Joachim Bouflet (né en 1948) est un historien français spécialiste des apparitions mariales et des phénomènes mystiques. Depuis plus de cinquante ans, il enquête sur les voyants, les stigmatisés, les faux prophètes et les vraies grâces, avec une méthode d'historien et une connaissance rare des archives ecclésiastiques.[1][2]
Son œuvre la plus connue, Faussaires de Dieu (2000), recense sur plusieurs siècles les fausses apparitions, les fausses révélations et les prodiges fabriqués.[3] Son Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie (2020) rassemble près d'un millier de notices, entre légende et histoire.[4][5] En 2021, il publie Marthe Robin. Le verdict, réponse documentée au livre qui accusait la fondatrice des Foyers de Charité de fraude.[6][7]
Joachim Bouflet n'est ni un apologète qui valide tout, ni un sceptique qui démonte tout. C'est un historien catholique qui a passé sa vie à trier, dossier par dossier, ce qui peut tenir devant les faits et ce qui s'effondre devant eux. C'est pour cela que son travail sert de filtre : un dossier qui résiste à son examen est un dossier solide.
Un historien formé sur le terrain des apparitions
Enfance, études et rencontre avec Padre Pio
Joachim Bouflet naît le 5 février 1948, d'un père français et d'une mère allemande.[8] Il fait ses études secondaires au lycée Fabert de Metz, de 1961 à 1965.[9] Il commence ensuite des études d'histoire à Paris.
L'année 1968 change sa vie. Alors qu'il s'interroge sur sa foi et envisage un temps d'entrer chez les carmes, il voyage en Italie avec des amis et rencontre Padre Pio à San Giovanni Rotondo.[10][11] Il vient demander au capucin stigmatisé de prier pour une amie handicapée. La rencontre a lieu le 23 août 1968, un mois avant la mort de Padre Pio, le 23 septembre 1968.[12]
Ce que Padre Pio lui dit alors décide de sa vocation d'historien du surnaturel. Le saint l'envoie à San Damiano, près de San Giorgio Piacentino, où une voyante, Rosa Quattrini, dite Mamma Rosa, attire les foules autour de prétendues apparitions mariales.[13][14] Padre Pio qualifie ces phénomènes d'œuvre diabolique. Le jeune Bouflet passe plusieurs mois sur place, rencontre la voyante et son entourage, et observe de près le travail de la commission d'enquête.[15]
La leçon est fondatrice, et elle vaut pour toute son œuvre : la sincérité des foules ne prouve rien, l'émotion ne prouve rien, seuls comptent les faits, les documents et la conformité à la foi. Un saint peut se tromper sur une personne, une foule peut se tromper sur un phénomène, et l'historien doit vérifier.
Dix ans d'enseignement et le tiers-ordre carmélitain
De retour à Paris, Joachim Bouflet poursuit ses études jusqu'au doctorat et enseigne l'histoire pendant dix ans.[16] Vers l'âge de trente ans, il entre dans le tiers-ordre carmélitain.[17]
Son parcours ne passe pas par un séminaire ni par une chaire d'université permanente. Il passe par les archives, les bibliothèques, les sanctuaires, les commissions diocésaines et les dossiers des causes de saints. C'est un historien de terrain autant que de cabinet.
Le témoin de Symphorose Chopin
En 1970, Joachim Bouflet rencontre Symphorose Chopin, une femme du quart-monde marquée par des phénomènes mystiques que l'Église n'a jamais reconnus officiellement.[18][19] Il la côtoie jusqu'à sa mort en 1983 et témoigne avoir observé en sa présence, avec d'autres témoins, des phénomènes inexpliqués, dont une lévitation à trente centimètres du sol et des phénomènes lumineux.[20]
Ce témoignage compte pour comprendre Bouflet. L'homme qui démontera tant de faussaires n'est pas un rationaliste fermé au surnaturel. Il a vu, de ses yeux, des choses qu'il ne sait pas expliquer. Sa sévérité ne vient pas d'un refus du mystère. Elle vient de l'expérience inverse : parce qu'il sait que le vrai existe, il refuse de laisser le faux prendre sa place.
Il a été désigné comme expert en vue d'un éventuel procès en béatification de Symphorose Chopin.[21]
La thèse de 2014 : comment l'Église juge les apparitions
Institution et charisme, de 1846 à nos jours
En 2014, à l'université Bordeaux Montaigne, Joachim Bouflet soutient une thèse de doctorat intitulée Institution et charisme dans l'Église, de 1846 à nos jours : la question du jugement épiscopal sur les apparitions mariales modernes et contemporaines.[22] Le texte compte 559 pages et est déposé en archive ouverte.[23]
La date de départ, 1846, n'est pas un hasard. C'est l'année de l'apparition de Notre-Dame de La Salette, le 19 septembre 1846, reconnue par l'évêque de Grenoble en 1851. À partir du milieu du dix-neuvième siècle, les apparitions mariales se multiplient en Europe, et l'Église doit apprendre à les juger avec des critères stables : enquête diocésaine, examen des voyants, conformité doctrinale des messages, fruits spirituels, obéissance des voyants à l'autorité.
La thèse étudie comment les évêques ont concrètement exercé ce jugement, dossier après dossier, entre approbations, silences, condamnations et réhabilitations. Elle fait de Bouflet l'un des rares historiens à avoir lu en série les décisions épiscopales sur les apparitions modernes, et pas seulement les récits des voyants.
Ce que la thèse change dans son travail
Avant 2014, Bouflet est déjà un auteur connu. Après 2014, son travail repose sur une armature académique explicite : le droit et la pratique du jugement ecclésial. Quand il écrit sur une apparition, il ne demande pas seulement si le récit est beau ou édifiant. Il demande qui a enquêté, avec quels actes, quelles pièces, quelles contradictions, et quelle décision a été prise, par quelle autorité, à quelle date.
C'est cette grille qui rend ses verdicts parfois rudes, mais vérifiables. Le lecteur peut ne pas partager sa conclusion sur un dossier. Il peut toujours contrôler la méthode qui y mène.
Les critères de discernement de l'Église
Les anciennes normes de 1978
Pendant des décennies, le discernement des apparitions a reposé sur les normes de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 1978, rendues publiques en 2012. Elles prévoyaient trois conclusions possibles pour l'évêque : le caractère surnaturel est établi, le caractère surnaturel n'est pas établi, ou le caractère non surnaturel est établi.
Joachim Bouflet connaît ces dossiers de l'intérieur. Son travail d'historien consiste à rappeler, pour chaque apparition célèbre ou obscure, quelle conclusion a réellement été prononcée, et à ne jamais transformer un silence, une tolérance pastorale ou une dévotion populaire en approbation qui n'a pas eu lieu.
Les normes du 17 mai 2024
Le 17 mai 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi publie de nouvelles Normes pour procéder au discernement de présumés phénomènes surnaturels, en vigueur le 19 mai 2024.[24] Le changement est majeur : l'Église ne déclare normalement plus qu'un phénomène est surnaturel. L'issue favorable ordinaire est un nihil obstat, qui signifie que rien ne s'oppose à la dévotion des fidèles, sans que le caractère surnaturel soit affirmé.[25]
Les six conclusions possibles sont les suivantes :
| Conclusion | Signification |
|---|---|
| Nihil obstat | Rien ne s'oppose à la dévotion, le surnaturel n'est pas déclaré |
| Prae oculis habeatur | Signes positifs, mais des points restent à surveiller |
| Curatur | Éléments critiques importants, sans interdiction |
| Sub mandato | Le problème vient de ceux qui exploitent le phénomène |
| Prohibetur et obstat | Phénomène interdit |
| Declaratio de non supernaturalitate | Déclaration de non-surnaturalité sur faits établis |
Ce vocabulaire nouveau rend le travail de Bouflet plus actuel que jamais. Dire exactement ce que l'Église a décidé, à quelle date et à quel degré, est le cœur de sa méthode depuis les années 1990. L'article Ignispedia sur les fausses apparitions expose ces critères en détail.
Les cinq questions du discernement
La pratique historique du discernement, telle que Bouflet la reconstitue dossier après dossier, peut se résumer en cinq questions :
- Le message contredit-il la foi définie ? Une contradiction doctrinale élimine le dossier, quelle que soit la beauté du reste.
- Le voyant cherche-t-il l'obéissance à son évêque et à son directeur spirituel, même quand elle coûte ?
- Les fruits sont-ils la charité, la prière et la conversion, ou bien la peur, l'argent et le culte de la personne ?
- Les faits résistent-ils à l'examen des documents, des dates et des témoignages contradictoires ?
- Le phénomène fonde-t-il une contre-Église, un groupe d'initiés ou une contestation de la hiérarchie ?
Ces questions ne sont pas une invention de Bouflet. Ce sont celles des commissions diocésaines qu'il a étudiées. Son apport est de les avoir appliquées, publiquement et par écrit, à des dossiers que beaucoup préféraient laisser dans le flou.
L'œuvre : quarante ans d'enquêtes
L'Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique
Entre 1992 et 2003, Joachim Bouflet publie en trois volumes une Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique.[26][27][28] Le premier volume, consacré aux phénomènes objectifs, paraît aux éditions OEIL en 1992, avec une préface de René Laurentin. Le deuxième, sur les phénomènes subjectifs, paraît au Jardin des livres en 2002. Le troisième, sur les anges et leurs saints, suit en 2003 chez le même éditeur.
Extase, transverbération, lévitation, bilocation, inédie, stigmatisation : chaque phénomène est étudié historiquement, avec ses cas documentés, ses cas douteux et ses fabrications. L'ouvrage reste une référence pour qui veut parler de mystique sans confondre le témoignage, la légende et la preuve.
René Laurentin (1917-2017), mariologue et historien des apparitions de Lourdes, préface donc le premier travail majeur de Bouflet. Les deux hommes partagent le même terrain, les apparitions et la mystique, avec des tempéraments différents : Laurentin accueille plus volontiers, Bouflet trie plus sévèrement. Leur dialogue, parfois tendu, a structuré l'étude francophone des apparitions pendant trente ans.
Un signe dans le ciel, avec Philippe Boutry
En 1997, Joachim Bouflet publie avec l'historien Philippe Boutry, professeur à l'université Paris-Est Créteil et spécialiste du catholicisme contemporain, Un signe dans le ciel. Les apparitions de la Vierge, aux éditions Grasset.[29] L'ouvrage dresse un panorama historique des apparitions mariales, des origines à l'époque contemporaine.
Vingt-trois ans plus tard, le Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie de 2020 développe ce chantier à une tout autre échelle.[30]
Medjugorje ou la fabrication du surnaturel
En 1999, aux éditions Salvator, Joachim Bouflet publie Medjugorje ou la fabrication du surnaturel, un livre de 192 pages qui met en doute la véracité des apparitions commencées le 24 juin 1981 en Bosnie-Herzégovine.[31] En 2007, il revient sur les premiers jours du phénomène avec Ces dix jours qui ont fait Medj, aux éditions CLD.[32]
Sa position d'historien est constante : les contradictions des premiers témoignages, les rétractations et les intérêts qui entourent le phénomène rendent, à ses yeux, les voyants non crédibles. Il le dit publiquement en 2011, trente ans après les débuts des apparitions.[33]
Cette position doit être dite exactement, sans la confondre avec la décision de l'Église. Le 19 septembre 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a donné son nihil obstat à la dévotion de Medjugorje par la note La Regina della Pace : la dévotion est encouragée prudemment, le caractère surnaturel n'est pas déclaré.[34] Un jugement prudentiel de l'Église et le verdict d'un historien ne sont pas du même ordre. Le premier engage la conduite des fidèles. Le second engage la responsabilité de son auteur devant les documents.
L'article Ignispedia Notre-Dame de Medjugorje expose le dossier complet, avec la chronologie des commissions et les décisions successives.
Faussaires de Dieu, la somme de l'an 2000
En 2000, aux Presses de la Renaissance, paraît Faussaires de Dieu, une enquête de plus de sept cents pages, réimprimée en 2007 et en 2024.[35] Bouflet y recense, du premier siècle à nos jours, les fausses apparitions mariales, les fausses révélations, les faux prophètes, les faux prodiges et les faux stigmates.[36]
Le livre ne se contente pas de dénoncer. Il donne une méthode : comment une fabrication se construit, quels ressorts psychologiques et parfois quels intérêts d'argent la portent, comment les foules s'y laissent prendre, et comment l'Église, souvent lentement, finit par juger. Le cinéaste Xavier Giannoli a raconté avoir lu ce livre avant de tourner son film L'Apparition (2018), consacré à une enquête canonique sur une apparition présumée.[37]
Faussaires de Dieu reste, plus de vingt ans après, le filtre de référence en langue française. Une affirmation extraordinaire qui passe ce filtre est une affirmation solide. C'est aussi le livre le plus cité par les autres articles Ignispedia : son nom revient dans des dizaines de dossiers d'apparitions, de mystiques et de miracles, chaque fois qu'il faut distinguer un fait établi d'une construction pieuse ou frauduleuse.
Padre Pio, Anne-Catherine Emmerich et les vies de mystiques
En 2002, Joachim Bouflet publie Padre Pio : des foudres du Saint-Office à la splendeur de la vérité, aux Presses de la Renaissance.[38] Le livre retrace les enquêtes et les sanctions du Saint-Office contre le capucin stigmatisé, puis sa réhabilitation et sa canonisation par Jean-Paul II en 2002. Bouflet écrit en témoin autant qu'en historien : il a rencontré Padre Pio en 1968. Il reprend le sujet en format court avec Padre Pio. Le témoin, aux éditions Points, en 2009.[39]
En 2004, il consacre un livre à Anne-Catherine Emmerich (1774-1824), la stigmatisée allemande béatifiée en 2004, sous le titre Anne-Catherine Emmerick, celle qui partagea la Passion de Jésus, aux Presses de la Renaissance.[40] Il est membre de la société d'études et de recherches Anne-Catherine Emmerich.[41]
D'autres vies jalonnent son œuvre : Edith Stein, la philosophe carmélite morte à Auschwitz et canonisée en 1998, Mariam Baouardy (1846-1878), la sainte arabe canonisée en 2015, à laquelle il consacre en 2022 Mariam, une sainte arabe pour le monde, aux éditions du Cerf.[42] Ce dernier livre reçoit en mai 2023 le prix littéraire de l'Œuvre d'Orient, décerné par Hélène Carrère d'Encausse.[43]
Une histoire des miracles et Fatima
En 2008, aux éditions du Seuil, Une histoire des miracles. Du Moyen Âge à nos jours brosse un panorama des guérisons et des prodiges attribués à l'intercession des saints, des miracles de l'Évangile aux guérisons de Lourdes et à Padre Pio.[44]
En 2017, pour le centenaire des apparitions du Portugal, il publie Fatima 1917-2017, aux éditions du Cerf.[45] Fatima est, avec Lourdes, l'un des dossiers où l'historien et le croyant se rejoignent le plus nettement : apparitions reconnues par l'évêque de Leiria le 13 octobre 1930, miracle du soleil du 13 octobre 1917 devant une foule immense, voyants dont deux, François et Jacinthe Marto, ont été canonisés en 2017.
Le Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie
En 2020, aux éditions du Cerf, paraît le Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie. Entre légende(s) et histoire.[46] Près d'un millier de notices y passent en revue les apparitions mariales de deux millénaires, des plus célèbres aux plus obscures, avec pour chacune l'état du dossier historique et du jugement ecclésial quand il existe.[47]
C'est un instrument de travail autant qu'un livre de lecture. Avant de croire ou de rejeter une apparition dont on entend parler, on peut y vérifier trois choses : le fait est-il ancien ou récent, le dossier repose-t-il sur des documents ou sur une tradition tardive, et l'Église s'est-elle prononcée, et comment.
Marthe Robin. Le verdict
Le contexte : l'accusation de fraude de 2020
En 2020, le carme Conrad de Meester (1936-2019), spécialiste reconnu de Thérèse de Lisieux et d'Élisabeth de la Trinité, publie à titre posthume aux éditions du Cerf La fraude mystique de Marthe Robin. À partir des écrits et du journal de Marthe Robin (1902-1981), fondatrice avec le père Georges Finet des Foyers de Charité, il soutient qu'elle aurait recopié des mystiques antérieurs et construit son personnage.
L'accusation frappe une figure déclarée vénérable par le pape François en 2014, dont la cause de béatification est en cours, et dont les Foyers de Charité sont présents dans le monde entier. Le débat devient passionné, parfois violent.
La réponse de l'historien en 2021
En mai 2021, aux éditions du Cerf, Joachim Bouflet publie Marthe Robin. Le verdict.[48] Sa démarche est celle de son métier : reprendre les pièces, comparer les textes, dater les emprunts présumés, et distinguer ce qui relève de la fraude, de la lecture spirituelle normale, de l'imprégnation par les auteurs qu'une mystique a lus, ou de la construction hagiographique postérieure.
Dans l'entretien qu'il donne alors au journal La Vie, il formule sa conclusion sans détour :
« Sur le plan historique, Marthe Robin n'est pas une mystique » : Joachim Bouflet, entretien à La Vie, 27 mai 2021[49]
Cette phrase doit être comprise à son exact degré. Bouflet ne prononce ni une condamnation morale de Marthe Robin, ni un jugement à la place de l'Église, dont la cause suit son cours. Il dit que, selon les critères historiques qu'il applique à tous les dossiers, les écrits et le parcours documenté ne permettent pas de la ranger parmi les mystiques au sens où l'histoire de la spiritualité entend ce mot. D'autres historiens et les défenseurs de Marthe Robin contestent cette conclusion, notamment Yohan Picquart dans Marthe Robin réhabilitée (Saint-Léger éditions, 2021). Le débat reste ouvert, et il appartient à l'Église de le trancher dans le cadre de la cause.
L'épisode montre la position singulière de Bouflet : un historien catholique, consultant pour des causes de saints, qui accepte de publier un verdict défavorable sur une figure vénérable très aimée, parce que les documents le lui imposent à ses yeux. On peut contester son verdict. On ne peut pas lui reprocher de choisir ses conclusions selon les dévotions à la mode.
L'article Ignispedia vénérable Marthe Robin présente sa vie, son œuvre et l'état de sa cause.
Impostures mystiques : le retour aux cas contemporains
En avril 2023, aux éditions du Cerf, Impostures mystiques reprend le chantier de Faussaires de Dieu pour les cas récents.[50] Bouflet y range notamment **Maria Valtorta** (1897-1961), dont il examine les anachronismes et les incongruités, William Kamm, fondateur australien d'un mouvement condamné par l'Église, et plusieurs personnalités liées au dossier de Medjugorje.[51][52]
Dans l'entretien qu'il donne alors au Monde des religions, il résume la mécanique de ces fabrications :
« Les impostures mystiques relèvent du phénomène sectaire » : Joachim Bouflet, entretien au Monde des religions, 14 mai 2023[53]
Le livre suscite des recensions contrastées, ce qui fait partie de sa réception et doit être dit honnêtement. La revue Études en rend compte en juillet 2023.[54] Le Monde des religions lui consacre un entretien en mai 2023, où Bouflet soutient que les impostures mystiques relèvent souvent d'un phénomène sectaire.[55] L'historien Étienne Fouilloux, dans les Archives de sciences sociales des religions en 2024, juge le volume particulièrement bien informé et utilisable comme source par les sciences sociales du religieux, tout en situant son travail sur un autre plan que le leur.[56]
Sur Maria Valtorta, la position de l'Église doit être dite avec la même exactitude que celle de Bouflet. Le Poème de l'Homme-Dieu a été mis à l'Index en 1959, l'Index a été aboli en 1966, et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a rappelé le 22 février 2025 que les visions et messages présumés de Maria Valtorta ne sont pas d'origine surnaturelle et doivent être lus comme des formes littéraires. Aucune approbation ecclésiale n'existe. Le jugement de Bouflet rejoint ici la prudence officielle, avec ses arguments propres d'historien.
Ce que Joachim Bouflet apporte au discernement
Un filtre, pas un tribunal
Bouflet le répète à sa manière dans toute son œuvre : l'historien ne canonise pas et ne condamne pas. Il établit des faits. Le jugement spirituel appartient aux évêques, aux commissions et, pour les causes de saints, au Dicastère pour les causes des saints, auprès des postulateurs duquel il travaille comme consultant.[57][58]
Cette distinction protège les deux côtés. Elle protège l'Église contre les enthousiasmes fabriqués, et elle protège les vrais dossiers contre le soupçon généralisé : quand Bouflet valide les faits d'un dossier, comme il l'a fait pour des figures reconnues par l'Église, son accord pèse d'autant plus qu'on le sait capable de refuser.
Les signes qui doivent alerter
À travers Faussaires de Dieu et Impostures mystiques, plusieurs signaux de fabrication reviennent avec régularité :
| Signal observé | Pourquoi il alerte |
|---|---|
| Messages qui contredisent la foi définie | Une révélation authentique ne contredit pas le dépôt de la foi |
| Voyant qui désobéit à son évêque | L'obéissance coûteuse est le signe le plus constant des vrais mystiques |
| Argent, pouvoir ou culte de la personne | Les trois vont souvent ensemble dans les dérives sectaires |
| Prophéties datées qui échouent puis se réinterprètent | La réinterprétation permanente protège le système, pas la vérité |
| Groupe d'initiés contre l'Église | Un message authentique n'a jamais fondé de contre-Église |
Aucun de ces signes, pris isolément, ne suffit toujours à conclure. Leur accumulation, elle, dessine un profil que les commissions diocésaines connaissent bien.
Les limites de son verdict, dites honnêtement
Trois limites doivent accompagner la lecture de Bouflet.
D'abord, un jugement d'historien, même excellent, reste révisable. L'histoire des apparitions compte des dossiers condamnés puis réhabilités, et des dossiers tolérés puis abandonnés. Jeanne d'Arc, condamnée par un tribunal d'Église en 1431, a été réhabilitée en 1456 et canonisée en 1920.
Ensuite, Bouflet écrit parfois vite et fort, notamment dans la presse. Ses entretiens donnent des formules brèves que ses livres nuancent davantage. Le lecteur sérieux ira donc aux livres avant de juger les formules.
Enfin, ses conclusions sur Marthe Robin, Medjugorje ou Maria Valtorta sont contestées par d'autres chercheurs et par de nombreux fidèles. Les présenter comme des positions d'historien, documentées et discutées, est exact. Les présenter comme des jugements de l'Église serait faux. Sur Medjugorje, la décision qui engage les fidèles est le nihil obstat du 19 septembre 2024. Sur Marthe Robin, la cause suit son cours depuis la reconnaissance de l'héroïcité des vertus en 2014. Sur Maria Valtorta, le rappel du Dicastère date du 22 février 2025.
Chronologie de Joachim Bouflet
- 5 février 1948Naissance
Naissance de Joachim Bouflet, d'un père français et d'une mère allemande.
- 1961-1965Études secondaires à Metz
Scolarité au lycée Fabert de Metz.
- 23 août 1968Rencontre avec Padre Pio
Rencontre avec Padre Pio à San Giovanni Rotondo, un mois avant la mort du saint, qui l'envoie enquêter à San Damiano.
- 1970-1983Auprès de Symphorose Chopin
Fréquentation de Symphorose Chopin, dont il témoigne de phénomènes inexpliqués observés avec d'autres témoins.
- 1992Encyclopédie des phénomènes mystiques, tome I
Premier volume de l'Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, préfacé par René Laurentin.
- 1997Un signe dans le ciel
Panorama des apparitions de la Vierge, coécrit avec Philippe Boutry chez Grasset.
- 1999Medjugorje ou la fabrication du surnaturel
Livre critique sur les apparitions de Medjugorje, chez Salvator.
- 2000Faussaires de Dieu
Somme sur les fausses apparitions et les faux mystiques, aux Presses de la Renaissance.
- 2014Thèse de doctorat à Bordeaux
Soutenance de la thèse sur le jugement épiscopal sur les apparitions mariales, de 1846 à nos jours.
- 2020Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie
Près d'un millier de notices, aux éditions du Cerf.
- Mai 2021Marthe Robin. Le verdict
Réponse historienne à l'accusation de fraude contre Marthe Robin, aux éditions du Cerf.
- Mai 2023Prix de l'Œuvre d'Orient et Impostures mystiques
Prix littéraire de l'Œuvre d'Orient pour Mariam, et parution d'Impostures mystiques aux éditions du Cerf.
Principaux ouvrages de Joachim Bouflet
| Année | Ouvrage | Éditeur |
|---|---|---|
| 1992 | Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome I | OEIL |
| 1997 | Un signe dans le ciel. Les apparitions de la Vierge, avec Philippe Boutry | Grasset |
| 1999 | Medjugorje ou la fabrication du surnaturel | Salvator |
| 2000 | Faussaires de Dieu | Presses de la Renaissance |
| 2002 | Padre Pio : des foudres du Saint-Office à la splendeur de la vérité | Presses de la Renaissance |
| 2002 | Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome II | Le Jardin des livres |
| 2003 | Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome III | Le Jardin des livres |
| 2004 | Anne-Catherine Emmerick, celle qui partagea la Passion de Jésus | Presses de la Renaissance |
| 2007 | Ces dix jours qui ont fait Medj | CLD |
| 2008 | Une histoire des miracles. Du Moyen Âge à nos jours | Seuil |
| 2009 | Padre Pio. Le témoin | Points |
| 2017 | Fatima 1917-2017 | Cerf |
| 2019 | Quand Thérèse parlait aux mystiques | Artège |
| 2020 | Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie | Cerf |
| 2021 | Marthe Robin. Le verdict | Cerf |
| 2022 | Mariam, une sainte arabe pour le monde | Cerf |
| 2023 | Impostures mystiques | Cerf |
Pour aller plus loin
- Notre-Dame de Medjugorje : le dossier complet des apparitions, des commissions et du nihil obstat du 19 septembre 2024.
- Vénérable Marthe Robin : vie, Foyers de Charité et état de la cause de béatification.
- Comment reconnaître une fausse apparition : les critères de discernement de l'Église expliqués.
- Notre-Dame de Lourdes : une apparition reconnue, modèle du jugement épiscopal étudié par Bouflet.
- Les apparitions mariales depuis le dix-neuvième siècle : le contexte historique de sa thèse de 2014.
Notes et références
Notice « Joachim Bouflet », Wikipédia en français, consultée en octobre 2026 : naissance le 5 février 1948, père français et mère allemande, études au lycée Fabert de Metz de 1961 à 1965, rencontre avec Padre Pio en 1968, consultant auprès des postulateurs de la Congrégation pour les causes des saints, membre de la société d'études Anne-Catherine Emmerich. Notice sourcée notamment par Télérama et Le Monde. https://fr.wikipedia.org/wiki/Joachim_Bouflet
1 8 9 10 13 15 18 20 41 52 57Xavier Ternisien, « Les enquêteurs du surnaturel », Le Monde, 7 janvier 2005 : enquête sur les historiens et experts des apparitions, dont Joachim Bouflet, son envoi à San Damiano par Padre Pio et sa méthode d'enquête.
2 14Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Presses de la Renaissance, 2000, 728 p., ISBN 2-85616-697-0 ; réimpressions en 2007 et 2024. Recensement des fausses apparitions, fausses révélations, faux prophètes, faux prodiges et faux stigmates, du premier siècle à nos jours.
3 35 36Joachim Bouflet, Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie. Entre légende(s) et histoire, Cerf, 2020, ISBN 9782204118224.
4 30 46Dominique Greiner, « Deux millénaires d'apparitions mariales », La Croix, 2 septembre 2020 : présentation du Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, près d'un millier de notices.
5 47Joachim Bouflet, Marthe Robin. Le verdict, Cerf, mai 2021, ISBN 978-2204145497. Ouvrage publié après La fraude mystique de Marthe Robin de Conrad de Meester, Cerf, 2020.
6 48Marie-Lucile Kubacki, « Joachim Bouflet : Sur le plan historique, Marthe Robin n'est pas une mystique », La Vie, 27 mai 2021 : entretien de parution de Marthe Robin. Le verdict, Cerf, 2021. https://www.lavie.fr/christianisme/joachim-bouflet-sur-le-plan-historique-marthe-robin-nest-pas-une-mystique-74080.php
7 49 58« Joachim Bouflet : l'ami des dernières années », Famille Chrétienne, 9 octobre 2020 : doctorat, dix ans d'enseignement de l'histoire, entrée dans le tiers-ordre carmélitain vers trente ans, rencontre avec Symphorose Chopin.
11 16 17Joachim Bouflet, Padre Pio : des foudres du Saint-Office à la splendeur de la vérité, Presses de la Renaissance, 2002, ISBN 978-2856167984, 449 p. Présentation de l'éditeur : l'auteur a rencontré Padre Pio le 23 août 1968, un mois avant sa mort.
12 38Édouard Huber, « Symphorose Chopin : la stigmatisée du quart-monde », Famille Chrétienne, 9 octobre 2020 : fréquentation de Symphorose Chopin de 1970 à sa mort en 1983, phénomènes témoignés, désignation comme expert en vue d'un éventuel procès en béatification.
19 21Joachim Bouflet, Institution et charisme dans l'Église de 1846 à nos jours : la question du jugement épiscopal sur les apparitions mariales modernes et contemporaines, thèse de doctorat, université Michel de Montaigne Bordeaux III, soutenue le 14 février 2014. Référence theses.fr 2014BOR30014.
22Joachim Bouflet, thèse citée ci-dessus, archive ouverte HAL, référence tel-01424158, 559 p. https://hal.science/tel-01424158
23Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Normes pour procéder au discernement de présumés phénomènes surnaturels, 17 mai 2024, en vigueur le 19 mai 2024 : six conclusions possibles, dont le nihil obstat, sans déclaration ordinaire du caractère surnaturel. Texte sur vatican.va.
24 25Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome I, Phénomènes objectifs, préface de René Laurentin, Paris, OEIL, 1992, 467 p., ISBN 2-86839-273-3, notice BnF 35572671.
26Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome II, Phénomènes subjectifs, Paris, Le Jardin des livres, 2002, 401 p., ISBN 2-914569-05-X, notice BnF 39146021.
27Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome III, Les anges et leurs saints, Paris, Le Jardin des livres, 2003, 315 p., ISBN 2-914569-06-8, notice BnF 39146024.
28Joachim Bouflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel. Les apparitions de la Vierge, Grasset, 1997, ISBN 978-2246520511.
29Joachim Bouflet, Medjugorje ou la fabrication du surnaturel, Salvator, 1999, 192 p., ISBN 978-2706702013.
31Joachim Bouflet, Ces dix jours qui ont fait Medj, aux sources des apparitions de Medjugorje, CLD, 2007, ISBN 978-2854435122.
32Bruno Bouvet, « Medjugorje, après trente ans d'apparitions », La Croix, 24 juin 2011 : entretien avec Joachim Bouflet, historien et consultant pour des causes de canonisation, critique de la crédibilité des voyants.
33Dicastère pour la Doctrine de la Foi, note La Regina della Pace, 19 septembre 2024 : nihil obstat pour la dévotion liée à Medjugorje, caractère surnaturel non déclaré.
34Xavier Giannoli, dossier de presse du film L'Apparition, 2018 : le réalisateur dit avoir lu Faussaires de Dieu de Joachim Bouflet, publié aux Presses de la Renaissance, avant de construire son récit d'enquête canonique.
37Joachim Bouflet, Padre Pio. Le témoin, Points, 2009, ISBN 978-2757805992.
39Joachim Bouflet, Anne-Catherine Emmerick, celle qui partagea la Passion de Jésus, Presses de la Renaissance, 2004, ISBN 978-2750900670.
40Joachim Bouflet, Mariam, une sainte arabe pour le monde, Cerf, 19 mai 2022, 529 p., ISBN 978-2204145923.
42Malo Tresca, « Prix littéraire de l'Œuvre d'Orient 2023 : deux ouvrages récompensés », La Croix, 14 mai 2023 : prix décerné par Hélène Carrère d'Encausse à Joachim Bouflet pour Mariam, une sainte arabe pour le monde.
43Joachim Bouflet, Une histoire des miracles. Du Moyen Âge à nos jours, Seuil, 2008, ISBN 978-2020960168.
44Joachim Bouflet, Fatima 1917-2017, Cerf, 2017, ISBN 978-2204118200.
45Joachim Bouflet, Impostures mystiques, Cerf, avril 2023, ISBN 978-2204155199. Le chapitre sur Maria Valtorta est cité sous le titre « Fraudes mystiques récentes, Maria Valtorta (1897-1961), anachronismes et incongruités », ISBN 978-2-204-15520-5.
50 51Youness Bousenna, « Des apparitions de la Vierge à la multiplication des gnocchis : les impostures mystiques relèvent du phénomène sectaire », Le Monde des religions, 14 mai 2023 : entretien avec Joachim Bouflet à la parution d'Impostures mystiques.
53 55Pierre de Charentenay, « Impostures mystiques, Joachim Bouflet », Études, numéro 4306, juillet 2023 : recension de l'ouvrage du Cerf.
54Étienne Fouilloux, recension de Joachim Bouflet, Impostures mystiques, Archives de sciences sociales des religions, 2024 : volume jugé particulièrement bien informé et utilisable comme source par les sciences sociales du religieux. Référence OpenAlex W4407128163.
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