Sainte Marguerite d'Youville (1701-1771) est une veuve de Nouvelle-France, fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal — les fameuses « Sœurs grises » — et directrice de l'Hôpital Général de Montréal pendant près d'un quart de siècle.[2][3] Petite-fille d'une famille de la noblesse coloniale ruinée par un mariage désastreux, elle est veuve à vingt-huit ans, chargée de dettes et de jeunes enfants, avant de fonder en secret, avec trois compagnes, une œuvre qui deviendra l'une des plus grandes congrégations charitables d'Amérique du Nord.
Moquée d'abord sous le sobriquet de « grise » — à la fois allusion à la couleur et au commerce d'alcool de son défunt mari —, elle prend en 1747 la direction d'un hôpital général en faillite et le relève méthodiquement, malgré deux incendies majeurs, une guerre de conquête et l'effondrement de la monnaie coloniale.[4][5] Son gouvernement de l'établissement, où se croisent pauvres, malades, enfants trouvés et prisonniers de guerre, ne va pas sans zones d'ombre : comme la plupart des institutions et des notables de son temps, elle et l'Hôpital Général possédèrent des personnes réduites en esclavage domestique — un fait que le présent article n'élude pas, mais situe avec la rigueur historique qu'il requiert.[6]
Déclarée vénérable, puis béatifiée par Jean XXIII le 3 mai 1959 sous le titre de « Mère de la Charité universelle », elle est canonisée par Jean-Paul II le 9 décembre 1990 — devenant la première Canadienne née sur le sol du pays à être inscrite au nombre des saints.[7][8] Le présent article traite la sainte elle-même ; la Congrégation des Sœurs Grises comme institution contemporaine est évoquée dans son héritage, mais renvoyée, le cas échéant, à son propre article.
Varennes et Montréal : l'enfance et la jeunesse (1701-1722)
Une famille de la noblesse coloniale
Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais naît le 15 octobre 1701 à Varennes, petite seigneurie au bord du Saint-Laurent, en aval de Montréal.[9][10] Elle est l'aînée d'une fratrie de six enfants de Christophe Dufrost de Lajemmerais, officier d'origine bretonne appartenant à une ancienne famille noble installée au Canada depuis 1687, et de Marie-Renée Gaultier de Varennes, fille du gouverneur de Trois-Rivières.[11] Par sa mère, elle appartient à l'une des familles les plus anciennement établies de la colonie ; par son père, à une noblesse militaire arrivée récemment mais bien introduite.
Le contrat de mariage de ses parents, comme celui qu'elle signera elle-même plus tard, reflète ce rang : elle est promise, dès sa naissance, à une existence de notable coloniale. Cette promesse se brise dès 1708, lorsque son père meurt alors qu'elle n'a que sept ans, laissant la famille dans une gêne financière durable.[12][13] Sa mère se remarie ensuite avec un chirurgien d'origine irlandaise, Timothy Sullivan — union qui, selon les biographes, ternit quelque peu les perspectives sociales de la jeune Marguerite dans une société coloniale attentive aux alliances.[14]
Le pensionnat des Ursulines de Québec
Vers 1712, à l'âge de onze ans, Marguerite est envoyée comme pensionnaire au couvent des Ursulines de Québec, où elle demeure environ deux ans.[15][16] Cette formation, brève mais solide pour l'époque, lui donne les rudiments de lecture, d'écriture et de piété qui structureront toute sa vie — et sans doute aussi le goût de l'ordre et de la gestion rigoureuse qu'elle déploiera plus tard à la tête d'un hôpital en faillite. Vers treize ans, elle revient à Varennes seconder sa mère, désormais chargée d'une famille recomposée aux moyens modestes.
Un mariage malheureux (1722-1730)
François d'Youville, la traite illicite et les dettes
Le 12 août 1722, en l'église Notre-Dame de Montréal, Marguerite épouse François-Madeleine You d'Youville, jeune homme de bonne famille mais, selon le mot d'un biographe, « aventurier de moralité douteuse ».[17] Le contrat de mariage, généreux, lui garantit un douaire de six mille livres — signe que les Dufrost restent, malgré leur gêne, une famille de rang.[18] Mais François d'Youville, comme son propre père avant lui, se livre à la vente illicite d'alcool aux Amérindiens contre des fourrures, pratique formellement prohibée par les autorités coloniales et cause de scandale récurrent.[19][20]
Le couple a six enfants, dont quatre meurent en bas âge ; les deux survivants, un fils et un autre, entreront tous deux dans les ordres — fait que le pape Jean XXIII lui-même rappellera lors de sa béatification, y voyant le fruit d'une éducation maternelle exemplaire au sein même d'un foyer éprouvé.[21] François d'Youville meurt le 4 juillet 1730, après huit années d'un mariage que les biographes qualifient unanimement de malheureux, laissant Marguerite veuve à vingt-huit ans, enceinte de son dernier enfant, et une succession grevée de dettes qu'elle renonce formellement à assumer par voie de justice.[22][23]
Le veuvage et le tournant intérieur
C'est dans les années qui suivent ce veuvage que Marguerite d'Youville traverse ce que ses biographes appellent sa conversion intérieure : la découverte d'une confiance radicale en la Providence divine, qui deviendra le trait dominant de toute sa spiritualité ultérieure.[24] Son confesseur d'alors, le sulpicien M. de Lescöat, lui aurait dit un jour, alors qu'elle se désolait de son sort :
« Console-toi, Madame, Dieu vous destine à de grandes œuvres. » — M. de Lescöat, confesseur de Marguerite d'Youville, cité par la tradition congréganiste[25]
Ces mots, retenus par toutes les biographies anciennes de la sainte, annoncent avec une justesse frappante ce qui allait suivre : une veuve sans fortune, chargée d'enfants et de dettes, deviendrait en quelques années la fondatrice d'une œuvre charitable appelée à traverser trois siècles.
La fondation secrète des « Sœurs grises » (1737-1745)
L'engagement du 31 décembre 1737
À partir de 1737, Marguerite d'Youville commence à recueillir chez elle des personnes démunies — dont, selon la tradition, une femme aveugle — avec l'aide de quelques compagnes.[26] Le 31 décembre 1737, elle et trois d'entre elles — Catherine Cusson, Marie-Catherine Demers Dessermont et Marie-Louise Thaumur de La Source — s'engagent en secret à consacrer leur vie au service des pauvres.[27][28] Cette date est retenue comme celle de la fondation des Sœurs de la Charité de Montréal, puisque la fondation de nouvelles communautés religieuses était alors, en principe, prohibée en Nouvelle-France sans autorisation royale expresse.[29]
Les moqueries et le sobriquet des « grises »
L'entreprise se heurte d'emblée à une hostilité tenace. Des rumeurs malveillantes accusent les compagnes de Marguerite d'Youville de poursuivre le commerce d'alcool de son défunt mari ; on les surnomme par dérision « les grises » — jeu de mots cruel désignant à la fois la couleur de leur habit à venir et l'état d'ébriété supposé.[30][31] Amis, parents et jusqu'aux pauvres qu'elles secourent participent parfois de ces moqueries.[32] Marguerite d'Youville et ses compagnes ne répondent pas par la polémique, mais par la persévérance : le sobriquet, retourné avec le temps, deviendra un nom d'honneur assumé jusqu'à aujourd'hui par la congrégation.
L'incendie de 1745 et l'Engagement primitif
Dans la nuit du 31 janvier 1745, un incendie détruit la maison qui abrite la petite communauté.[33] Loin de s'en désoler, Marguerite d'Youville y voit une occasion providentielle de dépouillement :
« Peut-être étions-nous trop à l'aise. Maintenant nous devrons vivre plus pauvrement ! » — Marguerite d'Youville, au lendemain de l'incendie de 1745[34]
Deux jours plus tard, le 2 février 1745, Marguerite et ses compagnes signent l'Engagement primitif (aussi appelé Acte d'Union), document fondateur par lequel elles s'obligent à mettre tous leurs biens en commun et à « recevoir, nourrir et entretenir » autant de pauvres qu'elles pourront soutenir, pour le reste de leur vie.[35] Cet acte, que chaque nouvelle religieuse de la congrégation signe encore aujourd'hui à son tour, marque le passage d'un engagement personnel et secret à une véritable règle de vie communautaire.[36]
La prise en charge de l'Hôpital Général de Montréal (1747-1765)
Un établissement en faillite
Fondé en 1694 par les Frères hospitaliers de Saint-Joseph, dits « Frères Charon », l'Hôpital Général de Montréal décline pendant les décennies suivantes, faute de vocations et de ressources, jusqu'à se trouver, au milieu des années 1740, dans un état de quasi-faillite, grevé d'une dette d'environ quarante mille livres.[37] Le 27 août 1747, une ordonnance royale confie à Marguerite d'Youville et à ses compagnes la direction provisoire de l'établissement ; l'installation effective a lieu le 7 octobre 1747.[38][39]
Contrairement à l'usage antérieur, réservé aux hommes, Marguerite d'Youville ouvre l'hôpital aux pauvres des deux sexes, aux soldats invalides, aux personnes âgées, aux filles-mères, aux enfants trouvés et, pendant la guerre, aux prisonniers britanniques blessés qu'elle fait aussi employer contre rémunération.[40][41] Une pouponnière pour enfants abandonnés, ouverte en 1761, recevra plus de trois cents nourrissons en onze ans.[42]
L'ordonnance de 1750 et les lettres patentes de 1753
La gestion de Marguerite d'Youville, d'abord provisoire, est contestée : une ordonnance de 1750 révoque temporairement son autorité, avant d'être annulée l'année suivante à la faveur d'une nouvelle enquête administrative.[43] Elle finit par l'emporter en offrant elle-même de rembourser intégralement les dettes de l'établissement — geste qui emporte la décision royale. Le 3 juin 1753, des lettres patentes de Louis XV reconnaissent officiellement la communauté sous le nom de Sœurs de la Charité de l'Hôpital Général de Montréal et la chargent définitivement de l'administration de l'hôpital.[44][45]
Sous sa direction, l'établissement devient un modèle d'ingéniosité économique : confection de voiles et de tentes pour la marine, fabrication d'hosties et de cierges, séchage et vente de tabac, accueil de dames pensionnaires payantes, exploitation d'une ferme et d'un moulin.[46][47] En 1755, la communauté adopte son habit gris-beige distinctif, symbole d'humilité choisi à dessein plutôt que le noir des grands ordres établis ; le dicton populaire montréalais — « va voir les Sœurs grises, elles ne refusent jamais rien » — atteste la réputation de disponibilité totale que la communauté s'est forgée dès cette époque.[48]
| Étape | Date | Nature de l'acte |
|---|---|---|
| Ordonnance de direction provisoire | 27 août 1747 | Autorité coloniale |
| Installation effective à l'Hôpital Général | 7 octobre 1747 | — |
| Ordonnance révoquant la gestion | 1750 | Contestation administrative |
| Annulation de la révocation | 1751 | Nouvelle enquête |
| Lettres patentes royales définitives | 3 juin 1753 | Louis XV |
| Adoption de l'habit gris-beige | 1755 | Constitution communautaire |
La guerre de Conquête et l'incendie du 18 mai 1765
Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), Marguerite d'Youville et ses sœurs soignent indifféremment les blessés des deux camps, français et britannique.[49] Après la Conquête, le gouverneur militaire britannique James Murray — puis, selon certaines sources, son successeur Thomas Gage — reconnaît ce service par un don ponctuel aux Sœurs de la Charité, signe d'une estime qui traverse le changement de régime plutôt que d'une réprobation.[50] La dévaluation brutale de la monnaie de papier française, à la chute du régime colonial, prive néanmoins l'hôpital d'une grande partie des sommes qui lui étaient dues : sur les 120 800 livres espérées, il n'en recevra que 40 100.[51]
Le 18 mai 1765, un incendie majeur ravage plus de cent maisons de Montréal, dont l'Hôpital Général lui-même : dix-huit sœurs infirmes, dix-sept dames pensionnaires, une soixantaine de pauvres et une quinzaine d'enfants illégitimes se retrouvent à la rue.[52] Face au désastre, Marguerite d'Youville rassemble ses filles terrifiées et leur ordonne, avant toute autre initiative, de rendre grâce :
« Nous allons remercier Dieu à genoux pour la croix qu'il vient de nous envoyer, en récitant le Te Deum. » — Marguerite d'Youville, la nuit de l'incendie du 18 mai 1765[53]
Elle ajoute alors, avec une assurance qui restera célèbre dans la tradition des Sœurs Grises : « Soyez tranquilles, la maison ne brûlera plus. »[54] La reconstruction commence dès le mois suivant, avec l'aide financière du séminaire de Saint-Sulpice ; l'hôpital sera intégralement libéré de ses dettes vers 1769.[55] Un an avant sa mort, Marguerite d'Youville résume elle-même l'ampleur de la charge portée par sa petite communauté : « Nous sommes dix-huit Sœurs, toutes infirmes, qui conduisons une maison où il y a cent soixante-dix personnes à nourrir. »[56]
Marguerite d'Youville a-t-elle possédé des esclaves ?
Une encyclopédie rigoureuse ne peut passer sous silence un fait aujourd'hui bien documenté : Marguerite d'Youville, comme son mari avant elle et comme l'Hôpital Général qu'elle dirigea, posséda des personnes réduites en esclavage — pratique alors légale et socialement banalisée en Nouvelle-France.[57] L'historien Marcel Trudel, dans son ouvrage fondateur L'esclavage au Canada français (1960), dénombre environ 4 200 personnes réduites en esclavage sur le territoire laurentien entre le milieu du XVIIᵉ siècle et 1834, dont près des trois quarts d'origine amérindienne — les « Panis » — et un quart d'origine africaine ; l'Église, toutes institutions confondues, en détient environ une centaine, essentiellement comme domestiques.[58]
Ce que montrent les archives, et ce qu'elles ne montrent pas
Selon Trudel lui-même, Marguerite d'Youville posséda personnellement trois ou quatre esclaves domestiques, et l'Hôpital Général en détint trois durant la période de sa direction — des chiffres qui la situent loin de la trentaine de propriétaires les plus importants recensés par l'historien (dix à trente esclaves chacun).[59] L'historienne Dominique Laperle, dans une étude publiée en 2022 par la Société canadienne d'histoire de l'Église catholique consacrée précisément à examiner la façon dont les encyclopédies en ligne traitent ce dossier, dépouille les registres comptables de l'Hôpital Général et conclut : « la participation de l'Hôpital-Général à la traite des esclaves ne peut pas être démontrée ».[60] Elle relève par ailleurs qu'une partie des personnes présentées par certaines notices comme des « esclaves achetés et vendus » par Marguerite d'Youville étaient en réalité des prisonniers de guerre britanniques, dont la propriété relevait sans ambiguïté de l'autorité militaire de l'époque, et non d'un commerce privé.[61]
Laperle ne nie à aucun moment le fait central — « le but de ce texte n'est pas de nier que l'Hôpital-Général et Marguerite d'Youville possédèrent des esclaves. C'est un fait avéré »[62] —, mais elle invite à la nuance historienne plutôt qu'à l'anachronisme : les personnes réduites en esclavage en Nouvelle-France, à la différence du système colonial des Antilles ou des colonies britanniques du Sud, étaient le plus souvent baptisées, portaient le patronyme de leur propriétaire, pouvaient se marier, recevaient une sépulture chrétienne et pouvaient témoigner en justice ou lors de mariages — réalité qui n'efface en rien l'injustice radicale de leur condition, mais qui distingue le contexte colonial français de la traite atlantique de plantation.[63]
Un jugement moral que l'Église porte aujourd'hui sans ambiguïté
Le présent article ne cherche ni à excuser ni à minimiser ce fait : la possession d'êtres humains, quelle qu'en soit la forme, est aujourd'hui reconnue par le Magistère lui-même comme un mal intrinsèque. Le concile Vatican II range explicitement l'esclavage parmi les pratiques qui « déshonorent la civilisation » et « corrompent ceux qui s'y livrent plus qu'elles n'humilient ceux qui les subissent », l'énumérant aux côtés des atteintes les plus graves à la dignité humaine.[64] Jean-Paul II, dans l'encyclique Veritatis Splendor, reprend cette liste et qualifie de « intrinsèquement mauvaises » les actions qui réduisent l'être humain à un simple instrument de profit, y compris l'esclavage.[65]
Marguerite d'Youville vécut dans une société où cette pratique, quoique déjà condamnée en son principe par certains théologiens depuis le XVIᵉ siècle — la bulle Sublimis Deus de Paul III (1537) affirme dès cette époque la pleine humanité et la liberté naturelle des peuples soumis à la colonisation —, demeurait néanmoins un fait social non questionné par l'immense majorité de ses contemporains, y compris parmi le clergé et les congrégations religieuses les plus charitables.[66] Reconnaître cette part d'ombre ne diminue en rien l'authenticité de son dévouement aux plus pauvres ; elle rappelle simplement qu'aucune sainteté humaine ne s'exerce hors du temps et des aveuglements collectifs de son époque — vérité que l'hagiographie catholique la plus sérieuse a toujours reconnue, plutôt que de la dissimuler.
La spiritualité de Marguerite d'Youville
Une confiance absolue en la Providence
Le trait le plus constant de la spiritualité de Marguerite d'Youville est une confiance radicale en la Providence divine, forgée dans l'épreuve du veuvage et de la pauvreté. Elle l'exprime elle-même en des termes d'une simplicité désarmante :
« Je laisse tout à la divine Providence, ma confiance est en elle ; tout arrivera d'une manière agréable à Dieu. » — Marguerite d'Youville[67]
Cette confiance ne se limite jamais à la résignation passive : elle s'accompagne d'une action méthodique, presque entrepreneuriale, au service des pauvres. Marguerite d'Youville résume elle-même cette articulation entre abandon et initiative lorsqu'elle affirme, à propos de la gestion contestée de l'Hôpital Général : « Si Dieu nous appelle à gouverner cette maison, son dessein réussira ; les obstacles et l'opposition des hommes ne doivent pas nous troubler. »[68]
Le service des pauvres sans aucune distinction
La deuxième caractéristique de sa spiritualité est le refus de toute hiérarchie dans la charité : hommes et femmes, colons et prisonniers ennemis, enfants légitimes et enfants trouvés, tous trouvent place à l'Hôpital Général sans distinction de statut ni de mérite.[69] Jean-Paul II, lors de la canonisation, salue précisément cette qualité :
« La fondatrice des « Sœurs grises » nous donne un grand exemple : elle a su maîtriser ses déceptions, accepter la souffrance comme la croix du Christ. Abandonnée entre les mains de la Providence, elle a poursuivi sa route dans l'espérance. La confiance ne l'a jamais quittée… Elle a remis entièrement sa vie entre les mains du Créateur. » — Jean-Paul II, homélie de canonisation, basilique Saint-Pierre, 9 décembre 1990[70]
Cette parole résume, mieux qu'aucune autre, l'ensemble d'une existence marquée par le deuil, la calomnie, la faillite et l'incendie, mais jamais par le découragement. Jean XXIII, trente et un ans plus tôt, avait déjà pressenti ce ressort intérieur en la déclarant bienheureuse :
« L'amour surnaturel des pauvres, des malades, des déshérités, fut le ressort secret qui anima cette grande âme. » — Jean XXIII, discours aux pèlerins canadiens, 4 mai 1959[71]
La mort et les derniers jours (1771)
Frappée d'une première attaque le 9 décembre 1771, puis d'une seconde le 13 décembre, Marguerite d'Youville s'éteint à Montréal le 23 décembre 1771, vers vingt heures trente, à l'âge de soixante-dix ans.[72][73] Selon un témoignage recueilli par la tradition congréganiste, une croix lumineuse serait apparue dans le ciel au moment précis de sa mort — épisode que l'hagiographie retient sans en faire un fondement de la cause de canonisation, laquelle repose sur des critères bien distincts.[74] Sa dépouille, d'abord conservée à l'Hôpital Général, est transférée en 2010 à la basilique Sainte-Anne de Varennes, dans sa paroisse natale.[75][76]
La cause de canonisation
De vénérable à bienheureuse (1890-1959)
Ses écrits spirituels ayant été approuvés par les théologiens le 1er février 1888, la cause en béatification est formellement introduite le 28 avril 1890 et elle reçoit le titre de servante de Dieu[77] ; elle est déclarée vénérable par Pie XII le 3 mai 1955, par le décret sur l'héroïcité des vertus.[78] Elle est ensuite béatifiée par le pape Jean XXIII le 3 mai 1959. Le lendemain, recevant les pèlerins canadiens venus à Rome pour l'occasion, le pape salue en elle une gloire nationale naissante :
« C'est la première fois qu'une fleur de sainteté éclose sur le sol même du Canada s'épanouit sous les voûtes de Saint-Pierre. » — Jean XXIII, discours aux pèlerins canadiens, 4 mai 1959[79]
Il rappelle à cette occasion qu'elle fut « une épouse vertueuse dans le malheur, une veuve pleine de dignité et de courage, une mère exemplaire », dont deux des six enfants devinrent prêtres, et que son esprit anime alors, en 1959, environ sept mille religieuses réparties en six branches indépendantes à travers le monde.[80]
Le miracle de canonisation et le témoignage d'une hématologue
Le miracle retenu pour la canonisation est la rémission durable et médicalement inexpliquée d'une jeune patiente atteinte d'une leucémie aiguë myéloblastique, forme grave de cancer du sang au pronostic alors jugé sans espoir.[81] Le dossier acquiert une notoriété particulière grâce au témoignage de l'hématologue canadienne Jacalyn Duffin, alors jeune médecin, appelée à examiner « à l'aveugle » les lames sanguines de la patiente sans être informée de l'usage qui en serait fait : son diagnostic confirme la gravité extrême du cas initial, ce qui rend la guérison durable d'autant plus inexplicable au regard de la médecine.[82] Duffin ne découvrira que plus tard que son expertise avait servi de pièce médicale au dossier romain de canonisation de Marguerite d'Youville ; l'épisode l'engagera dans des recherches approfondies sur la place de la médecine dans les procès de canonisation, publiées en 2009 sous le titre Medical Miracles: Doctors, Saints, and Healing in the Modern World.[83]
Le 9 décembre 1990, en la basilique Saint-Pierre de Rome, Jean-Paul II canonise Marguerite d'Youville, faisant d'elle la première Canadienne née sur le sol du pays à être inscrite au nombre des saints de l'Église catholique.[84][85]
| Étape | Date | Pape |
|---|---|---|
| Ouverture de la cause (servante de Dieu) | 28 avril 1890 | Léon XIII |
| Décret de vénérabilité (héroïcité des vertus) | 3 mai 1955 | Pie XII |
| Béatification | 3 mai 1959 | Jean XXIII |
| Canonisation | 9 décembre 1990 | Jean-Paul II |
Héritage et postérité
Les Sœurs Grises aujourd'hui
À la mort de Marguerite d'Youville, en 1771, sa communauté ne comptait qu'une poignée de religieuses ; en 1959, au moment de sa béatification, on en dénombrait déjà environ sept mille, réparties en plusieurs branches autonomes.[86] Ces branches, fondées à partir des années 1840 par essaimage depuis la maison-mère de Montréal, essaimèrent à leur tour à Saint-Hyacinthe (1840), Ottawa (1845, sous l'impulsion de sœur Élisabeth Bruyère), Québec (1849), au Manitoba (1844) et en Alberta (1859), puis aux États-Unis (1855), au Brésil (1957) et en Afrique (Tunisie, Cameroun, Nigeria, ex-Zaïre, dans les années 1960-1970).[87] Comme la plupart des congrégations enseignantes et hospitalières occidentales, les Sœurs Grises ont connu depuis un déclin démographique marqué, sans que l'œuvre fondée dans un hôpital en faillite du Régime français cesse pour autant de se poursuivre, sous des formes renouvelées, dans plusieurs pays.[88]
Patronage et lieux de mémoire
Sainte Marguerite d'Youville demeure vénérée comme la patronne des veuves, des hôpitaux catholiques et des œuvres de charité au Canada. L'ancien Hôpital Général de Montréal, dans le Vieux-Montréal, abrite aujourd'hui les archives de la congrégation et un musée consacré à sa fondatrice.[89] Sa dépouille repose depuis 2010 en la basilique Sainte-Anne de Varennes, son village natal.[90] Contemporaine, à une génération de distance, de sainte Marguerite Bourgeoys, cofondatrice de Montréal et fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame, elle incarne avec elle la place décisive tenue par des femmes consacrées non cloîtrées dans l'implantation de l'Église en terre canadienne — l'une par l'école, l'autre par l'hôpital, mais toutes deux au service concret des plus vulnérables d'une colonie naissante. Sa figure rejoint aussi, par-delà la frontière, celle de sainte Élisabeth Ann Seton (1774-1821), veuve elle aussi devenue fondatrice des Sœurs de la Charité aux États-Unis deux générations plus tard — deux veuves nord-américaines dont le deuil se change, par la grâce, en fécondité maternelle universelle.
Au terme d'une vie qui commence dans une seigneurie endettée et s'achève à la tête d'un hôpital relevé de ses ruines par trois fois, Marguerite d'Youville aura montré, comme le rappellent tour à tour les deux papes qui l'ont glorifiée, qu'une confiance absolue en la Providence peut transformer le deuil, la calomnie et l'incendie en une œuvre de charité traversant les siècles.
Pour aller plus loin
- Sainte Marguerite Bourgeoys (1620-1700) — cofondatrice de Montréal et fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame, une génération avant Marguerite d'Youville.
- Sainte Élisabeth Ann Seton (1774-1821) — veuve américaine, fondatrice des Sœurs de la Charité aux États-Unis.
- Saint François de Laval (1623-1708) — premier évêque de la Nouvelle-France, un demi-siècle avant l'épiscopat sous lequel vécut Marguerite d'Youville.
- Les Sœurs de la Charité de Montréal (Sœurs grises) — la congrégation qu'elle fonda, aujourd'hui présente sur plusieurs continents.
Notes et références
Conférence des évêques catholiques du Canada, Liturgical Calendar Proper to the Dioceses of Canada (calendrier national approuvé, 27 janvier 2016) : cccb.ca/wp-content/uploads/2017/09/nationallitcalender2016_01_27.pdf — octobre : « 16. St. Marguerite d'Youville, Religious — Memorial ». Au calendrier romain général, le 23 décembre porte la mémoire facultative de saint Jean de Kenty, prêtre — Marguerite d'Youville n'y est pas inscrite ; le 23 décembre est son dies natalis (mort à Montréal le 23 décembre 1771, attestée par Caritatis Praeconium : « die vicesimo tertio mensis Decembris anno millesimo septingentesimo septuagesimo primo »). Voir aussi l'Encyclopédie canadienne : « St. Marie-Marguerite d'Youville's Catholic feast day is October 16 » (thecanadianencyclopedia.ca).
1Claudette Lacelle, « DUFROST DE LAJEMMERAIS, MARIE-MARGUERITE, dite d'Youville », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4 (1771-1800), Université Laval / University of Toronto, 2003 [1979] : biographi.ca/fr/bio/dufrost_de_lajemmerais_marie_marguerite_4F.html. Notice académique de référence, citant notamment les archives coloniales françaises (AN, Col., C11A) et notariales de Montréal (ANQ-M), les archives des Sœurs Grises de Montréal (ASGM), ainsi que les biographies plus anciennes de Ferland-Angers et Faillon. Faits retenus : naissance à Varennes le 15 octobre 1701 ; famille noble (Dufrost de Lajemmerais, Gaultier de Varennes) ; mariage le 12 août 1722 ; commerce illicite d'alcool du mari et de son père ; six enfants, quatre morts en bas âge ; veuvage le 4 juillet 1730, renonciation à une succession endettée ; fondation du 31 décembre 1737 ; incendie de 1745 ; prise en charge de l'Hôpital Général le 27 août 1747 ; endettement initial de près de 40 000 livres ; lettres patentes royales du 3 juin 1753 ; innovations économiques (couture, voiles, tentes, hosties, cierges, tabac) ; incendie du 18 mai 1765 touchant 18 sœurs, 17 pensionnaires, 63 pauvres et 16 enfants illégitimes ; acquisition de la seigneurie de Châteauguay ; mort le 23 décembre 1771 après une attaque de paralysie.
2 4 9 11 12 15 18 19 22 27 30 37 38 40 44 46 49 52 69 73 85Sœurs Grises de Montréal, « Our History » : sgm.qc.ca/en/the-grey-nuns/our-history/. Source institutionnelle pour : l'engagement secret du 31 décembre 1737 ; l'Engagement primitif (Acte d'Union) signé le 2 février 1745 après l'incendie, avec la formule « recevoir, nourrir et entretenir » ; l'adoption de l'habit gris-beige en 1755 et le dicton populaire associé ; les lettres patentes royales de 1753 ; l'essaimage de la congrégation à Saint-Hyacinthe (1840), Ottawa (1845), Québec (1849), au Manitoba (1844), en Alberta (1859), aux États-Unis (1855), au Brésil (1957) et en Afrique (1960-1970) ; le transfert de la dépouille de la fondatrice à Varennes en 2010.
3 28 29 35 36 48 75 87 88 90Ligne du temps de l'histoire des femmes au Québec, « Marguerite d'Youville (1701-1771) » : histoiredesfemmes.quebec/marguerite-dyouville-1701-1771/. Source des dates précises : naissance (15 octobre 1701), mariage (12 août 1722), veuvage (4 juillet 1730), fondation (31 décembre 1737), ordonnance de prise en charge de l'Hôpital Général (27 août 1747) et installation (7 octobre 1747), lettres patentes (1753), ordonnance de révocation de la gestion (1750) et son annulation (1751), incendie de 1745, dévaluation de la monnaie de papier française (120 800 livres espérées, 40 100 reçues), mort (23 décembre 1771).
5 10 33 39 43 45 51Dominique Laperle, « La question des esclaves de mère Marguerite d'Youville et de l'Hôpital Général de Montréal dans les notices de Wikipédia », Société canadienne d'histoire de l'Église catholique (SCHEC), 14 mars 2022 : schec.ca/la-question-des-esclaves/. Analyse historiographique s'appuyant sur les archives des Sœurs Grises de Montréal (registres d'entrée, comptes) et sur Marcel Trudel, L'esclavage au Canada français, Presses de l'Université Laval, 1960. Faits retenus : environ 4 185 esclaves recensés par Trudel en Nouvelle-France/Bas-Canada (1632-1834), dont environ trois quarts de « Panis » (Amérindiens) et un quart d'origine africaine ; Marguerite d'Youville et son mari possédèrent personnellement trois ou quatre esclaves ; l'Hôpital Général en posséda trois durant sa direction ; absence de preuve d'un commerce d'esclaves à l'échelle de l'établissement ; amalgame fréquent, dans certaines notices, entre esclaves domestiques et prisonniers de guerre britanniques (dont la garde relevait de l'autorité militaire) ; don du gouverneur militaire britannique reconnaissant les services de Marguerite d'Youville après la Conquête ; contexte juridique distinctif de l'esclavage nord-américain français (baptême, patronyme du propriétaire, mariage autorisé, sépulture chrétienne, témoignage en justice possible) par rapport à la traite atlantique de plantation.
6 50 57 58 59 60 61 62 63 66Jean XXIII, discours aux pèlerins canadiens venus à Rome pour la béatification de Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais, veuve d'Youville, 4 mai 1959 (texte consulté directement sur le site officiel du Saint-Siège) : vatican.va/content/john-xxiii/fr/speeches/1959/documents/hf_j-xxiii_spe_19590504_margherita-youville.html. Passages cités : sur la première « fleur de sainteté éclose sur le sol même du Canada » ; sur Marguerite d'Youville « épouse vertueuse dans le malheur, une veuve pleine de dignité et de courage, une mère exemplaire », dont deux des six enfants devinrent prêtres ; sur « l'amour surnaturel des pauvres, des malades, des déshérités » comme « ressort secret » de sa vie ; sur les « quelque 7000 religieuses, groupées en six rameaux indépendants » qui perpétuaient son œuvre en 1959.
7 21 71 79 80 86Jean-Paul II, homélie de la messe de canonisation de Marguerite d'Youville, basilique Saint-Pierre de Rome, 9 décembre 1990 (document officiel du Saint-Siège, texte consulté via sa reproduction par l'Abbaye Saint-Joseph de Clairval, Lettre aux Amis de Saint-Joseph de Clairval n° du 30 septembre 2001, et recoupé avec une reproduction indépendante en anglais) : vatican.va/content/john-paul-ii/it/homilies/1990/documents/hf_jp-ii_hom_19901209_s-margherita-d-youville.html. Passage cité : « la fondatrice des « Sœurs grises » nous donne un grand exemple : elle a su maîtriser ses déceptions, accepter la souffrance comme la croix du Christ. Abandonnée entre les mains de la Providence, elle a poursuivi sa route dans l'espérance. La confiance ne l'a jamais quittée… Elle a remis entièrement sa vie entre les mains du Créateur. » ; mention du fait que Marguerite d'Youville devient, ce jour-là, la première Canadienne née au pays inscrite au nombre des saints.
8 70 84Wikipedia (EN), « Marie-Marguerite d'Youville » : en.wikipedia.org/wiki/Marie-Marguerite_d'Youville. Recoupement utilisé pour : le remariage de la mère avec le chirurgien irlandais Timothy Sullivan ; le sobriquet des « grises » désignant à la fois la couleur et l'état d'ébriété supposé ; les étapes de la reconnaissance ecclésiale antérieures au décret de 1955 (Servante de Dieu, 28 avril 1890) ; la mention par l'historiographie anglophone (James W. St. G. Walker) de la possession d'esclaves, discutée et nuancée dans le présent article via Laperle (SCHEC).
13 14 20 23 31 32 41 77Histoire Sainte du Canada / Holy History of Canada, « Sainte Marguerite d'Youville » : histoiresainteducanada.ca/en/sainte-marguerite-dyouville/. Source des citations spirituelles directement attribuées à Marguerite d'Youville : « Je laisse tout à la divine Providence, ma confiance est en elle ; tout arrivera d'une manière agréable à Dieu » ; « Si Dieu nous appelle à gouverner cette maison, son dessein réussira ; les obstacles et l'opposition des hommes ne doivent pas nous troubler » ; « Peut-être étions-nous trop à l'aise. Maintenant nous devrons vivre plus pauvrement ! » au lendemain de l'incendie de 1745 ; dates du pensionnat aux Ursulines de Québec (vers 1712-1714) ; dates et circonstances de la mort (attaques des 9 et 13 décembre 1771, décès le 23 décembre vers 20h30) ; tradition d'une croix lumineuse apparue au ciel au moment de sa mort ; transfert de sa dépouille à la basilique Sainte-Anne de Varennes.
16 24 26 34 67 68 72 74 76Michael Journal (Institut Louis-Marie de Montfort), « Saint Marguerite d'Youville » : michaeljournal.org/articles/roman-catholic-church/item/saint-marguerite-d-youville. Source de : la qualification de François d'Youville comme « aventurier de moralité douteuse » ; la parole attribuée au confesseur M. de Lescöat (« Console-toi, Madame, Dieu vous destine à de grandes œuvres ») ; la citation sur le Te Deum récité la nuit de l'incendie de 1765 ; le chiffre de plus de 300 enfants trouvés accueillis par la pouponnière ouverte en 1761 ; l'apurement complet des dettes de l'hôpital vers 1769.
17 25 42 53 55Ville de Montréal, « Marguerite d'Youville, femme de tête, femme de cœur », Mémoires des Montréalais : ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/marguerite-dyouville-femme-de-tete-femme-de-coeur. Source complémentaire sur les innovations administratives de l'Hôpital Général sous sa direction (couture, voiles, tentes, hosties, cierges, tabac, ferme, moulin).
47Abbaye Saint-Joseph de Clairval, « Sainte Marguerite d'Youville », Lettre aux Amis de Saint-Joseph de Clairval, 30 septembre 2001 : clairval.com/ste-marguerite-dyouville/ (version anglaise consultée en parallèle : clairval.com/en/saint-marguerite-dyouville/). Source des citations directes attribuées à Marguerite d'Youville : « Soyez tranquilles, la maison ne brûlera plus » après l'incendie du 18 mai 1765 ; « Nous sommes dix-huit Sœurs, toutes infirmes, qui conduisons une maison où il y a cent soixante-dix personnes à nourrir », écrit un an avant sa mort ; confirmation du nom du confesseur M. de Lescöat et des deux fils survivants devenus prêtres.
54 56Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, n° 27 (7 décembre 1965) : texte officiel sur vatican.va. Le texte range « tout ce qui porte atteinte à l'intégrité de la personne humaine » — dont explicitement « l'esclavage » — parmi les pratiques qui « déshonorent la civilisation » et « corrompent ceux qui s'y livrent plus qu'elles n'humilient ceux qui les subissent ».
64Jean-Paul II, encyclique Veritatis Splendor, n° 80 (6 août 1993) : texte officiel sur vatican.va. Reprenant la liste de Gaudium et Spes n° 27, l'encyclique qualifie d'« intrinsèquement mauvaises » les actions qui réduisent la personne humaine à un instrument, notamment par « l'esclavage » et la traite des êtres humains.
65Jean XXIII, lettre apostolique Caritatis Praeconium, 3 mai 1959 (texte officiel du Saint-Siège) : vatican.va/content/john-xxiii/la/apost_letters/1959/documents/hf_j-xxiii_apl_19590503_caritatis-praeconium.html. La lettre retrace l'historique officiel de la cause : commission d'introduction signée par Léon XIII le 28 avril 1890 (« Commissio introductionis Causae […] a Leone PP. XIII […] die duodetricesimo mensis Aprilis anno millesimo octingentesimo nonagesimo, obsignata »), puis décret de Pie XII du 3 mai 1955 déclarant ses vertus théologales et cardinales pratiquées à un degré héroïque (« Pius PP. XII […] edito decreto die tertio mensis Maii anno millesimo nongentesimo quinquagesimo quinto, [virtutes] ab eadem heroum in modum cultas esse, edixit ») — acte qui confère le titre de vénérable. Aucune vénérabilité en 1931 sous Pie XI n'y figure.
78Jacalyn Duffin, Medical Miracles: Doctors, Saints, and Healing in the Modern World, Oxford University Press, New York, 2009. Source académique (histoire de la médecine) sur le miracle retenu pour la canonisation de 1990 : rémission durable et médicalement inexpliquée d'une jeune patiente atteinte de leucémie aiguë myéloblastique ; témoignage de l'hématologue canadienne Jacalyn Duffin, appelée à examiner les lames sanguines « à l'aveugle » sans connaître l'usage médico-canonique qui en serait fait, et qui ne découvrit que plus tard le lien avec la cause de canonisation de Marguerite d'Youville — épisode à l'origine de ses recherches ultérieures sur la médecine dans les procès de canonisation.
81 82 83Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Maison mère des Soeurs-Grises-de-Montréal » : patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/detail.do?methode=consulter&id=92743&type=bien. Source sur le statut patrimonial de l'ancien Hôpital Général de Montréal, aujourd'hui siège des archives de la congrégation et musée consacré à Marguerite d'Youville.
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