos Borromeo, transférée de Monterey à Carmel en 1771 pour de meilleures conditions de sol et d'accès à l'eau.[57]

MissionDate de fondationSituation actuelle
San Diego de Alcalá16 juillet 1769San Diego
San Carlos Borromeo de Carmelo3 juin 1770 (Monterey), transférée à Carmel en 1771Carmel-by-the-Sea
San Antonio de Padua14 juillet 1771Jolon
San Gabriel Arcángel8 septembre 1771San Gabriel (agglomération de Los Angeles)
San Luis Obispo de Tolosa1er septembre 1772San Luis Obispo
San Francisco de Asís (Mission Dolores)29 juin 1776 (fondation ; dédicace le 8 octobre 1776, par Palóu au nom de Serra)San Francisco
San Juan Capistrano1er novembre 1776San Juan Capistrano
Santa Clara de Asís12 janvier 1777Santa Clara
San Buenaventura31 mars 1782Ventura
Neuf missions, du nord au sud ; carte schématique, bâtiments évoqués — infographie originale IA. Évocations illustrées ; tableau des fondations et sources citées dans le texte.

Ce sont ces neuf fondations, sur les vingt-et-une que comptera à terme la chaîne des missions californiennes (les douze autres seront fondées après sa mort, jusqu'en 1823), qui vaudront à Serra le titre d'« Apôtre de la Californie ».[58][59] Chaque mission suit le même schéma : repérage d'un point d'eau, édification d'une chapelle provisoire, puis d'un habitat durable, introduction du bétail et des cultures européennes, tout en donnant la priorité absolue à l'évangélisation et à la catéchèse.[60] Sous sa présidence et celle de ses successeurs, les registres franciscains dénombrent plus de 6 700 baptêmes et plusieurs milliers de confirmations d'Indiens de Californie d'ici sa mort.[61][62]

Le défenseur des Indiens : la Representación de 1773

Le conflit avec le gouverneur Pedro Fages

Intercéder et protéger — infographie originale IA. Évocations illustrées ; Clairval et Catholic Encyclopedia cités dans le texte.

Le développement des missions ne va pas sans heurts avec l'autorité militaire espagnole, incarnée en Californie par le gouverneur Pedro Fages. Serra reproche à ce dernier de tolérer, voire de couvrir, des abus de soldats envers les populations indiennes — mauvais traitements, enlèvements de femmes autochtones, prélèvements de vivres destinés aux missions.[63][64] Convaincu que ces abus compromettent gravement l'œuvre d'évangélisation autant que la dignité des Indiens, Serra décide d'en appeler directement à l'autorité suprême de la Nouvelle-Espagne.

Le voyage de 1773 et le document en trente-deux articles

En 1773, à l'âge de soixante ans et malgré sa jambe toujours douloureuse, Serra entreprend un voyage de plus de trois mille kilomètres depuis la Californie jusqu'à Mexico pour rencontrer le vice-roi Antonio María de Bucareli y Ursúa.[65][66] Il y rédige et présente une Representación en trente-deux points, document parfois appelé par certains historiens la « déclaration des droits des Amérindiens » de Californie, détaillant les griefs contre Fages et posant des garanties concrètes pour la protection des populations converties contre les abus militaires.[67][68]

Le vice-roi tranche en faveur de Serra sur trente des trente-deux points et démet Fages de son commandement en 1774.[69][70] Ce document constitue, dans le contexte du droit colonial espagnol, une affirmation forte du statut des Indiens baptisés comme « fils de Dieu » méritant la protection de la couronne, en net contraste avec le traitement réservé aux populations autochtones sur la côte est de l'Amérique du Nord à la même époque.[71]

La défense des Indiens jusque dans l'adversité : l'attaque de 1775

Cette défense des Indiens ne fut pas seulement un principe abstrait consigné dans un mémoire administratif. En 1775, une attaque indienne contre la mission de San Diego coûte la vie au franciscain Luis Jayme, premier martyr des missions de Californie ; les autorités civiles condamnent alors une vingtaine d'Indiens à mort pour cet homicide. Serra intervient aussitôt auprès du vice-roi, invoquant le principe qu'il avait déjà posé dans sa Representación : si les Indiens, païens ou chrétiens, venaient à le tuer, lui ou d'autres frères, ils devraient être pardonnés.[72][73]

Le vice-roi, rappelant que les franciscains obtenaient plus par la douceur que les soldats par la sévérité, accorde la clémence demandée.[74] Cet épisode, rarement mentionné par les détracteurs modernes de Serra, montre un homme prêt à intercéder pour la vie de ses propres agresseurs — attitude difficilement compatible avec le portrait d'un « architecte de génocide » que certains lui prêtent aujourd'hui.

Les dernières années : confirmations et fidélité jusqu'à la mort (1778-1784)

Le privilège rare de confirmer

En 1778, Serra reçoit du Saint-Siège, par l'entremise de la Sacrée Congrégation de la Propagande, la faculté exceptionnelle d'administrer le sacrement de confirmation — prérogative normalement réservée aux évêques, accordée en raison de l'absence d'évêque résident en Californie.[75] Le gouverneur Felipe de Neve suspend un temps ce privilège par méfiance envers l'influence franciscaine, avant que le vice-roi Martín de Mayorga ne le rétablisse pleinement.[76]

Durant ses trois dernières années, en dépit de douleurs devenues chroniques — jambe ulcérée, poitrine affaiblie par des décennies de mortification et un asthme grandissant —, Serra parcourt encore plus de mille kilomètres entre San Diego et San Francisco pour confirmer personnellement 5 309 Indiens convertis au cours des quatorze années précédentes.[77][78]

La dernière tournée et la mort à Carmel (28 août 1784)

Basilique de Carmel, façade pendant des travaux — Nheyob, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Sentant sa fin approcher, Serra entreprend une ultime tournée de ses missions, confiant à ceux qui l'entouraient que sa vie est en Californie et que, s'il plaît à Dieu, c'est là qu'il espère mourir, parole qui résume tout son attachement à son œuvre.[79]

Revenu à Carmel le 20 août 1784, épuisé mais fidèle à ses habitudes de prière, il continue de chanter et de prier avec les Indiens de la mission jusqu'à ses derniers jours.[80] Dans la nuit du 27 au 28 août, sentant l'heure venue, il demande les derniers sacrements, récite avec les missionnaires présents les psaumes de la pénitence et les litanies des saints, et reçoit l'absolution avec l'indulgence plénière.[81] Le matin du 28 août 1784, son compagnon de toujours, le père Francisco Palóu, le trouve étendu, le visage apaisé et serein, serrant contre lui le crucifix qu'il avait apporté du Nouveau Monde : selon le récit de Palóu, repris par la notice de Clairval, il s'est éteint doucement, après une agonie très brève.[82][83] Il a soixante-dix ans, et vient de consacrer trente-cinq ans de sa vie à la mission d'Amérique.

Une foule de fidèles, indiens et colons, veille son corps ; les laïcs obtiennent l'autorisation de laisser l'église ouverte toute la nuit, et des funérailles solennelles, « empreintes de calme et de grande ferveur », rassemblent la petite chrétienté californienne naissante.[84] Ses reliques reposent aujourd'hui dans la basilique de la mission San Carlos Borromeo de Carmel, toujours objet de vénération.

La spiritualité de saint Junípero Serra

« Siempre adelante » : toujours de l'avant

Une spiritualité missionnaire — infographie originale IA. Évocations illustrées ; Clairval et homélie de François cités dans le texte.

Toute la vie de Serra tient dans une devise qu'il répétait à ses compagnons dans les moments de découragement : Siempre adelante — « Toujours de l'avant ».[85][86] Ce n'était pas pour lui un simple mot d'ordre de conquérant, mais l'expression d'un abandon confiant : avancer parce que le Seigneur attend, parce que les âmes à évangéliser attendent, parce que la fidélité à l'appel reçu ne tolère aucun repli — quand bien même le corps, la santé et les circonstances plaideraient pour reculer. Le pape François la reprendra lui-même, en forme d'exhortation, lors de l'homélie de sa canonisation.[87]

La pénitence et la mortification volontaire

La spiritualité de Serra puise dans la tradition franciscaine et hispanique la plus rigoureuse de pénitence corporelle : chaîne de discipline, cierge appliqué sur la peau, pierre frappée contre la poitrine en chaire — pratiques que ses compagnons eux-mêmes jugeaient parfois excessives, mais qui procédaient chez lui d'un même élan que sa marche jusqu'à Mexico ou son refus de reculer devant sa jambe blessée : offrir son propre corps en réponse au don que Dieu fait de lui-même.[88][89] Cette théologie de la réparation, aujourd'hui moins familière à la sensibilité occidentale, s'inscrit dans la grande tradition des pénitents baroques — de saint Paul de la Croix à d'autres grandes figures franciscaines et carmélitaines du même siècle — pour qui la souffrance librement acceptée devient participation à la Croix du Christ et intercession pour les âmes à convertir.

La confiance absolue en la Providence

Le trait le plus constant de Serra, souligné par tous ses témoins, est une confiance absolue en Dieu qui ne se dément dans aucune épreuve : jambe infectée sur la route de San Diego, attaques indiennes, conflits avec le pouvoir militaire, épuisement physique des dernières années. Sa réponse au gouverneur Portolá, refuser de reculer dût-il mourir en chemin, n'est pas de la bravade, mais l'expression d'une remise totale entre les mains de la Providence, caractéristique des grands missionnaires de l'histoire de l'Église.[90] Cette confiance s'accompagne chez lui d'un souci constant, et documenté par ses propres écrits, du salut éternel des âmes indiennes — souci qui explique à la fois son zèle apostolique et son insistance, dans la Representación, à protéger les nouveaux baptisés des soldats qui compromettaient l'œuvre d'évangélisation par leurs abus.[91]

La controverse historique et la canonisation

Les accusations portées contre Serra depuis les années 1970

Depuis les années 1970, et avec une intensité croissante à partir des années 2000, une partie de l'opinion publique et des mouvements amérindiens reprochent à Serra d'avoir présidé à un système missionnaire assimilé à un travail forcé, marqué par des châtiments corporels, un enfermement des populations converties dans les missions, l'interdiction des langues et cultures tribales, et une mortalité massive par maladie et surmenage.[92][93] Ces critiques ont trouvé un relais politique et symbolique : la statue de Serra à Monterey est décapitée en octobre 2015, celle de la mission de Santa Bárbara vandalisée en 2017, celle de San Gabriel également en 2017, et le 19 juin 2020, en pleine vague de manifestations consécutives à la mort de George Floyd, une statue de neuf mètres est déboulonnée de force dans le Golden Gate Park de San Francisco.[94]

Une pétition a même demandé l'annulation pure et simple de la canonisation de 2015.[95] Ces accusations méritent d'être prises au sérieux dans leur part de vérité — les missions furent bien, pour les populations indiennes, des lieux de rupture culturelle profonde et de souffrance réelle — sans pour autant qu'on laisse à la polémique contemporaine le dernier mot sur la responsabilité personnelle de Serra lui-même.

Ce que montre l'historiographie sérieuse

Les meilleurs historiens du sujet, en particulier Rose Marie Beebe et Robert Senkewicz (Université de Santa Clara), auteurs de la biographie académique de référence Junípero Serra: California, Indians, and the Transformation of a Missionary (2015), refusent explicitement les deux lectures extrêmes — l'hagiographie sans ombre héritée du romantisme hispanisant du début du XXᵉ siècle, et la diabolisation qui fait de Serra l'« architecte » personnel d'un génocide.[96][97] Sur la base des lettres, rapports et journaux originaux de Serra qu'ils ont traduits et édités, Senkewicz conclut qu'aucune preuve ne permet d'imputer à Serra personnellement, en tant que responsable des missions, les châtiments les plus sévères et les violences documentées par ailleurs.[98][99]

Cette absence de preuve d'un rôle personnel dans les violences les plus sévères ne signifie pas pour autant que Serra ait été étranger à tout châtiment corporel : il en approuvait le principe, dès lors qu'il restait modéré. La preuve en est conservée dans sa correspondance : le 31 juillet 1775, il écrit au commandant militaire Fernando de Rivera y Moncada pour demander que des néophytes fugitifs de la mission de Carmel, ramenés par une expédition partie les rechercher dans la montagne, reçoivent deux ou trois flagellations.[100] Il faut donc distinguer deux attitudes qui coexistent chez lui : d'un côté le refus des excès et des violences graves — le même homme, la même année, intercède auprès du vice-roi pour épargner la vie des meurtriers du père Jayme —, de l'autre l'approbation d'une correction corporelle mesurée, conforme à la discipline de son temps. Ce que l'historiographie sérieuse écarte, c'est un rôle personnel de Serra dans les violences les plus sévères du système missionnaire, non une extériorité à tout châtiment.

Senkewicz observe qu'au fil du XXᵉ siècle, à mesure que la brutalité et l'ampleur des décès dans le système missionnaire devenaient plus largement connues, Serra en est venu à incarner symboliquement une coercition et une violence qui n'occupaient dans sa conduite personnelle qu'une place minime.[101] Cette distinction est capitale : le système colonial espagnol dans son ensemble — dont les missions ne furent qu'une des institutions, aux côtés des présides militaires et de l'encomienda — porte une responsabilité historique réelle dans les souffrances indiennes ; mais confondre ce système avec la personne et l'action propre d'un religieux qui s'est lui-même heurté à l'autorité militaire pour protéger les Indiens relève d'un raccourci que l'histoire sérieuse ne valide pas.

Les évêques de Californie, dans une déclaration commune de juin 2020 publiée après le déboulonnage de la statue du Golden Gate Park, rappellent ce même point : Serra fut, selon eux, un homme en avance sur son temps, qui consentit de grands sacrifices pour défendre et servir la population indigène.[102]

L'archevêque de Los Angeles, José Gómez, va dans le même sens en présentant Serra comme un défenseur des droits des autochtones et le premier saint hispanique du pays, et en rappelant une formule de Serra lui-même qui résume son intention constante : tous étaient venus et restés là dans le seul but du bien-être et du salut des Indiens.[103]

La mortalité indienne : maladie plutôt que violence délibérée

Sur la question, centrale dans la controverse, de la mortalité indienne dans les missions, les registres et travaux historiques convergent : l'essentiel du recul démographique s'explique par les épidémies — variole, rougeole, maladies vénériennes — introduites par le contact européen depuis le début de la colonisation, contre lesquelles ni Serra ni aucun médecin de son temps ne disposait de remède efficace, et non par une politique délibérée d'extermination.[104] Ce constat, documenté dès la période de la Sierra Gorda où la population avait déjà décliné avant même l'arrivée des franciscains, ne minimise pas la tragédie humaine vécue par les populations autochtones ; il interdit seulement de la réduire à une intention criminelle de Serra, que rien dans ses écrits ni dans son action propre ne permet d'établir.

Béatification (1988) : le miracle de sœur Marie-Boniface

Béatification et canonisation — infographie originale IA. Évocations illustrées ; California Catholic Conference et homélie du 23 septembre 2015 citées dans le texte.

Le procès de canonisation de Serra s'ouvre à Rome dans les années 1930. Il franchit une étape décisive avec la reconnaissance d'un miracle survenu en 1960 : sœur Marie-Boniface Dyrda, religieuse de Saint-Louis (Missouri) atteinte de lupus, est guérie après avoir été encouragée par son aumônier à prier l'intercession du bienheureux Serra.[105] Examiné par des commissions médicales à Saint-Louis puis à Rome entre 1985 et 1987, le cas est jugé médicalement inexplicable par la Congrégation pour les Causes des Saints ; saint Jean-Paul II reconnaît le miracle et béatifie Junípero Serra le 25 septembre 1988, à Rome.[106][107][108]

Canonisation par équipollence (23 septembre 2015)

Pour la canonisation, le pape François recourt à une procédure rare, la canonisation par équipollence (ou équivalente) : reconnaissant qu'un culte immémorial et une réputation de sainteté bien établie entourent déjà Serra depuis des décennies, le pape dispense de l'exigence habituelle d'un second miracle vérifié, procédure déjà employée pour d'autres figures comme sainte Hildegarde de Bingen ou saint Pierre Favre.[109][110] L'annonce en est faite le 15 janvier 2015, et la canonisation elle-même a lieu le 23 septembre 2015, lors de la messe présidée par François à la basilique du Sanctuaire national de l'Immaculée-Conception de Washington D.C., au cours de son premier voyage apostolique aux États-Unis — première cérémonie de canonisation jamais célébrée sur le sol des États-Unis.[111][112]

Dans son homélie, le pape présente Serra comme l'incarnation d'« une Église en sortie », une Église qui va porter partout la tendresse réconciliatrice de Dieu :

« Junípero a quitté sa terre natale et son mode de vie. Il était enthousiaste à l'idée d'ouvrir des chemins, d'aller à la rencontre de tant de gens, d'apprendre et de valoriser leurs coutumes et leurs modes de vie particuliers. » — Pape François, homélie de canonisation de Junípero Serra, Washington D.C., 23 septembre 2015[113]

« Il a continué d'avancer, parce que le Seigneur attendait. Il a continué, parce que ses frères et sœurs attendaient. Il a continué d'avancer jusqu'à la fin de sa vie. » — Pape François, ibid.[114]

Le pape insiste tout particulièrement sur la dimension de défense des Indiens qui constitue, selon lui, la clé de lecture correcte de l'œuvre missionnaire de Serra, contre les caricatures qui en feraient un simple agent de la colonisation :

« Junípero a cherché à défendre la dignité de la communauté autochtone, à la protéger de ceux qui l'avaient maltraitée et abusée. » — Pape François, ibid.[115]

Une controverse à ne pas trancher par le silence

L'Église, par la voix du pape François lui-même, n'a jamais nié que l'implantation coloniale espagnole ait causé aux communautés autochtones de Californie des souffrances réelles, ni que le système des missions, comme toute institution humaine de son temps, ait connu des abus locaux imputables à certains individus — soldats, voire quelques religieux isolés. Mais reconnaître cette part de vérité historique n'oblige nullement à accepter la thèse, non étayée par les sources primaires, selon laquelle Serra lui-même aurait été l'artisan personnel d'une politique de coercition et d'extermination. L'homme qui risqua sa vie à soixante ans pour arracher au vice-roi une charte protégeant les Indiens contre les soldats, qui intercéda pour la grâce de ses propres agresseurs, et dont l'intention constante fut, de son propre aveu rapporté par Mgr Gómez, le bien-être et le salut des Indiens, mérite d'être jugé sur ses actes documentés plutôt que sur le poids, réel mais collectif, d'un système colonial qui le dépassait très largement.

Héritage

Patron et mémoire vivante en Californie

Saint Junípero Serra demeure vénéré comme le père fondateur de l'implantation catholique en Californie et le patron des Hispano-Américains. Sa statue figure, aux côtés de celle de Ronald Reagan (qui a remplacé celle de Thomas Starr King en 2009), parmi les deux représentants de l'État de Californie au Capitole des États-Unis à Washington, dans la National Statuary Hall.[116][117] L'association laïque Serra International, fondée à Seattle en 1935 pour promouvoir les vocations sacerdotales et religieuses, porte son nom en hommage à son zèle missionnaire.[118][119]

Un héritage discuté mais irremplaçable pour l'histoire de la Californie

Que l'on considère son œuvre sous l'angle de la fondation d'un État — les villes de San Diego, Los Angeles, San Francisco, Santa Clara ou Ventura sont toutes nées d'une mission qu'il a fondée ou dont il est directement responsable — ou sous l'angle spirituel de son zèle missionnaire et de sa mortification, Serra reste une figure incontournable pour comprendre l'histoire religieuse et civile de l'ouest américain. Sa mission San Carlos Borromeo de Carmel, où reposent ses reliques, demeure un lieu de pèlerinage catholique actif, tandis que son procès de canonisation, loin de clore le débat historique sur le système des missions, invite précisément à l'approfondir avec rigueur — ce que Serra, professeur de philosophie avant d'être missionnaire, aurait sans doute lui-même exigé.

Repères chronologiques

  1. 24 novembre 1713
    Naissance à Petra

    Naissance à Petra, Majorque, dans une famille de paysans.

  2. 14 septembre 1730
    Entrée chez les Franciscains

    Noviciat au couvent de Jésus, Palma ; nom de religion « Junípero ».

  3. 1737
    Ordination sacerdotale

    Ordonné prêtre à Palma de Majorque.

  4. 1742
    Doctorat de théologie

    Doctorat à l'Université Lullienne ; chaire de philosophie Duns Scot.

  5. 1749
    Départ pour le Nouveau Monde

    Renonce à sa chaire et embarque avec Palóu pour la Nouvelle-Espagne.

  6. 1750-1758
    Missionnaire de la Sierra Gorda

    Neuf ans chez les Indiens Pames, au Mexique.

  7. 1767
    Supérieur de Basse-Californie

    Nommé à la tête des missions après l'expulsion des jésuites.

  8. 16 juillet 1769
    Fondation de San Diego de Alcalá

    Première des neuf missions de Haute-Californie fondées par Serra.

  9. 1770-1782
    Huit fondations supplémentaires

    San Carlos, San Antonio, San Gabriel, San Luis Obispo, San Francisco, San Juan Capistrano, Santa Clara, San Buenaventura.

  10. 1773
    La Representación

    Voyage à Mexico ; charte de 32 articles protégeant les Indiens des abus militaires.

  11. 1778
    Faculté de confirmer

    Reçoit le privilège exceptionnel d'administrer la confirmation.

  12. 28 août 1784
    Mort à Carmel

    Mort à la mission San Carlos Borromeo de Carmelo, à 70 ans.

  13. 25 septembre 1988
    Béatification

    Béatifié par saint Jean-Paul II (miracle de sœur Marie-Boniface Dyrda).

  14. 23 septembre 2015
    Canonisation

    Canonisé par équipollence par le pape François, à Washington D.C.

Pour aller plus loin

  • Saint Damien de Molokai (1840-1889) — autre missionnaire du XIXᵉ siècle entièrement voué à une population marginalisée, dont la mémoire a elle aussi suscité un débat historique sur les méthodes coloniales.
  • Saint Antoine-Marie Claret (1807-1870) — autre missionnaire fondateur, confronté comme Serra aux tensions entre pouvoir civil et protection des populations évangélisées.
  • Saint Daniel Comboni (1831-1881) — évêque missionnaire, défenseur des Africains contre les exactions de son temps, figure comparable de sainteté missionnaire engagée pour la dignité des peuples évangélisés.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (1913, NewAdvent), « Junipero Serra » (Zephyrin Engelhardt) : newadvent.org/cathen/13730b.htm. Naissance le 24 novembre 1713 à Petra, Majorque ; entrée en religion le 14 septembre 1730 ; doctorat de théologie et chaire de philosophie Duns Scot à l'Université Lullienne de Palma ; départ pour le collège de San Fernando (Mexico) en 1749 ; blessure à la jambe sur la route de Veracruz à Mexico ; mission de la Sierra Gorda ; fondation de San Diego le 16 juillet 1769 et des missions suivantes ; faculté de confirmer reçue en 1778, restreinte par le gouverneur Neve puis rétablie par le vice-roi Mayorga ; 5 309 confirmations lors des trois dernières années ; mort le 28 août 1784 à Carmel, Californie. Portrait moral : « his most conspicuous virtues were insatiable zeal, love of mortification, self-denial, and absolute confidence in God » (traduction française fidèle citée dans le corps).

    1 22 43 54 58 69 75 76 77
  2. Wikipedia (EN), « Junípero Serra » : en.wikipedia.org/wiki/Jun%C3%ADpero_Serra. Nom de baptême Miguel José Serra Ferrer ; entrée chez les Alcantarins de Palma le 14 septembre 1730 ; nom de religion Junípero en l'honneur de frère Junipère ; ordination 1737 ; doctorat et chaire Duns Scot jusqu'en 1749 ; départ en 1749, blessure à la jambe en marchant de Veracruz à Mexico ; mission de la Sierra Gorda (1750-1758) chez les Pames ; nomination comme supérieur de Basse-Californie en 1767 après l'expulsion des jésuites ; population indienne des missions de Basse-Californie passée d'environ 7 150 à 5 000 âmes entre 1767 et 1772 ; fondation de San Fernando de Velicatá le 14 mai 1769 ; arrivée à San Diego le 1er juillet 1769, fondation le 16 juillet 1769 ; mort du serviteur José María Vergerano le 15 août 1769 ; fondations de San Carlos (3 juin 1770), San Antonio (14 juillet 1771), San Gabriel (8 septembre 1771), San Luis Obispo (1er septembre 1772), San Francisco de Asís (29 juin/8 octobre 1776 selon les sources), San Juan Capistrano (1er novembre 1776), Santa Clara (12 janvier 1777), San Buenaventura (31 mars 1782) ; Representación de 1773 en 32 articles, 30 points tranchés en faveur de Serra, révocation de Fages en 1774 ; mort le 28 août 1784 à Carmel ; béatification 1988 ; canonisation par équipollence le 23 septembre 2015 à Washington D.C. ; statue de Monterey décapitée en octobre 2015, vandalisme à Santa Bárbara (2017) et San Gabriel (2017), statue du Golden Gate Park déboulonnée le 19 juin 2020. ⚠️ Source à sensibilité critique sur la controverse ; recoupée avec les sources catholiques ci-dessous pour la partie apologétique et magistérielle.

    2 4 6 8 10 13 15 23 24 25 27 29 32 36 37 38 40 42 44 46 47 48 49 52 53 55 56 57 64 65 68 70 71 85 88 91 93 94 104 107 109 112
  3. Abbaye Saint-Joseph de Clairval, notice hagiographique « Saint Junipero Serra » : clairval.com/en/saint-junipero-serra. Notice détaillée : enfance à Petra, salutation pieuse « Ameu a Déu ! », entrée en religion et atténuation des infirmités après les vœux (15 septembre 1731) ; traversée de 90 jours et discipline de la parole ; méthode missionnaire (chapelle, habitat, agriculture, évangélisation) ; voyage de 1773 à Mexico et Representación ; lettre au vice-roi après l'attaque de San Diego de 1775 (« s'ils devaient me tuer, ils devraient être pardonnés ») ; dernière tournée des missions et mort à Carmel le 28 août 1784, témoignage de Francisco Palóu ; déclaration des évêques de Californie de juin 2020 et propos de Mgr José Gómez. Source de piété franciscaine à recouper avec les sources académiques pour les faits, ce qui a été fait systématiquement dans cet article.

    3 7 12 14 18 19 26 28 30 33 60 62 63 66 67 72 74 79 80 81 82 84 102 103
  4. USCCB — Conférence des évêques catholiques des États-Unis, « Saint Junípero Serra » : usccb.org/offices/general-secretariat/saint-junipero-serra. Baptisé le jour de sa naissance en l'église Saint-Pierre de Petra ; entrée au noviciat franciscain en 1730 ; doctorat de théologie en 1742 ; départ en 1749, arrivée à Mexico le 1er janvier 1750 ; mission de la Sierra Gorda chez les Pames (1750-1758) ; volontaire pour la Haute-Californie en 1768 ; neuf missions fondées entre 1769 et 1782 ; 6 736 baptêmes d'Indiens de Californie recensés en 1784 ; mort le 28 août 1784 à la mission San Carlos ; béatification le 25 septembre 1988 ; canonisation le 23 septembre 2015 ; association Serra International fondée en son honneur.

    5 11 16 17 21 31 59 61 78 118
  5. Pape François, homélie de la messe de canonisation du bienheureux Junípero Serra, basilique du Sanctuaire national de l'Immaculée-Conception, Washington D.C., 23 septembre 2015 : vatican.va/content/francesco/en/homilies/2015/documents/papa-francesco_20150923_usa-omelia-washington-dc.html. Serra présenté comme l'incarnation d'« une Église en sortie » ; passages sur son départ de Majorque, son désir d'aller à la rencontre des peuples et de valoriser leurs coutumes, sa défense de la dignité des communautés autochtones contre les mauvais traitements ; devise « Siempre adelante ! » (Toujours de l'avant !) commentée comme fil conducteur de toute sa vie.

    9 86 87 111 113 114 115
  6. Francisco Palóu, Relación histórica de la vida y apostólicas tareas del venerable padre fray Junípero Serra (Mexico, Felipe de Zúñiga y Ontiveros, 1787). Biographie de première main par le compagnon de toujours de Serra, témoin oculaire de ses dernières années ; traduite en anglais par Maynard Geiger, Palóu's Life of Fray Junípero Serra (Washington D.C., Academy of American Franciscan History, 1955). Vœux solennels du 15 septembre 1731, missions de la Sierra Gorda, dernières années et mort à Carmel le 28 août 1784.

    20 83
  7. Wikipédia (FR), « Junípero Serra » : fr.wikipedia.org/wiki/Jun%C3%ADpero_Serra. Naissance le 24 novembre 1713 à Petra, Majorque ; nom de baptême Miguel José Serra Ferrer ; entrée chez les franciscains à Palma en 1730 ; départ pour le Nouveau Monde en 1746/1749 ; missions de la Sierra Gorda à partir de 1750 (Jalpan, Querétaro), missions classées UNESCO en 2003 ; neuf missions fondées en Haute-Californie de 1769 à sa mort ; controverse sur le traitement des populations autochtones (travail forcé, emprisonnement, interdiction des langues tribales) ; défenseurs évoquant une « influence modératrice » face à la violence coloniale ; béatification le 25 septembre 1988 par Jean-Paul II ; canonisation le 23 septembre 2015 par François à Washington ; pétition demandant l'annulation de la canonisation ; statue du Golden Gate Park déboulonnée en 2020 ; statue au Capitole des États-Unis (National Statuary Hall).

    34 92 95 116
  8. UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Franciscan Missions in the Sierra Gorda of Querétaro » (Mexique), inscrit en 2003 sur la base des critères culturels ii et iii (décision 27 COM 8C.26) : whc.unesco.org/en/list/1079. Cinq missions fondées au milieu du XVIIIᵉ siècle : Santiago de Jalpan, Tancoyol, Landa, Tilaco et Concá.

    35
  9. Catholic Answers Encyclopedia, « Junipero Serra » : catholic.com/encyclopedia/junipero-serra. Notice biographique reprenant la formation académique de Serra (doctorat, chaire Duns Scot), sa spiritualité pénitentielle (flagellation, cierge, pierre contre la poitrine en chaire) et son insatiable zèle missionnaire ; utile pour la caractérisation spirituelle, antérieure aux débats contemporains sur la canonisation.

    39 41 89
  10. Library of Congress, « Royal Decree of February 27, 1767 approving the deportation of the religious order of the Jesuits from the Spanish Empire » : loc.gov/item/2018751463. Décret royal signé le 27 février 1767 ordonnant l'expulsion des jésuites de tout l'Empire espagnol ; Catholic Encyclopedia (1913, NewAdvent), « California Missions » : newadvent.org/cathen/03177b.htm — le décret d'expulsion est publié à Mexico en juillet 1767, après quoi le vice-roi de Croix confie aux franciscains du collège de San Fernando les missions de Californie.

    45
  11. San Diego History Center — The Journal of San Diego History, vol. 59, n° 4 (2013), Rose Marie Beebe & Robert M. Senkewicz (trad. et éd.), « On the Road to San Diego: Junípero Serra's Baja California Diary » : sandiegohistory.org (PDF). Traduction académique du journal de l'expédition de 1769 rédigé par Serra lui-même : description de sa jambe enflammée, dialogue avec le gouverneur Gaspar de Portolá proposant de le faire porter en arrière, réponse de Serra sur sa confiance en Dieu et son refus de reculer même au prix de sa vie.

    50 51 90
  12. Rose Marie Beebe & Robert M. Senkewicz, Junípero Serra: California, Indians, and the Transformation of a Missionary (Norman, University of Oklahoma Press, 2015). ISBN 9780806148687. Biographie académique de référence, avec des traductions nouvelles de nombreuses lettres et écrits de Serra ; historiens de l'Université de Santa Clara.

    73 97 99
  13. National Catholic Reporter, « Controversial Junípero Serra supported by some Indigenous Catholics, California mission workers » : ncronline.org/news/controversial-jun-pero-serra-supported-some-indigenous-catholics-california-mission-workers. Présentation des travaux de Rose Marie Beebe et Robert Senkewicz (Université de Santa Clara), considérés comme les meilleurs biographes et historiens de Serra ; troisième voie historiographique refusant à la fois l'hagiographie sans ombre et la diabolisation ; citation de Senkewicz sur l'absence de preuve d'un rôle personnel de Serra dans la coercition brutale, et sur le fait qu'il en est devenu, au XXᵉ siècle, un symbole disproportionné par rapport à sa conduite réelle.

    96 98 101
  14. Lettre de Junípero Serra au commandant Fernando de Rivera y Moncada, 31 juillet 1775 : Serra y demande que des néophytes fugitifs de la mission de Carmel, ramenés par une expédition partie les rechercher dans la montagne, reçoivent deux ou trois flagellations. Lettre répertoriée dans le corpus pédagogique « Letters from Junípero Serra » (Teaching California, UC Berkeley History-Social Science Project) et citée par Elias Castillo, A Cross of Thorns: The Enslavement of California's Indians by the Spanish Missions (reprise : SJSU Washington Square, « Debunking the Mission Myth », 12 décembre 2014).

    100
  15. California Catholic Conference, « The Miracle of Blessed Father Serra » : cacatholic.org/article/miracle-blessed-father-serra. Guérison en 1960 de sœur Marie-Boniface Dyrda, atteinte de lupus, à Saint-Louis (Missouri), après une prière d'intercession à Junípero Serra ; examen par des commissions médicales à Saint-Louis puis à Rome entre 1985 et 1987 ; conclusion d'absence d'explication médicale ; reconnaissance du miracle par Jean-Paul II et béatification le 25 septembre 1988.

    105 106
  16. Saint Jean-Paul II, béatification de Junípero Serra, Rome, 25 septembre 1988 ; miracle reconnu : la guérison de sœur Marie-Boniface Dyrda, religieuse de Saint-Louis (Missouri) atteinte de lupus, survenue en 1960 après une prière d'intercession à Serra.

    108
  17. California Catholic Conference, « Padre Junípero Serra – The path to canonization » : cacatholic.org/resources/camission-saint-junipero-serra/padre-junipero-serra-path-canonization/. Canonisation par équipollence décidée par le pape François (annonce du 15 janvier 2015) : dispense de l'exigence habituelle des miracles vérifiés, en raison du culte déjà établi.

    110
  18. Sénat des États-Unis, chronologie officielle de la Californie : senate.gov/states/CA/timeline.shtml. Le 3 juin 2009, la statue de Ronald Reagan est dévoilée au Capitole dans la National Statuary Hall Collection, en remplacement de celle de Thomas Starr King offerte par la Californie en 1931 ; le rapport du Congressional Research Service R42812 (« National Statuary Hall Collection », tableau des statues remplacées) confirme : Californie, 2009, Thomas Starr King remplacé par Ronald Wilson Reagan.

    117
  19. Serra International, association laïque de promotion des vocations sacerdotales et religieuses, fondée à Seattle en 1935 sous le patronage de Junípero Serra (fédération des clubs en 1938) : serrainternational.org.

    119