Saint Paul de la Croix (1694-1775)

Saint Paul de la Croix, marchand piémontais devenu mystique de la Passion, fonda les Passionistes pour raviver dans les âmes la mémoire de la Croix. Missionnaire infatigable de la Maremme et auteur de plus de deux mille lettres de direction, il traversa une nuit mystique de quarante-cinq ans avant d'être canonisé par Pie IX.

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Paul de la Croix (en italien Paolo della Croce, né Paolo Francesco Danei, 1694-1775) est un prêtre, missionnaire et mystique italien, fondateur de la Congrégation de la Passion de Jésus-Christ — les Passionistes. Né dans une modeste famille de marchands du Piémont, il consacre toute sa vie à raviver dans les âmes la mémoire vivante de la Passion du Sauveur, qu'il appelle « l'œuvre la plus grande et la plus stupéfiante de l'amour divin ».[1][2]

En 1720, à vingt-six ans, il reçoit la vision d'un habit noir marqué d'un cœur surmonté d'une croix : ce sera le signe des religieux qu'il doit rassembler. Vêtu de cette tunique par l'évêque d'Alexandrie, il se retire quarante jours dans une cellule nue de Castellazzo et y rédige la Règle de la future congrégation, « selon le plan qui lui avait été manifesté ».[3][4] Ordonné prêtre en 1727 par Benoît XIII, il fonde en 1737 la première retraite passioniste sur le Monte Argentario, en Toscane, et porte la parole de la Croix dans les campagnes abandonnées de la Maremme.

Sa congrégation reçoit l'approbation pontificale par étapes — Benoît XIV en 1741 et 1746, puis Clément XIV en 1769 — et Paul fonde encore, en 1771, l'ordre contemplatif des Moniales passionistes. Mais sa grandeur la plus secrète fut intérieure : pendant près de quarante-cinq ans (1725-1770), ce maître de l'amour traversa une nuit mystique d'une longueur exceptionnelle, abandonné, semblait-il, de toute consolation, tout en guidant des milliers d'âmes par sa prédication et ses lettres.

Mort à Rome le 18 octobre 1775, il est béatifié en 1852 et canonisé en 1867 par Pie IX. Il demeure l'un des plus grands maîtres de la spiritualité de la Passion, aux côtés de ses contemporains saint Alphonse de Liguori et saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans le grand réveil missionnaire du catholicisme des Lumières.

Un jeune marchand piémontais saisi par la Croix

Naissance à Ovada (1694) et la famille Danei

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Paul-François Danei naît le 3 janvier 1694 à Ovada, petite ville alors rattachée à la République de Gênes, aux confins du Piémont et de la Ligurie.[5][6] Ses parents, Luca Danei et Anna Maria Massari, sont de petits marchands profondément chrétiens ; la Catholic Encyclopedia les qualifie de « catholiques exemplaires ».[7] Paul est le second de seize enfants, dont six seulement survivent à la première enfance — épreuve fréquente des familles du temps, qui marque très tôt l'enfant par la familiarité de la mort et de la souffrance.[8]

La mère, surtout, imprime dans son fils la dévotion à la Passion. Devenu vieux, Paul confessera la dette qu'il lui devait :

« Si je suis sauvé, comme je l'espère par la miséricorde de Dieu, ce sera grâce à l'éducation de ma mère. » — Saint Paul de la Croix[9]

Selon la tradition, lorsqu'il pleurait enfant, sa mère lui montrait un crucifix pour le consoler : la Croix fut le premier alphabet de son cœur.

Castellazzo, la boutique et la conversion

La famille s'installe à Castellazzo, près d'Alessandria, où Luca tient un commerce de tabac et d'étoffes. Paul reçoit sa première instruction d'un prêtre qui tient une école de garçons à Cremolino, en Lombardie, et s'y distingue autant par la piété que par l'étude ; il entend la messe chaque jour, fréquente les sacrements et nourrit son âme de bons livres.[10] À quinze ans, il quitte l'école et revient travailler à la boutique paternelle.[11]

Vers dix-neuf ans, la lecture du Traité de l'amour de Dieu de saint François de Sales et l'influence de prêtres capucins provoquent en lui une véritable conversion intérieure.[12] Il rapportera plus tard que le Christ y alluma en son cœur une double faim qui ne s'éteindrait jamais :

« Dans ces premières années, Notre-Seigneur me remplit de faim pour deux choses : la sainte Communion et la souffrance. » — Saint Paul de la Croix[13]

Désormais, l'adolescent multiplie les pénitences, les longues oraisons, les visites aux églises ; le marchand prospère se sent appelé à un dépouillement total.

L'épée rendue : l'enrôlement de 1715

En 1714-1715, ému par un appel à la croisade contre les Turcs lancé en faveur de Venise, Paul s'enrôle dans l'armée pour défendre la chrétienté.[14][15] Mais une prière devant le Saint-Sacrement, dans une église de Crémone, lui fait comprendre que Dieu l'attend ailleurs : il quitte la milice et rentre au foyer. Peu après, il refuse un mariage avantageux et renonce à l'héritage d'un oncle prêtre, n'en gardant que le bréviaire — premier signe du choix radical de la pauvreté évangélique.[16][17]

La vision de l'habit noir (1720)

Les grâces de Castellazzo

L'année 1720 est décisive. Au cours de plusieurs grâces mystiques, Paul se voit lui-même revêtu d'une longue tunique noire, marquée sur la poitrine d'un cœur blanc surmonté d'une croix, portant le nom de Jésus et l'inscription de sa Passion. Il comprend qu'il doit fonder une compagnie de pauvres voués à « faire mémoire » de la Passion et à la prêcher aux hommes.[18][19]

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Son évêque, Mgr Francesco Arborio di Gattinara, évêque d'Alessandria, discerne l'authenticité de cet appel. Il revêt Paul de l'habit noir et l'autorise à se retirer pour écrire la Règle de l'institut naissant — geste fondateur que l'Église retiendra comme la véritable naissance des Passionistes.[20][21]

La Règle écrite en quarante jours

Du 22 novembre au 1er janvier 1720-1721, Paul s'enferme dans une cellule nue attenante à la sacristie de l'église Saint-Charles de Castellazzo, pour une retraite de quarante jours.[22][23] C'est là qu'il met par écrit la Règle de la future Congrégation de la Passion. Les sources notent qu'il rédige le texte lui-même en cinq jours seulement — mais que les années qui séparent cette rédaction de l'approbation pontificale seront, elles, « longues et lourdes d'épreuves ».[24]

La Règle est d'une austérité extrême : pauvreté rigoureuse, solitude, jeûne, pieds nus, longues heures d'oraison nocturne, et surtout un quatrième vœu propre à l'institut — promouvoir la mémoire de la Passion du Christ parmi les fidèles. C'est cette intuition centrale qui distinguera toujours les Passionistes des autres familles religieuses.[25][26]

Le diaire spirituel

Pendant cette même retraite, Paul tient un diaire spirituel (le Diario spirituale), l'un des rares documents où l'on peut lire de l'intérieur l'âme d'un jeune mystique de vingt-six ans : alternance de consolations brûlantes et de sécheresses, désir de souffrir avec le Crucifié, abandon total à la volonté divine. Ce carnet, conservé et publié, demeure une source primaire majeure pour comprendre l'origine de sa vocation.[27]

Prêtre de la Passion

L'ordination par Benoît XIII (1727)

La façade de la basilique Saint-Pierre au Vatican. Photographie de Jebulon, Wikimedia Commons, CC0 1.0.

Paul et son frère cadet Jean-Baptiste se rendent à Rome pour obtenir l'approbation de leur projet. D'abord éconduits, ils s'établissent quelque temps à l'hôpital Saint-Gallican, où ils soignent les malades incurables tout en approfondissant leur formation théologique.[28][29] C'est là que le pape Benoît XIII, ayant reconnu leur valeur, les ordonne prêtres le 7 juin 1727, en la basilique Saint-Pierre de Rome.[30]

Les premières missions populaires

Prêtre, Paul se jette dans la prédication des missions populaires. Sa parole, dépouillée d'ornements savants, frappe par sa simplicité brûlante et son réalisme : il montre le Christ souffrant, fait toucher du doigt la malice du péché et la tendresse de l'amour crucifié. Il parcourt pieds nus les villages, dort sur la dure, mendie son pain, et son passage laisse partout des conversions retentissantes.[31][32]

La fondation du Monte Argentario (1737)

Le couvent des Passionistes au Monte Argentario. Photographie de Ceppicone, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Après des années de précarité et d'attente, Paul obtient enfin de fonder sa première communauté stable. Le 14 septembre 1737, en la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, il inaugure la « Retraite de la Présentation » sur le Monte Argentario, promontoire sauvage de la côte toscane, dans la province de Grosseto.[33][34] Le lieu, isolé entre mer et montagne, incarne l'idéal passioniste : solitude contemplative et proximité des populations pauvres de la Maremme.

C'est là que se tient, le 10 avril 1747, le premier chapitre général de l'institut, au cours duquel Paul est, contre son gré, élu à l'unanimité premier supérieur général — charge qu'il gardera jusqu'à sa mort.[35][36]

La Congrégation de la Passion

Frère Jean-Baptiste, l'autre fondateur

L'œuvre de Paul est inséparable de celle de son frère Jean-Baptiste Danei (en religion Giovanni Battista di San Michele Arcangelo, 4 avril 1695 – 30 août 1765).[37] Compagnon de Paul depuis l'enfance, il partage la vision, prononce avec lui les premiers vœux, et devient le directeur spirituel et le premier consulteur général de la congrégation naissante. Esprit plus contemplatif et théologien plus posé que son aîné, il est l'âme cachée des fondations difficiles. Sa mort en 1765 sera l'une des plus grandes douleurs de Paul, qui le vénérait comme un saint ; sa cause sera elle-même introduite, et il porte aujourd'hui le titre de Vénérable.[38]

Les approbations romaines (1741-1769)

La reconnaissance canonique de l'institut fut lente, à la mesure de l'austérité de sa Règle, jugée d'abord trop rude. Elle progressa par étapes sous trois pontificats :

DatePapeActe pontificalPortée
15 mai 1741Benoît XIVRescrit apostoliquePremière approbation de la Règle et de l'institut
1746Benoît XIVBref pontificalNouvelle confirmation de la Règle
16 nov. 1769Clément XIVBulle Supremi ApostolatusÉrection canonique solennelle ; tous les privilèges des ordres religieux
15 sept. 1775Pie VIBulle Praeclara virtutum exemplaConfirmation solennelle, un mois avant la mort du fondateur
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La bulle Supremi Apostolatus du 16 novembre 1769, par laquelle Clément XIV confirme définitivement la Règle et concède à la congrégation tous les privilèges des autres ordres, marque l'établissement plénier des Passionistes dans l'Église.[39] Quelques semaines avant la mort de Paul, Pie VI y ajoute la confirmation solennelle de la bulle Praeclara virtutum exempla du 15 septembre 1775 : le vieux fondateur put mourir en voyant son œuvre pleinement assurée.[40]

Les Moniales passionistes (1771)

Paul rêvait d'un versant contemplatif, purement cloîtré, qui porterait dans la prière la mission de prêcher la Passion. Le 3 mai 1771, à Corneto (aujourd'hui Tarquinia), s'ouvre le premier monastère des Moniales passionistes : la première supérieure, Mère Marie-Crucifiée (Faustina Costantini, 1713-1787), et neuf compagnes revêtent l'habit noir et prononcent, outre les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et clôture, le quatrième vœu de promouvoir la dévotion à la Passion.[41] L'ordre contemplatif double ainsi l'ordre actif, selon l'unique charisme de la Croix.

Le missionnaire de la Maremme

Une parole de feu

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Pendant près d'un demi-siècle, Paul de la Croix sillonne l'Italie centrale — États pontificaux, Toscane, et surtout la Maremme, région côtière insalubre, ravagée par la malaria et l'abandon religieux. On lui attribue des centaines de missions prêchées. Sa prédication n'est pas un exercice d'éloquence : c'est une plongée dans le mystère du Calvaire, où il fait pleurer des foules entières en montrant l'amour bafoué du Crucifié. Beaucoup le tiennent pour l'un des plus grands prédicateurs missionnaires de l'Italie du XVIIIᵉ siècle, comparable en influence à saint Alphonse de Liguori dans le royaume de Naples.[42][43]

Charismes : prophétie, lecture des cœurs, miracles

Les témoignages de son temps, recueillis lors du procès de canonisation, lui prêtent des dons mystiques extraordinaires : prophétie, lecture des consciences (il devinait les péchés cachés des pénitents), extases, bilocation et guérisons.[44] La Catholic Encyclopedia résume : « Dieu l'avait favorisé des dons de prophétie et des miracles. »[45] Mais Paul fuyait ces grâces sensibles autant qu'il recherchait la Croix : il craignait l'illusion et ne voulait, disait-il, « d'autre échelle pour monter au Ciel que la Croix de Jésus ».

La nuit obscure de quarante-cinq ans

Le mystique de la Passion dépouillé de toute consolation

Sous le prédicateur infatigable se cachait un abîme intérieur. À partir de 1725 environ, et pendant près de quarante-cinq ans, jusque vers 1770, Paul de la Croix traversa une nuit mystique d'une longueur quasi unique dans l'histoire de la spiritualité : sécheresse, ténèbres de l'âme, sentiment d'abandon, tentations contre la foi et l'espérance, réparation vicariale offerte pour les pécheurs.[46] Là où saint Jean de la Croix a décrit la nuit obscure comme un passage purificateur, Paul la vécut comme un état quasi permanent, sans presque jamais retrouver les consolations sensibles de ses débuts.

« Le pur amour ne connaît pas son propre intérêt : il cherche la seule gloire du Bien-Aimé. » — Saint Paul de la Croix[47]

La plus longue nuit

Que le maître de l'amour crucifié ait porté lui-même, durant des décennies, le poids de l'absence sensible de Dieu, donne à sa doctrine son autorité : il n'enseignait pas une consolation facile, mais la fidélité nue dans la foi obscure. Le regard des historiens de la mystique confirme le caractère singulier de cette épreuve : rapportant un entretien avec l'historien Joachim Bouflet, René Laurentin relève que Paul, parvenu très jeune à l'union transformante avant même la fondation, traversa ensuite une nuit nouvelle qu'il ne décrivait plus comme la nuit de l'esprit, mais comme une « nuit de la Passion, accompagnée de terribles tentations » — avec le « nu pâtir » (nudo patire), le sentiment du néant et une radicale déréliction, auxquels il répondait par un abandon éperdu à la volonté de Dieu.[48]

C'est dans cette nuit qu'il écrivit la plupart de ses lettres de direction — plus de deux mille ont été conservées — où il guide les âmes avec une sûreté et une tendresse que rien, en lui, ne venait pourtant réconforter.[49][50]

Doctrine spirituelle : la mémoire de la Passion

« L'œuvre la plus stupéfiante de l'amour divin »

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Tout le message de Paul tient en une intuition : la Passion de Jésus est le sommet de la révélation de l'amour de Dieu, et la faire « mémoire » — au sens fort, biblique, d'une présence ravivée — transforme l'âme.

« La Passion du Christ est l'œuvre la plus grande et la plus stupéfiante de l'amour divin. » — Saint Paul de la Croix[51]

Pour lui, oublier la Passion est la racine de tous les maux ; s'en souvenir avec amour est le plus court chemin vers la sainteté. C'est pourquoi il voulait que ses fils en fissent « mémoire perpétuelle » par leur quatrième vœu.[52]

La mer des douleurs, l'océan d'amour

L'image qui revient sans cesse sous sa plume est celle de l'océan : la Passion est insondable, et l'âme est invitée à s'y perdre.

« La Passion de Jésus est une mer de douleurs, mais elle est aussi un océan d'amour. Demande au Seigneur de t'apprendre à pêcher dans cet océan : plonge dans ses profondeurs ; aussi loin que tu descendes, jamais tu n'en atteindras le fond. » — Saint Paul de la Croix[53]

« Tout se trouve dans la Passion de Jésus. Efforce-toi de demeurer caché dans les plaies de Jésus, et tu seras enrichi de tout bien et de toute vraie lumière. » — Saint Paul de la Croix[54]

Bâtir un oratoire intérieur

Sa pédagogie de la prière est concrète et brûlante. À une âme qui se plaignait de ne pouvoir s'isoler, il répondit, dans une lettre du 9 janvier 1760 :

« Bâtis en toi-même un oratoire, et là, tiens Jésus sur l'autel de ton cœur. Parle-lui souvent en vaquant à tes occupations. » — Saint Paul de la Croix[55]

L'abandon et la nudité d'esprit

Au terme de cette voie, Paul place l'abandon total à la volonté de Dieu et la nudité d'esprit — le dépouillement de toute recherche de soi, jusque dans les choses spirituelles.

« Mon Père, mon Père, je suis tout à Toi ! Ô chère, ô douce volonté de Dieu, je T'adore ! » — Saint Paul de la Croix[56]

« Toutes tes fautes, comparées à la bonté divine, sont moins qu'un brin de fil effiloché jeté dans une mer de feu. » — Saint Paul de la Croix[57]

Cette confiance illimitée dans la miséricorde, jointe à l'austérité de la pénitence, rapproche Paul des grands maîtres de l'amour confiant de son siècle, et prépare de loin la spiritualité de l'enfance de sainte Thérèse de Lisieux.

La mort (1775) et la gloire

Les derniers jours à Rome

Le campanile et le couvent des Saints-Jean-et-Paul sur le Cælius, à Rome. Photographie de Lalupa, Wikimedia Commons, domaine public.

En 1773, Paul obtient pour ses religieux la prestigieuse basilique des Saints-Jean-et-Paul (SS. Giovanni e Paolo), sur le Cælius, à Rome, qui devient la maison généralice de l'ordre. C'est là, épuisé par les pénitences, les maladies et l'âge, qu'il s'éteint paisiblement le 18 octobre 1775, à quatre-vingt-un ans.[58][59] À sa mort, la congrégation compte déjà environ cent quatre-vingts religieux répartis en douze retraites.[60] Son corps repose dans la basilique des Saints-Jean-et-Paul, devenue le grand sanctuaire passioniste.

Béatification (1852) et canonisation (1867)

Le procès de canonisation, ouvert peu après sa mort, met en lumière l'héroïcité de ses vertus et la solidité de ses charismes. Pie IX le béatifie le 1er octobre 1852, puis le canonise le 29 juin 1867, en la fête des saints Pierre et Paul.[61][62] Sa fête liturgique est aujourd'hui fixée au 19 octobre (elle était au 28 avril dans le calendrier antérieur à 1969).[63]

Héritage : les Passionistes aujourd'hui

La famille spirituelle née de la vision de 1720 s'est répandue dans le monde entier. Elle a donné à l'Église des figures de premier plan, comme sainte Gemma Galgani, stigmatisée passioniste de Lucques, ou saint Gabriel de l'Addolorata, et a porté la dévotion à la Passion jusqu'aux extrémités de la terre. Trois siècles après le marchand de Castellazzo, l'intuition de Paul demeure étonnamment actuelle : dans un monde qui fuit la souffrance, il rappelle que la Croix du Christ n'est pas une défaite, mais « l'œuvre la plus stupéfiante de l'amour divin ».

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. John F. X. Murphy, "St. Paul of the Cross", The Catholic Encyclopedia, vol. XI, Robert Appleton Company, New York, 1911 : newadvent.org. Notice biographique de référence : naissance (3 janvier 1694, Ovada), parents Luca Danei et Anna Maria Massari, éducation à Cremolino, vision et habit noir donné par l'évêque d'Alexandrie, rédaction de la Règle, premier chapitre général du 10 avril 1747 et élection comme supérieur général, dons de prophétie et de miracles, mort le 18 octobre 1775.

    1 3 5 7 10 16 18 20 25 31 33 35 42 44 45 52 58
  2. Wikipedia (EN), "Paul of the Cross" : en.wikipedia.org. Article encyclopédique détaillé : retraite de quarante jours fin 1720, frère Jean-Baptiste premier compagnon, ordination du 7 juin 1727 par Benoît XIII, fondation du Monte Argentario, mort du 18 octobre 1775 à la retraite des SS. Giovanni e Paolo, monastère des moniales de Corneto/Tarquinia, fête du 19 octobre.

    2 6 8 12 14 19 22 27 30 32 34 43 59 60 63
  3. Catholic Answers Encyclopedia, "Paul of the Cross, Saint" : catholic.com. Confirme le renoncement au mariage et à l'héritage (bréviaire conservé), l'habit noir reçu de l'évêque d'Alexandrie, la Règle selon le plan reçu en vision, le premier chapitre général du 10 avril 1747 et l'élection comme supérieur général.

    4 17 36 62
  4. My Catholic Life!, "St. Paul of the Cross, Priest" : mycatholic.life. Source des paroles rapportées : « In those first years, our Lord filled me with hunger for two things: for Holy Communion and for suffering » et « If I am saved... it will be due to the training of my mother » ; mention du soin des malades à l'hôpital avant l'ordination de 1727.

    9 13 29
  5. Encyclopedia.com, "Paul of the Cross, St." (New Catholic Encyclopedia) : encyclopedia.com. Sur la retraite de Castellazzo sous Mgr Arborio di Gattinara, la Règle écrite en cinq jours, les quarante-cinq ans de désolation intérieure et de réparation vicariale (1725-1770), et les dates de béatification (1852) et de canonisation (1867).

    11 15 21 23 24 28 46 49 61
  6. John F. X. Murphy, "Passionists", The Catholic Encyclopedia, vol. XI, Robert Appleton Company, New York, 1911 : newadvent.org. Sur les approbations pontificales : rescrit de Benoît XIV du 15 mai 1741, bref de 1746, bulle Supremi Apostolatus de Clément XIV du 16 novembre 1769 (érection canonique et privilèges), et bulle Praeclara virtutum exempla de Pie VI du 15 septembre 1775.

    26 39 40
  7. Saint Paul of the Cross (site dévotionnel passioniste), "Venerable John Baptist Danei — Brother of St Paul of the Cross" : saintpaulofthecross.com. Sur Giovanni Battista Danei (Giovanni Battista di San Michele Arcangelo, 4 avril 1695 – 30 août 1765), cofondateur, premier consulteur général et directeur spirituel de la congrégation, vénéré sous le titre de Vénérable.

    37 38
  8. Passionist Nuns, "Our History" : passionistnuns.org. Fondation du premier monastère des moniales passionistes à Corneto (Tarquinia) le 3 mai 1771 : Mère Marie-Crucifiée (Faustina Costantini, 1713-1787) et neuf compagnes, vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et clôture, plus un quatrième vœu de promouvoir la dévotion à la Passion.

    41
  9. Saint Paul de la Croix, Flowers of the Passion — Thoughts of St. Paul of the Cross, compilation des pensées tirées de ses lettres par le R. P. Louis Th. de Jésus Agonisant, C.P., Benziger Brothers, New York, 1893. Recueil de référence des sentences spirituelles du saint, traduites de l'italien.

    47 50
  10. René Laurentin, La Passion de Madame R — Journal d'une mystique assiégée par le démon, Plon, Paris, 1993, p. 45. L'auteur y rapporte une communication orale de l'historien Joachim Bouflet (et non une citation d'archive) : Paul de la Croix, parvenu à l'union transformante avant la fondation, aurait ensuite connu une « nuit de la Passion, accompagnée de terribles tentations : chair, désespoir, suicide », avec le « nu pâtir » (nudo patire), l'immensité de silence et de douleurs, la nudité et le vide.

    48
  11. Saint Paul de la Croix, cité d'après Flowers of the Passion (Benziger, 1893). Texte anglais : « The Passion of Christ is the greatest and most stupendous work of Divine Love. » Sentence la plus citée du saint sur le sens de la Croix.

    51
  12. Saint Paul de la Croix, lettre de direction citée d'après Flowers of the Passion (Benziger, 1893). Texte anglais : « The passion of Jesus is a sea of sorrows, but it is also an ocean of love. Ask the Lord to teach you to fish in this ocean. Dive into its depths. No matter how deep you go, you will never reach the bottom. »

    53
  13. Saint Paul de la Croix, cité d'après Flowers of the Passion (Benziger, 1893). Texte anglais : « All is to be found in the passion of Jesus. Make every effort to remain hidden in the wounds of Jesus, and you will be enriched with every good and every true light. »

    54
  14. Saint Paul de la Croix, lettre du 9 janvier 1760, citée d'après Flowers of the Passion (Benziger, 1893). Texte anglais : « Build an oratory within yourself, and there have Jesus on the altar of your heart. »

    55
  15. Saint Paul de la Croix, cité d'après Flowers of the Passion (Benziger, 1893). Texte anglais : « My Father, my Father, I am all Thine! Oh dear, O sweet will of God, I adore Thee! » Prière d'abandon à la volonté divine.

    56
  16. Saint Paul de la Croix, cité d'après Flowers of the Passion (Benziger, 1893). Texte anglais : « All your faults, compared with divine goodness, are less than a bit of tattered thread thrown into a sea of fire. »

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